Journal de bord du Skills Lab 2020

Par Baptiste Dargelly, étudiant M2 TSM

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L’édition du Skills Lab 2020 prend fin alors que j’entame la rédaction de ces lignes. Après une semaine intensive, nous éteignons les pc, nous refermons les salles et nous remballons la cafetière avant d’entreprendre les préparatifs pour le stage ou le voyage à Dublin.

 

« Non mais attends, de quoi on parle au juste ? »

Comment ça, vous ignorez ce qu’est le Skills Lab ? Si vous êtes une lectrice ou un lecteur assidu de ce blog, ou si vous suivez les réseaux sociaux du Master TSM, je n’y crois pas. Briefing rapide pour ceux qui ne suivaient pas, là-bas, dans le fond : le Skills Lab est un dispositif, un exercice grandeur nature proposé dans plusieurs formations en traduction, et qui a été mis en place dans le master TSM en 2018. Il s’agit de monter une agence de traduction fictive, mais dont les intervenants ainsi que les projets, eux, sont bien réels. Et attention, il ne s’agit pas de n’importe qui : ce sont les étudiants de M1 et de M2 qui ont pris en charge toutes les tâches relatives au projet durant la semaine du 17 au 21 février. Entre ce dispositif, la formation en elle-même et les deux stages que nous avons à effectuer, l’objectif du Master TSM, qui se veut être une formation professionnalisante et complète, est atteint.

Afin d’entrer plus vite dans le vif du sujet, je vous renvoie aux deux billets portant sur les deux éditions précédentes du Skills Lab, écrits par Morgane Tonarelli l’année dernière et Alessandro Circo en 2018, mes deux prédécesseurs au poste de Responsable de communication, si vous voulez en savoir plus sur la définition du Skills Lab.

 

« Bon, très bien. Donc tout ça s’est déroulé sur une semaine ? »

Eh bien non ! Le Skills Lab, c’est en réalité plus qu’une semaine de travail. L’édition 2020 a peut-être pris fin le 21 février, mais elle a débuté bien avant cela. Nous étions alors en 2019, Mary Higgins Clark ne nous avait pas encore quittés, et nous avions alors tous moins de cheveux blancs (enfin, moi, pas vraiment). C’est un projet qui se déroule en plusieurs phases, afin de traiter plusieurs aspects du monde professionnel. Tout d’abord, des offres d’emplois à notre destination ont été postées sur le site de l’université : l’agence recherche des gestionnaires de projet, des traducteur·trice·s, des préparateur·trice·s de fichiers… 6 postes différents en tout, parfois réservés aux M2 (comme les réviseur·seuse·s ou encore l’IPM), ou au contraire ouverts à tous. Nous avions également la possibilité de soumettre notre candidature pour occuper deux postes différents à mi-temps, par exemple préparatrice et réviseuse, ou encore réviseur et responsable de communication (self-five).

Cette phase de réponse aux offres d’emploi a été suivie par celle, quelques semaines plus tard, des entretiens. Chacun a reçu une convocation pour y participer, et ils se sont tenus le 19 décembre. Les duos de recruteurs étaient composés de certains des enseignants du Master, et vers midi, chacun avait appris à quelle sauce il allait être mangé. Car oui, le Skills Lab nous engloutit, nous consomme et nous consume, nous malmène (à tel point que l’on se demanderait presque s’il n’y aurait pas un double-sens caché derrière le SM de TSM), nous met dans des situations parfois difficiles, nous confronte à des vrais projets pour de vrais clients, afin de nous donner un avant-goût de notre future profession.

Forte de l’expérience de l’année dernière, l’équipe des PM (comprenez les Gestionnaires de projet) a également élaboré, quelques jours avant le début de la semaine clé, un document Excel partagé pour que chacun inscrive ses domaines de prédilection ou, au contraire, ses hantises. Un moyen efficace pour potentiellement améliorer le confort et augmenter la productivité des escouades de traduction et de révision !

 

JOUR 1 : The animals : The house of the rising sun

Lundi 17 février, 8h30. L’équipe des PM millésime 2020 découvre son nouveau QG. Celle de l’année dernière avait soulevé un point lors du débriefing, à propos de la situation de leur bureau, qui se trouvait à proximité des salles attribuées à leurs équipes. De ce fait, l’équipe des PM était souvent sollicitée par celles-ci tout au long du projet, ce qui n’était pas préconisé par les enseignants, et surtout ce qui est généralement inenvisageable dans le monde professionnel. Les étudiants l’ont demandé, les organisateurs l’ont fait : de leur tour d’ivoire, au 5e étage du bâtiment LEA à Roubaix,  les gestionnaires de projet vont devoir faire leurs preuves cette semaine, et superviser de A à Z les projets qui vont leur parvenir.

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À 9 heures précises, une sonnerie de notification retentit dans le QG : LE mail est arrivé. Il contient l’ensemble des documents relatifs au projet : fichiers sources, instructions, ressources, et les attentes du client. La pression monte d’un cran, et tout de suite, Loréna s’active. Elle est l’IPM, l’International Project Manager de l’agence, c’est elle qui va superviser les quatre gestionnaires de projet. Elle lit et relit le mail, fait le tri dans tout ce qu’elle a reçu, identifie les différents éléments du projet pour ensuite commencer la répartition des tâches.

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Quatre langues sont représentées : l’anglais, l’espagnol, l’allemand et le suédois. Pour rappel, dans notre formation, nous avons tous l’anglais en commun, plus une langue B parmi celles que je viens de citer (et l’italien). Elena Valevska, germanophone, hérite de l’allemand. Oriane, qui étudie le suédois, récupère le projet de cette langue. Medge se voit attribuer le projet d’anglais, qu’elle maîtrise à la perfection. Jordan, quant à lui, prend en charge le projet d’espagnol (il est niveau 2 sur Duolingo). Soit dit en passant – parce que j’en entends qui rigolent au fond, toujours les mêmes – cela signifie tout de même qu’il affrontera un projet (qui se révèlera être le deuxième plus conséquent) et toutes ses étapes, dans une langue qu’il ne maîtrise pas ! Mais on fait avec les moyens dont l’on dispose, et ce cas de figure est tout à fait probable dans le monde professionnel. Tous se lancent dans l’analyse des fichiers du projet, pour définir la stratégie à employer et évaluer le nombre d’intervenants dont ils vont avoir besoin pour chaque étape du projet. Une fois les calculs et les prévisions effectués, l’équipe convoque les préparateurs et préparatrices de fichiers pour 13h.

Ils investissent donc la salle qui leur est attribuée en début d’après-midi, et assistent à un briefing de la part des PM. Les domaines des documents sources sont très différents : on a du culinaire en espagnol, de la géopolitique en anglais, du tourisme et du marketing technique en suédois et du tourisme en allemand. Cela signifie que le type de ressources à préparer diffère selon le projet : il pourra s’agir de corpus, de bases terminologiques et de documents de références. Le but est de fournir des ressources qui seront utiles aux traducteur·trice·s, et qui augmenteront leur productivité. Il s’agit également de garantir une certaine harmonisation terminologique !

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Une fois les instructions données, chaque PM consulte son escouade avant de remonter au QG. Les conversations et les échanges ont lieu sur Slack, une plateforme de discussion en ligne totalement personnalisable. Tout le monde doit s’y inscrire, M1 comme M2, ainsi que les professeurs qui interviennent dans le projet, afin de pouvoir observer les interactions entre leurs étudiants. Car ne l’oublions pas, le Skills Lab reste un exercice qui donnera lieu à une notation par la suite, prise en compte dans le Master. L’après-midi s’écoule et l’équipe de la préparation des ressources parvient à livrer en temps et en heure : les traducteurs et traductrices auront tous les outils en main pour attaquer leur traduction demain matin. La première journée de cette semaine intensive s’achève, laissant présager une suite assez sereine…

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JOUR 2 : Guns and Roses – Welcome to the jungle (baby)

Le gros des troupes entre en action : la traduction démarre ce matin. Le briefing des PM est précis et encourageant. Les documents sources ont été découpés en batchs, en portions, et tout le monde reçoit une part du gâteau. Tous ces fichiers, ainsi que les ressources préparées hier, sont mis à leur disposition sur une plateforme de l’environnement numérique de travail de l’université appelée Nextcloud. L’arborescence la plus claire et structurée possible a été élaborée hier par les PM. Chacun sait où récupérer ses fichiers et où les livrer une fois la traduction effectuée.

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Mais ils ne seront pas les seuls nouveaux arrivants de cette journée. Des corps bardés de cicatrices, des doigts musclés à force de pianoter jour et nuit sur leurs claviers, des yeux de lynx qui scrutent la moindre apostrophe droite : pas de doute, les vétérans sont arrivés, les réviseur·se·s ont investi les lieux. Je ne vous ai pas encore parlé des quantités de mots à traduire : l’anglais à lui seul en comporte environ 20 000, et l’espagnol 11 000. À eux deux, ces projets représentent environ 80% de la quantité de travail en traduction. Il faut donc trouver une solution pour réduire le temps occupé sur le planning, car la semaine ne fait que 5 jours et les étapes sont nombreuses. Les PM ont fait le choix d’entamer la révision avant que la traduction ne soit bouclée, et l’équipe de révision prend donc ses quartiers dès le cet après-midi. Pour ce faire, les batchs sont courts (environ 800 mots) et les traducteurs en reçoivent en moyenne deux chacun. Ainsi, une fois le premier terminé, on l’envoie en révision et la traductrice ou le traducteur attaque le suivant. La technique se révèle efficace, et malgré la quantité de travail, on avance.

Cependant, le début de la révision révèle des problèmes terminologiques importants : les titres des rubriques ne sont pas harmonisés, et certains acronymes ou termes-clés sont traduits de manière différente selon le batch. Incompréhensible pour le lecteur, inacceptable pour le client. Guillaume Deneufbourg, traducteur et professeur au sein de la formation, nous suggère l’utilisation de la base terminologique de l’ONU, UNTerm.  Cependant, on ne peut pas faire de miracle : au total, une vingtaine de personnes travaillent sur un même projet, en même temps, il est donc particulièrement difficile d’harmoniser l’ensemble. On cherche donc à proposer des solutions, mais la journée s’achève déjà…

JOUR 3 : Muse – Something human

Les projets d’espagnol, de suédois et d’allemand suivent leur cours sans trop d’encombres. La fin de la révision approche en suédois et en allemand, et la phase de traduction s’achève en espagnol. Ne vous y méprenez pas, il ne s’agit pas d’un long fleuve tranquille, et la quantité de travail ainsi que les efforts demandés sont élevés ! Mais à ce stade, tout le monde a bien compris que le vrai challenge va provenir de l’anglais.

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Tous les moyens sont mis en œuvre pour améliorer la qualité générale en rallongeant le moins possible les délais : une nouvelle base terminologique, sous forme de feuille Excel en ligne cette fois, a été partagée par Xavier Giuliani, traducteur sur ce projet. Les traducteurs et traductrices l’ont complétée au fur et à mesure de la traduction, et elle est composée d’entrées supplémentaires par rapport à la base terminologie élaborée par les préparateurs lundi. C’est un premier pas vers une meilleure harmonisation. Les réviseurs relèvent un nouveau type de terme, et une autre base terminologique est créée. Cela devient un peu difficile de s’y retrouver, mais l’intention est bonne. Il aurait sans doute été plus pratique de regrouper ces deux BT supplémentaires en une seule, voire même de les compiler pour les intégrer directement à SDL. Mais c’est plus facile à dire aujourd’hui avec le recul, que le jour même dans le feu de l’action. On est là pour apprendre !

Mais malgré tout cela, ça ne suffit pas. Les réviseurs ne sont pas assez nombreux. On réaffecte des M2 supplémentaires à la révision de l’anglais. Ce n’est pas ce qui était prévu au départ, certains sont censés avoir joué leur rôle en intégralité, mais quand il faut y aller, il faut y aller. Mais même avec ces nouvelles ressources, on se rend compte qu’on ne pourra pas tenir les délais. Une solution de dernier recours est envisagée : on propose aux M1 volontaires de prendre en charge des batchs de révision, eux qui n’ont pas encore été vraiment formés à cela. Les PM décident de tenter le coup. On explique aux volontaires les enjeux de la révision, ce qu’ils doivent rechercher et corriger, la manière de faire. On élabore des échantillons d’environ 200 mots pour les tester, et tenter d’évaluer si leur révision est correcte ou s’il faut les réaiguiller.

J’étais là, au milieu de ce champ de bataille, entouré par mes camarades fatigués. Ils ont les yeux qui picotent, le dos tendu et les cervicales qui grincent. Certains sont à 5 mg de caféine par litre de sang. Et tout le monde tient bon. On se déplace entre les salles. Les PM vont et viennent pour tenter d’exalter les troupes. On propose des suggestions pour les termes qui posent problème, parce que oui, on en découvre encore. On travaille parfois à deux ou trois sur une même révision. On échange des sourires et des regards complices.

Je vous prie d’excuser mon langage, mais ça, bordel, c’est beau. Ça prend aux tripes. Parce qu’en théorie, le contrat était déjà rempli, surtout pour les M1. Mais ils restent, on reste, et on fait face. La journée s’achève et tout le monde est un peu hagard, mais la progression est très nette.

 

JOUR 4 : Scorpions – Wind of change

Grâce aux efforts combinés équipes de traductions et de révision  du suédois ainsi que de leur PM, Oriane Briand,  l’un des deux projets de suédois a été livré ! En plus d’être une réussite en soi, cela va également permettre de réaffecter des forces dans les parties du projet qui en ont besoin (vous avez dit l’anglais ? Bingo).

Le travail d’hier a porté ses fruits. La révision de l’anglais a bien avancé, grâce à la collaboration étroite entre M1 et M2. Une fois que tout le monde aura livré, la phase de QA pourra commencer : il s’agira d’une des ultimes vérifications avant la PAO. Nathalie Moulard, traductrice et professeure qui dispense des cours de TAO et de révision au sein de notre master, ainsi que Spasa Ratkovic, qui donne des cours d’interprétariat et de traduction aux suédophones sont venues prêter main-forte à leurs étudiants.

L’ambiance est plus détendue qu’hier, j’ai pu en profiter pour interviewer Loréna ! Elle a pu m’accorder un moment pour parler de son rôle, de son équipe et du projet. Si vous avez suivi les réseaux sociaux du Master pendant la semaine du Skills Lab, vous avez déjà pu en avoir un aperçu. La voici dans son intégralité.

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De gauche à droite : Elena Valevska, Medge Allouchery, Loréna Abate, Oriane Briand et Jordan Raoul

 

Loréna Abate, IPM : une main de fer dans un gant de velours

Coucou Loréna ! Alors dis-nous tout, en quoi consiste ta mission ?

Ma mission consiste à superviser de manière générale tous les collaborateurs du Skills lab, et en particulier prendre les décisions et venir en aide à mon équipe de PM à qui j’ai attribué un projet par langue. Il s’agit aussi d’assurer un suivi global de l’avancement de chacune des étapes (traduction, révision, QA, PAO, LSO) tout en étant l’unique intermédiaire avec le client en cas de question d’ordre linguistique ou technique.

Et alors, on est dans les délais ?

J’ai le plaisir de dire que oui, on est dans les temps ! C’était pas gagné au début. La stratégie adoptée, c’était d’essayer de livrer au plus tôt les plus petits projets (allemand et suédois) puisque peu volumineux en termes de nombre de mots, car après analyse des deux projets les plus importants, et notamment de l’anglais, nous nous sommes vite rendu compte qu’il serait très challenging de livrer une qualité optimale en anglais dans les délais qui nous étaient impartis. En effet le projet compte plus de 19000 mots et nécessite un réel travail de mise en page, et le texte source ne permettait pas d’atteindre la productivité de traduction standard (phrases très complexes, terminologie à mettre en commun, traduction automatique peu efficace). À l’heure actuelle, le suédois est livré, et les projets allemand et espagnol seront également, je l’espère, livrés en fin de journée.

Quelle a été la plus grande difficulté jusqu’ici ?

Ce n’est pas vraiment moi qui ai eu les plus grosses difficultés, bien que j’aie le poids de la responsabilité sur mes épaules. Le premier jour, j’étais assez stressée, parce qu’il y avait d’un côté toutes les étapes de mise en place de Slack, de l’arborescence des fichiers, de réponses aux mails, et en même temps l’analyse des projets, l’estimation du nombre de collaborateurs pour chaque tâche (ça c’était galère), la répartition des tâches, la création des plannings, des fichiers de suivi, des devis et du calcul de la marge brute espérée au global, etc. Tout ça en devant valider les décisions des PM. En fait, la plus grosse difficulté, c’était le lancement du projet !

Et après le Skills Lab, Dublin et le stage, tu envisages d’entamer une carrière de gestionnaire de projet ?

Oui, j’aimerais beaucoup ! C’est ce qui me manque un peu dans mon rôle de IPM cette semaine, car je n’ai pas ce sentiment, comment dire, en fait j’aime être au cœur d’un projet en particulier, avoir la responsabilité des tâches linguistiques et être davantage en contact avec les linguistes.

Pour finir, qui est ton PM préféré ? Cela restera entre nous.

Impossible de choisir ! Ils sont tous uniques en leur genre. Medge, qui a géré d’une main de maître un nombre impressionnant de linguistes en restant très organisée, pédagogue et proactive ; Jordan, notre perfectionniste, qui n’a laissé passer aucun questionnement d’ordre linguistique car il voulait assurer une qualité exemplaire ; Elena et sa spontanéité, qui bosse à l’instinct, très à l’écoute et disponible pour ses linguistes ; et Oriane, la réactivité incarnée, qui s’exécute à la seconde où on lui demande quelque chose, et qui est toujours prête à rendre service à l’équipe. En somme, une équipe béton, soudée, drôle, qui m’a soutenue toute la semaine, et sans qui le déroulement du Skills Lab n’aurait jamais été aussi fluide et professionnel.

***

La phase de QA commence en début d’après-midi pour l’anglais. Et là, l’équipe des PM a des sueurs froides : Antidote identifie près de 1 200 erreurs, et les QA checks de Trados presque autant. On se rassure en se disant que la plupart sont des faux positifs, et on entame la phase de révision jusqu’à la fin des heures de bureau…

 

JOUR 5 : Queen – We are the champions

L’aube point à l’horizon. Le réveil est difficile. Mais c’est la dernière ligne droite, il faut serrer les dents et livrer dans les délais.

En bas, le silence règne. Veille de vacances oblige, une bonne partie des étudiants a déjà déserté les lieux. Mais c’est dans les salles qui nous étaient attribuées que l’on ressent le plus ce vide : aujourd’hui, personne n’est convoqué, seuls les PM et une poignée de volontaires continuent de travailler (même si tout le monde reste disponible sur Slack).

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Jordan s’attelle à la finalisation des fichiers d’espagnol, et Elena fait de même pour l’allemand. Des problèmes subsistent dans le glossaire espagnol, et des rectifications sont nécessaires. De son côté, Elena travaille d’arrache-pied sur la mise en page finale de ses fichiers.

Loréna, Medge, Oriane, Raphaël (M2 expert du domaine juridique) et moi travaillons sur le QA de l’anglais. Nous nous sommes divisé le fichier complet en 4 batchs pour avancer le plus rapidement possible. Nous bouclons cette étape vers midi, mais quelques difficultés surviennent au moment de recompiler les batchs ! La tension monte encore d’un cran…

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Après un reboot d’ordinateur, des incantations vaudoues et une phase de déni, les efforts combinés des PM permettent finalement d’obtenir un fichier bilingue final. La phase de PAO peut enfin commencer. Les attentes du client ne sont pas très élevées, mais Medge souhaite tout de même rendre un travail propre. On fait bien les choses en TSM. François Poncelet, professeur de projet de traduction, traducteur et expert de la PAO, lui donne un coup de main crucial.

15h37, c’est au tour de l’allemand d’être expédié. Un de moins.

La tension est à son paroxysme ! Loréna et Jordan compilent l’archive du projet d’allemand, en prenant soin de n’oublier aucun fichier. Il est 15h51, l’espagnol est livré. Plus que le boss final.

Loréna est envahie par le stress, et Jordan et Oriane mettent tout en œuvre pour l’en soulager. Un échange restera dans les annales : « L : Raah mais je suis trop stressée j’en peux plus ! » « O : Nan mais Loréna t’inquiètes il reste 10 minutes, tranquille on est hyper large ».

Et vous savez quoi ? Elle avait raison. À 15h59, une minute avant l’échéance, Loréna relève la tête de son clavier, le dernier projet est livré. Hyper large. On s’applaudit, on se congratule, et surtout, on respire. Toute la pression accumulée au cours de cette semaine s’évapore.

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Croyez-le ou non, cette photo a été prise au moment exact où Loréna a relevé la tête de son clavier.

 

Épilogue

Dans les minutes qui ont suivi la livraison, nous nous sommes tous rassemblés pour participer à une réunion qui a été un lieu d’échanges bénéfique pour tous les intervenants. Les difficultés et les réussites du projet y ont été abordées, des pistes d’améliorations ont été proposées pour l’année prochaine, et nous avons pu ensuite partager un pot avec les professeurs présents.

Il ne s’agit là que d’un témoignage incomplet à propos du dispositif, de mon propre point de vue. J’ai essayé de vous faire partager au maximum cette expérience, tout en essayant de limiter la taille de ce texte. Mission… Partiellement accomplie. Quoi qu’il en soit, beaucoup de moments forts ont eu lieu cette semaine, et je tiens à remercier tous les intervenants du projet, professeurs comme étudiants, pour cette expérience extrêmement enrichissante. Pour les M1, il s’agit de la fin de leur première année, de la dernière étape avant le départ en stage. Pour les M2, dont je fais partie, c’est différent : cette semaine a un goût doux-amer, elle représente sans doute les derniers jours de notre vie à l’université, la fin d’une ère, avant le départ pour Dublin, puis pour le stage et ensuite l’entrée dans la vie professionnelle. Et je pense que l’on peut affirmer que nous concluons notre scolarité sur une bonne note.

Je vous remercie d’avoir lu ce billet, et je vous donne rendez-vous sur le marché d’ici quelques mois !

#TQ2020 Biotraduction et traduction automatique : retour sur la journée d’études Traduction et Qualité du 31 janvier 2020

 

Par Oriane Briand, étudiante M2 TSM

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Le laboratoire « Savoirs, Textes, Langage » du CNRS et l’UFR Langues Étrangères Appliquées de l’université de Lille ont organisé, pour sa 7e édition, une journée d’études consacrée à la biotraduction et à  la traduction automatique. Petit bilan du cru 2020.

L’année 2020 vient à peine de commencer, une décennie 2.0 pour cette journée d’études 2.0 elle aussi, puisque l’édition de 2018 était déjà dédiée à la traduction automatique (TA), aussi appelée traduction machine.

Le programme est chargé, l’amphithéâtre est bondé en cette belle journée de fin janvier. Cette journée a pour but de redéfinir le lien entre l’humain et la machine dans le monde de la traduction, un monde qui a en effet été chamboulé par l’arrivée de la traduction automatique neuronale. La journée se découpe en trois thématiques : traduction automatique et monde professionnel, traduction automatique et métiers de la traduction et enfin analyse de la traduction automatique. Dix intervenants se sont succédé sur l’estrade, universitaires comme professionnels, et ont tenté d’apporter leurs éléments de réponse.

La traduction automatique neuronale (TAN) a fait son apparition vers le milieu des années 2010. Auparavant, d’autres systèmes étaient utilisés comme la traduction automatique statistique (TAS). Alors que pouvons-nous attendre de la TAN et comment pouvons-nous l’utiliser comme un outil pour le traducteur, et non plus le voir comme une menace, comme elle est souvent perçue ?

Le fonctionnement de la TAN n’est pas évident pour tout le monde. Les algorithmes utilisés sont complexes et mystérieux. Et pourtant, elle est partout. Elle est utilisée par des millions de personnes tous les jours et fait partie intégrante de notre quotidien comme de notre environnement de travail. Mais quelle posture faudrait-il adopter face à ce trop-plein d’intelligence artificielle ?

Tout d’abord, il faut comprendre ce qu’est la traduction automatique neuronale et surtout, connaître ses points forts et ses points faibles. Car c’est en connaissant la machine avec laquelle nous travaillons que nous pouvons en retirer le meilleur. Par exemple, la TAN est capable de produire des sorties de textes fluides, ce qui peut parfois nous  tromper et donner l’illusion d’un texte bien traduit. Or, cette fluidité se fait, par exemple, au détriment de la terminologie. C’est lorsqu’on se penche sur le résultat qu’on se rend compte que le texte produit est incorrect. C’est pour cette raison que l’utilisation de la TAN ne peut se faire sans une intervention humaine, et, si cela peut vous rassurer, ne peut supplanter le traducteur comme on peut le penser. Mais comme pour chaque nouvelle avancée technologique, il faut se former et former les générations futures. Ainsi, enseigner de manière raisonnée l’utilisation de ce nouvel outil est crucial.

Aujourd’hui, l’intervention humaine face aux résultats de productions machine existe déjà. C’est le métier de post-éditeur. Lorsque nous regardons le marché de la traduction, il existe une certaine segmentation. Chacun son rôle et les moutons sont bien gardés. Mais l’émergence des nouvelles technologies (re)pose la question de l’organisation et de la gestion du projet de traduction. Par exemple, le post-éditeur ne pourrait-il pas être plus qu’un simple post-éditeur ? Il semble logique de demander son expertise à quelqu’un qui s’y connaît, qui est sur le terrain. Alors pourquoi ne pas faire appel aux connaissances et à l’expérience de quelqu’un qui travaille avec le contenu. Il est alors possible de redéfinir ce rôle et de l’impliquer à chaque étape du projet, que ce soit dans l’analyse de celui-ci (il peut estimer les délais, définir le processus le plus adapté…) ou dans ses étapes techniques. Il est important de redéfinir le rôle du post-éditeur dans les projets de TA, mais également redéfinir la gestion de ces projets. Chaque projet est unique, les résultats de TA sont variables tout comme l’effort de post-édition qui suit, et le post-éditeur ne peut qu’ajouter une plus-value.

Car la TAN n’est pas parfaite,  aujourd’hui encore, on tente de la décrypter. Il est important de comprendre ses faiblesses, mais également d’évaluer ce qu’elle produit. Il existe plusieurs méthodes. Quelques exemples :

  • La méthode BLEU, qui consiste à comparer une sortie machine avec une traduction humaine de référence
  • L’observation du système en le manipulant : modifier le texte source et observer si le texte cible se modifie en changeant les temps, les modes, les adjectifs, etc., et son inverse.
  • La dissection du système en ouvrant sa boite noire : interroger celle-ci pour tenter de prédire le résultat.
  • L’évaluation humaine : classement des résultats (par des professionnels ou non), identification et classement des erreurs.

Plusieurs études ont prouvé un gain de temps dans l’utilisation de la post-édition de traduction automatique neuronale, mais il est possible d’améliorer ses sorties de traduction en y incorporant de meilleures données d’apprentissage. Par exemple, une manière d’améliorer ce problème de terminologie serait d’incorporer des séries de textes spécialisés. Y incorporer ses propres corpus semble pour le moment compliqué, car les systèmes sont basés sur l’optimisation des algorithmes. Or, y incorporer ces données ferait baisser ce score d’optimisation. Il faudrait alors repenser le système et lui injecter ces connaissances dès le début de processus.

Comme vous pouvez l’avoir constaté, la traduction automatique neuronale génère de nombreuses questions et suscite un intérêt dans le monde de la traduction. Ses progrès ne semblent pas près de s’arrêter et en parler permet de découvrir de nombreux angles d’approche qui se complètent. Une approche raisonnée et scientifique permet de poser un regard critique sur la machine, et de réconcilier peut-être ce qui ne semblait pas être un couple évident : l’humain et la machine.

 

Un grand merci à Joss Moorkens, Caroline Rossi, Nathalie de Sutter, Geert Benoit, Guillaume Deneufbourg, Sarah van der Vorst, François Yvon, Hanna Martikainen, Orphée De Clercq et Rudy Loock, ainsi qu’à l’université de Lille en partenariat avec le laboratoire « Savoirs, Textes, Langage » du CNRS et l’Association française des formations universitaires aux métiers de la traduction (AFFUMT).

 

La #TQ2020 a été filmée, vous pourrez la visionner dès cette semaine sur la webTV de l’université de Lille et sur le site dédié à cette journée.

Top 10 de nos billets les plus lus en 2019

La fin de l’année est traditionnellement l’occasion de dresser toutes sortes de bilans, et le blog de la formation de master « Traduction Spécialisée Multilingue » (TSM) n’échappe pas à la règle ! En 2019, le blog a continué sa croissance puisqu’il a reçu 50.086 visites pour 34.370 visiteurs (chiffres du 30/12/2019), contre 37.673 visites/26.773 visiteurs en 2018 et 19.949 visites/13.137 visiteurs en 2017. Selon les statistiques fournies par WordPress, la lecture des billets s’effectue depuis 157 pays différents avec en tête la France, les États-Unis, la Belgique, le Canada, et la Suisse.

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Ceci est le résultat du travail des étudiantes et des étudiants de la formation, qui rappelons-le contribuent tour à tour au blog depuis septembre 2016 en rédigeant un billet par an (de septembre à février pour les étudiants de seconde année de master, de mars à juillet pour ceux de première année). Les thèmes abordés cette année auront encore été très divers puisqu’il a été question (entre autres) de traduction automatique, de transcréation, de traduction juridique, des différentes langues de travail, de la spécialisation, des compétences linguistiques et culturelles, de l’ubérisation, de santé, sans oublier les activités de la formation (Skills Lab, insertion professionnelle) ou encore les entretiens avec des professionnel(le)s du secteur (vous pouvez retrouver ici la liste complète des billets). Cette rédaction de billets de blog entre dans le cadre d’une sensibilisation à l’e-réputation et à l’importance pour les futurs professionnels d’être présents sur l’internet de façon professionnelle.

Au moment de dresser le bilan, il peut être intéressant de voir quels billets ont le plus retenu l’attention cette année. Il s’agit de billets publiés en 2019 pour certains, mais aussi de billets publiés les années précédentes et qui continuent de trouver leur lectorat. Avant de vous livrer ce Top 10, gardons toutefois en tête qu’il ne s’agit que des billets les plus consultés et non pas un classement en fonction de la qualité de ceux-ci !

Voici donc les 10 billets les plus lus sur le blog en 2019 :

1. L’indétrônable J’ai testé pour vous : des correcteurs orthographiques

2. Un billet toujours beaucoup consulté bien que les chiffres datent de 2011 : Combien gagnent les traducteurs indépendants ? Est-ce suffisant ? (traduction)

3. Signe des temps et reflet des recherches des internautes : Google Translate vs DeepL : le duel

4. Autre reflet de l’importance des nouvelles technologies : La traduction vocale : une révolution ?

5. Une question devenue incontournable pour une prestation commerciale de qualité : Les facteurs de risques dans la gestion de projet

6. Une question qui intéresse particulièrement les étudiants : Être traducteur·trice indépendant·e ou salarié·e : avantages et inconvénients

7. Un écueil contre lequel on nous met souvent en garde : La mauvaise utilisation des anglicismes dans la langue française

8. Un billet qui date de 2017 sur un sujet qui ne cesse d’évoluer : La traduction automatique neuronale et l’avenir du traducteur

9. Une réflexion sur les enjeux linguistiques de la traduction de jeux vidéo : La localisation de jeux vidéo, une traduction technique ou littéraire ?

10. Une autre question qui intéresse particulièrement les étudiants : Comment choisir vos domaines de spécialité ? (traduction)

 

billets

L’insertion professionnelle dans le monde de la traduction : expectations vs reality

Par Maximilien Dusautois, étudiant M2 TSM

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Si vous arrivez sur ce billet de blog, les chances sont grandes pour que vous soyez impliqué dans le monde de la traduction, que vous soyez professionnel, étudiant ou simple quidam intéressé par la question. Ce monde merveilleux où il peut parfois sembler compliqué de s’insérer professionnellement (« quoi, t’es étudiant en traduction ? Mais ça sert à rien, y a Google Trad maintenant non ? »). Ce monde merveilleux où, lorsque vous êtes parfaitement bilingue français-suédois, on vous propose un poste où l’allemand est requis (« ben quoi, c’est pas la même chose ? »). En tant qu’étudiant de deuxième année de master, presque diplômé et futur entrant sur le marché du travail, il me semblait utile et nécessaire de poser la question qui fâche : comment se passe réellement l’insertion professionnelle sur le marché après des études de traduction?

Si l’on regarde les chiffres et uniquement les chiffres, le monde de la traduction est un monde merveilleux où l’on s’insère sans souci et où l’argent coule à flots. Des milliards et des milliards de dollars sont brassés chaque année et le marché est en croissance exponentielle[i]. Les différentes formations de traduction offrent des chiffres d’insertion professionnelle mirobolants qui feraient baisser la courbe du chômage à eux tout seul. Par exemple, l’ISIT parle de 93% des diplômés qui trouvent un emploi 3 mois après le diplôme, dont 62% avant d’être sortis de l’ISIT[ii] ; les chiffres d’insertion professionnelle du master TSM sont également très prometteurs (94% en 2011, 98% en 2012, 95% en 2013, 93% en 2014, 100% en 2015…)[iii], tout comme ceux de l’ESIT à Paris (87% d’insertion professionnelle)[iv].

Mais les chiffres restent des chiffres. Il convient d’exercer son esprit critique : on peut leur faire dire ce que l’on veut, surtout lorsque ceux-ci deviennent des arguments de vente pour une formation. On ne peut également, en 2019, se baser uniquement sur une analyse quantitative : la qualité du travail et le bien-être dans l’exercice de son activité professionnelle sont des valeurs importantes à prendre en compte.

J’ai donc décidé de mener ma propre enquête*, et j’ai recueilli pour cela les avis de 23 étudiants en traduction spécialisée et de 30 professionnels. Cela m’a permis de comparer les attentes des étudiants à quelques mois de leur diplôme avec la réalité du marché. Les attentes des étudiants sont-elles en adéquation avec ce que le marché a à leur offrir ?

Les rémunérations : ce qui est attendu vs les réalités du terrain

Commençons par le nerf de la guerre et le grand tabou français : les rémunérations ! Je me suis intéressé à la rémunération que souhaiteraient avoir les étudiants après leur diplôme. Après tout, on nous promet monts et merveilles et l’industrie n’est pas en difficulté. Qu’en est-il dès lors des prétentions salariales ?

Sur 23 étudiants, 65% ont répondu espérer toucher entre 25 000 et 31 999€ nets par an, soit une rémunération mensuelle comprise entre 2000€ et 2600€ par mois. Moins nombreux (39%) étaient ceux qui répondaient espérer toucher une rémunération légèrement inférieure, entre 18 000 et 24 999€ par an (soit entre 1500 et 1999€ par mois). 13% ont répondu vouloir ou espérer toucher au-delà de 32 000€ nets par an. (Merci de noter que plusieurs réponses étaient possibles pour cette question. Certains étudiants ont choisi une fourchette plus large en cochant plusieurs réponses, notamment dans les catégories les plus fréquemment choisies. Cela explique le chiffre total supérieur à 100%).

Maintenant, qu’en est-il des réalités du marché ? Sur les 30 répondants, 56,7% ont indiqué toucher une rémunération comprise entre 18 000 et 32 000€ (dans le détail, 36,7% entre 18 000 et 24 999€ et 20% entre 25 000 et 31 999€), ce qui correspond assez bien à ce que souhaitent les étudiants. Une seule personne (3,3% des sondés) a répondu toucher une rémunération supérieure à 38 000€ annuels. Les réponses tendent donc à prouver que les attentes salariales et les rémunérations effectives se situent bel et bien dans la même fourchette, ce qui ne manquera pas de rassurer les étudiants. Ce qui pourrait en revanche inquiéter à la fois étudiants et professionnels, c’est que le salaire moyen des diplômés bac +5 en France s’établit en moyenne à 46 050€[v] par an… Le delta est important, mais il est raisonnable de penser que le grand nombre de jeunes diplômés ayant répondu au sondage (la majorité des répondants ayant entre 25 et 27 ans) fausse le résultat à la baisse. En tout cas, le marché semble répondre aux attentes des futurs professionnels du point de vue salarial.

L’adéquation entre aspirations professionnelles et opportunités offertes par le marché

Un autre aspect intéressant à prendre en compte dans l’insertion professionnelle était pour moi le métier souhaité à la fin des études, et la façon de trouver un emploi.

Sur la première question, une majorité écrasante d’étudiants (82,6%) déclarent déjà savoir le métier qu’ils souhaitent exercer à l’issue de leurs études : traducteur indépendant, gestionnaire de projet, vendor manager… Et la deuxième bonne nouvelle de ce billet, c’est que 96,7% des professionnels sondés ont déclaré avoir exercé, dès la fin de leurs études, le métier qu’ils souhaitaient. Il semble donc possible, voire aisé, de trouver chaussure à son pied sur ce vaste marché.

Ensuite, en ce qui concerne la manière de trouver un emploi, les étudiants semblent assez bien informés de la meilleure manière de procéder. Environ la moitié d’entre eux estiment que le meilleur moyen de trouver un emploi reste le stage ; et un peu moins d’un sur cinq estime que le meilleur moyen est de créer sa propre activité. Des chiffres confirmés par les jeunes professionnels, qui sont 56% à déclarer avoir trouvé leur emploi grâce à leur stage, et 25% en créant leur activité. Les étudiants semblent cependant surestimer la capacité des canaux « classiques » tels que Pôle emploi ou des réseaux sociaux professionnels : s’ils sont 26% à estimer que ceux-ci peuvent leur permettre de trouver un emploi, dans les faits, seuls 10% des professionnels déclarent avoir trouvé un emploi de cette manière. Certains professionnels sont même plutôt critiques des institutions publiques, déclarant que le travail de traducteur est peu ou pas reconnu par les autorités et que les conseillers ne connaissent pas vraiment les spécificités de la branche.

Il m’a également semblé intéressant de demander l’avis des étudiants et des professionnels sur l’auto-entrepreneuriat. Malgré tout le bien qui en est dit lors des études, 71% (hors abstention) des étudiants se sentent freinés dans leur volonté de se lancer par la lourdeur administrative que ce statut implique. Cette proportion s’inverse totalement pour les professionnels de la traduction qui envisagent une reconversion (9 sondés), qui semblent peu effrayés par l’auto-entrepreneuriat (22% se sentent freinés contre 78% non).

Le bien-être au travail

Maintenant, intéressons-nous au bien-être au travail, grand débat du 21e siècle et qui se hisse en tête des priorités des étudiants en traduction dans la recherche d’un emploi (65,2%, contre 26,1% pour la sécurité financière et 8,7% pour l’absence de hiérarchie). Encore une fois, les étudiants peuvent se rassurer grâce aux réponses fournies par leurs aînés diplômés : 63,3% déclarent que leur bien-être au travail est élevé ou très élevé. 33,3% déclarent leur bien-être « moyen » (3 sur une échelle de 5), et seule une personne sondée se déclare peu heureuse au travail. À l’heure de l’explosion des burn-out et de la prise de conscience de la nécessité du soft-management[vi], ces chiffres sont de bon augure.

Le type de contrat signé est également une mesure intéressante du bien-être au travail. Plusieurs études tendent à montrer que l’emploi en CDI reste un marqueur important du bien-être au travail[vii] (pour plusieurs raisons : stabilité, reconnaissance sur le long terme, management inscrit dans la durée, peu de turn-over…). Et là encore, les étudiants peuvent se rassurer : 36,6% des primo-entrants sur le marché du travail ont trouvé tout de suite un emploi en CDI, contre seulement 16,7% en CDD. 46,7% ont créé leur propre activité, ce qui semble confirmer le peu d’aversion pour les jeunes professionnels pour cette forme d’emploi.

Peurs et difficultés d’insertion

Enfin, j’ai interrogé les étudiants sur leurs peurs et leurs doutes quant à leur insertion professionnelle. Ce qui revient le plus fréquemment (13 mentions parmi les 23 réponses), c’est la peur de la concurrence, que d’aucuns qualifieraient de déloyale, des autres traducteurs pratiquant des tarifs très bas, et des salaires qui en découlent et qui peuvent paraître bas pour un niveau bac +5. Vient ensuite la peur d’un démarrage difficile pour ceux qui souhaiteraient s’établir comme indépendants (5 mentions), puis des doutes sur les capacités à l’issue du master (4 mentions). Quelques autres peurs sont mentionnées une fois seulement : l’avenir du métier avec la traduction automatique, l’absence d’emploi à l’issue du stage, l’épanouissement personnel ou entre le statut à adopter. Une seule réponse ne mentionne aucune peur.

Les réponses des professionnels se montrent en partie rassurantes puisque 23 sur 30 ont répondu n’avoir éprouvé aucune difficulté à s’insérer sur le marché du travail. Pour les 7 professionnels ayant éprouvé des difficultés, 6 ont admis avoir eu des difficultés à se constituer un portefeuille client suffisant pour en vivre. Un autre problème rencontré par 2 professionnels a été l’impossibilité de trouver un emploi dans leur branche et dans leur région. Un seul répondant a déclaré que sa formation ne lui avait pas permis de prétendre à l’emploi qu’il souhaitait obtenir.

Au regard de ces résultats, la peur des étudiants concernant le portefeuille client semble être une réalité dans le métier ; cependant, il convient de rappeler que tous les professionnels interrogés semblent avoir surmonté cette difficulté puisqu’ils continuent d’exercer et de percevoir des salaires. La peur concernant les capacités à l’issue du master ne semble pas contre pas confirmée, puisqu’une seule personne n’a pu décrocher d’emploi à cause de cela.

Enfin, achevons de rassurer les étudiants sur leur employabilité : 63,3% des répondants ont déclaré avoir trouvé un emploi dans le mois suivant l’obtention de leur diplôme, 16,7% dans les 3 mois et 16,7% dans les 6 mois. Seuls 3,3% (un répondant !) ont déclaré avoir attendu plus d’un an avant d’obtenir un emploi.

 

Je dois moi-même avouer que les résultats de cette enquête m’ont surpris. Dans le contexte économique actuel, des résultats contraires ne m’auraient pas étonné plus que cela, mais le marché de la traduction semble bel et bien être un marché robuste qui permet à chacun de s’y insérer à l’issue de ses études. Les chiffres communiqués par les différentes formations semblent être conformes à la réalité, et la quantité de travail semble rejoindre dans la majorité de cas une certaine qualité du travail.  J’espère que ce billet de blog rassurera les étudiants bientôt diplômés et convaincra les indécis de se lancer dans le monde de la traduction professionnelle !

 

Un grand merci aux étudiants du master TSM de Lille et à tous les professionnels de la traduction qui ont pris le temps de répondre à mon enquête.

 

*Enquête composée de deux questionnaires anonymisés, un destiné aux étudiants du master TSM de Lille (23 répondants) et un autre aux professionnels de la traduction, tous métiers confondus (30 répondants). Vous pouvez demander un accès aux résultats complets de l’enquête en me contactant par mail (maximilien.dusautois.etu@univ-lille.fr).

 

[i] Source : https://www.tradutec.com/a-propos-de-tradutec/actualites/311-les-chiffres-de-la-traduction-professionnelle-en-2017.html

[ii] Source : https://www.isit-paris.fr/carriere-entreprises/insertion-professionnelle/

[iii] Chiffres communiqués par Rudy Loock, responsable du Master TSM au sein de l’Université de Lille, et issus des enquêtes de l’Observatoire de la Direction des Formations, qui sonde les diplômés 30 mois après l’obtention de leur diplôme, conformément aux demandes du ministère.

[iv] Source : http://www.univ-paris3.fr/medias/fichier/m2p-traduction-editoriale-economique-technique_1546955232570.pdf

[v] Source : https://start.lesechos.fr/emploi-stages/reseau-carriere/bac-2-vs-bac-5-le-match-des-salaires-11581.php

[vi] Définition et explication : https://www.expert-activ.com/soft-management-indispensable-entreprise/

[vii] Pour en savoir plus : https://start.lesechos.fr/emploi-stages/vie-en-entreprise/pour-ou-contre-etre-en-cdi-8904.php

Comment bien remplir son dossier de candidature pour le Master TSM : quelques conseils

Par Rudy Loock, responsable du Master TSM

Startup Stock Photos

 

Le dossier de candidature pour accéder au Master TSM n’est pas un dossier long ou complexe à remplir, mais il importe de bien le remplir, en fournissant toutes les informations pertinentes et en présentant ces informations de la façon la plus efficace possible. La période de candidature est par définition une période d’incertitude et donc de stress pour les étudiant.e.s, et il importe d’éviter les faux-pas en prenant le plus grand soin lors de la préparation de votre candidature. Vous trouverez ci-dessous quelques conseils afin de vous aider à remplir le dossier et à préparer les pièces justificatives à joindre le mieux possible. Il ne s’agit là que de conseils et non d’instructions à suivre à la lettre.

 

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  • Saisie en ligne de votre candidature : le dossier est à remplir en ligne à partir d’un portail mis en place par l’Université de Lille (eCandidat) [Attention : disponible une fois la campagne ouverte uniquement ; cette année la saisie du dossier en ligne se fait entre le 24 avril 2019 et le 20 mai 2019, il n’y a plus de dossier papier à envoyer]. Prenez votre temps, et n’oubliez aucune information susceptible de valoriser votre dossier. En particulier :
    • Indiquez bien chaque langue étrangère que vous maîtrisez : l’anglais ainsi que la langue B choisie pour intégrer le master TSM, mais aussi toute autre langue que vous maîtrisez, que celle-ci fasse partie des langues proposées par le master ou non, qu’elle soit européenne ou non. Votre intérêt pour les langues est un atout important. Pensez également à indiquer ces langues avec le niveau correspondant, dans le cadre européen si possible.
    • Expérience professionnelle/Stages : soyez précis dans les informations que vous saisissez (nom de l’entreprise, dates, durée).
    • Séjours à l’étranger : ne mentionnez que les séjours longs (une semaine de vacances à Londres ou à Berlin n’est pas un séjour linguistique).

 

ecandidat

 

  • Pièces à joindre au dossier :
    • Lettre de motivation : elle doit être rédigée dans un français impeccable. Pensez donc à vérifier soigneusement l’orthographe, la grammaire, et le style, sans oublier la ponctuation ; n’hésitez pas à vous faire relire. Évitez également les phrases toutes faites et les clichés (en particulier ceux que l’on trouve dans les soi-disant « modèles » sur internet…), tout en étant concis (1 page et demie doit suffire). Expliquez votre parcours et les raisons pour lesquelles vous souhaitez intégrer le Master TSM. Au préalable, pensez à (re)lire la plaquette d’informations du Master TSM, à consulter notre site internet, afin de pouvoir faire référence au contenu de la formation de façon pertinente ; ainsi inutile de faire état de votre souhait de devenir interprète ou traducteur littéraire dans la mesure où le Master TSM ne forme pas à ces métiers. Montrez que vous savez pourquoi vous postulez pour cette formation.
      S’il est déjà connu, exposez votre projet professionnel. Intégrez également toute autre information qui apporterait un éclairage important sur le contenu de votre dossier (interruption de vos études, absence de notes pour une partie de votre parcours, impossibilité de participer au test de vérification des acquis ou à l’entretien…). Évitez les lettres générales jointes à toutes vos candidatures en master : elles sont souvent impersonnelles et ne reflètent aucunement votre motivation pour un programme de master en particulier.
      Si vous décidez de rédiger votre lettre de motivation sur ordinateur, veillez à ce que la mise en page soit impeccable et que les normes typographiques soient respectées. Si vous la rédigez de façon manuscrite, veillez à ce que votre écriture soit lisible et que la présentation générale soit soignée, aérée, avec des marges suffisantes.
    • Curriculum Vitae : il doit être en français, détaillé tout en étant synthétique, et contenir toutes les informations susceptibles d’être pertinentes pour votre dossier, à savoir votre formation scolaire et universitaire, votre expérience professionnelle le cas échéant, les langues que vous maîtrisez, vos compétences en informatique, les séjours longs effectués à l’étranger… Comme pour la lettre de motivation, la qualité de français doit être optimale : relisez vous et faites vous relire.
      N’hésitez pas à intégrer des informations non directement liées au monde universitaire, mais qui valoriseront votre candidature : activités sportives ou artistiques, expériences de bénévolat, engagement associatif… D’une manière générale, pensez à inclure toutes les informations susceptibles de valoriser votre candidature, comme les mentions obtenues, les bourses au mérite dont vous avez bénéficié, la participation à des projets spécifiques, etc. Tout en étant concis.e, n’omettez donc aucune information susceptible de vous faire sortir du lot.
      N’hésitez pas à indiquer les liens vers vos comptes sur les réseaux sociaux (préalablement « nettoyés » !) susceptibles de valoriser votre candidature (pages LinkedIn, Viadeo ; comptes Twitter ou autres…). De même, si vous tenez/contribuez régulièrement à un blog, n’hésitez pas à le mentionner.
      S’agissant de la présentation générale du CV, évitez les couleurs, images, polices originales, etc. qui donneraient au document un aspect non professionnel. Privilégiez la simplicité et la sobriété, tout en étant le plus complet possible.
    • Relevés de notes : ils doivent être détaillés. Des relevés ne fournissant uniquement vos moyennes au semestre ou à l’année ne suffisent pas ; chaque Unité d’Enseignement (UE), mais aussi chaque élément constitutif d’UE doit apparaître, notamment les enseignements de langues et de traduction (vous pouvez d’ailleurs surligner ces éléments afin d’améliorer leur visibilité). L’absence de notes détaillées entraînera le rejet de la candidature. Si vous avez passé un semestre ou plus à l’étranger, vous devez de la même manière fournir la liste précise des enseignements que vous avez suivis et validés ; si leurs intitulés sont en langue étrangère, pensez à en fournir la traduction en français.
      Si vous êtes issu.e d’une formation qui n’est pas une formation LEA avec néanmoins deux langues étrangères de travail (comme une formation LLCER par exemple tout en ayant suivi des enseignements concernant une seconde langue), veillez à bien faire apparaître les enseignements relatifs à la seconde langue que vous souhaiteriez étudier au sein du Master TSM.
      Les relevés attendus sont ceux du S1 au S6. Si vous êtes en S6 au moment du dépôt du dossier et que votre relevé de notes du S6 n’est pas encore en votre possession, les relevés du S1 au S5 suffiront.
    • Certifications en langues : si vous êtes issu.e d’une formation qui n’est pas une formation en LEA et si votre parcours de licence ne contient pas d’enseignements validés et évalués pour les deux langues demandées ou l’une des deux, alors il vous faut pouvoir justifier votre niveau à l’aide de documents autres que les relevés de notes. Pour cela, il vous faut joindre à votre dossier toute certification extérieure que vous auriez passée : par exemple, le TOEIC pour l’anglais, un CLES, un test eLAO auprès du Centre de Ressources en Langues de votre université d’origine, etc. L’absence de justificatifs de niveau pour les deux langues demandées (anglais+langue B) entraînera systématiquement le rejet de la candidature. NB : un séjour long à l’étranger n’est pas un justificatif de niveau.
    • Certifications en informatique : n’hésitez pas à joindre à votre dossier tout justificatif relatif à vos compétences en informatique (B2i, C2i, ou autres) si vous avez cela en votre possession (non obligatoire). Ces compétences sont en effet attendues au sein du Master TSM. Si vous maîtrisez des logiciels ou des outils en ligne en lien avec la traduction et/ou la gestion de projets, soyez précis.e en mentionnant les noms et les versions de ces outils informatiques (ex : SDL Studio 2019, Microsoft Office 2016, Adobe CS6…).dartboard target aim goal achievement concept

 

  • Autres remarques :
    • Anticipez la saisie et l’envoi de votre dossier, n’attendez pas la dernière minute. Pour la campagne 2019, après le 20 mai 18 heures, vous ne pourrez plus saisir votre candidature en ligne.
    • Choisissez une adresse électronique sérieuse : évitez les grenouilledu59@xxxx.fr ou superhero@xxx.com que l’on trouve si souvent. Placez vous d’ores et déjà dans une optique professionnelle et privilégiez les adresses du type prénom.nom@xxxx.fr.
    • Organisez vos pièces justificatives en regroupant les documents de même type et en nommant clairement les fichiers (ex. : NOM_CV, NOM_relevé de notes L1).  Tout ceci en facilitera la lecture et permettra au jury de trouver facilement les informations recherchées.
    • Ce n’est pas l’épaisseur du dossier qui compte ; évitez donc de le « remplir » en y insérant tous les documents en votre possession sans que leur présence soit justifiée (ainsi, il n’est pas utile de joindre une copie du diplôme du brevet des collèges ou du permis de conduire).
    • Une grande rigueur étant attendue en Master TSM, veillez à soigner la présentation générale de votre dossier, en évitant les ratures, les documents chiffonnés, cornés, tachés, ou encore mal scannés.

 

Il ne nous reste plus qu’à vous souhaiter bon courage pour la compilation de votre dossier ! A bientôt ! ;o)

 

TSM Skills Lab 2019 – Teamwork Makes The Dreamwork

Par Morgane Tonarelli, étudiante M2 TSM

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On part au ski la semaine du 11 février, tu viens ?
Non, désolé, j’peux pas j’ai Skills Lab.

 

Ah le Skills Lab… LA Fashion Week de la traduction pour les étudiants du Master TSM de l’Université de Lille ; un exercice grandeur nature qui marque l’apogée de la formation universitaire des M2 et prépare les M1 à leur premier stage.

Le Skills Lab : kézako ?

« Skills Lab », un nom anglais plutôt sympa pour décrire un dispositif existant dans un certain nombre de formations en traduction et lancé en 2018 au sein du Master TSM, qui a alors rejoint l’International Network of Simulated Translation Bureaus (INSTB), réseau dont les universités membres s’engagent à intégrer à leurs programmes un module de placement des étudiants en simulation d’agence soumis à une validation de crédits ECTS.

À l’Université de Lille, une semaine à la fin du deuxième semestre est spécialement organisée pour permettre aux étudiants d’être aux manettes de leur propre agence de traduction virtuelle, et ce dans la plus grande autonomie. Une expérience unique et enrichissante pour des étudiants qui n’ont jamais mis les pieds dans une agence et pour d’autres qui s’apprêtent à tourner la page universitaire et entrer sur le marché du travail.

Je ne vais pas m’épancher sur cette définition du Skills Lab puisque Alessandro Circo, mon camarade de promo et chargé de communication de la première édition, avait publié l’année dernière un billet très complet sur le sujet à retrouver juste ici.

Trêve de bla-bla, suivez plutôt le guide, je vous emmène à la découverte de l’édition 2019 du TSM Skills Lab !

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Les nouveautés de cette deuxième édition

Une nouvelle ouverture de poste pour les étudiants de M1

Comme l’avait expliqué Alessandro dans son billet, tout Skills Lab qui se respecte commence par une étape de réponse aux offres d’emploi. Comme dans une vraie agence, les étudiants du Master TSM sont invités, deux mois avant le début du Skills Lab, à candidater à différents rôles en fonction de leur profil.

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L’année dernière, le manque de ressources en préparation dû à l’impossibilité des M1 à postuler aux postes de préparateurs avait eu quelques conséquences négatives sur le reste du process. C’est pour cette raison que pour cette édition 2019 du Skills Lab, les étudiants de première année ont pu candidater à ces nouveaux postes. Grâce à cette plus grande équipe de préparateurs, les traducteurs ont eu accès à des glossaires et corpus de taille plus importante que l’année dernière même si pour certains, leur contenu restait assez « lacunaire ».

Le but d’une expérience comme le Skills Lab est bien évidemment d’apprendre de ses erreurs et de s’améliorer d’année en année. Il faut donc prendre en compte ces remarques et les utiliser pour perfectionner cette étape du processus de traduction.

Des projets plus variés et plus complexes

Les projets traités lors de la première édition étaient principalement des projets de traduction sans tâches techniques complexes et dans une seule combinaison de langues (EN>FR) ; c’est donc sans surprise que les enseignants chargés de l’organisation du Skills Lab ont décidé cette année de mettre la barre un peu plus haut.

Nous avons donc eu le droit à des projets multilingues dans les cinq langues enseignées en Master TSM (anglais, espagnol, italien, allemand et suédois) et avec des étapes techniques complexes telles que la proposition de mise en page, la localisation d’illustrations ou encore des recherches d’équivalents dans le domaine du droit ; des difficultés auxquelles les équipes ont dû et ont su s’adapter.

L’accompagnement des « juniors » au cœur de la stratégie managériale

Une bonne gestion de projet c’est avant tout une bonne gestion des ressources et ça, les gestionnaires de projet de cette deuxième édition du Skills Lab, riches de leur premier stage, l’ont bien compris et ont décidé d’en faire le cœur de leur stratégie managériale.

Dès le mois de septembre et jusqu’au Skills Lab, les étudiants de M2 se sont appliqués à cultiver un réel esprit d’équipe avec les M1, à leur donner l’impression de faire partie d’un groupe dans lequel la distinction M1/M2 n’existe pas. Quelques semaines avant l’ouverture de l’agence, les gestionnaires de projets ont mis en ligne un document dans lequel les M1 pouvaient renseigner leurs langues de travail, mais aussi leurs préférences en matière de domaines de traduction. Ainsi, les PM pourraient faire en sorte d’attribuer les projets aux traducteurs en fonction de leurs préférences, dans la mesure du possible bien évidemment.

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En plus de la prise en compte des centres d’intérêt de chacun, l’équipe de gestion a mis un point d’honneur à accompagner et à rassurer les étudiants parfois inquiets à l’idée de ne pas faire les choses correctement ou de ne pas livrer dans les temps. Les fiches d’auto-évaluation demandées après la semaine de Skills Lab devraient nous dire si oui ou non cette stratégie s’est révélée concluante.

A hell of a week

Dimanche 10 février – Tu t’occupes du motto, je m’occupe du gâteau.

Une agence de traduction c’est d’abord une entreprise à part entière qui se doit d’avoir une identité de marque bien à elle. Aucun souci de ce côté-là, la promotion 2019 du Master TSM ne manque pas de créatifs. La veille de l’ouverture de l’agence, les messages fusaient sur le group chat Facebook Team PM Skills Lab. La mission du jour : trouver un bon slogan qui motiverait les troupes en cas de petite baisse de tension. Du gâteau pour Camille Bacha, gestionnaire de projet et meme addict, qui en deux trois clics nous a sorti une référence de la série américaine The Office : TEAMWORK MAKES THE DREAMWORK. Une évidence, un coup de génie, le Skills Lab 2019 était né. S’en est évidemment suivi un long débat sur l’utilité ou non d’une office plant, du calendrier des Dieux du Stade de Margaux Bochent (PM et Happiness Manager) ou encore du poster de Ryan Gosling de Camille. Personne ne semblait se mettre d’accord alors j’ai décidé de sortir la phrase magique : « Demain, j’apporte un gâteau ». Cela faisait à peine une demi-heure que l’on se comportait « comme des PM » que je savais déjà que cette équipe irait loin (et que le seul atout masculin du groupe aurait du pain sur la planche).

Teamwork_Dreamwork

Lundi 11 février — Motivés comme jamais

8 h 30 — les gestionnaires prennent tranquillement leurs marques dans leur nouveau bureau. On se sent déjà un peu comme à la maison, il y a du café, des bonbons et mon gâteau (un peu trop cuit). Le gestionnaire de projet en chef, Nicolas Baille, annonce le premier d’une longue (très longue) liste de « briefs ». L’équipe commence déjà à réfléchir au rôle de chacun et au process à mettre en place, car oui, l’énorme point fort du Skills Lab c’est que les étudiants sont en parfaite autonomie et restent libres de gérer leur agence comme bon leur semble. Seule déception jusqu’ici, j’ai oublié l’office plant et pas la moindre trace des Dieux du stade ni de Ryan Gosling…

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9 h — après une demi-heure à torturer la touche F5 de son clavier multicolore, Nicolas reçoit enfin le tout premier mail de notre client ; le Skills Lab 2019 ouvre officiellement ses portes !

Ni une ni deux, nous lançons le deuxième brief de la journée. Il est maintenant question d’assigner à chaque PM un ou plusieurs projets en fonction de leur taille et des étapes qu’ils impliquent, car cette année contrairement à l’année dernière le client a des besoins en localisation d’illustrations. Pour ce qui est de la gestion des fichiers et de l’organisation de l’arborescence, nous profitons des talents informatiques de Nicolas, en un tour de main il met en place un cloud qui permettra à toutes les équipes d’accéder facilement à tous les fichiers et de les livrer en un clin d’œil. Well done boss!

Nous décidons ensuite de nous attarder sur l’analyse minutieuse de chacun des fichiers sources envoyés par le client afin de lister les étapes nécessaires à la réalisation des projets et faire une première ébauche du devis. Étant donné que nous partons de zéro, nous sommes libres de fixer les tarifs qui nous semblent être les plus corrects pour permettre à notre client de rentrer dans ses frais, mais aussi à nous agence, de marger. Nous décidons donc de nous en remettre à la Bible des étudiants en traduction : Comment gérer vos projets de traduction, un must-have écrit par notre Project Management Expert et professeure Nancy Matis. L’incertitude règne, le devis est-il trop élevé ou au contraire trop bas ? Allons-nous réussir à rouler en berline allemande ou allons-nous finir par nous nourrir exclusivement de nouilles ? Pour nous rassurer, nous mettons à profit ce qui nous a été enseigné au cours de notre formation SFT : un bon devis, c’est un devis qui pousse à la négociation. Finalement, nous avons réussi à nous mettre d’accord et à proposer un prix à notre client.

Livre_Matis

Après avoir réglé l’administratif et le financier, il faut maintenant faire le planning et assigner les tâches, une mission facilitée par un sourcing fait en amont de l’ouverture de l’agence. Nous avons une idée des préférences de chacun, ne reste plus qu’à attribuer un projet à chaque préparateur de ressources, traducteur et réviseur.

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En fin de matinée, les bases étaient posées et le cap défini, ne restait plus qu’à faire entrer dans l’arène notre première équipe, les préparateurs, qui nous ont rejoints dans l’après-midi. Création de glossaires, extractions terminologiques, recherches en tout genre, et compilations de corpus, ils n’ont pas chômé pour préparer au mieux la phase de traduction et faciliter un maximum la tâche des traducteurs.

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C’est finalement aux alentours de 18 h 30 que nous avons décidé de fermer les portes de notre agence après une journée riche en émotions, en travail et en grignotage.

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Mardi 12 février – À vos marques. Prêts. Traduisez !

La machine est déjà bien lancée ; les préparateurs ont fourni un travail conséquent et les PM se tiennent désormais prêts à accueillir l’équipe des traducteurs composée exclusivement d’étudiants de première année. Les débuts de la phase de traduction sont un peu compliqués surement à cause du stress qui envahit certains traducteurs soucieux de ne pas être à la hauteur et de vouloir trop bien faire, mais heureusement les gestionnaires sont là pour les rassurer et les accompagner au mieux. Après tout, nous étions à leur place l’année dernière…

Traducteurs_salle

En début d’après-midi, certains ont déjà terminé leur traduction tandis que sur le visage des autres on voit la panique s’installer. « J’ai peur de ne pas livrer à temps. », « Studio a planté, j’ai peur d’avoir tout perdu. », peut-on entendre dans les rangs. Il est temps de faire intervenir des réviseurs étudiants de M2 pour superviser les traducteurs les plus déboussolés et leur redonner confiance en eux. Mission accomplie, à la fin de la journée, une majorité des premiers jets sont livrés et pour ceux qui n’ont pas encore tout à fait terminé, il reste du temps demain matin pour apporter les touches finales.

Mercredi 13 février — Traducteurs vs Réviseurs : il y a de l’eau dans le gaz

Les traducteurs ont pu profiter de la matinée pour relire et perfectionner leurs chefs-d’œuvre, il est temps pour eux de profiter d’un déjeuner en ville et de laisser la place aux réviseurs, étudiants de M2, prêts à appliquer ce qu’ils ont appris au cours de leur module de révision. Pour certains, tout roule comme sur des roulettes, la terminologie et le guide de style ont été respectés, Antidote ne relève pas de fautes à en faire saigner les yeux et la plume est plutôt bonne. En revanche, pour d’autres, aïe aïe aïe caramba, les traductions manquent un peu (pour ne pas dire beaucoup) de relecture et de sérieux… La traduction machine c’est comme les antibiotiques… ce n’est pas automatique. Surement une erreur de débutant me direz-vous ; je vous l’accorde.

Réviseurs

Les PM décident donc de remettre les pendules à l’heure et de rappeler calmement, mais fermement les enjeux du Skills Lab : de vrais projets pour de vrais clients donc on se remet en selle et l’on donne tout ce que l’on a !

La journée se termine finalement sur la livraison des traductions révisées dont la validation finale reviendra aux traducteurs et sur une séance Photoshop pour la préparation par les PM des illustrations qui seront localisées par la suite. Jusque-là, tout s’est plutôt bien déroulé, est-ce que cela va durer ou est-ce que la journée suivante va nous réserver quelques surprises ? Nous rentrons chez nous avec le sentiment du travail bien fait et le ventre plein des crêpes préparées avec amour par notre chef pâtissière TSM préférée.

Margaux_crêpes

Jeudi 14 février – De l’amour des mots à la haine de l’informatique

Ah la Saint-Valentin… fête des amoureux du cœur, mais aussi de ceux des mots. Les sourires sont sur tous les visages et il flotte un parfum de rose et de chocolat dans les couloirs de l’UFR LEA ; la journée s’annonce donc sous les meilleurs auspices. Mais en amour, rien n’est jamais joué et ce qui devait arriver arriva : une histoire de fusionnement de fichiers qui tourne mal et le rythme paisible maintenu jusqu’ici s’interrompt. La panique gagne légèrement l’équipe des PM, puis c’est au tour de la colère, et enfin de l’apaisement. Telles de vraies Mary Poppins, ils finissent par trouver rapidement une solution certes loin d’être parfaite, mais qui permettra d’éviter la catastrophe.

Tableau_PM

Tout rentre finalement dans l’ordre et en milieu d’après-midi, miracle, toutes les modifications ont été insérées par les traducteurs et les traductions ont été livrées. Commence alors l’étape d’assurance qualité (QA) afin de s’assurer une dernière fois que les traductions répondent aux exigences de qualité du client. La fatigue commence à gagner les PM qui enchainent de longues journées depuis le début et qui commencent à accuser le coup surtout que les QA leur réservent quelques surprises d’ordre typographique ou orthographique de quoi donner des sueurs froides à Nicolas, dit l’œil de lynx, dont le pauvre clavier boule à facettes commence à perdre de son éclat.

PM_renaissance

La journée se termine au son de Mac Demarco et avec un problème de mise à jour de mémoire de traduction…

Vendredi 15 février — Clap de fin

L’édition 2019 ouvre ses portes pour sa dernière journée. La dernière ligne droite tant attendue est déjà arrivée et la fatigue avec elle. La journée d’hier fut intense et la nuit aussi (rédaction de billet de blog quand tu me tiens…) ; des cernes de la taille du Pacifique ajoutent une jolie touche de couleur bleutée au regard de nos gestionnaires de projet. Mais pas le temps de niaiser, il y a toute une série de QA et une livraison finale dans l’après-midi qui nous attendent. Steffie, en bonne gestionnaire, a prévu son litre d’arabica tandis que le reste de l’équipe se rue vers le foyer étudiant pour un shot de caféine indispensable pour commencer cette journée bien chargée.

PM-Warriors

En ce début de journée, tout va pour le mieux jusqu’au moment où, Camille, en charge du QA suédois se rende compte que, non, passer ses weekends chez IKEA ne lui sera d’aucune utilité… (so cliché). Heureusement, l’entraide règne entre les PM, et des réviseurs venus en soutien finissent par lui donner un coup de main.

Camille_écrans

15 h 30, il est temps de livrer les projets au client. Un petit sentiment de stress mêlé à de l’excitation s’empare des gestionnaires de projets. Dernières modifications, dernière lecture et relecture encore et encore ; tout le monde à l’impression de ne pas en avoir fait assez et de pouvoir faire beaucoup mieux. Tels des lions en cage, l’équipe fait les cent pas avant d’enfin se décider à envoyer l’email qui mettra un point final à cette expérience. L’email est envoyé et le tube de Queen, We Are The Champions, résonne dans le bureau, ne manquait plus que les confettis…

Une fois la livraison confirmée par le client, étudiants et enseignants ont eu l’opportunité de se rassembler pour un débriefing « à chaud » afin d’échanger sur l’expérience mémorable qu’ils viennent de vivre. Après quelques applaudissements est enfin venue l’heure de dire au revoir au Skills Lab et de se diriger vers le centre-ville lillois pour des rafraîchissements bien mérités !

Debrief_fin

Avant de vous laisser vaquer à vos occupations, je tenais tout d’abord à remercier les enseignants d’avoir mis en place une expérience aussi enrichissante et de nous avoir laissé la liberté de gérer cette agence à notre manière. Je n’oublie pas non plus toutes les équipes : un grand bravo aux étudiants de M1 pour leur implication et leurs efforts et à nos chers camarades de M2 pour leur travail et surtout pour leur disponibilité et la bienveillance dont ils ont fait preuve auprès des juniors. Enfin, je tenais personnellement à remercier mes coéquipiers gestionnaires pour cette semaine mémorable et riche en émotions. Cœur sur vous et bon courage à ceux qui reprendront le flambeau, l’année prochaine, pour la troisième édition du Skills Lab !

PM_fin

TEAMWORK MADE THE DREAMWORK!

 

#JMT2018 : Retour sur la Journée mondiale de la traduction à l’Université de Lille

Par Rudy Loock, responsable de la formation TSM

 

Depuis 1953, à l’initiative de la Fédération internationale des traducteurs (FIT), nous célébrons chaque 30 septembre la Journée mondiale de la traduction (JMT), journée reconnue officiellement par l’ONU depuis l’an dernier. Pourquoi le 30 septembre ? Nous célébrons ce jour-là saint Jérôme, saint patron des traducteurs et des bibliothécaires.

À cette occasion, de nombreux événements visant à promouvoir les métiers de la traduction sont organisés un peu partout dans le monde. En France, la Société Française des Traducteurs (SFT) et un certain nombre de formations universitaires en traduction (voir par exemple les formations membres de l’Association française des formations universitaires aux métiers de la traduction), parfois en collaboration, ont proposé cette année toute une série de manifestations entre fin septembre et mi-octobre (voir ici le calendrier des manifestations SFT).

À l’Université de Lille, c’est le vendredi 28 septembre qu’a été célébrée la JMT2018 sur le site de Villeneuve d’Ascq, en collaboration avec la SFT et en présence des étudiants en traduction de l’université (parcours MéLexTra et TSM), de membres de la SFT, ainsi que de traducteurs et traductrices de la région.

Le matin, la SFT a animé une table ronde très intéressante sur une question cruciale pour les étudiants s’apprêtant à s’installer comme travailleurs indépendants : Comment travailler avec les agences de traduction ? Avec Dominique Durand-Fleischer en modératrice, Charles Eddy, Jackie McCorquodale, Sophie Dzhygir et Christèle Blin ont proposé une réflexion sur les enjeux et parfois les difficultés d’une telle collaboration : comment être recruté, entretenir de bonnes relations professionnelles, bien comprendre le fonctionnement des agences, négocier les tarifs… soit tout un ensemble de questions très importantes lorsque l’on sait que 50% des traducteurs/traductrices travaillent régulièrement avec des agences (source : enquête SFT 2015 sur les pratiques professionnelles en traduction). La table ronde a ensuite laissé place à un déjeuner, où traducteurs/traductrices et étudiants ont pu échanger en toute convivialité.

 

L’après-midi a été consacré à la traduction culinaire. Dans le cadre d’une « Carte blanche », deux traductrices spécialisées dans ce domaine, Rachel Doux et Marion Richaud, ont expliqué leur façon de travailler et les enjeux d’une telle spécialisation, qui les poussent parfois à passer en cuisine afin de tester les recettes qu’elles traduisent ! Les deux traductrices ont ensuite été rejointes par Kilien Stengel, auteur gastronomique et chercheur en sciences de l’information et de la communication, pour des exposés plus formels sur les questionnements autour de ce type de traduction spécialisée. Comment en effet gérer l’instabilité sémantique de termes apparemment aussi simples que « sucré » ou « salé », dont le sens change en fonction des époques, mais aussi des cultures ? Comment gérer l’absence d’équivalences entre la langue source et la langue cible ? Faut-il traduire par exemple « Mac & Cheese » par « gratin de pâtes » ? La traduction culinaire amène par ailleurs à prendre en compte des phénomènes parfois très subtils : tout jambon espagnol n’est pas ibérique, « pâte d’amande » peut se traduire différemment en fonction du taux de sucre, certains morceaux de viande n’ont aucun équivalent comme le « porterhouse steak » en français.

En la matière, l’objectif est donc selon les intervenants le pragmatisme : il convient de traduire en imaginant les lecteurs en train de préparer les plats en question, ce qui nécessite parfois de recourir à la visualisation des ingrédients ou des ustensiles sur internet afin de traduire au plus près tout en effectuant des adaptations qui permettront aux lecteurs en langue cible d’effectivement réaliser les recettes. La traduction peut alors aller jusqu’à une transformation complète de la recette de départ, illustrations comprises, voire jusqu’à la suppression complète d’une recette donnée lorsque celle-ci ne peut être réalisée !

JMT2018_4

 

La JMT2018 à l’Université de Lille fut donc placée sous le signe de la professionnalisation et de la sensibilisation à des questions très importantes comme la spécialisation, les différences interculturelles, ou encore le travail en collaboration avec les agences de traduction. À l’année prochaine pour la JMT2019 !