J’ai testé pour vous : Faire son stage dans une agence de traduction suédoise

Par Justine Abdelkader, étudiante M2 TSM

L’année 2020, bien que chaotique, m’a tout de même permis de faire un stage d’un mois chez Språk&Co, une agence de traduction suédoise basée à Göteborg, sur la côte ouest de la Suède. À défaut d’avoir pu faire un rapport de stage sur cette très bonne expérience, je partage avec vous ce que j’y ai vécu et ce qui, je pense, ne serait arrivé qu’en Suède.

Manipuler une langue étrangère au travail

Malgré ma préparation sur le clavier Qwerty de mon téléphone, travailler avec un clavier suédois n’est pas de tout repos. Je n’arrête pas d’inverser le Q et le A en écrivant en suédois, et quand je passe au français, les accents me donnent du fil à retordre (mais où est donc passée cette cédille ?!). L’avantage, c’est que les caractères suédois, eux, sont très faciles d’accès. Plus besoin donc de recourir à toutes sortes de stratagèmes pour sortir un å (prononcez comme un o !).

Le ton des emails échangés est bien plus décontracté qu’en France. Pour dire bonjour, on dit Hej!, on s’appelle par son prénom et on tutoie même les inconnus. C’est la langue et la culture suédoises qui le veulent, et une agence de traduction ne déroge pas à la règle.

Être au cœur de la Scandinavie

En ce qui concerne la langue de communication, la situation est assez spéciale et je suis vite émerveillée par la façon dont toutes les langues scandinaves se mélangent. (Petit rappel : la Scandinavie désigne seulement trois pays, la Suède, la Norvège et le Danemark. À ceux-là s’ajoutent la Finlande et l’Islande quand on parle de « pays nordiques ».) Suédois, norvégien et danois se ressemblent beaucoup, notamment à l’écrit. Conséquence : communiquer devient très intéressant. Chacun utilise sa langue pour écrire des mails, voire parfois pour téléphoner, et pourtant, tout le monde se comprend. Je me suis ainsi retrouvée à lire des mails de traducteurs norvégiens ou danois… une expérience mémorable ! Je comprenais tout, même si parfois une deuxième lecture et une petite gymnastique de l’esprit étaient nécessaires, et pourtant je n’ai jamais étudié ces langues de toute ma vie.

L’agence est beaucoup sollicitée pour traduire en anglais, en allemand et dans les langues scandinaves. Mais ces dernières sont traitées un peu différemment. En effet, quand il s’agit d’obtenir une traduction norvégienne ou danoise pour un produit ou une liste d’ingrédients par exemple, on procède souvent à ce qu’ils appellent un « shampooinage ». Vous imaginez mon étonnement quand je commence mon stage et qu’on me parle de shampooing… En réalité, ce terme évoque la façon dont les trois langues sont mélangées pour donner une traduction quasi-unique valable dans les trois pays, mais élaborée à partir d’une des trois langues. C’est ainsi que vous verrez parfois, sur des emballages multilingues, l’inscription « SV/NO/DK », puis le texte où certains mots sont suivis d’un slash et d’une autre proposition. Par exemple : « Allergiinformation se forpakning. Må/får ikke/ej sælges/säljas stykvis/styckvis. » (en français, « Informations allergies : voir paquet. Ne pas vendre séparément. ») Les mots doublés voire triplés sont en fait des mots que les traducteurs norvégiens, danois et/ou suédois ont jugés trop difficiles à comprendre tels quels pour leurs compatriotes, ou pas assez naturels. Ils ont donc donné le mot adapté dans leur langue. Cela permet de gagner de la place sur les étiquettes en ne modifiant que certains mots. Ainsi, trois pays différents comprennent ce qui est inscrit. Il existe différents degrés de shampooinage, selon le souhait du client, l’espace disponible, la qualité attendue, etc. Bien évidemment, cette technique n’est pas utilisée systématiquement pour tous les textes, mais j’y ai beaucoup été confrontée pendant mon stage et j’ai trouvé ça fascinant de connaître les coulisses de ces inscriptions que l’on trouve sur certaines étiquettes et emballages de produits.

S’adapter à la vie professionnelle locale

L’agence se trouve dans un espace partagé où plusieurs entreprises différentes louent un bureau. En arrivant le matin, juchée sur mon vélo (quelle meilleure façon de s’intégrer dans un pays connu pour ses valeurs écologiques ?), je sais donc que je vais croiser des personnes qui exercent une activité tout à fait différente de la mienne. Ce fonctionnement est très intéressant, et la pause de midi donne l’occasion d’aborder des sujets qui n’ont rien à voir avec la traduction. Sans compter que plusieurs personnes amènent leur chien au travail, ce qui rend la pause d’autant plus divertissante… Quoiqu’il en soit, les espaces de coworking peuvent représenter la solution idéale pour celles et ceux qui voudraient s’installer à leur compte sans se passer de la présence d’autres êtres humains.

Dans mon cas, j’ai tout de même une collègue avec qui je peux échanger à ma guise. Avec une bienveillance infinie, elle a la patience de répondre à mes nombreuses questions tout au long du mois. Elle a entre autres l’occasion de me parler de son parcours universitaire, et de la façon dont les masters de traduction en Suède fonctionnent. D’après elle, ils ne préparent pas suffisamment les étudiants à la vie réelle d’un traducteur indépendant, ou même d’un gestionnaire de projets en agence. Les cours de traduction pure sont construits autour d’une discussion des propositions de traduction de chaque étudiant, ce qu’elle trouve enrichissant, mais aucun véritable cours technique avec manipulation d’outils n’est offert. Elle n’a eu accès qu’à une brève introduction à SDL Trados Studio par exemple. Elle a surtout appris sur le tas, en commençant à travailler comme stagiaire dans une agence, puis en étant employée là-bas, avant de se lancer en tant qu’indépendante et de finalement atterrir à Språk&Co. Le stage qu’elle a fait était d’ailleurs une démarche personnelle car sa formation n’en contenait pas.

La dernière semaine, pour finir le stage en beauté, la patronne de l’agence nous rend visite et nous apporte de quoi faire un petit fika. Véritable institution sociale là-bas, cette pause-café nous a permis de débriefer en toute tranquillité sur le mois qui s’était écoulé, et de voir ensemble quels aspects du milieu j’avais découverts ou démystifiés. Un stage à l’étranger qui m’aura donc beaucoup apporté, et c’est ainsi que je quitte l’agence le dernier jour, sans oublier mon vélo, heureuse d’avoir tant appris depuis le premier Hej jusqu’au dernier café.

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