J’ai testé pour vous eTranslation !

Par Céline Gherbi, étudiante M2 TSM

 

Si j’ai choisi d’intégrer le master TSM pour me former aux métiers de la traduction, c’est en grande partie parce qu’il me permet non seulement de me perfectionner dans mes langues de travail que sont le français, l’anglais et l’espagnol, mais également parce qu’il est au fait des nouveaux outils qui affluent sur le marché et offre donc une formation en phase avec son temps. Et bien entendu, aujourd’hui, la révolution ne se situe plus dans la traduction assistée par ordinateur, mais bien dans la traduction automatique et plus précisément, la traduction automatique de type neuronale. Nous avons donc testé pour vous l’outil de la Commission européenne : eTranslation !

 

etranslation1

Qu’est-ce que c’est ?

eTranslation est la plateforme de traduction automatique neuronale de la commission européenne créée à partir de la mémoire de traduction Euramis qui contient le travail des traducteurs des institutions européennes, c’est-à-dire une base de données d’environ 1 milliard de phrases dans les 24 langues de l’Union. Comprenez donc que si vous devez traduire un catalogue de décorations de Noël en japonais, cet outil ne pourra rien pour vous, en revanche, si vous êtes traducteur juridique et que vous traduisez vers une langue européenne, c’est sans doute l’outil à vous procurer absolument. Pour cela vous devrez vous créer un compte sur le site EU Login et faire une demande officielle par courrier électronique auprès de la commission dans lequel vous devrez indiquer pour quel organisme vous travaillez, votre poste ainsi que votre signature électronique complète. En effet, seuls les fonctionnaires travaillant pour l’Union européenne ou dans un organisme national ont accès à cet outil en ligne. En revanche, si vous êtes simple citoyen, cela risque d’être plus compliqué. Toutefois, cette démarche d’enregistrement permet une plus grande sécurité pour vos fichiers dont la confidentialité est assurée puisqu’ils ne viennent pas nourrir la mémoire de traduction.

Comment ça marche ?

Son interface, accessible dans toutes les langues de l’UE, est simple, ergonomique et sobre. Elle est donc facile d’utilisation : il vous suffit de cocher les options qui vous sont proposées. Avant toute chose, vous pouvez paramétrer vos préférences par défaut, choisir par exemple la langue de l’interface ainsi que la page d’accueil ou encore vos langues de travail habituelles.

etranslation2

Pour commencer, le logiciel vous propose de traduire soit des documents, soit un texte que vous devrez taper ou copier/coller.

etranslation3

Voyons d’abord comment l’outil se comporte avec des documents.

etranslation4

Vous pouvez lui faire traduire jusqu’à 10 documents en même temps, simplement en les sélectionnant puis en les glissant sur la page. Un des gros points forts du logiciel est qu’il prend en charge de nombreux formats : Word, Excel, PowerPoint, PDF, OpenOffice, html, mais également des formats liés aux outils de traduction tels que des .xliff, .sdlxliff, .tmx et bien d’autres encore. La taille des fichiers quant à elle ne doit pas dépasser les 10 Mo.

Vous devez ensuite choisir votre langue source, qui doit être la même pour tous les documents, puis la ou les langues cibles.

Par ailleurs, il vous faut spécifier le domaine, ou plus précisément, le corpus avec lequel la machine travaillera. C’est de cela que dépendra la qualité de la traduction. Pour un texte plutôt général, préférez « cutting edge », qui est le moteur neuronal qui rassemble toutes les données de la commission, en revanche si vous avez un texte économique à traduire du français vers l’anglais, vous pouvez plutôt vous tourner vers un moteur plus spécialisé comme celui du Ministère des Finances. Ces derniers sont au nombre de 9, toutefois, ils ne prennent pas en charge toutes les paires de langues contrairement au cutting edge ou au Legacy MT@ec, qui n’est autre que l’ancien outil de traduction automatique de la commission.

La prochaine option à choisir concerne le format de sortie et là encore une belle surprise nous attend… En effet, vous pouvez récupérer votre document dans un format identique ou similaire en cochant la case « Identique à la source ». Notez que si vous demandez à traduire un PDF vous obtiendrez un .docx que vous pourrez retravailler et convertir en PDF par la suite. Par ailleurs, vous pouvez également récupérer vos données dans un format différent de l’original puisque le site vous propose également de vous les transmettre sous forme de fichiers .xliff ou même de mémoire de traduction compatible avec les outils de TAO, ce qui peut être très utile pour un traducteur professionnel.

Enfin, il ne vous reste plus qu’à indiquer si vous désirez recevoir vos documents par mail ou si vous préférez les télécharger sur la page « Mes demandes de traduction ». Si vous avez demandé plusieurs langues de traductions en même temps, sachez que vous recevrez un mail par langue, la machine n’est pas en mesure de gérer un projet multilingue dans son ensemble. Cela dit, la plateforme propose de télécharger vos documents via un troisième onglet qui rassemble l’historique de vos demandes. Si vous ne voulez pas laisser vos documents sur cet historique, vous pouvez cocher l’option « supprimer après téléchargement » sans quoi ils seront accessibles pendant 24 heures.

etranslation5

À présent, traduisons un texte.

etranslation6

Sur cet onglet vous pouvez traduire un texte de 2 500 mots maximum par un copier-coller ou en le tapant.

Comme vous pouvez le constater, on retrouve nos options de langues et de domaines, et il est également possible de recevoir la traduction par courrier électronique, mais dans ce cas le texte se trouve dans le corps du mail et non en pièce jointe. Il n’est pas possible non plus de récupérer le texte autrement qu’en passant par un copier-coller ou en l’imprimant. De plus, rien n’est conservé dans votre historique.

etranslation7

Pourquoi le logiciel gère-t-il autant de formats ?

Parce qu’il s’adresse à différents types de public. Cet outil fait partie d’un projet plus vaste, qui a pour but de faciliter les échanges entre les différents pays européens afin de promouvoir la croissance, l’emploi et la compétitivité, et pour cela il est nécessaire que les différents acteurs de cette communauté se comprennent. Ainsi les fonctionnaires qui travaillent dans les institutions de l’UE ou dans les organismes nationaux et qui ont besoin d’avoir accès immédiatement à certaines informations dans leur langue, sans nécessité d’une traduction de haute qualité, peuvent avoir recours à ce service de traduction automatique. Mais ce dernier peut également venir en aide aux traducteurs professionnels de l’UE qui ont la charge de traduire les volumes importants des différents organismes. Il n’est pas question ici de remplacer les biotraducteurs, mais de leur faire gagner du temps au travers d’un processus hybride alliant les résultats fournis par la plateforme et ceux des mémoires de traduction. Le biotraducteur pourra ainsi effectuer un travail de post-édition de qualité grâce au corpus compilé à partir de documents officiels traduits. Nous pourrions d’ailleurs imaginer la création d’un corpus parallèle bilingue de référence, dans un domaine particulier, accessible directement dans SDL Studio ou memoQ. Pour cela, il serait simplement nécessaire de se procurer des textes officiels de la commission dans la langue cible et de les faire traduire par eTranslation pour obtenir un corpus dont la langue cible, qui est celle qui nous intéresse, est parfaite, et la langue source de moins bonne qualité car générée par la machine, mais qui nous apporterait tout de même le contexte dont nous avons besoin. Il faudrait toutefois tester plus en avant ce processus pour en connaître la réelle portée.

Et au niveau de la qualité de la traduction et de la mise en page ?

La qualité de la traduction dépend bien évidemment de la qualité du document source ainsi que de la paire de langues choisie. Certaines paires de langues sont plus proches et/ou ont une mémoire de traduction plus fournie, elles seront donc de meilleure qualité que des paires de langues éloignées et sur lesquelles il existe encore peu de documentation traduite. De plus, comme je l’ai déjà mentionné, cet outil contient de la documentation à caractère juridique, institutionnel ou encore économique, n’essayez pas de lui faire traduire Harry Potter, le résultat serait vraiment de piètre qualité. À chacun son domaine de spécialisation, c’est aussi vrai pour les machines. De plus, bien que la traduction neuronale fasse des merveilles au niveau de la fluidité des textes traduits, elle n’est pas à l’abri de contresens ou de faux-sens, il est important de réaliser, au minimum une post-édition par un traducteur connaissant les deux langues de travail et non pas une simple révision du texte traduit.

En ce qui concerne la traduction de l’anglais vers le français nous avons examiné quelques phénomènes linguistiques et, comme attendu, eTranslation, à l’instar d’autres moteurs de traduction automatique, a tendance à traduire de façon littérale might/may, les voix passives, there is/there are. En revanche, elle fait preuve de plus « d’imagination », si je puis dire, en ce qui concerne les adverbes en –ly anglais qu’elle ne traduit pas systématiquement par un adverbe en –ment, mais elle opère parfois une recatégorisation : « only » a été traduit par « ne… que… » dans un de nos segments, par exemple.

Par ailleurs, si on retrouve les apostrophes courbes, certaines spécificités de la langue française ne sont pas prises en compte, comme les guillemets ou les espaces insécables (sauf pour les pourcentages).

Enfin, dans le but d’estimer la qualité de la traduction de la machine et de savoir si en effet elle permet un gain de temps au traducteur, nous avons fait un test de production en post-édition. Suite à cet exercice nous pensons qu’avec un document source de bonne qualité, et un post éditeur/traducteur expérimenté, il serait possible d’atteindre une productivité de 1 500 mots/heure pour une post-édition légère et 750  mots/heure pour une post-édition complète.

La qualité de la mise en page quant à elle, dépend également du format source. Le logiciel ne fera pas de miracle sur un PDF de mauvaise qualité, mais il possède de bonnes bases, il reconnait par exemple les notes de bas de page. Il se maintient donc en bonne position par rapport à certains logiciels de traduction assistée par ordinateur.

En résumé : les plus et les contres !

Les points forts :

  • C’est un logiciel très intuitif, facile d’utilisation.
  • La qualité de la traduction est bonne dans les domaines spécifiques à la commission européenne et la productivité peut être accrue grâce à la MT.
  • La mise en page est également de bonne qualité.
  • Il reconnait énormément de formats.
  • Il prend en charge plusieurs documents et plusieurs langues à la fois.
  • Il est possible de récupérer la traduction dans des formats reconnus par les outils de traduction (.tmx, .xliff).
  • La sécurité est optimale et les données restent confidentielles.

Les points faibles :

  • L’outil est difficile à trouver et il n’est pas accessible au citoyen lambda.
  • Il n’est pas directement accessible dans les outils de TAO sous forme de plug-in, par exemple.
  • La traduction est bonne, mais cela reste une traduction machine dans laquelle se glissent des faux-sens ou des contresens, les espaces insécables ne sont pas insérées sauf pour les pourcentages, les guillemets ne sont pas localisés. De plus, la qualité reste tributaire des corpus qui pour certaines paires de langues sont moins fournis que pour d’autres.
  • La machine ne traite pas les sites web.
  • Le temps d’arrivée des fichiers n’est pas immédiat même s’il reste raisonnable.

Enfin, pour conclure…

Vous l’aurez compris, il n’est pas question de remplacer le biotraducteur par une machine, pas encore tout du moins, mais bien de lui fournir un nouvel outil, efficace, tant au niveau de la qualité que du rendement, pour lui permettre de ne plus rester figé sur sa page blanche et surtout de gagner en productivité. Comme pour l’utilisation de n’importe quel autre outil, il est nécessaire de posséder certaines compétences particulières, un savoir-faire, afin de ne pas tomber dans ses pièges et faire en sorte qu’une fois le travail terminé, c’est avant tout les exigences du client qui soient satisfaites. Nous avons donc réellement apprécié eTranslation et ses résultats et espérons qu’il sera bientôt mis à la disposition d’un plus large public, d’autant que nous ne sommes qu’aux balbutiements de la traduction automatique neuronale et qu’il est fort probable qu’un jour, il soit impossible de s’en passer…

 

Un grand merci à la Direction générale de la traduction de nous avoir donné l’autorisation d’illustrer le billet par des captures d’écran.

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s