Traduire les onomatopées, y aviez-vous déjà pensé ?

Par Catherine Gallo, étudiante M1 TSM

Traduire des articles, des noms , des dates on y pense souvent mais avez-vous déjà réfléchi à la bonne façon de traduire les onomatopées ?

Une onomatopée qu’est-ce que c’est ?

Les onomatopées sont des petits mots dont on se sert pour désigner des bruits, on les rencontre souvent dans les bandes dessinées et les mangas. Elles ont un rôle plus ou moins important selon les langues. En japonais par exemple, il en existe plus de 1 000, on les retrouve partout et elles sont incontournables pour qui voudrait apprendre la langue. Un paradoxe existe entre la perception des onomatopées dans différentes cultures. En France par exemple, elles sont associées à un langage enfantin et peu recherché. Au Japon au contraire, elles sont le produit d’une langue très vivante en constante évolution et même un signe de tolérance.

Se pose alors la question de la traduction, ces petits mots si simples pourraient-ils nous donner du fil à retordre ? C’est ce que nous allons découvrir maintenant.

Doit-on vraiment les traduire ?

Les bruits sont des sons universels il serait donc logique que leur retranscription le soit aussi. Mais non, nos chers créateurs de langues n’ont pas choisi la facilité et ont chacun retranscrit ces bruits à leur façon. Par exemple, un sanglot se traduit par « sob » en anglais, « yuyu (유유) » en coréen et « snif » en français. Elles doivent donc être traduites pour être comprises, si nous, français, tombions sur « yuyu » dans un texte nous ne comprendrions pas. De plus, dans certaines langues comme le japonais les onomatopées sont utilisées pour désigner des faits qui sont conceptualisés dans la langue française, on s’en sert pour exprimer une action, un état ou une émotion, par exemple, « être radin » se traduit en japonais par l’onomatopée « kechi-kechi ». Nouveau paradoxe avec notre culture, en japonais la suggestion est privilégiée aux explications et aux affirmations alors qu’ « [e]n Europe, nous aimons la clarté des propos et fuyons les équivoques ; au Japon, ces dernières appartiennent à la meilleure langue et sont très estimées » comme le disait Luis Frois dans son ouvrage Traité sur les contradictions et différences de mœurs (Préface, C. Lévi-Strauss), Paris, Éd. Chandeigne, 1998.

Un traducteur japonais doit donc transformer une phrase en onomatopée pour domestiquer le texte et le rendre plus fluide pour son lecteur. À l’inverse, un traducteur français devra s’adapter et traduire l’onomatopée japonaise par une phrase pour faire comprendre le message porté par le texte.

Dans quels cas sommes-nous confrontés à ce problème ?

Nous avons l’habitude de croiser la route de ces petits mots dans les bandes dessinées et dans les mangas, ils ajoutent une dimension supplémentaire à l’histoire et lui font prendre vie, c’est pourquoi il est très important qu’ils soient utilisés rigoureusement et traduits de la bonne façon. Par exemple, un coup de bâton traduit par « plouf » au lieu de « bam » ferait perdre tout son sens à l’action et le lecteur pourrait se poser des questions sur le professionnalisme de l’auteur.

Comme vous l’aurez compris, les mangas étant pour la plupart écrits par des auteurs (pas de chance !) japonais, leur traduction est complexe. Elles sont souvent placées en plein milieu de la planche entre les dessins et les bulles (en bande dessinée, planche est le terme utilisé pour désigner la page). Il est donc important de les traduire par des petits mots pour conserver l’harmonie de la planche. Trois possibilités se présentent donc pour les traducteurs. Dans certains cas, par souci d’authenticité, l’onomatopée japonaise est laissée telle qu’elle et est expliquée en bas de page, parfois le traducteur fait preuve d’imagination et trouve un moyen de traduire l’onomatopée en un ou deux mots et parfois, coup de chance, l’onomatopée existe déjà en français.

La traduction des onomatopées est donc un sujet bien plus complexe que l’on pourrait le croire. Comme nous avons pu le constater, leur domestication relève du presque impossible entre certaines paires de langues et c’est là qu’intervient la créativité du traducteur. Voilà donc une difficulté supplémentaire insoupçonnée du travail du traducteur.

Bibliographie

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s