How to : traduire le sport

Par Archibald Marchal, étudiant M1 TSM

traduire_sport

Avant-match

Le sport, ce truc fédérateur. Regarder un match, lire un article sur les futurs Jeux Olympiques, ou visionner le tout nouveau documentaire de Michael Jordan, nous permet à tout un chacun de prendre du plaisir, d’avoir la tête hors des problèmes et de la dure réalité. Alors pendant ces petits moments du quotidien, on n’a pas envie de froncer les sourcils car le sujet n’est pas traité par un spécialiste.

Coup d’envoi

La traduction dans le monde du sport peut s’avérer compliquée, il s’agit d’un domaine complexe où les documents officiels ne regorgent pas nécessairement des ressources les plus fiables. En effet, le sport est un domaine très populaire où c’est le grand public qui décide des usages. Le langage du sport est très vivant et peut parfois porter à confusion. De plus, des termes similaires en anglais sont traduits différemment selon les sports, par exemple « a forward » sera un attaquant pour un footballeur, mais un ailier pour un basketteur.

Par ailleurs, on aurait tendance à dire que les anglicismes sont employés par les personnes les plus aguerries dans un domaine. Des termes comme « cluster », « business plan », ou encore « software », peut-être peu connus du grand public, sont pourtant excessivement utilisés par les spécialistes. Le monde du sport a quant à lui décidé de prendre le contre pied de ce penchant. Et ce n’est pas l’absence de traduction qui nous oblige à faire des exercices linguaux, mais bien les normes.

Rien que les noms des sports nous le montrent bien, personne ne parle de pied-ballon, de panier-ballon, ou même de jeu de quilles.

Quelques exemples tirés de différents sports pour illustrer mes propos :

Sport

EN

FR

Football Corner Coup de pied de coin
Football Penalty Coup de pied de réparation
Boxe Ring Enceinte
Rugby, Golf Tee Socle
Tennis Ace Service gagnant
Athlétisme Starting block Bloc de départ
Golf Green Vert

 

Ce tableau montre que certains termes anglophones sont très largement plus utilisés que leur traduction, voire même parfois la seule façon connue de le dire. Bien évidemment, on pourrait mettre tout cela sur le fait que la plupart des sports ont été inventés dans les pays anglophones, vous n’entendrez probablement pas d’anglicismes pendant une partie de pétanque, certes.

Si la quasi-totalité des termes anglais dans le sport ont des traductions, beaucoup d’entre elles sont désuètes.

Mais alors, pourquoi utilise-t-on les mots anglais s’il existe une traduction ? La réponse la plus simple selon moi est que… ça sonne mieux. On sait tous que l’anglais est bien plus simple et direct que le français, alors ce n’est pas une réponse très scientifique, je vous l’accorde, mais imaginez juste une seconde. Mettons nous en situation, Thierry Gilardi, finale de la coupe du monde 2006, France-Italie, 6ème minute de jeu :

« Thierry Henry, la bonne tête vers Malouda, qui a devancé Cannavaro, oh coup de pied de réparation ! » C’est tout de suite moins excitant non ?

D’ailleurs, la FIFA a modifié depuis quelques années son lexique pour s’adapter aux discours des joueurs et des fans (tiens, un autre anglicisme). On retrouve donc les termes « corner » et « pénalty » là où on avait « coup de pied de coin » et « coup de pied de réparation » auparavant.

Mi temps

Aujourd’hui les sports les plus influencés par les anglicismes sont, roulement de tambours… ceux inventés aux États-Unis.

Deux facteurs l’expliquent : leur récente création, et le monopole de ces sports par les Américains.

Football américain, basketball et baseball, les trois mastodontes du sport outre atlantique auraient été inventés fin 19ème siècle, et leurs ligues professionnelles datant seulement du 20ème siècle,  ont laissé peu de temps pour s’approprier un vocabulaire. Par exemple au basketball on a le terme « lay-up » qui est généralement traduit par « double-pas ». Or, si tous les doubles-pas sont des lay-up, tous les lay-up ne sont pas des doubles-pas. Le vocabulaire original n’est pas toujours traduisible par un équivalent, ce qui explique également le fait d’utiliser le terme anglais.

Premier League (Football), NBA (Basketball), NFL (Football américain), MLB (Baseball), Wimbledon (Tennis), US Open (Golf), UFC (Arts martiaux)… les meilleurs tournois et championnats se trouvent dans des pays anglophones, qui ont longtemps été indisponibles pour un francophone, ne devant se contenter uniquement de VHS ou de magazines étrangers. Et, par un effet domino, le championnat le plus prestigieux, est également le plus suivi, et donc, par mimétisme, on adopte son langage. À force d’entendre certains mots on les réutilise et on obtient ce melting-pot. Malgré des championnats français et européens relevés, vous n’entendrez jamais un jeune basketteur français dire qu’il rêve de jouer en Jeep Elite, mais plutôt pour la grande NBA.

Mais, quel est l’impact sur l’économie ? On le sait, les traductions ont des conséquences économiques lourdes, c’est d’autant plus vrai dans le monde du sport qui brasse des sommes astronomiques. Une erreur de traduction n’aura peut-être pas un impact économique immédiat, mais à long terme, un journal ou n’importe quel média, pourrait perde ses lecteurs ou auditeurs et être discrédité. C’est ce qu’on a pu observer sur TF1 notamment avec l’éviction de Christian Jean-Pierre, commentateur des matchs de l’équipe de France de football, mais étant lui un spécialiste rugby, son manque de connaissance a fait perdre de l’audience à la chaine et l’a logiquement amené vers la sortie.

Mais il n’y a pas que le côté divertissement qui importe. Les règles du jeu, les contrats, les nouvelles dispositions, il y tant de complexités qu’un non-spécialiste ne pourrait tout simplement pas déchiffrer. Une erreur de traduction ici pourrait alors avoir de très fâcheuses conséquences.

Retour au vestiaire

N’oublions pas : le sport est un domaine avant tout de plaisir et de décontraction qu’il faut choyer afin de préserver le plaisir de regarder un évènement sportif comme on l’aime, alors laissons ce travail dans les mains des spécialistes pour s’en assurer.

 

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