Google Translate vs DeepL : le duel

Par Marine Moreel, étudiante M2 TSM

 

Capture

Google et le logo Google sont des marques déposées de Google Inc., utilisées avec l’autorisation de leur propriétaire.

 

Après des mois d’attente, le voici enfin arrivé : DeepL, l’outil qui veut révolutionner le monde de la traduction machine. C’est la société allemande DeepL Gmbh, à qui l’on doit également le célèbre dictionnaire multilingue Linguee, qui est à l’origine de ce nouveau service de traduction.

Un des slogans commerciaux de la société allemande est de dire que DeepL est trois fois plus performant que Google Translate. Voilà de quoi attiser ma curiosité, car soyons honnête, dans le classement des outils de traduction machine disponible gratuitement en ligne, Google Translate détient la première place du podium.

Alors, afin de me faire une opinion à son sujet, j’ai décidé de sélectionner quelques catégories d’erreurs souvent commises par les outils de traduction machine afin de voir ce que vaut réellement DeepL. Quoi de mieux alors que de le comparer avec Google Translate, son principal concurrent !

La comparaison portera sur la qualité linguistique des traductions, sur l’ergonomie des outils et sur leurs fonctionnalités. Pour cela, j’ai choisi des extraits de textes provenant du site du Plaza Hotel de New York et qui ont donc été rédigés en anglais.

 

La qualité linguistique des traductions

Avant de commencer la comparaison linguistique, il est important de rappeler que Google Translate, dont les traductions étaient générées sur la base de modèles statistiques, exploite depuis novembre 2016 les capacités de Google Neural Machine Translation pour 8 langues (pour et depuis l’anglais et le français, l’allemand, l’espagnol, le portugais, le chinois, le japonais, le coréen, et le turc). DeepL se base sur l’intelligence artificielle pour l’intégralité de ses langues.

 

La localisation

Localisation1
localisation2Google et le logo Google sont des marques déposées de Google Inc., utilisées avec l’autorisation de leur propriétaire.

Que ce soit Google Translate ou DeepL, aucun ne localise ni les numéros de téléphone ni les devises. Concernant les heures, Google Translate en localise une sur deux en comparaison avec DeepL qui localise les deux. Enfin, en ce qui concerne les unités de mesure, Google Translate se contente de les traduire littéralement alors que DeepL comprend qu’il s’agit ici de mètres carrés, mais ne convertit pas la mesure (4500 sq. ft. équivaut à environ 418 m2) et laisse le « ft » dans le texte cible.

Google Translate : 0 – DeepL : 0

 

La typographie

typographietypographie2Google et le logo Google sont des marques déposées de Google Inc., utilisées avec l’autorisation de leur propriétaire.

Ni Google Translate ni DeepL ne respecte les règles typographiques de la langue française qui recommandent l’insertion d’une espace insécable avant certains signes de ponctuation tels que les deux-points et qui requiert l’utilisation des guillemets français à la place des guillemets anglais.

Google Translate : 0 – DeepL : 0

 

La cohérence

coherence1coherence2Google et le logo Google sont des marques déposées de Google Inc., utilisées avec l’autorisation de leur propriétaire.

Google Translate a traduit deux fois le terme « the Royal Suite » par « la suite royale », mais l’a laissé tel quel dans la dernière phrase, alors que DeepL l’a traduit à chaque fois. On a donc plus de cohérence du côté de DeepL. Toutefois, on notera que DeepL n’a pas gardé les majuscules présentes dans le texte source.

Google Translate : 0 – DeepL : 1

 

L’utilisation des termes en contexte

contexte1contexte2Google et le logo Google sont des marques déposées de Google Inc., utilisées avec l’autorisation de leur propriétaire.

Le terme « large families » a été traduit par « familles nombreuses » par Google Translate et DeepL. Certes, sans contexte, la traduction est correcte. Toutefois, rappelons que l’on parle d’une suite de 418 mètres carrée au Plaza Hotel, un des hôtels les plus huppés et luxueux de New York. Pour avoir le plaisir de résider dans cette suite, il faut débourser pas moins de 25 600 euros pour une nuit. Or, en français, le terme « famille nombreuse » n’a pas la même connotation qu’en anglais. Utiliser ce terme dans ce contexte n’est donc pas idéal. Le terme « grande famille » aurait sans doute été plus approprié.

Google translate : 0 – DeepL : 0

 

La traduction des mots empruntés à d’autres langues

 emprunts1emprunts2Google et le logo Google sont des marques déposées de Google Inc., utilisées avec l’autorisation de leur propriétaire.

Le terme « dressing », terme emprunté à la langue anglaise, a été traduit par « dressage » par Google Translate. Nul besoin de dire qu’à la lecture d’« espace de dressage », on imagine beaucoup de choses, mais pas un dressing. DeepL, quant à lui, a correctement rendu le sens en utilisant le terme « vestiaire », bien que « dressing » aurait très bien pu être gardé dans le texte cible. Les deux outils semblent avoir du mal avec les termes empruntés aux langues étrangères. On peut aussi noter que DeepL nous livre une bonne traduction de la phrase, alors que celle de Google Translate est moins naturelle.

Google Translate : 0 – DeepL : 1

 

La traduction littérale et le sens

sens1sens2Google et le logo Google sont des marques déposées de Google Inc., utilisées avec l’autorisation de leur propriétaire.

Nous pouvons voir ici que, dès qu’ils doivent traiter des phrases un peu complexes, Google Translate et DeepL ont recours à la traduction littérale qui, bien souvent, nous donne des traductions assez originales.

Par exemple, les deux outils ne réussissent pas à traduire la première phrase de façon naturelle. Pourtant, les deux traductions qui suivent et réalisées par un biotraducteur donnent tout de suite un côté plus naturel en français :

– La boutique d’Éloise est un endroit tellement amusant où l’on ne s’ennuie jamais.

– La boutique d’Éloise est un endroit tellement amusant et rempli de choses à faire.

Autre exemple, Google Translate n’hésite pas à nous « attraper sur le défilé » lors de nos « aventures (mis) » et DeepL parle de « clients qui dérapent » et de « salle de mode ». On se rend bien compte qu’il n’est pas possible d’utiliser ces traductions sans les avoir modifiées et améliorées, car on perd parfois le sens et on voit qu’il s’agit d’une traduction réalisée par une machine dès la première phrase.

Google translate : 0 – DeepL : 0

 

On peut également noter que, dans plusieurs exemples ci-dessus, DeepL n’hésite pas à supprimer de la traduction cible les parties de phrase qu’il ne parvient pas à traduire. Par exemple, « A palatial Royal Suite » devient « Une suite royale » et « for rawther fancy teas » devient « pour des thés ». Le choix d’omettre les parties difficiles à traduire a surement comme but de rendre la traduction plus fluide, mais elle la simplifie, ce qui pose problème. Toutes les parties d’un texte doivent être traduites, quel que soit leur niveau de difficulté, sinon la traduction n’est pas fidèle et elle se transforme en résumé simplifié.

 

L’ergonomie

L’interface de DeepL est très semblable à celle de Google Translate. L’aspect visuel est épuré et agréable : écriture sombre sur fond blanc, pas de publicité, reconnaissance automatique des langues, traduction instantanée ; tout est fait pour faciliter l’utilisation et donner envie de se servir de ces outils. Les textes sont bien découpés, la mise en page du texte source est respectée et les textes sources et cibles sont bien alignés. On peut toutefois noter que Google Translate nous envoie directement sur la page de traduction alors que DeepL nous propose soit de « Traduire » ou de « Rechercher » un terme dans Linguee.

Impossible de les départager sur ce point : Google Translate : 1 – DeepL : 1

 

Les fonctionnalités

Google Translate propose plus de 103 langues de travail ; DeepL n’en propose pour l’instant que 7. Les deux outils fournissent différentes propositions de traduction lorsque l’on clique sur un mot. Cette option est pratique lorsque l’on souhaite modifier la traduction, mais que de nouveaux termes ou de nouvelles tournures de phrases ne nous viennent pas à l’esprit. Google Translate et DeepL nous donnent également des exemples de phrases dans lesquelles le terme est employé.

La grande différence est le Translator Toolkit proposé par Google Translate et qui permet entre autres d’importer des textes de différents formats et de les traduire avec une mémoire de traduction et/ou un glossaire.  Les traductions peuvent également être partagées. On est tout de même bien loin de l’efficacité des outils de TAO payants comme SDL Trados Studio.

Enfin, on peut regretter que l’application mobile DeepL n’existe pas encore, mais elle ne devrait sans doute pas tarder à faire son apparition.

Google Translate : 1 – DeepL : 0

 

Verdict

Google Translate : 2/8 – DeepL : 3/8

 

Il est clair que DeepL présente certains aspects révolutionnaires. Quelques essais suffisent à se rendre compte qu’il produit des traductions plus naturelles que Google Translate. On peut d’ailleurs dire que, dans le classement des outils gratuits en ligne de traduction machine, il surpasse Google Translate.

Toutefois, cet outil nécessite d’être développé davantage et d’être amélioré sur certains points comme la localisation, la typographie ou la fluidité de ses traductions. Néanmoins, même s’il se révèle un outil puissant et utile pour les utilisateurs, professionnels ou non de la traduction, il est encore loin, à mon avis, de pouvoir surpasser un biotraducteur.

 

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3 réflexions sur “Google Translate vs DeepL : le duel

  1. Assez curieusement vous ne mentionnez pas un défaut commun à ces deux logiciels : ils utilisent toujours l’anglais comme langue-pont (ou langue pivot, si vous préférez) pour traduire entre deux langues autres que l’anglais. Le résultat est que, si vous voulez traduire une phrase comme « Mon voisin a épousé ma cousine et ma voisine a épousé mon cousin », ils doivent d’abord la transformer en « My neighbor married my cousin and my neighbor married my cousin » et répercutent dans la nouvelle langue-cible cette traduction absurde (en espagnol, par exemple, « Mi vecino se casó con mi primo y mi vecino se casó con mi primo ». De même « Mon frère pouvait venir », traduit d’abord par « My brother could come » deviendra dans les deux cas en espagnol « Mi hermano podría venir », c’est-à-dire « Mon frère pourrait venir » puisque « could » a à la fois le sens du passé et celui du conditionnel.

    Au contraire Promt, qui ne passe pas par l’anglais, donnera « Mi vecino se casó con mi prima y mi vecina se casó con mi primo » et « Mi hermano podía venir », ce qui est correct.

    Tout cela n’empêche pas que, si l’on reste dans la traduction anglais-français, DeepL me parait plus élégant que Promt, mais il ne faut pas oublier le grand risque de la double traduction chaque fois qu’on ne traduit pas vers l’anglais ou à partir de l’anglais.

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