Et pourquoi pas traduire la mode ?

Par William Brouilly, étudiant M2 TSM

traduirelamode

Il est difficile d’évaluer avec précision la valeur du secteur de la mode et du luxe dans le monde. Cependant, en France et d’après les statistiques établies par le gouvernement, ce dernier représente 150 milliards d’euros de chiffre d’affaires direct, soit plus que les secteurs de l’aéronautique et de la construction automobile réunis. Avec de tels chiffres, inutile de dire qu’il y a du travail, y compris pour les traducteurs. Dans ce billet de blog, je vais donc essayer de vous convaincre de traduire pour ce secteur riche en opportunités.

La mode : de nombreuses possibilités

Comme je l’ai déjà mentionné, le secteur de la mode est un marché très important qui se compose de nombreuses branches différentes. Cela signifie qu’il y a alors une large variété de sous-domaines, et donc de documents à traduire. Dans un article publié sur le blog de l’agence britannique Creative Translation, trois femmes nous expliquent qu’elles travaillent dans le domaine de l’édition et de la traduction spécialisée dans la mode, et que leurs métiers sont très variés. En effet, la première est auteure et traductrice pour l’édition chinoise du magazine ELLE, la deuxième est traductrice spécialisée dans les secteurs de la mode, du luxe et des cosmétiques, tandis que la dernière traduit dans le domaine du marketing de mode. Lucy Williams, traductrice pour Translator’s Studio, liste dans un article publié sur le site de l’agence les différents types de documents qu’il est possible de traduire. Bien que certains ne semblent pas toucher directement à l’univers de la mode (rapports annuels, contrats…), d’autres sont bel et bien en lien avec le secteur, comme par exemple les descriptions de produits, les articles de presse, les biographies et interviews ou encore les contenus marketing et publicitaires. Une chose est donc sûre, ce n’est pas le travail qui manque.

Comme l’explique Lucy Williams, la mode est un cycle. En effet, l’industrie de la mode est basée non pas sur quatre mais sur deux saisons : automne-hiver et printemps-été. Pour les femmes, les collections automne-hiver sont présentées en février/mars tandis que les collections printemps-été sont présentées en septembre/octobre. Cependant, les collections Homme et Haute Couture sont présentées à des dates différentes. Autrement dit, le secteur de la mode est une machine bien huilée qui ne cesse jamais de tourner. Et à chaque saison, les besoins de traduction se font ressentir : brochures de défilés, descriptions de produits, supports publicitaires, la liste est longue. Le secteur de la mode n’est donc pas simplement un secteur qui offre de l’emploi, il s’accompagne également d’une certaine stabilité.

La mode : un art ?

La mode au sens large du terme est considérée par tous les professionnels du secteur comme un art à part entière. Nos vêtements reflètent notre personnalité et certaines pièces crées par les grands couturiers sont de véritables chefs-d’œuvre qui sont plus destinés à être exposés dans des musées qu’à être portés. Dans un article publié dans la revue Traduire, la traductrice néerlandaise Percy Balemans nous raconte comment elle a traduit les textes d’une exposition dédiée au créateur Jean-Paul Gaultier. Au-delà du fait que cela lui a permis de découvrir de nombreuses choses sur le couturier, elle nous explique que ce projet a été « l’un des […] plus intéressants et les plus difficiles [qu’elle a] eu à mener à bien », elle qui était habituée à traduire des articles de blog ou des contenus marketing et web. Ce nouveau type de projets impliquait également de nouvelles contraintes, comme l’absence de supports visuels par exemple. En effet, comment traduire la description d’une pièce lorsque l’on ne sait pas à quoi elle ressemble (et que celle-ci se trouve dans un autre pays) ? Heureusement pour elle, Internet regorge de documentation sur Jean-Paul Gaultier, ce qui lui a permis de pallier le manque de supports visuels.

La mode est donc un art, et il convient de retransmettre ce côté artistique dans les textes qui en parlent, qu’il s’agisse de textes originaux ou de traductions. En fonction du type de document, une belle plume est exigée, et tandis que la description d’un produit sur le site internet d’une marque ne laisse pas toujours place aux envolées lyriques, la traduction d’un article de magazine ou d’un billet de blog, par exemple, nécessite une certaine prose. Dans son article, Lucy Williams révèle qu’elle a traduit la biographie d’un homme à la tête d’une entreprise fabriquant des vêtements de sport. Elle a donc dû adopter un ton plus littéraire, ton qui n’est pas toujours courant selon les domaines, voire même proscrit pour certains.

Toujours concernant l’aspect créatif de la traduction de mode, j’aimerais désormais parler d’une tâche parfois méconnue dans le domaine de traduction : la transcréation. Bien que les besoins en transcréations existent dans de nombreux domaines, elle est particulièrement demandée dans le secteur de la mode, notamment pour les contenus marketing et publicitaires. Comme l’a expliqué Pénélope Girod dans ce billet de blog, la créativité et l’imagination sont essentielles car il s’agit ici de vendre un produit, et une traduction littérale ne suffira pas. Il faut également localiser et adapter le message à la culture du marché cible, donnée qu’il est impératif de prendre en considération lors de la traduction de contenu marketing relatif à la mode car celle-ci se définit différemment d’un pays à l’autre.

La mode : un univers à part entière

Comme chaque industrie, le secteur de la mode possède ses propres spécificités. On pense notamment à la terminologie (comme le précise Percy Balemans avec le mot « caban »), une terminologie souvent truffée d’anglicismes. Alors que certains traducteurs les ont en horreur et font tout pour les éviter, il faut admettre qu’il peut s’avérer difficile de traduire une phrase dans laquelle un mot sur deux ne se traduit pas. Que faire donc lorsqu’il est question de traduire la description d’une tenue composée d’un crop top en jersey, un leggings en tweed et des escarpins nude (cascade vestimentaire donnée à titre d’exemple, ne pas reproduire chez soi) ? Eh bien, chers lecteurs, je vous annonce que le franglais sera ici de rigueur, ces termes ayant été conservés en anglais dans le vocabulaire de la mode. Si cela peut vous consoler, sachez que de nombreux mots français, tels que « maison », « atelier » ou encore « bustier », sont utilisés tels quels en anglais dans le jargon de la mode.

Une autre spécificité dont il faut tenir compte est la différence interculturelle. Il faudra donc adapter si besoin est à la culture du marché cible, comme cela a déjà été mentionné, mais pas seulement. Prenons un exemple au hasard : vous êtes un.e Américain.e en visite à Paris et souhaitez acheter un jean. Vous repérez un modèle qui vous plaît et demandez votre taille : 26. Mais pourquoi le vendeur vous regarde-t-il d’un air ébahi ? C’est parce que les tailles ne sont pas les mêmes d’un pays à un autre, et la taille américaine 26 correspond à une taille 34 en France. Ces différences n’existent pas uniquement pour les jeans mais bien pour tous les types de vêtements ainsi que pour les chaussures. Et comme si cela ne suffisait pas, pour certains types de vêtements, la conversion n’est pas la même entre un modèle femme et un modèle homme. Par ailleurs, certaines marques ne souhaitent pas convertir les tailles. Il faut alors demander au client s’il souhaite localiser les tailles en fonction du marché cible ou non.

 

Pour conclure, le secteur de la mode est un secteur riche en opportunités qui touche de nombreux domaines liés de loin comme de près à l’univers qui s’y rattache. J’espère vous avoir convaincu (ou au moins intéressé) et si la mode n’est pas votre tasse de thé mais que vous avez tout de même un penchant pour l’art, je vous invite à lire le billet de blog d’Angel Bouzeret qui sera publié d’ici deux semaines.

 

Bibliographie

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