Titres de films : traduire ou ne pas traduire ? Telle est la question !

Par Chloë Tanguy, étudiante M2 TSM

Choisir un titre est un élément important à ne pas négliger. Son rôle est primordial d’un point de vue marketing, car c’est en partie grâce à lui qu’un film va attirer des spectateurs ou non. J’appuie bien sur le terme « en partie » parce qu’évidemment la bande annonce contribue majoritairement à sa promotion. Toutefois, si vous regardez une bande annonce, c’est d’abord parce que le titre vous a intrigué, n’est-ce pas ?

Veiller à ce qu’un titre soit accrocheur ne s’applique pas uniquement à l’univers cinématographique, mais également aux œuvres littéraires, à la presse, ou à ce billet de blog par exemple. Toutefois, ici l’attention sera principalement centrée sur la traduction de titres d’œuvres appartenant au septième art.

Opter pour le titre idéal, n’est pas une mince affaire. Mais alors, comment le rendre accrocheur ? Et quels choix s’offrent aux traducteurs ?

Choisir LE titre qui convient

Comme je le mentionne un peu plus haut, le titre est important puisqu’il s’agit de l’élément clé qui pique la curiosité du spectateur. Son objectif principal est d’attirer l’attention de ce dernier mais également de l’informer sur le type de film qu’il s’apprête à regarder. Pour cela plusieurs conditions sont à respecter :

  • Simple, basique.

Le titre doit être assez court et utiliser un vocabulaire simple, compréhensible par le grand public. Utiliser le nom du personnage principal peut sembler trop simple mais s’avère être efficace. Quand on pense aux films Disney et Pixar, par exemple, nombre d’entre eux utilisent cette stratégie et rencontrent à chaque fois un franc succès.

Le Monde de Narnia : Chapitre 1 – Le lion, la sorcière blanche et l’armoire magique est un bon exemple pour illustrer ce premier point. En effet, à ce jour, une grande majorité des spectateurs appellera ce film Le Monde de Narnia 1, voire Le Monde de Narnia pour ceux qui n’ont pas vu les chapitres suivants.

Depuis 1991, avec pas moins de 40 mots, une parodie de La Nuit des Morts-Vivants maintient sa position en tant que titre le plus long de l’Histoire du cinéma. Le film qui détient ce record, c’est Night of the Day of the Dawn of the Son of the Bride of the Return of the Revenge of the Terror of the Attack of the Evil, Mutant, Alien, Flesh Eating, Hellbound, Zombified Living Dead Part 2: In Shocking 2-D.

  • L’honnêteté est la clé du succès.

Le but d’un titre n’est pas de tromper le spectateur sur le contenu du film. La plupart du temps, cette condition est respectée car, même si initialement cela nous semble plutôt abstrait, une fois l’œuvre terminée, et avec un peu d’aide du contexte, on parvient davantage à comprendre son origine.

Ici je pense notamment à l’incontournable Danse avec les loups ou encore au célèbre Silence des agneaux qui, contrairement à ce que leur titre laisserait penser, ne se rapportent ni à un documentaire animalier, ni à film muet à propos d’un troupeau d’agneaux, loin de là.

  • Spoiler alert.

Lorsque l’on traduit le titre d’une œuvre, il faut savoir trouver un juste milieu. Si le but du titre n’est pas de tromper le spectateur, il faut veiller à ne pas non plus lui dévoiler toute l’intrigue avant même qu’il ne puisse s’y intéresser.

Parmi les quelques titres qui en disent « trop », on retrouve The Professional (particulièrement célèbre sous le nom de Léon) qui, en chinois, a été traduit par 这个杀手不太冷 qui signifie littéralement « ce tueur à gages n’est pas si froid que ça » ou encore The Shawshank Redemption traduit en français par Les Évadés.

  • Politiquement correct.

Un autre critère intervient lors de la traduction des titres de films : le respect des particularités culturelles. Certains pays pourraient chercher à détourner le titre pour éviter ou « dénoncer » des sujets plus ou moins tabous. À titre d’exemple : Junior, un film sorti en 1994 et dans lequel Arnold Schwarzenegger incarne un scientifique qui tombe enceint, a été traduit en chinois par 魔鬼二世, soit littéralement « l’enfant du diable ».

D’autres pays, au contraire, chercheront parfois un moyen d’utiliser certains termes pour provoquer ou capter plus facilement l’attention du public. Ici on peut prendre l’exemple de la saga Step Up rebaptisée Sexy Dance en français.

Traduire ou ne pas traduire ?

Là où l’exercice se complique, c’est lorsqu’il faut choisir si l’on souhaite garder le titre original ou l’adapter dans la langue cible (ou le « retitrer »). Comme pour tout dans la traduction, on vous répondra que cela dépend. La décision finale dépendra de la version originale (le titre est-il compréhensible par le public francophone ? Peut-on adapter le jeu de mot ou l’expression dans la langue cible ?), cela dépendra du client, de ses préférences et de ses attentes, mais aussi du traducteur et des conventions culturelles.

Selon une étude menée par Slate en 2010, sur les 200 films américains sortis en France, au cinéma, entre le 1er janvier 2009 et le 31 décembre 2010, 57 % des titres ont été adaptés en français (dont Percy Jackson : Le Voleur de foudre et Moi, Moche et Méchant), 35 % ont conservé leur titre original (tels que Inglorious Basterds ou Shutter Island) et seuls 8 % ont été retitrés en anglais (comme The Hangover retitré par Very Bad Trip ainsi que Knight and Day qui est devenu Night and Day).

Cette volonté de garder un titre anglais mais de l’adapter afin qu’il soit plus compréhensible par le public francophone se rapproche de ce que l’on appelle le « globish ». Le globish est un mot valise issu des deux termes « global » et « english ». Il s’agit d’une version simplifiée de l’anglais utilisée par un non anglophone afin de communiquer et se faire comprendre à l’international.

En ce qui concerne les films d’animation, le traducteur va souvent opter pour une traduction complète afin que le titre ait plus d’effet sur le jeune public. Ainsi Spirited Away devient Le Voyage de Chihiro, The Nightmare Before Christmas est traduit par L’Étrange Noël de Monsieur Jack ou encore Moana devient Vaiana, la légende du bout du monde. Il existe cependant quelques exceptions à la règle comme Toy Story, Soul ou Cars.

Dans ce même objectif, Harry Potter à l’école des sorciers est le seul titre de la série (de livre et de films) à avoir été modifié. En effet, selon les distributeurs, traduire littéralement Harry Potter and the Philosopher’s Stone n’aurait pas été adapté au jeune public qui était initialement leur cible.

En parlant de livres, il arrive parfois que certaines adaptations cinématographiques ne conservent pas le même titre que l’œuvre littéraire dont ils résultent. En 2005, le film Mémoires d’une geisha sort au cinéma, il s’agit d’une adaptation du livre Geisha publié huit ans plus tôt. Ici le titre du film est une traduction littérale du livre original qui est Memoirs of a Geisha. Pour sa part, le célèbre roman To Kill a Mockingbird, traduit en français par Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur a été adapté sur le grand écran sous le nom Du silence et des ombres.

Lorsque la législation s’en mêle

Depuis 1994, en France, la loi Toubon régit l’emploi de la langue française, notamment dans l’enseignement, la publicité ou encore dans le secteur public. Toutefois rien n’est mentionné concernant le septième art.

Contrairement à la France, la législation québécoise réglemente davantage ce qui sort sur le grand écran. En effet, selon la loi sur le cinéma : « si le film est destiné à la présentation en public, le titre dans une version sous-titrée en français, le titre et le générique, dans une version doublée en français, doivent être écrits en français ».

Prenons pour exemple ces cinq films actuellement au cinéma :

  • House of Gucci
  • La Méthode Williams (titre original : King Richard)
  • Les Éternels (titre original : Eternals)
  • Encanto, la Fantastique Famille Madrigal (titre original : Encanto)
  • Spider-Man: No Way Home

Vous pouvez constater qu’en France, trois titres sur cinq ont été traduits tandis que chez nos amis québécois, tous ont eu le droit à quelques adaptations par rapport à leur version originale. Cela donne comme résultat :

  • La Saga Gucci
  • King Richard : Au-delà du jeu
  • Éternels
  • Encanto, la Fantastique Famille Madrigal
  • Spider-Man : Sans Retour

Cette législation est la raison pour laquelle, au Québec, la plupart des titres de films sont traduits en français. Leur objectif est de préserver du mieux que possible la langue française face à l’ampleur que prend l’anglais en Amérique du Nord.

Conclusion

Plusieurs stratégies peuvent être mises en place lors de la traduction de titres : traduire, retitrer en langue source ou encore garder le titre d’origine. Le principe étant très similaire à de la transcréation, traduire des titres d’œuvres peut parfois demander beaucoup de temps et de réflexion, et ce, pour tenter de trouver une alternative adéquate afin de retranscrire l’ensemble des sous-entendus et des nuances décelées dans ces titres. Et puis, n’oublions pas non plus oublier que ces derniers doivent condenser deux, voire parfois trois heures de film.

Sources

Bernitskaïa, Natalia, ‘Traduction Des Titres de Films : Entre Erreurs et Créativité’, in Propos Sur l’intraduisible, ed. by Olga Artyushkina and Charles Zaremba, Langues et Langage (Aix-en-Provence: Presses universitaires de Provence, 2018) <http://books.openedition.org/pup/7826&gt;

Carrara, Marie-Adrienne, ‘Comment trouver le bon titre ?’, À propos décriture, 2013 <https://www.aproposdecriture.com/comment-trouver-le-bon-titre&gt;

Dehesdin, Cécile, ‘Comment retitre-t-on un film américain pour sa sortie française?’, Slate.fr, 2010 <http://www.slate.fr/story/26243/comment-retitrer-film-americain-pour-sortie-francaise-cinema&gt;

Ernould, Franck, and Isabelle Smadja, Harry Potter, de la version anglaise à la version française : un certain art de la traduction (Presses Universitaires de France, 2007) <https://www-cairn-info.ressources-electroniques.univ-lille.fr/harry-potter-ange-ou-demon–9782130565727-page-143.htm&gt;

Irosoft, architecture de gestion de l’information législative-legal information management system, ‘Règlement sur le visa’ <http://legisquebec.gouv.qc.ca/fr/document/rc/C-18.1,%20r.%206?langCont=fr#ga:l_i-gb:s_1-h1&gt;

‘Loi N° 94-665 Du 4 Août 1994 Relative à l’emploi de La Langue Française – Légifrance’ <https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/LEGITEXT000005616341/&gt;

‘Pourquoi les films sont-ils retitrés au Québec et pas en France’, Le HuffPost, 2019 <https://www.huffingtonpost.fr/entry/films-retitres-quebec-france_fr_5d444dd9e4b0aca3411cd3e6&gt;

‘Titre de Film : Quelle Traduction ? | Beelingwa – Bureau de Traduction Basé à Bruxelles’ <https://beelingwa.com/fr/blog/titre-de-film-quelle-traduction&gt;

‘Traduction de titres de films: un vrai casse-tête !’, Cultures Connection, 2019 <http://culturesconnection.com/fr/traduction-titres-films-casse-tete/&gt;

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