La révision d’une traduction : un jeu d’équilibriste

Par Cécile Dewez, étudiante M2

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À tou.te.s les étudiant.e.s d’hier et d’aujourd’hui : combien, parmi vous, ont déjà été déçu.e.s par la note attribuée à votre traduction ? Combien ont échoué à un test et n’ont obtenu aucune explication claire ?

Vous avez reçu votre texte, vous l’avez découvert, vous vous y êtes plongé.e et avez exploré tous les recoins d’Internet pour y dénicher des perles terminologiques. Bref, vous avez laissé une part de vous-même dans ce texte et, malgré tous vos efforts, cela n’a pas suffi et le verdict est sans appel : votre traduction est insatisfaisante. Les raisons invoquées : votre traduction n’est pas assez naturelle, vous êtes resté.e trop proche du texte source, vous vous en êtes trop éloigné.e, ou votre traduction est mauvaise pour plusieurs raisons obscures, cachées sous le terme « style ».

Oubliez les fautes d’orthographe, incohérences, contre-sens et autres espaces insécables manquantes. Ce sur quoi je souhaite mettre le doigt dans cet article, ce sont tous ces critères, à priori inclassables, auxquels on a recours pour évaluer la qualité d’un texte traduit.

Mon constat

Cette année, notre promotion a participé à un projet de grande envergure : la traduction du site Internet de la société Wordbee (ici l’article rédigé par notre professeur à ce sujet). La révision faisait partie des tâches à accomplir et, en tant que responsable de l’assurance qualité, j’ai pu constater que chacun.e avait révisé à sa manière, certain.e.s d’entre nous ayant parfois eu du mal à identifier l’origine de l’erreur dans la traduction.

La révision est la comparaison du texte source et de sa traduction, pour détecter les éventuelles erreurs. Dans le monde professionnel, pour réviser une traduction, on se réfère généralement à une grille de notation. Alors qu’on peut facilement y répertorier, entre autres, les erreurs de terminologie ou les fautes de grammaire, il est plus complexe de lister les erreurs qui nous intéressent ici. En définitive, c’est souvent le texte général qui sera jugé stylistiquement insuffisant.

Je me suis alors demandé s’il était possible de créer une nouvelle série de critères à vérifier, prenant également en compte ces points difficiles à identifier tels que le caractère naturel d’une traduction. Le but étant de faciliter le travail de correction et donner une explication claire avec des exemples précis, afin que les traducteurs.rices comprennent leurs erreurs et puissent les corriger.

Pour une traduction naturelle

Comme on nous l’a expliqué à plusieurs reprises au cours de notre Master, une traduction grammaticalement correcte ne suffit pas. Pour être acceptable, une traduction doit également être « naturelle ». Le caractère naturel d’une traduction dépend d’éléments tels que les collocations et les idiomes. Si le.a traducteur.rice a fait de mauvais choix, un.e réviseur.se aura le sentiment que la traduction n’est pas bonne sans pour autant être capable d’expliquer pourquoi. Pour identifier ces éléments, il est possible de recourir aux corpus. L’étude de corpus de textes écrits dans la langue source comme dans la langue cible permet de cibler les structures à chercher dans le texte source et la traduction. (Pour un exemple original de l’utilisation des corpus, voire l’article de Théo) En théorie, il est donc possible d’identifier chacune des structures susceptibles de poser problème, d’évaluer les choix qui ont été faits et de répertorier les erreurs dans une grille de notation comprenant une colonne « collocation ».

Parcourez les fiches d’évaluation de traduction proposées par les agences de traduction et vous verrez que le terme « collocation » y apparait rarement. Pourtant, c’est souvent ce qui se cache derrière une traduction jugée stylistiquement insatisfaisante. Si les erreurs de ce type étaient clairement identifiées et marquées dans le texte, les traducteurs.rices sauraient directement où porter leurs efforts. Toutefois, même si ce critère était appliqué par chacun, une part de l’évaluation d’une traduction reste définitivement subjective.

Source ou cible ?

Revenons sur notre exemple de départ. Admettons que votre traduction ait été jugée insuffisante car trop éloignée du texte source (peut-être à juste titre, et je fais référence au sujet de la qualité des textes sources qu’Alice a habilement traité ici). La question de la distance par rapport au texte source a toujours été à l’origine de nombreux débats entre linguistes (cf théories cibliste et sourcière) et il semblerait qu’il n’y ait pas de réponse universelle. Peut-être la stratégie dépend-elle du domaine de spécialité. Ainsi, il est notamment déconseillé de s’éloigner d’un texte purement scientifique mais il est possible prendre plus de liberté pour un texte de type marketing qui nécessite d’être adapté à un nouveau marché. Les plus créatif.ve.s d’entre nous trouveront leur bonheur dans la transcréation, qui consiste en une réadaptation complète du texte à destination d’un public aux normes culturelles différentes.
Somme toute, cela reste souvent une question de sensibilité. Si on vous reproche de vous être trop éloigné.e du texte source, quelqu’un d’autre applaudira peut-être cette prise de risque. S’agirait-il donc pour le traducteur débutant de trouver les clients adaptés à son style ?

 

La révision d’une traduction est, à mon sens, un exercice plus compliqué que la traduction. C’est un réel jeu d’équilibriste, où il faut tâcher de rester impartial tout en étant intransigeant. Certain.e.s d’entre nous se verront certainement bientôt confier cette délicate mission, d’autres auront un choix difficile à faire : engager ou non ce traducteur en se basant sur un échantillon de son travail. Dans de telles situations, gardez en tête l’utilisation finale du texte cible et faites de votre mieux pour laisser les remarques subjectives de côté. Et si vous estimez que la traduction est effectivement insuffisante, rappelez-vous que votre traducteur.rice mérite une explication claire.

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