Certifications ISO dans le domaine de la traduction

Par Xavier Giuliani, étudiant M1 TSM

Que ce soit dans les secteurs de l’industrie, de l’agriculture, du commerce ou encore de la santé, vous avez sans doute déjà au moins une fois entendu parler des normes ISO. Elles sont présentes quasiment partout et permettent d’assurer la qualité et la sécurité d’un produit ou d’un service. Mais alors qu’est-ce que l’ISO exactement ? Et surtout, quelles sont les différentes normes en application dans le domaine de la traduction ?

Avant d’aborder les spécificités relatives au domaine de la traduction, je vous propose tout d’abord un bref récapitulatif sur le fonctionnement de l’ISO afin de mieux comprendre les tenants et les aboutissants liés à l’élaboration de ses normes.

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L’ISO, Qu’est-ce que c’est ?

Depuis son entrée en activité le 23 février 1947, l’Organisation internationale de normalisation (plus connue sous l’acronyme ISO) vise à élaborer des normes « fondées sur une expertise mondiale » et « répondant à un besoin du marché » En d’autres termes, l’ISO ne décide pas elle-même d’élaborer des normes à appliquer mais consulte les différentes parties prenantes (entreprises, associations de consommateurs, ONG, etc.) afin de définir des spécifications et des lignes directrices conformes au besoin du marché. À cet effet, l’ISO compte parmi ses membres un réseau mondial de 164 organismes nationaux de normalisation dont l’AFNOR pour la France.

À ce jour, ce sont plus de 23 090 normes qui ont été élaborées tout domaine confondu. Vous pouvez consulter l’ensemble des normes de l’ISO en vigueur dans l’ISO Store. Plus précisément, les normes sont établies par des groupes d’experts réunis par domaine en Comités techniques (TC). Le Comité technique qui s’occupe exclusivement des enjeux relatifs au domaine de la traduction est le Comité technique 37, sous-comité 5 (ISO/TC 37/SC 5) : « Traduction, interprétation et technologies apparentées ».

À présent, je vous propose d’entrer dans le vif du sujet avec les principales normes en application dans le secteur.

ISO 9001:2015 – Systèmes de management de la qualité

Selon le mode d’emploi officiel de l’Organisation internationale de normalisation, l’ISO 9001:2015 « est une norme qui établit les exigences relatives à un système de management de la qualité » (SMQ) afin d’aider les entreprises « à gagner en efficacité et à accroître la satisfaction de leurs clients ». Bien que cette norme généraliste soit applicable à l’ensemble des entreprises du secteur tertiaire, elle est fermement établie dans bon nombre d’agences de traduction.

Le management de la qualité repose sur sept principes, le plus important étant « l’orientation client » qui vise à satisfaire voire à dépasser les demandes du client. Le SMQ passe également par un « leadership » fort, c’est-à-dire par la définition d’une vision claire et par l’assignation d’objectifs à atteindre compris par tous. Le troisième pilier est « L’implication du personnel » à tous les échelons qui permet d’augmenter la productivité au sein d’une entreprise. Ce principe facilite l’organisation ainsi que l’optimisation des ressources notamment lorsqu’une « approche processus », c’est-à-dire la conception au sein de l’entreprise d’une chaîne d’activités dépendantes les unes des autres, est également mise en place. Par ailleurs, cette norme insiste sur l’importance de « l’amélioration » continue des processus ainsi que sur la « prise de décision objective fondée sur des preuves » car elles permettent de réduire le niveau d’incertitude. Enfin, « le management des relations avec les parties intéressées » est un fondement qui a été intégré dans le management de la qualité car il aide à concevoir les relations entre les partenaires sur le long terme afin de mieux optimiser les ressources en fonction des besoins.

En ce qui concerne la reconduction de la certification, la norme ISO 9001:2015 doit être renouvelée tous les trois ans par le biais d’un audit externe avec des audits intermédiaires de suivi tous les six mois.

ISO 17100:2015 – Exigences relatives aux services de traduction

Selon l’Organisation internationale de normalisation, la norme ISO 17100:2015 « spécifie les exigences relatives à tous les aspects du processus de traduction ayant une incidence directe sur la qualité et la prestation de services de traduction ». Cependant, le traitement de la traduction automatique, qui est devenu monnaie courante au sein des agences, ne relève pas de ce standard.

Dans ce document, l’ISO structure les trois étapes du processus de traduction (préproduction, production et postproduction) et ce pour des agences de traduction de toute taille. Une plus grande priorité est accordée à la traçabilité, à la révision, aux supports et outils technologiques ainsi qu’aux fonctions et responsabilités des différents professionnels concernés (chefs de projets, traducteurs, réviseurs, relecteurs-experts, correcteurs d’épreuves, etc.). En outre, la traduction doit être effectuée vers la langue maternelle du traducteur afin de fournir un produit final de qualité.

Les compétences professionnelles revêtent une importance capitale car, pour obtenir la norme ISO 17100:2015, les agences de traductions doivent obligatoirement travailler avec des traducteurs et des réviseurs qualifiés titulaires d’un diplôme d’études supérieures en traduction reconnu par l’État en plus d’accumuler au moins cinq ans d’expérience professionnelle dans le domaine.

Cette norme fixe également les principes de collaboration entre les prestataires de services linguistiques (PSL), les prestataires de services de traduction (PST) et les clients (encore appelés donneurs d’ouvrage). Le PST doit par exemple initier au préalable un processus dédié à la gestion des retours d’informations vis-à-vis de ses clients. La distinction entre PSL et PST est mince car le PSL peut être considéré comme un PST si celui-ci fournit des services de traduction. Toutefois, Le PSL est plus généralement défini selon cette norme comme étant une « personne ou une organisation fournissant des services en relation avec les langues ». À titre d’exemple, la société SDL Trados est considérée comme un PSL car elle fournit des solutions logicielles de TAO.

La norme ISO 17100:2015 fait également la distinction entre l’« auto-vérification », et plusieurs types de révisions : la « révision », la « relecture-expertise », la « correction d’épreuves » ainsi que la « révision finale ». Le travail d’auto-vérification est d’abord effectué par le traducteur qui est par la suite complété par la phase de révision obligatoirement réalisée par une tierce personne. La révision consiste à réaliser une comparaison bilingue entre la langue source et la langue cible. Cette étape peut éventuellement être accompagnée d’une relecture-expertise monolingue de la langue cible par un professionnel qui n’est pas nécessairement traducteur. Vient ensuite la phase obligatoire de correction d’épreuves avant impression. Pour terminer, la révision finale est opérée par le chef de projet afin de vérifier que les instructions du guide de style ont bien été suivies.

En ce qui concerne la reconduction de la certification, la norme ISO 17100:2015 doit être renouvelée tous les six ans par le biais d’un audit externe avec des audits intermédiaires de suivi tous les deux ans.

ISO 18587:2017 – Exigences relatives à la post édition d’un texte résultant d’une traduction automatique

Selon l’Organisation internationale de normalisation, la norme ISO 18587:2017 « spécifie les exigences relatives au processus de post-édition humaine complète d’un texte résultant d’une traduction automatique et aux compétences des post-éditeurs ». Les mesures qui y sont présentées définissent le cadre d’intervention du post-éditeur à partir de l’obtention des résultats issus de la machine. En d’autres termes, cette norme ne vise pas à réglementer les systèmes de traduction automatique (TA) à proprement parler car ces technologies sont en évolution constante.

Dans le cadre de cette norme, les PST sont dans l’obligation d’assurer une équivalence entre le texte source et le texte cible et de garantir la compréhension des résultats obtenus par le système de traduction automatique neuronale (TAN).

Par ailleurs, la norme ISO 18587:2017 distingue deux types de post-édition (PE) : la « post-édition complète » et la « post-édition superficielle ». La PE complète vise à obtenir un résultat équivalent à celui issu d’une traduction humaine. En revanche, la PE superficielle (également dénommée post-édition légère) permet d’obtenir un « produit qui soit simplement compréhensible sans tenter de parvenir à un produit comparable à celui obtenu par traduction humaine ».

Cela implique que le post-éditeur doit être formé à la reconnaissance des résultats provenant d’un système de TA mais également être capable d’apporter des modifications stylistiques, terminologiques et typographiques en plus de respecter les exigences du guide de style du client (notamment dans le cadre d’une PE complète). Ainsi, il doit être en mesure d’accéder aux ressources de références et d’estimer la difficulté ainsi que la durée de la tâche de post-édition à réaliser.

Une norme pour la traduction juridique et judiciaire prévue pour avril 2020

La norme ISO 20771 « relative aux exigences de la traduction juridique et judiciaire » sera prochainement disponible à partir d’avril 2020. Actuellement en cours de publication depuis la validation du « Final Draft International Standard » (FDIS) fin février dernier, ce standard spécifie les exigences concernant les compétences et les qualifications des professionnels de la traduction juridique en plus de définir l’ensemble des processus et des ressources liées à ce type de tâche affectant directement la qualité des prestataires de traduction spécialisés dans le domaine juridique.

Pour finir, je voudrais mettre à disposition quelques informations pratiques pour celles et ceux qui envisagent éventuellement d’obtenir une certification ISO. L’Organisation internationale de normalisation n’est pas un organisme de certification. Elle recommande sur son site de comparer différents organismes d’accréditation et de vérifier si elles appliquent les « normes appropriées » du Comité pour l’évaluation de la conformité (CASCO). Il vous est possible, entre autres, de vous renseigner sur les organismes de certifications accrédités auprès de l’International Accreditation Forum (site en anglais) ou bien auprès du Comité français d’accréditation (COFRAC).

 

Sources :

http://www.telelingua.com/uploaded/pdfs/telelingua_iso_standards_2018-09_-_fr_lrs_plano.pdf

https://blog.m21global.fr/quest-ce-la-nouvelle-norme-iso-171002015/

https://blog.supertext.ch/fr/2020/02/meme-la-post-edition-devient-super-supertext-est-certifiee-iso-18587/

https://infostore.saiglobal.com/en-au/standards/iso-fdis-20771-2020-1173180_saig_iso_iso_2795867/

https://norminfo.afnor.org/norme/PR%20NF%20ISO%2020771/traduction-juridique-et-judiciaire-exigences/112685

https://www.afnor.org/le-groupe/qui-sommes-nous/

https://www.cofrac.fr/qui-sommes-nous/

https://www.cpsl.com/fr/pourquoi-travailler-avec-des-fournisseurs-de-services-linguistiques-certifies/

https://www.inter-contact.de/fr/blog/traductions-certifiees-iso-17100

https://www.iso.org/files/live/sites/isoorg/files/store/fr/PUB100373_fr.pdf

https://www.iso.org/fr/casco.html

https://www.iso.org/fr/certification.html

https://www.iso.org/fr/committee/654486.html

https://www.iso.org/fr/developing-standards.html

https://www.iso.org/fr/standard/69032.html?browse=tc

https://www.iso.org/fr/standards-catalogue/browse-by-ics.html

https://www.iso.org/obp/ui/#iso:std:iso:17100:ed-1:v1:fr

https://www.iso.org/obp/ui/#iso:std:iso:18587:ed-1:v1:fr

https://www.tradonline.fr/blog/quest-ce-que-la-nouvelle-norme-de-traduction-iso-17100/

VF ou VOST : entre confort audiovisuel et fidélité artistique

Par Matthieu Lozay, étudiant M1 TSM

 

Les débats houleux entre défenseurs et détracteurs de la version française dans le domaine de l’audiovisuel ne datent pas d’hier. Ils sont néanmoins toujours très présents, notamment dans la sphère linguistique. L’objectif de ce billet n’est pas de dire quel « camp » a raison ou tort, mais d’analyser les deux argumentaires et d’établir une conclusion la plus objective possible. Mais alors, d’où vient cette divergence ? La version française est-elle le côté obscur comme certains le prétendent ? Quelles sont les différences entre la traduction de doublage et de sous-titrage ? Here we go! / C’est parti !

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Au temps du noir et blanc

Le dilemme entre doublage et sous-titrage est apparu dès les débuts du cinéma parlant (ou plus précisément sonore), avec The Jazz Singer en 1927. Malgré ses quelque 300 mots, ce film a dès lors posé les bases du problème qui nous intéresse aujourd’hui : comment rendre accessible une œuvre audiovisuelle à un public qui ne parle pas (ou peu) la langue d’origine de celle-ci ? Les pratiques du doublage et du sous-titrage se sont rapidement distinguées. Il a toutefois été question de tourner chaque scène d’un film en différentes langues, mais l’idée n’a pas fait long feu : cela rendait le tournage beaucoup trop long et difficile à mettre en œuvre, et incombait aux acteurs et actrices de parler (ou d’imiter au mieux) un grand nombre de langues étrangères.

À l’époque, le doublage était complexe à réaliser sur le plan technique et matériel. La synchronisation labiale était bien souvent maladroite. C’est toutefois cette méthode qui a été rapidement privilégiée en France, au grand désarroi d’une majeure partie de la communauté cinéphile qui défendait le recours au sous-titrage. L’utilisation du doublage a même été favorisée par des lois nationales au cours des années 40, au détriment des versions sous-titrées. Cela explique (en partie) d’où vient cette préférence française pour le doublage.

La traduction de doublage et de sous-titrage : deux exercices diamétralement opposés

La tâche de traduction dans le cadre du doublage et du sous-titrage relève de contraintes très diverses et variées. La différence fondamentale tient à l’essence même de l’objectif du texte alors traduit : pour un doublage, le texte sera écouté par le public ; pour le sous-titrage, le texte sera lu par celui-ci. Cela suppose donc de faire des choix dans le processus de traduction vis-à-vis de ces contraintes imposées.

La principale contrainte du doublage est son caractère oral. Les mots devront donc être fluides et les tournures adaptées en conséquence. Le traducteur partira donc du principe que le texte sera lu par un comédien de doublage, et que la sonorité de la traduction entre particulièrement en jeu à cet égard. En outre, l’autre défi principal est la synchronisation labiale (mentionnée précédemment). Pour que le « trucage » que représente le doublage fonctionne sur le public qui visionne l’œuvre, les mots doivent être crédibles par rapport à l’image à l’écran. Une synchronisation ratée ou des dialogues qui ne semblent pas fluides lorsque joués par le ou la comédien.ne peuvent faire sortir le spectateur du film. Toutes ces contraintes font de la traduction destinée au doublage une tâche très complexe, et requiert une adaptabilité et une créativité permanentes pour que le subterfuge du doublage soit le plus invisible possible aux yeux et aux oreilles du spectateur.

Concernant la traduction destinée au sous-titrage, les contraintes sont très différentes. Le traducteur doit synthétiser au mieux les dialogues afin de ne pas rendre indigeste la lecture des sous-titres pour le spectateur, mais tout en conservant au mieux le sens et l’intention de l’œuvre originale. Il existe un nombre maximum de caractères défini au préalable notamment en fonction du support (télévision ou cinéma) dans lequel le texte doit être inséré. Cela contraint le traducteur à faire en permanence des choix, et l’oblige parfois à ôter une idée jugée moins pertinente à l’histoire si les restrictions de caractères l’exigent. Tout comme pour le cas du doublage, les sous-titres ne doivent pas être trop invasifs, au risque de sortir le spectateur de l’œuvre. En effet, l’un des défauts du sous-titrage (et nous y reviendrons plus tard dans ce billet) est de détourner le regard du spectateur, aussi brièvement que cela soit, de la mise en scène en elle-même. Il faut donc « résumer » au mieux les propos de l’œuvre source.

Mais alors, quels sont les principaux avantages et défauts des deux pratiques ? Le sous-titrage est-il si parfait ? Faut-il interdire le doublage (comme le proposent certaines pétitions) ?

Le sous-titrage, ou le souhait de respecter au mieux l’authenticité de l’œuvre originale

Le principal argument des défenseurs de la VOST est de mettre en avant l’aspect artistique de l’œuvre originale. Ainsi, le doublage « dénaturerait » la voix des comédien.ne.s d’origine. La réflexion est la suivante : si le réalisateur a choisi tel.le ou tel.le acteur ou actrice, c’est en partie pour sa voix (qui fait partie intégrante de son jeu d’acteur). Le processus de doublage nuirait donc à cette intention.

D’autre part, le principe même de synchronisation labiale dérange les partisans du sous-titrage. Il est en effet très rare, selon eux, que les mouvements de lèvres d’un anglophone, par exemple, correspondent sémantiquement et visuellement à la traduction jouée par un.e comédien.ne de doublage de manière crédible. Cela aurait pour conséquence de sortir indéniablement le spectateur du film.

Par ailleurs, il existe de nombreux cas d’œuvres où le fait que tous les personnages parlent français pose problème à la compréhension scénaristique. L’un des exemples les plus connus est celui de la version française de Inglourious Basterds de Quentin Tarantino. Dans ce film, de nombreuses langues sont utilisées, ainsi que divers accents très prononcés. En outre, certains personnages parlent déjà français dans le film original. Il était donc complexe de retransmettre ce jeu entre les différents langages dans la version doublée, problème qui ne se pose pas dans la version sous-titrée.

Enfin, il va de soi qu’écouter davantage d’œuvres audiovisuelles dans leurs langues originales (pas seulement l’anglais) aide à la maîtrise de la langue, notamment à la compréhension orale, mais aussi au vocabulaire, à la prononciation des mots, aux accents, etc. Toutefois, face à (presque) la totalité des autres arguments cités précédemment, les défenseurs de la version française ont un avis à faire valoir.

Le doublage, ou le choix du confort et d’une suspension d’incrédulité accrue

Face au premier argument des détracteurs du doublage, qui met en avant le caractère artistique d’une œuvre, les partisans de la version française avancent bien souvent une idée : là où le doublage d’un.e comédien.ne d’origine dénaturerait intrinsèquement sa voix originale et son jeu d’acteur, l’apparition à l’écran de textes de sous-titrage, qui ne sont pas (non plus) prévus initialement par le réalisateur, nuirait également à l’intention visuelle de celui-ci. Il s’agit là de répercussions soit sur le son et la voix (avec le doublage), soit sur l’image et la scénographie d’une œuvre (avec le sous-titrage). Et à ce jeu-là, difficile d’objectivement dire laquelle des deux méthodes est la moins invasive.

Par ailleurs, il n’est pas rare que des scènes d’un film ou d’une série soient elles-mêmes redoublées par la suite en studio, afin d’obtenir une prise son d’une qualité parfaite : c’est la post-synchronisation. Les émotions ne sont donc techniquement pas les mêmes entre la prise vidéo et l’audio qui y sera associé dans le produit final.

Bien qu’une grande majorité de la communauté cinéphile défende le sous-titrage, il existe quelques voix qui s’élèvent et argumentent en faveur du doublage. Ainsi, le réalisateur Alfred Hitchcock estimait que « quand un film circule dans le monde, il perd 15 % de sa force s’il est sous-titré et seulement 10 % s’il est bien doublé ». Son avis était donc que le visuel et la mise en scène d’une œuvre prennent une place plus importante que la voix originale (ou non) des acteurs et actrices. Cette prise de position est loin de faire l’unanimité ; Stanley Kubrick s’y opposait fermement par exemple.

Par ailleurs, le caractère restreint des sous-titres oblige parfois à omettre certains détails qui sont plus facilement transposables dans le processus de doublage. Georges Sadoul, critique et historien de cinéma du siècle dernier, déclarait que les sous-titres ne contiendraient « tout au plus que 60 % du texte dit par les acteurs ». Par ailleurs, il arrive que l’on se « gâche » un dialogue en finissant de lire les sous-titres avant que la chute ne se produise (les points de suspension en fin de sous-titres sont souvent synonymes de scène interrompue, cela pouvant indiquer au spectateur à l’avance que quelque chose va se passer à la fin de la ligne dialogue). Chose qui ne se produit pas avec le doublage.

En outre, un public très néophyte qui ne se tiendrait qu’aux sous-titres pourrait avoir des difficultés à comprendre certaines subtilités linguistiques, comme les accents ou certaines intentions (ironie, etc.). Le doublage lui permettrait de mieux comprendre ces effets. Aussi, pour les personnes malvoyantes, dyslexiques ou ayant des difficultés à lire des sous-titres parfois trop petits à leurs yeux (mais aussi les enfants et les adultes qui ne savent pas forcément lire), le doublage est une manière d’accéder tout de même à une œuvre dans une langue étrangère d’origine.

L’appréciation du doublage ne dépendra en réalité que d’une chose (outre la qualité de celui-ci) : la suspension d’incrédulité, c’est-à-dire la capacité à faire « comme si » les voix que l’on entend dans l’œuvre sont celles des comédien.ne.s d’origine (même si on sait pertinemment que ce n’est pas le cas). Le doublage est l’un des nombreux trucages de cinéma qui requièrent cette suspension d’incrédulité. Les doublages sont bien souvent qualitatifs de nos jours (surtout en France), et même s’il existe de nombreux exemples où la version française est ratée (voire pire…), il y a également des cas où la version doublée est aussi bien, sinon meilleure, que la version d’origine (Retour vers le futur est souvent cité en exemple à cet égard.). Mais alors, quelles conclusions pouvons-nous tirer de tout cela ?

Des modes de consommation différents

Comme précisé dans l’introduction de ce billet, l’objectif n’était pas de mettre en avant l’une ou l’autre de ces pratiques, mais plutôt de plaider une forme d’ouverture, de recul et d’esprit critique. Aucune méthode n’est parfaite, aucune méthode n’est à interdire. Toute la question réside dans la manière dont nous souhaitons consommer une œuvre audiovisuelle. Il en faut pour tout le monde, pour tous les publics.

Il ne faut toutefois pas nier le fait que les séances sous-titrées ne sont que trop rares dans la plupart des cinémas. Néanmoins, avec l’essor des plateformes de streaming (dont la mise à disposition des sous-titres est quasi-systématique), les pratiques évoluent et la version originale sous-titrée est de plus en plus convoitée, notamment par les jeunes. Peut-être que la divergence réside en fait davantage dans une question de générations. Les versions sous-titrées étant beaucoup moins accessibles par le passé, les générations précédentes n’ont majoritairement connu que la version française. De nombreuses personnes ont par la suite continué de suivre ce mode de consommation.

 

Sources :

https://doi.org/10.4000/decadrages.701

https://doi.org/10.4000/decadrages.695

https://doi.org/10.21992/T9GW8M

https://www.20minutes.fr/culture/1821263-20160505-profession-danger-veut-peau-doubleurs-francais

https://www-erudit-org.ressources-electroniques.univ-lille.fr/fr/revues/meta/2009-v54-n3-meta3474/038311ar/

https://beta.ataa.fr/revue/numéro-3/georges-sadoul-le-doublage-et-le-sous-titrage/la-traduction-des-films-sous-titrage-ou-doublage-les-lettres-françaises-n-1072-18-mars-1965

https://www-cairn-info.ressources-electroniques.univ-lille.fr/revue-vacarme-1999-4-page-42.htm

http://larevuedesmedias.ina.fr/pourquoi-le-doublage-suscite-le-trouble

https://www.erudit.org/fr/revues/cb/1989-v9-n1-cb1130779/34257ac/

Le traducteur médical, une spécialisation passée sous scalpel

Par Manon Gladieux, étudiante M1 TSM

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Aujourd’hui, les recherches et études cliniques se font multicentriques, les pandémies s’étendent internationalement (Coronavirus, si tu nous regardes…). Et c’est sans compter, bien évidemment, que les laboratoires pharmaceutiques sont pour la majeure partie des groupes internationaux, leurs sièges sociaux se trouvant dans un pays autre que leurs sites de production et de recherche pharmaceutique. Tous les acteurs du secteur de la santé se trouvent impliqués dans les progrès et avancées de ce dernier, et ce, à travers le monde. Avec une telle conjoncture mondiale, les besoins en traduction médicale, scientifique et pharmaceutique ont globalement explosé. Mais quels sont les tenants et les aboutissants en traduction médicale ? Autopsie de cette spécialisation du traducteur.

Que traduit le traducteur médical ?

Contrairement à ce que certains peuvent penser, il ne se contente pas simplement de traduire des ordonnances et des certificats médicaux à longueur de journée, un Vidal dans une main, une encyclopédie médicale dans l’autre. Non, bien sûr que non, ses missions de traduction sont bien plus variées. Le traducteur médical pourra être amené à traduire :

  • des études cliniques ;
  • des notices de médicaments ;
  • des comptes-rendus et communiqués de presse pour des organisations/organismes internationaux ;
  • des modes d’emploi de matériel médical ;
  • des protocoles de traitement patient ;
  • des questionnaires médicaux à délivrer aux patients ;
  • des communications pour des séminaires et colloques ;
  • des chapitres de livres ;
  • des rapports annuels ;
  • et bien d’autres types de documents en lien avec la médecine et la santé…

Quels prérequis pour le traducteur médical ?

D’aucuns vous ont certainement dit et redit que la traduction médicale, étant donné sa spécificité terminologique et phraséologique, ne pouvait être menée à bien que par des médecins et des membres du corps soignant. Si je ne nierai pas que cela constitue un avantage non négligeable pour la maîtrise de ces deux derniers points, mais aussi pour la connaissance préliminaire du thème du texte à traduire en lui-même, je peux toutefois vous assurer que ce n’est en aucun cas une condition sine qua non.

Sont en revanche requis pour un traducteur médical un jugement critique, une rigueur scientifique et une appétence pour les connaissances liées à ce domaine.

Quelles qualités faut-il avoir pour être un bon traducteur médical ?

Pour être bon en traduction médicale, une spécialité particulièrement technique, il vous faudra disposer d’un certain nombre de qualités. Vous devrez tout particulièrement respecter le style des textes écrits en langue originale sur le sujet, c’est-à-dire adopter la phraséologie de ce type de textes et employer les termes adaptés afin de masquer vos traces et vous fondre au mieux dans ces derniers. Comme bon nombre de mes professeurs encadrants pourraient le dire, « un traducteur, c’est comme tueur en série ; s’il laisse des traces, c’est que c’est un mauvais traducteur ! » Et un travail rigoureux est bien entendu de mise, de même qu’un esprit critique, cela va de soi !

Quelles ressources peut utiliser un traducteur médical ?

Vous attendiez leur retour avec impatience, les revoilà ! Le Vidal et l’encyclopédie médicale peuvent bien évidemment s’avérer d’une grande aide pour le traducteur médical qui pourra profiter de leur relative simplicité pour comprendre le sujet du document. Mais il y en a tant d’autres qui peuvent également être salutaires pour ce dernier. Vous vous demandez sûrement lesquelles. Sortez vos carnets et ouvrez bien grand vos oreilles. En voici quelques-unes :

  • le site officiel multilingue de l’OMS, Organisation mondiale de la santé, disponible en plusieurs langues, et tout autre site multilingue d’une organisation internationale de santé publique ;
  • il est également intéressant pour un traducteur médical d’effectuer une veille documentaire active en collectant des documents différents sur les différentes pathologies, qu’il s’agisse de journaux, de magazines spécialisés (Prescrire, Le Courrier du médecin, etc.), de rapports et articles de recherche, et de tout autre document pouvant vous permettre de mieux appréhender une thématique ;
  • et, et cela peut s’avérer particulièrement utile, profitez du savoir des experts du domaine dans vos connaissances pour aborder les points les plus techniques ;
  • mais également bon nombre d’autres ressources scientifiques.

N’oubliez surtout pas que tout est bon pour écrire comme un expert de la médecine.

Mais sachez toutefois qu’il ne suffit pas de disposer de ressources thématiques pour bien traduire la médecine. Pour ce qui est des ressources linguistiques, le traducteur médical pourra bien entendu trouver salutaires les ressources classiques telles que :

  • les corpus ;
  • les glossaires personnels et partagés ;
  • les dictionnaires de synonymes ;
  • les outils de correction grammaticale (Antidote, Cordial, etc.) ;
  • les ouvrages de référence en grammaire tels que le Grevisse ;
  • mais également toutes les autres…

Et quels outils ?

La traduction médicale étant une spécialisation très technique, les outils de TAO, de gestion terminologique et d’assurance qualité revêtent une importance toute particulière. Ils seront d’un grand secours et vous aideront à harmoniser votre traduction et donc à conserver une cohérence d’un bout à l’autre du document. En revanche, dans l’état actuel des choses, la traduction automatique (TA pour les intimes) risque de très vite éprouver ses limites. Surtout pour des textes de spécialité écrits par des experts pour des experts. Il est donc fortement conseillé, pour ce genre de documents, d’utiliser la TA avec parcimonie.

Quelle formation pour le traducteur médical ?

Un certain nombre de masters de traduction technique proposent une formation de base à la traduction médicale. Le master de Traduction Spécialisée Multilingue (Master TSM) de l’Université de Lille est l’un de ceux-ci. Master membre de l’AFFUMT (Association française des formations universitaires aux métiers de la traduction) et du réseau EMT (European Masters in Translation, label qualité accordé aux masters de traduction qui répondent aux critères par la Commission européenne), ce master offre une formation complète et basée sur l’expérience. Toutefois, il est évident qu’une formation de master de deux années ne peut suffire à vous préparer aux moindres nuances et subtilités de la spécialisation de traducteur médical. Vous pourrez alors, pour compléter votre formation, suivre les formations proposées régulièrement par la SFT en matière de traduction médicale sur la page reprenant le programme de leurs formations (n’hésitez pas à aller y jeter un œil régulièrement !), celles de la CI3M (Centre de formation professionnelle et continue)… vous pouvez également, afin de développer vos compétences et connaissances médicales et scientifiques, vous inscrire à des MOOC, des formations en ligne ouvertes à tous.

Quelles expériences peut-on vivre ?

Vous vous dites sans doute, c’est très bien tout ça, mais nous on veut du croustillant, du vivant. Je vous comprends parfaitement, moi aussi le plan-plan m’ennuie.

Ça vous dirait un petit retour sur expérience pour une traduction médicale exigeante effectuée au sein de l’édition 2019 du Skills Lab (un dispositif de simulation d’entreprise de traduction au sein du master TSM de l’Université de Lille dont la dernière édition en date a été résumée avec brio et beaucoup d’humour par mon camarade Baptiste Dargelly, étudiant en M2 et bientôt traducteur diplômé. Je vous invite par ailleurs fortement à aller lire son billet.) ? Je m’en doutais. Alors voilà pour vous, en exclusivité, un retour sur expérience de mes premiers pas dans la jungle de la traduction médicale et de la satisfaction que j’en ai tirée :

« Comment pourrais-je faire autrement que de vous dire que oui, les difficultés sont nombreuses et fréquentes dans la traduction médicale (après tout, la médecine est une science dure et exacte), mais qu’il n’y a rien de plus satisfaisant que d’avoir réussi à dompter la bête (aka le texte source), à la disséquer, l’étudier pour en rendre les moindres subtilités, en dégager les moindres nuances. Pour illustrer, je dirais que traduire le médical, c’est un peu comme faire la cuisine. Vous avez votre recette, vos ingrédients et vous faites tout pour que le résultat final soit conforme au plat final. Bien sûr, tous les ingrédients (ou textes sources) ne sont pas les mêmes et il faut parfois adapter la recette. Et tous les cuisiniers (ici les traducteurs) ne sont pas non plus identiques. Par conséquent, il faut savoir s’adapter, étape après étape, et résister au stress que cela peut engendrer, notamment lorsque vous vous attelez à traduire un document sur une maladie orpheline pour laquelle les ressources disponibles en français sont rares, ce qui ici était bien entendu le cas. Toutefois, goûter à l’euphorie du travail bien fait, une fois votre traduction terminée avec panache en vaut largement la peine. »

Bon, je crois qu’il est grand temps pour moi de vous laisser et de conclure mon billet, j’ai un nombre conséquent de traductions sur le feu. Le(s) devoir(s) n’attend (ent) pas, que voulez-vous. J’espère avoir su répondre à toutes vos questions sur la traduction médicale et vous avoir donné l’envie de tenter l’aventure, et ce, sans trop vous ennuyer. Je reste bien sûr à l’écoute de toutes vos questions, suggestions et de tous vos commentaires sur ce billet à travers les commentaires et ne manquerai pas de vous répondre. Je meurs également d’envie de savoir si vous avez, vous aussi, quelques informations à donner sur la traduction médicale qui n’auraient, par souci de concision, pas été mentionnées dans mon billet. Si c’est le cas, faites-le savoir en commentaire. Tous vos retours sont bienvenus. Au revoir et à très bientôt pour de nouvelles aventures ensemble et un nouveau billet de blog TSM rédigé par mes soins.

Maintenant…

… À vos marques, prêts, traduisez !

Journal de bord du Skills Lab 2020

Par Baptiste Dargelly, étudiant M2 TSM

logoSkillsLab

L’édition du Skills Lab 2020 prend fin alors que j’entame la rédaction de ces lignes. Après une semaine intensive, nous éteignons les pc, nous refermons les salles et nous remballons la cafetière avant d’entreprendre les préparatifs pour le stage ou le voyage à Dublin.

 

« Non mais attends, de quoi on parle au juste ? »

Comment ça, vous ignorez ce qu’est le Skills Lab ? Si vous êtes une lectrice ou un lecteur assidu de ce blog, ou si vous suivez les réseaux sociaux du Master TSM, je n’y crois pas. Briefing rapide pour ceux qui ne suivaient pas, là-bas, dans le fond : le Skills Lab est un dispositif, un exercice grandeur nature proposé dans plusieurs formations en traduction, et qui a été mis en place dans le master TSM en 2018. Il s’agit de monter une agence de traduction fictive, mais dont les intervenants ainsi que les projets, eux, sont bien réels. Et attention, il ne s’agit pas de n’importe qui : ce sont les étudiants de M1 et de M2 qui ont pris en charge toutes les tâches relatives au projet durant la semaine du 17 au 21 février. Entre ce dispositif, la formation en elle-même et les deux stages que nous avons à effectuer, l’objectif du Master TSM, qui se veut être une formation professionnalisante et complète, est atteint.

Afin d’entrer plus vite dans le vif du sujet, je vous renvoie aux deux billets portant sur les deux éditions précédentes du Skills Lab, écrits par Morgane Tonarelli l’année dernière et Alessandro Circo en 2018, mes deux prédécesseurs au poste de Responsable de communication, si vous voulez en savoir plus sur la définition du Skills Lab.

 

« Bon, très bien. Donc tout ça s’est déroulé sur une semaine ? »

Eh bien non ! Le Skills Lab, c’est en réalité plus qu’une semaine de travail. L’édition 2020 a peut-être pris fin le 21 février, mais elle a débuté bien avant cela. Nous étions alors en 2019, Mary Higgins Clark ne nous avait pas encore quittés, et nous avions alors tous moins de cheveux blancs (enfin, moi, pas vraiment). C’est un projet qui se déroule en plusieurs phases, afin de traiter plusieurs aspects du monde professionnel. Tout d’abord, des offres d’emplois à notre destination ont été postées sur le site de l’université : l’agence recherche des gestionnaires de projet, des traducteur·trice·s, des préparateur·trice·s de fichiers… 6 postes différents en tout, parfois réservés aux M2 (comme les réviseur·seuse·s ou encore l’IPM), ou au contraire ouverts à tous. Nous avions également la possibilité de soumettre notre candidature pour occuper deux postes différents à mi-temps, par exemple préparatrice et réviseuse, ou encore réviseur et responsable de communication (self-five).

Cette phase de réponse aux offres d’emploi a été suivie par celle, quelques semaines plus tard, des entretiens. Chacun a reçu une convocation pour y participer, et ils se sont tenus le 19 décembre. Les duos de recruteurs étaient composés de certains des enseignants du Master, et vers midi, chacun avait appris à quelle sauce il allait être mangé. Car oui, le Skills Lab nous engloutit, nous consomme et nous consume, nous malmène (à tel point que l’on se demanderait presque s’il n’y aurait pas un double-sens caché derrière le SM de TSM), nous met dans des situations parfois difficiles, nous confronte à des vrais projets pour de vrais clients, afin de nous donner un avant-goût de notre future profession.

Forte de l’expérience de l’année dernière, l’équipe des PM (comprenez les Gestionnaires de projet) a également élaboré, quelques jours avant le début de la semaine clé, un document Excel partagé pour que chacun inscrive ses domaines de prédilection ou, au contraire, ses hantises. Un moyen efficace pour potentiellement améliorer le confort et augmenter la productivité des escouades de traduction et de révision !

 

JOUR 1 : The animals : The house of the rising sun

Lundi 17 février, 8h30. L’équipe des PM millésime 2020 découvre son nouveau QG. Celle de l’année dernière avait soulevé un point lors du débriefing, à propos de la situation de leur bureau, qui se trouvait à proximité des salles attribuées à leurs équipes. De ce fait, l’équipe des PM était souvent sollicitée par celles-ci tout au long du projet, ce qui n’était pas préconisé par les enseignants, et surtout ce qui est généralement inenvisageable dans le monde professionnel. Les étudiants l’ont demandé, les organisateurs l’ont fait : de leur tour d’ivoire, au 5e étage du bâtiment LEA à Roubaix,  les gestionnaires de projet vont devoir faire leurs preuves cette semaine, et superviser de A à Z les projets qui vont leur parvenir.

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À 9 heures précises, une sonnerie de notification retentit dans le QG : LE mail est arrivé. Il contient l’ensemble des documents relatifs au projet : fichiers sources, instructions, ressources, et les attentes du client. La pression monte d’un cran, et tout de suite, Loréna s’active. Elle est l’IPM, l’International Project Manager de l’agence, c’est elle qui va superviser les quatre gestionnaires de projet. Elle lit et relit le mail, fait le tri dans tout ce qu’elle a reçu, identifie les différents éléments du projet pour ensuite commencer la répartition des tâches.

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Quatre langues sont représentées : l’anglais, l’espagnol, l’allemand et le suédois. Pour rappel, dans notre formation, nous avons tous l’anglais en commun, plus une langue B parmi celles que je viens de citer (et l’italien). Elena Valevska, germanophone, hérite de l’allemand. Oriane, qui étudie le suédois, récupère le projet de cette langue. Medge se voit attribuer le projet d’anglais, qu’elle maîtrise à la perfection. Jordan, quant à lui, prend en charge le projet d’espagnol (il est niveau 2 sur Duolingo). Soit dit en passant – parce que j’en entends qui rigolent au fond, toujours les mêmes – cela signifie tout de même qu’il affrontera un projet (qui se révèlera être le deuxième plus conséquent) et toutes ses étapes, dans une langue qu’il ne maîtrise pas ! Mais on fait avec les moyens dont l’on dispose, et ce cas de figure est tout à fait probable dans le monde professionnel. Tous se lancent dans l’analyse des fichiers du projet, pour définir la stratégie à employer et évaluer le nombre d’intervenants dont ils vont avoir besoin pour chaque étape du projet. Une fois les calculs et les prévisions effectués, l’équipe convoque les préparateurs et préparatrices de fichiers pour 13h.

Ils investissent donc la salle qui leur est attribuée en début d’après-midi, et assistent à un briefing de la part des PM. Les domaines des documents sources sont très différents : on a du culinaire en espagnol, de la géopolitique en anglais, du tourisme et du marketing technique en suédois et du tourisme en allemand. Cela signifie que le type de ressources à préparer diffère selon le projet : il pourra s’agir de corpus, de bases terminologiques et de documents de références. Le but est de fournir des ressources qui seront utiles aux traducteur·trice·s, et qui augmenteront leur productivité. Il s’agit également de garantir une certaine harmonisation terminologique !

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Une fois les instructions données, chaque PM consulte son escouade avant de remonter au QG. Les conversations et les échanges ont lieu sur Slack, une plateforme de discussion en ligne totalement personnalisable. Tout le monde doit s’y inscrire, M1 comme M2, ainsi que les professeurs qui interviennent dans le projet, afin de pouvoir observer les interactions entre leurs étudiants. Car ne l’oublions pas, le Skills Lab reste un exercice qui donnera lieu à une notation par la suite, prise en compte dans le Master. L’après-midi s’écoule et l’équipe de la préparation des ressources parvient à livrer en temps et en heure : les traducteurs et traductrices auront tous les outils en main pour attaquer leur traduction demain matin. La première journée de cette semaine intensive s’achève, laissant présager une suite assez sereine…

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JOUR 2 : Guns and Roses – Welcome to the jungle (baby)

Le gros des troupes entre en action : la traduction démarre ce matin. Le briefing des PM est précis et encourageant. Les documents sources ont été découpés en batchs, en portions, et tout le monde reçoit une part du gâteau. Tous ces fichiers, ainsi que les ressources préparées hier, sont mis à leur disposition sur une plateforme de l’environnement numérique de travail de l’université appelée Nextcloud. L’arborescence la plus claire et structurée possible a été élaborée hier par les PM. Chacun sait où récupérer ses fichiers et où les livrer une fois la traduction effectuée.

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Mais ils ne seront pas les seuls nouveaux arrivants de cette journée. Des corps bardés de cicatrices, des doigts musclés à force de pianoter jour et nuit sur leurs claviers, des yeux de lynx qui scrutent la moindre apostrophe droite : pas de doute, les vétérans sont arrivés, les réviseur·se·s ont investi les lieux. Je ne vous ai pas encore parlé des quantités de mots à traduire : l’anglais à lui seul en comporte environ 20 000, et l’espagnol 11 000. À eux deux, ces projets représentent environ 80% de la quantité de travail en traduction. Il faut donc trouver une solution pour réduire le temps occupé sur le planning, car la semaine ne fait que 5 jours et les étapes sont nombreuses. Les PM ont fait le choix d’entamer la révision avant que la traduction ne soit bouclée, et l’équipe de révision prend donc ses quartiers dès le cet après-midi. Pour ce faire, les batchs sont courts (environ 800 mots) et les traducteurs en reçoivent en moyenne deux chacun. Ainsi, une fois le premier terminé, on l’envoie en révision et la traductrice ou le traducteur attaque le suivant. La technique se révèle efficace, et malgré la quantité de travail, on avance.

Cependant, le début de la révision révèle des problèmes terminologiques importants : les titres des rubriques ne sont pas harmonisés, et certains acronymes ou termes-clés sont traduits de manière différente selon le batch. Incompréhensible pour le lecteur, inacceptable pour le client. Guillaume Deneufbourg, traducteur et professeur au sein de la formation, nous suggère l’utilisation de la base terminologique de l’ONU, UNTerm.  Cependant, on ne peut pas faire de miracle : au total, une vingtaine de personnes travaillent sur un même projet, en même temps, il est donc particulièrement difficile d’harmoniser l’ensemble. On cherche donc à proposer des solutions, mais la journée s’achève déjà…

JOUR 3 : Muse – Something human

Les projets d’espagnol, de suédois et d’allemand suivent leur cours sans trop d’encombres. La fin de la révision approche en suédois et en allemand, et la phase de traduction s’achève en espagnol. Ne vous y méprenez pas, il ne s’agit pas d’un long fleuve tranquille, et la quantité de travail ainsi que les efforts demandés sont élevés ! Mais à ce stade, tout le monde a bien compris que le vrai challenge va provenir de l’anglais.

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Tous les moyens sont mis en œuvre pour améliorer la qualité générale en rallongeant le moins possible les délais : une nouvelle base terminologique, sous forme de feuille Excel en ligne cette fois, a été partagée par Xavier Giuliani, traducteur sur ce projet. Les traducteurs et traductrices l’ont complétée au fur et à mesure de la traduction, et elle est composée d’entrées supplémentaires par rapport à la base terminologie élaborée par les préparateurs lundi. C’est un premier pas vers une meilleure harmonisation. Les réviseurs relèvent un nouveau type de terme, et une autre base terminologique est créée. Cela devient un peu difficile de s’y retrouver, mais l’intention est bonne. Il aurait sans doute été plus pratique de regrouper ces deux BT supplémentaires en une seule, voire même de les compiler pour les intégrer directement à SDL. Mais c’est plus facile à dire aujourd’hui avec le recul, que le jour même dans le feu de l’action. On est là pour apprendre !

Mais malgré tout cela, ça ne suffit pas. Les réviseurs ne sont pas assez nombreux. On réaffecte des M2 supplémentaires à la révision de l’anglais. Ce n’est pas ce qui était prévu au départ, certains sont censés avoir joué leur rôle en intégralité, mais quand il faut y aller, il faut y aller. Mais même avec ces nouvelles ressources, on se rend compte qu’on ne pourra pas tenir les délais. Une solution de dernier recours est envisagée : on propose aux M1 volontaires de prendre en charge des batchs de révision, eux qui n’ont pas encore été vraiment formés à cela. Les PM décident de tenter le coup. On explique aux volontaires les enjeux de la révision, ce qu’ils doivent rechercher et corriger, la manière de faire. On élabore des échantillons d’environ 200 mots pour les tester, et tenter d’évaluer si leur révision est correcte ou s’il faut les réaiguiller.

J’étais là, au milieu de ce champ de bataille, entouré par mes camarades fatigués. Ils ont les yeux qui picotent, le dos tendu et les cervicales qui grincent. Certains sont à 5 mg de caféine par litre de sang. Et tout le monde tient bon. On se déplace entre les salles. Les PM vont et viennent pour tenter d’exalter les troupes. On propose des suggestions pour les termes qui posent problème, parce que oui, on en découvre encore. On travaille parfois à deux ou trois sur une même révision. On échange des sourires et des regards complices.

Je vous prie d’excuser mon langage, mais ça, bordel, c’est beau. Ça prend aux tripes. Parce qu’en théorie, le contrat était déjà rempli, surtout pour les M1. Mais ils restent, on reste, et on fait face. La journée s’achève et tout le monde est un peu hagard, mais la progression est très nette.

 

JOUR 4 : Scorpions – Wind of change

Grâce aux efforts combinés équipes de traductions et de révision  du suédois ainsi que de leur PM, Oriane Briand,  l’un des deux projets de suédois a été livré ! En plus d’être une réussite en soi, cela va également permettre de réaffecter des forces dans les parties du projet qui en ont besoin (vous avez dit l’anglais ? Bingo).

Le travail d’hier a porté ses fruits. La révision de l’anglais a bien avancé, grâce à la collaboration étroite entre M1 et M2. Une fois que tout le monde aura livré, la phase de QA pourra commencer : il s’agira d’une des ultimes vérifications avant la PAO. Nathalie Moulard, traductrice et professeure qui dispense des cours de TAO et de révision au sein de notre master, ainsi que Spasa Ratkovic, qui donne des cours d’interprétariat et de traduction aux suédophones sont venues prêter main-forte à leurs étudiants.

L’ambiance est plus détendue qu’hier, j’ai pu en profiter pour interviewer Loréna ! Elle a pu m’accorder un moment pour parler de son rôle, de son équipe et du projet. Si vous avez suivi les réseaux sociaux du Master pendant la semaine du Skills Lab, vous avez déjà pu en avoir un aperçu. La voici dans son intégralité.

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De gauche à droite : Elena Valevska, Medge Allouchery, Loréna Abate, Oriane Briand et Jordan Raoul

 

Loréna Abate, IPM : une main de fer dans un gant de velours

Coucou Loréna ! Alors dis-nous tout, en quoi consiste ta mission ?

Ma mission consiste à superviser de manière générale tous les collaborateurs du Skills lab, et en particulier prendre les décisions et venir en aide à mon équipe de PM à qui j’ai attribué un projet par langue. Il s’agit aussi d’assurer un suivi global de l’avancement de chacune des étapes (traduction, révision, QA, PAO, LSO) tout en étant l’unique intermédiaire avec le client en cas de question d’ordre linguistique ou technique.

Et alors, on est dans les délais ?

J’ai le plaisir de dire que oui, on est dans les temps ! C’était pas gagné au début. La stratégie adoptée, c’était d’essayer de livrer au plus tôt les plus petits projets (allemand et suédois) puisque peu volumineux en termes de nombre de mots, car après analyse des deux projets les plus importants, et notamment de l’anglais, nous nous sommes vite rendu compte qu’il serait très challenging de livrer une qualité optimale en anglais dans les délais qui nous étaient impartis. En effet le projet compte plus de 19000 mots et nécessite un réel travail de mise en page, et le texte source ne permettait pas d’atteindre la productivité de traduction standard (phrases très complexes, terminologie à mettre en commun, traduction automatique peu efficace). À l’heure actuelle, le suédois est livré, et les projets allemand et espagnol seront également, je l’espère, livrés en fin de journée.

Quelle a été la plus grande difficulté jusqu’ici ?

Ce n’est pas vraiment moi qui ai eu les plus grosses difficultés, bien que j’aie le poids de la responsabilité sur mes épaules. Le premier jour, j’étais assez stressée, parce qu’il y avait d’un côté toutes les étapes de mise en place de Slack, de l’arborescence des fichiers, de réponses aux mails, et en même temps l’analyse des projets, l’estimation du nombre de collaborateurs pour chaque tâche (ça c’était galère), la répartition des tâches, la création des plannings, des fichiers de suivi, des devis et du calcul de la marge brute espérée au global, etc. Tout ça en devant valider les décisions des PM. En fait, la plus grosse difficulté, c’était le lancement du projet !

Et après le Skills Lab, Dublin et le stage, tu envisages d’entamer une carrière de gestionnaire de projet ?

Oui, j’aimerais beaucoup ! C’est ce qui me manque un peu dans mon rôle de IPM cette semaine, car je n’ai pas ce sentiment, comment dire, en fait j’aime être au cœur d’un projet en particulier, avoir la responsabilité des tâches linguistiques et être davantage en contact avec les linguistes.

Pour finir, qui est ton PM préféré ? Cela restera entre nous.

Impossible de choisir ! Ils sont tous uniques en leur genre. Medge, qui a géré d’une main de maître un nombre impressionnant de linguistes en restant très organisée, pédagogue et proactive ; Jordan, notre perfectionniste, qui n’a laissé passer aucun questionnement d’ordre linguistique car il voulait assurer une qualité exemplaire ; Elena et sa spontanéité, qui bosse à l’instinct, très à l’écoute et disponible pour ses linguistes ; et Oriane, la réactivité incarnée, qui s’exécute à la seconde où on lui demande quelque chose, et qui est toujours prête à rendre service à l’équipe. En somme, une équipe béton, soudée, drôle, qui m’a soutenue toute la semaine, et sans qui le déroulement du Skills Lab n’aurait jamais été aussi fluide et professionnel.

***

La phase de QA commence en début d’après-midi pour l’anglais. Et là, l’équipe des PM a des sueurs froides : Antidote identifie près de 1 200 erreurs, et les QA checks de Trados presque autant. On se rassure en se disant que la plupart sont des faux positifs, et on entame la phase de révision jusqu’à la fin des heures de bureau…

 

JOUR 5 : Queen – We are the champions

L’aube point à l’horizon. Le réveil est difficile. Mais c’est la dernière ligne droite, il faut serrer les dents et livrer dans les délais.

En bas, le silence règne. Veille de vacances oblige, une bonne partie des étudiants a déjà déserté les lieux. Mais c’est dans les salles qui nous étaient attribuées que l’on ressent le plus ce vide : aujourd’hui, personne n’est convoqué, seuls les PM et une poignée de volontaires continuent de travailler (même si tout le monde reste disponible sur Slack).

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Jordan s’attelle à la finalisation des fichiers d’espagnol, et Elena fait de même pour l’allemand. Des problèmes subsistent dans le glossaire espagnol, et des rectifications sont nécessaires. De son côté, Elena travaille d’arrache-pied sur la mise en page finale de ses fichiers.

Loréna, Medge, Oriane, Raphaël (M2 expert du domaine juridique) et moi travaillons sur le QA de l’anglais. Nous nous sommes divisé le fichier complet en 4 batchs pour avancer le plus rapidement possible. Nous bouclons cette étape vers midi, mais quelques difficultés surviennent au moment de recompiler les batchs ! La tension monte encore d’un cran…

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Après un reboot d’ordinateur, des incantations vaudoues et une phase de déni, les efforts combinés des PM permettent finalement d’obtenir un fichier bilingue final. La phase de PAO peut enfin commencer. Les attentes du client ne sont pas très élevées, mais Medge souhaite tout de même rendre un travail propre. On fait bien les choses en TSM. François Poncelet, professeur de projet de traduction, traducteur et expert de la PAO, lui donne un coup de main crucial.

15h37, c’est au tour de l’allemand d’être expédié. Un de moins.

La tension est à son paroxysme ! Loréna et Jordan compilent l’archive du projet d’allemand, en prenant soin de n’oublier aucun fichier. Il est 15h51, l’espagnol est livré. Plus que le boss final.

Loréna est envahie par le stress, et Jordan et Oriane mettent tout en œuvre pour l’en soulager. Un échange restera dans les annales : « L : Raah mais je suis trop stressée j’en peux plus ! » « O : Nan mais Loréna t’inquiètes il reste 10 minutes, tranquille on est hyper large ».

Et vous savez quoi ? Elle avait raison. À 15h59, une minute avant l’échéance, Loréna relève la tête de son clavier, le dernier projet est livré. Hyper large. On s’applaudit, on se congratule, et surtout, on respire. Toute la pression accumulée au cours de cette semaine s’évapore.

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Croyez-le ou non, cette photo a été prise au moment exact où Loréna a relevé la tête de son clavier.

 

Épilogue

Dans les minutes qui ont suivi la livraison, nous nous sommes tous rassemblés pour participer à une réunion qui a été un lieu d’échanges bénéfique pour tous les intervenants. Les difficultés et les réussites du projet y ont été abordées, des pistes d’améliorations ont été proposées pour l’année prochaine, et nous avons pu ensuite partager un pot avec les professeurs présents.

Il ne s’agit là que d’un témoignage incomplet à propos du dispositif, de mon propre point de vue. J’ai essayé de vous faire partager au maximum cette expérience, tout en essayant de limiter la taille de ce texte. Mission… Partiellement accomplie. Quoi qu’il en soit, beaucoup de moments forts ont eu lieu cette semaine, et je tiens à remercier tous les intervenants du projet, professeurs comme étudiants, pour cette expérience extrêmement enrichissante. Pour les M1, il s’agit de la fin de leur première année, de la dernière étape avant le départ en stage. Pour les M2, dont je fais partie, c’est différent : cette semaine a un goût doux-amer, elle représente sans doute les derniers jours de notre vie à l’université, la fin d’une ère, avant le départ pour Dublin, puis pour le stage et ensuite l’entrée dans la vie professionnelle. Et je pense que l’on peut affirmer que nous concluons notre scolarité sur une bonne note.

Je vous remercie d’avoir lu ce billet, et je vous donne rendez-vous sur le marché d’ici quelques mois !

CafeTran Espresso – Un outil complet et abordable

Par Gauthier Menin, étudiant M2 TSM

 

CafeTran Espresso est un logiciel de TAO. Traduction assistée par ordinateur.

Les outils de traduction assistée par ordinateur sont indispensables à tout traducteur moderne.

En effet, plus aucune agence n’accepte de collaborer avec un traducteur n’ayant pas d’outils de TAO.

Même les clients directs sont, la plupart du temps, au fait des nouvelles technologies. Or, ce ne sont pas les outils qui manquent. Il en existe pour toutes les bourses, pour toutes les tailles d’entreprise et s’adapte aux différents besoins des traducteurs contemporains.

Qu’il s’agisse de la traduction machine ou des outils de corpus, chaque outil vente ses mérites.

Alors, le traducteur se voit un peu comme un acheteur d’une maison : tous les outils ont la même vocation, aider à la traduction, mais l’agencement ou la manière d’y parvenir est différent.

CafeTran Espresso est probablement l’un de mes outils préférés. La raison principale à cela est évidemment le prix. Il est très loin des prix exorbitants que peuvent appliquer certains de ses concurrents. La petite nuance, c’est qu’il ne s’agit pas ici d’un achat unique, mais bien d’un abonnement annuel. Le prix s’élève à 80 € par an, soit environ 6,60 € par mois. Si vous exercez le métier de traducteur indépendant, je pense que 6,60 € n’est pas un tarif excessif et qu’il ne faudra pas traduire beaucoup pour rentabiliser l’outil.

Outre un tarif plus que raisonnable, CafeTran Espresso propose de nombreux outils qui lui permettent de rivaliser avec les plus grands de ses concurrents.

 

Tour du propriétaire

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La première chose que l’on remarque lorsque l’on ouvre CafeTran Espresso, c’est que l’interface est assez élégante et sombre par rapport aux interfaces habituelles des autres outils de traduction assistée par ordinateur qui sont disponibles sur le marché. C’est un détail, mais un détail qui a son importance surtout lorsque l’on travaille tard comme c’est souvent le cas quand on est étudiant et qu’il faut terminer ses traductions après les cours en rentrant chez soi. Dans la partie supérieure de l’écran, on note l’interface de sélection ou de création du projet.

Un menu déroulant permet de visualiser l’ensemble des projets existants et d’accéder à l’éditeur pour le projet en question.

Le panneau de gauche, appelé Total Recall, permet d’activer l’équivalent d’une mémoire de traduction centrale. À la fin d’un projet de traduction, la mémoire de traduction du projet est exportée dans la mémoire Total Recall. Au cours du projet suivant, la mémoire Total Recall consultera l’ensemble des mémoires qu’elle contient afin d’y chercher des segments utiles.

Au centre, nous avons deux panneaux : le premier concernant les mémoires de traduction projet et le second concernant les glossaires.

Enfin, toute droite, il est possible à l’utilisateur de sélectionner des ressources en ligne qui seront accessibles directement depuis l’éditeur de traduction. Parmi ces services, on trouve Google Translate ou DeepL, Linguee ou Proz Term Search.

Comme nous le verrons dans la partie dédiée à la description de l’éditeur, les services cochés seront accessibles directement depuis l’éditeur et ne nécessiteront pas un navigateur Internet en arrière-plan. Il s’agit selon moi d’un élément important pour l’impact cognitif du traducteur. Nous y reviendrons.

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La fenêtre de l’éditeur de traduction est relativement similaire à celle des autres outils de traduction assistée par ordinateur. Elle dispose cependant, à l’image de l’écran d’accueil, du mode nuit comme illustré sur la photo ci-dessus. Il s’agit peut-être pour certains d’un détail, mais je vous assure que les effets sur les yeux se font ressentir très rapidement.

La partie supérieure droite affiche le segment source ainsi que l’espace dédié au segment cible qui, dans cet exemple, est encore vide. À la gauche du segment en cours, un panneau affiche les segments précédents ainsi que les segments à venir.

Dans la partie inférieure gauche sont affichés les services Web, les mémoires de traduction, les glossaires, ainsi que la mémoire Total Recall.

Enfin, en bas à droite sont affichés les résultats des mémoires de traduction. Bien entendu, il est possible de personnaliser l’interface et d’intervertir certaines fenêtres pour que l’espace corresponde davantage à vos besoins.

Une des fonctionnalités les plus pratiques, à mon sens, est l’accès à différents services Web directement depuis l’interface de l’éditeur. Nul n’ignore qu’un traducteur passe de longues heures à naviguer sur Internet à la recherche d’information, de terminologie, de sources.

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Il vous est très certainement déjà arrivé de vous lancer dans des recherches et de vous retrouver avec des dizaines d’onglets ouverts dans votre navigateur favori. Chacun de ces onglets représente une charge cognitive potentiellement indésirable puisque, tout comme moi, vous avez probablement tendance à laisser ouverts des onglets dorénavant inutiles par peur de ne plus les retrouver. Or, chacun de ces onglets, chaque fenêtre ouverte, chaque logiciel en cours de fonctionnement représente une charge cognitive. Notre cerveau, qu’on le veuille ou non, cherche à garder en mémoire toutes les informations potentiellement nécessaires à notre travail.

Ne vous est-il jamais arrivé de vous sentir submergé par votre espace de travail ? Il est probable que ce sentiment soit provenu d’un espace de travail mal organisé ou surchargé. On pense souvent à l’espace physique (le bureau, la pile de papiers, les dossiers éparpillés), mais on ignore souvent l’espace de travail numérique. Pourtant, cet espace numérique n’est-il pas celui dans lequel nous passons le plus de temps ?

Ainsi chaque mesure prise afin de réduire le poids cognitif de nos environnements de travail est importante.

 

Fenêtres statistiques

Un autre des éléments que j’apprécie particulièrement sur CafeTran Espresso est la fenêtre des statistiques. Le logiciel dispose d’une fenêtre de statistiques facilement accessibles depuis l’onglet projet. Elle fournit des informations classiques relatives au Weighted Word Count, mais aussi une estimation de la vitesse de traduction.

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Il me semble qu’il s’agit là d’une fonctionnalité particulièrement pratique notamment lorsque l’on est débutant puisqu’elle permet à un jeune traducteur (voire à un traducteur expérimenté faisant face un nouveau domaine) d’estimer sa vitesse de travail en temps réel. C’est évidemment quelque chose qui peut être fait simplement avec une montre ou un chronomètre, mais cela reste néanmoins une fonction pratique et particulièrement simple d’utilisation alors pourquoi s’en priver ?

En plus d’indiquer au traducteur sa vitesse de travail sur le projet actuel et en temps réel, la fenêtre de statistiques est en mesure de générer un devis à partir du Weighted Word Count et du tarif au mot de votre choix. Il est également possible de définir un prix au caractère.

Ce devis généré par l’application ne nécessite que deux clics et permet de rapidement savoir quelle est la valeur financière d’un projet. Cependant, il est très important d’avoir conscience que ce devis n’est pas exploitable d’un point de vue légal lorsque l’on est autoentrepreneur. En effet, de nombreuses mentions légales ne sont pas présentes. Cela dit, rien ne vous empêche de copier-coller les informations de ce devis dans votre modèle habituel.

 

QA

Les fonctionnalités de contrôle qualité du logiciel sont, à mon sens, particulièrement bonnes. Après avoir expérimenté sur de nombreux outils différents, j’ai souvent été déçu des outils de contrôle intégrés à ces logiciels. CafeTran Espresso est l’un des rares à m’avoir satisfait. Il s’agit peut-être, là encore, d’un détail, mais lorsque vous terminez votre traduction et que vous validez votre dernier segment, une fenêtre s’affiche vous proposant d’exporter votre document ou d’effectuer un QA.

Un traducteur devrait toujours effectuer des contrôles qualité avant export, mais cette fenêtre représente une sécurité de plus pour garantir que ce contrôle ne soit pas oublié.

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Lorsque vous sélectionnez l’option du contrôle qualité, une fenêtre s’affiche pour vous permettre de sélectionner les critères d’évaluation.

Une fois vos critères sélectionnés, le contrôle qualité se déroule de manière similaire à ce que l’on peut voir sur d’autres outils du marché.

Enfin, de manière générale, CafeTran Espresso prend en charge un grand nombre de formats de fichiers de manière efficace. Pour ne citer que ceux-là, il prend en charge les formats XLIFF, TMX, InDesign ou encore FrameMaker.

Le logiciel a recours à la mémoire RAM de votre ordinateur, ce qui lui permet d’être réactif notamment avec les mémoires de traduction.

 

En conclusion, CafeTran Espresso est un outil qu’il ne faut pas sous-estimer en raison de son prix, mais, bien au contraire, qui doit attirer votre attention et qui mérite au moins d’être essayé. J’ajouterai d’ailleurs qu’il existe une version d’essai gratuite et illimitée avec pour seule restriction une mémoire de traduction limitée à 1000 mots. Si cet article n’a pas suffi à vous convaincre, téléchargez donc la version d’essai et voyez par vous-même. M’est avis que vous pourriez être agréablement surpris.

 

Je tiens à remercier l’équipe de CafeTran Espresso qui m’a autorisé à utiliser et publier des images de leur logiciel dans le cadre de cet article.

Bibliographie

https://www.cafetran.com/ – Site web officiel de CafeTran – Consulté le 13 févr. 20

 

Traduire vers une langue étrangère ? It depends

Par Elena Valevska, étudiante M2 TSM

 

En 2017, Lucie Lhuillier, ancienne étudiante TSM, s’était déjà penchée sur le sujet de la traduction dite non native dans son billet. Ses conclusions claires, conformes aux normes de l’industrie : traduire vers une langue étrangère, c’est un grand faux pas, et elle explique bien pourquoi.

Aujourd’hui, je veux me faire l’avocat du diable, et essayer de mettre cet axiome à l’épreuve.

Nous, les étudiants en traduction, on nous apprend dès le début à quel point il est important de traduire vers sa langue maternelle. Ne pas le faire, c’est dire au revoir à la qualité, bye-bye ! Après tout, traduire, c’est trahir, dixit quelqu’un, peu importe son nom mais son message importe. Ainsi, si on veut réduire, contenir cette trahison, cette désertion de sens, on n’a pas le choix : il faut faire appel à des native speakers. Sinon, quality has left the chat.

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Cette notion de « natif » m’a toujours intriguée, sans doute en raison de mon cas particulier. Ayant grandi dans une famille où on parle trois langues à la maison, je les ai apprises plus ou moins à la fois : le néerlandais (ou le flamand, si vous insistez vraiment) avec papa, le bulgare avec maman, et leur langue en commun, c’était l’anglais. Aujourd’hui c’est aussi ma langue à moi, sans doute la langue que je maîtrise le mieux, grâce à mon enfance, à l’internet (#90kidsunite), mais aussi aux nombreuses heures passées à la bibliothèque, dévorant des livres comme un gamin un peu obèse se plonge sur le gâteau le jour de son anniversaire. J’avoue que le fait d’avoir un British à mon côté pendant les six dernières années y a contribué également. (Blimey ! Il a heureusement fait défection vers la Belgique avant le fiasco du vous-savez-quoi, mais ça reste un vrai rosbif). Dans ce délicieux mélange linguistique, quelle est ma langue maternelle ? Est-ce, comme le mot l’indique, la langue de ma mère ; ou bien la langue de ma formation et culture ; ou encore la langue que j’utilise le plus souvent dans ma vie quotidienne ? Est-ce les trois ? Et si je passais les 15 années suivantes en France, lissant toutes les erreurs que je fais aujourd’hui, pourrais-je un jour atteindre un niveau dit natif ? Voilà la question.

Maintenant que j’ai partagé ma backstory un peu, vous comprenez peut-être mieux d’où vient mon intéresse pour un phénomène plutôt polarisant. J’y ai dédié une part de mon rapport de stage, et je souhaite partager avec vous quelques de mes trouvailles (fini les plaisanteries, place aux choses sérieuses).

La traduction non native dans l’industrie de la langue

En 1965, Chomsky avança le modèle du locuteur-auditeur idéal [1], celui qui maîtrise sa langue à la perfection, ainsi que la notion de l’intuition du locuteur natif (native speaker intuition), estimant qu’il s’agissait d’une aptitude innée. En effet, les linguistes ont longtemps jugé que le native speaker était l’autorité absolue en matière de langue, sentiment à première vue largement partagé par les principaux acteurs du marché de la traduction. Dans une enquête menée sur le sujet par l’Association internationale des traducteurs et interprètes professionnels (IAPTI), les opinions sur l’admissibilité de la traduction vers la langue B ont unanimes ; en voici quelques extraits.

  • […] the hallmark of a professional translator is excellent writing skills, and achieving a ‘native’ level of excellence is almost impossible for non-natives. I have been correcting translation certification examinations in Canada for close to 15 years, and have encountered only one instance in which a person’s level of ability, in writing, was almost ‘native’. One.
  • Of my nearly 15 years as a translator, editor and project manager, I have seen the work of some roughly 500 translators. I can attest only three (3) (ONLY 3!) of that lot were capable enough to translate into a non-native language competently.
  • I have done this once or twice, into Spanish, following considerable pressure from the client and after telling them clearly why I didn’t think this was a good idea. Each time, I had a Spanish native speaker proofread the target text before delivery. This is not a service I advertise, or even want to provide. I will only do it as a last resort and as a favour for a good client.
  • I consider it unprofessional to translate into one’s non-native language, unless it’s a true emergency for someone. The resulting prose NEVER reads native – and believe me, I’ve edited and proofread an awful lot of writing by pretty good non-native speakers and writers.

 

Il n’y a aucun doute à ce sujet, si l’on veut prôner la qualité, il faut faire appel aux natifs.

Ce que je trouve curieux, c’est le fait que de nombreuses associations de traducteurs soulignent également l’importance de la traduction vers la langue maternelle (L1), mais cela sans exclure totalement la possibilité de la traduction vers sa deuxième langue (L2). Voyons ce qu’elles disent :

  • Le traducteur […] s’engage à travailler dans les règles de l’art, à savoir : traduire uniquement vers sa langue maternelle ou une langue cultivée, maniée avec précision et aisance ;

(Code de déontologie de la SFT)

  • [Les traducteurs doivent] maîtriser à la perfection leur langue maternelle et une ou plusieurs langues étrangères, avoir une bonne culture générale et des connaissances approfondies d’un ou plusieurs domaines de spécialisation ;

(ALTI, Association luxembourgeoise des traducteurs et interprètes)

La Chambre belge des traducteurs et interprètes (CBTIP) est encore plus ambiguë dans sa formulation, indiquant simplement que les traducteurs « s’interdisent […] d’accepter, d’exécuter ou de faire exécuter un travail, dont ils ne peuvent garantir la qualité […] d’exécuter personnellement un travail dans une combinaison linguistique autre que celle(s) pour laquelle (lesquelles) ils ont été agréés par la CBTIP ».

Ce qui, à mon avis, n’exclurait pas le traducteur near-native, qui ne maîtrise pas la langue « à la perfection » mais se laisse réviser par un linguiste natif.

Un autre exemple : Enissa Amani

En 2018, Netflix a diffusé une émission de comédie spéciale de l’humoriste allemande Enissa Amani, intitulée Ehrenwort. Mme Amani est originaire de Francfort et parle avec un accent hessois. Pendant l’émission, elle utilise beaucoup un mot argotique, Alter [al-teuh], signifiant « mec, frérot », qui, prononcé à l’accent hessois laisse tomber le ‘t’, donnant ‘Aller*’ [al-euh]. Ainsi, elle dit « Aller*, ich weiß selber nicht » (« mec, je ne sais même pas », en réponse de ce qu’est Netflix), ce qui a été traduit par « Allah, I don’t even know » dans les sous-titres anglais, une inférence vraisemblablement due aux origines iraniennes de l’humoriste. Un traducteur allemand n’aurait peut-être pas commis cette erreur, conscient du fait que Aller* se prononce [alɐ], et Allah [ala:]. De tels exemples « lost in translation » étant si récurrents dans le sous-titrage, la mauvaise compréhension de la langue source dans d’autres domaines reste également probable (d’ailleurs, selon Eugene Nida, c’est la raison principale des erreurs de traduction). Si les précautions nécessaires sont prises pour assurer une qualité irréprochable, le traducteur non-natif, mais presque natif, pourrait apporter une vraie valeur ajoutée. Food for thought ?

 

[1] Chomsky, Noam. 1965. Aspects of the Theory of Syntax. Massachusetts: MIT Press.

#TQ2020 Biotraduction et traduction automatique : retour sur la journée d’études Traduction et Qualité du 31 janvier 2020

 

Par Oriane Briand, étudiante M2 TSM

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Le laboratoire « Savoirs, Textes, Langage » du CNRS et l’UFR Langues Étrangères Appliquées de l’université de Lille ont organisé, pour sa 7e édition, une journée d’études consacrée à la biotraduction et à  la traduction automatique. Petit bilan du cru 2020.

L’année 2020 vient à peine de commencer, une décennie 2.0 pour cette journée d’études 2.0 elle aussi, puisque l’édition de 2018 était déjà dédiée à la traduction automatique (TA), aussi appelée traduction machine.

Le programme est chargé, l’amphithéâtre est bondé en cette belle journée de fin janvier. Cette journée a pour but de redéfinir le lien entre l’humain et la machine dans le monde de la traduction, un monde qui a en effet été chamboulé par l’arrivée de la traduction automatique neuronale. La journée se découpe en trois thématiques : traduction automatique et monde professionnel, traduction automatique et métiers de la traduction et enfin analyse de la traduction automatique. Dix intervenants se sont succédé sur l’estrade, universitaires comme professionnels, et ont tenté d’apporter leurs éléments de réponse.

La traduction automatique neuronale (TAN) a fait son apparition vers le milieu des années 2010. Auparavant, d’autres systèmes étaient utilisés comme la traduction automatique statistique (TAS). Alors que pouvons-nous attendre de la TAN et comment pouvons-nous l’utiliser comme un outil pour le traducteur, et non plus le voir comme une menace, comme elle est souvent perçue ?

Le fonctionnement de la TAN n’est pas évident pour tout le monde. Les algorithmes utilisés sont complexes et mystérieux. Et pourtant, elle est partout. Elle est utilisée par des millions de personnes tous les jours et fait partie intégrante de notre quotidien comme de notre environnement de travail. Mais quelle posture faudrait-il adopter face à ce trop-plein d’intelligence artificielle ?

Tout d’abord, il faut comprendre ce qu’est la traduction automatique neuronale et surtout, connaître ses points forts et ses points faibles. Car c’est en connaissant la machine avec laquelle nous travaillons que nous pouvons en retirer le meilleur. Par exemple, la TAN est capable de produire des sorties de textes fluides, ce qui peut parfois nous  tromper et donner l’illusion d’un texte bien traduit. Or, cette fluidité se fait, par exemple, au détriment de la terminologie. C’est lorsqu’on se penche sur le résultat qu’on se rend compte que le texte produit est incorrect. C’est pour cette raison que l’utilisation de la TAN ne peut se faire sans une intervention humaine, et, si cela peut vous rassurer, ne peut supplanter le traducteur comme on peut le penser. Mais comme pour chaque nouvelle avancée technologique, il faut se former et former les générations futures. Ainsi, enseigner de manière raisonnée l’utilisation de ce nouvel outil est crucial.

Aujourd’hui, l’intervention humaine face aux résultats de productions machine existe déjà. C’est le métier de post-éditeur. Lorsque nous regardons le marché de la traduction, il existe une certaine segmentation. Chacun son rôle et les moutons sont bien gardés. Mais l’émergence des nouvelles technologies (re)pose la question de l’organisation et de la gestion du projet de traduction. Par exemple, le post-éditeur ne pourrait-il pas être plus qu’un simple post-éditeur ? Il semble logique de demander son expertise à quelqu’un qui s’y connaît, qui est sur le terrain. Alors pourquoi ne pas faire appel aux connaissances et à l’expérience de quelqu’un qui travaille avec le contenu. Il est alors possible de redéfinir ce rôle et de l’impliquer à chaque étape du projet, que ce soit dans l’analyse de celui-ci (il peut estimer les délais, définir le processus le plus adapté…) ou dans ses étapes techniques. Il est important de redéfinir le rôle du post-éditeur dans les projets de TA, mais également redéfinir la gestion de ces projets. Chaque projet est unique, les résultats de TA sont variables tout comme l’effort de post-édition qui suit, et le post-éditeur ne peut qu’ajouter une plus-value.

Car la TAN n’est pas parfaite,  aujourd’hui encore, on tente de la décrypter. Il est important de comprendre ses faiblesses, mais également d’évaluer ce qu’elle produit. Il existe plusieurs méthodes. Quelques exemples :

  • La méthode BLEU, qui consiste à comparer une sortie machine avec une traduction humaine de référence
  • L’observation du système en le manipulant : modifier le texte source et observer si le texte cible se modifie en changeant les temps, les modes, les adjectifs, etc., et son inverse.
  • La dissection du système en ouvrant sa boite noire : interroger celle-ci pour tenter de prédire le résultat.
  • L’évaluation humaine : classement des résultats (par des professionnels ou non), identification et classement des erreurs.

Plusieurs études ont prouvé un gain de temps dans l’utilisation de la post-édition de traduction automatique neuronale, mais il est possible d’améliorer ses sorties de traduction en y incorporant de meilleures données d’apprentissage. Par exemple, une manière d’améliorer ce problème de terminologie serait d’incorporer des séries de textes spécialisés. Y incorporer ses propres corpus semble pour le moment compliqué, car les systèmes sont basés sur l’optimisation des algorithmes. Or, y incorporer ces données ferait baisser ce score d’optimisation. Il faudrait alors repenser le système et lui injecter ces connaissances dès le début de processus.

Comme vous pouvez l’avoir constaté, la traduction automatique neuronale génère de nombreuses questions et suscite un intérêt dans le monde de la traduction. Ses progrès ne semblent pas près de s’arrêter et en parler permet de découvrir de nombreux angles d’approche qui se complètent. Une approche raisonnée et scientifique permet de poser un regard critique sur la machine, et de réconcilier peut-être ce qui ne semblait pas être un couple évident : l’humain et la machine.

 

Un grand merci à Joss Moorkens, Caroline Rossi, Nathalie de Sutter, Geert Benoit, Guillaume Deneufbourg, Sarah van der Vorst, François Yvon, Hanna Martikainen, Orphée De Clercq et Rudy Loock, ainsi qu’à l’université de Lille en partenariat avec le laboratoire « Savoirs, Textes, Langage » du CNRS et l’Association française des formations universitaires aux métiers de la traduction (AFFUMT).

 

La #TQ2020 a été filmée, vous pourrez la visionner dès cette semaine sur la webTV de l’université de Lille et sur le site dédié à cette journée.