Formation du traducteur créatif : la transfrustration

Par Morgane Tonarelli, étudiante M2 TSM

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 AVERTISSEMENT : ce billet est une réflexion personnelle sur la formation du traducteur créatif ; tous les points de vue abordés ici ne sont que les miens et n’engagent que moi.

 

Bien le bonjour cher lecteur de notre blog ! Oui, c’est bien moi, « la fille qui est en master traduction technique mais qui veut devenir traductrice créative » ; je suis de retour ! Si vous êtes un adepte de ce blog, alors vous vous souvenez surement du portrait de Sandrine Faure, transcréatrice EN>FR, que j’avais publié cet été. Un billet ma foi plutôt sympathique, *wink wink*, qui avait pour objectif de mettre en avant une discipline souvent passée sous silence dans le monde de la traduction. Avant d’introduire le thème de ce nouveau billet et pour vous aider à mieux l’appréhender, je tenais à partager ce billet de blog : une définition de la traduction créative très complète et accessible. Vous l’aurez donc compris, la transcréation c’est mon dada, ma cup of tea, mon truc à moi, alors c’est reparti pour un tour mais cette fois-ci je vais vous parler d’un sujet qui fâche, enfin, qui ME fâche : la formation ou plutôt le manque de formation en traduction créative.

L’idée de ce sujet m’est venue alors que j’effectuais une petite mise au point sur mon parcours universitaire. Je l’admets, il est un peu atypique : un Bac S en poche, deux PACES et deux échecs (l’atomistique très peu pour moi), une licence LEA et puis finalement… la révélation de ma vie : un stage en agence de transcréation à Londres. Ça a fait tilt, un vrai coup de foudre, l’amour au premier regard projet. C’était décidé ; j’en ferais mon métier. Mais (il y a toujours un mais dans les histoires), il faut le reconnaître, en France, une simple licence LEA ne vous permet pas vraiment d’accéder au poste de vos rêves et encore moins de sortir du lot dans un secteur très compétitif et en plein boom technologique comme celui de la traduction. Non, la clé, celle qui vous permettra d’atteindre vos objectifs professionnels, est bien connue de tous les étudiants français quelle que soit leur spécialité : le master. Mais (encore un mais), avant de pouvoir décrocher le Saint Graal, l’objet de toutes les convoitises, il est bien évidemment nécessaire de choisir celui qui correspondra au mieux à vos attentes et à votre projet ; une tâche loin d’être aisée.

Choisir un master c’est un peu comme se retrouver devant l’étalage d’une boulangerie : une vingtaine de viennoiseries toutes plus alléchantes les unes que les autres ; le choix ne manque pas. En revanche, moi, je me suis retrouvée face à ce qui ressemblait plutôt à une montagne de pains aux raisins (je préfère les croissants aux amandes). Loin de moi l’idée que ces masters n’étaient pas à la hauteur, mais, le problème, c’est qu’aucun ne me proposait réellement de traduction créative. J’ai donc décidé de jeter mon dévolu sur celui qui m’apparaissait comme le plus complet non pas pour la traduction créative, mais pour la gestion de projet. À défaut de pouvoir faire de la traduction créative, je pourrais au moins gérer des projets de transcréation.

Alors, vous vous dites surement « Mais, s’il n’existe pas de formation en transcréation c’est peut-être parce que c’est inutile ? ». Si tel est le cas, rassurez-vous, je ne vous en veux pas. Néanmoins, je reste convaincue qu’un futur traducteur créatif doit être formé à certains domaines comme :

  • le marketing: les futurs étudiants en master de traduction ne sont pas forcément tous titulaires d’une licence LEA, une filière qui vous forme aux bases du marketing. Or, ces bases sont nécessaires à tout traducteur créatif qui se respecte. Comment savoir ce qui convaincra votre cible d’acheter le produit en question si vous n’avez jamais entendu parler d’études de marché et si vous ne vous intéressez pas un minimum aux dernières tendances en matière de marketing ? Connaître votre cible et anticiper ses habitudes d’achats c’est la clé d’une transcréation réussie.
  • La conception-rédaction (ou copywriting) : vous n’êtes pas sans savoir que le choix des mots est primordial dans les domaines de la publicité et du marketing ; que chaque idée, chaque expression, est minutieusement choisie pour créer chez vous des émotions qui déclencheront un geste d’achat. Il en est de même pour l’aspect visuel des supports qui seront traduits et, même si le design n’est pas votre spécialité, vous devrez quand même prendre en compte cet aspect dans vos choix de traduction. Connaître ces techniques publicitaires vous permettra donc de faire mouche auprès de votre cible. N’oubliez pas qu’en tant que transcréateur, vous n’êtes pas seulement un expert linguistique ; vous êtes aussi un « expert culturel » qui sait ce qui fonctionne en matière de publicité chez le public cible.
  • L’écriture créative : les enseignements de creative writing sont encore assez rarement proposés dans les universités françaises. Or, je pense que de tels cours en master permettraient aux étudiants d’affiner leur plume et de développer leur touche personnelle. En traduction créative le texte source nécessite parfois une réécriture (toujours avec l’accord du client bien entendu) afin que la traduction ait plus d’impact sur le public cible et réponde au mieux à ses attentes. Par conséquent, il est indispensable pour le traducteur créatif de développer sa créativité à l’écrit et d’apprendre à se détacher du texte source sans pour autant en oublier le sens et l’objectif final.

 

Depuis que je me suis rendu compte de cette pénurie de formation créative j’ai développé un sentiment de frustration assez pesant qui m’a parfois poussée à remettre en question mon choix de projet professionnel. Heureusement, je ne suis pas quelqu’un qui baisse les bras facilement. J’ai donc trouvé des petites techniques pour me former moi-même à ce qui me passionne et voir les bons côtés de mon master TSM. Je sais que le Père Noël est déjà passé mais il n’est jamais trop tard pour un dernier petit cadeau. Voici donc, rien que pour vous, mes petits trucs et astuces pour développer votre transcreation game.

 

  1. Le stage

C’est bien connu, il n’y a rien de mieux que de se former sur le tas auprès d’experts. En France, les agences spécialisées en transcréation restent assez difficiles à trouver ; rares sont celles qui proposent uniquement ce service. En revanche, vous trouverez certainement votre bonheur de l’autre côté de la Manche ; ce n’est pas pour rien que Londres est connue sous le nom de Media City… La demande en traduction publicitaire et marketing depuis l’anglais vers le français ne faiblit pas et vous aurez probablement de grandes chances d’ajouter quelques contacts très intéressants à votre réseau. C’est lors de mon stage de fin de licence, puis de mon stage de Master 1 dans la même agence que j’ai appris ce qu’était un brief créatif, un tone of voice ou encore le copywriting ; des notions très rarement, voire jamais abordées au cours de mes études.

  1. La veille publicitaire

Se former soi-même requiert un minimum de curiosité. Renseignez-vous sur les dernières campagnes publicitaires, les dernières tendances en matière de marketing et de publicité ou encore sur la manière dont les baselines ou les supports marketing sont traduits et essayez de garder un regard critique : demandez-vous comment vous auriez traduit tel ou tel message si vous aviez été assigné à un projet de ce type. Rien que pour vous, voici quelques sites que je consulte régulièrement pour trouver mon inspiration :

 

N’oubliez pas non plus de consulter les blogs d’agences de transcréation ; ils sont mis à jour régulièrement et vous y trouverez tout le vocabulaire technique dont vous aurez besoin dans votre futur métier.

  1. L’auto-entreprenariat

 Ma dernière solution et non la moindre : créer son auto-entreprise. Bien évidemment, ce n’est pas une décision à prendre à la légère car, si vous êtes toujours en études comme moi, alors c’est un pas de plus vers la vie d’adulte et toutes les responsabilités qui l’accompagnent. Vous devrez alors jongler entre cours et projets et trouver le bon équilibre. Cependant, c’est une excellente manière d’affiner sa plume, de se former en gestion de projet et aussi de développer ses soft skills. Bien entendu, avant de se lancer dans une telle aventure, il est nécessaire de s’assurer que la demande est bien là et qu’une fois votre business créé vous aurez du travail. J’insiste une fois de plus sur l’importance d’effectuer un bon stage dans une agence spécialisée et de développer son réseau (le réseautage c’est essentiel). N’oubliez jamais que les professionnels que vous serez amené à rencontrer au cours de ces expériences seront des clients potentiels ou alors des contacts qui vous mettront en relation avec les bonnes personnes. Mettez donc votre timidité de côté, sortez de votre zone de confort et partagez votre passion pour la traduction créative !

J’ai ainsi pu mettre en pratique ce qui m’a été enseigné au cours de mes deux stages et de ma première année de master ; j’ai aussi appris à gérer mon temps, à faire face aux imprévus, à savoir dire non et à toujours essayer de rendre des projets aboutis et soignés. J’ai également eu la chance de recevoir des feedbacks constructifs de professionnels du secteur. Les retours de vos professeurs au cours de vos études sont bien évidemment constructifs, mais se font toujours dans un contexte universitaire où il n’existe pas d’enjeu financier pour votre entreprise ou celle de votre client. Par conséquent, les commentaires laissés par vos clients prennent une toute autre valeur puisqu’ils sont révélateurs de vos compétences dans des conditions professionnelles bien réelles.

Se lancer en tant qu’auto-entrepreneur est une tâche facile ; en quelques clics votre dossier est créé et vous recevez votre numéro de SIRET deux semaines plus tard. Alors, si une opportunité de travail s’offre à vous, saisissez là et lancez-vous ! Si, au contraire, l’idée de devoir faire de l’administratif vous donne la chair de poule ou que vous n’avez pas encore de client, rien ne presse ; vous pouvez toujours appliquer les deux astuces mentionnées précédemment.

 

Pour ne pas conclure ce billet sur une note négative, je tenais tout de même à insister sur un point. J’ai sous-entendu au début de ce billet que le choix de mon master s’était un peu fait par dépit puisqu’il n’existait aucune formation en totale adéquation avec mon projet professionnel. Certes, c’est une triste réalité et une source de grande frustration, mais je dois quand même reconnaître que cette formation plus technique est un plus sur mon CV. En effet, la traduction est un secteur en pleine évolution où la technologie prend de plus en plus de place. Il est donc indispensable pour n’importe quel traducteur, qu’il soit créatif ou technique, de se tenir au courant des dernières avancées en matière d’outils de TAO, de méthodes de gestion etc., ce que ce master TSM est à même de m’apporter. Par ailleurs, la transcréation est un secteur qui reste encore méconnu, même si de plus en plus d’agences tendent à proposer ce genre de service à leurs clients. Une formation plus technique me permet donc d’accepter des projets différents quand la demande en marketing ou en publicitaire est moindre. C’est une double casquette qui a ses avantages et qui parfois peut vraiment faire la différence lors d’un entretien. Alors, si comme moi la transcréation vous fait vibrer mais que le manque de formation vous frustre, dites vous que vous n’êtes pas seul, qu’il est toujours possible de se former soi-même et qu’après tout, toute expérience est bonne à prendre, vous en retirez toujours quelque chose de constructif. Sur ce je vous laisse ; je dois terminer une traduction sur la réglementation des échafaudages suspendus… keep calm and translate !

 

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