Retour d’expérience de mon stage : 7 bonnes pratiques à adopter en tant que traducteur indépendant

par Anna MAN, étudiante en M2 TSM.

Durant mon stage de M1 auprès de Mme Nathalie Moulard, traductrice indépendante et professeure de TAO à l’Université de Lille à Roubaix, j’ai appris beaucoup de choses et dans ce billet de blog, je vais vous partager 7 bonnes pratiques à adopter.

Ici, je ne vais pas parler de comment s’installer en tant que traducteur indépendant (mon camarade Antoine Deruy s’en charge très bien dans ce billet de blog), mais plutôt vous donner des petits tips que j’ai reçus et appliqués durant mon stage afin de mener à bien une traduction ou un projet de traduction. Car en effet, être traducteur indépendant n’est pas de tout repos, alors je vais essayer de vous partager tout cela à travers mon propre témoignage et ma propre expérience.

1. Créez votre propre check-list

Nous le savons tous, rester toute la journée devant son ordinateur, la tête plongée dans une même traduction ainsi que dans des recherches documentaires interminables crée une bulle dans laquelle nous ne voyons même plus les coquilles ou les erreurs de nos propres traductions. Mais pas de panique ! Une check-list peut vous aider à éclaircir tout cela.

Alors que mettre dans une check-list ? À mon sens, bien qu’il existe des check-lists toutes préparées, elles restent assez personnelles. Vous pouvez y mettre les consignes de base du client (par ex, ne pas utiliser d’anglicismes), les instructions provenant d’un guide de style (apostrophes courbes, guillemets chevrons, etc.), s’il n’y a pas de guide de style, les règles de typographie française de base (pas de majuscule après les deux-points, majuscules accentuées, etc.), les termes spécifiques récurrents afin de respecter le glossaire du client, etc.

Voici un exemple de check-list de base :

Source : Nancy Matis, Cours de gestion de projets, 2021

Pour ma part, j’ajouterai également les accords en genre et en nombre. Depuis toute petite, je nage entre la culture chinoise et la culture française. En français, les noms communs s’accordent en genre (féminin ou masculin) et en nombre (singulier ou pluriel), or ce n’est pas le cas en chinois, les noms communs en chinois n’ont pas de genre et sont quantifiés. De plus, quand j’étais petite et que j’apprenais les déterminants à l’école, je ne comprenais pas pourquoi on disait « une maison », « un couteau » ou même « une fourchette ». Pourquoi « la maison » serait-elle un nom féminin et « le couteau » serait-il un nom masculin ? En grandissant, cette « confusion » s’est accentuée, par exemple « chaussette » et « sec », si je dis « les chaussettes sont sèches », je dois effectuer tout le processus dans ma tête, c’est-à-dire que « chaussettes » est un nom féminin pluriel et par conséquent, que « sec » doit s’accorder au féminin pluriel, ce qui devient « sèches ». Tout ça pour dire que dans mes traductions, dès qu’il y a une histoire d’accord en genre et en nombre, je sais que je dois être vigilante sur ce point en particulier. Par ailleurs, les outils de TAO tels qu’Antidote ou même Cordial (correcteur d’orthographe et de grammaire) sont d’une grande aide dans la détection de coquilles et d’erreurs grammaticales qu’on aurait pu laisser passer dans notre traduction. 

2. Soyez assidu lors de la relecture

Au début de mon stage, j’avais tendance à bâcler la phase de relecture finale. Étant donné que mes yeux s’étaient habitués à ma propre traduction, lors de la relecture finale, je survolais mon texte en pensant livrer une qualité acceptable.

Petite astuce pour la relecture : relisez-vous à haute voix. En vous écoutant, en entendant vos phrases, vous saurez si une phrase sonne « bien » ou non, si elle sonne français ou non. La phase de relecture est importante, car elle permet de vérifier tous les points évoqués dans la check-list, n’hésitez pas à faire un QA check dans Xbench (si nécessaire) pour veiller à la cohérence de la traduction ou même à revoir les instructions du client, de faire une dernière vérification que ce soit orthographique, syntaxique, stylistique, typographique, etc. La qualité doit être au rendez-vous !

3. Posez des questions au client

Au début du stage, je n’osais pas poser de questions, par peur de ne pas paraître assez professionnelle, par peur de poser des questions idiotes ou par ego aussi, je voulais trouver la réponse par moi-même avec des recherches documentaires très chronophages et voilà, je voulais me débrouiller toute seule.

Il est très important de communiquer avec le client (ou le chef de projet) afin qu’il puisse savoir où vous en êtes dans le projet, il doit être en mesure d’anticiper toute éventualité de ne pas pouvoir mener le projet à bien, de peut-être même échafauder un plan B pour le bon déroulement du projet à terme.

En matière de questions à poser au client, n’envoyiez jamais votre fiche-questions un jour avant la livraison par exemple, essayez d’anticiper afin que le client puisse y répondre sans être pressé par le temps, de plus, la traduction doit être terminée pour le jour de livraison, nous ne pouvons donc pas laisser des questionnements dans la traduction ou même laisser le client se débrouiller avec une traduction qui n’est pas aboutie.

Quel genre de questions poser au client ? D’abord, rédigez toujours vos questions en anglais sur un ton poli. Ensuite, vous êtes traducteur professionnel donc vous êtes censé savoir traduire. Demander au client si « ma traduction est bonne », ce n’est pas l’idéal. En revanche, vous pouvez tout à fait proposer une traduction en justifiant votre choix de traduction (source, recherche documentaire, recherche terminologique, etc.) et en discuter avec le client. À moins que le client utilise une terminologie bien spécifique, le traducteur peut être confronté à faire des choix de traductions. Le traducteur tranche, si le client est d’accord, alors tout va bien, s’il ne l’est pas, alors le traducteur apporte ses explications au client ou alors, le client donne sa préférence.

Voici un exemple type de fiche-questions :

4. Ne pas se fier aux 99%

Bien que le client puisse fournir une mémoire de traduction (TM), il ne peut pas garantir la qualité de celle-ci. En tant que traducteur, nous nous devons de veiller à la qualité de la traduction que nous proposons au client, d’abord pour notre crédibilité en tant que professionnel de langues sortant d’un Master TSM, ensuite pour gagner la confiance du client.

Nous aurons plus à gagner en rapportant que la qualité de la TM était médiocre et en mettant à jour cette même TM qu’en suivant une TM de mauvaise qualité et donc en fournissant une traduction de mauvaise qualité. Par ailleurs, le cerveau est très facile à berner, il voit dans Trados Studio un 99%, il va automatiquement faire confiance à la TM et perdre en vigilance, le traducteur doit se forcer à bien relire le segment avant de le confirmer.

5. Relancer le client

Si le client ne répond pas dans les 2-3 jours qui suivent, il faut impérativement le relancer. Il se peut que votre email ait atterri dans ses courriers indésirables ou dans ses spams. Pendant mon stage avec Mme Moulard, il m’est arrivé de livrer un projet de traduction pour la fin de la semaine, de ne pas recevoir accuser de réception et qu’elle me dise lundi qu’elle a retrouvé ma livraison dans ses spams. Par conséquent, il est important de s’assurer que le client a bien reçu notre livraison, notre fiche-questions ou autre par un accusé de réception via retour de mail.

6. Toujours confirmer le projet proposé par mail

Cela peut paraître anodin, mais lorsque vous recevez un nouveau projet d’un client ou d’un chef de projets et que vous décidez de le prendre en charge, il est primordial de confirmer par retour de mail la prise en charge du projet en question afin que le client ou le chef de projet puisse le noter dans sa fiche de suivi ou son planning et qu’il n’ait pas besoin de chercher une autre ressource. Après acceptation de la prise en charge du projet, veillez à la bonne réception du projet dans sa globalité, à savoir la documentation à traduire, les fichiers sources, les documents de référence (TM, glossaire, guide de style, instructions du client, etc.), le bon de commande, et tout autre élément que peut contenir un projet de traduction.

7. Ne jamais faire confiance à une machine

Eh oui, l’erreur de débutant, ou même de feignant (il faut se le dire). Au cours de mon stage, j’ai appris à développer un œil critique sur mes propres traductions, sur la traduction automatique ainsi que sur les TM fournies par les clients.

Cette année, en cours de traduction automatique, nous avons appris que la machine produisait des phrases « grammaticalement correctes », elles commencent par une majuscule, avec sujet, verbe, complément et se termine par un point.

Par conséquent, quand je traduisais ou post-éditais, je faisais énormément confiance à la machine, pour ne pas dire aveuglément. Mon cerveau se faisait duper par le « grammaticalement correct ». Or un traducteur doit faire mieux que cela. Pour reprendre nos cours de M1 en traductologie, bien que l’équivalence absolue n’existe pas, la traduction ne doit surtout pas sentir la traduction, elle doit paraître fluide, naturelle et à l’instar du ninja, le traducteur doit demeurer invisible. Donc ayant toujours un œil critique sur la qualité du texte produit par la machine. Le traducteur doit rester vigilant lorsqu’il utilise la traduction automatique afin de produire une qualité de traduction la plus optimale.

Pour conclure, je tiens à préciser que ce billet de blog n’engage que moi et mon avis à travers ma propre expérience. Ce stage a été enrichissant en plus d’être formateur, j’ai pu toucher à plusieurs domaines tels que le domaine technique, médical, marketing, économique, etc. J’ai également beaucoup appris sur moi, sur la manière de m’organiser, de travailler seule et de gérer la solitude également, etc. Je remercie grandement Madame Moulard de m’avoir formé, accompagné, conseillé pendant 2 mois et demi. Cette expérience aura été riche en apprentissages et en émotions.

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