La mauvaise utilisation des anglicismes dans la langue française

Par Steffie Danquigny, étudiante M2 TSM

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Nous voilà en 2019, et cela fait bien longtemps que les anglicismes font partie intégrante de la langue française. À vrai dire, il arrive qu’on ne les remarque même plus et qu’ils aient complètement remplacé leurs équivalents français : les termes week-end, best-seller et vintage en sont le parfait exemple. Ces anglicismes viennent parfois combler un manque dans la langue de Molière, comme par exemple le verbe/nom spoiler : bah oui, « tu m’as spoilé ! », c’est quand même beaucoup plus court que « tu m’as raconté la fin du dernier épisode de Game of Thrones alors que je ne l’avais pas encore vu et ça m’a gâché la surprise ! ». Ils permettent parfois de raccourcir un terme qui existe déjà en français (le burn-out est ainsi préféré au « syndrome d’épuisement professionnel ») ; ou alors ils sont utilisés sans raison apparente, parce que c’est à la mode (pourquoi dire « en live », et pas « en direct » ?).

Ces anglicismes sont présents notamment dans le milieu professionnel (on parle de corporate, de deadline, de feedback, etc.) et se répandent de plus en plus vite grâce aux réseaux sociaux. L’Académie française et même les simples puristes de notre belle langue française se sont d’ailleurs lancés dans une guerre contre les anglicismes, et persistent à créer et utiliser des équivalents français que presque personne n’utilise, tels que « l’aguichage » pour remplacer le teasing et « l’insonorisation » pour désigner le play-back.

Cependant, j’ai décidé de me concentrer aujourd’hui sur les anglicismes qui sont utilisés à tort dans la langue française, sans que personne (ou presque) ne le remarque. Voici donc une liste non-exhaustive de faux anglicismes classés par thème.

Mode et apparence

La plupart des anglicismes mal utilisés qui me sont venus à l’esprit en écrivant cet article se réfèrent aux vêtements, aux chaussures et à tout ce qui se rapporte à l’apparence. En voici quelques exemples :

  • un relooking

Justement, quand on parle de l’apparence d’une personne en anglais, on peut utiliser le terme look. En français, on a emprunté ce mot pour désigner l’apparence au niveau vestimentaire. Jusqu’ici, tout va bien. Sauf que le « look » s’est ensuite transformé en « relooking », et prend même la forme d’un verbe (« relooker »). Bien que pour les Français, cette transformation paraisse justifiée (on ajoute « -ING » pour créer un nom, et le suffixe « -RE » pour le fait de recommencer une action), ce terme n’a absolument aucun sens en anglais ! On parle dans ce cas de makeover, bien loin du « relooking ».

  • un brushing

Voici autre mot anglais qui a été transformé en nom par l’ajout d’un « -ING », mais qui a perdu son sens original : le « brushing ». Utilisé dans le langage de tous les jours en France, il s’agit pourtant d’une grosse erreur de traduction, to brush signifiant « brosser », et serait également une véritable énigme pour un anglophone !

  • un pressing, un dressing

Encore des termes provenant de noms anglais auxquels on a décidé de rajouter la forme « -ING ». Cette fois, le processus est un peu plus logique que pour le brushing. Le dressing serait donc le lieu où l’on entrepose les robes (dresses), et plus généralement, tous les vêtements. Le pressing quant à lui désignait à la base l’action de repasser en pressant (« pressage » n’étant pas très utilisé), et par métonymie, il désigne aujourd’hui le lieu dans lequel cette action est exécutée. Une nouvelle fois, bien que les Français trouvent cette dérivation des mots logique, les Anglais ne parlant pas français ne comprendront pas ces termes tant ils sont éloignés de leurs équivalents anglais.

  • un smoking

En France, comme dans de nombreux pays européens, nous utilisons le terme « smoking » pour désigner le costume de cocktail. Il s’agit en fait du diminutif du terme britannique smoking jacket : l’ancêtre du smoking, qui était autrefois utilisé dans les fumoirs pour se protéger des odeurs de fumée et des brûlures de cendres. Cependant, il s’agit pour les Américains d’un tuxedo, le costume tel que nous le connaissons ayant été porté pour la première fois aux États-Unis au Tuxedo Park Country Club. Il s’agit donc cette fois d’un diminutif du terme d’origine, et non pas d’une invention française ; cependant il aurait été plus judicieux de garder « jacket » plutôt que   « smoking ». De plus, le terme smoking jacket n’est plus utilisé au Royaume-Uni, et a été remplacé par dinner jacket.

  • un sweat

Cette fois, pas de traduction sans queue ni tête. Juste un problème (si l’on met de côté la suppression du « shirt » en français), le sweat-shirt vient du verbe to sweat (oui, on parle bien d’un pull qui vous fait transpirer…) et il ne se prononce donc pas « swit » mais bien « swɛt ». Faites donc attention à votre prononciation si vous faites du shopping en Angleterre, vous risqueriez de vous retrouver avec beaucoup de sucreries, mais rien pour vous couvrir !

 

Le sport

Le sport est le deuxième domaine dans lequel j’ai retrouvé le plus d’anglicismes. Certains termes font d’ailleurs partie de ces deux premiers thèmes à la fois.

  • un jogging

Coincé entre la thématique de la mode et celle du sport, je vous présente le jogging. Ce terme vient du verbe to jog qui signifie « courir à petites foulées ». Or en France, on l’utilise parfois pour désigner une tenue de sport. De l’anglais jogging suit, les Français ont décidé de réutiliser ce terme et de le raccourcir. Comme avec le smoking, c’est « jogging » qui aurait dû être supprimé et non pas « suit ». De plus, le jogging français peut désigner plus ou moins n’importe quel type de survêtement, il n’est pas dédié uniquement à la course à pied.

  • des baskets

Probablement le faux anglicisme le plus connu, les baskets auraient également pu se trouver dans la catégorie précédente. Venant de l’anglais basket-ball shoes, le terme a été raccourci en « basket ». On se retrouve face au même problème que pour le smoking et le jogging : le français a décidé de raccourcir cette expression en gardant uniquement le premier terme, et en supprimant ainsi le terme le plus important. De plus, comme c’est le cas pour le faux anglicisme « jogging », les « baskets » désignent en français n’importe quel type de chaussures de sport, alors que dans les pays anglophones, les basket-ball shoes sont spécifiques au basket-ball. Le même raccourci existe pour les tennis, bien que ce terme soit beaucoup moins utilisé en français.

  • un footing

Il ne s’agit cette fois pas d’un raccourci, mais plutôt d’une drôle d’invention de la part des français ! De l’anglais foot (pied), on a ajouté le suffixe « -ING » pour signifier « course à pied ». Ce faux anglicisme a été très utilisé pendant plusieurs années, mais tombe désormais en désuétude, notamment au profit du running. Bien que certaines personnes fassent la distinction entre le footing (course à pied très lente et pratiquée occasionnellement), le jogging (course à pied pour les sportifs du dimanche) et le running (course à pied pour les grands sportifs), il ne faut pas oublier que le footing est un faux anglicisme, et qu’il se rapprocherait plutôt du jogging. Cependant, ces trois termes sont généralement utilisés à tort comme des synonymes, et sont plus ou moins utilisés en fonction du terme « à la mode » du moment.

  • un tennisman / une tenniswoman

Un des anglicismes les plus connus, et désormais de moins en moins utilisés par les professionnels du secteur, le terme tennisman ainsi que sa variante féminine restent malgré tout très utilisés par les journalistes et le reste de la population. Bien que cette expression ait un équivalent français logique,  il est vrai le faux anglicisme est plus court, et reste compréhensible pour les anglophones. Dans le même thème, on peut aussi penser à la fonction de pom-pom girl, qui vient de l’objet brandi par les cheerleaders et auquel on a ajouté « girl ». Cependant, ce terme élimine les hommes et les garçons de ce sport, alors qu’en réalité, il s’agit d’une activité sportive mixte, et n’est pas tout à fait compréhensible pour les anglophones.

  • un baby-foot

Le terme français baby-foot vient tout simplement du mot « football » auquel nous avons ajouté le préfixe « baby » car il s’agit d’un terrain de foot miniature. Le terme « baby » est d’ailleurs prononcé « à la française ». Cependant, il est vrai que ce choix n’est pas des plus logiques (puisqu’on parle de tennis de table, pourquoi ne pas parler de foot de table ?) et n’a aucun sens pour les anglophones (un pied de bébé ?!). Le terme britannique est d’ailleurs beaucoup plus logique : table football. En anglais américain, on parle cependant de foosball (dérivation de l’allemand pour « football »).

 

Les inclassables

Les termes ci-dessous ne font partie d’aucune des catégories précédentes. Cependant, ils font partie du langage quotidien et n’ont pas de réels équivalents français.

  • un play-back

Voici un des plus grands mystères des faux anglicismes : le play-back. Ce terme est utilisé en France et dans de nombreux pays européens pour désigner « la technique de synchronisation labiale qui consiste à faire semblant de chanter (ou de jouer d’un instrument) avec l’aide d’un enregistrement remplaçant le son qui devrait normalement être produit pour cette activité simulée » (Wiktionary). Cependant, le terme play-back est en fait un faux-ami qui, selon le MacMillan Dictionary, désigne en anglais le fait d’écouter ou regarder quelque chose qui a été préalablement enregistré. On parle en fait de lip-syncing en anglais pour signifier qu’un chanteur simule sa performance  en remuant les lèvres.

  • un talkie-walkie

Le dernier faux-anglicisme de ma liste n’est pas une invention française, mais plutôt une drôle de déformation. En effet, ce mot composé a été inversé, puisqu’il s’agit à la base d’un walkie-talkie ! Il est difficile de savoir exactement d’où vient cette déformation, mais il s’agit pour une fois d’un terme compréhensible pour les anglophones. Si vous demandez à votre collègue britannique de vous passer le « talkie-walkie », il sera d’abord surpris, mais trouvera ensuite cette particularité française soooo cute (et oui, je suis tombée dans le piège).

 

Des dizaines d’autres anglicismes auraient pu faire partie de cet article, comme le parking, le zapping, ou même le planning (qui est d’ailleurs un des rares anglicismes à être mal utilisés dans le monde professionnel). Pour finir, il convient de préciser que de nombreux faux « francismes » sont également répandus dans la langue anglaise. Si vous avez déjà un envoyé un curriculum vitae dans un pays anglophone, alors vous avez probablement remarqué que le terme « resume » (résumé) est un synonyme de CV. De même, si vous réservez une chambre d’hôtel en Angleterre, vous allez sûrement vous retrouver dans une chambre « en-suite » (avec salle-de-bain privative attenante). Si vous souhaitez en savoir davantage sur les mots français mal utilisés dans la langue anglaise, n’hésitez pas à lire la suite d’articles 15 Misused French Terms in the English Language.

 

Sources :

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