La traduction touristique : comment transmettre le goût de l’évasion

Par Jeanne Delaunay, étudiante M2 TSM

traductiontourisme

 

Dans une société toujours plus connectée et ouverte sur le monde, le marché touristique n’a pas cessé de se développer et joue désormais un rôle majeur sur la scène internationale. Cet intérêt croissant pour la découverte de nouveaux horizons n’a pas été sans conséquence sur le marché de la traduction, cela va sans dire. En effet, ce dernier a enregistré des besoins accrus et provenant des quatre coins du globe, la demande étant de plus en plus multilingue.

Dans le secteur du tourisme, ce sont des supports divers et variés qui peuvent être traduits : sites internet, catalogues, brochures, programmes détaillés, guides de voyage, dépliants… Il y en a pour tous les goûts ! On pourrait aisément penser que la traduction touristique coule de source et constitue donc un choix facile de spécialisation, et pourtant… Bien que le style employé dans les textes touristiques soit relativement simple, il n’en demeure pas moins qu’une bonne plume est indispensable pour donner aux consommateurs le goût de l’évasion.

Alors, quel est le profil idéal d’un bon traducteur touristique ?

Une traduction adaptée au public cible

Les traductions de contenus touristiques doivent bien sûr être d’une qualité irréprochable, cela tombe sous le sens. Mais une bonne traduction touristique ne doit pas simplement être excellente linguistiquement parlant, il faut également qu’elle soit adaptée au public auquel elle s’adresse. À titre d’exemple, la ville de Trouville-sur-Mer en a payé les frais en publiant une traduction contenant un faux ami. En effet, l’expression « baptême de poney » a été traduite par pony baptism, sauf qu’en anglais le mot « baptême » ne désigne que le sacrement religieux. Il aurait fallu dire first-time pony riding pour parler d’une première expérience.

Par ailleurs, on trouve encore trop souvent des sites Web hôteliers traduits en un certain nombre de langues mais de façon très maladroite, ce qui, d’une part, n’inspire pas confiance et ne donne donc pas envie de consommer et qui, d’autre part, illustre bel et bien le besoin de traducteurs touristiques.

Pour vous donner une idée plus concrète des traductions touristiques de mauvaise qualité que l’on peut trouver sur la Toile, voici un exemple concernant la traduction en français du site Internet d’un hôtel de Madrid : « Hôtel de 3 étoiles au cœur de Madrid. (…) Fonctionnalité et dessine se rejoignent dans l’Hôtel xxx. (…) Ce n’est pas ni chic ni minimaliste, mais vous allez trouver à son intérieur un équipe humain prêt à travailler pour vous offrir un bon service et une soigné attention à la clientèle. » Pas très vendeur, n’est-ce pas ?

Malheureusement, des traductions de ce genre se trouvent encore trop fréquemment sur Internet… Qu’on se le dise, un tel résultat sort bien souvent tout droit d’un traducteur automatique. Cela peut aussi provenir d’un traducteur non natif, or il est communément admis qu’un traducteur ne traduit que vers sa langue maternelle étant donné qu’il en connaît toutes les subtilités.

Selon une étude réalisée par l’agence de traduction TextMaster, les erreurs de traduction sur des sites touristiques représentent plusieurs dizaines de millions d’euros de manque à gagner. Cela prouve que la qualité des traductions touristiques a un impact direct sur l’image de la société en question.

Les compétences d’un bon traducteur touristique

  • Avoir des connaissances dans diverses disciplines

Les documents touristiques (brochures, flyers…) requièrent souvent certaines connaissances en géographie, en gastronomie ou encore en histoire. En effet, en traduction touristique il est important de savoir ce qui distingue la culture source de la culture cible. En d’autres termes, les références culturelles ne seront pas les mêmes dans une traduction espagnole et dans une traduction chinoise.

  • Être précis

Le traducteur doit s’assurer que sa traduction sera correctement adaptée à la culture cible, de façon à restituer fidèlement le message contenu dans le texte source. En effet, si le traducteur n’a jamais mis les pieds dans les lieux mentionnés au cours de sa traduction, cela peut lui compliquer la tâche.

Si un texte mentionne un village perdu au fin fond des Alpes italiennes où le traducteur n’est jamais allé, des recherches s’imposent pour savoir s’il existe des équivalents de noms de villages dans la langue cible. Il est également important que le traducteur cherche des informations complémentaires sur cet endroit (dans des guides de voyage, par exemple), afin de coller un maximum à la réalité. Dans le cas où le texte source n’est lui-même pas clair, il est préférable de demander l’avis du client plutôt que de prendre le risque de dénaturer le message d’origine.

  • Être créatif

Comme vous l’aurez compris, la traduction touristique est un domaine qui demande de grandes qualités rédactionnelles. Elle doit être vectrice d’évasion, d’exotisme ou de rêve et doit donner le goût de l’aventure. La transmission du message de départ est jugée réussie si la phraséologie et le ton employé se prêtent bien à la culture cible.

Il est impératif de ne pas traduire littéralement mais bel et bien de faire preuve de créativité : le but, ce n’est pas de retranscrire le texte source mot pour mot, c’est de restituer fidèlement le message qu’il contient.

 

Pour conclure, nous pouvons affirmer que la traduction touristique constitue bien un domaine de spécialisation à proprement parler. En effet, comme beaucoup de spécialités, elle ne s’improvise pas et présente des spécificités qui lui sont propres. Elle doit donc être effectuée par des professionnels afin que le message d’origine soit restitué de la manière la plus fidèle possible. Quand on sait qu’une enquête réalisée en 2013 a révélé que 82 % des Britanniques réfléchissaient à deux fois avant de faire affaire avec une entreprise dont le site Web a été mal traduit en anglais, cela donne matière à réfléchir.

Des professionnels, il en faut également dans le secteur du sous-titrage. À ce sujet, je vous invite à jeter un œil au billet de blog d’Aurélien Vache à paraître dans deux semaines.

 

Sources :

  • « Traduction pour le tourisme : guide exclusif », BigTranslation, (2018)

https://blog.bigtranslation.com/fr/traduction-pour-le-tourisme-guide-exclusif/

  • « La traduction touristique : savoir traduire l’émotion culturelle des touristes », Sotratech Traduction, (2015)

https://www.sotratech.com/sotratech/blog/41-la-traduction-touristique-savoir-traduire-l-emotion-culturelle-des-touristes.html

  • « Le tourisme et la traduction », Hispafra (2015)

https://hispafra.wordpress.com/2015/02/10/le-tourisme-et-la-traduction/

  • « Les spécificités de la traduction dans le domaine du tourisme », EVS Translations (2012)

https://evs-translations.com/blog/fr/specificites-traduction-tourisme/

  • « Traductions pour le tourisme », Tradutec

https://tradutec.com/traductions-specialisees/traduction-pour-le-tourisme.html

2 réflexions sur “La traduction touristique : comment transmettre le goût de l’évasion

  1. Votre billet m’a rappelé qu’un jour je devais traduire un dépliant destiné à des touristes qui visitaient à pied une ville d’Allemagne. En parlant d’une église protestante on croyait devoir y signaler qu’avant la Réformation on faisait les sermons en latin et que le peuple n’y comprenait rien, bien sûr. C’est depuis Luther, ajoutait-on, que le prédicateur s’adresse au peuple dans une langue qu’il peut comprendre. Le brave homme qui avait rédigé ces feuilles n’était bien sûr pas tenu de savoir que dès l’an 813 le Concile de Tours avait demandé que le sermon fût fait en langue vulgaire, romane ou germanique ; l’innovation de Luther a été de demander que le reste de la messe fût célébré, en certains cas, dans la langue du peuple.

    Je me suis donc demandé si j’étais obligé d’écrire une erreur ou si je devais la corriger. Puis je me suis décidé à traduire purement et simplement : le souci d’être exact m’aurait contraint à des précisions qui auraient allongé le texte de façon gênante et j’ai estimé inutile de jeter le trouble parmi les braves touristes s’ils avaient comparé le dépliant français à leurs confrères allemand ou anglais. J’aurais pu signaler l’erreur, diront certains : je ne crois pas que l’on m’en aurait eu la moindre reconnaissance et c’était un coup à perdre sa clientèle. J’ai donc suivi le principe qui est bien souvent celui de la fonction publique : pas de vagues !

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