Y a-t-il un avenir dans la traduction des langues rares ?

Par Maximilien Dusautois, étudiant M1 TSM

illustration billet de blog Maximilien dusautois

 

 « Si vous parlez à un homme dans une langue qu’il comprend, vous parlez à sa tête. Si vous lui parlez dans sa langue, vous parlez à son cœur ».
Nelson Mandela.

 

En tant qu’étudiant en Master 1 avec un couple de langues qui contient une langue rare (le suédois compte environ 10 millions de locuteurs à travers le monde entier), il me semblait intéressant de me pencher sur la question. En effet, de nombreux étudiants peuvent se demander quel est l’intérêt de maîtriser une langue qui ne servira que dans un ou deux pays et avec peu de locuteurs, à l’inverse d’autres langues utilisables avec un grand nombre de locuteurs (chinois, japonais) ou dans de nombreux pays (allemand, espagnol, portugais…). Pour ce billet de blog, j’ai donc décidé de me pencher sur la question, notamment en interrogeant trois traductrices professionnelles.

Tout d’abord, il convient de définir une langue rare. Ici, je l’entends comme une langue qui compte moins de 10 millions de locuteurs dans le monde. Et elles sont légion ! Des langues officielles de pays peu peuplés (j’ai parlé du suédois, mais en Europe on peut aussi parler du serbe, de l’estonien ou encore de l’islandais), des langues minoritaires ou autochtones (en Europe, on pense notamment aux différentes variantes du sami, le yiddish ou encore le breton — eh oui ! — tandis qu’à l’échelle mondiale, on peut penser aux langues autochtones en Amérique du Nord tel que le nahuatl au Mexique ou encore l’algonquin au Canada). Enfin, dans le monde de la traduction, on peut considérer une langue comme rare lorsqu’elle possède très peu de professionnels de la traduction malgré un nombre important de locuteurs. Je pense notamment au pachto, langue officielle de l’Afghanistan qui compte 45 millions de locuteurs, mais qui pour autant se fait « rare » lorsqu’il faut trouver des traducteurs assermentés dans cette langue…

Maintenant que tout cela est un peu plus clair, on peut attaquer le vif du sujet. Alors, ça vaut le coup ou pas ?

La première question que doit se poser un entrepreneur avant de se lancer dans n’importe quel secteur est la question du marché : existe-t-il un marché et si oui, ce marché est-il viable à long terme ?

La réponse semble bien être oui, et on peut avancer plusieurs raisons.

Tout d’abord, on peut parler de la vague de fond qui concerne l’institutionnalisation des langues rares. Certaines langues auparavant ignorées trouvent leur place dans les institutions et dans l’administration, ce qui leur donne un nouveau souffle et donne du travail aux traducteurs. En Suède ou au Canada par exemple, les gouvernements s’efforcent de fournir un accès au service public dans les langues nationales et minoritaires, comme les langues autochtones par exemple. Il s’agit donc d’une véritable opportunité pour le marché de la traduction, et les entreprises ne manquent pas de s’emparer de ces marchés.

Au niveau européen, même si la majorité des textes sont produits en anglais, il existe bel et bien 24 langues officielles, et chaque citoyen a également le droit d’obtenir des informations sur l’institution et son fonctionnement dans sa langue. Ainsi, le gaélique irlandais est devenu une langue officielle de l’UE, malgré son nombre peu élevé de locuteurs (environ 600 000 locuteurs au quotidien). La quantité de documents à traduire est telle que pour l’instant, il leur est impossible de tout traduire. L’irlandais bénéficie donc d’une dérogation au sein de l’Union européenne pour limiter les traductions, mais celle-ci devrait disparaître en 2022. Amis traducteurs, à vos méthodes de gaélique irlandais !

Et puis il ne faut pas oublier qu’avec le Brexit, l’anglais n’a plus la cote… Depuis 2016, plusieurs discours marquants au sein de l’Union européenne ont été prononcés dans des langues autres que l’anglais, notamment le discours sur l’état de l’Union, prononcé jusqu’en 2016 en anglais avant de passer au français ces deux dernières années (ça se passe ici). Malte et l’Irlande, deux pays où l’anglais est officiellement parlé conjointement aux langues nationales, ont adopté leurs propres langues comme langues officielles au sein des institutions européennes. Alors même si l’anglais restera utilisé comme langue véhiculaire, pour faciliter la compréhension et le travail de l’Union, on peut tout de même s’attendre à une diminution de son utilisation.

Hors des institutions et du domaine de la traduction technique/spécialisée, le marché existe également. Dans le domaine de l’édition par exemple, ces dernières années ont vu paraître un grand nombre de romans scandinaves. Les Français étant peu férus de langues étrangères, il a bien fallu les traduire ! Et comme cela fonctionne par période, par vagues, il n’est pas idiot de penser que certaines langues comme celles des pays de l’Est ou même certaines langues régionales ou minoritaires auront le vent en poupe dans quelques années.

Mais qu’en disent les professionnelles du secteur ?

J’ai interrogé trois traductrices : deux sont indépendantes (Lotte Nør Larsen et Spasa Ratkovic), et la troisième travaille à la Direction générale de la traduction (Caroline Soteras-Scuflaire). Si cette dernière doute d’avoir un carnet de commandes suffisamment rempli pour en vivre si elle devenait traductrice indépendante, ce n’est pas le cas des deux traductrices indépendantes. Spasa Ratkovic, traductrice du suédois, de l’anglais et du français vers le serbe, interprète et professeure des universités, est un peu moins active dans la traduction, mais estime de concert avec ses collègues qu’il existe de la demande, tout en soulignant l’importance de pouvoir traduire depuis une langue plus répandue. Lotte Nør Larsen, traductrice du français vers le danois et également professeure, souligne que l’obligation pour l’administration de traduire tout acte juridique étranger et pour les entreprises de traduire tout document relatif à un produit ou un service, ainsi que le peu d’appétence des Français pour les langues étrangères crée un marché viable. Et tant que l’Union européenne gardera le principe du multilinguisme gravé dans le marbre, elle produira de la demande dans de nombreuses combinaisons de langues, pour le plus grand plaisir des traducteurs.

Il existe cependant un petit bémol avec les langues rares : en tant qu’indépendants, la demande fluctue. Elle n’est pas permanente et à ce titre, il peut être risqué de se lancer sur le marché en ne parlant qu’une langue rare. Dans la littérature par exemple, certaines maisons d’édition n’ont pas publié de roman d’origine grecque depuis 2006, et ne publient que rarement des romans dont la langue source n’est pas l’anglais ou l’espagnol ! Ce phénomène de langues « à la mode » se ressent d’autant plus dans l’édition, mais peut concerner tous les domaines. Certains pays, comme les pays scandinaves, exportent de nombreux biens et services, mais communiquent directement en anglais, ce qui produit mathématiquement un manque à gagner. À vos risques et périls, donc.

Pour contrer cela, les traductrices que j’ai interrogées ont trouvé des parades. Travailler à la DGT permet par exemple à Caroline Soteras-Scuflaire de traduire à partir de l’anglais, certes, mais également du danois, du suédois, du néerlandais, de l’espagnol, du bulgare et du slovène tout en ne redoutant pas le chômage technique. Quant à Spasa Ratkovic et Lotte Nør Larsen, elles ont toutes les deux fait le choix, très tôt, de ne pas se consacrer qu’à la traduction et ont une activité professionnelle annexe qui leur permet de s’assurer des revenus stables (et d’après Lotte Nør Larsen, de sortir de chez soi également, ce qui est aussi appréciable pour un traducteur). Une piste à explorer pour ceux que la traduction à 100 % effraie ? Caroline Soteras-Scuflaire souligne d’ailleurs l’importance pour les traducteurs en formation de se montrer polyvalent et de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Elle conseille aux futurs traducteurs d’être « capable[s] de jongler, de s’adapter, de comprendre l’évolution du monde pour trouver sa place et en changer au besoin ».

 

Maintenant que nous avons parlé du marché, il est temps de parler des prix. Eh oui, traduire des langues rares peut se révéler plus intéressant que de traduire des langues plus courantes !

« Tout ce qui est rare est cher » est un adage qui se vérifie bien sur le marché de la traduction. Le prix des langues peut aller du quitte au double en fonction de la rareté. Les langues scandinaves, par exemple, sont réputées plus chères que les autres langues européennes comme l’allemand ou l’espagnol. Dans les locaux de l’entreprise où j’effectue mon stage, une private joke sur les langues scandinaves revient souvent lorsqu’il en est question : un traducteur a un jour demandé 65 € pour traduire 100 mots en islandais, traumatisant par là même les gestionnaires de projet dans leur ensemble. À 65 centimes le mot, on peut les comprendre… mais c’est pourtant ce qu’il se passe sur un marché lorsqu’on se trouve en situation de quasi-monopole. On peut se permettre de fixer des prix supérieurs à la moyenne du marché ! Tout dépend après également du niveau de spécialisation du traducteur. Plus le domaine est spécialisé, plus les tarifs pratiqués seront élevés. Pour ce qui est de la traduction littéraire, réputée comme moins rémunératrice, il faut miser sur le bon cheval et espérer que le livre se vende bien pour toucher davantage de droits d’auteurs. Tout en sachant que les principes cités ci-dessus s’appliquent : si la langue est rare, si la difficulté du texte est élevée, la traduction est plus chère.

C’est d’ailleurs l’avis de Spasa Ratkovic, pour qui il ne faut pas brader ses prix afin de ne pas pénaliser l’ensemble de la profession. Une baisse des prix qu’a remarqué Lotte Nør Larsen depuis les années 90, mais qui pour l’instant, ne semble pas trop pénalisante pour les traducteurs de langues rares.

En conclusion, que vous parliez une langue rare par votre naissance, que vous ayez choisi d’en apprendre une lors de vos études ou que vous en maîtrisiez une par quelque hasard de la vie, n’hésitez pas. Le monde a besoin de traducteurs comme vous, et le marché est assez grand pour que tous y trouvent leur place, à condition d’y mettre du sien. Si vous êtes concerné et tenté par l’aventure, n’hésitez pas à lire le billet de William Brouilly pour vous renseigner sur la nécessité ou non d’un diplôme pour devenir traducteur.

 

Un grand merci à Spasa Ratkovic, Lotte Nør Larsen et Caroline Soteras-Scuflaire d’avoir pris le temps de répondre à mes questions pour l’écriture de ce billet.

 

Bibliographie :

  1. C. Simon, « Assises du roman. Dans le miroir de la traduction », Le Monde des Livres, 14 mai-2014.
  2. J. Ferney, « Des traducteurs à bout de souffle. Les langues rares, un filon ? », La Croix, 04 juin-2015.
  3. C. Harper-Séguy, « Nouveau marché au Nord », Winnipeg Free Press, 01 déc-2012.
  4. E. Le Poole, « Zoom sur les sociétés de traduction juridique et financière », Les échos Capital Finance, 28 mai-2018.
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Ressources linguistiques : comment faire lorsqu’elles n’existent pas

Par Oriane Briand, étudiante M1 TSM

Illu billet Oriane Briand

 

Cette année, le suédois fait son come back dans les langues de travail du master TSM de l’Université de Lille. J’ai donc décidé de partir de ma petite expérience, et de constater quelque chose de plus large. En première année de master, tout est à apprendre. On nous conseille sur la méthodologie à adopter, on nous donne quelques astuces, quelques bons filons sur les sites dignes de confiance ou non. On se remet en question aussi. Et je me rends compte, au fil des échanges et des discussions que nous n’avons pas les mêmes outils. « Tu connais pas [insérer un nom de traducteur automatique] ? Ça fonctionne super bien ! » Sérieux ? Super ! Recherche Google. Le suédois n’y est pas. Déception.

Je pense qu’il existe un réel décalage entre les langues plus « communes » (l’anglais, l’allemand…) et d’autres plus rares. On se pose souvent la question, est-ce un avantage ou un inconvénient de connaître ces langues plus rares. Et honnêtement, c’est parfois plus un casse-tête qu’autre chose. Et je vois déjà venir certains. « Quoi ? Tu veux devenir traductrice et tu ne sais pas ce que ça veut dire ? » Mais Margaux Bochent, étudiante de M2, avait déjà « cassé le mythe » pour nous. Alors voilà, quand on est traducteur ou que l’on apprend, on se créé notre petite boîte à outils. Et tandis que celle de mes camarades semble prête à déborder, la mienne semble si légère.

Comment y remédier ?

À l’ère du numérique, la plupart des traducteurs ont délaissé leurs dictionnaires pour se tourner vers les ressources en ligne. Plus rapide, plus pratique et souvent plus fournis, il est pourtant parfois difficile de trouver un site de confiance, surtout lorsque l’on débute. Pour ma part, j’ai pendant longtemps misé sur seulement un ou deux sites proposant la combinaison suédois-français. Ils avaient toute ma confiance. Mais les textes sur lesquels je travaille cette année ne ressemblent en rien à ce que j’avais l’habitude de traduire. Alors, où trouver la bonne info ? J’espère ne pas vous avoir fait trop espérer, car au final, il semble qu’il n’y ait pas de miracle, car beaucoup de professionnels vous diront la même chose : l’expérience et le temps sont vos seuls alliés.

Gwenaëlle Diquelou, traductrice à la DGT me donnait d’ailleurs ces quelques conseils. Elle a vécu ce fameux tournant des dictionnaires papiers aux ressources en ligne, et se rappelle l’époque où les bureaux croulaient sous les boîtes à chaussures. Chacun réalisait ses fiches terminologiques à la main et les stockaient là. Se créer son propre glossaire spécialisé est au final bien plus fiable. En tant que traductrice pour une institution européenne, elle a accès à bien plus d’informations, de mémoires de traduction, de fiches terminologiques, etc. qu’une personne extérieure. Les terminologues travaillent dans l’ombre, alimentant toujours plus les machines : Euramis, DGT VistaIdol… Seule IATE fait office d’exception, la base terminologique étant disponible à tous de manière partielle. Si vous souhaitez en apprendre plus sur Gwenaëlle Diquelou, Loréna Abate a récemment brossé son portrait ici.

J’ai également posé la question à un ancien étudiant et ami. Hiroto est japonais, parle anglais, français, suédois mêlé d’un peu de coréen et d’allemand. Je me suis toujours demandé comment il traduisait, car il m’avait un jour mentionné le fait qu’il n’existait pas de dictionnaire suédo-japonais. Il devait alors, dans la plupart des cas, passer par d’autres langues. L’apprentissage d’une langue et de sa culture revêt un aspect primordial lors de la traduction. Et c’est peut-être seulement en cherchant d’autres mots dans la langue source qu’il devient possible de livrer une bonne traduction.

Pour conclure, il n’existe pas de recette miracle. La traduction d’une langue rare peut s’avérer difficile au premier abord puisque les ressources linguistiques disponibles peuvent manquer. Il faut alors passer par d’autres chemins et être persévérant. Car plus ces langues rares seront documentées, par soi-même via des glossaires spécialisés ou par le fait qu’un plus grand nombre de personne s’intéresse à ces langues, plus il sera facile de les traduire. Mais pour l’instant, elles restent un challenge. Et si vous voulez savoir si cela vaut le coup de se spécialiser dans la traduction de ces langues, vous pourrez lire le billet de blog de mon camarade Maximilien Dusautois à paraître la semaine prochaine !

 

Quand le traducteur doit faire preuve d’imagination : la traduction de l’humour

Par Angelina Fresnaye, étudiante M1 TSM

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En ce premier avril, quoi de mieux que de parler d’humour ? L’humour, c’est sympa, mais quand il s’agit de le traduire, cela peut vite devenir un casse-tête, le premier souci étant que l’humour n’est pas universel. On estime que le sens de l’humour d’une personne est défini par son bagage culturel, lui-même défini par sa langue. L’histoire d’un peuple peut également définir son sens de l’humour. Cet aspect culturel de l’humour pose déjà un premier problème lors de la traduction. Un deuxième aspect problématique relève de la langue en elle-même : on pense évidemment au jeu de mots, qui est à la racine d’un grand nombre de blagues, notamment au Royaume-Uni où le « dry humour », sous-genre de la comédie, est très populaire. Ce type d’humour n’utilise quasiment pas d’expression physique et repose donc intégralement sur les mots, voire sur leur prononciation. Le fait que ces blagues dépendent la plupart du temps d’un jeu de mots rend la tâche du traducteur particulièrement difficile, voire impossible (du moins si l’on recherche un maximum de fidélité).

Ainsi, lorsque l’on tente de traduire une œuvre humoristique, il ne faut pas espérer être parfaitement fidèle à l’original : le plus important, c’est de trouver une blague ou une réplique qui va provoquer un effet similaire.

Voyons tout d’abord les difficultés liées à la langue.

Un jeu de mots, comme son nom l’indique, joue sur les mots. Ce genre de blagues s’appuie généralement sur la polysémie ou l’homonymie, ce qui les rend souvent difficiles à traduire. La traduction de blagues basées sur la langue (comme les jeux de mots) demande la plupart du temps un certain degré de créativité. Il n’est pas rare que le/la traducteur/trice ait besoin d’inventer une blague différente de l’originale pour faire fonctionner le jeu de mots. Amusons-nous un peu et voyons quelques exemples (et leur traduction le cas échéant).

Un type de jeu de mots assez répandus dans la culture anglo-saxonne : les « dad jokes » (ou « blagues de papa »). Ces blagues font généralement l’objet d’un calembour « facile » et correspondent à ce que l’on pourrait qualifier de « blague nulle » en français. En voici un exemple (relativement drôle) :

“Did you hear about the kidnapping at school? It’s fine, he woke up.”

Cette blague joue sur l’homophonie entre « kidnapping » et « kid napping » ; autant dire que pour trouver une traduction en français, ce n’est pas une mince affaire. Dans ce cas, il s’agira de voir en contexte quelle est la meilleure option : remplacer la blague par une autre blague qui provoque le même effet en français, ou opter pour une note de bas de page si c’est cette blague en particulier qui a une importance (en gardant en tête que la note de bas de page n’est généralement pas très bien vue).

Voyons un autre exemple avec cette fois-ci une traduction (sous-titrage) en italien (blague à 15m43) :

Original Sous-titres en italien Traduction française des sous-titres
A: Did you ever think he’d go into fashion? Cos ironically he does actually sound like a sewing machine.

N: And he’s a singer!

A: Avresti mai pensato che sarebbe entrato nel mondo della moda? Perché inoricamente lui suona proprio come una macchina da cucire.

N: Ed è un cantante, un singer! (Singer è anche una nota marca di macchine da cucire, ndr)

A : Vous auriez cru qu’un jour il serait entré dans le monde de la mode ? Parce que, ironiquement, sa voix ressemble à une machine à coudre.

N : Et il est chanteur, singer ! (Singer est également une marque connue de machines à coudre, ndlr)

À noter que les anglicismes sont plus fréquents en italien[1]

 Cette blague pose deux problèmes : le jeu de mots entre « singer » (= « chanteur ») et la marque de machines à coudre Singer. En ce sens, la traduction italienne est intéressante puisqu’elle parvient à conserver d’une certaine manière le jeu de mots, mais elle explique également où est la blague, tout le monde ne connaissant pas nécessairement la marque Singer (personnellement  je n’avais pas compris la blague avant de voir les sous-titres). Mais l’on se rend compte que lorsqu’il s’agit de traduire en français, il est plus difficile de conserver le jeu de mots, les anglicismes étant moins courants, d’autant plus lorsqu’il s’agit d’un mot qui n’est absolument pas entré dans la langue française. On pourrait également se demander si la note ne casse pas un peu le rythme de la blague, critique souvent reprochée à cette solution, mais au moins, la blague a été traduite (et est compréhensible par tous). Il faudrait voir si cette marque est aussi connue dans les pays francophones que dans les pays anglophones pour déterminer si cette note est nécessaire ou non.

 

Passons maintenant à des blagues plutôt tournées vers les références culturelles.

Ces blagues, contrairement aux blagues purement linguistiques, ne reposent pas nécessairement sur la langue mais plutôt sur des connaissances culturelles. Le défi dans la traduction de ce genre de blagues, c’est de ne pas perdre son public avec une référence qu’il ne comprendrait pas, tout en évitant d’alourdir le texte avec des notes de bas de page visant à l’expliquer. Le principal problème de la note de bas de page dans ce cas-là, c’est qu’elle peut distraire le public qui par conséquent n’aura pas suivi la blague. La meilleure solution semble donc de trouver une traduction qui comprend une allusion compréhensible pour le public cible.

Voyons deux exemples :

Q: What do you have if you’re 16.5 feet into the Twilight Zone?

A: One Rod Serling!

Cette blague nécessite deux connaissances culturelles :

  • 1 rod (1 perche) = 16.5 feet (16,5 pieds)
  • Rod Serling = réalisateur de la série La Quatrième dimension (The Twilight Zone en anglais)

Double difficulté donc pour la traduction, avec en plus un jeu de mots entre « rod » (« perche ») et Rod. Si le public cible connaît suffisamment la culture anglo-saxonne, il est envisageable de ne pas traduire « rod » par « perche » et de le conserver tel quel, comme c’est parfois le cas pour d’autres mesures comme les miles ou les feet. Mais encore faut-il que le public connaisse aussi la série et son réalisateur.

Autre exemple, cette fois-ci tiré du film d’animation Les Mondes de Ralph :

Original Doublage français (France) Doublage français (Québec)
S: “You wouldn’t hit a guy with glasses, would you?”

*Ralph prend les lunettes de Sa Sucrerie et le frappe avec*

S: “You hit a guy with glasses. Well played.”

S : « Vous n’oseriez pas frapper un binoclard ? »

[…]

S : « Vous avez frappé un binoclard. Alors ça, c’est bien joué ! »

S : « Tu vas pas frapper un gars avec des lunettes, non ? »

[…]

S : « Oui, tu as frappé un gars avec des lunettes, c’est très bien joué ! »

Dans cette scène, la blague repose sur le fait que Ralph prend la réplique de Sa Sucrerie au pied de la lettre et le frappe avec ses lunettes. Jeu de mots qui a été conservé dans la version québécoise, mais pas dans la version française. Mais ce n’est pas tout, puisque j’ai également appris en rédigeant ce billet que cette réplique était en fait une référence à Batman qui fait la même réflexion dans le film de 1989 (comme quoi, les références culturelles, ça ne parle pas à tout le monde). La traduction française ne retransmet donc ni le jeu de mots, ni la référence, étant donné que cette dernière avait été traduite par « tu frapperais pas un type avec des lunettes ». On sait évidemment que le doublage présente des contraintes supplémentaires, mais puisque la version québécoise a su conserver le jeu de mots (et potentiellement la référence ?), on se demande ce qui a poussé les traducteurs/trices à laisser de côté ces deux aspects de la réplique. Dans la version française, on cherche encore la chute…

 

En conclusion, l’humour n’est pas universel et sa traduction nécessite un certain nombre d’adaptations. Chaque langue est différente et possède une phonologie propre qui peut rendre certains jeux de mots « intraduisibles ». Les différences culturelles entre deux pays peuvent mener à une compréhension si l’humour repose une référence populaire ou historique propre à un pays. Enfin, ces mêmes différences font que l’humour n’est simplement pas le même d’un pays à l’autre et que même si à priori nous possédons tous un sens de l’humour, nous ne ne rions pas tous des mêmes choses, ni de la même façon. Il existe cependant plusieurs stratégies pour contrer ces barrières, mais traduire l’humour nécessite toujours une certaine dose de créativité.

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Bibliographie :

Day Translations. “Why Humor Is The Hardest Thing To Translate.” Day Translations Blog, Day Translations, 5 Apr. 2017, www.daytranslations.com/blog/2016/09/why-humor-is-the-hardest-thing-to-translate-7902/.

Hoffman, Jascha. “Me Translate Funny One Day.” The New York Times, The New York Times, 19 Oct. 2012, www.nytimes.com/2012/10/21/books/review/the-challenges-of-translating-humor.html.

“Pun.” Merriam-Webster, Merriam-Webster, www.merriam-webster.com/dictionary/pun.

“Translation Of A Pun.” Learn Fun Facts, 3 Nov. 2018, learnfunfacts.com/2018/10/29/translation-of-a-pun/.

“Blague De Papa.” Wikipedia, Wikimedia Foundation, 9 Sept. 2018, fr.wikipedia.org/wiki/Blague_de_papa.

oasisnotizie, Noel Gallagher. “(Sottot. ITA) Noel Gallagher Super Intervista 1° Maggio 2015 Alan Carr Chatty Man.” YouTube, YouTube, 24 May 2015, www.youtube.com/watch?v=xv2qN7caCz0.

http://staff.uny.ac.id/sites/default/files/132310009/Translating%20Jokes%20by%20Abe.pdf

Hoffman, Jascha. “Me Translate Funny One Day.” The New York Times, The New York Times, 19 Oct. 2012, www.nytimes.com/2012/10/21/books/review/the-challenges-of-translating-humor.html.

“Missing The Joke: Why Humor Doesn’t Translate.” ULG, 17 Aug. 2018, unitedlanguagegroup.com/blog/why-humor-does-not-translate/.

Spencer, Clark. Wreck-It Ralph. Walt Disney Studios, 2012.

Varga, Dražen. English Loanwords in French and Italian Daily Newspapers. Thesis. Faculty of Humanities and Social Sciences University of Zagreb, 2011. Print.

 

[1]  Varga, Dražen. English Loanwords in French and Italian Daily Newspapers.

La traduction : avec ou sans diplôme ?

Par William Brouilly, étudiant M1 TSM

 

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Vous est-il déjà arrivé de regarder votre série préférée avec les sous-titres ? Si oui, vous avez dû remarquer que ceux-ci sont souvent de piètre qualité. Anglicismes, calques, faux-sens, j’en passe et des meilleurs. Mais cela est-il vraiment étonnant lorsqu’on tombe, sur Facebook, sur des « offres d’emploi » de traduction destinées à n’importe qui pouvant construire une phrase simple du type « Brian is in the kitchen » ? Ce genre de pratiques soulève de nombreuses questions, dont une en particulier : est-il réellement utile de suivre une formation de traducteur ?

Étant étudiant en master de traduction, je pencherais plutôt pour le « oui ». En effet, au-delà du simple transfert linguistique, la traduction est un service qui consiste à transmettre un message, une idée, et cela constitue une tâche plus compliquée qu’il n’y paraît. Il faut d’abord comprendre toutes les subtilités du texte source et déterminer comment les rétablir dans la langue cible, chose qu’un locuteur avec un niveau moyen n’arrivera pas forcément à faire.

Un autre billet de blog, publié quant à lui sur le blog de l’université de Rennes 2, adopte une approche par point de vue. Autrement dit, du point de vue du client, un diplôme en traduction n’est pas absolument nécessaire tant que vous pouvez justifier de bonnes compétences en langues et que vous avez bonne réputation. Cependant, du point de vue d’un professionnel de la traduction, une formation en traduction apporte des méthodes de travail ainsi qu’une certaine rigueur, et permet également de travailler son style.

Il n’est donc pas impossible de devenir traducteur sans diplôme. Le métier de traducteur étant une profession non réglementée, n’importe qui peut se déclarer traducteur. Bon nombre de traducteurs ont commencé en travaillant dans des domaines complètement différents, tels que la médecine ou le droit par exemple, et, grâce à de bonnes capacités en langues et une parfaite connaissance de la terminologie du domaine en question, se sont par la suite lancés comme traducteurs.

Comme mentionné auparavant, la réputation est clé. Prenons comme exemple le cas de Cloé, traductrice indépendante ayant fait l’objet d’un article dans L’Obs. N’ayant aucun diplôme hormis le bac, cette dernière s’est lancée en tant qu’indépendante avec pour seuls arguments ses compétences en langues et sa volonté, et comme elle l’indique, ce sont les retours des clients qui lui permettent de se créer une bonne réputation et de décrocher des contrats.

Au sein de ma promo, un de mes camarades de classe a déjà travaillé en tant que traducteur sans avoir suivi de formation en traduction. En effet, après avoir décroché sa licence en langues étrangères appliquées, il a travaillé comme traducteur pour le groupe Auchan, où il traduisait des documents allant de la newsletter à des documents projet de 100 pages, en passant par des présentations PowerPoint. Le groupe ne possédant pas de service traduction, il effectuait les traductions seul tout en travaillant en étroite collaboration avec le service communication.

Il admet qu’au début, la tâche n’était pas aisée, notamment à cause de la terminologie. « L’obstacle principal que j’ai rencontré a été celui de la terminologie. Je me posais beaucoup de questions sur ce qui devait être traduit ou non, où obtenir l’information. »

Selon lui, une formation en traduction présente de nombreux avantages. « Je pense qu’il faut une formation universitaire pour adopter les bons réflexes en termes de rigueur, de terminologie, de localisation. Cela nous prépare à l’excellence, tout en ayant le droit de se tromper dans un environnement sûr et sans enjeux majeurs. » Il précise également qu’une formation permet aussi d’éviter de passer à côté de certains contrats et de se former une mauvaise réputation « parce que la terminologie n’était pas précise ou que l’orthographe était insuffisante, par exemple ».

Pour conclure, un diplôme n’est pas obligatoire pour exercer en tant que traducteur, et de très bonnes capacités en langues peuvent suffire. Toutefois, suivre une formation en traduction permet d’acquérir de solides méthodes de travail et de viser un niveau de qualité proche de la perfection, des éléments essentiels pour se forger une bonne réputation auprès des clients.

 

Bibliographie :

Ellis S. « Diplôme de traduction : indispensable ou superflu ? ». In : Veille CFTTR [En ligne]. 2016. Disponible sur : < https://www.sites.univ-rennes2.fr/lea/cfttr/veille/2016/02/29/diplome-de-traduction-indispensable-ou-superflu/ >

Brouze E. « Cloé, traductrice en ligne : “Je suis passée de très pauvre à plutôt riche” ». In : L’Obs [En ligne]. 2016. Disponible sur : < https://www.nouvelobs.com/rue89/rue89-travail-au-corps/20160501.RUE9643/cloe-traductrice-en-ligne-je-suis-passee-de-tres-pauvre-a-plutot-riche.html >

 

Portrait et réflexions de Gwenaëlle Diquelou, traductrice à la DGT

Par Loréna Abate, étudiante M1 TSM

 

Dans le cadre d’une visite à la DGT, le service de traduction bruxellois de la Commission européenne, j’ai eu la chance de rencontrer Gwenaëlle Diquelou, traductrice qui a assisté à la révolution numérique de son métier tout au long de sa carrière. Voici un résumé de l’échange que nous avons eu au sein des locaux, une agréable discussion que nous avons ensuite approfondie lors d’un appel téléphonique. Je remercie infiniment Gwenaëlle pour sa disponibilité et sa bienveillance.

GDiquelouGwenaëlle Diquelou, traductrice à la DGT

 

Pourriez-vous vous présenter et nous résumer votre parcours professionnel ?

Je m’appelle Gwenaëlle Diquelou, je suis française d’origine bretonne. J’ai commencé ma carrière dans les institutions européennes en 1993. J’ai en effet travaillé un peu plus d’un an dans une agence décentralisée, le Cedefop (Centre européen pour le développement de la formation professionnelle) installée à Berlin, agence qui a ensuite déménagé en Grèce et que j’ai décidé de ne pas suivre.

J’ai été lauréate d’un concours et j’ai ainsi pu être nommée à Bruxelles, à la Direction générale de la traduction. Cette dernière occupe deux sites : une partie du service basée à Bruxelles, l’autre au Luxembourg. J’ai toujours travaillé à Bruxelles, et mes langues de travail sont essentiellement l’anglais et l’allemand, vers le français.

Pour résumer ma carrière, j’ai quasiment toujours occupé un poste de traductrice. J’ai cependant mis ce métier entre parenthèses il y a une dizaine d’années afin de me consacrer pendant un an à ce que l’on appelle de “l’Editing”. Au lieu de traduire vers le français, j’étais cette fois-ci chargée d’améliorer la qualité de textes originaux essentiellement anglais, avant que ceux-ci soient envoyés à la DGT. Il faut en effet savoir que les personnes qui rédigent les textes législatifs à la Commission ne sont pas nécessairement des “natifs” anglais. Je m’occupais donc de textes originaux rédigés dans ma langue maternelle, le français.

Malheureusement avec le temps, de moins en moins de textes étaient rédigés en français, et le travail commençait à manquer. Je suis alors rapidement revenue à un poste de traductrice.

Cette « parenthèse professionnelle » vous a-t-elle plu ?

Oui, beaucoup. Ce qui est intéressant à la DGT, c’est que l’on est deux-mille personnes si l’on regroupe l’ensemble des services. Ainsi, il est possible de varier les fonctions assez facilement au gré des restructurations, etc. Actuellement, il existe quatre unités divisées par thématiques : je travaille personnellement pour la DG ciblée sur l’agriculture, la pêche, l’environnement, le climat…

À mes débuts de carrière à la DGT, malgré un profil assez généraliste aujourd’hui, j’ai été spécialisée pendant une dizaine d’années dans le domaine des affaires de concurrence : cartels, ententes sur les prix, aides publiques… J’ai notamment participé à la traduction de la décision Microsoft, un dossier de huit-cents pages qui s’avérait crucial politiquement, à l’époque…

Je suis contente d’avoir cette opportunité de “changements réguliers”, car avec le temps, une certaine routine s’installe. Il peut y avoir une certaine monotonie à traduire et réviser quotidiennement. C’est pour cette raison que j’apprécie également faire un peu de terminologie, de formation… Au niveau humain, il est particulièrement agréable de pouvoir échanger avec de nouvelles personnes dans le cadre de notre travail au fur et à mesure de notre carrière.

Comment se passe donc une de vos journées traditionnelles à la DGT, actuellement ?

Eh bien, on lance les applications de notre service dans lesquelles sont listées l’ensemble de nos tâches journalières et hebdomadaires. Je me vois tout de même fréquemment interrompue par des “urgences” qui s’avèrent généralement être des communiqués de presse à traduire dans les meilleurs délais.

Avec le Brexit par exemple, on est régulièrement confrontés à des appels et des documents, ce qui coupe la routine d’une certaine manière. Notre mission est également de savoir intercaler ces urgences avec le reste des documents à traduire.

Par ailleurs, il est extrêmement rare que l’on n’ait “rien à faire” à la DGT. Les effectifs diminuent depuis plusieurs années maintenant. En effet, les professionnels qui partent à la retraite ne sont plus remplacés. Le mot d’ordre aujourd’hui, c’est donc de “faire plus avec moins”. Il n’est pas rare non plus que les huit heures de travail journalières ne soient pas suffisantes.

Consacrez-vous autant de temps à la traduction qu’à la révision ?

Tout le monde traduit, tout le monde révise, y compris les jeunes fonctionnaires. Certains traducteurs en fin de carrière estiment cependant avoir suffisamment traduit et préfèrent se consacrer pleinement à la révision. Personnellement, j’aime faire les deux.

 

Les effets de la révolution numérique sur le métier de traducteur

Pourriez-vous détailler de façon chronologique toutes les évolutions en matière de technologies auxquelles vous avez dû vous adapter au cours de votre carrière ? Comment les avez-vous vécues  ?
Y’a-t-il des aspects du métier disparus qui aujourd’hui vous manquent ?
Et enfin, considérez-vous le métier de traducteur comment étant devenu réellement plus facile et accessible aujourd’hui, ou bien simplement moins contraignant ?

Lorsque j’ai commencé ma carrière en 1987 pour l’armée française en République fédérale d’Allemagne, je travaillais sur papier, avec un crayon, et je confiais mes textes à une secrétaire qui tapait ma traduction sur une machine qui affichait des lignes à cristaux liquides… vraiment artisanal en somme.

Par la suite, je suis partie en Suisse au début des années 1990 dans une institution internationale du domaine bancaire. C’est à cette époque que l’on a commencé à travailler sur ordinateur.

Lorsque je suis ensuite arrivée au Cedefop à Berlin, puis en 1995 à la Direction générale de Bruxelles, on utilisait déjà les logiciels de traitement de texte. Certains traducteurs tapaient leur texte, d’autres les dictaient sur cassettes pour ensuite être rédigés par les secrétaires. Je ne l’ai personnellement jamais fait, peu à l’aise avec cette méthode, et maîtrisant relativement bien la dactylographie.

J’ai donc vécu l’arrivée du grand Internet dans ma vie professionnelle. On a eu à peine le temps d’apprendre à l’utiliser qu’il arrivait déjà dans nos bureaux. Cette nouveauté a réellement été une révolution, peu habile au début pour un traducteur, notamment pour la consultation de références, de ressources… On avait en effet l’habitude d’aller consulter les encyclopédies et les fiches terminologiques dans la bibliothèque de la DGT.

En y repensant, il est difficile de me souvenir de mon ressenti de l’époque. On suivait tout simplement le mouvement, et l’on était surtout très curieux de savoir si tout cela allait réellement nous simplifier la tâche.

Ce que l’informatique a permis de développer, c’est notamment le Workbench, un logiciel de gestion et d’administration de bases de données qui nous a permis de constituer les premières mémoires de traduction. Pour la DGT, c’était un très grand pas. En effet, beaucoup de documents sont assez redondants et peuvent ainsi être “recyclés”.

À titre d’exemple, les processus de décisions législatives à la Commission européenne sont souvent très longs. La création d’un règlement passe par de multiples intervenants (le Conseil, le Parlement, etc.) donc il existe toujours quelque chose qui a préalablement été traduit, on ne part jamais de rien lors d’une traduction. À l’époque, afin de constituer les “mémoires de traduction”, il fallait en réalité effectuer des recherches dans les journaux officiels, en vérifier la traduction, etc. un processus relativement laborieux. Les mémoires de traduction nous ont donc permis de travailler de manière beaucoup plus confortable, bien que je ne me sois jamais considérée comme une “geek de l’informatique”.

On a dû apprendre seuls à se servir des outils, par exemple la première version d’IATE, la base de données terminologique de l’Union européenne, qui était déjà présente.

Il ne m’arrive presque plus d’utiliser des dictionnaires papier aujourd’hui, mis à part un dictionnaire bilingue anglais-français créé par un ancien traducteur du Conseil, qui est extrêmement bien fait.

Sont alors arrivés les systèmes de traduction automatique, qui étaient tout bonnement catastrophiques à leurs débuts. À la DGT, nous “pouvions” utiliser la première version de Systran, qui nous faisait franchement rire. On ne s’en servait bien évidemment jamais, tant les résultats étaient médiocres.

Cela fait quelques années que la traduction automatique de type statistique est apparue. Elle s’avère bien plus performante et il est possible de l’utiliser en complément de nos bases. C’est un saut qualitatif sans précédent. On a beaucoup investi dans la programmation de ces outils, dans l’élaboration automatique de corpus…

Récemment, un pas de plus a été franchi avec l’émergence de l’intelligence artificielle. Le système de traduction automatique basé sur l’intelligence artificielle représente selon moi la version améliorée de la traduction automatique statistique.

Je suis littéralement passée du crayon à papier au simple clic qui est capable de traduire à ma place. Bien évidemment, il faut nuancer ces propos. Mais étant en fin de carrière, c’est là que je considère la vraie révolution du métier avec, je pense, de remarquables possibilités, mais aussi des contraintes nouvelles.

Lors d’une récente assemblée générale, j’ai pu assister à un panel consacré à l’avenir du métier de traducteur. Un intervenant provenant de l’industrie de la traduction y avait été invité et nous a résolument rassurés. Cette personne a insisté sur le fait que les entreprises du marché de la traduction veulent aujourd’hui des traducteurs experts et capables de retranscrire l’essence d’un texte source dans une langue cible, avec toutes ses subtilités, chose que la technologie n’est pas près de savoir faire, aussi perfectionnée soit-elle.

Il voulait dire par là que le cœur du métier, lui, n’a pas changé. On peut concevoir que dans certaines parties du marché, la traduction automatique pourrait éventuellement suffire, mais certainement pas pour de grandes institutions telles que la nôtre ou de grandes entreprises.

Il est vrai que pour certains textes très techniques où la phraséologie ne prime pas, cet outil peut s’avérer merveilleux et d’une grande aide, à condition que la machine soit au point et que les ressources et données soient fiables. Cependant, malgré ce gain de productivité, notre cerveau, lui, dispose des mêmes limites qu’il y a trente ans. La machine nous remplace sur les choses répétitives et sans intérêt pour nous, afin de pouvoir se concentrer sur les tournures les plus complexes qui requièrent du temps et de la réflexion. On ne peut exclusivement se fier à la traduction automatique en cas de panne d’inspiration. L’intelligence artificielle donne en effet cette illusion de perfection en raison de la fluidité du texte parfois déconcertante.

Finalement, cela demande une intelligence et une vigilance accrue, la traduction automatique pouvant causer des erreurs qu’un traducteur humain ne pourrait pas commettre. En effet parfois, lorsque je relis certains collègues qui utilisent la traduction automatique, je vois les pièges. Des mots ou des phrases peuvent être omis, ou ajoutés ! Je trouve essentiel de creuser ces questions et de former la nouvelle génération en prenant en considération tous ces enjeux.

Vous épanouissez-vous autant qu’avant dans votre travail ?

D’une manière générale, je suis de nature très optimiste et pragmatique. J’ai vécu des périodes plus difficiles que d’autres. Après vingt ans de métier, je commençais à fatiguer de cette routine, d’où ma petite parenthèse dans l’Editing. Mais d’une manière générale, je ne suis pas pressée de prendre ma retraite. J’estime que j’ai encore beaucoup à apprendre, et je vois l’arrivée de la révolution numérique et de l’intelligence artificielle dans mon métier comme une nouveauté qui est passionnante.

Si l’on me demandait quelle devrait être la principale qualité d’un traducteur, je répondrais la curiosité. Je suis curieuse de voir les futures métamorphoses, et cela donne beaucoup de « peps » à ma carrière. Certains de mes collègues sont plus méfiants et réticents, et ont tendance à penser que « c’était mieux avant ». D’autres se sentent limités dans leur créativité à cause des mémoires de traduction et de la traduction automatique. Je ne suis pas du tout de cet avis, car la traduction administrative ne représente pas un travail de création.

Si les traducteurs littéraires sont des auteurs, je me considère plutôt comme une artisane. Lorsque l’on traduit par exemple un règlement sur les droits d’auteurs, il faut davantage faire preuve de cohérence et de rigueur que de créativité.

Pour conclure, notre marge se resserre certes, mais l’on doit pouvoir prouver que l’on est aussi utile à la machine qu’elle l’est pour nous. Je trouve cela très stimulant, je répondrais donc oui, je suis toujours épanouie, différemment. Jusqu’à la fin, j’aurai à m’adapter pour en tirer le meilleur parti pour moi et pour mon bienêtre au travail.

Comment bien remplir son dossier de candidature pour le Master TSM : quelques conseils

Par Rudy Loock, responsable du Master TSM

Startup Stock Photos

 

Le dossier de candidature pour accéder au Master TSM n’est pas un dossier long ou complexe à remplir, mais il importe de bien le remplir, en fournissant toutes les informations pertinentes et en présentant ces informations de la façon la plus efficace possible. La période de candidature est par définition une période d’incertitude et donc de stress pour les étudiant.e.s, et il importe d’éviter les faux-pas en prenant le plus grand soin lors de la préparation de votre candidature. Vous trouverez ci-dessous quelques conseils afin de vous aider à remplir le dossier et à préparer les pièces justificatives à joindre le mieux possible. Il ne s’agit là que de conseils et non d’instructions à suivre à la lettre.

 

CandidaturesTSM

 

  • Saisie en ligne de votre candidature : le dossier est à remplir en ligne à partir d’un portail mis en place par l’Université de Lille (eCandidat) [Attention : disponible une fois la campagne ouverte uniquement ; cette année la saisie du dossier en ligne se fait entre le 24 avril 2019 et le 20 mai 2019, il n’y a plus de dossier papier à envoyer]. Prenez votre temps, et n’oubliez aucune information susceptible de valoriser votre dossier. En particulier :
    • Indiquez bien chaque langue étrangère que vous maîtrisez : l’anglais ainsi que la langue B choisie pour intégrer le master TSM, mais aussi toute autre langue que vous maîtrisez, que celle-ci fasse partie des langues proposées par le master ou non, qu’elle soit européenne ou non. Votre intérêt pour les langues est un atout important. Pensez également à indiquer ces langues avec le niveau correspondant, dans le cadre européen si possible.
    • Expérience professionnelle/Stages : soyez précis dans les informations que vous saisissez (nom de l’entreprise, dates, durée).
    • Séjours à l’étranger : ne mentionnez que les séjours longs (une semaine de vacances à Londres ou à Berlin n’est pas un séjour linguistique).

 

ecandidat

 

  • Pièces à joindre au dossier :
    • Lettre de motivation : elle doit être rédigée dans un français impeccable. Pensez donc à vérifier soigneusement l’orthographe, la grammaire, et le style, sans oublier la ponctuation ; n’hésitez pas à vous faire relire. Évitez également les phrases toutes faites et les clichés (en particulier ceux que l’on trouve dans les soi-disant « modèles » sur internet…), tout en étant concis (1 page et demie doit suffire). Expliquez votre parcours et les raisons pour lesquelles vous souhaitez intégrer le Master TSM. Au préalable, pensez à (re)lire la plaquette d’informations du Master TSM, à consulter notre site internet, afin de pouvoir faire référence au contenu de la formation de façon pertinente ; ainsi inutile de faire état de votre souhait de devenir interprète ou traducteur littéraire dans la mesure où le Master TSM ne forme pas à ces métiers. Montrez que vous savez pourquoi vous postulez pour cette formation.
      S’il est déjà connu, exposez votre projet professionnel. Intégrez également toute autre information qui apporterait un éclairage important sur le contenu de votre dossier (interruption de vos études, absence de notes pour une partie de votre parcours, impossibilité de participer au test de vérification des acquis ou à l’entretien…). Évitez les lettres générales jointes à toutes vos candidatures en master : elles sont souvent impersonnelles et ne reflètent aucunement votre motivation pour un programme de master en particulier.
      Si vous décidez de rédiger votre lettre de motivation sur ordinateur, veillez à ce que la mise en page soit impeccable et que les normes typographiques soient respectées. Si vous la rédigez de façon manuscrite, veillez à ce que votre écriture soit lisible et que la présentation générale soit soignée, aérée, avec des marges suffisantes.
    • Curriculum Vitae : il doit être en français, détaillé tout en étant synthétique, et contenir toutes les informations susceptibles d’être pertinentes pour votre dossier, à savoir votre formation scolaire et universitaire, votre expérience professionnelle le cas échéant, les langues que vous maîtrisez, vos compétences en informatique, les séjours longs effectués à l’étranger… Comme pour la lettre de motivation, la qualité de français doit être optimale : relisez vous et faites vous relire.
      N’hésitez pas à intégrer des informations non directement liées au monde universitaire, mais qui valoriseront votre candidature : activités sportives ou artistiques, expériences de bénévolat, engagement associatif… D’une manière générale, pensez à inclure toutes les informations susceptibles de valoriser votre candidature, comme les mentions obtenues, les bourses au mérite dont vous avez bénéficié, la participation à des projets spécifiques, etc. Tout en étant concis.e, n’omettez donc aucune information susceptible de vous faire sortir du lot.
      N’hésitez pas à indiquer les liens vers vos comptes sur les réseaux sociaux (préalablement « nettoyés » !) susceptibles de valoriser votre candidature (pages LinkedIn, Viadeo ; comptes Twitter ou autres…). De même, si vous tenez/contribuez régulièrement à un blog, n’hésitez pas à le mentionner.
      S’agissant de la présentation générale du CV, évitez les couleurs, images, polices originales, etc. qui donneraient au document un aspect non professionnel. Privilégiez la simplicité et la sobriété, tout en étant le plus complet possible.
    • Relevés de notes : ils doivent être détaillés. Des relevés ne fournissant uniquement vos moyennes au semestre ou à l’année ne suffisent pas ; chaque Unité d’Enseignement (UE), mais aussi chaque élément constitutif d’UE doit apparaître, notamment les enseignements de langues et de traduction (vous pouvez d’ailleurs surligner ces éléments afin d’améliorer leur visibilité). L’absence de notes détaillées entraînera le rejet de la candidature. Si vous avez passé un semestre ou plus à l’étranger, vous devez de la même manière fournir la liste précise des enseignements que vous avez suivis et validés ; si leurs intitulés sont en langue étrangère, pensez à en fournir la traduction en français.
      Si vous êtes issu.e d’une formation qui n’est pas une formation LEA avec néanmoins deux langues étrangères de travail (comme une formation LLCER par exemple tout en ayant suivi des enseignements concernant une seconde langue), veillez à bien faire apparaître les enseignements relatifs à la seconde langue que vous souhaiteriez étudier au sein du Master TSM.
      Les relevés attendus sont ceux du S1 au S6. Si vous êtes en S6 au moment du dépôt du dossier et que votre relevé de notes du S6 n’est pas encore en votre possession, les relevés du S1 au S5 suffiront.
    • Certifications en langues : si vous êtes issu.e d’une formation qui n’est pas une formation en LEA et si votre parcours de licence ne contient pas d’enseignements validés et évalués pour les deux langues demandées ou l’une des deux, alors il vous faut pouvoir justifier votre niveau à l’aide de documents autres que les relevés de notes. Pour cela, il vous faut joindre à votre dossier toute certification extérieure que vous auriez passée : par exemple, le TOEIC pour l’anglais, un CLES, un test eLAO auprès du Centre de Ressources en Langues de votre université d’origine, etc. L’absence de justificatifs de niveau pour les deux langues demandées (anglais+langue B) entraînera systématiquement le rejet de la candidature. NB : un séjour long à l’étranger n’est pas un justificatif de niveau.
    • Certifications en informatique : n’hésitez pas à joindre à votre dossier tout justificatif relatif à vos compétences en informatique (B2i, C2i, ou autres) si vous avez cela en votre possession (non obligatoire). Ces compétences sont en effet attendues au sein du Master TSM. Si vous maîtrisez des logiciels ou des outils en ligne en lien avec la traduction et/ou la gestion de projets, soyez précis.e en mentionnant les noms et les versions de ces outils informatiques (ex : SDL Studio 2019, Microsoft Office 2016, Adobe CS6…).dartboard target aim goal achievement concept

 

  • Autres remarques :
    • Anticipez la saisie et l’envoi de votre dossier, n’attendez pas la dernière minute. Pour la campagne 2019, après le 20 mai 18 heures, vous ne pourrez plus saisir votre candidature en ligne.
    • Choisissez une adresse électronique sérieuse : évitez les grenouilledu59@xxxx.fr ou superhero@xxx.com que l’on trouve si souvent. Placez vous d’ores et déjà dans une optique professionnelle et privilégiez les adresses du type prénom.nom@xxxx.fr.
    • Organisez vos pièces justificatives en regroupant les documents de même type et en nommant clairement les fichiers (ex. : NOM_CV, NOM_relevé de notes L1).  Tout ceci en facilitera la lecture et permettra au jury de trouver facilement les informations recherchées.
    • Ce n’est pas l’épaisseur du dossier qui compte ; évitez donc de le « remplir » en y insérant tous les documents en votre possession sans que leur présence soit justifiée (ainsi, il n’est pas utile de joindre une copie du diplôme du brevet des collèges ou du permis de conduire).
    • Une grande rigueur étant attendue en Master TSM, veillez à soigner la présentation générale de votre dossier, en évitant les ratures, les documents chiffonnés, cornés, tachés, ou encore mal scannés.

 

Il ne nous reste plus qu’à vous souhaiter bon courage pour la compilation de votre dossier ! A bientôt ! ;o)

 

Traduire Trump

Par Gauthier Menin, étudiant M1 TSM

 

Beaucoup d’encre a déjà coulé concernant les difficultés des traducteurs et interprètes à traduire les propos du président américain Donald Trump.

Ils représentent régulièrement un défi pour les traducteurs du monde entier pour diverses raisons que nous allons évoquer ci-dessous. En ce qui concerne les traducteurs français, l’un des derniers défis en date fut de traduire les commentaires inappropriés du président américain à l’égard de la première dame française, Brigitte Macron, alors qu’il était en visite en France pour le 14 juillet. Inquiets de la réaction des lecteurs, les traducteurs français éprouvèrent quelques difficultés à trouver le mot juste afin d’exprimer l’idée de « in such good physical shape! ».

Voyons quelques exemples de ce que la presse a publié au lendemain de cet événement :

Traduction Source
« Vous êtes en si bonne forme ». Le Parisien
« Elle est drôlement bien conservée ! » Slate
« Vous êtes en super forme, magnifique » Ouest France
« Vous êtes en grande forme, vous savez. Magnifique » Le Monde

On peut noter un consensus autour de l’idée d’être en forme, mais l’on peut aussi noter le ton drastiquement différent de la version de Slate. Peut-on néanmoins dire qu’il s’agisse d’une mauvaise traduction ?

Il n’est cependant pas évident de savoir s’il est préférable de traduire les propos de Donald Trump fidèlement ou s’il serait préférable de modifier le registre et diluer la source. Par exemple, il serait intéressant de savoir comment “Little Rocket Man”, le nom qu’utilise Donald Trump pour désigner Kim Jong-un, est traduit par les traducteurs nord-coréens. Cependant, cette information est restée élusive malgré mes recherches.

Il existe donc deux écoles, celle de ceux qui préfèrent rester le plus fidèles aux propos du président en prenant le risque de choquer. Puis, celle de ceux qui pensent qu’il est préférable d’adapter. Mais l’adaptation des propos d’un homme, quel qu’il soit, ne vient-elle pas tronquer la perception que l’on a de lui ?

La difficulté du point de vue

Afin de traduire un document le plus fidèlement et le plus justement possible, il faut que le traducteur soit en mesure de se mettre à la place de l’auteur, comprendre ce qu’il a voulu dire et ce qu’il a imaginé. Cette tâche peut s’avérer particulièrement ardue lorsqu’il s’agit de l’actuel locataire de la Maison Blanche pour plusieurs raisons.

Le travail du traducteur est de communiquer les propos d’un locuteur tels qu’ils sont, sans tenir compte des mensonges ou des insultes que le locuteur profère. Il faut donc mettre de côté les émotions personnelles et devenir l’auteur. Cependant, contenir son jugement sur ce qui est bien ou mal est quelque chose de très difficile à faire.

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Trump, Donald (@realDonaldTrump). « It’s really cold outside, they are calling it a major freeze, weeks ahead of normal. Man, we could use a big fat dose of global warming! » (Il fait très froid dehors, on parle d’une vague de froid, des semaines en avance. Nous aurions bien besoin d’une bonne dose de réchauffement climatique) 19 octobre 2015, 6 h 30 EST

 

Nul n’ignore que les célèbres Tweets du président regorgent d’allégations douteuses. Au-delà de cela, un discours politique doit absolument rester neutre et dénué de toute provocation si le message doit être communiqué à d’autres cultures.

Lorsque l’on s’intéresse à la manière dont Donald Trump nomme Kim Jong-un, on s’aperçoit très vite du ton provocateur et non sans danger des deux dirigeants.

Comme évoqué précédemment, Donald Trump se plaît à nommer Kim Jung-un “little Rocket man” (le petit homme fusée), “a madman” (un fou), “short and fat” (petit gros), mais aussi “a maniac” (un fou) :

“And nobody ever mentions North Korea where you have this maniac sitting there and he actually has nuclear weapons and somebody better start thinking about North Korea and perhaps a couple of other places. But certainly North Korea.” 

— Donald Trump, lors d’un débat présidentiel républicain

 

Cependant, les réponses du leader nord-Coréen ne sont pas en reste comme le montre cet exemple tiré d’un communiqué en réaction au “Little Rocket man” de Donald Trump :

“A frightened dog barks louder.”

I will surely and definitely tame the mentally deranged U.S. dotard with fire.”

— Kim Jung-un, en réponse aux menaces du président Trump

 

Notons tout de même que le franc-parler de Donald Trump n’épargne personne.

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Pour cette raison, certains traducteurs décident de censurer les remarques du président ou de les reformuler en quelque chose de plus acceptable. Cependant, la manière dont un traducteur traduit Trump peut mener à trahir son opinion.

Les propos violents et provocateurs de Donald Trump peuvent aller à l’encontre de l’éthique personnelle de beaucoup de traducteurs et interprètes.

Alors, quelle est la légitimité des traductions de propos de Donald Trump ? Cette question de légitimité des traductions est beaucoup plus large que cela et ne se limite pas aux propos du président américain, mais la difficulté qu’éprouvent les traducteurs avec Donald Trump met en exergue un problème bien plus large.

 

Bibliographie

« Elle est drôlement bien conservée ! »: Ce que Trump a vraiment dit à propos de Brigitte Macron | Slate.fr . https://www.slate.fr/story/148563/elle-est-drolement-bien-conservee-brigitte.
« Le compliment de Donald Trump à Brigitte Macron », 14 juillet 2017. https://www.lemonde.fr/international/article/2017/07/14/le-compliment-de-donald-trump-a-brigitte-macron_5160348_3210.html.
« Le compliment très appuyé de Donald Trump à Brigitte Macron – La Parisienne ». http://www.leparisien.fr/laparisienne/actualites/le-compliment-tres-appuye-de-donald-trump-a-brigitte-macron-14-07-2017-7133688.php.
« Translaterealdt ». https://twitter.com/translaterealdt.
Trump, Donald J. « Being Nice to Rocket Man Hasn’t Worked in 25 Years, Why Would It Work Now? Clinton Failed, Bush Failed, and Obama Failed. I Won’t Fail. » Tweet. @realdonaldtrump (blog), 1 octobre 2017. https://twitter.com/realdonaldtrump/status/914565910798782465.
« I Spoke with President Moon of South Korea Last Night. Asked Him How Rocket Man Is Doing. Long Gas Lines Forming in North Korea. Too Bad! » Tweet. @realDonaldTrump (blog), 17 septembre 2017. https://twitter.com/realDonaldTrump/status/909384837018112000?ref_src=twsrc%5Etfw%7Ctwcamp%5Etweetembed%7Ctwterm%5E909384837018112000&ref_url=https%3A%2F%2Fwww.cnn.com%2F2017%2F09%2F22%2Fpolitics%2Fdonald-trump-north-korea-insults-timeline%2Findex.html.
« Just Heard Foreign Minister of North Korea Speak at U.N. If He Echoes Thoughts of Little Rocket Man, They Won’t Be around Much Longer! » Tweet. @realdonaldtrump (blog), 23 septembre 2017. https://twitter.com/realdonaldtrump/status/911789314169823232.
« Kim Jong Un of North Korea, Who Is Obviously a Madman Who Doesn’t Mind Starving or Killing His People, Will Be Tested like Never Before! » Tweet. @realDonaldTrump (blog), 22 septembre 2017. https://twitter.com/realDonaldTrump/status/911175246853664768.
« North Korean Leader Kim Jong Un Just Stated That the “Nuclear Button Is on His Desk at All Times.” Will Someone from His Depleted and Food Starved Regime Please Inform Him That I Too Have a Nuclear Button, but It Is a Much Bigger & More Powerful One than His, and My Button Works! » Tweet. @realDonaldTrump (blog), 2 janvier 2018. https://twitter.com/realDonaldTrump/status/948355557022420992.
« The Chinese Envoy, Who Just Returned from North Korea, Seems to Have Had No Impact on Little Rocket Man. Hard to Believe His People, and the Military, Put up with Living in Such Horrible Conditions. Russia and China Condemned the Launch. » Tweet. @realDonaldTrump (blog), 30 novembre 2017. https://twitter.com/realDonaldTrump/status/936209447747190784.
« Why Would Kim Jong-Un Insult Me by Calling Me “Old,” When I Would NEVER Call Him “Short and Fat?” Oh Well, I Try so Hard to Be His Friend – and Maybe Someday That Will Happen! » Tweet. @realDonaldTrump (blog), 11 novembre 2017. https://twitter.com/realDonaldTrump/status/929511061954297857.
« Trump: Lost in Translation ». BBC News. https://www.bbc.com/news/av/world-middle-east-38812093/us-president-donald-trump-lost-in-translation.
« Trump trouve que Brigitte Macron est “en super forme” ». https://www.ouest-france.fr/monde/etats-unis/donald-trump/les-remarques-sexistes-de-trump-brigitte-macron-dechainent-les-internautes-5134785.
« Wednesday’s GOP Debate Transcript, Annotated ». Washington Post. 2019. https://www.washingtonpost.com/news/the-fix/wp/2015/09/16/annotated-transcript-september-16-gop-debate/.
Stevens, Matt. « Trump and Kim Jong-Un, and the Names They’ve Called Each Other ». The New York Times, 9 mars 2018, sect. World. https://www.nytimes.com/2018/03/09/world/asia/trump-kim-jong-un.html.
Trump, Donald J. « It’s Really Cold Outside, They Are Calling It a Major Freeze, Weeks Ahead of Normal. Man, We Could Use a Big Fat Dose of Global Warming! » Tweet. @realdonaldtrump (blog), 19 octobre 2015. https://twitter.com/realdonaldtrump/status/656100109386674176?lang=fr.
« Full Text of Kim Jong-un’s Response to President Trump ». The New York Times 22 septembre 2017. sect. Asia Pacific https://www.nytimes.com/2017/09/22/world/asia/kim-jong-un-trump.html?module=inline
« CNN.com – Transcripts ». http://edition.cnn.com/TRANSCRIPTS/1509/16/se.02.html