Traductrice ET gestionnaire de projets : entre opposition et complémentarité

Par Marie Hidot, ancienne étudiante TSM

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Le marché de la traduction est en effervescence perpétuelle. Il s’agit là d’un fait dont je mesure chaque jour un peu plus la pertinence depuis ma première année de master, et ce, encore après presque 2 ans de travail en tant que freelance. Constamment en mouvement, il ne cesse de se transformer obligeant ses différents acteurs à faire de même et à s’adapter en permanence tels de véritables caméléons. Ainsi, il n’est pas rare de devoir acquérir rapidement et parfois dans l’urgence de nouvelles compétences pour satisfaire une demande particulière ou décrocher de nouveaux clients/comptes. Face à ce dynamisme permanent et ayant été formée de manière à avoir un regard qui soit le plus large possible, c’est tout naturellement que j’ai fait le choix d’orienter mon activité à la fois vers la traduction pure, mais également vers la gestion de projets, deux dimensions si différentes et complémentaires à la fois. Endosser tour à tour chacune de ces casquettes n’est pas toujours chose facile, et cela peut très rapidement vous sortir de votre zone de confort. Pourtant, une fois maîtrisé, cet exercice de jonglerie peut être une véritable opportunité d’élargir ses connaissances de façon quotidienne en se glissant tantôt dans la peau d’un chef de projet, tantôt dans celle d’un traducteur.

Dans mon cas, cette configuration a présenté et présente toujours les avantages suivants :

La polyvalence. Soyons clairs, à moins d’être ultra spécialisé dans un domaine, nous sommes tous amenés à faire preuve d’ouverture d’esprit et à accepter de varier les plaisirs. Toutefois, il s’agit ici d’aller plus loin que de passer simplement d’une tâche linguistique (voire technique) à une autre ou de gérer des comptes dont les processus, etc. diffèrent en tous points. Aussi intéressante soit-elle, cette approche présente malgré tout certains risques et implique entre autres de faire appel à sa pleine conscience à chaque instant, le passage d’un rôle à l’autre n’étant bien évidemment pas réglé comme du papier à musique. L’une des difficultés majeures consiste d’ailleurs à réussir à compartimenter les différentes tâches et à gérer les priorités en fonction des requêtes et urgences qui peuvent survenir tout au long de la journée. Si les traductions, révisions et autres tâches linguistiques sont plus ou moins prévisibles et peuvent être modulées en fonction des délais, ce n’est évidemment pas le cas de la gestion de projet, qui présente toujours son lot de surprises et péripéties en tout genre. D’autre part, on soulignera ici plus qu’ailleurs, le caractère indispensable d’une « To Do list » bien organisée.

Une connaissance approfondie des comptes grâce à l’intervention à la fois en tant que ressource et gestionnaire de projets. À condition de mettre en place les moyens nécessaires pour rendre la communication la plus fluide possible, le fait d’être en première ligne des échanges avec les clients permet de connaître parfaitement leurs attentes et d’avoir pleinement conscience des enjeux liés à tel ou tel compte ; données qui ne sont pas forcément accessibles aux collaborateurs linguistiques purs. À l’inverse, avoir la possibilité de se frotter véritablement au contenu à traduire, plutôt que d’en faire une analyse standard constitue un atout certain à l’heure d’apporter des réponses, de présenter des arguments pertinents aux clients qui contribueront au bon déroulement d’un projet ou de résoudre certains problèmes rencontrés par les autres collaborateurs impliqués sur ce même compte, etc. Les échanges ressources / PM / Linguistic Lead n’en sont alors qu’améliorés, chaque acteur étant à même de mieux cerner le travail de chacun, ce qui a bien évidemment un impact positif sur la qualité finale du travail livré.

Notons toutefois que la limitation du nombre d’intervenants peut, de manière tout à fait paradoxale, être à la fois synonyme de gage de qualité, de par l’amélioration de la cohérence, la connaissance approfondie du client sur plusieurs niveaux, mais également d’une prise de risque supplémentaire. En effet, tout comme il doit connaître les points forts et faiblesses de ses collaborateurs, le PM-traducteur doit être capable de poser des limites claires quant à ses compétences et à ce qu’il est ou non en mesure d’assumer.

La maitrise d’une large palette d’outils. Tout comme je l’avais déjà souligné dans mon rapport de stage à l’époque où j’étais encore étudiante, le marché de la traduction s’articule sur plusieurs niveaux, tous dépendants les uns des autres. Et si ce sont bel et bien les grosses agences internationales qui donnent le tempo, c’est véritablement aux plus petits, PME et freelances, de maintenir la cadence et de s’adapter en conséquence. La variété des interlocuteurs, les améliorations techniques et la concurrence nous obligent à nous former continuellement à de nouveaux outils, passant inlassablement d’un logiciel ou d’une application à une autre avec les avantages et désavantages qui en résultent. Ces allers-retours constants sont autant d’occasions de déterminer les points forts et les points faibles de chaque outil, en fonction de l’utilité qui leur est associée et du rôle endossé au moment d’y avoir recours. Au-delà de la connaissance approfondie des diverses fonctionnalités offertes, et donc de la fluidification de son propre travail, être confronté à ces outils en tant que linguiste et gestionnaire de projets peut devenir une source d’inspiration non négligeable au moment d’établir des processus complets qui nécessiteront de choisir tel outil plutôt qu’un autre, d’allier plusieurs programmes pour une optimisation totale ou de proposer aux clients des solutions qui se démarquent réellement.

Bien que risqué et impliquant une grande flexibilité dans l’organisation de son travail et de la gestion du temps, le choix de la polyvalence (lorsque cela est possible) reste néanmoins une méthode de choix si l’on souhaite continuer à se former dans des domaines complémentaires qui fonctionnent à l’image de vases communicants et permettent donc de gagner en autonomie dans ce marché en constante évolution.

Cette diversité m’amène d’ailleurs à la conclusion qu’il doit très probablement exister autant de manières de travailler que de linguistes, gestionnaires de projets, techniciens de la traduction, etc., chacun étant confronté à une réalité, des attentes, des clients et un quotidien différents. Et s’il est certain que nous sommes tous interconnectés, il est tout aussi évident que nos connaissances, aussi poussées soient-elles, ne représentent que la partie émergée de l’iceberg. Il va de soi que la dynamique et la complexité de ce domaine rendent difficile, pour ne pas dire impossible, la mise en place d’une représentation claire des pratiques de chacun, à moins bien sûr de créer un échantillon suffisamment représentatif de ces acteurs, d’aller à leur rencontre et d’apprendre de leur expérience…

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