YouTube : quelles utilisations pour les professionnels de la traduction ?

Par Alice Colar, étudiante M2 TSM

En tant qu’étudiante TSM, j’ai pris l’habitude de voir la traduction partout. Ma grande curiosité m’a souvent poussée à insérer les mots en lien avec la traduction dans les barres de recherche. Notamment dans celle de la plateforme YouTube, où les résultats étaient souvent décevants. En persistant et surtout en étant face à un réel besoin d’aide visuelle, de tutoriels ou de connaissances nouvelles, j’ai pu dénicher quelques trésors. Il m’a donc semblé judicieux de vous les partager, en profitant de l’occasion pour réfléchir à cet outil qui peut permettre à chacun d’apprendre, de se divertir, de suivre l’actualité ou encore de se faire connaître. Selon l’édition 2021 du baromètre du numérique publié par l’Autorité de Régulation des Communications Électroniques des postes et de la distribution de la Presse, 9 français sur 10 sont présents sur internet. En une seconde, 80 000 vidéos sont visionnées à travers le monde.

C’est au cours de cet été que j’ai commencé à me questionner sur YouTube, car en me perdant pour la énième fois sur le réseau aux 2 milliards d’utilisateurs dans le monde, j’ai réalisé toute la diversité qui s’y trouve : médias, politique, éducation, formation, expériences littéraires, musique, jeux vidéo… J’ai vite établi le lien : autant de catégories que de spécialités pour les professionnels de la traduction. En effet, YouTube offre un accès à du contenu en lien avec de nombreux sujets, destiné aussi bien aux débutants qu’aux spécialistes : fonctionnement d’une pompe à chaleur ? De l’énergie solaire ? La création monétaire ? Les NFT ? Des milliards de requêtes sont formulées chaque jour, faisant ainsi du réseau social un réel moteur de recherche. La bonne nouvelle, c’est qu’il compte des utilisateurs venant du monde entier. Vous l’aurez donc compris, le contenu est multilingue et accessible à (presque) tous : l’interface est disponible en 76 langues, ce qui offre un accès à la plateforme à 95 % de la population mondiale. Ainsi, en tant que traducteur spécialisé dans n’importe quel domaine, le réseau peut être très utile. En effet, je ne sais pas si vous faites partie de ces gens qui ont besoin d’un visuel pour mieux comprendre certaines choses, mais lorsque je me suis retrouvée face à un texte sur les moteurs synchrones, avoir la possibilité de mettre une image sur des mots m’a vraiment été d’une grande aide et m’a surtout fait gagner du temps. Les vidéos sont parfois préférées à la lecture pour les personnes ayant une mémoire visuelle et même pour celles ayant une mémoire auditive. Entendre et voir les choses différemment est gage d’une meilleure compréhension.

YouTube et apprentissage

Si je vous dis corpus, TAO, ou encore TA ? Ne soyez pas déçus, les recherches par mots‑clés ne sont pas très encourageantes. En effet, le corpus du bac, c’est de l’histoire ancienne pour nous. Cependant, les pionniers de ces domaines ne manquent pas à l’appel : SketchEngine, Frantext, Laurence Anthony, RWS, MemoQ, Adobe, XTM, SmartCat, plus d’excuses ! La plupart des outils qui nous accompagnent au quotidien disposent d’une chaîne et proposent des tutoriels et des astuces visant à aider leurs utilisateurs. Comme je le disais précédemment, YouTube est un très bon moyen de se former gratuitement et de façon autonome.

Les équipes techniques en charge des étapes de post-traduction seront également servies. Avis aux futurs responsables des illustrations et des captures d’écran, aux « DTPistes », aux testeurs ou encore aux compilateurs : de nombreux tutoriels et chaînes dédiées à Photoshop, Adobe Indesign, Adobe FrameMaker, ou encore Alchemy Catalyst sont disponibles, à l’image des outils précédemment cités. WPML, HTML, CMS… Les spécialistes en localisation de logiciels et de sites web trouveront leur bonheur.

D’un point de vue plus général, il est aussi possible de visionner les replays d’un nombre incalculable de webinaires, de conférences, de workshops et d’évènements organisés dans le monde entier sur le thème de la traduction. YouTube et les réseaux sociaux nous donnent une chance d’être ailleurs tout en étant chez soi, dans le métro ou dans une salle d’attente. Iconic translation machines, Systran, Translating for Europe, tout est disponible en replay pour les retardataires. Les associations de traducteurs comme la SFT, l’ATLF, ou l’ATA proposent elles aussi ce type de contenu.

Je ne peux pas clôturer cette partie sans vous parler des Ted Talks. Il existe de nombreuses mini conférences en lien avec la linguistique. Ces dernières peuvent nous aider à réfléchir sur notre domaine, afin de le voir d’une autre manière ou simplement pour se rendre compte de sa beauté. Je souhaitais vous partager une vidéo qui m’a marquée et m’a donné une autre vision de mon outil de travail, les langues. « The beauty of linguistic diversity is that it reveals to us just how ingenious and how flexible the human mind is.”: dans ce Ted, Lera Boroditsky partage sa réflexion sur les quelque 7 000 langues parlées dans le monde, sur la multitude sons, de structures et de lexiques qui nous entourent. Elle se demande si la langue que nous parlons structure notre façon de penser. Un débat qui ne date pas d’hier, puisque Charlemagne disait « Parler une autre langue, c’est posséder une deuxième âme » et Shakespeare « Qu’y a-t-il dans un nom ? La fleur que nous nommons la rose, sentirait tout aussi bon sous un autre nom. ». Pour relancer le débat, elle apporte quelques données scientifiques qu’elle a elle-même collectées. Les exemples qu’elle donne sont assez surprenants. Si vous avez 15 minutes devant vous, vous ne serez vraiment pas déçus.

YouTube et business

Vous allez peut-être penser que les chaînes YouTube appartiennent en tout et pour tout à des amateurs, qui tournent des vidéos par-ci par-là. C’est faux ! De nos jours, les réseaux sociaux représentent un réel business. Pour un professionnel, y être présent, y proposer ses services ou aborder des sujets en lien avec son domaine d’activité peut vraiment apporter une plus-value et booster sa notoriété en gagnant en visibilité. En pleine ère du numérique, les réseaux sociaux font partie intégrante de nos vies. Il serait dommage de ne pas tirer profit de leurs avantages.

Ainsi, les professionnels commencent à être de plus en plus présents sur YouTube, en diffusant de nombreuses vidéos très fiables et un contenu innovant et varié. Je prendrai l’exemple de Tradupreneurs, des Recettes du traducteur et de la Linguistiquerie : trois chaînes créées par des traductrices spécialisées dans des domaines variés, qui proposent des replays de lives mais aussi des podcasts, sur des sujets en lien avec la traduction : comment passer de la traduction généraliste à la traduction spécialisée, trouver ses premiers clients directs, quel est le bon statut juridique pour un traducteur… Autant de réponses aux questions de ceux qui veulent se lancer. Pour ceux qui l’auraient déjà fait, agence ou freelance, ce contenu permet de rester à l’écoute du marché actuel mais aussi d’apporter à notre communauté.

Les réseaux sociaux peuvent vraiment vous aider à vous démarquer. Néanmoins, pour les gérer, vous aurez besoin de beaucoup de temps. Surtout pour YouTube. Pour avoir du succès, les vidéos postées doivent être de qualité. Il est donc important de définir une stratégie afin de bien organiser, promouvoir et modérer votre chaîne.

Qui dit stratégie dit SEO (Search engine optimization) : la grande tendance de 2021. YouTube étant directement intégré à Google, les tags, mots-clés et descriptions de vos vidéos seront très utiles à l’amélioration du référencement de votre commerce. Un petit plus non négligeable qui peut rapporter gros ! Dans ce cas, il sera peut-être judicieux de suivre une formation. La Creator Academy propose des formations gratuites pour les débutants ou ceux qui souhaitent optimaliser leur chaîne. Tout est donc très accessible. Le nom de la vidéo, la durée, le décor, les sous-titres et leur traduction… Chaque variable peut vous apporter des vues ou vous en faire perdre. Bien évidemment, la traduction des sous-titres peut aider à toucher une audience plus large et donc vous rapporter des clients. En effet, plus de deux tiers du temps alloué au visionnage proviennent de téléspectateurs qui vivent dans des endroits autres que la région d’origine du créateur.

YouTube et traduction automatique

Au début de cet article, j’ai associé YouTube à un moteur de recherche. La plateforme appartient au géant Google, qui compte lui-même parmi les GAFAM (Google, Apple, Amazon, Facebook et Microsoft). Si je mentionne Google, en tant que professionnels du secteur de la traduction, quelque chose doit naturellement vous venir à l’esprit : la traduction automatique. Le très prisé et parfois très critiqué Google Translate est un acteur majeur de notre secteur. En effet, nous assistons depuis un certain temps à une montée en puissance de la MTPE (Machine translation post editing), qui devient la demande favorite de certains clients. Ce sont d’ailleurs les GAFAM eux-mêmes qui en sont friands, notamment pour traiter leur volume titanesque de contenu et de données qui augmente chaque jour. Un petit aparté qui me semble indispensable en ces temps et qui me permet de faire le lien entre YouTube et Google qui, vous devez sûrement vous en douter, collaborent en matière de traduction. Le contenu à traduire chez YouTube tourne autour de son interface, de son aide en ligne, mais surtout des sous-titres, titres et descriptions des vidéos. Chaque minute, 500 heures de vidéos sont ajoutées à la plateforme, ce qui nécessiterait une équipe colossale de traducteurs spécialisés dans un nombre incalculable de domaines, tant le contenu est vaste et hétérogène. Le site web a donc réfléchi à la mise en place de solutions, afin de permettre à ses utilisateurs, qu’ils soient souffrants de problèmes d’audition, de troubles du traitement auditif ou simplement unilingues, d’avoir accès à un contenu sensiblement similaire à celui des spectateurs polyglottes.

De cette manière, en 2006, YouTube a commencé à prendre en charge les sous-titres de façon automatique, grâce à la technologie de reconnaissance vocale de Google. Peu de temps après, le site a intégré un outil de TA, ni plus ni moins le moteur Google Translate, afin de traduire les sous-titres générés par les auteurs des vidéos (ce qu’ils font rarement) ou générés de façon automatique grâce à la reconnaissance vocale.

Après coup, c’est au tour de la fonctionnalité « Contribution de la communauté » de voir le jour, qui, de manière similaire à l’ancien système de traduction de Netflix, mettait à contribution des internautes bénévoles pour traduire ces fameux sous-titres. Depuis 2020, les bénévoles n’ont plus accès à cette fonctionnalité, qui a été supprimée par l’hébergeur de vidéos. En cause : présence de spams, d’abus et qualité médiocre. La solution d’intégrer de la traduction humaine semble donc, pour l’instant, compromise. YouTube a préféré tout miser sur l’aide précieuse fournie par l’intelligence artificielle de son parent Google. On peut donc se demander si cette IA, intégrée à YouTube sur des vidéos de tout type contenant une multitude d’accents, d’intonations et d’effets sonores est capable d’offrir une qualité et un taux de réussite satisfaisants. Je clôturerai donc cet article avec un test des sous-titres auto-générés et de la traduction automatique de ces derniers sur deux vidéos YouTube. La première a été réalisée dans les règles de l’art par Arte et aborde un sujet assez technique, qui n’est autre que l’intelligence artificielle. La seconde est de type tutoriel et porte sur l’analyse technique des cryptomonnaies, réalisée par le Youtuber Owen Simonin (Hasheur) accompagné de son homologue EnterTheCryptoMatrix. Son niveau de technicité est plus élevé.

Notre premier exemple est déjà décevant car dès les premières secondes, une faute d’accord se glisse dans les sous-titres. S’ensuivent les fautes de grammaire et d’orthographe. Dans la vidéo, certains intervenants parlent anglais. La reconnaissance vocale essaie de transmettre le message : « et vote du public frob de crédit tout degré ». Un résultat logique. Heureusement, les sous-titres des parties en langue anglaise sont directement intégrés à la vidéo. Plus loin, on se rend compte que le moteur réussit à distinguer les parties en langue anglaise en ne proposant plus aucun sous-titre. Il est également capable de détecter la musique en indiquant « [musique] ». Conclusion : Les fautes d’orthographe et de grammaire sont vraiment très nombreuses. Presque deux fautes par minute. Les sous-titres ont aidé à la compréhension et peuvent être utiles à quelqu’un qui ne peut pas visionner la vidéo avec le son, par exemple.

En ce qui concerne notre seconde vidéo, la première faute correspond de nouveau à une faute d’accord. Le moteur montre par la suite des problèmes de compréhension, dus au débit rapide de parole d’Hasheur. Quant aux termes techniques, il les comprend une fois sur deux : le Bullrun (marché haussier) est compris par « boulot run ». Le terme « Fibo », qui fait référence à la suite d’entiers de Fibonacci est compris par « fibre ». Il peut être très déroutant pour les viewers de lire un mot complètement hors contexte dans les sous-titres. Les interjections ne sont pas comprises : le « bah » devient un « battu ». Pour ce qui est de la traduction automatique, c’est très simple. Le moteur traduit les sous-titres générés par la reconnaissance vocale. Vous l’aurez donc compris : fautes d’accord, de grammaire, d’orthographe et néologismes, tout est traduit. Si la qualité du texte cible est mauvaise, le résultat fourni par le moteur de TA ne peut qu’être de mauvaise qualité.

Certes, les résultats sont amusants. Mais la phrase « Traduire, ce n’est pas traduire des mots, mais du sens. » de l’ATA et l’ATRAE, prend tout son sens ici. Les exemples ont montré que la traduction automatique et l’intelligence artificielle étaient loin de produire un résultat de qualité pour ce type de « projet ». Alors comment faire pour que tout ce contenu soit accessible à toutes et à tous et pour que la qualité soit au rendez-vous ? L’équation semble compliquée à résoudre, bien que les progrès soient visibles et que le mode de fonctionnement de YouTube permette tout de même de toucher une audience plus large, l’expérience est plutôt décevante pour l’instant.

Les récents progrès du Machine Learning et du Deep Learning montrent que les algorithmes sont de plus en plus affinés, à l’instar des données utilisées pour entrainer les intelligences artificielles. Ainsi, la qualité des résultats fournis ne peut que s’améliorer. Qui sait, peut-être qu’à l’avenir, YouTube disposera d’un moteur de TA sur-mesure qui sera à même de reconnaître les langues et de gérer la langue orale, entre autres.

J’ai rédigé cet article car YouTube est un outil qui m’a beaucoup aidée en tant qu’étudiante et également pour vous montrer que la plateforme pouvait être très utile dans le secteur de la traduction. En tant que plus-value pour votre activité, que partenaire d’apprentissage et également en tant qu’espace de détente pour vous vider l’esprit car oui, vous avez également le droit de vous perdre sur ce réseau, en suivant vos YouTubers favoris ou simplement pour travailler avec un fond de musique.

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Bibliographie :

Enquête : traducteurs et utilisation des médias sociaux – European Commission. https://blogs.ec.europa.eu/emt/fr/enquete-traducteurs-et-utilisation-des-medias-sociaux/. Consulté le 9 novembre 2021.

Gué, Victoire. YouTube marketing : le guide pour réussir. https://blog.hubspot.fr/marketing/youtube-marketing. Consulté le 9 novembre 2021.

Les mirages de la post-édition. https://beta.ataa.fr/blog/article/les-mirages-de-la-post-edition. Consulté le 9 novembre 2021.

Les bases de L’analyse Technique | Trading, Feat. CryptoMatrixhttp://www.youtube.com, https://www.youtube.com/watch?v=If5knyqF_0E. Consulté le 9 novembre 2021.

Les algorithmes peuvent-ils nous soigner ? | 42, la réponse à presque tout | ARTEhttp://www.youtube.com, https://www.youtube.com/watch?v=CJir4a6j-ns. Consulté le 9 novembre 2021.

« Machine learning : YouTube a 1 milliard de vidéos avec des sous-titres automatiques ». Génération-NT, https://www.generation-nt.com/youtube-milliard-video-sous-titres-automatiques-machine-learning-actualite-1939454.html. Consulté le 9 novembre 2021.

« YouTube ». Wikipédia, 6 novembre 2021. Wikipedia, https://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=YouTube&oldid=187767652.

« YouTube tire un trait sur les sous-titres créés par des bénévoles ». Le Monde.fr, 29 septembre 2020. Le Monde, https://www.lemonde.fr/pixels/article/2020/09/29/youtube-tire-un-trait-sur-les-sous-titres-crees-par-des-benevoles_6054095_4408996.html.

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