La traduction culinaire : pas aussi simple qu’on pourrait le croire !

Par Pauline Gonnet, étudiante M1 TSM

La traduction culinaire, quoi de plus simple ? pourrait-on penser. Quelle difficulté y a-t-il à traduire le nom d’un plat ou bien une recette ? En partant de ce postulat, la tentation est grande d’utiliser la traduction automatique. Pourtant, les traducteurs spécialisés dans ce domaine sont unanimes : le culinaire est une spécialisation comme une autre et comme toute spécialisation, elle a ses propres difficultés mais également ses propres stratégies de traduction. Mais avant de nous pencher sur cette question, reprenons depuis le début.

La traduction culinaire, qu’est-ce que c’est ?

La traduction culinaire est un domaine très vaste puisqu’elle englobe à la fois la traduction de menus et de sites Internet de restaurants, de livres de recettes, d’étiquettes de produits alimentaires et bien d’autres textes encore.

C’est une spécialisation qui a de beaux jours devant elle en raison de la mondialisation toujours galopante et de l’intérêt grandissant de la population pour la cuisine et la gastronomie, comme en témoigne le nombre croissant de programmes télévisés, de blogs de cuisine ou de nouveaux livres de recettes en vente en librairie ou sur Internet. La popularisation de différents régimes alimentaires tels que le végétarianisme, le véganisme ou encore le crudivorisme favorise également cet essor.

Une spécialisation pas si évidente

Maintenant que nous avons posé les bases voyons pourquoi la traduction culinaire est plus difficile qu’il n’y paraît.

Tout d’abord, l’alimentation et la nourriture sont des éléments intimement liés à la culture d’un pays ou d’une région, tout autant que sa langue. Le traducteur culinaire doit donc être familiarisé avec les références culturelles des termes culinaires dans le texte source avant d’évaluer les possibilités de traduction dans la langue cible.

En outre, comme l’a très justement souligné Gwenaël Gillis dans son billet de blog, lorsqu’il s’agit de traduction de recettes, certains ingrédients ne sont pas disponibles dans le pays dans lequel la traduction est destinée à être publiée. Le traducteur culinaire aura donc pour mission de trouver le meilleur équivalent afin que la recette puisse être réalisée (et bien évidemment réussie !) par le lecteur.

De plus, dans le domaine de la traduction culinaire un pays présentera des spécificités propres que nous ne retrouverons pas chez d’autres nations. L’exemple le plus évident que l’on pourrait donner pour illustrer ce constat est l’utilisation des grammes et des litres issus du Système international de mesures à mettre en parallèle avec celle des onces, des livres et des onces liquides du Système d’unités impériales, encore en vigueur dans certains pays. Mais ceci s’applique aussi à l’utilisation d’ustensiles particuliers ou à la façon de découper la viande de bœuf, qui est différente en France et aux États-Unis par exemple.

Pour les recettes de cuisine et les menus notamment, le traducteur culinaire aura pour mission de rendre la description des plats attrayante. Si ce n’est pas le cas, la traduction risque de manquer sa cible : le cuisinier en herbe ne sera pas tenté d’acheter le livre de recettes ou le touriste en quête de nouvelles saveurs se rendra dans un autre restaurant où le menu le mettra plus en appétit.

Vient enfin la difficulté des plats typiques : comment traduire des noms de spécialités d’un pays tels que le cocido madrileño espagnol ou les Knödel autrichiens pour qu’ils soient compris par un lectorat étranger ?

Face à toutes ces difficultés nous allons donc voir les différentes astuces et stratégies dans le domaine de la traduction culinaire.

Comment bien traduire le culinaire ?

Comme peut l’être la traduction de jeux de société, la traduction culinaire est avant tout une histoire de passion. Le traducteur peut être amené à tester lui-même les recettes afin de trouver les meilleurs équivalents dans le cas d’un ingrédient qui ferait défaut dans le pays où le livre de recettes sera publié. Si passer du temps en cuisine à tester de nouvelles recettes ou regarder des émissions culinaires vous rebute, vous spécialiser dans ce domaine risque d’être compliqué.

Outre avoir la fibre culinaire, connaître la terminologie et les spécificités propres à ce domaine est indispensable. Comme n’importe quel autre domaine de spécialisation, il n’y a pas de secret : se former. Suivre des ateliers de cuisine, lire des magazines spécialisés et même échanger avec des artisans (boulanger, chocolatier, traiteur…) ou le chef du restaurant dont vous allez traduire le menu vous permettra d’engranger des connaissances et d’employer la terminologie exacte.

Enfin, il est nécessaire de connaître les différentes stratégies de traduction propres au domaine de la gastronomie et du culinaire et de savoir dans quelles circonstances les appliquer.

La première stratégie de traduction dans le domaine culinaire sera donc… l’absence de traduction, aussi appelée emprunt. En effet, lorsque le traducteur est confronté à un mot qui est devenu courant dans sa langue, telle que la pizza en France ou dans de nombreux autres pays, il n’aura pas à chercher la traduction bien loin !

La deuxième possibilité consistera en un emprunt (encore !) mais accompagné d’une explication du contenu du plat ou de la signification d’un ingrédient. C’est la stratégie qui est bien souvent adoptée pour les plats typiques afin, par exemple, qu’un touriste de langue anglaise qui passerait ses vacances du côté de Lille ou en Belgique et qui consulterait un guide touristique qui vante les spécialités locales ou encore un menu de restaurant sache ce qu’est un potjevleesch.

Vient ensuite la stratégie du calque qui consiste, quant à elle, en une adaptation mot à mot dans une autre langue. Celle-ci est, par exemple, utilisée pour le mot hot dog qui, en espagnol, se traduit par perrito caliente.

Enfin, la dernière option, et c’est là où les choses se compliquent pour le traducteur, sera la traduction par substitution. Comme nous l’avons vu précédemment, les recettes de cuisine font parfois appel à des ingrédients qui ne sont pas disponibles dans d’autres pays ou bien encore à des pièces de viande qui ne sont pas forcément identiques d’un pays à l’autre. À charge pour le traducteur de trouver la meilleure alternative à ces fameux ingrédients pour que la recette, une fois réalisée, soit aussi appétissante et savoureuse que l’originale.

Conclusion

Compte tenu de la multiplicité des types de textes pouvant être traduits et des différents destinataires, les difficultés inhérentes à la traduction culinaire sont bien plus nombreuses que ce que l’on pourrait imaginer. Pour cela, toute personne souhaitant se lancer dans ce domaine doit être vraiment intéressée par la gastronomie et acquérir une solide formation. Il lui est également indispensable de savoir quelle stratégie de traduction adopter en fonction du texte source mais aussi de la personne amenée à lire la traduction.

La traduction culinaire est donc une spécialisation très sérieuse, et quand on voit les ravages que peuvent provoquer la traduction automatique ou les personnes qui s’improvisent traducteurs culinaires, on comprend facilement pourquoi !

Bibliographie :

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