Retour d’expérience de mon stage : 7 bonnes pratiques à adopter en tant que traducteur indépendant

par Anna MAN, étudiante en M2 TSM.

Durant mon stage de M1 auprès de Mme Nathalie Moulard, traductrice indépendante et professeure de TAO à l’Université de Lille à Roubaix, j’ai appris beaucoup de choses et dans ce billet de blog, je vais vous partager 7 bonnes pratiques à adopter.

Ici, je ne vais pas parler de comment s’installer en tant que traducteur indépendant (mon camarade Antoine Deruy s’en charge très bien dans ce billet de blog), mais plutôt vous donner des petits tips que j’ai reçus et appliqués durant mon stage afin de mener à bien une traduction ou un projet de traduction. Car en effet, être traducteur indépendant n’est pas de tout repos, alors je vais essayer de vous partager tout cela à travers mon propre témoignage et ma propre expérience.

1. Créez votre propre check-list

Nous le savons tous, rester toute la journée devant son ordinateur, la tête plongée dans une même traduction ainsi que dans des recherches documentaires interminables crée une bulle dans laquelle nous ne voyons même plus les coquilles ou les erreurs de nos propres traductions. Mais pas de panique ! Une check-list peut vous aider à éclaircir tout cela.

Alors que mettre dans une check-list ? À mon sens, bien qu’il existe des check-lists toutes préparées, elles restent assez personnelles. Vous pouvez y mettre les consignes de base du client (par ex, ne pas utiliser d’anglicismes), les instructions provenant d’un guide de style (apostrophes courbes, guillemets chevrons, etc.), s’il n’y a pas de guide de style, les règles de typographie française de base (pas de majuscule après les deux-points, majuscules accentuées, etc.), les termes spécifiques récurrents afin de respecter le glossaire du client, etc.

Voici un exemple de check-list de base :

Source : Nancy Matis, Cours de gestion de projets, 2021

Pour ma part, j’ajouterai également les accords en genre et en nombre. Depuis toute petite, je nage entre la culture chinoise et la culture française. En français, les noms communs s’accordent en genre (féminin ou masculin) et en nombre (singulier ou pluriel), or ce n’est pas le cas en chinois, les noms communs en chinois n’ont pas de genre et sont quantifiés. De plus, quand j’étais petite et que j’apprenais les déterminants à l’école, je ne comprenais pas pourquoi on disait « une maison », « un couteau » ou même « une fourchette ». Pourquoi « la maison » serait-elle un nom féminin et « le couteau » serait-il un nom masculin ? En grandissant, cette « confusion » s’est accentuée, par exemple « chaussette » et « sec », si je dis « les chaussettes sont sèches », je dois effectuer tout le processus dans ma tête, c’est-à-dire que « chaussettes » est un nom féminin pluriel et par conséquent, que « sec » doit s’accorder au féminin pluriel, ce qui devient « sèches ». Tout ça pour dire que dans mes traductions, dès qu’il y a une histoire d’accord en genre et en nombre, je sais que je dois être vigilante sur ce point en particulier. Par ailleurs, les outils de TAO tels qu’Antidote ou même Cordial (correcteur d’orthographe et de grammaire) sont d’une grande aide dans la détection de coquilles et d’erreurs grammaticales qu’on aurait pu laisser passer dans notre traduction. 

2. Soyez assidu lors de la relecture

Au début de mon stage, j’avais tendance à bâcler la phase de relecture finale. Étant donné que mes yeux s’étaient habitués à ma propre traduction, lors de la relecture finale, je survolais mon texte en pensant livrer une qualité acceptable.

Petite astuce pour la relecture : relisez-vous à haute voix. En vous écoutant, en entendant vos phrases, vous saurez si une phrase sonne « bien » ou non, si elle sonne français ou non. La phase de relecture est importante, car elle permet de vérifier tous les points évoqués dans la check-list, n’hésitez pas à faire un QA check dans Xbench (si nécessaire) pour veiller à la cohérence de la traduction ou même à revoir les instructions du client, de faire une dernière vérification que ce soit orthographique, syntaxique, stylistique, typographique, etc. La qualité doit être au rendez-vous !

3. Posez des questions au client

Au début du stage, je n’osais pas poser de questions, par peur de ne pas paraître assez professionnelle, par peur de poser des questions idiotes ou par ego aussi, je voulais trouver la réponse par moi-même avec des recherches documentaires très chronophages et voilà, je voulais me débrouiller toute seule.

Il est très important de communiquer avec le client (ou le chef de projet) afin qu’il puisse savoir où vous en êtes dans le projet, il doit être en mesure d’anticiper toute éventualité de ne pas pouvoir mener le projet à bien, de peut-être même échafauder un plan B pour le bon déroulement du projet à terme.

En matière de questions à poser au client, n’envoyiez jamais votre fiche-questions un jour avant la livraison par exemple, essayez d’anticiper afin que le client puisse y répondre sans être pressé par le temps, de plus, la traduction doit être terminée pour le jour de livraison, nous ne pouvons donc pas laisser des questionnements dans la traduction ou même laisser le client se débrouiller avec une traduction qui n’est pas aboutie.

Quel genre de questions poser au client ? D’abord, rédigez toujours vos questions en anglais sur un ton poli. Ensuite, vous êtes traducteur professionnel donc vous êtes censé savoir traduire. Demander au client si « ma traduction est bonne », ce n’est pas l’idéal. En revanche, vous pouvez tout à fait proposer une traduction en justifiant votre choix de traduction (source, recherche documentaire, recherche terminologique, etc.) et en discuter avec le client. À moins que le client utilise une terminologie bien spécifique, le traducteur peut être confronté à faire des choix de traductions. Le traducteur tranche, si le client est d’accord, alors tout va bien, s’il ne l’est pas, alors le traducteur apporte ses explications au client ou alors, le client donne sa préférence.

Voici un exemple type de fiche-questions :

4. Ne pas se fier aux 99%

Bien que le client puisse fournir une mémoire de traduction (TM), il ne peut pas garantir la qualité de celle-ci. En tant que traducteur, nous nous devons de veiller à la qualité de la traduction que nous proposons au client, d’abord pour notre crédibilité en tant que professionnel de langues sortant d’un Master TSM, ensuite pour gagner la confiance du client.

Nous aurons plus à gagner en rapportant que la qualité de la TM était médiocre et en mettant à jour cette même TM qu’en suivant une TM de mauvaise qualité et donc en fournissant une traduction de mauvaise qualité. Par ailleurs, le cerveau est très facile à berner, il voit dans Trados Studio un 99%, il va automatiquement faire confiance à la TM et perdre en vigilance, le traducteur doit se forcer à bien relire le segment avant de le confirmer.

5. Relancer le client

Si le client ne répond pas dans les 2-3 jours qui suivent, il faut impérativement le relancer. Il se peut que votre email ait atterri dans ses courriers indésirables ou dans ses spams. Pendant mon stage avec Mme Moulard, il m’est arrivé de livrer un projet de traduction pour la fin de la semaine, de ne pas recevoir accuser de réception et qu’elle me dise lundi qu’elle a retrouvé ma livraison dans ses spams. Par conséquent, il est important de s’assurer que le client a bien reçu notre livraison, notre fiche-questions ou autre par un accusé de réception via retour de mail.

6. Toujours confirmer le projet proposé par mail

Cela peut paraître anodin, mais lorsque vous recevez un nouveau projet d’un client ou d’un chef de projets et que vous décidez de le prendre en charge, il est primordial de confirmer par retour de mail la prise en charge du projet en question afin que le client ou le chef de projet puisse le noter dans sa fiche de suivi ou son planning et qu’il n’ait pas besoin de chercher une autre ressource. Après acceptation de la prise en charge du projet, veillez à la bonne réception du projet dans sa globalité, à savoir la documentation à traduire, les fichiers sources, les documents de référence (TM, glossaire, guide de style, instructions du client, etc.), le bon de commande, et tout autre élément que peut contenir un projet de traduction.

7. Ne jamais faire confiance à une machine

Eh oui, l’erreur de débutant, ou même de feignant (il faut se le dire). Au cours de mon stage, j’ai appris à développer un œil critique sur mes propres traductions, sur la traduction automatique ainsi que sur les TM fournies par les clients.

Cette année, en cours de traduction automatique, nous avons appris que la machine produisait des phrases « grammaticalement correctes », elles commencent par une majuscule, avec sujet, verbe, complément et se termine par un point.

Par conséquent, quand je traduisais ou post-éditais, je faisais énormément confiance à la machine, pour ne pas dire aveuglément. Mon cerveau se faisait duper par le « grammaticalement correct ». Or un traducteur doit faire mieux que cela. Pour reprendre nos cours de M1 en traductologie, bien que l’équivalence absolue n’existe pas, la traduction ne doit surtout pas sentir la traduction, elle doit paraître fluide, naturelle et à l’instar du ninja, le traducteur doit demeurer invisible. Donc ayant toujours un œil critique sur la qualité du texte produit par la machine. Le traducteur doit rester vigilant lorsqu’il utilise la traduction automatique afin de produire une qualité de traduction la plus optimale.

Pour conclure, je tiens à préciser que ce billet de blog n’engage que moi et mon avis à travers ma propre expérience. Ce stage a été enrichissant en plus d’être formateur, j’ai pu toucher à plusieurs domaines tels que le domaine technique, médical, marketing, économique, etc. J’ai également beaucoup appris sur moi, sur la manière de m’organiser, de travailler seule et de gérer la solitude également, etc. Je remercie grandement Madame Moulard de m’avoir formé, accompagné, conseillé pendant 2 mois et demi. Cette expérience aura été riche en apprentissages et en émotions.

La SFT et le Programme Boussole

Par Clémence Marliangeas, étudiante M2 TSM


Grand nombre de traducteurs et traductrices font le choix de se lancer en tant qu’indépendant.e.s sur le marché de la traduction. Si créer son entreprise semble être la tendance actuelle, cela n’en est pas moins une étape importante, compliquée et angoissante, surtout pour les juniors fraichement diplômés… Si le blog du master TSM regorge de mille et un conseils utiles, je vais tout de même tenter aujourd’hui de vous présenter une nouvelle solution ! 

L’idée de vous lancer en tant que traducteur ou traductrice indépendant.e vous angoisse ? Alors cet article sur la SFT et son nouveau programme de mentorat pourrait peut-être vous intéresser et vous aider à sauter le pas !

La SFT, c’est quoi ?

La Société française des traducteurs (SFT) est un syndicat professionnel visant à défendre les intérêts des traducteurs, traductrices et interprètes, mais aussi à promouvoir les métiers de la traduction sur le territoire national. Créé en 1947, il compte aujourd’hui plus de 1 600 membres :

  • Plus de 1 500 traducteurs et traductrices, couvrant de nombreux domaines de spécialité
  • Plus de 320 interprètes, dont 200 interprètes de conférence
  • Près de 400 terminologues.


La SFT a un rôle triple :

  • Rassembler les acteur.rice.s et futur.e.s acteur.rice.s du métier de la traduction et de l’interprétation.
  • Informer ces derniers, notamment en organisant des formations (dont la liste est consultable sur le site de la SFT, rubrique « Notre catalogue de formations »), en participant à des conférences universitaires ou encore via des publications.
  • Soutenir ses membres dans leurs relations professionnelles, qu’elles soient conflictuelles ou non (conseils, assistance juridique et arbitrage en cas de litige).

Mais pourquoi y adhérer ?

Une question qui se pose, de manière tout à fait légitime, est celle de la raison de rejoindre une telle association professionnelle. Eh bien figurez-vous que les bonnes raisons sont nombreuses !

  1. Gagner en visibilité et crédibilité : en adhérant au Code de déontologie de la SFT, en apparaissant dans l’annuaire des traducteurs, traductrices et interprètes de la SFT et en mentionnant votre appartenance au syndicat sur vos différents supports de communication.
  2. Développer votre réseau : en intégrant une communauté de plus de 1 600 membres, toutes et tous professionnel.le.s et spécialistes de leur secteur.
  3. Bénéficier d’une entraide professionnelle : grâce au programme de mentorat Boussole, ou tout simplement en participant à des réunions régionales entre membres ou à des événements à l’échelle internationale.
  4. Rester informé.e : en suivant les forums de discussion, en bénéficiant des conseils de confrères et consœurs, en recevant la version dématérialisée de la revue Traduire[1] et du bulletin d’information Tradzine.
  5. Contribuer aux prises de décision : en participant et votant aux Assemblées générales, en contribuant au niveau de votre délégation régionale, etc.
  6. Bénéficier de tarifs préférentiels : sur les formations de la SFT et de ses associations sœurs membres de la FIT (Fédération Internationale des Traducteurs), sur des logiciels de TAO, de gestion, de sauvegarde, etc.

Boussole : le programme de mentorat de la SFT

L’université de Lille recevait ce 24 septembre 2021, dans le cadre de la Journée Mondiale de la Traduction, une table ronde de traducteurs et traductrices membres de la Société Française des Traducteurs (SFT). Ce rendez-vous a été l’occasion pour les étudiant.e.s en master de traduction de l’université de Lille de (re)découvrir un programme de mentorat à l’échelle nationale : le Programme Boussole.


Le Programme Boussole est une initiative lancée en 2020 par la Société Française des Traducteurs, et qui a pour but l’accompagnement des jeunes traducteurs et traductrices dans leur nouveau métier.

Avant de mettre en place une telle action au plan national, un programme pilote avait été lancé en Rhône-Alpes en 2015, pilote qui s’est révélé plutôt prometteur puisque la demande de mentorat n’a fait que croître après son implémentation. Par la suite, une commission a été formée à la SFT dans le but de lancer ce même programme mais au niveau national. Ce dernier a alors pu débuter l’année dernière avec 35 binômes. Notons d’ailleurs que cette année, 48 binômes bénéficient du Programme Boussole.

Le programme fonctionne sur 3 niveaux :

  • Niveau de la commission : actuellement formée par 8 personnes et chargée de poser les bases du programme au plan national et aujourd’hui elle gère l’organisation et les instructions des mentors et des mentorés. La Commission est assistée dans ses tâches par les contributeurs et contributrices au niveau régional (au nombre d’un ou deux par délégation, soit 23 au total).
  • Niveau international : une personne responsable, au niveau international, pour les traducteurs, traductrices et interprètes français.es membres de la SFT ne vivant pas en France métropolitaine.
  • Niveau du mentorat : les binômes mentors/mentoré.e.s qui gèrent, à leur niveau et de manière autonome, le fonctionnement de leur relation.


Qui sont les mentors ?

Les mentors sont des traducteurs, traductrices ou interprètes depuis 4 ans ou plus et membres de la SFT depuis au moins 2 ans.


Qui sont les mentoré.e.s ?

Les mentoré.e.s, sont des traducteurs, traductrices ou interprètes débutant.e.s (ayant moins de 3 ans d’expérience ou établi.e.s depuis moins de 3 ans en France), souhaitant s’installer en tant qu’indépendant.e.s.

Comment bénéficier du Programme Boussole ?


Pour faire partie de l’aventure, il est nécessaire de suivre le processus d’inscription qui a lieu chaque année aux mois de janvier/février. 

Mentors et mentoré.e.s remplissent alors un questionnaire (sur les attentes et les compétences de chacun.e), puis les contributeurs et contributrices forment des binômes, de préférence par région afin de faciliter les rencontres dans la vie réelle, bien que cet aspect se soit avéré assez compliqué cette dernière année à cause de la pandémie de Covid-19.

Une fois le binôme formé, mentor et mentoré.e signent une charte qui est un contrat rappelant les droits et les obligations dans le cadre du mentorat.

Ce dernier dure 1 an mais celui-ci est renouvelable, en fonction des besoins du ou de la mentoré.e notamment, et permet d’aborder plusieurs questions, telles que les :

  • Relations client.e.s
  • Contrats
  • Négociations de tarifs
  • Spécialités
  • Questions d’ordre administratif et légal.


Avantages du mentorat :

  • Pour les mentors : pouvoir promouvoir les bonnes pratiques soutenir les « débutant.e.s » pour qu’ils et elles puissent bien développer leur entreprise et ainsi faire perdurer le métier. Puisqu’il s’agit d’une relation d’égal.e à égal.e, dans laquelle n’intervient aucune forme de supériorité ou de subordination, les mentors peuvent aussi recevoir quelques conseils avisés de la part de leur mentoré.e, notamment sur des sujets tels que les réseaux socio-professionnels, la création d’un site internet, etc.
  • Pour le ou la mentoré.e : bénéficier des compétences d’un membre plus expérimenté, rencontrer des collègues, connaître les bonnes pratiques et pouvoir les appliquer, avoir un.e interlocuteur.rice privilégié.e.

Par ailleurs, le mentorat n’est ni rémunéré ni payant, et il n’instaure en aucun cas une relation de subordination entre mentor et mentoré.e. De plus, aucune collaboration professionnelle n’est obligatoire : le ou la mentoré.e ne doit pas attendre du mentor qu’il ou elle lui propose du travail, et inversement. 

Sources :

https://www.sft.fr/fr

https://cblingua.com/es/la-societe-francaise-des-traducteurs/

Échanges avec les traducteurs et traductrices ayant participé à la table ronde organisée par la SFT le 24 septembre 2021 à l’université de Lille


[1] La revue Traduire est disponible gratuitement à l’adresse suivante, alors foncez ! https://journals.openedition.org/traduire/

Retour d’expérience : Translating Europe Forum 2021

Par Sophie Vandenmersch, étudiante M2 TSM

Le marché de la traduction observe une évolution considérable, notamment avec l’utilisation croissante des outils de Traduction Assistée par Ordinateur (TAO), sans oublier l’essor de la traduction automatique neuronale, technologie utilisée sur le marché qui fonctionne grâce à l’Intelligence artificielle (IA). C’était sans compter sur la crise sanitaire, pour accélérer le passage aux technologies et aux outils collaboratifs en plus de mettre au jour l’importance des services linguistiques. Face à des projets volumineux avec des délais toujours plus serrés, la collaboration se fait de plus en plus courante. C’est la raison pour laquelle le TEF, pour Translating Europe Forum, a décidé de consacrer la collaboration et automatisation comme thématique pour sa huitième édition. Cet évènement est organisé par la Commission européenne au cours duquel se déroulent une série de conférences. Mais ce n’est pas tout : il est également possible de faire du réseautage, ce point sera abordé plus loin. Selon un participant des précédentes éditions, « le TEF est devenu le rendez-vous incontournable annuel concernant la traduction et interprétation. L’atmosphère y est propice à la discussion de sujets d’actualité et au réseautage de qualité avec d’honorables collègues ».

Cette édition du Traduire l’Europe s’est déroulée, à distance, sur la plateforme d’évènements Brella. Ce que j’ai particulièrement apprécié et qui est, pour ma part, le point fort de cette édition du TEF, les possibilités d’interaction qui sont de mise. Tout d’abord, les sondages lors des conférences grâce à la plateforme dédiée Slido, facilement accessible grâce à un QR code. De plus, il était possible d’interagir avec les autres participants lors des différentes conférences grâce à un onglet de discussion instantanée en plus de celui des « Questions/Réponses ». Pour ce qui est du réseautage, il pouvait se dérouler de deux manières : soit lors de temps dédiés avec une thématique, parfois animés avec les intervenants ou alors en binôme avec un autre participant. Enfin, voici le hashtag du Translating Europe Forum #2021TEF pour communiquer sur les réseaux sociaux.

Quelques chiffres

Le forum « Traduire pour l’Europe » a eu lieu du 3 au 5 novembre. 40 intervenants experts du monde de la traduction et en technologies de l’information ont animé 12 conférences. Elles ont réuni plus de 2300 personnes de 110 nationalités dans plus de 90 pays. Un tiers des participants exercent en tant qu’indépendant. Les étudiants des formations membres du réseau des Masters européens en traduction (EMT) étaient également au rendez-vous. Mais encore, les agences de traduction, les stagiaires à la Direction générale de la traduction de l’Union européenne, les organismes nationaux et internationaux ainsi que les médias ont pris part à ces 2 jours et demi intenses.

Panorama du TEF 2021

Voici les principaux thèmes abordés :

  • l’avenir de la traduction automatique combinée avec l’Intelligence artificielle (IA) pour une utilisation plus poussée de l’IA dans l’industrie de la langue ;
  • l’implémentation de la TA dans les services publics ;
  • les secteurs d’avenir ;
  • de nouveaux outils de TAO et de gestion de projets ;
  • et d’autres…

Compte tenu de la pléthore d’informations transmises lors de ces conférences, ce billet va s’articuler en grande partie sur les tendances, de quelques bonnes pratiques lorsqu’on est étudiant en traduction et sur l’enseignement.

Tout d’abord, dans la conférence What’s the buzz?, un bilan sur l’impact de la pandémie a été réalisé : les traducteurs étaient avantagés, notamment pour la communication avec les clients par rapport à d’autres corps de métier, étant donné qu’il s’agit de professions exerçant déjà en télétravail. Cette période a pu malgré tout débloquer des opportunités pour les conférences et formations, de même que les mises en contact avec certains spécialistes. Le secteur de l’interprétation a connu une chute soudaine pour voir sa demande remonter en flèche.

Selon Chris Durban, traductrice-rédactrice indépendante, l’avenir s’annonce prometteur pour les traducteurs désireux de se spécialiser, qui témoignent d’excellentes capacités rédactionnelles et qui seront très souvent amenés à collaborer.

Les traducteurs adoptent le rôle de consultant : en effet, de plus en plus d’entreprises sont s’intéressent à la consultance, notamment pour déterminer si le recours à un outil de TA gratuit est judicieux par exemple.

De l’importance de la spécialisation

Selon la plupart des experts, il est capital de se mettre à jour ses compétences et de se former régulièrement pour rester en adéquation avec le marché, ce qui réfère à la notion d’apprentissage continu. L’idéal serait de choisir une ou plusieurs spécialisations et de définir les possibilités. Disposer d’une seule spécialisation dans un secteur de niche encourt le risque de se lasser voire d’affecter la santé mentale.

            Comment se spécialiser ?

  • Lire la presse spécialisée afin de s’informer des sujets d’actualité des secteurs en question ;
  • Identifier les entreprises du secteur et aller à leur rencontre ;
  • Se former auprès d’organismes ou d’associations de traducteurs, comme la SFT (Société française des traducteurs) par exemple.

Enfin, la spécialisation passe aussi par l’entrepreneuriat : les traducteurs doivent acquérir des notions en marketing, en gestion et en ventes afin de pouvoir se démarquer des autres.

La spécialisation présente aussi un autre intérêt, notamment pour mieux appréhender la traduction automatique et l’automatisation. Les besoins en traduction humaine résideront dans les secteurs dans lesquels les conséquences d’une mauvaise prestation peuvent se révéler très graves, comme le contenu médical ou juridique par exemple. Les contenus à caractère strictement confidentiel ou ceux nécessitant un rédactionnel élevé comme les textes culturels font l’objet d’une traduction humaine. Il est capital de mettre en lumière la plus-value du traducteur et de montrer le résultat d’une traduction automatique sans post-édition afin de présenter les éventuelles conséquences, qui peuvent se révéler très lourdes.

Voici quelques bonnes pratiques lorsqu’on est étudiant en traduction :

D’après Alexandra Krause, traductrice professeure-chercheuse et membre du comité directeur de l’EMT, la carrière professionnelle commence avant le diplôme, de même que de réfléchir aux objectifs de carrière se fait dès le début de la formation. Elle conseille également d’établir un portfolio des tâches effectuées et des compétences acquises pour convaincre les futurs mentors. Mais encore, trouver un stage à l’étranger est également une bonne opportunité à saisir.

Des nouveaux défis pour le corps enseignant

Concernant la traduction automatique, les futurs professionnels doivent être à même de :

  • définir si l’instauration d’un processus est rentable ;
  • déterminer si la qualité du texte source est adéquate ;
  • déterminer si un texte peut être post-édité ou non ;
  • déterminer si l’usage d’un outil est judicieux dans une situation particulière.

De ce fait, des modules dédiés à l’utilisation et à l’exploitabilité de la TA doivent être implémentés.

Les enseignants se positionnent en tant qu’« observateurs » du marché : ils doivent s’adapter aux évolutions qu’il entraîne, et ce rapidement. De fait, les formations en traduction se font de plus en plus exigeantes. Cela découle en une demande de formateurs qualifiés, surtout dans les langues dites à faibles ressources. D’après un sondage de 80 participants, les principales qualifications pour lesquelles les traducteurs doivent être formés à l’avenir sont : la post-édition, l’assurance et la gestion de la qualité ainsi que la gestion de projets.

Alexandra Krause explique que : « Les spécialistes de la langue sont habilités à utiliser des outils informatiques de manière sensée. Dans le cas contraire, ces derniers s’avèrent trompeurs et par conséquent inutiles. […] Nous devons former nos étudiants afin qu’ils disposent de solides bases linguistiques et culturelles pour [maîtriser tous] les outils technologiques. »

Les formations universitaires durent en général deux ans, ce qui est assez court, d’autant plus que certains cursus mêlent traduction et interprétation. De ce fait, il s’avère primordial de mentionner les possibilités de formation et de spécialisation. Par ailleurs, il existe de plus en plus de postes qui ne se destinent pas en premier lieu aux traducteurs, mais ces derniers disposent des compétences nécessaires à l’exercice de ceux-ci. Le rôle de l’université consiste à trouver un moyen pour développer ces dernières chez les étudiants.

Vient une autre mission, qui est de déconstruire les préjugés des entreprises sur le monde universitaire en mettant en valeur une formation professionnalisante, notamment avec des cours dispensés par des professionnels du secteur. Dans la conférence Collaboration on Training : Industry & Academia, d’après un sondage effectué auprès des participants, les compétences les plus demandées sont : les compétences techniques et technologiques. Viennent en deuxième position la capacité de résolution des problèmes pour enchaîner sur les soft skills, en particulier les compétences organisationnelles, de gestion de projets, d’analyse et de recherche. Selon Enrico Antonio Mion, traducteur et post-éditeur, le profil du traducteur n’a pas évolué au cours des années : maîtriser ses langues de travail et s’adapter à son environnement de travail, à savoir maîtriser les outils de TAO.

D’après Emília Perez, professeure associée à l’Université Constantin Le Philosophe de Nitra, détaille qu’il faut voir au-delà des compétences traductionnelles, comme l’atteste le référentiel EMT de la Commission européenne, pour préparer les étudiants à devenir des professionnels. Établir des partenariats entre l’université et les acteurs de l’industrie est nécessaire, car il s’agit du seul moyen pour veiller à ce que les diplômés répondent à la demande du marché.

À la question « Quelles compétences avez-vous, en tant qu’expert linguistique, l’impression de ne pas être formé ? », cette dernière a eu comme réponses le traitement des données ainsi que les logiciels de développement, d’analyses et de testing.

Une industrie en pleine expansion

Dans la conférence Expert in the loop: The language industry as a pioneer, Florian Faes, cofondateur de Slator, explique que les traducteurs sont des spécialistes indispensables à l’utilisation de l’Intelligence artificielle. Le secteur de la traduction est le premier à avoir adopté l’IA, bien en avance contrairement à autres secteurs d’activité. Plusieurs experts du marché de la traduction affirment que l’année 2020 est la première année lors de laquelle la post-édition est devenue la méthode de traduction dominante. Il ajoute que les traducteurs sont des experts dans ces dix domaines, comme le détaille cet article. Par ailleurs, le secteur connaît une demande presque exponentielle en post-édition, en localisation et en données linguistiques qui est particulièrement apprécié des investisseurs de surcroît, qui investissent dans les logiciels en tant que service (SaaS) pour un accès à de nouveaux marchés. Sans oublier les contenus Internet, le doublage ainsi que le sous-titrage. Puis viennent les contrats et les brevets afin de se conformer aux réglementations.

Ce sont les géants tels que Amazon, Google et Microsoft qui ont incité à l’utilisation de la TA.

Certes, la TA s’appliquera pour une partie du secteur mais pas dans sa globalité. D’autre part, la futurologue Shivvy Jervis explique que l’Intelligence artificielle, n’est pas près de remplacer le facteur humain. En effet, les algorithmes ne sont pas capables d’analyser le contexte et ne possèdent ni de conscience ni le sens de l’éthique. Elle ajoute que les entreprises qui ont déjà recours à l’Intelligence artificielle se sont vues croître leurs affaires. Pour finir, l’automatisation adaptative a pour seul objectif d’augmenter la productivité. Arle Lomme, analyste senior à l’Institut CSA, déclare que : « Si les prestataires linguistiques savent utiliser et intégrer ces outils dans leur pratique, il pourrait en résulter que ces derniers délèguent les segments traduisibles par la machine pour se concentrer sur le cœur de métier ».

Pour conclure, je vous propose cette citation de Chris Durban : « La technologie consiste en l’aspect facile. La vraie difficulté réside dans le fait de transmettre un message dans une langue à l’autre. »

La prochaine édition du Translating Europe Forum aura lieu du 9 au 11 novembre 2022 sous forme hybride. En attendant, vous pouvez retrouver toutes les conférences et vidéos en cliquant sur ce lien.

Bibliographie :

Slator. « 10 Areas Where Translators Are (and Will Remain) Essential Experts in the Loop », 22 octobre 2021. https://slator.com/10-areas-translators-will-remain-essential-experts-in-the-loop/.

« #2021TEF – YouTube ». https://www.youtube.com/playlist?list=PLLqIRaiVCGCQp1cLGJn-F7aqnuxGX5xPn.

Chris Durban’s blog. « About Me », 12 mars 2015. https://chrisdurbanblog.com/about/.

MasterTSM@Lille. « Comment bien se vendre pour trouver un stage dans le milieu de la traduction », 21 octobre 2018. https://mastertsmlille.wordpress.com/2018/10/21/comment-bien-se-vendre-pour-trouver-un-stage-dans-le-milieu-de-la-traduction/.

MasterTSM@Lille. « Comment gagner en expérience lorsque l’on est étudiant(e) en traduction ? », 18 juin 2017. https://mastertsmlille.wordpress.com/2017/06/18/comment-gagner-en-experience-lorsque-lon-est-etudiante-en-traduction/.

Espace actualités – European Commission. « Forum Traduire l’Europe 2021 : Automatisation et Collaboration ». Text, 11 juin 2021. https://europa.eu/newsroom/events/translating-europe-forum-2021-automation-and-collaboration_fr.

« Futurist Shivvy Jervis Covers the Most Incredible Innovations to Come ». https://www.shivvyjervis.com/.

MasterTSM@Lille. « Keep Calm : la santé mentale des traducteurs », 14 juin 2020. https://mastertsmlille.wordpress.com/2020/06/14/keep-calm-la-sante-mentale-des-traducteurs/.

« SFT : le syndicat des traducteurs, traductrices et interprètes | Société française des traducteurs : syndicat professionnel (SFT) ». https://www.sft.fr/.

Slator. « Slator ». https://slator.com/.

Traduction augmentée. « Traduction augmentée | Blog sur la post-édition ». https://fr.eamtranslations.com/blog.

MasterTSM@Lille. « Translating Europe Forum 2016 : j’y étais ! », 2 novembre 2016. https://mastertsmlille.wordpress.com/2016/11/02/translating-europe-forum-2016-jy-etais/.

European Commission – European Commission. « Translating Europe Forum 2021 ». Text. https://ec.europa.eu/info/events/2021TEF_en.

YouTube : quelles utilisations pour les professionnels de la traduction ?

Par Alice Colar, étudiante M2 TSM

En tant qu’étudiante TSM, j’ai pris l’habitude de voir la traduction partout. Ma grande curiosité m’a souvent poussée à insérer les mots en lien avec la traduction dans les barres de recherche. Notamment dans celle de la plateforme YouTube, où les résultats étaient souvent décevants. En persistant et surtout en étant face à un réel besoin d’aide visuelle, de tutoriels ou de connaissances nouvelles, j’ai pu dénicher quelques trésors. Il m’a donc semblé judicieux de vous les partager, en profitant de l’occasion pour réfléchir à cet outil qui peut permettre à chacun d’apprendre, de se divertir, de suivre l’actualité ou encore de se faire connaître. Selon l’édition 2021 du baromètre du numérique publié par l’Autorité de Régulation des Communications Électroniques des postes et de la distribution de la Presse, 9 français sur 10 sont présents sur internet. En une seconde, 80 000 vidéos sont visionnées à travers le monde.

C’est au cours de cet été que j’ai commencé à me questionner sur YouTube, car en me perdant pour la énième fois sur le réseau aux 2 milliards d’utilisateurs dans le monde, j’ai réalisé toute la diversité qui s’y trouve : médias, politique, éducation, formation, expériences littéraires, musique, jeux vidéo… J’ai vite établi le lien : autant de catégories que de spécialités pour les professionnels de la traduction. En effet, YouTube offre un accès à du contenu en lien avec de nombreux sujets, destiné aussi bien aux débutants qu’aux spécialistes : fonctionnement d’une pompe à chaleur ? De l’énergie solaire ? La création monétaire ? Les NFT ? Des milliards de requêtes sont formulées chaque jour, faisant ainsi du réseau social un réel moteur de recherche. La bonne nouvelle, c’est qu’il compte des utilisateurs venant du monde entier. Vous l’aurez donc compris, le contenu est multilingue et accessible à (presque) tous : l’interface est disponible en 76 langues, ce qui offre un accès à la plateforme à 95 % de la population mondiale. Ainsi, en tant que traducteur spécialisé dans n’importe quel domaine, le réseau peut être très utile. En effet, je ne sais pas si vous faites partie de ces gens qui ont besoin d’un visuel pour mieux comprendre certaines choses, mais lorsque je me suis retrouvée face à un texte sur les moteurs synchrones, avoir la possibilité de mettre une image sur des mots m’a vraiment été d’une grande aide et m’a surtout fait gagner du temps. Les vidéos sont parfois préférées à la lecture pour les personnes ayant une mémoire visuelle et même pour celles ayant une mémoire auditive. Entendre et voir les choses différemment est gage d’une meilleure compréhension.

YouTube et apprentissage

Si je vous dis corpus, TAO, ou encore TA ? Ne soyez pas déçus, les recherches par mots‑clés ne sont pas très encourageantes. En effet, le corpus du bac, c’est de l’histoire ancienne pour nous. Cependant, les pionniers de ces domaines ne manquent pas à l’appel : SketchEngine, Frantext, Laurence Anthony, RWS, MemoQ, Adobe, XTM, SmartCat, plus d’excuses ! La plupart des outils qui nous accompagnent au quotidien disposent d’une chaîne et proposent des tutoriels et des astuces visant à aider leurs utilisateurs. Comme je le disais précédemment, YouTube est un très bon moyen de se former gratuitement et de façon autonome.

Les équipes techniques en charge des étapes de post-traduction seront également servies. Avis aux futurs responsables des illustrations et des captures d’écran, aux « DTPistes », aux testeurs ou encore aux compilateurs : de nombreux tutoriels et chaînes dédiées à Photoshop, Adobe Indesign, Adobe FrameMaker, ou encore Alchemy Catalyst sont disponibles, à l’image des outils précédemment cités. WPML, HTML, CMS… Les spécialistes en localisation de logiciels et de sites web trouveront leur bonheur.

D’un point de vue plus général, il est aussi possible de visionner les replays d’un nombre incalculable de webinaires, de conférences, de workshops et d’évènements organisés dans le monde entier sur le thème de la traduction. YouTube et les réseaux sociaux nous donnent une chance d’être ailleurs tout en étant chez soi, dans le métro ou dans une salle d’attente. Iconic translation machines, Systran, Translating for Europe, tout est disponible en replay pour les retardataires. Les associations de traducteurs comme la SFT, l’ATLF, ou l’ATA proposent elles aussi ce type de contenu.

Je ne peux pas clôturer cette partie sans vous parler des Ted Talks. Il existe de nombreuses mini conférences en lien avec la linguistique. Ces dernières peuvent nous aider à réfléchir sur notre domaine, afin de le voir d’une autre manière ou simplement pour se rendre compte de sa beauté. Je souhaitais vous partager une vidéo qui m’a marquée et m’a donné une autre vision de mon outil de travail, les langues. « The beauty of linguistic diversity is that it reveals to us just how ingenious and how flexible the human mind is.”: dans ce Ted, Lera Boroditsky partage sa réflexion sur les quelque 7 000 langues parlées dans le monde, sur la multitude sons, de structures et de lexiques qui nous entourent. Elle se demande si la langue que nous parlons structure notre façon de penser. Un débat qui ne date pas d’hier, puisque Charlemagne disait « Parler une autre langue, c’est posséder une deuxième âme » et Shakespeare « Qu’y a-t-il dans un nom ? La fleur que nous nommons la rose, sentirait tout aussi bon sous un autre nom. ». Pour relancer le débat, elle apporte quelques données scientifiques qu’elle a elle-même collectées. Les exemples qu’elle donne sont assez surprenants. Si vous avez 15 minutes devant vous, vous ne serez vraiment pas déçus.

YouTube et business

Vous allez peut-être penser que les chaînes YouTube appartiennent en tout et pour tout à des amateurs, qui tournent des vidéos par-ci par-là. C’est faux ! De nos jours, les réseaux sociaux représentent un réel business. Pour un professionnel, y être présent, y proposer ses services ou aborder des sujets en lien avec son domaine d’activité peut vraiment apporter une plus-value et booster sa notoriété en gagnant en visibilité. En pleine ère du numérique, les réseaux sociaux font partie intégrante de nos vies. Il serait dommage de ne pas tirer profit de leurs avantages.

Ainsi, les professionnels commencent à être de plus en plus présents sur YouTube, en diffusant de nombreuses vidéos très fiables et un contenu innovant et varié. Je prendrai l’exemple de Tradupreneurs, des Recettes du traducteur et de la Linguistiquerie : trois chaînes créées par des traductrices spécialisées dans des domaines variés, qui proposent des replays de lives mais aussi des podcasts, sur des sujets en lien avec la traduction : comment passer de la traduction généraliste à la traduction spécialisée, trouver ses premiers clients directs, quel est le bon statut juridique pour un traducteur… Autant de réponses aux questions de ceux qui veulent se lancer. Pour ceux qui l’auraient déjà fait, agence ou freelance, ce contenu permet de rester à l’écoute du marché actuel mais aussi d’apporter à notre communauté.

Les réseaux sociaux peuvent vraiment vous aider à vous démarquer. Néanmoins, pour les gérer, vous aurez besoin de beaucoup de temps. Surtout pour YouTube. Pour avoir du succès, les vidéos postées doivent être de qualité. Il est donc important de définir une stratégie afin de bien organiser, promouvoir et modérer votre chaîne.

Qui dit stratégie dit SEO (Search engine optimization) : la grande tendance de 2021. YouTube étant directement intégré à Google, les tags, mots-clés et descriptions de vos vidéos seront très utiles à l’amélioration du référencement de votre commerce. Un petit plus non négligeable qui peut rapporter gros ! Dans ce cas, il sera peut-être judicieux de suivre une formation. La Creator Academy propose des formations gratuites pour les débutants ou ceux qui souhaitent optimaliser leur chaîne. Tout est donc très accessible. Le nom de la vidéo, la durée, le décor, les sous-titres et leur traduction… Chaque variable peut vous apporter des vues ou vous en faire perdre. Bien évidemment, la traduction des sous-titres peut aider à toucher une audience plus large et donc vous rapporter des clients. En effet, plus de deux tiers du temps alloué au visionnage proviennent de téléspectateurs qui vivent dans des endroits autres que la région d’origine du créateur.

YouTube et traduction automatique

Au début de cet article, j’ai associé YouTube à un moteur de recherche. La plateforme appartient au géant Google, qui compte lui-même parmi les GAFAM (Google, Apple, Amazon, Facebook et Microsoft). Si je mentionne Google, en tant que professionnels du secteur de la traduction, quelque chose doit naturellement vous venir à l’esprit : la traduction automatique. Le très prisé et parfois très critiqué Google Translate est un acteur majeur de notre secteur. En effet, nous assistons depuis un certain temps à une montée en puissance de la MTPE (Machine translation post editing), qui devient la demande favorite de certains clients. Ce sont d’ailleurs les GAFAM eux-mêmes qui en sont friands, notamment pour traiter leur volume titanesque de contenu et de données qui augmente chaque jour. Un petit aparté qui me semble indispensable en ces temps et qui me permet de faire le lien entre YouTube et Google qui, vous devez sûrement vous en douter, collaborent en matière de traduction. Le contenu à traduire chez YouTube tourne autour de son interface, de son aide en ligne, mais surtout des sous-titres, titres et descriptions des vidéos. Chaque minute, 500 heures de vidéos sont ajoutées à la plateforme, ce qui nécessiterait une équipe colossale de traducteurs spécialisés dans un nombre incalculable de domaines, tant le contenu est vaste et hétérogène. Le site web a donc réfléchi à la mise en place de solutions, afin de permettre à ses utilisateurs, qu’ils soient souffrants de problèmes d’audition, de troubles du traitement auditif ou simplement unilingues, d’avoir accès à un contenu sensiblement similaire à celui des spectateurs polyglottes.

De cette manière, en 2006, YouTube a commencé à prendre en charge les sous-titres de façon automatique, grâce à la technologie de reconnaissance vocale de Google. Peu de temps après, le site a intégré un outil de TA, ni plus ni moins le moteur Google Translate, afin de traduire les sous-titres générés par les auteurs des vidéos (ce qu’ils font rarement) ou générés de façon automatique grâce à la reconnaissance vocale.

Après coup, c’est au tour de la fonctionnalité « Contribution de la communauté » de voir le jour, qui, de manière similaire à l’ancien système de traduction de Netflix, mettait à contribution des internautes bénévoles pour traduire ces fameux sous-titres. Depuis 2020, les bénévoles n’ont plus accès à cette fonctionnalité, qui a été supprimée par l’hébergeur de vidéos. En cause : présence de spams, d’abus et qualité médiocre. La solution d’intégrer de la traduction humaine semble donc, pour l’instant, compromise. YouTube a préféré tout miser sur l’aide précieuse fournie par l’intelligence artificielle de son parent Google. On peut donc se demander si cette IA, intégrée à YouTube sur des vidéos de tout type contenant une multitude d’accents, d’intonations et d’effets sonores est capable d’offrir une qualité et un taux de réussite satisfaisants. Je clôturerai donc cet article avec un test des sous-titres auto-générés et de la traduction automatique de ces derniers sur deux vidéos YouTube. La première a été réalisée dans les règles de l’art par Arte et aborde un sujet assez technique, qui n’est autre que l’intelligence artificielle. La seconde est de type tutoriel et porte sur l’analyse technique des cryptomonnaies, réalisée par le Youtuber Owen Simonin (Hasheur) accompagné de son homologue EnterTheCryptoMatrix. Son niveau de technicité est plus élevé.

Notre premier exemple est déjà décevant car dès les premières secondes, une faute d’accord se glisse dans les sous-titres. S’ensuivent les fautes de grammaire et d’orthographe. Dans la vidéo, certains intervenants parlent anglais. La reconnaissance vocale essaie de transmettre le message : « et vote du public frob de crédit tout degré ». Un résultat logique. Heureusement, les sous-titres des parties en langue anglaise sont directement intégrés à la vidéo. Plus loin, on se rend compte que le moteur réussit à distinguer les parties en langue anglaise en ne proposant plus aucun sous-titre. Il est également capable de détecter la musique en indiquant « [musique] ». Conclusion : Les fautes d’orthographe et de grammaire sont vraiment très nombreuses. Presque deux fautes par minute. Les sous-titres ont aidé à la compréhension et peuvent être utiles à quelqu’un qui ne peut pas visionner la vidéo avec le son, par exemple.

En ce qui concerne notre seconde vidéo, la première faute correspond de nouveau à une faute d’accord. Le moteur montre par la suite des problèmes de compréhension, dus au débit rapide de parole d’Hasheur. Quant aux termes techniques, il les comprend une fois sur deux : le Bullrun (marché haussier) est compris par « boulot run ». Le terme « Fibo », qui fait référence à la suite d’entiers de Fibonacci est compris par « fibre ». Il peut être très déroutant pour les viewers de lire un mot complètement hors contexte dans les sous-titres. Les interjections ne sont pas comprises : le « bah » devient un « battu ». Pour ce qui est de la traduction automatique, c’est très simple. Le moteur traduit les sous-titres générés par la reconnaissance vocale. Vous l’aurez donc compris : fautes d’accord, de grammaire, d’orthographe et néologismes, tout est traduit. Si la qualité du texte cible est mauvaise, le résultat fourni par le moteur de TA ne peut qu’être de mauvaise qualité.

Certes, les résultats sont amusants. Mais la phrase « Traduire, ce n’est pas traduire des mots, mais du sens. » de l’ATA et l’ATRAE, prend tout son sens ici. Les exemples ont montré que la traduction automatique et l’intelligence artificielle étaient loin de produire un résultat de qualité pour ce type de « projet ». Alors comment faire pour que tout ce contenu soit accessible à toutes et à tous et pour que la qualité soit au rendez-vous ? L’équation semble compliquée à résoudre, bien que les progrès soient visibles et que le mode de fonctionnement de YouTube permette tout de même de toucher une audience plus large, l’expérience est plutôt décevante pour l’instant.

Les récents progrès du Machine Learning et du Deep Learning montrent que les algorithmes sont de plus en plus affinés, à l’instar des données utilisées pour entrainer les intelligences artificielles. Ainsi, la qualité des résultats fournis ne peut que s’améliorer. Qui sait, peut-être qu’à l’avenir, YouTube disposera d’un moteur de TA sur-mesure qui sera à même de reconnaître les langues et de gérer la langue orale, entre autres.

J’ai rédigé cet article car YouTube est un outil qui m’a beaucoup aidée en tant qu’étudiante et également pour vous montrer que la plateforme pouvait être très utile dans le secteur de la traduction. En tant que plus-value pour votre activité, que partenaire d’apprentissage et également en tant qu’espace de détente pour vous vider l’esprit car oui, vous avez également le droit de vous perdre sur ce réseau, en suivant vos YouTubers favoris ou simplement pour travailler avec un fond de musique.

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Bibliographie :

Enquête : traducteurs et utilisation des médias sociaux – European Commission. https://blogs.ec.europa.eu/emt/fr/enquete-traducteurs-et-utilisation-des-medias-sociaux/. Consulté le 9 novembre 2021.

Gué, Victoire. YouTube marketing : le guide pour réussir. https://blog.hubspot.fr/marketing/youtube-marketing. Consulté le 9 novembre 2021.

Les mirages de la post-édition. https://beta.ataa.fr/blog/article/les-mirages-de-la-post-edition. Consulté le 9 novembre 2021.

Les bases de L’analyse Technique | Trading, Feat. CryptoMatrixhttp://www.youtube.com, https://www.youtube.com/watch?v=If5knyqF_0E. Consulté le 9 novembre 2021.

Les algorithmes peuvent-ils nous soigner ? | 42, la réponse à presque tout | ARTEhttp://www.youtube.com, https://www.youtube.com/watch?v=CJir4a6j-ns. Consulté le 9 novembre 2021.

« Machine learning : YouTube a 1 milliard de vidéos avec des sous-titres automatiques ». Génération-NT, https://www.generation-nt.com/youtube-milliard-video-sous-titres-automatiques-machine-learning-actualite-1939454.html. Consulté le 9 novembre 2021.

« YouTube ». Wikipédia, 6 novembre 2021. Wikipedia, https://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=YouTube&oldid=187767652.

« YouTube tire un trait sur les sous-titres créés par des bénévoles ». Le Monde.fr, 29 septembre 2020. Le Monde, https://www.lemonde.fr/pixels/article/2020/09/29/youtube-tire-un-trait-sur-les-sous-titres-crees-par-des-benevoles_6054095_4408996.html.

Traduction et diglossie : entretien avec le traducteur créole réunionnais Éric Naminzo

Par Marion Coupama, étudiante M2 TSM

Le mois dernier a eu lieu la semaine créole, fête visant à célébrer les cultures et les langues créoles que plus de 2 millions de Français parlent. Pourtant, malgré ce nombre important, les langues créoles sont encore assez méconnues sur le territoire hexagonal. Étant Réunionnaise, il m’arrive encore aujourd’hui d’apprendre aux personnes que je rencontre, que ce n’est pas parce que je parle créole réunionnais que je comprends parfaitement le créole martiniquais, haïtien ou seychellois. En revanche, ce que le créole réunionnais partage avec de nombreuses autres langues créoles est qu’il est implanté dans un milieu diglossique. La diglossie, comme en parle Mathilde Motte dans son billet juste ici, est un concept sociolinguistique qui se définit par l’existence d’une certaine hiérarchie entre deux langues coexistant sur un même territoire. Dans le cas du créole, la langue française serait considérée comme langue dite « haute », plutôt utilisée dans un contexte formel et professionnel, tandis que le créole serait la langue « basse », utilisée uniquement dans la sphère privée. La situation de diglossie peut s’établir dans différents territoires, mais dans cet article nous allons surtout nous concentrer sur la situation à La Réunion et sur les enjeux de la traduction dans un contexte de ce type.

Avant de commencer

Je juge important de faire un point sur l’histoire et sur la situation de la langue à La Réunion avant de continuer mes propos. Les langues créoles sont des langues considérées comme jeunes et issues de la colonisation européenne. Dans le cas du créole réunionnais, elle reprend des structures lexicales françaises ainsi que des termes issus de l’influence indo-portugaise, tamoul ou encore malgache. Il s’agit donc d’une langue très riche qui possède sa propre grammaire. Néanmoins, elle ne possède toujours pas de graphie fixe. Il existe aujourd’hui quatre façons différentes d’écrire en créole réunionnais. Je vous invite, si cela vous intéresse, à les consulter sur ce site. Dans la suite de cet article, nous allons voir que ces différentes façons d’écrire posent un véritable problème dans la traduction du créole. En effet, si 90 % de la population de l’île parle créole réunionnais, seul un tout petit pourcentage de la population a reçu un enseignement de la langue et par conséquent, de son écriture. La raison à cela est que le créole réunionnais n’est enseigné[1] à l’école que depuis les années 2000, lorsqu’il a été reconnu comme langue régionale. Par conséquent, la majeure partie de la population réunionnaise ne maîtrise pas l’écriture de ces différentes graphies. De même, la lecture de ces graphies peut représenter une certaine difficulté pour les personnes qui n’y ont pas été initiées. Afin d’en savoir plus sur ce que cela peut représenter pour le secteur de la traduction, j’ai décidé d’échanger avec un traducteur travaillant depuis et vers le créole réunionnais, Éric Naminzo.

Question : Bonjour Éric, merci de participer à cet échange avec moi ! Dans un premier temps, peux-tu te présenter ?

Bien sûr ! Je vais t’expliquer rapidement mon parcours. J’ai fait des études de lettres en commençant par une classe préparatoire. J’ai ensuite fait une licence de langues avant de tenter le concours du CAPES d’espagnol. J’ai fini par obtenir le CAPLP. Aujourd’hui, et depuis huit ans déjà, je suis enseignant d’espagnol dans un lycée professionnel à La Réunion.
En parallèle, j’ai fait partie de diverses associations pendant plusieurs années autour de différents thèmes comme l’identité culturelle, la créolité, la musique (car je suis également musicien), etc. Et, à un moment je me suis dit, j’aime faire ces deux choses : partager mes connaissances en langues et transmettre mon savoir à propos de la culture créole. J’ai donc décidé d’entreprendre quelque chose de nouveau en ouvrant mon entreprise. J’organise désormais des formations autour de la valorisation de langue et de la culture réunionnaise, des ateliers d’écriture en créole pour l’apprentissage des graphies ou pour des artistes qui souhaitent transposer leur musique à l’écrit. Et enfin, je propose également des services de traduction vers et depuis le créole réunionnais.

Q : Selon toi, quelles sont les enjeux de la traduction d’une langue régionale comme le créole réunionnais ?

L’intérêt de la traduction du créole permet dans un premier temps de prouver qu’on peut tout faire dans notre langue et qu’on peut tout traduire. Pour moi, il y a bien évidemment un aspect sociologique, car grâce à la traduction, le peuple réunionnais peut voir que la langue créole s’écrit, elle est donc visible sous un nouveau format et dans un cadre inattendu, en tout cas pour la plupart des personnes. Dans l’inconscient collectif, cela lui permet d’avoir un peu de visibilité. Mais après, tout dépend de ce qu’on traduit. Par exemple, la traduction d’une œuvre littéraire, d’un poème ou d’un roman du créole vers le français peut avoir une portée différente, car il faut transposer tout un univers culturel. Le chanteur réunionnais Danyèl Waro le fait d’ailleurs de façon très brillante. Il est capable de traduire, j’invente en disant cela, l’hibiscus par une tulipe par exemple… et puis, même les « images » dans ses textes sont très bien transposées en français, mais cela peut lui demander un sacrifice, car traduire ça peut aussi être trahir. Mais selon moi cette question sous-tend une autre, car dans le cas du créole, il y a aussi le problème des graphies qui se pose. Par exemple, un réunionnais peut tomber sur une version du Petit Prince en créole, tout en sachant que le livre existe également en français. N’étant pas habitué à lire du créole et peut-être par manque d’effort, il aura tendance à choisir la version française. Donc oui, la traduction du créole permet de mettre en avant la langue mais il faut aussi se demander, est-ce que les gens vont adhérer ? Qui comprendra son utilité ? Beaucoup diront : « mais c’est inutile, autant lire en français ! ». Le problème dans ce cas précis réside surtout dans le fait que lire le créole est difficile pour un lecteur non initié à la graphie de la langue. Mais tout ça, c’est encore un autre débat !

Q : Quelles difficultés présentent la traduction de deux langues aussi proches, mais également très différentes, dans la mesure où le français est très « littérarisé », tandis que le créole est très oralisé ?

Le créole est oral mais c’est en train de changer, et puis… toutes les langues ont été orales à un moment donné. Par exemple, avant l’ordonnance de Villers-Cotterêts, instaurant la langue française comme seule langue administrative en 1539, chaque région avait plus ou moins sa propre langue, le breton, niçois, basque, etc. Bref, personne n’écrivait nécessairement en français à cette époque. Chacun écrivait dans sa langue, ce qui signifie qu’au XVIsiècle, le français n’était lui aussi qu’une langue orale ! Donc tout est possible. Selon moi, je pense que pour le créole, on peut parler d’introduire des néologismes dans la langue. Le néologisme a toujours été un levier fort dans la langue française, et le créole est né de beaucoup de mots français mais avec du vocabulaire malgache, tamoul, etc. Mais il est vrai que les structures globales viennent du français, donc nous avons tendance à franciser notre créole. Par exemple, je me souviens d’une conversation avec une institutrice. Elle m’a dit qu’elle affectionnait la langue réunionnaise, mais qu’elle n’offrirait jamais une légitimité à la langue car pour elle, la langue serait « pauvre », qu’elle manque de concepts théoriques et de synonymes. Mais cette opinion n’engage qu’elle. Pour moi, dire cela signifie plutôt que vous ne voyez pas les équivalences possibles. Chaque langue a son propre univers, certaines choses se disent en français qui ne se disent pas forcément en créole pour la simple et bonne raison que nous n’avons pas la nécessité de dire cela ici et dans notre langue. Mais je comprends malgré tout le cheminement de sa pensée. Nous avons souvent l’impression qu’il manque des mots en créole, car nous reprenons sans arrêt des mots du français. De plus, certains termes ont disparu avec le temps et certaines expressions sont de moins en moins utilisées car nous n’osons pas forcément les utiliser, ou car elles sont beaucoup trop longues. Pourquoi utiliser dix mots pour dire quelque chose en créole alors qu’on peut le dire en un seul mot en français ? Donc pour moi, oui il s’agit d’une langue orale dans la mesure où sa transmission se fait surtout dans l’oralité, mais sa transmission commence aujourd’hui à être renforcée par l’écrit. Et c’est ça qu’il faut faire, valoriser la langue, parce que bien évidemment, on ne pourra pas traduire dans une langue s’il nous manque des mots. De même, si je fais une traduction technique vers le créole, je vais parfois devoir sacrifier certains termes créoles pour privilégier des termes francisés, car ils seront plus compréhensibles par le lecteur. En effet, comme je le disais tout à l’heure, certains termes et expressions sont de moins en moins utilisés, donc beaucoup ne pourront pas comprendre ce qu’ils signifient. Pour moi, la solution serait peut-être d’imposer des structures créoles équivalentes qui feront davantage écho à notre langue, notre culture, notre imaginaire ou notre façon de voir le concept en question, puis de le transmettre et de l’utiliser afin de remplacer les mots français. Donc voilà, pour relancer un mot dans l’usage, ça ne tient qu’à nous !

Q : Existe-il beaucoup de demande en traduction depuis ou vers le créole ? D’où vient-elle ?

Alors, à mon échelle pour l’instant je dirais qu’il n’y en a pas beaucoup. Il n’y en a pas beaucoup mais au moins il y en a ! Ça vient d’un peu partout. Dernièrement, j’ai été contacté par le Conseil Général pour traduire les descriptifs d’œuvres d’art lors d’une exposition. Donc oui, la demande existe et évolue, car les pouvoirs publics commencent à prendre en considération la traduction vers le créole et à l’introduire de plus en plus dans leurs écrits, même si cette traduction ne naît pas d’une nécessité. Moi je vois ça comme une bonne chose, car comme je l’ai déjà dit, cela permet de « donner de la force » à la langue. Par ailleurs, il existe aussi de la demande de traduction du côté de la musique, notamment pour la mise en forme de texte, paroles ou poème en créole. J’ai aussi des demandes venant de certaines agences de pub ou pour certaines campagnes de sensibilisation, mais c’est plutôt pour traduire quelques lignes.

Q : Comme beaucoup de personnes à La Réunion, je vois très souvent des affiches ou des publicités en créole. Peux-tu nous dire si tu reçois beaucoup de demande de traduction du côté marketing ?

Alors ça aussi c’est une question importante. Je ne vais pas passer par quatre chemins, mais je pense qu’il faut faire attention à ne pas folkloriser seulement la langue pour mieux vendre ! C’est un débat qu’on aborde souvent pendant mes formations sur l’identité culturelle. Là, je glisse un peu sur un aspect militant, mais j’espère que tu vas comprendre où je veux en venir. Par exemple, lors du CAPES de créole, on nous l’a souvent répété : « si vous voulez devenir professeur de créole, vous ne serez pas professeur d’une matière quelconque, car il y a quelque chose derrière tout ça, c’est presque un combat dans lequel vous allez entrer pour faire valoir votre langue et votre culture qui, historiquement, a été bafouée ». La langue créole a subi le même sort que le maloya[2]. Elle a été diabolisée, marginalisée, totalement rejetée à l’école et tout ça nous a fait beaucoup de mal. Je ne vais pas revenir entièrement là-dessus, car ça fait partie de la sociologie et de l’histoire, mais je veux en venir au fait que quand on me parle de traduction marketing en créole je me dis que oui, c’est super d’écrire « ti kaz kréol » (petite maison créole) pour vendre une maison, mais quand vous entrez dans le magasin, aucun vendeur n’est capable de vous parler en créole et pour moi c’est dommage. Si nous décidons de mettre en avant notre langue seulement pour mieux vendre alors c’est dérisoire ! En revanche, je ne dis pas que c’est ce que tout le monde fait. Je sais que de plus en plus de personnes utilisent le créole dans le domaine du marketing, tout en étant conscient de ce que ça représente. Certains le font également par conviction, par envie de transmettre la langue et de la valoriser. Tout ça avance petit à petit et je trouve ça super pour la conscience culturelle des réunionnais.

Q : Donc en conclusion, dirais-tu que la demande en traduction est en hausse ? Comment s’explique-t-elle ?

Alors oui, j’espère et je suis plutôt optimiste. En tout cas, je fais tout pour ! Je pense qu’il y a un véritable regain d’intérêt très fort pour tout ce qui est endémique, autochtone, retour aux circuits courts, etc. J’en parle souvent avec mon entourage, car ma femme travaille au CCEE (Le Conseil de la culture, de l’éducation et de l’environnement) et cette assemblée assiste très bien à ce changement, surtout depuis la pandémie de Covid-19, car les producteurs locaux reçoivent de plus en plus de soutien et les consciences s’éveillent de plus en plus. Pour faire court, et si je peux le dire, on assiste un peu à un retour à l’ancrage régional. J’espère donc qu’avec cette mentalité, il y aura de plus en plus de demande dans la traduction.

Cet échange fait le fruit d’une transcription et d’une traduction d’un échange oral en créole réunionnais.

Conclusion

La traduction en situation diglossique met en lumière certains enjeux sociologiques évidents. Dans le cas du créole, nous assistons de façon progressive à un changement des mentalités quant à la place de la langue dans la société réunionnaise. Si le chemin est encore long pour aboutir à un bilinguisme, ou encore à un « bilinguisme épanoui » comme le souhaite et l’a exprimé Franck Lauret, premier agrégé de créole, dans une interview pour France Culture : « Un bilinguisme épanoui, ça veut dire que je ne dois jamais me sentir obligé d’utiliser tel code plutôt qu’un autre dans telle situation, que je ne dois pas regarder une langue comme supérieure à l’autre. Toutes les langues sont de valeurs égales, toutes les langues se valent et peuvent dire les mêmes choses et sont belles », nous pouvons d’ores et déjà penser à l’importance et au pouvoir que peut avoir la traduction dans un tel « combat ». De même, cet éveil des consciences pourrait également aboutir à l’ouverture d’une nouvelle voie dans le secteur de la traduction, dans des paires de langues encore peu explorées aujourd’hui.

Je tiens à remercier chaleureusement Éric Naminzo pour son temps et ses réponses très intéressantes sur un sujet qui me tient à cœur.

Sources :

CONFIANT, Raphaël, 2000. Traduire la littérature en situation de diglossie. Palimpsestes. Revue de traduction. 1 septembre 2000. N° 12, pp. 49‑59. DOI 10.4000/palimpsestes.1635.

Francky Lauret, premier agrégé de créole, veut réconcilier le français et le réunionnais, 2021. France Culture [en ligne] https://www.franceculture.fr/litterature/francky-lauret-premier-agrege-de-creole-veut-reconcilier-le-francais-et-le-reunionnais

Kisa n’i lé – Lofislalangkreollarenyon, [en ligne] https://lofislalangkreollarenyon.re/kisa-ni-le/

Mais c’est pas du français ça !, 2020. MasterTSM@Lille [en ligne] https://mastertsmlille.wordpress.com/2020/05/10/mais-cest-pas-du-francais-ca/

TABOURET-KELLER, Andrée, 2006. à propos de la notion de diglossie. Langage et société. 2006. Vol. 118, n° 4, pp. 109‑128.


[1]     Il s’agit essentiellement d’un enseignement facultatif mis à disposition pour les élèves qui le souhaitent.

[2]     Danse et musique traditionnelle réunionnaise interdite par l’administration française jusqu’en 1982 et inscrite au patrimoine mondiale de l’UNESCO depuis 2009.

Traduire le genre neutre en français

Par Loreen Lesaffre, étudiante M2 TSM

Lors de mon stage de M1, j’ai eu à réviser un texte où étaient utilisés les pronoms « they » en anglais et « ze » en néerlandais, tous deux neutres. La personne qui avait traduit le texte avait beaucoup hésité sur le pronom à utiliser en français, une langue basée sur la binarité du genre. Je me suis donc posé la question suivante : comment traduire le genre neutre en français ?

L’anglais, le français, et le genre

L’anglais, n’ayant pas de pronom singulier neutre, attribue ce rôle au pronom « they ». Il sert à désigner une personne dont on ne connaît pas le genre, ou dont il n’est pas utile de connaître le genre. Désormais, il est aussi utilisé pour désigner une personne non binaire.

Le « they » neutre étant de plus en plus présent dans le langage courant, par exemple sur les réseaux sociaux, des institutions comme Merriam-Webster ou l’Association américaine de psychologie (APA) l’ont adopté et conseillent son utilisation. Abandonné pendant les siècles derniers, on retrouve pourtant le « they » neutre dans la littérature dès le XIVe siècle.

Contrairement à l’anglais, qui est une langue avec laquelle il est facile de s’exprimer de manière neutre puisque le genre se limite aux pronoms personnels (he/she) et possessifs (his/her), le français, comme les autres langues romanes, est une langue basée sur la binarité du genre : chaque nom a un genre grammatical, que ce soit pour désigner un objet ou une personne. Il existe pourtant des noms neutres, que l’on appelle « épicènes ».

En ce qui concerne les pronoms, la langue française n’a pas encore intégré de pronom neutre. Comment peut-on donc désigner une personne non binaire ? Selon un sondage de La vie en queer, en 2017, les personnes non binaires utilisent, en plus des pronoms « il » et « elle », des néo-pronoms, majoritairement « iel », mais aussi « ael », « ol », « ille », « ul » ou encore « al ». Ces pronoms n’étant pas encore entrés dans la langue, il faut les utiliser avec beaucoup de précaution dans les traductions.

Solutions

Plusieurs solutions permettent de traduire le genre neutre vers le français. Bien que l’écriture inclusive ait une image très négative en France de par son aspect militant, certaines techniques peuvent être utilisées. En effet, l’écriture inclusive ne se limite pas qu’à l’utilisation du point médian, et peut passer inaperçue. Les solutions que je vais citer font partie de l’écriture épicène, c’est-à-dire qu’elles permettent d’inclure tout le monde, et qu’elles sont neutres (certaines techniques de l’écriture inclusive ne permettent d’inclure que les femmes).

Les épicènes

Les épicènes sont des noms, des adjectifs et des pronoms désignant une personne et qui ont la même forme au masculin et au féminin : ils sont donc neutres. De nombreux mots de ce type existent dans la langue française, bien qu’il soit parfois difficile de trouver un terme adéquat pour remplacer un mot genré. Le Dictionnaire des synonymes épicènes d’Isabelle Meurville recense ces mots en se basant sur leurs synonymes.

Exemples :

  • noms :

– spécialiste (expert.e.) ;

– adepte (amateur et amatrice, passionné.e, etc.) ;

– adelphe.

  • adjectifs :

– efficace ;

– enthousiaste ;

– athlétique.

  • pronoms :

– quiconque ;

– on.

  • anglicismes :

– designer ;

– coach.

Les collectifs

Les collectifs sont des mots ou groupes nominaux qui permettent de contourner les noms désignant les humains au féminin ou au masculin et d’utiliser leurs formes neutre et/ou globale.

Exemples :

            – le lectorat (plutôt que les « les lecteurs et lectrices ») ;

            – le personnel (plutôt que « les employé.e.s ») ;

            – le corps enseignant (plutôt que « les enseignant.e.s »).

Les collectifs sont à utiliser dans certains contextes où il est acceptable de ne pas désigner les personnes individuellement mais par le groupe auquel elles appartiennent. En effet, ils peuvent créer une distance entre le texte et le lectorat, ce qui est à prendre en compte dans le skopos d’un texte à traduire.

Les néologismes

Les néologismes sont, comme leur nom l’indique, des nouveaux mots dont l’utilisation est très récente. Au vu de leur nouveauté et du fait qu’ils n’aient pas encore été « officialisés », ils sont surtout utilisés dans le langage courant (sur les réseaux sociaux, à l’oral, etc.).

On compte parmi les néologismes les néo-pronoms, qui ont pour but de s’adresser à une personne de manière neutre, sans lui attribuer de genre binaire (c’est-à-dire exclusivement homme ou femme), et qui sont utilisés par certaines personnes non binaires. Bien que ces pronoms aient la même fonction que le « they » singulier en anglais, à savoir celle de pronom neutre, ils ne sont pas autant installés dans la langue française. Lors d’une traduction, il est donc préférable de les contourner. Si le texte concerne l’identité d’une personne, il peut être utile et même demandé d’utiliser un pronom neutre.

Exemples :

  • pronoms personnels et indéfinis :

– iel / ellui ;

– toustes ;

– celleux.

  • noms :

– acteurice ;

– copaine.

  • adjectifs :

– belleau ;

– créatifive.

Lors d’une traduction, il est important de demander l’avis du client sur l’utilisation des néologismes et des néo-pronoms. Si le client n’est pas francophone, c’est à nous de faire ce choix, en prenant en compte le public visé, le domaine dans lequel on traduit, etc.

Les tournures de phrase

Lorsqu’il est difficile d’utiliser les techniques précédentes, par absence d’autorisation d’un client ou parce qu’il n’existe pas de terme épicène adapté, il est possible de reformuler les phrases genrées. Il y a pour cela plusieurs manières de faire :

  • nominaliser : remplacer un adjectif genré par le nom correspondant permet d’effacer la marque du genre. Il faut parfois reformuler la phrase afin de créer une phrase cohérente autour du nom.

Exemples : Nous devons être patient.e.s > Nous devons faire preuve de patience

Ils sont patients > Leur patience est remarquable ;

  • passer de la voix passive à la voix active : il est préférable d’utiliser la voix active pour éviter toute marque du genre. Il faut cependant faire attention au sens de la phrase pour ne pas le modifier avec le changement de voix, car en français, la voix passive et la voix active ont un but différent.

Exemples : Vous êtes prié de… > Veuillez…

Ils sont supervisés par le responsable > La personne responsable les supervisera ;

  • utiliser l’ellipse ou la forme impersonnelle : celles-ci demandent une reformulation complète de la phrase. Comme pour les collectifs, elles mettent de la distance entre le lectorat et le texte.

Exemples : Vous êtes prié de… > Il est demandé de…

Tous les employés doivent être présents > La présence de l’ensemble du personnel est obligatoire

Il existe aussi des formulations épicènes, comme par exemple remplacer la formule de politesse « Cher/Chère [nom] » par « Bonjour [nom] » au début d’un e-mail. Celles-ci permettent de simplifier un texte tout en le rendant neutre.

Ces techniques demandent parfois plus de temps, car c’est un exercice de reformulation qui implique une réflexion. Il n’est donc pas toujours facile de les utiliser dans une traduction avec un court délai, surtout si le texte comporte beaucoup de phrases genrées. Certaines reformulations peuvent être mémorisées au fil du temps, mais il faudra toujours prendre en compte le contexte dans lequel elles se placent, car il peut amener à les modifier.

Conclusion

Le français étant une langue genrée, il peut être difficile de s’imaginer traduire le genre neutre. Pourtant, il existe bien des techniques pour contourner le genre, bien que celles-ci demandent plus de réflexion. Comme toutes les langues, le français évolue et c’est l’usage qui définira les règles de demain, qui seront peut-être plus inclusives, et qui accepteront peut-être un pronom neutre qui facilitera la traduction des langues non genrées.

Pour l’instant, il est important de prendre en compte l’avis de ses clients sur le langage neutre, l’utilisation des néologismes, des néo-pronoms, et des formulations épicènes.

Pour plus d’informations à ce sujet, je vous conseille de lire cet article de blog.

Bibliographie

Oxford English Dictionary, « A brief history of singular ‘they’ » 4 septembre 2018 . Lien (consulté le 06/11/2021) : https://public.oed.com/blog/a-brief-history-of-singular-they/

La vie en queer, Le langage dans la communauté non-binaire 2017, 26 juillet 2018. Lien (consulté le 06/11/2021) :  https://lavieenqueer.wordpress.com/2018/07/26/le-langage-dans-la-communaute-non-binaire-2017/

Radio-télévision belge de la Communauté française, « Iel/ielle/ille » : pourquoi et comment utiliser ces pronoms « neutres » ?, 13 mai 2021. Lien (consulté le 06/11/2021) : https://www.rtbf.be/info/societe/detail_iel-ielles-illes-pourquoi-et-comment-utiliser-ces-pronoms-neutres?id=10761226

Merriam-Webster, Merriam-Webster’s Words of the Year 2019. Lien (consulté le 06/11/2021) : https://www.merriam-webster.com/words-at-play/word-of-the-year-2019-they/quid-pro-quo

Hugues Peters, « Gender-inclusivity and gender-neutrality in foreign language teaching: The case of French », Australian Journal of Applied Linguistics, vol. 3, no 3,‎ 23 décembre 2020, p. 183–195 (ISSN 2209-0959). Lien (consulté le 06/11/2021) : https://www.castledown.com/journals/ajal/article/?reference=332

American Psychological Association, Singular “they”, Septembre 2019. Lien (consulté le 06/11/2021) : https://apastyle.apa.org/style-grammar-guidelines/grammar/singular-they

LESAFFRE, Loreen, 2021. Rapport de stage Master 1 TSM, Université de Lille

Traducteur indépendant : 5 conseils pour vaincre la solitude

Par Marine Auguste, étudiante M2 TSM

Alors que de plus en plus de travailleurs osent s’installer en tant qu’auto-entrepreneurs, l’auto-entrepreneuriat semble s’imposer comme la situation la plus courante pour les professionnels de la traduction. Bien que cette situation présente de nombreux avantages, beaucoup d’indépendants se plaignent du caractère solitaire et de l’isolement découlant de leur situation professionnelle. Alors que ces caractéristiques peuvent paraître indissociables de notre métier et que de nombreux étudiants en traduction, jeunes indépendants ou même travailleurs aguerris s’en inquiètent, nombre de solutions bien trop peu connues existent. Je me suis donc intéressée à quelques-unes d’entre elles lorsque je réfléchissais à mon installation future et j’ai décidé de les partager dans ce billet afin d’aider tout indépendant ou futur indépendant en quête de conseils.

Réseauter

Réseauter vous permet de prendre conscience que d’autres personnes se trouvent dans la même situation que vous, mais surtout d’échanger, tant professionnellement que personnellement.

Il s’agit sans doute de la solution la plus « simple » parmi toutes celles auxquelles je me suis intéressée, et pourtant ce n’est pas forcément la première à laquelle on penserait. Même si en tant qu’indépendant vous ne travaillez pas toujours avec les mêmes personnes, bien souvent vous retrouvez des têtes familières, des paires traducteurs/réviseurs se forment, etc. Si vous parlez régulièrement à vos collègues habituels, au fur et à mesure de votre collaboration, vous apprendrez un peu plus à vous connaître, et il ne s’agira plus uniquement d’une adresse mail sans visage, mais vous prendrez pleinement conscience de la personne qui se trouve derrière son écran d’ordinateur. Que les discussions soient purement professionnelles, ou bien qu’une amitié se forme, communiquer avec ses co-traducteurs est extrêmement important pour ne pas avoir l’impression de travailler seul, ce qui est bien souvent faux.

Bien évidemment, communiquer avec les professionnels travaillant régulièrement avec vous ne constitue pas l’unique forme de réseautage : les réseaux sociaux sont également là pour vous. Qu’il s’agisse de Linkedin, Viadeo, Facebook, Twitter ou autre, restez à l’affût des publications et des profils des professionnels de la traduction. Enfin, vous pouvez également profiter des conférences et événements auxquels vous participez afin d’étendre votre réseau. De nouvelles communications, voire de nouvelles collaborations, pourraient ainsi voir le jour.

AVANTAGES

• Entraide et motivation
• Communications diverses possibles
• Nouvelles collaborations potentielles

INCONVÉNIENTS

• Parfois difficile d’aller vers les autres professionnels

Travailler en espace de coworking

Travailler dans un espace de coworking vous permet de sortir de chez vous et de rencontrer de nouvelles personnes appartenant à différents domaines professionnels.

Qui dit indépendant, dit bien souvent travailler depuis chez soi, ce qui ne convient pas à tous les professionnels. Afin de pallier le caractère solitaire du travail à la maison, vous pourriez envisager de rejoindre un espace de coworking. Il existe d’ailleurs autant d’espaces de coworking différents que de professionnels. S’il s’agit d’une option qui vous tente, vous trouverez sans aucun doute chaussure à votre pied parmi la myriade d’espaces proposés que ce soit en France ou à l’étranger.

Travailler en espace de coworking vous permettra de rencontrer de nouveaux professionnels dans différents domaines. Outre l’ambiance et la compagnie apportée par vos coworkers, cela peut donner naissance à des collaborations fort intéressantes. Imaginez que vous deviez traduire un texte spécialisé dans le domaine de l’informatique. Ne serait-ce pas opportun d’avoir un informaticien travaillant sur le bureau juste à côté du vôtre prêt à vous aider ?

AVANTAGES

• Motivation et entraide
• Réseautage et communauté
• Communication orale et relationnel

INCONVÉNIENTS

• Parfois bruyant
• Gêne/Dérangement
• Manque d’intimité
• Payant

Rejoindre la SFT

Rejoindre la SFT vous permet d’avoir accès à une panoplie d’événements et de formations, de faire partie d’un regroupement de professionnels de la traduction et de faire vivre notre secteur.

La SFT (Société Française des Traducteurs) est un syndicat professionnel qui regroupe de nombreux spécialistes de la traduction francophones travaillant en tant qu’indépendants. En plus de proposer une protection juridique et un annuaire répertoriant tous les membres, la SFT organise également des formations et divers événements à distance ou en présentiel par délégation. La SFT participe régulièrement aux différentes journées mondiales de la traduction organisées par les universités de France, afin de pouvoir échanger directement avec les étudiants.

Récemment, la SFT a également lancé un nouveau programme appelé « Boussole ». Il s’agit d’un programme de mentorat entre de jeunes professionnels de la traduction souhaitant se faire aiguiller par des spécialistes aguerris. Les binômes sont formés en fonction des besoins des mentorés, mais aussi de la localisation des deux professionnels. Entre entraide et nouvelles informations, les utilités du programme sont multiples et dépendent des besoins et envies de chaque binôme : comment prospecter, calculer ses tarifs ou être présent en ligne, quelles sont les bonnes pratiques, les actualités du marché, etc.

AVANTAGES

• Évènements et formations en présentiel ou distanciel
• Rencontres dans toute la France
• Partage et entraide
• Réseautage

INCONVÉNIENTS

• Cotisation annuelle

Participer au Discord des traducteurs

Participer au Discord des traducteurs vous permet de prendre part à une communauté virtuelle vivante, à des discussions en tout genre, tant professionnelles que personnelles, et de partager directement avec les professionnels du secteur.

Le Discord des traducteurs est un serveur privé créé en 2020 par Dorine Parmentier, traductrice indépendante française. Celui-ci compte aujourd’hui plus de 350 indépendants travaillant dans les métiers de la traduction qui se regroupent sur différents canaux. Les salons, oraux ou écrits, sont divers et variés, afin que chacun puisse s’y retrouver : des salons dédiés aux membres de la SFT (mentionnée ci-dessus), des salons pour discuter de tout et de rien, des espaces de coworking virtuels et de nombreux salons thématiques en rapport direct avec l’activité de traduction (localisation, sous-titrage, outils de TAO, traduction bénévole, etc.) ou non (comptabilité, prospection, épargne retraite, etc.). Différents événements sont également organisés, virtuels ou non, afin que les membres puissent se rencontrer, apprendre à se connaître, créer de nouvelles collaborations ou simplement réseauter.

Pour finir, j’aimerais citer la créatrice du serveur Discord : « Le serveur m’apporte de la bonne humeur, des visages sur mon écran de gauche qui permettent de diminuer le ressenti de solitude propre au métier, et surtout des réponses. »

AVANTAGES

• Échanges écrits et vocaux
• Entraide et motivation
• Réseautage
• Rencontres physiques
• Organisations d’événements

INCONVÉNIENTS

• Parfois difficile d’oser parler au milieu de tant de membres
• Fermé aux gestionnaires de projet
• Distraction potentielle

Créer un collectif

Créer un collectif vous permet de prendre part à un groupe d’intérêt professionnel et à une collaboration d’un nouveau genre, avec d’autres professionnels de la traduction, et notamment des personnes avec lesquelles vous entretenez des affinités personnelles.

Depuis quelques années, de nombreux collectifs voient le jour au sein du secteur de la traduction. Il s’agit d’un regroupement d’indépendants, qui travaillent séparément, facturent le plus souvent séparément, mais peuvent collaborer sur certains projets et notamment s’entraider. Parmi les collectifs de traducteurs et interprètes, nous pouvons citer La Linguistiquerie, ou encore Dream Team Translations. Chaque professionnel garde son indépendance tout en appartenant à un groupe, à un réseau direct.

Dans les collectifs, il est possible de proposer des services joints, comme un package traduction/révision, ou bien des traductions à plusieurs mains lors d’importants projets. Cela permet également de disposer d’un réseau très proche de professionnels spécialisés dans différents domaines et différentes langues, afin de pouvoir proposer les services les plus adéquats aux clients. Mais avant tout, le collectif permet de pouvoir discuter, tant professionnellement que personnellement, et de s’entraider. C’est autant une collaboration, qu’une confiance importante qui se forme parmi les membres d’un collectif.

AVANTAGES

• Échanges et communication
• Entraide et motivation
• Collaboration
• Services de traductions joints et harmonisation

INCONVÉNIENTS

• Obligations envers le collectif qui peuvent être contraignantes

La solitude et l’isolement sont bien loin d’être indissociables du statut d’indépendant, il suffit d’avoir les bonnes clés en main. J’espère que ces quelques conseils vous seront utiles. Il ne s’agit que d’une liste exhaustive des maintes solutions permettant de mieux vivre la situation d’indépendant, si vous souhaitez apporter d’autres conseils, n’hésitez pas à les mentionner dans les commentaires.

Un grand merci aux traducteurs et traductrices qui ont accepté de répondre à mes questions : Dorine Parmentier, Baptiste Labey, Clément Brulé et Antoine Deruy. Un grand merci également aux membres de La Linguistiquerie, de Dream Team Translations et de la délégation Nord de la SFT qui ont participé à la journée mondiale de la traduction 2021 de Lille et ont inspiré la rédaction de ce billet de blog.

Bibliographie

Anonyme. « Coworking pour traducteurs indépendants : pour et contre. ». BeTranslated, 29 septembre 2020, https://www.betranslated.fr/bt/coworking-independants-pour-contre/.

Bonningue, Sarah. « Keep Calm : la santé mentale des traducteurs ». MasterTSM@Lille, 14 juin 2020, https://mastertsmlille.wordpress.com/2020/06/14/keep-calm-la-sante-mentale-des-traducteurs/.

Judéaux, Alice. « Traducteur, êtes-vous fait pour travailler dans un espace de coworking ? » Tradonline, 10 avril 2018, https://www.tradonline.fr/blog/traducteur-etes-vous-fait-pour-travailler-dans-un-espace-de-coworking/.

Lederlin, Fanny. « Télétravail : un travail à distance du monde ». Etudes, vol. Novembre, nᵒ 11, octobre 2020, p. 35‑45.

Tocaben, Chloé. « Les espaces de coworking ». Tradixit, 30 novembre 2020, https://www.tradixit.com/post/les-espaces-de-co-working.

J’ai testé pour vous : la recherche d’un projet de traduction bénévole

Par Tiffany Desmaret, étudiante M2 TSM

Dans le cadre de leur année universitaire, les étudiants du master TSM doivent prendre en charge un projet de traduction pour une institution à but non-lucratif. Ce projet de traduction bénévole constitue une unité d’enseignement à part entière, qui n’est en vigueur que depuis l’année dernière. À ce propos, deux anciennes M2 TSM, Margaux Mackowiak et Marisa Dos Santos, sont revenues sur leur expérience dans ce billet de blog, qui présente à la fois plus en détails en quoi consiste ce nouvel enseignement.

Je ne reviendrai donc pas sur la description de ce projet de traduction bénévole, ses objectifs ou encore comment il se déroule. J’axerai plutôt mon billet sur la phase de recherche de ce projet : combien de temps cela prend-il ? Est-ce difficile de trouver une collaboration ? Je vais alors vous partager mon expérience personnelle, ainsi que celle de mes camarades de M2 TSM, en espérant qu’elles vous soient utiles, notamment aux M1 de cette année qui reprendront le flambeau l’année prochaine !

Commencer ses recherches dès que possible

J’enfonce peut-être une porte ouverte, mais il faut surtout anticiper ses recherches. En effet, c’est lors de notre pré-rentrée que nous ont été présentées en détails les modalités du projet, et nous apprenons alors que nous avons jusqu’à la mi-octobre pour trouver une ONG avec qui travailler. Sauf que, spoiler alert : un mois, ça passe vite. Très vite. Les ONG que nous contactons répondent en moyenne une semaine, voire 10 jours après, mais ça peut aller jusqu’à trois semaines de délai. Aussi, elles peuvent avoir des questions à nous poser, et ces échanges de mails prennent du temps. Il faut donc maximiser ce temps : vous pouvez vous renseigner sur les institutions avec lesquelles vous souhaiteriez potentiellement coopérer et lister leurs coordonnées dès l’été qui précède le M2 ! En particulier si vous êtes intéressés par un domaine en particulier, il peut être utile de contacter les ONG correspondantes en amont. Et surtout, n’hésitez pas à faire une longue liste…

Envoyer beaucoup (beaucoup) de mails

Ce n’est évidemment pas obligatoire, toutefois, je vous le conseille fortement. Si certains ont eu la chance de n’envoyer que quelques mails et d’avoir une réponse positive dans les jours suivants, c’est loin d’avoir été le cas pour tous. Personnellement, je n’ai envoyé pas moins de 50 mails avant d’avoir un espoir de collaboration. J’ai pourtant envoyé le premier le 16 septembre 2021, donc assez tôt, mais je n’ai eu la confirmation du lancement du projet que le 05 octobre 2021. Ce n’est pas si tard, me direz-vous, mais c’était assez stressant de voir les jours avancer et de n’avoir encore aucune piste, malgré mes efforts. Mes recherches ont donc duré 20 jours en tout, alors qu’elles n’ont duré en moyenne « que » 13 jours pour la classe. Je n’en connaîtrai jamais la raison, mais cela m’a rappelé notre recherche de stage : certains envoient quelques candidatures et ont la chance d’avoir une réponse très rapidement (et j’en faisais partie), d’autres en envoient des cinquantaines et n’ont toujours pas de retours après des mois… C’est un peu au petit bonheur la chance, mais cette chance, vous pouvez la provoquer ! N’attendez pas après des réponses qui ne viendront peut-être pas, et envoyez, envoyez, envoyez ! Bon nombre d’entre nous ont d’ailleurs reçu plusieurs réponses positives, mais ce n’est pas grave : vous pourrez partager vos tuyaux avec d’autres M2 qui n’ont pas encore trouvé d’institution avec qui collaborer.

Faire des recherches à l’étranger

Le dernier conseil que je pourrais donner, et qui est plus personnel, c’est d’oser élargir ses recherches en dehors de la France, notamment dans les autres pays francophones. En effet, sur 20 mails que j’ai envoyés en France, je n’ai eu que deux réponses, qui étaient toutes les deux négatives. Parallèlement, sur 20 mails envoyés en Suisse, j’ai eu 11 réponses, dont quatre positives. Je ne peux m’empêcher de penser qu’il ne s’agit pas d’une coïncidence : ayant quatre langues nationales, la Suisse a sûrement beaucoup plus de besoins en traduction que la France qui n’en a qu’une. De même, l’une d’entre nous n’a toujours pas décroché de projet de traduction début novembre alors que cette personne a envoyé une quarantaine de mails, mais principalement en France. Il s’agit peut-être là encore d’un hasard, mais j’ai le sentiment qu’il est plus difficile de trouver un partenariat en France qu’à l’étranger. Tous mes camarades ne partagent pas mon opinion, mais je souhaitais tout de même en faire part dans ce billet, libre à vous de vous faire votre propre avis à ce sujet.

Recontacter les ONG qui ont collaboré avec les anciens M2

Commencez par tenter votre chance de ce côté-ci ! Voici la liste des établissements contactés par les M2 2020-2021 :

  • The Donkey Sanctuary
  • Les Amis de la Terre
  • Human Appeal
  • Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO) France
  • Dianova
  • ICAN France
  • Animal Welfare Institute
  • Black Legal Action Centre (BLAC)
  • Global Voices
  • Cochrane
  • Réseau des parcs suisses / Netzwerk Schweizer Pärke
  • Humane Society International
  • PETA France
  • SEED Madagascar
  • Agir pour l’environnement
  • IPES-food (International Panel of Experts on Sustainable Food Systems)

Et la liste de ceux contactés cette année par notre promotion (en italique ceux déjà contactés l’année précédente) :

  • ifaw – Fonds international pour la protection des animaux
  • Helpcode Switzerland
  • Surfrider Foundation Europe
  • Villages du Monde pour Enfants
  • Medair
  • France parrainages
  • CETRI – Centre tricontinental
  • SOS Méditerranée
  • CAMELEON Association
  • PROTEC (Protégeons les Enfants des Corridas) 
  • Instituto de Turismo Responsable (RTI)
  • CIWF France
  • Zero Waste Belgium
  • Global Voices
  • Cochrane
  • Ligue pour la Protection des Oiseaux
  • IPES food

Petit tip personnel : la croix rouge suisse, Swissaid, Solidar Suisse, Médecins du monde Suisse, et Caritas pourront peut-être répondre par l’affirmative à votre demande. J’ai eu l’occasion d’échanger avec ces associations qui n’ont malheureusement pas pu me fournir de projet à traduire, mais ont pourtant régulièrement besoin de traduire de longs documents pour lesquels ils font appel à des externes. Il suffit de tomber au bon moment !

Conclusion

Pour résumer, nous sommes tous d’accord pour vous dire qu’il faut an-ti-ci-per. Prenez-vous-y le plus tôt possible, de façon à ne pas être débordé à la fin du semestre ! Armez-vous également de patience, puisque trouver un projet de traduction bénévole, ce n’est pas chose aisée. Il faut se préparer à ne pas recevoir de réponses, ce qui est frustrant mais malheureusement très fréquent. Il faut également s’attendre à essuyer un certain nombre de refus, soit parce que l’institution n’a tout simplement pas de projets à fournir à ce moment-là, ou encore parce qu’elle ne peut pas remplir les conditions imposées par le master. Ce n’est pas forcément de la mauvaise volonté de la part de l’ONG, mais cela reflète bien la réalité du marché de la traduction : pour un traducteur indépendant, il n’est pas si simple de trouver des projets à prendre en charge, et cet enseignement très professionnalisant nous y prépare au mieux.

Remerciements

Un grand merci à tous mes camarades de M2 qui ont bien voulu partager leur expérience avec moi, et donc avec vous, via un Google Form.

Merci également à notre professeur Henry Hernández Bayter d’avoir accepté de me communiquer ses ressources de ce cours de projet de traduction bénévole.

Quel est le nombre de clients idéal pour un traducteur indépendant ?

Par Nicolas Cardinael, traducteur professionnel et intervenant au sein de la formation TSM

Le 24 septembre dernier, à l’occasion de la Journée mondiale de la traduction, se tenait sur le campus de Pont de Bois une table ronde organisée par la Société Française des Traducteurs (SFT). À l’issue de l’une des présentations, une étudiante présente dans l’assistance posait une question très intéressante : à partir de quel moment un traducteur indépendant peut-il arrêter son travail de prospection ? La réponse donnée par l’intervenante, qui fut aussitôt approuvée par les autres membres de la SFT présents à ses côtés, fut simple : jamais.

À défaut d’avoir réfléchi à cette question au préalable, je ne pouvais, sur le moment, qu’être d’accord avec cette vision du travail de prospection. La recherche perpétuelle de nouveaux clients semble en effet être synonyme d’évolution, de progression et de diversification des expériences, qui doivent logiquement mener à un plus grand épanouissement professionnel. Cependant, si l’on pousse la réflexion un peu plus loin, cette logique n’a-t-elle pas une limite ? N’y a-t-il pas un nombre de clients au-delà duquel il devient difficile de travailler efficacement ? Un nombre de clients trop élevé ne peut-il pas comporter des inconvénients néfastes pour le traducteur indépendant ?

Afin d’apporter des éléments de réponse à ces questions, je propose de nous intéresser au cas d’un traducteur indépendant qui travaillerait uniquement pour des agences, et non pour des clients directs, depuis un certain nombre d’années et dont le nombre de clients aurait fluctué tout au long de sa carrière. Puisque toute ressemblance avec un traducteur existant, qui serait également en charge de plusieurs cours de traduction DE-FR au sein du Master TSM, n’est absolument pas fortuite, j’utiliserai la première personne du singulier dans la suite de ce billet, où je tenterai d’identifier les avantages et les inconvénients liés aux différents nombres de clients pour lesquels j’ai été amené à travailler pendant différentes phases de mon activité.

Avant de s’intéresser au nombre de clients en lui-même, il me semble important de préciser pourquoi je travaille uniquement en tant que sous-traitant pour des agences et non pour des clients directs.

Tout d’abord, il est bien plus aisé pour un traducteur indépendant de prospecter auprès d’agences de traduction puisque ce type de démarchage s’apparente grandement à une recherche d’emploi classique. Un CV soigné et adapté, ainsi qu’une lettre de motivation personnalisée suffisent normalement à établir un premier contact avec la personne en charge de recruter des traducteurs externes au sein d’une agence. S’ensuit généralement un test de traduction qui, s’il est concluant, permet de démarrer rapidement une collaboration avec l’agence en question.

La prospection auprès de clients directs, en revanche, nécessite souvent une démarche commerciale bien plus aboutie, impliquant par exemple la création de supports de présentation, d’un site Internet, de profils sur les réseaux sociaux, etc. qui devront être attractifs et permettre de se démarquer de la concurrence, qui est d’ailleurs presque exclusivement constituée d’agences de traduction de plus ou moins grande taille, et qui disposent d’un service commercial spécialiste de la prospection. Une rude concurrence.

Par ailleurs, il est beaucoup plus facile de cerner les besoins précis (couples de langue, domaines de spécialisation, etc.) d’une agence avant de postuler en consultant son site Web, ses réseaux sociaux ou encore sa page LinkedIn, ce qui permet d’ajuster sa candidature et d’obtenir un taux de retour bien meilleur.

Enfin, la plupart du temps, les entreprises basées en France ont besoin de faire traduire des documents vers des langues étrangères, ce qui n’entre pas dans mon champ de compétences, puisque je travaille uniquement vers le français.

C’est d’ailleurs pour toutes ces raisons que la structure du marché de la traduction est telle que nous la connaissons aujourd’hui, très largement basée sur le recours à des traducteurs indépendants.

Entrons désormais dans le vif du sujet et examinons une situation que j’ai expérimentée pendant quelques années et dont j’ai grandement apprécié les avantages : travailler pour un client unique.

Il convient de préciser que le client unique en question était la filiale française de l’un des géants mondiaux de la traduction. Le risque de retard ou de défaut de paiement des factures semblait très limité, tout comme le risque de chômage technique causé par une baisse d’activité soudaine ou une rupture brutale de la collaboration. Les risques économiques liés à cette relation de travail exclusive étaient donc assez limités.

Dans le cadre d’un accord informel trouvé avec la vendor manager de cette agence, j’avais donc accepté de réserver la totalité de mes disponibilités à l’équipe interne pour laquelle je travaillais (beaucoup) depuis quelques mois en échange d’un flux de travail continu et d’une optimisation de mon planning. Il s’agissait d’établir une relation de travail mutuellement bénéfique puisque le client pouvait compter de façon certaine sur mes disponibilités (les périodes d’absence étant signalées le plus longtemps possible en avance), et de mon côté, je tirais plusieurs avantages très intéressants de cet accord, qui se traduisaient par un grand confort de travail. 

Le fait de me voir proposer de façon régulière des projets dont le client savait qu’ils étaient compatibles avec mon emploi du temps, sans alterner les périodes de pic et de creux, a été un facteur très important dans la diminution du stress inhérent au statut d’indépendant, tant en termes de répartition du temps de travail (plus de travail le soir et le week-end pour compenser des périodes de creux) que de stabilité des revenus. Par ailleurs, les tâches administratives annexes à la traduction (facturation, suivi des projets, etc.) étaient beaucoup moins chronophages.

Ce type de collaboration offre également une meilleure visibilité sur le planning à l’année, ce qui permet de planifier plus sereinement les périodes de congés.

Enfin cette collaboration privilégiée favorise également une meilleure connaissance des interlocuteurs, et donc des relations professionnelles plus conviviales.

Pour résumer, je bénéficiais de quelques-uns des avantages du statut de salarié, tout en conservant une certaine liberté, principalement due à la possibilité de poser mes congés comme bon me semblait et de dégager du temps pour d’autres activités (l’enseignement par exemple) sans avoir à me justifier.

Bien sûr ce type de collaboration comporte également des inconvénients.

Nous pouvons notamment citer une plus faible diversité des projets et une spécialisation décidée par le client plutôt que par moi-même. En effet, en laissant à mon client la main sur mon planning, je n’avais qu’à confirmer ma disponibilité pour les projets proposés. Le développement de la spécialisation qui se fait naturellement au fil des projets pris en charge échappait donc en partie à mon contrôle. Bien sûr il était toujours possible de refuser un projet qui ne me convenait pas. Cependant, mes interlocuteurs me connaissant assez bien, ils me proposaient des projets qui correspondaient à mon profil et que je ne refusais donc presque jamais, même si j’aurais peut-être donné la priorité à d’autres projets si j’avais eu à trancher entre plusieurs propositions simultanées.

Par ailleurs, même si l’on considère que le client unique a les reins solides, cette collaboration exclusive génère forcément une dépendance économique totale à l’égard du client, ce qui constitue un risque en cas de rupture de la collaboration. Partir à la reconquête d’anciens clients pour lesquels je m’étais assez soudainement mis à refuser toutes les propositions de projets allait forcément prendre du temps, voire ne pas aboutir. Tout comme le démarchage de nouveaux clients.

Au moment de faire le bilan de ce type de collaboration, je dois admettre que les avantages l’emportent assez largement sur les inconvénients. La régularité du flux de travail et des horaires, ainsi que la stabilité des revenus sont des atouts particulièrement appréciables.

Cependant, après quelques années, la régularité du flux de travail s’est petit à petit dégradée et je sentais beaucoup moins chez mon interlocutrice le souci d’optimiser mon emploi du temps. Je n’ai jamais demandé d’explications à ce sujet, mais je peux supposer différentes raisons à cette évolution : une remise en cause en interne de ce type de relation avec les fournisseurs, le renouvellement assez fréquent du personnel et donc de mes interlocuteurs chez ce client menant à un « oubli » de l’accord informel passé quelques années auparavant, une baisse générale d’activité entraînant un recours prioritaire aux traducteurs internes, une diminution de la satisfaction donnée par mon travail ou encore le recrutement de traducteurs externes ayant négocié un tarif inférieur au mien. Toujours est-il que les projets qui m’étaient proposés n’étaient plus calibrés en fonction de ce que j’avais déjà au planning, et il me fallait de plus en plus souvent me manifester pour indiquer ma disponibilité. Il fallait donc me rendre à l’évidence : je devais revenir à une situation plus courante pour les traducteurs indépendants en augmentant mon nombre de clients.

Si mon désormais ex-client unique reste un client privilégié, qui occupe environ 75 % de mon temps, je peux également compter sur 3 clients plus occasionnels. Dans cette situation, j’apprécie la plus grande diversité des projets que je prends en charge. Par ailleurs, il reste assez facile de communiquer à ces clients mes indisponibilités et je parviens également à nouer des relations plutôt conviviales avec mes interlocuteurs.

Du côté des inconvénients, j’ai dû renoncer à l’optimisation de mon planning et à la régularité parfaite du flux de travail. Cependant, j’ai pu indiquer à mes clients occasionnels les volumes que je peux généralement prendre en charge et ils me proposent en priorité de petits projets que je peux intercaler entre ceux de mon principal client. Reste tout de même la tentation d’accepter des projets dont je sais qu’ils vont m’occasionner une surcharge de travail, mais qui me permettent d’entretenir ma relation avec chaque client. 

En résumé, avec cette nouvelle situation, j’ai gagné en diversité et en réduction de ma dépendance économique ce que j’ai perdu en confort de travail.

Reste à évoquer une situation que je n’ai jamais vraiment connue personnellement mais qui pourrait découler d’une prospection menée de façon continue : avoir de nombreux clients différents sans ordre de priorité. 

Il me semble que cette situation serait de nature à offrir une grande liberté dans l’acceptation ou non des projets proposés. Un grand nombre de clients doit logiquement déboucher sur un flux assez important de propositions, dans lesquelles le traducteur peut « piocher » selon le temps dont il dispose, son intérêt pour les domaines de spécialité, ou tout autre critère qu’il peut lui-même définir. Il en résulte donc certainement un meilleur contrôle sur la spécialisation qui se développe au fil des projets pris en charge. J’imagine également que le souci de répondre positivement de façon régulière à chaque client afin de soigner chaque relation commerciale passe au second plan, et qu’une rotation s’installe naturellement au fil du temps. Enfin la répartition de la dépendance économique entre les différents clients semble dans cette situation grandement limiter les risques en termes de diminution brutale des revenus.

En revanche, il semble plus difficile dans ce contexte de nouer des relations privilégiées avec les interlocuteurs internes des clients, ce qui vient renforcer le principal défaut du statut de traducteur indépendant : le sentiment de solitude. Cette situation rend également très difficile l’optimisation du planning et la régularité des horaires de travail, il semble donc impossible de ne pas alterner les périodes de pic et de creux, ce qui est source de stress et de fatigue. Enfin, la multiplication des clients va de paire avec une augmentation du temps consacré aux tâches administratives telles que la gestion des demandes, le suivi des projets, la facturation, etc.

Pour conclure ce billet, je dirais que mon expérience personnelle m’a montré que chaque situation comporte des avantages et des inconvénients. Si j’ai grandement apprécié le fait d’avoir un client unique, cela ne peut pas réellement être considéré comme une situation idéale et constitue tout de même un risque. Par contre, le fait de pouvoir compter sur un client privilégié, qui offre une certaine régularité dans le flux de travail et les horaires, ainsi que sur quelques autres clients occasionnels en complément représente certainement la situation qui offre le meilleur compromis entre diversité des projets, contrôle de la spécialisation et confort de travail.

Le blog MasterTSM@Lille a 5 ans !

Par Rudy Loock, responsable de la formation TSM

Lors de la réunion du réseau European Master’s in Translation (EMT) du 20 octobre dernier, j’ai eu l’opportunité de présenter le blog de la formation MasterTSM@Lille dans le cadre d’une session dédiée à l’échange de bonnes pratiques entre formations européennes en traduction. Comme j’ai pu le dire en début de présentation, je ne sais pas dans quelle mesure la tenue d’un blog est une « bonne pratique » qui gagnerait à être généralisée, mais il s’agit en tout cas d’une belle petite aventure pédagogique. Le blog fêtant ses 5 années d’existence, il s’agissait là d’une belle occasion de dresser le bilan, et je reprends ici l’essentiel de ma présentation.

Genèse et objectifs pédagogiques

Le blog a officiellement été lancé en septembre 2016 avec pour objectif dès le départ d’accueillir les contributions des étudiant(e)s inscrit(s) en première et deuxième année du parcours de master « Traduction spécialisée multilingue » de l’Université de Lille. Deux éléments m’avaient poussé à tenter cette expérience. Premièrement, une certaine frustration à la lecture des rapports de stage rédigés par les étudiant(e)s : on y lit souvent des choses très intéressantes, puisqu’au-delà d’un descriptif des tâches effectuées pendant le stage, nous leur demandons de réfléchir à une question, un enjeu, une problématique précise en lien avec les métiers de la traduction. Or, en dehors de la personne qui l’a écrit, l’entreprise/l’agence où s’est déroulé le stage, et les 2 membres du jury chargés d’évaluer le travail, et malgré une mise à disposition à la bibliothèque, personne ou presque ne lit ces contributions une fois la soutenance de stage passée. Il y avait là selon moi un travail de valorisation à faire. Le second point de départ fut le constat qu’un certain nombre de traducteurs et traductrices indépendant(e)s, d’agences de traduction, ou encore de prestataires de services linguistiques, alimentent régulièrement un blog (selon un sondage récent, c’est le cas pour 16% des indépendants). La capacité à rédiger un billet de blog pouvait donc être une compétence spécifique qui méritait d’être développée.

Un blog a donc été ouvert au printemps 2016 et a commencé à accueillir les contributions des étudiant(e)s à partir du mois de septembre suivant. Cet exercice, qui consiste en la rédaction d’un billet par étudiant(e) et par année d’étude, s’inscrit dans le cadre d’une sensibilisation à l’utilisation professionnelle des réseaux et médias sociaux et à l’importance de l’e-réputation. Après une formation théorique sur le sujet, il s’agit pour les étudiant(e)s de passer à la pratique en rédigeant un billet sur le sujet de leur choix, pourvu que celui-ci soit en lien avec les métiers de la traduction. Dans le cadre du référentiel de compétences développé au sein du réseau EMT, ceci correspond à la compétence 24 : « utiliser les médias sociaux de manière responsable à des fins professionnelles ».

Référentiel EMT – compétence 24

Les objectifs pédagogiques sont les suivants : amener les étudiant(e)s à effectuer des recherches sur un sujet précis avec un angle professionnel, développer leurs compétences rédactionnelles pour un type de communication spécialisée, leur demander de rédiger pour un public de professionnels un contenu rendu public, signé, et donc à même de contribuer à leur présence sur le web, tout en leur faisant prendre conscience de la légitimité de leurs idées et de leurs points de vue, ce qui est souvent difficile en première année de master notamment. D’autres objectifs relèvent de la communication : faire la promotion de la formation mais aussi des métiers de la traduction en règle générale.

Bilan des publications

Depuis le lancement du blog, 227 posts ont été publiés au rythme d’un ou deux par semaine en fonction de la taille des promotions, chacun s’inscrivant dans une rubrique spécifique :

  • Activités du master : retour sur un enseignement, une conférence, un déplacement, une expérience pédagogique
  • J’ai testé pour vous : retour sur expérience après la découverte d’un outil d’aide à la traduction, d’une méthode de travail, d’une expérience professionnelle…
  • Le saviez-vous ? : coup de projecteur sur un enjeu ou une question en lien avec les métiers de la traduction
  • Portraits : entretien avec un(e) professionnel(le), un(e) ancien(ne) étudiant(e), ou encore un(e) enseignant(e) de la formation
  • Carte blanche à… : invitation d’une personnalité (issue du monde professionnel ou universitaire), qui rédige un billet

En cas de manque d’inspiration, la possibilité est donnée de traduire un billet existant publié sur un autre blog en langue étrangère, avec autorisation de son auteur ou de son autrice. Ces billets ne sont pas classés à part, mais associés à la catégorie pertinente.

Les thèmes abordés sont divers, comme le montrent les deux illustrations ci-dessous, qui rassemblent les billets les plus lus et les plus récents.

Billets les plus lus
Billets les plus récents

La liste des mots les plus fréquents (obtenus grâce à la transformation du blog en corpus via SketchEngine) et la liste des étiquettes témoignent de la diversité des sujets abordés, avec un certain intérêt pour les technologies, la gestion de projets, la vie professionnelle les langues de travail, mais aussi les questions d’ergonomie, le multilinguisme, ou encore la spécialisation :

Mots les plus fréquents (colonne de droite = nombre d’occurrences)

Une fois le billet publié, celui-ci est diffusé via les réseaux sociaux de la formation : compte Twitter, page Facebook, page Éducation sur LinkedIn.

Bilan des visites

Le nombre de visites a très vite dépassé les prévisions, et le blog rencontre aujourd’hui un succès qui n’était pas véritablement prévu au départ. Ainsi, le nombre de visites uniques est passé de 800 par mois en 2016 à près de 5000 par mois en 2019 et en 2020 ; en 2021, ce chiffre devrait encore augmenter. Au total, cela fait plus de 50.000 visites annuelles. La plupart des lecteurs et lectrices se connectent depuis la France, mais un important nombre de personnes se connectent depuis les États-Unis, la Belgique, le Canada, la Suisse, l’Espagne, l’Algérie, le Royaume-Uni, l’Allemagne…, l’utilisation de VPN pouvant toutefois brouiller les résultats.

Évaluation

La rédaction d’un billet est un travail obligatoire. Les étudiant(e)s de seconde année de master doivent accomplir cette tâche sur la période septembre-février, puis les étudiant(e)s de première année prennent le relais pour la période mars-juillet. Il arrive que certains souhaitent rédiger un billet supplémentaire, ce qui est tout à fait accepté.

À l’université, tout doit être (hélas ?) évalué. Pourtant, il me semblait qu’attribuer une note chiffrée sur 20 pour un tel travail était en contradiction avec les objectifs de celui-ci : il ne s’agit pas d’un travail universitaire mais bien d’une contribution de futurs professionnels qui s’adressent à des professionnels, ou tout au moins à un public intéressé par ces questions. Décision a donc été prise de proposer une évaluation sous forme de validation ou non validation, sans note chiffrée (ne pas rédiger de billet ou en rendre un de qualité insuffisante entraîne la non validation de l’enseignement, et donc de l’unité d’enseignements associée). En 5 ans, seuls 2 billets n’ont pas pu être validés.

Qu’en pensent les étudiants ?

Afin de recueillir le sentiment des étudiants, un sondage en ligne (anonyme) a été envoyé aux anciens étudiants inscrits de 2016 à 2021 ainsi qu’aux étudiants actuels, de seconde année uniquement (n=105). J’ai reçu un retour de la part de 69 d’entre eux, soit un taux de réponse de 65,7% (j’en profite pour les remercier de leur participation). Il en ressort que 70% ont apprécié ou beaucoup apprécié l’exercice, et deux tiers d’entre eux sont d’accord avec l’idée qu’il a contribué à leur formation et à leur professionnalisation. Seulement 15% d’entre eux ont dû rédiger un billet pour un blog pendant leurs stages et quelques-uns ont été amenés à en traduire. Si 76% d’entre eux pensent qu’alimenter un blog est utile d’un point de vue professionnel, seuls 2 anciens étudiants (sur 49) en ont un aujourd’hui. 83% d’entre eux lisent les billets publiés sur le blog.

Bilan général et perspectives

Comme pour toute initiative pédagogique, le bilan permet de mettre au jour les réussites mais aussi les limites de l’exercice. Globalement, celui-ci donne entière satisfaction : chaque nouvelle promotion trouve de nouvelles idées afin de rédiger des billets originaux sur des sujets extrêmement variés. La qualité est très souvent au rendez-vous. Le nombre de visites est clairement une source de satisfaction, qui doit par ailleurs permettre aux étudiants de prendre confiance en eux : leurs billets sont lus. L’obtention début 2019 d’un ISSN auprès de la Bibliothèque nationale de France est venue renforcer la légitimité du blog et de son contenu.

Il existe en revanche une marge de progression pour le taux d’engagement (commentaires laissés sur le blog lui-même ou sur nos réseaux sociaux, nombre de partages), ce qui pourrait permettre des échanges fructueux avec les étudiants. Les intervenant(e)s au sein du master, qu’ils/elles soient issu(e)s du monde universitaire ou professionnel, n’ont rédigé que très peu de billets malgré les invitations. Enfin, le choix d’un support gratuit pour héberger le blog (comme pour beaucoup de choses à l’université, l’initiative s’est faite sans soutien institutionnel), entraîne la présence de publicités qui peuvent être intempestives pour les lecteurs et lectrices ne disposant pas d’un bloqueur de publicités.

Conclusion

En guise de conclusion, je tiens à remercier les étudiant(e)s qui depuis 2016 alimentent le blog et continuent de me surprendre par la diversité des thèmes abordés. La qualité des billets et l’enthousiasme qu’ils suscitent signifient que cette « belle petite aventure pédagogique » n’est pas terminée. J’espère qu’elle durera encore longtemps.