À la découverte de la localisation de logiciel

Par Benoit Julliard, étudiant M2 TSM

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Comme nous l’a expliqué Elise Guilbert dans son dernier billet, la localisation est une étape importante pour les entreprises qui veulent réussir à l’international. Et s’il s’agit d’un défi économique pour les entreprises, pour les traducteurs, la localisation représente plutôt un défi technique et linguistique. Dans ce billet, je vous propose donc quelques pistes, trucs et astuces pour mieux appréhender cet exercice.

Tout ne se traduit pas

Les fichiers à localiser pour les logiciels peuvent se présenter sous différents formats, et ceux-ci sont en principe visualisables grâce à un éditeur de texte, comme Notepad++. En ouvrant un fichier à localiser, on remarque qu’il n’y a pas que du langage humain. Il y en a même assez peu. La première mission du localisateur sera alors de retrouver les éléments à traduire dans un tel document.

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L’avantage d’utiliser Notepad++ est qu’il est capable de comprendre le langage de la machine, et ainsi différencier des éléments avec des couleurs. Dans l’exemple ci-dessus, on remarque du texte grisé, entre guillemets, qui ressemble à du langage humain, que l’on devra traduire.

En effet, lors de notre cours de localisation en M2, nous avons pu apprendre une règle de base simple : « Ce qui est à traduire est généralement entre guillemets ».

C’est un bon point de départ pour y voir plus clair dans un fichier à localiser, mais attention, car tout ce qui est entre guillemets ne doit pas nécessairement être traduit. Là encore, généralement, ce qui ressemble à du langage machine ne doit pas être traduit, comme dans l’exemple ci-dessous :

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Voilà qui devrait vous permettre de vous y retrouver dans un fichier à localiser. Néanmoins, il est à noter qu’il est préférable pour une agence de traduction de préparer ce type de fichier, afin d’en extraire le contenu à traduire et de masquer ou verrouiller celui qui ne l’est pas. La préparation de ce type de fichier a deux avantages : éviter qu’un traducteur peu expérimenté dans le domaine traduise tout et n’importe quoi et fasse planter le logiciel ; faire gagner du temps au traducteur afin qu’il se concentre sur sa tâche principale à savoir : la traduction.

Gérer les &hotkeys

Lorsqu’on traduit un logiciel, il est possible d’avoir affaire à des raccourcis clavier, ou « hotkeys ». Les raccourcis sont des touches qui permettent d’utiliser une fonction à l’aide du clavier, sans avoir à cliquer sur un bouton.

Par exemple sur Word, lorsque vous appuyez sur Alt, les différentes « hotkeys » disponibles s’affichent à l’écran (voir l’image ci-dessous). Pour ouvrir le menu « File », il suffit ainsi d’appuyer sur la touche « F ».

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Dans le fichier à localiser, le caractère qui servira de hotkey est précédé par le symbole « & ». Dans l’image ci-dessous par exemple, c’est la touche « O » qui permettra d’ouvrir le menu « Options ». Ce symbole « & » ne sera pas affiché à l’écran dans le logiciel final, mais il doit être conservé dans la traduction. Cependant, il faut tenir compte du fait que les doublons sont interdits dans un même menu. Il faut donc garder cela à l’esprit en traduisant et placer le « & » correctement pour éviter ce problème. Deux solutions s’offrent à vous si un cas de doublon se présente : vous pouvez trouver un synonyme, qui vous permettra de conserver le symbole « & » devant la première lettre du mot, ou bien déplacer le symbole de la hotkey.

Le problème des variables

Lorsqu’on localise un logiciel ou un jeu vidéo, il est possible d’avoir affaire à des variables. Pour faire simple, si un texte à traduire contient des éléments qui ressemblent à du code, il s’agit probablement d’une variable. Il ne faut donc pas les modifier ni les supprimer, car elles seront remplacées à l’écran par autre chose. Par exemple, %d sera probablement remplacé par un chiffre, et %s par une chaîne de caractères Cependant, il est important de comprendre ce que signifient ces variables, pour les placer au bon endroit dans le texte traduit afin que le résultat final soit compréhensible.

Si vous souhaitez en savoir plus sur les variables, Léa Gonzalvez nous en parle plus en détail dans son billet sur la localisation de jeux vidéo.

Posez-vous les bonnes questions

Lorsqu’on localise des chaines de caractères, on manque souvent de contexte. Pour bien traduire, il faut se poser les bonnes questions, et les poser au client quand c’est nécessaire.

Masculin ou féminin

Lorsqu’on traduit certaines commandes dans un logiciel, il faut être sûr de ce à quoi on a affaire. En effet, une formulation neutre en anglais peut devenir masculine ou féminine en français. Mais il est parfois difficile de savoir quelle forme choisir. Par exemple :

« new »

S’agit-il d’un nouveau fichier, ou d’une nouvelle playlist ? Selon le type de logiciel et la nature de ce qui est « nouveau », il faudra traduire différemment. Cela est particulièrement problématique lorsqu’on travaille avec de simples fichiers texte et que l’on ne peut pas tester et visualiser le logiciel à mesure que l’on traduit. En cas de doute, il faudra donc poser la question au client.

Impératif ou indicatif

Une autre question qu’un traducteur doit se poser en traduisant un logiciel est : « s’agit-il d’une commande ou d’une description ?» En effet, si la question ne se pose pas en anglais, en français, il faut s’assurer que l’on utilise l’indicatif ou l’impératif au bon moment. Prenez par exemple :

« Save this file »

S’agit-il d’une option vous permettant d’enregistrer un fichier, ou bien d’une boite de dialogue vous demandant d’enregistrer votre fichier ?

Verbe ou nom

En anglais, les verbes et les noms s’écrivent généralement de la même façon. Lorsqu’on passe en français, il faudra choisir d’employer un nom ou un verbe.

Par exemple, l’option « print » doit-elle être traduite par « imprimer » ou « impression » ?

Dans toutes ces situations, il est important de rester cohérent, et de poser des questions au client lorsqu’on a un doute.

Si le client fourni un guide de style, n’hésitez pas à le consulter, il vous donnera de précieuses informations qui répondront peut-être à toutes ces questions.

Gérer les limites de caractères

Lorsque l’on doit localiser le contenu d’un logiciel ou d’un jeu vidéo, il n’est pas rare d’être confronté à des limites de caractères. Dans ce cas, il peut être intéressant d’insérer ses segments dans une feuille Excel, et d’utiliser une formule pour vérifier que l’on ne dépasse pas une limite. Voici quelques cas de figure dans lesquels vous pourrez utiliser la formule =NBCAR (ou son équivalent en anglais, =LEN) afin de respecter ces contraintes.

Cas no1 : vous devez traduire une description de produit ne devant pas dépasser 150 caractères.

Ici, la solution est simple. Dans une cellule vide, entrez la formule suivante :

=NBCAR(FR) (où (FR) est la cellule contenant votre traduction). Si la valeur indiquée est inférieure à 150, tout va bien ! Sinon, il est temps de se remettre au travail pour réduire la longueur de ce texte.

Cas no2 : vous ne devez pas dépasser le nombre de caractères du texte original.

Là, il ne s’agit plus d’une limite de caractères fixe. Celle-ci dépend du texte contenu dans la cellule source. Pour savoir si votre traduction respecte la limite de caractères, voici la formule à utiliser :

=NBCAR(FR)-NBCAR(EN) (où (FR) est la cellule contenant votre traduction, et (EN) la cellule contenant le texte source). Si la valeur obtenue est inférieure ou égale à zéro, c’est bon ! Sinon, il faut réduire à nouveau.

Cas no3 : votre traduction peut être jusqu’à 20 % plus longue que le texte original.

Si vous traduisez des descriptions de produits ou le contenu d’un jeu vidéo, il est possible qu’on vous impose ce genre de contrainte. S’il s’agit d’une contrainte plus souple qu’un nombre strict de caractères à respecter, l’utilisation d’une formule est indispensable pour se rendre compte de la longueur de votre traduction. Vous pouvez donc utiliser la formule suivante :

=((NBCAR(FR)*100)/NBCAR(EN))-100. Vous obtiendrez alors un nombre, probablement supérieur à zéro, et espérons-le, inférieur à 20.

Il est intéressant de constater que ces formules se mettent à jour lorsque vous modifiez le contenu d’une cellule, ce qui vous permet de voir en temps réel si vous respectez la limite imposée.

Vous l’aurez remarqué, la localisation de logiciel est un exercice qui présente des contraintes uniques pour les traducteurs. Même si cela peut être intimidant au premier abord, la localisation peut être très intéressante pour celles et ceux qui n’ont pas peur de se frotter à des domaines plus techniques. J’espère que ces conseils et astuces pourront vous aider à mieux appréhender la localisation d’un logiciel.

 

Je tiens à remercier Valérie Étienne pour son cours de localisation qui m’a aidé à rédiger ce billet.

 

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