Ces erreurs de traduction qui ont (dé)fait l’Histoire

Par Audrey Duchesne, étudiante M1

roosevelt

Source : https://qqcitations.com/citation/137170. Droits réservés.

Rares sont ceux qui n’ont jamais commis d’erreurs de traduction. Toutefois, certaines erreurs ont plus d’impact que d’autres : alors que les unes sont anecdotiques, les autres causent la mort de plusieurs milliers de personnes ou traversent les années sans qu’on ne les corrige. J’ai choisi de traiter quelques exemples dans ce billet.

  • À la fin de la Seconde Guerre mondiale, la ville de Bastogne (Belgique) est encerclée par les Allemands. Ces derniers exigent des Américains présents sur place qu’ils se rendent. Le Général Anthony McAuliffe, qui a commandé les troupes pendant le siège de Bastogne leur répond « nuts ». La traduction littérale « des noix » effectuée par l’interprète allemand sur place a laissé les généraux de la Wehrmacht dans l’incompréhension la plus totale …
  • Vers 1830, Washington engage des discussions avec la France à propos d’une indemnité. Le ton est vif et le président des États-Unis, Andrew Jackson, propose des mesures exceptionnelles au Congrès. Le message que la France envoie à la Maison Blanche commence ainsi : « Le gouvernement français demande … ». Or, un secrétaire traduit cette phrase par « The French Government demands … » ce qui ne signifie plus « demander » mais « exiger ». La réaction du président américain est immédiate : il annonce que « si le gouvernement français ose exiger quoi que ce soit des États-Unis, il n’obtiendra rien ». Heureusement, la traduction a été corrigée et le calme est revenu.
  • La vie sur Mars a été annoncée suite à une erreur de traduction. Des astronomes italiens avaient utilisé le terme « canali » pour décrire ce qu’ils considéraient comme des sillons à la surface de la planète. Ce mot a été traduit par « canaux », ce qui a laissé penser aux personnes travaillant sur le sujet que des formes de vie intelligentes avaient créé des réseaux navigables. Des livres ont été publiés et des astronomes ont développé des théories quant à une possible forme de vie sur la planète rouge, jusqu’à ce que la technologie montre que ces « canaux » n’étaient en réalité que des jeux d’ombres et de lumière sur la surface de Mars.

Ces traductions, n’ayant « que » causé de l’incompréhension ou une vive colère, certaines autres erreurs de traduction sont bien plus graves puisqu’elles ont coûté la vie à des milliers de personnes …

  • Tout porte à croire que le bombardement d’Hiroshima serait dû à une erreur de traduction. En effet, William Craig, dans son ouvrage The Fall of Japan, écrit qu’à l’issue de la Conférence de Potsdam en 1945, les Alliés ont adressé un ultimatum au Japon. Ils demandaient la « capitulation sans conditions de toutes les forces armées japonaises » sous peine de « destruction rapide et totale ». Le conseil de guerre japonais – composé du Premier ministre, du ministre des Affaires étrangères, du ministre de la Guerre, du ministre de la Marine, du chef des Armées et du chef de la Marine – pour contenter la presse, a établi un compte-rendu de sa réunion dans lequel le Conseil de guerre suprême répond « mokusatsu » aux Alliés. Or, ce mot est polysémique et est composé des éléments « silence » et « tuer » … Il pouvait donc être traduit par « aucun commentaire » mais également par « traiter avec mépris » ou « ignorer ». C’est la deuxième option qui a été retenue par les journalistes. La réponse traduite du japonais et adressée aux Alliés a donc été la suivante « Nous rejetons catégoriquement votre ultimatum ». La traduction erronée fera la une de tous les journaux du monde, les autorités japonaises ne pouvant plus rien faire pour s’expliquer. Dix jours après cette « réponse » mal traduite, les Alliés, pensant qu’ils étaient arrivés à un point de non-retour, larguèrent la bombe meurtrière sur la ville japonaise. Ce serait donc une erreur de traduction qui aurait coûté la vie à 70 000 personnes. Les linguistes la considèrent comme l’erreur de traduction la plus grave de tous les temps.
  • En août 2008, pendant la guerre entre la Russie et la Géorgie où chacune des parties revendiquait les régions séparatistes de l’Abkhazie et de l’Ossétie du sud, la France a joué un rôle de médiateur et un accord de cessez-le-feu a été signé. Toutefois, il n’a pas été compris de la même façon par les deux pays du fait d’une nuance dans la traduction. Dans la version russe, la nuance a été interprétée par la Russie comme l’autorisation de laisser ses chars « dans » les territoires reconnus comme appartenant à la Géorgie. Le document anglais, lui, aurait précisé que les forces armées russes devaient se retirer sur leurs positions de départ. Cette erreur de traduction a prolongé la guerre d’un mois.

À présent, voici deux exemples de traductions erronées qui ont voyagé à travers le temps.

  • On sait qu’il n’y avait pas de pommiers dans les pays bibliques. Or, dans la traduction française, le fruit défendu est une pomme … Cela est dû à une erreur de traduction du mot latin « pomum » qui signifie non pas « pomme » (malum) mais « fruit » en général. Ainsi, l’arbre en question ne serait pas un pommier mais plutôt un figuier. Selon la légende de la Genèse, ce serait donc une figue qu’Adam aurait mangée et qui lui serait restée en travers de la gorge.
  • Dans le même ton, le passage de l’Évangile qui raconte qu’ « il est plus facile à un chameau de passer par un trou d’aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Royaume des Cieux » est une erreur de traduction. Le traducteur a confondu les mots grecs « kamelos » (chameau) et « kamilos » (câble). Toutefois, l’enseignement étant clair, l’erreur n’a pas été corrigée.

Heureusement, les erreurs de traduction ne mettent pas toutes le monde en danger. Toutefois, le traducteur doit se montrer très prudent et très informé lorsqu’il traduit des textes d’importance capitale, comme ici, lorsqu’une guerre ou lorsque des vies sont en jeu. Il ne faut pas oublier que l’interprétation du traducteur joue un rôle fondamental dans sa traduction. Il doit donc être certain de traduire ce qui a vraiment été voulu dire, s’informer des différences entre les langues et des différences de culture.

Sources :

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