Parlons du réviseur-relecteur

Par Elena Valevska, étudiante M1 TSM

Valevska

 

De nos jours, cela ne fait plus aucun doute qu’un bon traducteur doit savoir se rendre invisible. Il doit être capable de ne pas faire sentir sa présence et de donner au lecteur l’impression qu’il est en train de lire un texte original et non pas une traduction. C’est là que le réviseur-relecteur entre en jeu : il veille à ce que le produit final soit propre, cohérent et sans oublis, tout en conservant le sens de l’original. Chaque agence de traduction qui respecte ses clients va faire appel à des réviseurs afin de pouvoir assurer la qualité de la traduction. Bien que l’on ne parle pas souvent du réviseur, son rôle n’est pas moins important : en 2006, le Comité européen de normalisation a publié la norme européenne EN-15038 sur les services de traduction, plus tard remplacée par la norme internationale ISO 17100 en 2015, les deux stipulant qu’une traduction doit être révisée afin de garantir sa qualité[i][ii].

Vous aurez remarqué qu’en parlant de « réviseur-relecteur » je regroupe deux concepts sous un même toit : la révision et la relecture. De manière générale, la révision prend pour but l’amélioration du texte dans son entièreté, contrairement à la relecture qui consiste à vérifier l’orthographe, la typographie et la grammaire. Pendant l’étape de révision d’un document, le réviseur va par exemple vérifier et valider la terminologie utilisée par le traducteur, reformuler des phrases longues ou complexes et s’occuper des formulations lourdes. Certaines agences séparent les deux étapes, avec une personne qui se chargera de la révision et, ensuite, une autre de la relecture, mais ce n’est pas toujours le cas. Dans l’agence de traduction qui m’a accueillie, le plus souvent une personne se chargera de la révision et de la relecture à la fois, alors qu’une autre personne fera le dernier contrôle sur papier. Durant cette « deuxième relecture », le relecteur va vérifier si les noms sont épelés correctement, si les dates et les chiffres ne sont pas erronés, si la typographie est en ligne avec les normes de la langue cible (l’utilisation d’un tiret long, les espaces insécables, le point-virgule), pour donner quelques exemples.

Or, qu’est-ce que le métier de reviseur-relecteur, alors ? Pendant mon stage, la révision était l’une de mes missions principales, et j’ai également eu l’occasion d’entretenir avec les autres réviseurs. Voici ce que j’ai appris.

L’humilité. Le but n’est pas d’imposer son propre style ni de démontrer sa virtuosité linguistique, mais d’essayer d’améliorer le résultat final en respectant les choix faits par le traducteur.

La subjectivité. La ligne de démarcation entre une correction de préférence et une amélioration du style est fine. En règle générale, sauf dans le cas d’un contre-sens, la plupart du temps il vaut mieux laisser tel quel. Sinon, on risque de casser le « rythme » de l’original, mais chaque traducteur a des tournures préférées et un style défini, il a fait des choix précis qui ne sont pas toujours évidents.

Les consignes des clients. Certains donnent des consignes très claires, d’autres n’en donnent pas du tout. Parfois ils disent une chose, pour changer d’avis plus tard. Il faut être proactif, soulever des questions en cas de doute et s’attaquer aux problèmes dès qu’ils surviennent si l’on souhaite éviter du travail supplémentaire.

Le temps investi. Certains clients ont tendance à envoyer des documents mal traduits parce que la révision coûte moins cher, et certains traducteurs envoient du travail fait à moitié parce qu’ils enchaînent les délais. Dans les deux cas, cela signifie beaucoup de travail supplémentaire pour le réviseur.

La responsabilité. Comme le réviseur est la dernière personne à juger la qualité d’un texte, il lui incombe beaucoup de responsabilité. Tout comme le traducteur, le réviseur reste invisible sauf s’il y a un problème.

L’interférence linguistique. Trait qu’il a probablement en commun avec le traducteur, le réviseur passe tellement de temps entre plusieurs langues, analysant tous les détails, que des moments brefs de confusion peuvent se produire, où la langue étrangère commence à influencer la langue maternelle.

 

[i] Comité européen de normalisation. 2006. Norme européenne EN 15038:2006. Services de traduction, exigences requises pour la prestation du service. Bruxelles, Institut belge de normalisation.

[ii] ISO 17100:2015 Translation Services-Requirements for Translation Services. Technical Committee ISO/TC37, 2015.

 

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