L’écriture inclusive : traduire sans sexisme

Par Solenn Georget-Delannée, étudiante M2 TSM

Sylviane Agacinski, interrogée par Nicole Bacharan dans La plus belle histoire des femmes, déclare « Le masculin ne fait pas que l’emporter sur le féminin : il l’absorbe ». Je tenais avec ce billet à vous présenter une autre façon d’écrire (et donc de traduire) afin d’équilibrer ce rapport de force entre masculin et féminin dans la langue française.

De Benoîte Groult à Elianne Viennot, de nombreuses personnes se sont penchées sur la question du sexisme de la langue française, et leurs conclusions sont généralement identiques : le français est une langue sexiste. On entend langue sexiste, dans le sens où le masculin correspond à la fois au masculin et au neutre, tandis que le féminin n’est que l’inverse du masculin. Ainsi il est normal (depuis le XVIIIème et l’ajout de la règle « le masculin l’emporte » en remplacement de l’accord de proximité) d’écrire « les étudiants » à partir du moment où un homme est présent. Cette manière d’écrire (et de parler) est politique et participe à l’invisibilisation du féminin (et par extension des femmes).

Depuis quelques années, de nouvelles manières d’écrire voient le jour afin de féminiser la langue française et de rendre visible le féminin. On peut ainsi noter le langage épicène, qui consiste à éviter tout mot masculin ou féminin dans un texte pour le remplacer par un mot neutre (« le corps étudiant » pour parler des étudiants et étudiantes). L’Office québecois de la langue française a ainsi publié dans les années 1990 un guide allant dans ce sens. En revanche, ce n’est qu’en 2015 en France que le Haut Conseil à l’Égalité entre les Hommes et les Femmes a fait paraître un guide pour une communication non sexiste.

Au langage épicène, je préfère l’écriture inclusive, c’est-à-dire l’ajout d’un signe de ponctuation pour insérer le féminin dans un mot, on écrira ainsi « les étudiant.e.s ». Il existe différents signes de ponctuation possibles : le tiret, la parenthèse (que j’aurais tendance à éviter, dans la mesure où elle crée une asymétrie), la barre oblique (surtout utile pour les mots, dont le féminin est différent du masculin : « traducteur/trice ») et enfin le point ou le point médian[1]. J’écris au quotidien à l’aide du point, que je trouve simple d’utilisation et facile d’accès sur un clavier.

Si l’Académie française est encore loin d’approuver tout changement vers une langue non sexiste (notamment en ce qui concerne la féminisation des noms de métier), la langue française change grâce à l’usage et certains mots, expressions et tournures de phrases se normalisent. Ainsi l’écriture inclusive, qui était au départ restreinte aux blogs militants, commence à apparaître dans les administrations, comme c’est le cas pour les captures d’écran que j’ai prises sur le site de l’Université de Lille 3.

ecritureinclusivelille3

J’aimerais à présent parler du lien entre écriture inclusive et traduction, mes langues de travail étant l’anglais et l’allemand, je vais essentiellement évoquer celles-ci. L’allemand tout d’abord ressemble au français et de la même manière certain.e.s Allemand.e.s ont adopté l’écriture inclusive, notamment dans les administrations, mais ils ont opté pour l’ajout de la majuscule du féminin dans le mot, par exemple « die StudentInnen » pour « les étudiant.e.s ». Quant à la langue anglaise, elle ne possède pas de genre pour les noms, et pour assurer l’égalité entre féminin et masculin dans les pronoms, les Anglais.e.s utilisent parfois « they » pour signifier le neutre, cette pratique est cependant controversée, tout comme en France. Ces langues ont donc également développé des stratégies afin d’inclure le féminin, et il est essentiel de traduire celles-ci en respectant le non sexisme de la langue. Pour la traduction de l’anglais, je pense qu’il est essentiel de ne plus traduire « a student » par « un étudiant » mais de passer par l’écriture inclusive qui permet d’englober toutes les personnes comprises dans le mot anglais : « un.e étudiant.e ». Si je peux comprendre les oppositions pour les textes littéraires, je ne vois pas d’obstacle à intégrer cette écriture en traduisant des textes techniques, j’ai pu en de rares occasions le faire lors de mon stage pour des textes marketing. Il me semble important d’inclure le féminin dans tous ces textes et cela passe, notamment, par l’écriture inclusive.

Pour conclure, je voudrais insister sur le fait que l’écriture inclusive est un choix politique  qu’il s’agisse de l’utiliser ou non. C’est un choix que je fais au quotidien et que je vais essayer d’inclure également dans mes traductions. J’espère que cet article vous aura donné envie d’en faire de même.

À la suite de ce billet de blog, j’ai été contactée par Mots-Clés, une agence de communication ayant récemment publié un site et un guide dédiés à l’écriture inclusive (http://www.ecriture-inclusive.fr/). J’ai eu l’occasion de lire leur guide, que j’ai trouvé très intéressant et qui explique simplement le principe et les enjeux de cette manière d’écrire. Ce guide a notamment été approuvé par le Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes, signe de la progression de l’écriture inclusive dans l’usage.

[1]. Le point médian s’utilise avec le raccourci clavier Alt+0183 ou Alt+MAJ+f pour Mac.

Pour en savoir plus :

HUSSON Anne-Charlotte, Féminisation de la langue : quelques réflexions théoriques et pratiques

Haut Conseil à l’Égalité entre les Hommes et les Femmes, Guide pratique pour une communication publique sans stéréotype de sexe

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