Les impératifs d’une bonne traduction : Pourquoi les traducteurs posent-ils tant de questions ?

Par Alessandro Circo, étudiant M1 TSM

 

Depuis leurs origines, les traducteurs s’interrogent sur la qualité des traductions. De nombreuses théories ont vu le jour, une bonne traduction doit-elle privilégier la fidélité à la fluidité, doit-elle faire abstraction des éléments propres à la culture de la langue source ou les mettre en avant, les questions posées à ce sujet sont nombreuses. Aujourd’hui, je ne m’intéresserai pas au travail de traduction en lui-même, mais plutôt aux éléments qui le conditionnent, tout ce qui peut contribuer au bon travail du traducteur et que j’ai pu découvrir lors de mon premier stage en tant que traducteur en herbe. Même si le métier de traducteur peut apparaître comme solitaire, nous verrons que le traducteur du XXIe siècle est loin d’être seul face à son écran. Il peut (la plupart du temps) compter sur l’appui de nombreuses ressources, de ses compères et de ses clients.

Un texte source…

La première et la plus importante « ressource » du traducteur est, sans grande surprise, le texte original. À ce sujet il convient de distinguer deux choses, le texte brut et le document formaté. Aujourd’hui, il arrive encore que le traducteur ne reçoive que le texte brut, ce qui peut poser quelques problèmes. Parfois, il ne reçoit qu’un fichier à ouvrir directement avec les divers outils de TAO qu’il utilise. Certains de ces outils peuvent vous indiquer si le segment est un titre, un élément d’une liste ou le corps du texte. Une aide précieuse lorsque le document est formaté de manière classique (Titre, sous titres, corps de texte, etc.) mais si c’est un logiciel que vous traduisez, un Powerpoint ou encore un site Web, un test, un questionnaire, alors ces informations ne vous seront pas d’une grande utilité et vous rencontrerez de nombreux segments sans aucun contexte, parfois même composés d’un seul mot. Il est donc primordial pour le traducteur d’avoir (d’exiger) un accès au document original formaté, au site Web, au logiciel qu’il traduit et ce n’est malheureusement pas toujours possible.

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Image soumise à des droits d’auteur : http://mox.ingenierotraductor.com/

 

…de qualité

Un autre point important à propos du texte source et qui influe grandement sur la traduction finale : sa qualité. L’utilisation d’une langue pivot est très répandue aujourd’hui dans le milieu de la traduction. Il est plus facile (et moins onéreux) pour une entreprise dont la langue est peu représentée de faire traduire une première fois le texte vers une langue très représentée (à tout hasard, l’anglais) puis d’effectuer le reste des traductions depuis cette langue qui est maîtrisée par de nombreux traducteurs dans tous les pays du monde. Seulement, un problème se pose, si la première traduction est réalisée à la hâte, par exemple via un traducteur automatique sans post-édition, alors le texte cible sera d’une piètre qualité et c’est ce texte qui servira de base à toutes les autres traductions. Le problème reste léger si le texte est plutôt rédactionnel et que le traducteur est en mesure d’en saisir tout le sens en dépit des bizarreries qu’il contient. Cependant, lorsqu’un traducteur se retrouve face à un texte très technique bancal, comment peut-il produire une traduction de qualité, comment peut-il rechercher la terminologie lorsqu’il n’est même pas sûr que le terme source est le terme réellement en usage. La solution ? S’armer de patience et naviguer sur le Web, tenter de trouver des textes similaires en langue cible (traduite ou originale) afin de repérer les termes utilisés et pourquoi pas demander le texte original, même lorsqu’on ne connaît pas la langue, pour se faire une idée de la voie à suivre à l’aide de la traduction automatique (pour les utilisateurs avertis).

 

Les références

N’allez pas croire que les traducteurs sont systématiquement des experts dans le domaine du texte qu’ils traduisent. Vous avez dit tricheurs ? Non, les traducteurs s’inspirent. Cette inspiration provient tantôt de traductions qui ont déjà fait leur preuve (TM), tantôt de glossaires rédigés par les réels experts ou encore de textes de référence, le tout fourni et validé par le client. La traduction est un réel plaisir lorsque ces trois éléments sont rassemblés, le traducteur peut alors piocher dans l’une ou l’autre des ressources, il peut recouper les informations afin de vérifier (encore et encore) que le terme qu’il a choisi est le bon, que la tournure correspond aux standards du domaine, que la typographie est celle qui est attendue, etc. Mais ce genre de scénario relève encore de l’utopie, les traducteurs doivent régulièrement s’attaquer à des textes techniques avec très peu d’appuis. Pas de panique, là encore le Web regorge d’informations qu’il faudra bien évidemment trier, mais le traducteur est un adepte du tri sélectif et certains sites font un travail exceptionnel. Vous n’avez pas de glossaire ? L’Union européenne et l’Office de la langue française au Québec en proposent (pour n’en citer que deux). Vous n’avez pas de texte de référence ? Consultez les corpus en ligne ou compilez-en un par vous-même. Vous n’avez pas de TM ? Vous n’avez pas de TM. Malheureusement, parfois le Web ne suffit pas à fournir toute l’aide dont le traducteur a besoin. Dans ces situations extrêmes, une seule solution se présente à lui : poser des questions.

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Image soumise à des droits d’auteur : http://mox.ingenierotraductor.com/

La communication

Oui, le traducteur ne travaille pas en autarcie, alors pourquoi se priver ? La communication est une ressource qu’il doit maîtriser. Par exemple, lorsqu’il travaille sur un projet partagé avec plusieurs collègues, la seule façon de garantir la cohérence du texte traduit est de discuter avec eux des différentes options de traduction, en face à face, via une plateforme de collaboration, par mail ou téléphone, tous les moyens sont bons pour éviter de faire fausse route sur un projet commun. De plus, la mise en commun des idées ne peut être que bénéfique à la qualité de la traduction, profiter d’un point de vue extérieur sur une phrase qui nous pose problème peut rapidement débloquer la situation. Bien entendu, parfois, ni les ressources à notre disposition, ni le Web, ni même nos très chers collègues ne peuvent nous venir en aide. À cet instant, il ne reste qu’une personne vers laquelle se tourner, une seule personne dont les réponses pourront nous éclairer : le client. Si le traducteur constate que les ressources qui lui ont été fournies sont incomplètes, il se doit d’en faire la demande au client. Idem s’il a un doute concernant un terme ou sur le ton à employer. Les communications avec le client peuvent parfois se montrer laborieuses, via un fichier Excel, via les gestionnaires de projet, mais lorsque les réponses arrivent, elles sont généralement sans appel et permettent au traducteur de lever bon nombre de doutes. Car si un traducteur pose tant de questions, c’est avant tout pour offrir la meilleure qualité possible à son client.

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Image soumise à des droits d’auteur : http://mox.ingenierotraductor.com/

 

Les strips sont l’œuvre d’Alejandro Moreno-Ramos, un traducteur/auteur/dessinateur qui raconte avec humour les péripéties de Mox, un jeune traducteur freelance. Ses aventures ont donné naissance à un blog et trois livres de bande-dessinée. Je tiens à remercier l’auteur pour son travail dans lequel j’ai pu trouver une parfaite illustration de mes propos.

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