Après Babel, traduire

Par Valentine Vialon, ex-étudiante TSM et traductrice/relectrice chez ADT International

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Le 20 janvier 2017, notre directrice Peggy SANTERRE nous a invités, mes collègues d’ADT International et moi pour une visite privatisée de l’exposition « Après Babel, traduire », au MuCEM à Marseille, guidée par Sophie Bernillon (co-commissaire de l’exposition). L’agence de traduction a en effet apporté sa contribution au projet en tant que mécène de compétences, et cette visite privée a été l’opportunité de voir notamment dans leur environnement final les traductions gérées par l’équipe. Cette soirée a également été l’occasion de se retrouver toutes ensemble en dehors du bureau et de partager un moment convivial, tout en prenant du recul sur notre domaine professionnel : le monde de la traduction.

S’il peut à première vue sembler compliqué de monter une exposition sur un acte et un processus aussi intangible que celui de la retranscription d’un message dans une autre langue, cette exposition articulée en trois grandes parties réussit néanmoins à mettre en avant la trace que celui-ci peut laisser, et comment traduire implique d’être confronté à la différence.

Suivez le guide !

Babel, malédiction ou chance ?

La première partie de l’exposition remonte aux sources de l’existence des langues, à savoir les événements de la tour de Babel racontés dans la Genèse qui expliquent l’existence des différentes langues. Au travers de représentations aussi bien positives que négatives (et aussi bien anciennes que récentes) de la fameuse tour, on se penche sur les conséquences de cette diversité de langues qui portent en elles une diversité de cultures, mais également sur la notion du « barbare » (étymologiquement, celui qui ne parle pas la même langue).

À partir de là, traduire devient nécessaire pour comprendre et communiquer avec l’autre, et ce besoin est encadré par différentes politiques mondiales et textes fondateurs qui régissent les langues et leur usage dont nous sont présentés des exemples.

Si l’on en doutait encore, Babel est donc bien vu comme une chance, et la seconde partie de l’exposition va démontrer toutes les richesses que la traduction a permis de diffuser dans le monde.

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Peter Brueghel – La Tour de Babel – Wikipedia

Des flux et des hommes

Dans cette deuxième partie, l’exposition retrace différents voyages de savoirs, de connaissances et de cultures qui ont pu être révélés et diffusés grâce à la traduction. Avec une carte interactive inspirée du principe des anciens plans interactifs du métro parisien (PILI), il est notamment possible de suivre le parcours réalisé par les écrits d’Aristote, d’Euclide, les idées de Marx, les contes des Mille et une nuits ou encore les albums de Tintin. Il s’agit d’une représentation étonnante et riche en découvertes, qui affiche de manière synthétique les plaques tournantes ayant permis la diffusion de ces éléments scientifiques et culturels qui font aujourd’hui partie intégrante du patrimoine mondial.

De nombreux exemplaires de livres s’attardant sur la traduction de la parole de Dieu sont également exposés : voici l’occasion d’évoquer des personnalités telles que Saint Jérôme (saint patron des traducteurs), mais également de constater à quel point la traduction a pu influencer l’interprétation des textes, au risque de faire des « erreurs » toujours d’actualité : Ève est-elle née de la côte d’Adam ou à ses côtés ? Moïse était-il cornu ou rayonnant comme l’a peint Chagall ?

Vient ensuite l’espace consacré aux acteurs eux-mêmes du processus, ces personnalités souvent invisibles : les traducteurs. On part ainsi à la découverte des « drogmans », ces interprètes entre l’Europe et le Proche-Orient, apparus à l’époque des croisades et dont la fonction fut officialisée par Colbert.

Plusieurs grands auteurs qui se sont essayés à la traduction sont également mis en lumière, et c’est autour du poème Le Corbeau d’Edgar Allan Poe que se retrouvent Mallarmé et Baudelaire et que peut être comparé leur travail (ainsi que celui de Google translate).

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La résistance des langues : traduisibles/intraduisibles

La visite se conclut en se focalisant sur les « intraduisibles », ces éléments révélateurs de notre culture et de celle de l’autre, qui constituent l’essence de l’enrichissement que l’on peut retirer d’une traduction. Il s’agit à la fois des expressions idiomatiques, des rébus, des chansons ou encore de la langue des signes par exemple.

C’est certainement à cette partie de l’exposition que j’ai été la plus sensible, car c’est celle qui fait écho aux problématiques que l’on rencontre tous les jours dans notre métier, que l’on soit traducteur littéraire, technique ou encore interprète, mais aussi que tout un chacun éprouve dès lors qu’il parle plusieurs langues.

La force de cette exposition repose selon moi sur sa très grande diversité : elle réunit en effet de nombreux tableaux et manuscrits, mais aussi des sculptures, des vidéos et de la musique, accompagnées de nombreuses citations (dans différentes langues) de grands auteurs et linguistes, qui permettent de pousser le visiteur à la réflexion. Si elle ne peut bien évidemment pas embrasser la totalité du sujet, elle fournit cependant des pistes très intéressantes pouvant être approfondies par ceux désirant aller plus loin : j’ai maintenant pour projet de me plonger dans La bibliothèque de Babel, une nouvelle de l’écrivain argentin Jorge Luis Borges qui décrit une bibliothèque contenant tous les livres écrits et à venir.

L’exposition se poursuit jusqu’au 20 mars 2017 : surtout n’hésitez pas si vous êtes de passage dans la cité phocéenne, elle vaut le détour !

À noter qu’ADT International anime deux ateliers pratiques par semaine pour les collégiens et les lycéens (lundi et jeudi).
Pour plus de détails : info@adt-international.com – 04.42.41.15.41 (Peggy SANTERRE ou Elodie BOUQUET)

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