Le casse-tête de la traduction de mangas

Par Sara Quintin, étudiante M1 TSM

C’est quoi un manga ? Les mangas sont une sorte de bande dessinée d’origine asiatique en noir et blanc, qui se lisent de droite à gauche. Au Japon, les mangas sont considérés comme des objets de grande consommation. Il existe de nombreux genres, les plus connus sont les shonen qui sont destinés aux jeunes garçons, les shojo pour les jeunes filles, les seinen pour les hommes et les josei pour les femmes etc. La France est la deuxième plus grosse consommatrice de mangas au monde.

La culture japonaise est très différente de la culture française ou même occidentale et on le ressent quand on lit des mangas. Il y a bien souvent de nombreuses références dans les mangas, que ce soient des références culturelles, historiques ou religieuses et quand cela arrive les termes ne sont généralement pas traduits et suivis d’un astérisque et d’une explication. Dans le manga Noragami, par exemple, qui porte sur les divinités japonaises il y a de nombreuses références culturelles inconnues des Occidentaux comme les dates de visite des temples et pourquoi il faut aller au temple à cette date précise, des références religieuses avec les nombreuses divinités japonaises qui sont mentionnées dans le manga.

La traduction des onomatopées est un des éléments qui posent le plus de problèmes de traduction. Au Japon, les onomatopées sont utilisées aussi bien à l’écrit qu’à l’oral, on trouve la plupart dans les dictionnaires mais elles ne s’y trouvent pas toutes. En japonais il en existe 3 sortes (Les giongo imitent des sons, les giseigo traduisent les voix, ils sont beaucoup utilisés dans les mangas et les gitaïgo sont des mots imitant l’état) et il n’y a pas toujours d’équivalent en français. Bien souvent, les onomatopées ne sont pas traduites, puisque très chronophage et, comme les références culturelles, historiques et religieuses, sont suivies d’un astérisque pour expliquer la signification de cette dernière ou alors elles ne sont pas traduites à la demande de l’éditeur japonais pour garder le style de l’auteur. Il est parfois même impossible de les traduire si l’onomatopée est trop liée au dessin, on rajoute alors la traduction en plus petit à côté de l’onomatopée japonaise. Elles servent à exprimer une sensation, un sentiment, une situation ou une idée. En France, les onomatopées sont considérées comme étant plutôt le mode d’expression des enfants, là où au Japon elles sont utilisées dans le langage courant. Les mangas pour filles sont considérés comme étant les plus créatifs en matière d’onomatopées. Quelques exemples d’onomatopées : kyaa est l’onomatopée correspondant aux cris d’une femme, le chat ne fait pas miaou mais nyaa nyaa, un cœur qui bat la chamade doki doki etc. Certains mangakas vont plus loin et créent même des onomatopées. Un exemple assez connu serait le zukyûûûn de Araki Hirohiko, l’auteur de Jojo’s Bizarre Adventure qui est l’onomatopée du baiser spontané.

Une autre difficulté de traduction liée aux onomatopées est le foisonnement. On n’a pas toujours d’équivalent français d’onomatopées japonaises et donc il n’y a pas d’autre choix que d’étoffer. Néanmoins, il y a une place limitée dans les cases des mangas ce qui amène à omettre certains détails.

Au Japon, il existe quelque chose que l’on n’utilise pas en France, il n’y a donc pas d’équivalent. Ce sont les suffixes honorifiques comme san qui est le plus connu, kun, chan, senpai, sensei, sama et dono. Ces suffixes indiquent la plupart du temps la relation entre plusieurs personnes et sert à exprimer la politesse. On les place après le nom de l’interlocuteur : Onizuka-sensei, Inumaki-senpai, Yuji-kun

San est traduit le plus souvent par monsieur ou madame pour quelqu’un dont on n’est pas très proche. Il est souvent associé avec le nom de famille.

Kun est utilisé pour un ami ou un camarade garçon, il n’est utilisé pour une fille qu’en cas de proximité.

Chan est l’équivalent de kun pour les filles, c’est très affectif.

Senpai est utilisé pour quelqu’un qui a plus d’expérience ou qui est plus âgé que ce soient des collègues ou des camarades de classe.

Sensei est le professeur, le médecin, l’artiste… il s’utilise après le nom de famille ou seul.

Sama désigne les personnes haut placées ou de grande valeur, c’est un signe de grand respect. Il est utilisé pour désigner Dieu : Kami-sama.

Et enfin dono qui est très peu utilisé de nos jours se situe entre san et sama. Il était beaucoup utilisé du temps des samouraïs.

Il existe d’autres suffixes honorifiques mais ceux-ci sont les plus fréquents. Mis à part san et sensei les autres suffixes ne sont généralement pas traduits car il n’existe pas de terme équivalent en français. Ces suffixes sont très utilisés au Japon puisqu’ils créent une sorte de hiérarchie qui est très importante pour les japonais.

Et pour ce qui est des noms des attaques ou des armes ? Dans certains mangas les attaques et les armes gardent leur nom japonais, par exemple, dans One Piece d’Eiichiro Oda, les 3 katanas de Roronoa Zoro sont Enma, Sandai Kitetsu et Wado Ichimonji que ce soit dans la version japonaise ou française, dans Bleach de Tite Kubo, les armes, appelés les Zanpakutô gardent également leurs noms japonais. Les attaques comme le Bankai pour n’en cité qu’une ne sont pas traduites mais suivies d’un astérisque et de leur signification tout comme pour les onomatopées. Parfois, quand les attaques sont traduites, c’est la traduction anglaise qui reste même dans la version française. Les noms d’attaques de la version originales peuvent même parfois être en anglais comme la Room ou le Shambles de Law (One Piece) ou encore le Bound Man de Luffy (One Piece) et dans ce cas elles restent en anglais dans la version française.

C’est la même chose pour les êtres ou créatures propres à leur manga. Dans Noragami, dans la version originale et française, ils sont appelés ayakashi, dans Bleach ce sont les hollow et les shinigami… Certains mangas traduisent ce genre de choses, d’autres non, tout dépend des éditeurs et de l’auteur.

Les traducteurs font face à de nombreux problèmes concernant la traduction des mangas, il en existe d’autres mais ceux-ci sont des exemples de la difficulté du métier dû à la grande différence culturelle entre autres. 

Ressources documentaires :

https://www.koomeo.com/fr/traducteur-de-mangas-et-animes/
https://www.msn.com/fr-fr/actualite/technologie-et-sciences/traduire-des-mangas-un-d%C3%A9fi-%C3%A0-l-heure-des-scantrads-les-traductions-pirates/ar-BB1f330r
http://konishimanga.fr/2017/10/11/interview-xavier-hebert/
https://www.japoninfos.com/quelques-suffixes-japonais-san-kun.html
Poupée, Karyn. Histoire du manga. Tallandier, 2014
Nouhet-Roseman, Joëlle. Les mangas pour jeunes filles, figures du sexuel à l’adolescence. Érès, 2011.
Nouhet-Roseman, Joëlle. « Maji maji, regard sur les onomatopées ». Cliniques mediterraneennes n° 81, n°1 (18 juin 2010): 167-79.

Une réflexion sur “Le casse-tête de la traduction de mangas

  1. J’ai du mal à saisir pourquoi les traductions françaises ne réemploient pas les suffixes honorifiques tels quels, comme dans les traductions anglaises. Des blagues entières sont perdues, ainsi que les rapports de force éventuels entre les personnages. Frustrant xD

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