Traduction automatique : faire les bons choix avant de commencer

Par Élise Ventre, étudiante M2 TSM

La traduction automatique devient un outil incontournable du marché. Il existe beaucoup de documentation à son sujet. Elle est parfois présentée comme l’avenir de la traduction. On peut même trouver des articles qui comparent les différents outils. Mais avant de l’utiliser, faisons un tour d’horizon des éléments à prendre en compte avant de décider si elle sera, ou non, adaptée à un projet.

Collaboration entre l’humain et la machine

Quand on parle de traduction automatique, il ne s’agit pas de laisser la machine travailler seule. On ne va pas rentrer du texte dans un moteur de traduction automatique et livrer tel quel ce qui en sort. C’est un outil d’aide à la traduction, parmi tant d’autres (logiciels de TAO, dictionnaires ou corpus), que l’on peut décider d’intégrer à notre processus de traduction.

Ainsi, en associant traduction automatique et les logiciels de TAO, on obtiendra une traduction de meilleure qualité en bénéficiant des remontées des mémoires de traduction. Ensuite, les phrases qui ne peuvent pas en bénéficier seront traduites par un moteur de traduction automatique. Celles-ci seront enfin relues et retravaillées au besoin.

Type de texte à traduire

C’est loin d’être un scoop, mais il s’agit quand même d’un élément important à prendre en compte. Les outils de traduction automatique, gratuits ou payants, génériques ou spécifiques, ne conviennent pas à tous les types de textes. On évitera notamment de l’utiliser pour les contenus marketing. En effet, le transfert linguistique et la compréhension du texte ne seront pas le seul objectif : il faudra également faire preuve de créativité, et c’est là que la machine risque de ne pas être adaptée.

Besoins du client

Autre élément à prendre en compte : l’utilisation finale du contenu à traduire. En effet, une traduction doit être « fit-for-purpose », c’est-à-dire adaptée à son utilisation. Prenons l’exemple de la notice explicative d’un aspirateur. On ne va pas la traduire de la même manière si l’on n’a seulement besoin de donner une petite idée de la manière dont il faut l’utiliser ou s’il faut une explication précise du montage de l’appareil pour quelqu’un qui le réparera.

Les délais et budgets ont également leur importance. Puisque la traduction automatique peut fournir une traduction plus rapidement, alors elle peut être la solution pour un projet avec des délais courts. Il en va de même lorsque le budget est peu élevé, car la traduction automatique sera vendue à un prix inférieur à celui de la traduction humaine.

La qualité demandée, bien sûr, doit être prise en compte. Cet élément permet de déterminer si l’utilisation de la traduction automatique permet d’atteindre le niveau de qualité requis, ainsi que le type de post-édition à effectuer. Pour rappel, la post-édition consiste en la relecture et, lorsque cela est nécessaire, la correction de la traduction produite par la machine. Le plus souvent, trois types de post-édition sont proposés : légère, moyenne et complète. Les critères de qualité, le temps de travail, et le budget aideront à déterminer le type de post-édition le plus adapté à un projet.

Besoins du post-éditeur

Cet aspect concerne autant les gestionnaires de projet que les traducteurs indépendants. Ces deniers ne doivent pas hésiter à communiquer à ce sujet avec leur gestionnaire de projet ou client. C’est surtout la productivité, l’outil et la qualité qui ont de l’importance.

La productivité attendue ne correspond pas toujours aux capacités des post-éditeurs. Si la productivité est définie en fonction de critères génériques, il est grandement possible de faire erreur. Lorsque l’on n’arrive pas à atteindre les objectifs de productivité définis, on peut ressentir de la frustration. Il est plus agréable d’être appelé pour tester un outil sur un échantillon du projet afin d’obtenir la meilleure évaluation de la productivité possible.

L’outil de traduction automatique est, la plupart du temps, choisi par l’agence ou le client. Les post-éditeurs ont tendance à préférer utiliser un outil intégré à leur environnement de travail, encore une fois en raison de la productivité. C’est pourquoi il faut veiller à pouvoir utiliser un moteur intégrable dans les outils de TAO.

La qualité attendue pose également un souci. En général, si l’on a recours à la traduction automatique, c’est que les délais et le budget ont la priorité par rapport à la qualité. Encore une fois, cet aspect peut être frustrant pour les post-éditeurs, qui ont à cœur de rendre un travail de la meilleure qualité possible. De plus, la qualité de leur travail est leur image de marque, c’est pourquoi il peut être difficile de livrer un travail à la qualité amoindrie comparée à ce que l’on est capable de produire.

Choix de l’outil

Quand on parle de traduction automatique, il ne s’agit pas d’un seul outil. En effet, ces moteurs ne sont que des algorithmes. Il faut ensuite les entraîner en y incorporant le type de contenu adapté afin d’obtenir les meilleurs résultats possibles. C’est pourquoi il est important de se rendre compte que le meilleur outil de traduction automatique, c’est celui qui est le plus adapté au contenu à traduire. Par exemple, on n’utilisera pas un moteur entraîné avec des textes de loi pour traduire du contenu technique.

L’efficacité d’un moteur dépend du contenu à traduire, mais aussi de la langue. Un outil peut produire de très bons résultats pour une paire de langues, mais beaucoup moins bons pour une autre. Pour un même texte, la traduction automatique vers deux langues différentes peut énormément varier en qualité, et en fonction de la langue cible, la productivité pourrait être grandement différente. C’est une des raisons pour lesquelles faire appel aux post-éditeurs pour tester les outils a vraiment son importance.

La confidentialité du contenu à traduire ne doit pas être négligée. Il faut bien se rendre compte que les outils en ligne, surtout lorsqu’ils sont gratuits, peuvent présenter des risques. En effet, les phrases entrées dans ces moteurs peuvent être enregistrées, risquant de compromettre les données du client. Avant d’utiliser ces outils, prenez garde à ce qui est mentionné concernant la confidentialité.

La productivité reste un élément central dans le choix d’utilisation de l’outil. En effet, s’il y a trop d’éléments à modifier dans les traductions proposées par la machine, alors on ne gagnera pas en productivité. Ce ne sera peut-être pas la peine de s’embarrasser à en utiliser.

Attention à son utilisation finale

La traduction automatique peut présenter des risques. Si l’on décide de traduire des textes juridiques avec de la traduction automatique, alors il faudra bien prendre garde au niveau de post-édition qui sera effectué par la suite. Par exemple, si la traduction est utilisée comme élément dans une affaire judiciaire, alors une seule petite erreur peut peser lourd dans la balance.

De même, lorsqu’il s’agit de textes médicaux, la post-édition peut présenter des risques importants. Un glissement de sens peut avoir de très fortes répercussions. Ainsi, si l’on souhaite utiliser la traduction automatique, il faudra faire énormément attention à l’outil utilisé, ainsi qu’à la post-édition requise.

Importance de l’avis des post-éditeurs

Tous les éléments précédemment énoncés présentent clairement l’intérêt de mêler les post-éditeurs à toutes les phases d’un projet. En tant que spécialistes de la langue, ils auront un avis éclairé sur les meilleurs outils à utiliser pour avoir une bonne productivité et pouvoir rendre un travail au niveau de qualité demandée.

Sources

Bouillon, Pierrette, et al. Integrating MT at Swiss Post’s Language Service: preliminary results. In: Proceedings of the 21st Annual Conference of the European Association for Machine Translation. 2018. p. 281-286

Nunes Vieira, Lucas, et. al. (2019): Translating perceptions and managing expectations: an analysis of management and production perspectives on machine translation, Perspectives, DOI: 10.1080/0907676X.2019.1646776

Nunes Vieira, Lucas, et. al. (2020): Understanding the societal impacts of machine translation: a critical review of the literature on medical and legal use cases, Information, Communication & Society, DOI: 10.1080/1369118X.2020.1776370

Mion, Enrico Antonio. (2020). 9 questions à poser avant d’accepter un projet de post-édition. Traduction augmentée. https://fr.eamtranslations.com/post/9-questions-à-poser-avant-d-accepter-un-projet-de-post-édition

Robert, Anne-Marie. (2013). « Vous avez dit post-éditrice ? Quelques éléments d’un parcours personnel. » The Journal of Specialised Translation Issue 19 – July 2013 <http://www.jostrans.org/issue19/art_robert.pdf&gt;

Van der Vorst, Sarah (2020). Le post-éditeur, un nouveau maillon fort du projet de traduction [Conférence]. #TQ2020 | Traduction & Qualité : Biotraduction et Traduction automatique, Université de Lille : UFR Langues Étrangères Appliquées & Laboratoire « Savoirs, Textes, Langage » du CNRS. https://webtv.univ-lille.fr/video/10748/session-2-traduction-automatique-et-metiers-de-la-traduction

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