On a testé pour vous : un projet de traduction bénévole

Par Marisa Dos Santos et Margaux Mackowiak, étudiantes M2 TSM

Cette année universitaire, le master TSM de l’Université de Lille a été marqué par un événement majeur : une nouvelle maquette réformant certains des enseignements. Parmi ces changements figure le projet de traduction bénévole, unité d’enseignement qui se déroule à distance et qui constitue l’intégralité du bloc 5 du premier semestre de la seconde année de master. L’objectif : affiner le projet professionnel de l’étudiant. Mais en quoi consiste ce nouveau projet ? Comment s’est-il déroulé ? Quelles ont été les impressions des étudiants ? Pour y répondre, nous serons deux à rédiger ce billet : Margaux Mackowiak et Marisa Dos Santos, afin de vous faire part de deux points de vue différents, qui, vous le verrez, se rejoignent toutefois la plupart du temps.

En quoi consiste le projet de traduction bénévole ?

C’est au cours de la pré-rentrée, le 16 septembre dernier, que Henry Hernández Bayter, enseignant chargé de nous superviser, a procédé à la présentation de ce projet inédit. Cette UE, qui demande 12 heures de travail dirigé et le double en autogestion, vise notamment à développer une certaine autonomie et organisation ainsi que des qualités entrepreneuriales chez l’étudiant. Elle contribue également à lui faire prendre conscience du rôle et de l’importance du traducteur au sein de la société et, en l’occurrence, auprès d’organismes à but non lucratif.

À maîtriser impérativement pour un bon déroulement du dispositif : des outils de TAO tels que SDL Trados Studio ou memoQ, les deux langues de travail choisies, et des connaissances de base en informatique et en gestion de projets. Quant à la notation, elle est attribuée en fonction de la manière dont l’étudiant gère le projet et du retour client via une fiche d’appréciation à remplir par l’organisme bénéficiaire.

Dès cette journée de pré-rentrée, nous avons donc été amenés à effectuer des recherches et à contacter les institutions humanitaires de notre choix, telles que des associations ou des ONG, en leur proposant nos services de traduction, de gestion de projets ou d’interprétariat pour un projet de bénévolat comprenant entre 3 000 et 5 000 mots au total et à livrer au maximum pour la mi-décembre.

Nous nous sommes toutes deux tournées vers des organismes défenseurs des droits des animaux, cause qui nous tient tout particulièrement à cœur. L’anglais et l’espagnol étant nos langues étrangères de travail, nous avons démarché des institutions localisées dans des pays francophones, anglophones et hispanophones afin d’offrir nos services en traduction. Après avoir fait une liste de « clients » potentiels, nous les avons contactés en les informant de nos intentions, par e-mail, via les formulaires de contact disponibles sur leur site Web ou même par le biais de leurs réseaux sociaux.

La recherche d’organismes a-t-elle porté ses fruits ?

Margaux : Pour ma part, cette tâche n’a pas été des plus simples : j’ai contacté pas moins d’une soixantaine d’ONG ou d’associations à but non lucratif que je connaissais ou vers lesquelles mes recherches m’ont menée pour trouver preneur. J’ai obtenu un grand nombre de refus, car elles n’avaient tout simplement pas de travail à me donner, ou car certains des critères du projet n’étaient pas respectés. Toutefois, ma persévérance m’a permis de recevoir une proposition de collaboration adaptée aux consignes de la part de SEED Madagascar, pour Sustainable Environment, Education & Development in Madagascar (environnement, éducation et développement durables à Madagascar), une organisation caritative britannique opérant dans le sud-est de l’île.

Marisa : Tout comme Margaux, j’ai contacté plusieurs associations de défense des animaux. Après avoir essuyé de nombreux refus, je me suis penchée sur une liste trouvée sur Wikipédia qui détaillait les différentes associations de défense des animaux. Je me suis rendue sur le site de chacune d’entre elles afin de les contacter. J’avais rédigé un e-mail type en français, en anglais et en espagnol, que je personnalisais en fonction de l’association que je contactais. Le 21 septembre, j’ai reçu une réponse positive de l’organisme de charité américain Animal Welfaire Insitute (AWI), qui m’a proposé un projet qui remplissait parfaitement les exigences de l’UE. Il s’agissait de la traduction d’une convention internationale visant à réglementer la chasse à la baleine. Elle traitait de la Commission baleinière internationale, avec laquelle AWI travaille étroitement afin de garantir le respect des conventions qui visent à préserver au mieux le bien-être des mammifères marins.

Après avoir accepté ce projet qui me convenait tout à fait, j’ai finalement reçu d’autres réponses positives. J’ai alors proposé les différents projets à mes camarades de classe, qui ont pu à leur tour contacter les associations concernées. C’est aussi ça, la recherche de partenaires : l’entraide.

Comment s’est déroulé le projet de traduction ?

Animal Welfare Institute – Marisa

Pendant toute la durée du projet, j’ai pu échanger avec la directrice des programmes de l’environnement marin de l’association ainsi qu’avec l’auteure de la convention. Il est important de noter que M. Hernández Bayter doit figurer en copie de tous les mails échangés avec l’association pour laquelle vous travaillez, afin qu’il puisse suivre votre évolution et vous évaluer en conséquence. Bien sûr, si vous échangez des informations confidentielles, il est autorisé de ne pas placer le professeur en copie.

J’ai été très bien accueillie et je me suis sentie très à l’aise avec ces deux intervenantes.

La première chose à faire après avoir reçu la proposition de traduction est de faire remplir la fiche d’information fournie par le master TSM à l’association. Cette fiche permettra au professeur en charge de l’UE et de valider, ou non, votre projet de traduction.

Après avoir posé quelques questions à l’auteure de la convention, j’ai pu me lancer dans la traduction. Le mois d’octobre a été particulièrement chargé pour les étudiants du master TSM. J’avoue avoir pris peur, car j’avançais beaucoup plus lentement que je ne l’imaginais sur ma traduction. J’avais décidé de travailler sur SDL Trados Studio afin de me créer une mémoire de traduction et éventuellement un glossaire pour augmenter ma productivité. Le document était très complexe et comptabilisait tout juste au-dessus de 5 000 mots. Il s’agissait d’un document à la fois scientifique et juridique. En ce qui concerne le côté scientifique, c’est une thématique que j’apprécie tout particulièrement. Les noms d’espèces n’étaient pas difficiles à trouver et les différents termes techniques liés à la pêche étaient assez bien documentés sur internet.

Néanmoins, la dimension juridique du document, elle, m’a donné beaucoup plus de fil à retordre. C’est un domaine que je n’apprécie pas particulièrement et avec lequel je ne me sens pas forcément très à l’aise. Il m’a fallu beaucoup de recherches, notamment sur le site de l’Organisation des Nations Unies qui rassemble déjà quelques traductions en rapport avec la chasse à la baleine. Les tournures de phrases ne m’étaient pas familières, les noms des rapports cités n’étaient pas toujours évidents à traduire et certains points développés dans le document m’étaient plutôt abstraits. Toutefois, j’ai pris cette expérience comme un véritable défi à accomplir sur un domaine peu familier. C’est un projet qui m’a demandé de nombreuses heures de recherches, et si j’avais un conseil à vous donner pour votre étape de traduction, c’est de consacrer assez de temps dans son programme pour effectuer des recherches, car elles pourraient prendre plus de temps que prévu.

Nous avions convenu d’une date de rendu fin novembre, mais j’ai tout de même envoyé un e-mail à mes deux contacts au sein de l’association afin de les tenir au courant de mon avancée début novembre. La Directrice m’a rassurée en m’assurant que le timing était parfait ! J’ai finalement rendu mon document traduit, relu, QAté et mis en page comme désiré le 19 novembre.

SEED Madagascar – Margaux

Le 22 septembre, j’ai reçu un retour du directeur général Mark Jacobs m’indiquant le transfert de mon mail à l’équipe du projet, laquelle reviendrait vers moi en cas de tâche adaptée à ma requête. Trois jours plus tard, Lisa Bass, Directrice des programmes et des opérations, m’a contactée à son tour en me proposant de traduire le Rapport annuel de recherche sur la conservation de l’année 2020. Celui-ci remplissant les exigences de la matière, c’est avec joie que j’ai accepté ce projet de 4 050 mots. Une semaine plus tard, après avoir apporté des touches finales au rapport, l’équipe m’a transmis le document à traduire, qui résume les activités du Programme de recherche de SEED sur la conservation au cours de l’année en examinant la biodiversité des forêts littorales de Sainte-Luce.

J’ai alors été en mesure de compléter et d’envoyer le formulaire de renseignement sur l’établissement à M. Hernández Bayter, qu’il a approuvé et signé.

Entre-temps, j’avais reçu un second retour positif d’une association dont le projet proposé remplissait également les critères de l’UE, que j’ai pu partager auprès de mes camarades et qui a servi à l’un d’entre eux.

Avant de commencer à traduire, j’ai fait part de mes questions à Lisa Bass, puis nous nous sommes mises d’accord sur une date de remise pour fin novembre. J’ai ensuite procédé à la création du projet dans SDL Trados Studio et j’ai effectué une analyse du fichier pour découvrir le nombre réel de mots à traiter.

Malgré la quantité importante de devoirs et du nombre d’heures de cours, j’ai réussi à m’organiser et à traduire au fur et à mesure du mois d’octobre. Je prenais beaucoup de plaisir à travailler sur ce projet à la fois rédactionnel et scientifique qui a grandement enrichi mes connaissances. En outre, la mémoire de traduction que j’avais créée avec le projet m’était très utile. Toutefois, s’agissant d’espèces animales et végétales spécifiques à la région, je trouvais peu de documentation en français, et la traduction, notamment de leurs noms, m’a posé quelques difficultés. J’ai pu toutefois m’inspirer des anciens rapports présents sur le site de l’organisation.

En résumé, il est important de s’organiser tout au long du semestre et de ne pas attendre le mois de décembre pour commencer ce travail, car, peu importe l’organisme choisi, il demandera plusieurs heures de recherches et une grande implication. De plus, en cette période de fin d’année synonyme d’examens et de livraison de devoirs, la charge de travail est très importante. Je vous conseille donc de concentrer vos efforts de recherche d’association ou d’ONG en septembre et de commencer la tâche le plus rapidement possible.

Notre évaluation a-t-elle été positive ?

SEED Madagascar – Margaux

Malgré la période de fin novembre convenue pour la livraison, j’ai remis mon travail traduit, relu, passé en revue grâce à l’assurance qualité et mis en page sur Word le 9 novembre. J’ai précisé qu’il ne fallait pas hésiter à me faire savoir si je devais apporter une quelconque modification à ma traduction. Par ailleurs, j’en ai profité pour transmettre la fiche d’appréciation à l’organisme, traduite du français vers l’anglais par mes soins. En raison de la complexité de la terminologie, la Directrice des programmes et des opérations a transféré ma traduction à l’équipe présente sur site, à même de juger sa qualité.

Après quelques semaines d’attente, l’équipe a trouvé un créneau pour relire mon travail. Le 14 décembre, j’ai ainsi obtenu des nouvelles de l’association, un retour de Lisa Bass ainsi que la fiche évaluée. L’ensemble des cases étaient marquées comme très satisfaisantes, à l’exception de la pertinence de la terminologie utilisée, considérée comme satisfaisante. La dernière étape consistait à remettre cette fiche évaluée au professeur afin de procéder à la notation finale.

Animal Welfare Institute – Marisa

À l’instar de ma camarade, après avoir remis ma traduction, j’ai envoyé la fiche d’appréciation à l’association. Quelques jours plus tard, j’ai reçu un e-mail de l’auteure de la convention qui m’a félicitée pour mon travail et qui m’a remis la fiche d’évaluation où toutes les cases « très satisfaisant » avaient été cochées.

Quelles sont nos impressions sur ce projet de traduction bénévole ?

Margaux : J’ai pris un réel plaisir à traduire pour SEED Madagascar. Le sujet de ma traduction était très intéressant et j’ai véritablement enrichi mes connaissances sur cet État et sa biodiversité. La communication, aussi bien auprès de l’organisme que de mon professeur, s’est révélée bienveillante. Au vu du peu de connaissances que je possédais sur ce thème, je suis fière du travail que j’ai fourni et rendu. Je trouve ce nouveau projet très instructif sur le plan intellectuel comme sur le plan humain, car grâce à celui-ci, j’ai pu œuvrer pour une association qui défend une cause qui me tient à cœur. En outre, en gardant à l’esprit le fait que mon travail allait être publié, j’étais motivée et déterminée à m’impliquer pour rendre un travail de qualité. J’estime qu’il s’agit d’une expérience que chaque étudiant devrait vivre, étant donné qu’elle offre l’occasion de mettre en pratique toutes les connaissances acquises au cours du cursus, donne un avant-goût de notre futur métier et montre le rôle important que nous détenons au sein de la société. Lorsque je serai installée en tant qu’indépendante, j’espère pouvoir réitérer cette expérience dès que j’en aurai l’occasion, et je vous invite vivement à faire de même, que vous soyez étudiant ou non. Vous pouvez d’ailleurs retrouver les publications de l’organisme jusqu’à ce jour sur cette page, et accéder au rapport que j’ai traduit en cliquant ici.

Marisa : Cette expérience a été très enrichissante. Malgré le caractère juridique de mon document, j’ai vraiment apprécié travailler en collaboration avec AWI. Le projet de traduction bénévole est une première étape qui permet de mettre en application les connaissances théoriques acquises au cours de notre master. Le fait d’appliquer ces compétences pour une association à but non lucratif est d’autant plus gratifiant. C’est la première fois que je sentais que ma contribution allait être réellement utile. Je me suis sentie actrice d’un combat qui me tient à cœur. La mise en place de ce projet de traduction bénévole est, à mes yeux, l’une des meilleures nouveautés de cette maquette. Elle permet en outre d’enrichir notre CV, et personnellement, cette expérience m’a été favorable lors de ma recherche de stage. C’est pourquoi je vous conseillerais de choisir une association qui rejoint vos ambitions professionnelles. Enfin, cette expérience m’a donné envie de mettre à profit mes compétences de traductrice pour des associations, et ce, même lorsque je serai installée en tant que professionnelle. Le document que j’ai eu à traduire pour Animal Welfare Institute sera publié au printemps 2021.

Conclusion

Pour conclure, nous pouvons dire que cette expérience nous a été bénéfique sur plus d’un point. Toute notre promotion a pu collaborer avec une association et M. Hernández Bayter a déclaré avoir été très satisfait de l’ensemble des projets de traduction bénévole. D’après lui, la difficulté principale a été de tenir les délais de remise des fiches de renseignement et d’appréciation. Pensez donc bien à les compléter et à les transmettre à votre professeur à temps !

Nous tenons à remercier M. Hernández Bayter de nous avoir proposé de rédiger ce billet de blog à deux.

Les autres étudiant(e)s de la promotion M2 2020-2021 ont effectué des traductions pour The Donkey Sanctuary, Les Amis de la Terre, Human Appeal, la Ligue pour la protection des oiseaux, Dianova, Black Legal Action Centre, Global Voices, Cochrane, Netzwerk Schweizer Pärke, Humane Society General, PETA France, ou encore Agir pour l’environnement, IPES-food.

Sources :


Animal Welfare Institute. https://awionline.org/

Animal Welfare Institute. « Whaling ». https://awionline.org/content/whaling

Hernánder Bayter, Henry. Ressources du cours de projet de traduction bénévole du Master 2 de Traduction spécialisée multilingue à l’Université de Lille.

IWC | International Whaling Commission. https://iwc.int/home

Liste des groupes de défense des animaux — Wikipédia. https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_groupes_de_d%C3%A9fense_des_animaux

« Nations Unies | Paix, dignité et égalité sur une planète saine ». https://www.un.org/fr/

« NGO Reference Model ». https://www.ngoreferencemodel.org/

SEED Madagascar, 2020. « Programme de recherche de SEED Madagascar sur la conservation | RAPPORT ANNUEL 2020 ». https://madagascar.co.uk/application/files/4116/1596/3725/SCRP_annual_report_2020_-_French_pdf.pdf

SEED Madagascar. « Reports & Publications – Conservation Research ». https://madagascar.co.uk/projects/environmental-conservation/conservation-research/reports-publications

SEED Madagascar. « SEED Madagascar – Sustainable Environment, Education & Development ». https://madagascar.co.uk/

SEED Madagascar, 2020. « SEED Madagascar’s Conservation Research          Programme | ANNUAL REPORT 2020». https://madagascar.co.uk/application/files/3316/1172/5316/SCRP_annual_report_2020_-_English.pdf

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