Le traducteur vu par le monde extérieur

Par Margaux Bochent, étudiante M2 TSM

 

Pour être totalement transparente avec vous, cet article m’a été inspiré par mes proches, mes amis, ma famille et même par les nombreuses personnes avec qui j’ai eu l’occasion de parler de mes études, mais pour qui le monde de la traduction est un grand mystère.

Je me suis rendu compte que mon entourage n’a qu’une vague idée de ce que je fais au quotidien et du milieu dans lequel je me destine à travailler. Et que ce soit lors de repas de famille, de soirées entre amis ou encore lors de mes (très) nombreux covoiturages, je me retrouve régulièrement confrontée aux mêmes types de questions, qui font sourire lorsqu’on connait un minimum le milieu de la traduction, mais qui, en réalité, sont révélatrices des nombreuses idées reçues sur ce métier. En interrogeant les étudiants de M1 et M2 du Master TSM, je me suis aperçue qu’ils avaient également de nombreux exemples à me citer… Voici le top 4 des clichés les plus répandus sur les traducteurs.

 

Le traducteur-dictionnaire

Faut-il parler « plein » de langues pour être traducteur ? Le traducteur doit-il être « bilingue » ? Suis-je un mauvais traducteur si je ne traduis « que » vers ma langue maternelle ?

Si vous avez répondu autre chose que « NON ! » aux questions précédentes, alors continuez votre lecture, vous allez apprendre des choses …

Il y a cette idée préconçue que le traducteur traduit depuis une multitude de langues vers une multitude de langues, qu’aucun outil ne lui est nécessaire puisque son savoir linguistique est immense, ou qu’il suffit de maîtriser deux langues pour devenir traducteur. Je vais casser le mythe : le traducteur ne traduit que vers sa langue maternelle, puisque c’est la seule langue qu’il maîtrise parfaitement et dont il connait non seulement la grammaire, l’orthographe et la syntaxe, mais également les nuances, les subtilités et la culture. Il peut avoir une, deux, trois (et même plus !) langues de travail, mais il n’a pas besoin d’être « bilingue ». Il doit être capable de comprendre son texte, évidemment. Il doit aussi avoir du vocabulaire, bien connaitre la grammaire et avoir conscience de la culture du pays. Mais en fait, il doit surtout savoir faire des recherches, optimiser l’utilisation des outils d’aide à la traduction et se poser les bonnes questions … Tout comme il ne suffit pas de savoir écrire pour être écrivain, il ne suffit pas de parler deux langues pour être traducteur.

Les meilleures phrases entendues par les étudiants de M1 et M2

« Y a un diplôme pour être traducteur ??? Il ne suffit pas d’être bilingue ??? »

Réponse proposée : « Si si, il suffit d’être bilingue, mais j’avais besoin d’un diplôme pour décorer mon bureau »

« Ah bon tu ne traduis QUE vers le français ? Mais c’est facile alors … »

Réponse proposée : « Oui c’est super facile, surtout quand je traduis le guide d’utilisation d’une ponceuse orbitale excentrique, comme c’est du vocabulaire du quotidien. Tout le monde peut le faire en fait. »

« Mais comment ça, tu ne sais pas ce que ça veut dire ? T’es traducteur oui ou non ? »

Réponse proposée : « En fait c’est parce que le mot que tu demandes commence par un S, et moi là je suis en train d’apprendre le dictionnaire par cœur, mais je n’en suis qu’à la lettre N, c’est pour ça !!! »

aabbc140800031Ce n’est pas parce que vous savez dire « Merci » dans plusieurs langues
que vous êtes traducteur

 

Pas besoin de traducteurs si on a Google Translate

On est d’accord, Google Translate, c’est pratique. La traduction automatique nous a tous déjà dépannés, lors d’un voyage à l’étranger ou pour un devoir lors de nos années collège. Et selon la raison pour laquelle vous êtes amenés à traduire un texte ou une phrase, Google Translate peut effectivement être suffisant.

Vous êtes en voyage et la carte du restaurant n’existe que dans la langue locale ? Demandez à Google.

Vous aimez la dernière chanson de cet artiste américain, mais vous ne comprenez pas les paroles ? Demandez à Google.

Vous cherchez un tutoriel pour réinitialiser votre mot de passe de messagerie, mais les pages n’existent qu’en anglais ? Demandez à Google.

En revanche, si ce même restaurant où vous vous trouviez décide de faire traduire sa carte, pensez-vous que la meilleure solution est de faire appel à Google ?

Et pour cette chanson que vous aimez tant, si Google vous a aidé à comprendre le sens, est-ce qu’il a su respecter le nombre de syllabes pour qu’elle puisse être chantée sur le même rythme en français ? A-t-il su respecter les rimes ? J’en doute.

La traduction automatique est un service gratuit, instantané et très utile de manière ponctuelle. Si elle a grandement progressé ces dernières années, elle n’est toujours pas capable de fonctionner comme un cerveau humain. Elle propose une traduction mot à mot, sans considérer le reste du texte dans son ensemble et dans le cas où elle arrive à prendre compte le contexte, elle ne saisit pas les nuances comme un traducteur est capable de le faire. Si des agences ont parfois recourt à la traduction automatique, rares sont celles qui livrent directement au client sans demander à un linguiste de retravailler la traduction.

Face à Google Translate, le traducteur reste donc le seul à pouvoir fournir des traductions de qualité et adaptées au public auquel elles sont destinées.

Traducteur : 1 – Google Translate : 0

Les meilleures phrases entendues par les étudiants de M1 et M2

« À quoi ça sert de payer un traducteur si on a Google Translate ? »

Réponse proposée : « Google Translate propose des traductions de trop bonne qualité, du coup ça semble louche … donc il vaut mieux payer quelqu’un qui sera un peu moins bon, pour ne pas éveiller les soupçons »

« T’es traducteur ? Mais maintenant avec Google on est tous traducteurs ! Ton métier il va disparaitre ! »

Réponse proposée : « On est tous traducteurs ? Mais c’est super ça, j’adore avoir de nouveaux collègues ! »

 

pexels-photo-921361Là, on est d’accord, il vaut mieux demander à Google avant de commander du « squid » dans un restaurant

 

Un traducteur, ça traduit quoi ?

J’ai remarqué que, la plupart du temps, on associe le métier de traducteur à trois activités principales : la traduction de modes d’emploi (évidemment), la traduction de sous-titres et … l’interprétariat ! Eh bien non ! S’il existe un mot pour désigner les traducteurs et un mot pour désigner les interprètes, ce n’est pas simplement parce que la langue française est riche, mais bel et bien parce que ce sont deux métiers différents. Il est très rare qu’un traducteur soit aussi interprète. En règle générale, le traducteur n’est pas amené à traduire oralement, que ce soit lors d’une conférence ou sur un plateau télévisé. Et si c’est le cas, c’est qu’il est interprète et non pas traducteur !

Pour ce qui est des modes d’emploi, je trouve ça assez amusant de me dire que l’on associe souvent les termes « traduction » et « modes d’emploi », comme s’il n’y avait que ce type de documents qui nécessitait d’être traduit. En réfléchissant un peu, j’en déduis que c’est parce que les modes d’emploi contiennent souvent toutes les langues dans lesquelles ils ont été traduits, et non pas seulement la langue du pays où le produit est vendu. En revanche, dans la majorité des domaines, le contenu traduit n’apparait que dans la langue cible, alors personne n’imagine que l’original pourrait être écrit dans une autre langue. Mais du coup, un traducteur, ça traduit quoi ? Sensiblement tout. Des sites web, des pubs, des articles de presse, des textes législatifs, des notices, des tutoriels en ligne, des rapports…la liste est infiniment longue.

 

Les meilleures phrases entendues par les étudiants de M1 et M2

« On pourra t’entendre à la télé quand ils interrogent une célébrité ? »

Réponse proposée : « Oui ce sera moi, je vais m’occuper de traduire les interviews de toutes les célébrités dans toutes les émissions sur toutes les chaines. »

«  Ah tu traduis des modes d’emploi de micro-ondes et d’aspirateurs, ce genre de choses ? »

Réponse proposée : « Bien sûr et c’est passionnant ! D’ailleurs je me souviens bien du mode d’emploi de ton lave-linge donc si tu as une question n’hésite pas ! »

« C’est toi qui fais les sous-titres des séries ? Parce que c’est vraiment pas terrible … »

Réponse proposée : « Ah tu veux dire les séries que tu regardes en streaming le lendemain de leur sortie aux États-Unis, où les sous-titres comportent des fautes d’orthographe qui font saigner les yeux et où les « é » apparaissent sous forme de carré ? Alors là non par contre ce n’est pas moi. »

 

translator2Être traducteur : attentes VS réalité

 

Une traduction, ça coûte combien ?

« Quel est le prix d’une traduction ? » C’est une question que l’on m’a souvent posée et ça m’amuse parce qu’il ne viendrait pas à l’idée de qui que ce soit de demander à un concessionnaire : « Combien ça coute une voiture ? », ou à un écrivain : « Combien ça coute un livre ? ». La réponse : « ça dépend ».

Alors le prix d’une traduction, ça dépend de quoi ? Ça dépend de la langue, du nombre de mots, du délai et de la difficulté du texte. Mais d’autres critères sont également à prendre en compte (sinon ce serait trop facile) : est-ce que le document nécessite une préparation avant traduction ? Y aura-t-il une mise en page à faire après traduction ? Est-ce un texte technique, qui nécessite de nombreuses recherches terminologiques ? Est-ce un texte marketing, qui va demander de la créativité ? Le client peut-il fournir des glossaires et des mémoires de traduction ? La liste est à nouveau infiniment longue. Le plus souvent, ce que je réponds pour éviter de rentrer dans les détails, c’est qu’une traduction se paye au mot. Encore une fois, ce prix au mot dépend de la langue source et de la langue cible, du niveau de technicité du texte, de l’expérience du traducteur, etc. Un gestionnaire de projets sera donc souvent chargé d’évaluer tous les coûts en fonction du budget du client afin de lui proposer un devis adapté à ses besoins.

 

Les meilleures phrases entendues par les étudiants de M1 et M2

« Ah t’es payé pour traduire ? »

Réponse proposée : « Non non, je suis bénévole à temps plein. Et je fais même des heures sup’ »

« Ça coute combien une page ? »

Réponse proposée : « Une page ? Ben… j’imagine que ça dépend de la qualité du papier, si c’est format A4 ou A5… Ah pardon ce n’était pas ça ta question ? ».

 

Le métier de traducteur requiert un éventail de compétences et de qualités, mais malheureusement il est souvent sous-estimé par l’opinion générale : si l’on pense généralement qu’un traducteur doit parler plein de langues pour être compétent, on considère également à tort la traduction automatique comme un concurrent alors qu’elle n’est qu’un outil. Si vous voulez en savoir plus à ce sujet, je vous invite à lire le billet de Margaux Morin, ancienne étudiante du Master.

Les idées reçues sont donc nombreuses et la meilleure solution reste encore de continuer à faire connaitre notre métier, de répondre aux questions (avec mes réponses proposées…ou avec un peu plus de sérieux, à vous de voir !) et de s’armer de patience face aux plus bornés qui s’entêtent à répéter que d’ici 10 ans il n’y aura plus de traducteurs humains.

Si vous ne faites pas partie du milieu de la traduction, j’espère vous avoir apporté quelques petites précisions sur ce métier. Vous savez désormais quelles sont les questions à ne pas poser à un traducteur… vous êtes prévenus !

Si, au contraire, les métiers de la traduction n’ont aucun secret pour vous, j’espère que vous vous êtes reconnus dans l’une de ces situations. D’ailleurs, je suis curieuse de savoir : quelles sont les questions récurrentes qui vous énervent (ou vous amusent) le plus ?

 

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2 réflexions sur “Le traducteur vu par le monde extérieur

  1. « C’est quoi un traducteur ? »
    Véridique, question déjà entendue…
    Un très bon article, je ne suis qu’étudiante en licence mais on m’a déjà posée un grand nombre de ces questions… J’aime beaucoup les réponses proposées 😀

    Aimé par 1 personne

  2. Très bon article qui fait sourire en entendant les questions qu’un traducteur peut rencontrer. Je suis en M1 et, dès la licence, les personnes que je rencontrais (en covoiturage aussi d’ailleurs!), ou même ma famille ne savait pas trop en quoi consistait ce métier. Ils nous confondent effectivement souvent avec la profession d’interprète !

    Aimé par 1 personne

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