Relire un texte sans connaître la langue source : mission impossible ?

Par Célia Jankowski, étudiante M2 TSM

 

Relire un texte, tout bon traducteur le sait, n’est pas une tâche anodine. La relecture est une étape indispensable du processus traductif, et ne doit en aucun cas être prise à la légère. Peu d’agences ou de traducteurs renvoient à leurs clients des textes non relus.

Or, imaginez cette situation : vous êtes traducteur, et on vous demande de relire un texte, afin de corriger les éventuelles erreurs et coquilles oubliées par le traducteur. Pas de problème, vous répondez. Vous recevez le document, l’ouvrez dans votre outil de TAO préféré, et là, horreur : le texte source est dans une langue que vous ne maîtrisez pas du tout ! Vous n’en comprenez pas un mot. Vous demandez confirmation auprès de celui ou celle qui vous a demandé d’effectuer cette tâche : non non, il n’y a pas d’erreur, c’est bien le bon document.

Un traducteur, confronté pour la première fois à ce genre de situation, peut être déconcerté. Est-ce normal de recevoir une telle demande ? Est-ce seulement possible ?

Pas de panique, c’est tout à fait faisable. Mais un peu différemment.

Revision1Ne vous inquiétez pas, ça va aller !

 

Lorsque vous révisez un texte, en général, le but est bien sûr de relever et corriger les fautes d’accord, de frappe, de ponctuation, ainsi qu’améliorer la syntaxe si nécessaire. Mais il faut aussi aller un peu plus loin et comparer la traduction à l’original, vérifiant ainsi que tout les éléments présents dans la source sont bien retranscrits dans la cible, et ce de manière correcte. Bien évidemment, ce dernier point est impossible sans comprendre la langue du texte source ; dans notre cas, il faudra donc faire l’impasse sur ce point. Qu’à cela ne tienne ! L’agence ou la personne qui vous a confié cette tâche fait manifestement confiance à son traducteur, il ne vous reste plus qu’à vous mettre au travail. Commencez par déterminer le skopos du texte : à qui est-il destiné ? Pourquoi a-t-il été rédigé ? N’hésitez pas à poser ces questions à celui qui vous a confié la relecture si vous ne parvenez pas à déterminer cela seul : les réponses à ces questions sont primordiales pour une bonne relecture.

Ensuite, comme dans une relecture traditionnelle, il reste à corriger les fautes de frappe, d’accord, d’orthographe éventuelles, améliorer la syntaxe si vous le jugez nécessaire… Et puis vous tombez sur un mot, une expression qui vous semble étrange et peu adaptée au contexte. Oui, mais voilà : comme expliqué précédemment, pas moyen de vérifier dans le texte source si c’est vraiment le bon terme. Et pas question de passer au traducteur automatique pour tenter de trouver une réponse vous-même ! La seule solution : marquer le mot ou expression posant problème, et le signaler lorsque vous renverrez le texte relu.

Votre relecture est terminée. N’oubliez pas de résumer les problèmes au moment de renvoyer le fruit de votre labeur, et votre rôle s’arrête (normalement) là. Ouf, ce n’était pas si compliqué au final, quoiqu’un peu fastidieux et étrange. Mais n’existe-t-il pas une meilleure façon de réaliser une telle relecture ?

Eh bien, si ! Il est possible d’effectuer ce que l’on appelle une « relecture croisée », qui fait collaborer le relecteur et le traducteur. Le relecteur relit à voix haute la traduction, pendant que le traducteur relit silencieusement l’original, en vérifiant qu’il a bien retranscrit le sens dans sa traduction. Il peut à ce moment-là demander confirmation à son relecteur, lui précisant le sens de l’expression ou du terme dont il n’est pas sûr et lui demandant si l’idée est bien retranscrite. Cela permet un véritable échange entre le traducteur et le relecteur, qui peuvent ainsi se poser des questions et se faire des remarques en direct, et modifier la traduction immédiatement, sans que le relecteur ait besoin d’annoter les termes lui posant problème, problème que parfois le traducteur ne comprend pas forcément.

Du point de vue du traducteur, cela lui permet d’économiser du temps : en effectuant les modifications nécessaires au fur et à mesure de la relecture, pas besoin de rouvrir une nouvelle fois le texte à la fin de celle-ci pour retrouver les anomalies détectées par le relecteur. Du point de vue du relecteur, cela lui permet d’en apprendre plus sur le texte source, de mieux comprendre ce qu’il relit et de poser autant de questions que nécessaire à l’auteur de la traduction, ainsi que d’être plus sûr de lui dans ses suggestions : plus besoin de tergiverser de son côté quant à l’adéquation d’un certain terme, il n’a qu’à faire part de ses doutes au traducteur.

Une telle pratique a de nombreux avantages : plus les deux acteurs travaillent ensemble, plus la relecture sera efficace : le relecteur apprend des habitudes de traductions du traducteur, et le traducteur enregistre les remarques du relecteur. Une véritable collaboration se crée, et une « équipe » naît, qui s’entraide et qui se fait confiance.

La relecture croisée peut très bien se faire avec un relecteur chevronné, mais aussi avec un relecteur novice : le traducteur lui apprend les « ficelles » du métier et lui explique au fur et à mesure les choix à faire selon les problèmes rencontrés. Inversement, un relecteur (ou traducteur, qui ici endossera le rôle de relecteur) peut très bien s’associer à un traducteur novice, pour l’aider à parfaire sa traduction et lui expliquer comment éviter certaines erreurs.

Revision2Il est toujours possible d’appeler du renfort pour des expressions particulièrement coriaces.

 

Mais pourquoi vous confier une telle tâche, me demanderez-vous ? Eh bien, vous étiez peut-être la seule personne pouvant bien relire un document spécifique, que ce soit de par votre expertise en la matière dont le texte traite, ou bien vous étiez tout simplement la seule personne disponible dont la langue maternelle est celle du texte cible ou à même d’effectuer la relecture dans les délais.

Cela a été mon cas lorsque j’ai effectué mon tout premier stage de traduction dans une agence belge. Située dans la partie néerlandophone du pays, je ne m’attendais cependant pas à devoir relire des textes dans une langue source qui m’était totalement inconnue : le néerlandais. En effet, la plupart des commandes reçues consistaient à traduire des textes néerlandais vers le français, ce que j’étais par conséquent incapable de faire. Je me suis donc vu assigner le rôle de relectrice. Cependant, une fois la surprise initiale passée, et à l’aide d’une relecture croisée quasi systématique pratiquée avec mon maître de stage, tout s’est bien déroulé !

Voilà pourquoi il ne faut pas vous laisser impressionner par cette tâche sous le prétexte que la langue source vous est inconnue. Celui qui vous a confié cette tâche avait très certainement de bonnes raisons de vous l’attribuer, et vous êtes très certainement capable de l’effectuer sans problème ! À vos claviers.

Revision3Ça va mieux ?

 

La relecture croisée vous intéresse, et vous souhaitez en savoir plus à ce sujet ? Je vous invite à lire cet article de Jean-François Allain, publié en 2010 dans la revue en ligne Traduire, numéro 223.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s