Ergonomie et bien-être du traducteur : petit guide des bonnes pratiques

Par Marie Serra, étudiante M2 TSM

Sujet en vogue depuis plusieurs années, nous sommes de plus en plus sensibilisés à la problématique de l’ergonomie, qu’elle ait trait au milieu de la traduction ou à tout autre corps de métier. La prise en compte de cette dimension induit de nombreuses améliorations : au niveau des outils tout d’abord, mais également de l’environnement et des méthodes de travail dans leur ensemble. Il reste toutefois encore bien du chemin à parcourir.

Du fait de toutes les nouvelles technologies essentielles au processus de traduction, l’ergonomie est souvent appréhendée sous le spectre des outils informatiques, à savoir leur facilité d’utilisation et leur accessibilité. Si, d’après Daniel Toudic et Guillaume de Brébisson dans un article paru en 2011, un poste de travail parfaitement ergonomique est « un outil qui permet au traducteur (salarié comme indépendant) de disposer dans l’instant de toutes les réponses d’ordre cognitif, documentaire, terminologique ou linguistique », il est essentiel de ne pas mettre de côté la dimension physique.

Écrire est traditionnellement perçu comme une activité intellectuelle et est, par conséquent, envisagé exclusivement sous cet angle. En France, il existe dans nos représentations socio-culturelles une opposition frappante entre profession intellectuelle et profession manuelle. Pourtant, l’exercice d’écriture qu’implique la traduction (et les métiers de l’écriture de manière générale) constitue bel et bien une activité physique à part entière qui mobilise l’ensemble du corps et engendre des dommages corporels divers. Parmi ces dommages corporels figurent notamment les troubles musculo-squelettiques (TMS), soit des lésions dues à la répétition de mouvements contraints et de postures adoptées lors de tâches professionnelles. Ces troubles musculo-squelettiques touchent les muscles, tendons et nerfs et se manifestent par des picotements, des fourmillements, des douleurs sourdes continues, voire vives au moment de l’effort, ainsi que des engourdissements. Les TMS les plus récurrents dans la profession, liés à l’utilisation du clavier notamment, sont le syndrome du canal carpien au niveau du poignet et l’épicondylite pour le coude. Les épaules ne sont pas en reste et peuvent également être touchées, de même que les vertèbres cervicales (du fait du positionnement de l’écran).

Notre attention avait été attirée sur ce sujet lors d’une conférence dédiée à l’ergonomie et à ses bonnes pratiques dans le cadre de la première année de Master. Nous y avions entre autres appris les bonnes postures à adopter face à notre poste de travail (cf. image ci-dessous), l’alternative du clavier BÉPO (plus adapté à la langue française que l’omniprésent clavier AZERTY) au sujet duquel un article a déjà été rédigé sur le blog par mon collègue Quentin, ainsi que l’importance des pauses régulières. Idéalement, celles-ci doivent intervenir toutes les deux heures, ce qui, j’en conçois, n’est pas toujours réalisable en période de « rush ». Elles permettent de s’aérer l’esprit afin de gagner en productivité à la reprise, en faisant des séries d’étirements par exemple ou même, pour les plus motivé.e.s d’entre nous, en allant courir.

correct-sitting-posture

Cependant, ce n’est qu’au cours de mon stage dans une agence de traduction aux Pays-Bas que j’ai pris conscience de l’importance de l’ergonomie et de ses impacts sur le quotidien d’un.e traducteur/trice. Le bien-être physique était au cœur de la politique de l’entreprise et je trouvai là de nombreuses formes de mise en pratique concrète. Cela se traduisait tout d’abord par l’aménagement de notre environnement de travail à travers des bureaux et fauteuils réglables à l’envi, des supports de surélévation pour les pieds et les écrans d’ordinateurs, des steps, des rideaux modulables en tout sens et des balles anti-stress. Les bureaux adaptables nous permettaient ainsi de ne pas travailler constamment dans la même position mais d’osciller entre les postures debout/assis, une solution largement préconisée par de nombreux kinésithérapeutes et ergonomes. Très prisés par les salarié.e.s qui se prêtaient allègrement au « jeu », si l’on peut dire, nous passions tous une bonne partie de la journée à travailler debout. De son côté, l’écran situé au niveau des yeux contribuait à une meilleure posture des cervicales, soit deux manières de lutter contre les fameux troubles musculo-squelettiques dont sont bien souvent sujets les traducteurs (d’épais livres ou dictionnaires peuvent également faire office de solution de fortune lorsque l’on ne dispose pas du matériel nécessaire).

Afin « d’apprivoiser » le matériel mis à notre disposition et d’adopter les bons réflexes, chaque premier lundi du mois était ponctué par la venue d’un kinésithérapeute. En plus de nous indiquer individuellement les postures à adopter face à notre poste de travail, une demi-heure de relaxation et de massages était dédiée à chaque salarié.e, selon ses besoins et ses antécédents. Dans un tout autre registre, la flexibilité et l’absence de cloisons dans les rapports à la hiérarchie étaient deux éléments indissociables du bien-être au travail. Cette flexibilité s’est traduite par des horaires et lieux de travail aménagés : selon les jours, chaque salarié.e (qu’il/elle soit traducteur/trice ou chef de projet) pouvait choisir de travailler depuis son domicile ou au sein des autres bureaux de l’entreprise, mais également de commencer plus tard en fonction de ses obligations personnelles.

Sans prétendre au fonctionnement universel de ces méthodes, elles eurent le mérite de porter leurs fruits sur moi. Elles constituent la preuve selon laquelle les outils et le travail peuvent et doivent s’adapter au/à la traducteur/trice, et non l’inverse ! Couplées à 12 km de vélo par jour au pays de la bicyclette, j’ai pu ressentir une nette différence en termes de fatigue physique et, sujette aux problèmes de dos et de cervicales, ma productivité et mon corps m’en ont remerciée.

Sources :

  • Toudic Daniel, De Brébisson Guillaume. 2011. Poste du travail du traducteur et responsabilité : une question de perspective. Disponible à l’adresse : https://ilcea.revues.org/1043
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