Translating Europe Forum 2016 : j’y étais !

Par John Borel Tagne, récemment diplômé Master TSM.

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La 3e édition du forum Traduire l’Europe (Translating Europe Forum) s’est tenue les 27 et 28 octobre 2016 dans les locaux de la Commission européenne, au Bâtiment Charlemagne, 170 Rue de la loi, Bruxelles. Sous la haute direction de Rytis Markitonis, Directeur général de la DG Traduction en personne, cette édition avait pour point d’honneur les outils et technologies de la traduction et rassemblait les différents corps impliqués dans la traduction dans ses aspects professionnel, technique et surtout académique. Très sollicité, ce forum a accueilli 600 participants sur un peu plus de 800 candidats signalés au départ ; très suivi, il a comptabilisé 1628 tweets en direct, couvrant ainsi les 54 sessions de ses différents ateliers. Parmi son audience privilégiée, on comptait notamment le Master TSM de Lille 3 que j’ai eu l’honneur de représenter. Je m’en vais donc ici vous présenter les points qui m’ont marqué, selon les sessions auxquelles j’ai assisté.

 

Translation Without Borders ou lorsque la traduction sauve des vies

Le forum s’est ouvert sur une présentation assez captivante d’Andrew Bredenkamp, Président de l’organisation à but non lucratif Translators Without Borders, qui œuvre à briser les barrières linguistiques afin de faciliter l’aide humanitaire partout dans le monde. Avec près de 3500 traducteurs volontaires pour plus de 180 langues couvertes, cette organisation enregistre à son actif près de 40 millions de mots traduits de façon tout à fait bénévole et dans un but humanitaire. De son expérience, Monsieur Bredenkamp arrive à la conclusion selon laquelle le manque d’information est plus dangereux que le manque de moyens. En prenant l’exemple de certains pays où TWB est intervenu en situations de crises ou d’épidémies, il fait observer que le plus difficile n’est pas l’accès aux aides humanitaires, mais l’information relative à l’utilisation de ces aides auprès des populations aidées. C’est alors à ce niveau que TWB entre en jeu et se déploie pour faire parvenir l’information nécessaire aux populations concernées dans leurs langues et dialectes. « Quand un homme a faim, mieux vaut lui apprendre à pêcher que de lui donner un poisson », idem, dans ses actions, TWB promeut des effets à impacts sur le long terme, au lieu des solutions ad hoc.

Nécessité des outils et technologies de la traduction pour l’économie

Après la belle leçon d’humanisme, place au vif du sujet. Pour une entrée en matière, le choix fut porté vers le rôle et la nécessité des outils et technologies de la traduction pour l’activité économique de l’Europe. Si les secteurs tels que l’automobile, le tourisme, la santé, l’agriculture et la finance se portent relativement bien en Europe et sont de ce fait compétitifs, c’est en partie grâce à l’apport des outils et services linguistiques mis à leur disposition. Toutefois, le multilinguisme reste un frein au sein de l’Union, et pour Philippe Wacker, il sera difficile d’arriver à un marché unique numérique tant que les barrières linguistiques ne sont pas dissoutes. Pourtant ceci passe par une harmonisation du secteur linguistique au sein des Etats membres et surtout par un travail en commun entre les décideurs et les acteurs du secteur privé au sujet du marché de la traduction et surtout des technologies de la traduction. En outre, d’un point de vue commercial, la traduction aide à s’ouvrir au monde et à développer son activité. A l’ère de la mondialisation où on est tous appelés à penser glocal, la commercialisation des biens et services au niveau mondial a besoin des outils et technologies de la traduction comme moyen pour se réaliser.

Toutefois, même si le besoin se fait ressentir, certains domaines ne sont pas encore totalement prêts à embrasser les outils de traduction et d’aide à la diffusion multilingue. Après avoir présenté tous les avantages de ces outils pour les médias par exemple, David Mekkaoui explique que parmi les principaux obstacles à l’adoption des outils de traduction et autres technologies de diffusion multilingue se situent à deux niveaux : technologique et humain. L’obstacle technologique concerne la difficulté à lier toutes les technologies de traduction existantes entre elles et à les appliquer au secteur des médias. Sur le plan humain, la grosse difficulté reste l’attitude face aux technologies de la traduction : il faut encore du travail pour réussir à convaincre les médias à changer leurs mentalités et leurs habitudes professionnelles afin d’accueillir les outils de traduction et d’aide à la diffusion multilingue.

Quid de la formation universitaire ?

La session Developing technological competence in translation curricula – Best practices, de laquelle j’espérais recueillir des informations importantes pour la didactique et l’enseignement de la traduction et des outils de TAO, n’a pas vraiment répondu à mes attentes. On note quand même l’intervention de Jean-Marie Le Goff de Rennes 2, qui a fait une présentation sur l’importance de l’introduction des étudiants en traduction à la localisation, principalement dans ses aspects purement informatiques et techniques, dans le but de d’encourager l’agilité technique au terme de la formation. Aussi, on a eu Gys-Walt Van Egdom qui est venu promouvoir l’utilisation des skills lab dans la formation des traducteurs. En fait, les skills lab sont des espèces de sociétés de traduction réelles conçues dans un contexte académique et gérées de A à Z par les étudiants, selon la structure d’une vraie société de traduction et les tâches y afférentes. Ces sociétés reçoivent et traitent de vraies demandes de la part de clients existants et font donc face aux situations professionnelles réelles, avec des outils et des modes de fonctionnement concrets et plus ou moins efficaces. Cette approche pourrait être intéressante pour le Master TSM qui se veut professionnalisant, et pourrait voir le jour dans le cadre du cours de gestion de projets. Plus avantageux encore, ce type de skills lab peut évoluer vers une société de traduction établie avec le temps, société dont la composition et la gestion totale serait assurée par les étudiants TSM (anciens et nouveaux, selon les promotions et surtout selon la motivation de chacun, suivant l’exemple de Junior ISIT. Le projet pourrait faire l’objet d’une proposition auprès des responsables du master, pour une mise en œuvre à moyen ou long terme. A voir.

Dans une toute autre session, Maria Calzada Pérez de l’université Jaume 1 de Castellon en Espagne, a démontré comment Wikipedia, à travers sa base de données Wikimedia, peut servir d’outil didactique pour l’enseignement de la traduction. A partir du projet Wikitrans qu’elle a elle-même conduit et mené avec ses étudiants, elle ressort la méthode, les difficultés et les résultats de son étude. En mettant les étudiants au centre de la méthode d’apprentissage focalisée sur leur interaction avec leur environnement local, l’étude permet aux étudiants de réaliser des traductions EN-ES de pages Wikipedia selon les étapes suivantes : choix des textes > instructions (linguistiques et techniques) + formation technologique au fonctionnement de Wikipedia > premier jet > évaluation croisée (entre camarades) + commentaires > évaluation par des traducteurs professionnels + commentaires  > révision générale et validation finale par l’enseignant > évaluation technique (par rapport aux normes Wikipedia) > publication.

Le grand débat : l’homme et la machine

Question centrale du forum, elle a reçu un intérêt remarquable de la part des différents panélistes et de l’audience. Même si la traduction machine, comme l’a démontré Patrick Cadwell de l’université de Dublin, est plus affectée par les institutions que par les sociétés de traduction, le débat reste ouvert sur les raisons de ce phénomène. Mais l’on pourrait bien faire une observation : les traducteurs la DGT, plus qu’il s’agit d’elle dans l’étude du chercheur irlandais, ont « raison » d’être plus positifs à l’égard de la traduction automatique (TA). L’outil de TA qui y est utilisée est MT@EC, dont le contenu est plutôt bien fourni pour et par les traductions gérées par cette institution. En ajoutant à cela la très riche base terminologique IATE développée et nourrie par la même institution, on peut alors comprendre que les traducteurs de la DGT soient plutôt satisfaits de la TA. Les sociétés de traduction, pour la plupart, utilisent des outils de TA moins fiables et moins riches, même avec des licences Professionnelle ou Entreprise. Toutefois, MT@EC demeure un bon allier pour ses utilisateurs tant qu’ils sont dans ses domaines de prédilection, notamment le juridique. Comme l’a si bien souligné Stelios Piperidis sous un ton plutôt ironique, MT@EC fournit d’excellents résultats face à de grands volumes de textes (juridiques) de l’anglais vers l’allemand, mais reste nul quand il s’agit de traduire de petits textes d’amour.

Cette petite blague permet de résumer la pensée partagée par tous au terme du TEF 2016 : la traduction machine, quelle que soit son évolution, ne pourra jamais remplacer le biotraducteur. Le seul argument en faveur de cet argument est que la machine ne disposera jamais des facultés humaines qui permettent de lire et de comprendre un texte selon son contexte, malgré l’objectif très ambitieux de MateCat d’évoluer à long terme vers un outil de TA capable de comprendre, d’analyser et de traduire un texte selon son contexte. De même, la TA ne pourra jamais rendre les couleurs et les fonctions poétique et expressive d’un texte. De ce fait, le traducteur n’a donc pas de raison de s’inquiéter pour l’avenir de sa profession, étant donné que celle-ci exige de plus en plus de compétences et de savoir-faire qu’une machine ne peut malheureusement pas amasser. Ce qu’il faut faire, c’est s’adapter aux outils et à leur évolution, suivre cette évolution, et accepter ces outils qui au final, très loin d’être des concurrents, restent bien des outils et donc une aide pour le traducteur humain.

NB : Machine translation will only replace those who translate like machines (La traduction machine ne remplacera que les traducteurs machine).

Mes impressions

C’est toujours un honneur et un grand plaisir de participer à des événements aussi importants où on a la chance de voir se confronter devant nous des opinions pas toujours similaires, mais qui poursuivent le même objectif au bout du compte. Représenter le Master TSM, faire partie du panel d’étudiants à animer le débat entre étudiants EMT, néo-traducteurs et stagiaires de la DGT et donner mon point de vue sur la traduction et sur les outils et technologies de la traduction a été un privilège, et pour tout ceci, je dis un grand merci au Master TSM.

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Pour revivre l’événement : https://webcast.ec.europa.eu/fe/index.php/listpage# (pour revoir toutes les sessions) ; Twitter : #TranslatingEurope (pour consulter tous les tweets relatifs au forum).

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