J’ai testé pour vous : le logiciel de TAO CafeTran Espresso

Par Nathan Herbeth, étudiant M1 TSM

En 2021, j’ai eu la chance de pouvoir effectuer un stage de traduction auprès d’un traducteur indépendant lors de ma troisième année de licence de langues étrangères appliquées. Cependant, je n’ai malheureusement pas pu me faire la main sur l’un des principaux outils de traduction assistée par ordinateur (TAO) du marché tels que Trados Studio ou encore memoQ. En effet, mon tuteur n’avait pas pu me livrer une licence pour l’un de ces logiciels. Afin de me faciliter la tâche pour les missions de traduction qui m’étaient données, je me suis ainsi lancé à la recherche d’un logiciel de TAO gratuit. C’est ainsi que j’ai découvert CafeTran Espresso, logiciel sur lequel j’ai pu me faire une expérience pendant près de deux mois lors de mon stage de L3.

Étant désormais en master de traduction spécialisé multilingue, j’ai également reçu des enseignements sur les deux autres logiciels cités précédemment. C’est d’ailleurs par ce biais que j’ai pu obtenir deux certifications sur Trados Studio.

N’ayant trouvé que très peu d’informations à propos de ce logiciel, j’ai décidé de me baser sur mon expérience de chacun de ces logiciels de TAO afin de vous présenter CafeTran Espresso. L’objectif de mon article est ainsi de mettre en lumière cette alternative gratuite (ou presque) aux principaux logiciels du marché.

Qu’est-ce qu’un logiciel de TAO ?

Comme vous le savez sûrement déjà, un logiciel de traduction assistée par ordinateur est un logiciel permettant de faciliter le travail d’un traducteur. Les outils d’aide à la traduction intégrés dans ces logiciels peuvent être nombreux, mais la mémoire de traduction et l’intégration de glossaires personnalisés en sont généralement les principaux. Ces outils permettent au traducteur de gagner en qualité de travail, notamment grâce à la mémoire de traduction qui assure une cohérence terminologique au sein d’un même projet (Lossner, 2013). Ils permettent également une traduction plus rapide, ce qui peut considérablement réduire les délais de livraison. Grâce aux logiciels de TAO, un traducteur peut donc prendre en charge plus de projets et les livrer en moins de temps pour accroître sa rentabilité. Outre leur utilité pour les traducteurs, les logiciels de TAO offrent également des avantages dans l’apprentissage des langues et des techniques de traduction (Carrió-Pastor, 2016 ; Kornacki, 2018), comme cela a pu être mon cas lors de mon stage.

Lorsque l’on pense aux logiciels de TAO, on pense souvent aux deux géants Trados Studio ([s.d.]) et memoQ ([s.d.]). Rien d’étonnant, puisque ce sont les deux logiciels de TAO les plus utilisés sur le marché (Vandepitte et Lefever, 2018).

CafeTran Espresso ([s.d.]) se place dans la catégorie des logiciels de TAO au même titre que les deux précédents, et représente ainsi une alternative peu connue à ses concurrents, mais qui peut se révéler, en théorie, tout aussi pratique.

Présentation du logiciel

CafeTran Espresso est un logiciel de TAO développé depuis 2005 par Igor Kmitowski et appartenant à Collaborative Translation Networks, LLC. (2021). Il est disponible sur Windows, macOS et Linux. Le logiciel nécessite une licence payante (nous y reviendrons par la suite), mais vous pouvez télécharger une version d’essai gratuite du logiciel pour le système d’exploitation de votre choix depuis ce lien.

Le dashboard

Une fois le logiciel téléchargé, installé et lancé, l’écran d’accueil se présente à nous. Nous l’appellerons le « dashboard ». Ce dashboard permet au traducteur de configurer les paramètres du projet à traduire.

Illustration 1 : Dashboard (écran d’accueil) de CafeTran Espresso

Dans le coin supérieur gauche, deux listes permettent de sélectionner les langues de travail du projet. À droite de ces listes, nous retrouvons les boutons « New » et « Open », servant respectivement à démarrer un nouveau projet de traduction et à ouvrir un projet déjà existant (la liste se trouvant à sa droite permettant de sélectionner un projet parmi les derniers ouverts).

Les colonnes « Total Recall » et « Translation Memories » permettent au traducteur de sélectionner les mémoires de traduction qu’il souhaite utiliser pour son projet. Les mémoires de traduction de la colonne « Translation Memories » correspondent aux mémoires principales qui seront utilisées et mises à jour au fur et à mesure que le projet sera traduit. La mémoire « Project memory » est créée par défaut, mais vous pouvez bien évidemment en créer d’autres à utiliser en fonction de vos différents projets. La colonne « Total Recall » regroupe quant à elle les mémoires de traduction générales. Elles peuvent être alimentées grâce aux mémoires principales après avoir traduit vos projets.

Sous la colonne « Translation Memories » se trouve la colonne « Glossaries ». Comme son nom l’indique, elle permet, de la même manière que pour les mémoires de traduction, de sélectionner les glossaires à utiliser lors du projet.

Enfin, dans la partie droite du dashboard, nous retrouvons deux listes de ressources d’aide à la traduction en ligne. En cochant les ressources souhaitées, celles-ci pourront être utilisées au sein même de la fenêtre d’édition après avoir ouvert ou créé un projet.

Lorsque vous créez un nouveau projet en cliquant sur le bouton « New », et après avoir sélectionné le fichier à traduire parmi vos dossiers, la fenêtre de configuration du projet s’affiche.

Illustration 2 : Fenêtre de configuration du projet

Elle vous permet tout d’abord de donner un nom à votre projet et de sélectionner son emplacement de stockage.

Dans l’onglet « Document settings », vous pouvez également vérifier et modifier les langues de travail si nécessaire. Si le fichier choisi est pris en charge par CafeTran Espresso, le type de fichier devrait être reconnu. Si ce n’est pas le cas, vous pourrez le sélectionner manuellement grâce au menu déroulant.

L’onglet « Memory & glossary » vous permet de sélectionner les mémoires et glossaires à utiliser lors du projet.

Enfin, au sein de l’onglet « Project properties », vous pouvez indiquer l’intitulé du projet, à qui il appartient, ainsi que le nom du client.

La fenêtre d’édition

Une fois le projet créé, la fenêtre d’édition s’affiche. C’est ici que vous pourrez traduire votre projet et que se trouve l’ensemble des fonctionnalités d’aide à la traduction.

Illustration 3 : Fenêtre d’édition de CafeTran Espresso

Le panneau dans le coin supérieur gauche affiche les différents segments du document. Le segment encadré en rouge correspond au segment sur lequel vous travaillez actuellement. Au-dessus de ce panneau se trouvent deux barres de progression. La première indique le pourcentage de mots traduits par rapport au nombre total de mots du projet. La deuxième correspond quant à elle au pourcentage de segments traduits par rapport au nombre total de segments.

Les deux panneaux de droite dans la moitié supérieure de l’écran vous serviront à traduire le segment actuel. Celui du haut affiche le segment source et celui du bas vous permet de saisir sa traduction.

Le panneau dans le coin inférieur gauche regroupe plusieurs onglets. Nous retrouvons notamment l’ensemble des mémoires de traduction, des glossaires et des ressources web sélectionnés dans le dashboard. Vous pouvez ainsi utiliser des moteurs de traduction automatique et bien d’autres outils en ligne directement depuis la fenêtre d’édition du logiciel, ceci afin d’éviter de changer de fenêtre pour faire des recherches et ainsi gagner en productivité.

Nous trouvons également un onglet « Statistics », qui permet de consulter des données en lien avec le projet. Grâce à cet onglet, nous pouvons connaître le nombre de caractères, de mots et de segments du projet. Le temps passé sur le projet ainsi que le nombre de mots traduits lors de la session sont également indiqués, ce qui peut se révéler pratique pour estimer sa rentabilité.

Le dernier panneau situé dans le coin inférieur droit, intitulé « Matchboard », regroupe toutes les informations relatives aux correspondances du segment à traduire avec les segments contenus dans les mémoires de traduction. Le logiciel analyse le segment et le confronte automatiquement aux segments des mémoires sélectionnées afin d’afficher les segments déjà traduits les plus semblables, en indiquant leurs pourcentages de correspondance dans la partie droite du panneau. Pour le corriger, il suffit de cliquer sur le segment souhaité dans le matchboard afin de le copier dans le panneau d’édition pour effectuer les modifications nécessaires.

Illustration 4 : Matchboard affichant les correspondances du segment

Les boutons situés dans le bandeau bleu en haut de la fenêtre d’édition vous permettent de rechercher le texte sélectionné dans votre segment source ou cible dans les mémoires de traduction afin de trouver d’anciennes traductions associées à votre sélection. Ils vous permettent également de lancer une recherche ou une traduction automatique dans les ressources web sélectionnées.

Dès lors que le dernier segment est traduit et validé, une petite fenêtre s’affiche vous demandant si vous voulez exporter le document cible ou lancer un contrôle qualité automatique avant de l’exporter.

Illustration 5 : Fenêtre s’affichant après avoir validé le dernier segment

Si vous décidez de lancer le contrôle qualité (ce qui est vivement conseillé), une nouvelle fenêtre vous permettant de sélectionner de nombreux critères de vérification apparaîtra.

Illustration 6 : Fenêtre de sélection de critères de vérification

Une fois les critères sélectionnés, il suffit de cliquer sur OK pour lancer le contrôle qualité. Celui-ci repérera très facilement les erreurs et vous demandera de les corriger lorsque cela est nécessaire. Il ne vous restera ensuite qu’à exporter le document cible pour le livrer en cliquant sur le bouton « Export » dans la partie supérieure gauche de la fenêtre d’édition.

Avantages et inconvénients du logiciel

CafeTran Espresso est un logiciel de TAO qui remplit ses fonctions à merveille, mais comment se compare-t-il aux autres logiciels du marché ?

Dans cette partie de mon article, nous dresserons une liste non exhaustive des avantages et des inconvénients du logiciel en le comparant à ses concurrents Trados Studio et memoQ. À noter que cette liste ne reflète que ma propre opinion du logiciel.

Les avantages

L’un des atouts de CafeTran Espresso, contrairement à Trados Studio et à memoQ, est qu’il fonctionne aussi bien sous Windows que sous macOS ou sous Linux. Si vous travaillez sur un ordinateur de la marque à la pomme, nul besoin donc de passer par un logiciel de machine virtuelle ou par Boot Camp pour exécuter le logiciel. Le seul prérequis pour faire fonctionner CafeTran Espresso sous Windows et Linux est d’installer Java sur votre machine. Autrement, le logiciel est prêt à l’emploi dès son téléchargement.

Le logiciel supporte un grand nombre de types de fichiers. Vous pourrez donc traduire les fichiers des suites bureautiques Microsoft et Open/LibreOffice, des fichiers de sous-titres, des documents HTML, XML, FrameMaker, InDesign, et bien d’autres encore. Mais ce n’est pas tout : CafeTran Espresso prend également en charge les fichiers bilingues et les packages de traduction d’autres logiciels de traduction tels que Trados Studio, memoQ ou encore Wordfast (vous pouvez consulter l’ensemble des fichiers pris en charge par le logiciel depuis ce lien). Autrement dit, CafeTran Espresso saura s’adapter à tout type de projets de traduction.

Illustration 7 : Types de fichiers pris en charge par CafeTran Espresso
 (Dimitriadis, 2022)

Les outils d’aide à la traduction intégrés de base dans le logiciel se révèlent très pratiques. Pouvoir accéder aux ressources en ligne directement depuis la fenêtre d’édition sans installer de plugin supplémentaire ni ouvrir de navigateur de recherche additionnel permet aux traducteurs de ne plus perdre de temps à changer de fenêtre pour faire des recherches. Les outils intégrés à CafeTran Espresso offrent ainsi un gain de temps significatifs pour tout traducteur cherchant à accroître sa productivité et sa rentabilité.

Les nombreux paramètres disponibles dans CafeTran Espresso en font également un logiciel grandement personnalisable. En effet, il peut être configuré jusque dans les moindres détails, que ce soit dans son apparence, dans son fonctionnement, dans celui des mémoires, des glossaires, des ressources en ligne, mais aussi dans les critères de vérification lors de l’étape de QA, et bien d’autres encore.

Enfin, le principal avantage de CafeTran Espresso est son coût. Il dispose d’une version d’essai gratuite utilisable indéfiniment jusqu’à atteindre la limite des 1000 unités de traduction stockées dans les mémoires de traduction ou celle des 500 entrées de glossaire. Au-delà de ses limites, vous devrez vous acquitter de la licence du logiciel. Deux choix s’offrent alors à vous : vous pouvez opter pour une souscription au coût de 80 € par an, ou bien pour l’achat unique d’une licence pour 200 € (offrant un accès gratuit aux mises à jour du logiciel pendant 3 ans). Dans les deux cas, le coût de la licence de CafeTran Espresso est bien inférieur à ceux de Trados Studio ou de memoQ, ce qui est parfait pour débuter dans le marché de la traduction et pour se faire une première expérience des logiciels de TAO.

Les inconvénients

Pour être honnête, je ne trouve pas énormément de défauts à ce logiciel, et les quelques inconvénients que j’ai pu rencontrer lors de mon expérience avec CafeTran Espresso ont très vite été éclipsés par ses avantages.

Toutefois, si je devais reprocher quelque chose au logiciel, ce serait qu’il demande un peu de documentation avant de pouvoir l’utiliser à bon escient, l’interface n’étant pas forcément très claire au premier abord. Le logiciel ne dispose pas non plus d’aide intégrée, il faudra se rediriger vers le site internet du logiciel pour en obtenir. Mais là encore, ce n’est pas vraiment un inconvénient, car ce site est riche en informations et en documentation. De plus, des forums très actifs sont mis à la disposition des utilisateurs pour obtenir de l’aide lorsque cela est nécessaire.

L’avis des professionnels

Si le logiciel ne vous a toujours pas convaincus, je vous invite à lire ces avis (traduits) d’utilisateurs professionnels de la traduction à propos de CafeTran Espresso issus de ProZ.com ([s.d.]), le plus grand site internet de communauté et de mises en réseau de traducteurs indépendants au monde.

Nicolas Gambardella, le 29 septembre 2020 :

« Je suis l’une des rares âmes à utiliser GNU/Linux comme système d’exploitation principal. Ce qui signifie que nous n’avons pas un grand choix d’outils de TAO de qualité professionnelle. Cafetran Espresso est, à mon avis, le meilleur. Ses principales caractéristiques attrayantes sont :

* Une interface graphique très intuitive. Les débutants peuvent rapidement traduire, utiliser des mémoires, des glossaires, etc.

* Une incroyable richesse de fonctionnalités. Non seulement le logiciel est livré avec une vaste palette d’outils, mais elle est aussi facilement extensible.

* Support de très nombreux formats de fichiers. Les principaux formats de fichiers, tels que MS Office, ODF, AutoCAD, InDesign, HTML, etc. Et également d’autres formats d’outils de TAO, tels que les packages SDL Trados, toutes les variantes de XLIFF, etc.

* Le développement est régulier, avec de nouvelles fonctionnalités et des corrections de bugs publiées tous les quelques mois. »

Kamonchanok Kulpanyalert, le 10 août 2014 :

« CafeTran est différent et le meilleur. Il est rempli de fonctions très utiles, est doté d’une interface utilisateur agréable, peut fonctionner sans problème sur un vieux PC, comme le mien, et a le meilleur développeur qui soit. Je ne suis pas vraiment expert en technologie, mais CafeTran n’est pas si difficile à apprendre. Vous aurez peut-être besoin de lire le wikidot, comme moi, pour savoir ce que CT peut faire, et vous serez surpris. Igor est très serviable et réactif et c’est l’une des nombreuses raisons pour lesquelles j’ai choisi CT. Et n’oubliez pas son prix ! J’ai essayé memoQ, Fluency, Wordfast Anywhere et OmegaT. Il leur manque quelque chose que je veux. Mais CT les a tous battus. Bien qu’Igor ait récemment annoncé une augmentation du prix, je pense toujours que le prix est vraiment raisonnable par rapport aux autres outils de TAO (à l’exception d’omegat, bien sûr, car il est gratuit). Pour être honnête, je peux dire que vous ne serez pas déçu. »

L’utilisateur Rox-Edling, le 28 décembre 2017 :

« J’ai acheté cet outil il y a environ deux ou trois ans, et j’en suis vraiment, vraiment heureux. Quels sont ses principaux avantages ?

* personnalisation facile et complète de l’interface graphique

* glisser-déposer pour de nombreuses fonctions

* autocomplétion (presque) dès la première occurrence d’un mot

* fonction d’autoassemblage

* Matchboard : toutes les ressources en un coup d’œil

* Fonction “Total Recall” pour les mémoires de traduction très volumineuses.

* support de diverses solutions de reconnaissance vocale

* importation et exportation faciles de packages Studio et de fichiers memoQ

* multiplateforme (je travaille sur Mac et parfois sur Windows)

En effet, c’est un couteau suisse, une sorte de MacGyver parmi les outils de TAO ou de TEnT.

L’absence d’un manuel et d’une documentation complète est un peu ennuyeuse. Vous devez investir un peu de temps, chercher sur le forum et vous devez être désireux d’utiliser cet outil, mais la courbe d’apprentissage sera raide et l’outil sera rentabilisé assez rapidement.

A-t-il d’autres défauts, alors ? Oui, il en a quelques-uns, mais ce serait se plaindre à un niveau vraiment très élevé, et il n’est ni plus ni moins bon que n’importe quel autre outil, et — chose très importante — il dispose heureusement d’un forum d’utilisateurs très actif et d’un développeur qui est à l’écoute et implémente de nouvelles fonctionnalités assez rapidement, du moins dans la plupart des cas plus rapidement que les autres éditeurs de logiciels.

Un autre détail important est qu’il est également inclus dans le paquet ProZ.com Plus, il ne coûte donc rien de plus pour les membres Plus. »

Pour consulter le reste des avis des professionnels à propos de CafeTran Espresso, cliquer sur ce lien.

Avis personnel et conclusion

S’il n’est pas aussi reconnu que ses concurrents Trados Studio et memoQ, CafeTran Espresso n’en reste pas moins un logiciel de TAO très complet et très efficace. Si le logiciel ne vous a toujours pas convaincu, alors je vous invite grandement à tester sa version d’essai gratuite disponible sur Windows, macOS et Linux. Il ne fait aucun doute que ses nombreuses fonctionnalités sauront vous surprendre.

Pour ma part, j’estime que CafeTran Espresso est le logiciel de TAO idéal pour débuter sur le marché de la traduction. Il constitue une alternative peu coûteuse aux autres logiciels de TAO qui, par conséquent, pourra être rentabilisée très rapidement. Utiliser CafeTran Espresso m’aura également permis de me familiariser avec aisance aux principes de base des outils d’aide à la traduction. Ainsi, c’est un logiciel que je recommande vivement à tous.

Bibliographie

Carrió-Pastor M. L. Technology implementation in second language teaching and translation studies: new tools, new approaches. Singapore, Singapour : Springer Verlag, 2016. vi+258 p.ISBN : 978-981-10-0571-8.

Dimitriadis J. « 4 File formats · idimitriadis0/TheCafeTranFiles Wiki ». In : GitHub [En ligne]. [s.l.] : [s.n.], 2022. Disponible sur : < https://github.com/idimitriadis0/TheCafeTranFiles > (consulté le 12 mai 2022)

Kornacki M. Computer-assisted translation (CAT) tools in the translator training process. Berlin, Allemagne : Peter Lang, 2018. 215 p.ISBN : 978-3-631-77071-9.

Lossner K. « Outils de TAO – Mettons-les au diapason ». Traduire (Paris) [En ligne]. 2013. n°228, p. 106‑113. Disponible sur : < https://doi.org/10.4000/traduire.541 >

Vandepitte S., Lefever E. « Translation as a multilingual activity in the digital era ». Revue francaise de linguistique appliquee. 27 novembre 2018. n°2, p. 59‑72.

« Trados Studio 2021 Freelance – Logiciel de mémoire de traduction ». In : SDL [En ligne]. [s.l.] : [s.n.], [s.d.]. Disponible sur : < https://www.trados.com/fr/products/trados-studio/freelance/ > (consulté le 22 mars 2022a)

« memoQ translator pro ». In : Logiciel de Traduction – memoQ [En ligne]. [s.l.] : [s.n.], [s.d.]. Disponible sur : < https://www.memoq.com/fr/products/memoq-translator-pro > (consulté le 22 mars 2022b)

« CafeTran Espresso | Translation memory tool ». [s.l.] : [s.n.], [s.d.]. Disponible sur : < https://www.cafetran.com/ > (consulté le 22 mars 2022c)

Cafetran Espresso [En ligne]. Wikipédia. 12 mai 2021. Disponible sur : < https://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Cafetran_Espresso&oldid=182818604 > (consulté le 12 mai 2022)

« CafeTran Espresso reviews and details | CAT tools | Software Comparison Tool ». [s.l.] : [s.n.], [s.d.]. Disponible sur : < https://www.proz.com/software-comparison-tool/tool/cafetran_espresso/97 > (consulté le 23 mars 2022d)

J’ai testé pour vous : Différents aspects de la sensibilisation à la traduction automatique et la notion de traduction « non professionnelle »

Par Katarzyna Alekoglu , étudiante M2 TSM

Au-delà d’enrichir mes connaissances en métiers de la traduction, mon stage de Master 1 m’a permis de comprendre dans quelle mesure le rôle de fournisseur de services linguistiques s’avère important dans un contexte de crise sanitaire. Avec ma participation aux actions de l’agence, j’ai nettement renforcé mes connaissances pratiques dans la gestion de projets, la traduction, la révision, le service client et la rédaction. J’ai aussi gagné en quelques anecdotes que je voulais partager avec cette communauté. Ce billet de blog se développe ainsi au prisme de la problématique des différents acteurs de l’industrie face au concept de la sensibilisation à la traduction automatique ou bien « MT Literacy » en anglais.

L’expérience que j’ai acquise pendant mon stage m’a appris à optimiser l’utilisation de nombreuses langues et outils de productivité afin de travailler de manière plus efficace et efficiente au quotidien. L’une des choses que j’ai pu découvrir dans une nouvelle perspective est la façon exacte dont les gens perçoivent la traduction automatique (TA), que ce soit du point de vue d’un client, d’un collègue ou autre stagiaire, d’un chef de projet ou bien du PDG d’une entreprise spécialisée dans les services linguistiques.

Créativité : le dernier espoir ?

Lors d’une des conférences #LocFromHome, un événement de 12 heures sur la localisation organisé par SmartCAT, auquel j’ai assisté et sur lequel j’ai par la suite écrit mon premier billet de blog, j’ai écouté l’analyse d’Alex Chernenko, PDG de Translit, sur les dernières tendances en matière d’intelligence artificielle (AI) et d’apprentissage automatique (AA), ainsi que leur impact respectif sur l’industrie linguistique. Interrogé sur la célèbre citation d’Arle Richard Lommel, selon laquelle « la traduction automatique ne remplacera que ceux qui traduisent comme des machines, » il a souligné l’importance de créativité dans le travail humain, notamment dans le cadre du marché de localisation.

Si l’on sait qu’il existe une crainte générale des traducteurs professionnels à l’égard des progrès de cette technologie (Cadwell et al. 2018), la clé de succès de chaque traducteur professionnel aujourd’hui est effectivement de l’exploiter de façon productive et informée, et d’utiliser sa propre créativité pour conquérir le marché. De ce point de vue, on pourrait dire que malgré les changements en cours dans l’industrie de la langue, il existe de multiples solutions et des moyens par lesquels les utilisateurs professionnels, ainsi que des personnes individuelles peuvent s’adapter et même profiter de cette évolution. Cette découverte peut ensuite être suivie par une étape de sensibilisation de leurs collègues afin de contribuer au renforcement des connaissances continu sur cette technologie.

Par exemple, la post-édition des traductions automatiques (en anglais Machine Translation Post-Editing ou MTPE) est un sujet fascinant qui commence à gagner du terrain en dehors des études universitaires. Petit à petit, il démolit le stéréotype de la machine qui remplace progressivement l’humain et montre que nous pouvons coexister et utiliser la traduction automatique neuronale (NMT) comme n’importe quel autre outil d’aide à la traduction afin de produire un travail de haute qualité en moins de temps.

La TA parmi les étudiants

Le multitâche était l’une des compétences les plus importantes à maîtriser lors de mon stage de M1. Pendant des journées particulièrement chargées, lorsqu’il s’agissait de gérer un grand nombre de projets, il n’était pas rare de manquer de temps pour certaines tâches, notamment pour les délais les plus urgents. Parfois, quand un stagiaire recevait une demande de traduire un document plus long que d’habitude et qu’il ou elle parlait la langue source et la langue cible, il était possible de se charger de cette tâche à titre d’exercice pratique pour le stage. Une fois, ainsi, un collègue-stagiaire m’a demandé de relire sa traduction du français vers l’anglais afin de l’aider à respecter le délai du projet. Bien qu’il soit de langue maternelle française et non pas anglaise (je ne m’attendais donc pas à un très haut niveau d’idiomaticité), je n’ai pu m’empêcher de remarquer des tournures de phrases qui n’étaient pas du tout naturelles et j’ai vite compris que mon collègue s’était probablement servi de la traduction automatique pour gagner du temps.

Il a été prouvé que les étudiants d’aujourd’hui sont très favorables à la NMT et la considèrent comme un outil pratique qui peut facilement les aider à gagner du temps (Moorkens 2018). Qu’ils aient des connaissances approfondies des côtés positifs et négatifs de cette technologie ou non, ils ont tendance à avoir des doutes sur leurs instincts « naturels » et à recourir à la traduction automatique quand ils subissent une certaine pression, par exemple lors d’un examen à distance ou d’une semaine chargée pendant un stage. L’éducation étant plus numérisée que jamais, de tels cas sont de moins en moins rares, ce qui rend indispensable que tous les étudiants se familiarisent avec les bases de la traduction automatique, peut-être déjà à partir du cycle secondaire (Bourdais et Guichon 2020).

Les clients ont-ils le droit d’utiliser la TA ?

En tant que stagiaire en administration de bureau et gestion de projets, j’ai rencontré une grande variété de clients et de contextes situationnels qu’ils apportaient avec leurs demandes. On recevait parfois un message avec une demande de révision d’un texte déjà traduit. Un jour, on m’a attribué une tâche de révision d’un article, où il était évident que la traduction avait été faite par l’un des services de traduction automatique en ligne les plus connus. Les excuses les plus courantes pour ce type de demande étaient l’argent et le manque de communication. Quoi qu’il en soit, il était nécessaire que le client soit traité et qu’il se sente respecté. Dans ce genre de cas, ma stratégie consistait à proposer deux montants préalablement convenus avec l’une des cheffes de projet avant d’envoyer le devis au client : le premier prix correspondait à la relecture du document en question et le deuxième, souvent légèrement inférieur, au service de MTPE, à condition que le client fournisse le document dans sa langue d’origine. Il s’agissait ici d’un moyen efficace de récupérer le texte original pour assurer un bon rendu final et le client était heureux de recevoir un service de haute qualité dont le coût ne dépassait pas ses attentes.

La traduction non professionnelle

Cette anecdote n’est qu’un exemple parmi de nombreux cas que je connais, où une personne a décidé de recourir à la traduction automatique. Ce phénomène peut être comparé à celui des traducteurs « non professionnels, » c’est-à-dire des personnes qui pratiquent la traduction seulement sur la base d’un bilinguisme et non de formation dédiée. La traduction non professionnelle est un terme abordé par Luis Pérez-González, professeur de traductologie au département des langues étrangères et de la traduction à l’Université d’Agder en Norvège. Le professeur explique qu’il s’agit, en effet, d’un cas de majorité (Pérez-González 2012) :

« La traductologie, en tant que domaine d’étude, s’adresse potentiellement à un domaine conceptuel et discursif beaucoup plus vaste. Certains diraient même que c’est la traduction professionnelle, plutôt que non professionnelle, qui devrait être perçue comme l’exception dans le contexte plus large de la traduction. Si l’on considère la question sous cet angle, la traduction professionnelle devient simplement un sous-type de traduction, plutôt que la forme prototypique et normative. Les termes utilisés pour désigner le phénomène de la traduction et de l’interprétation non professionnelles (scanlation, romhacking, language brokering, parmi d’autres exemples en anglais) sont désormais très variés et rappellent avec force que la traduction et l’interprétation non professionnelles sont aussi bien, voire plus établies et diversifiées que la traduction et l’interprétation professionnelles. »

Beaucoup de personnes maîtrisant plus d’une langue se retrouvent dans des situations où elles exercent la traduction non professionnelle dans leur vie quotidienne. Cette expérience m’a fait prendre conscience que chaque personne qui s’intéresse à la traduction ne doit pas nécessairement concentrer toute sa vie ou son temps libre à cette tâche et ne doit donc pas non plus être privée des informations vérifiées sur le développement du marché de la traduction, à savoir la NMT. En revanche, à l’instar de l’apprentissage des langues en soi, l’intérêt porté au domaine de la traduction devrait être utilisé comme une opportunité et non comme un obstacle.

Conclusion

En pratique, si un client décide de se servir la traduction automatique, que ce soit en raison d’un manque de compétences, du temps ou de l’argent, et qu’il demande l’aide d’un traducteur professionnel, il convient de respecter son initiative et sens des responsabilités, tout en lui fournissant un service de qualité et des informations utiles sur les enjeux de la traduction automatique. À une époque fondée sur l’intelligence artificielle et l’apprentissage automatique, cette approche peut contribuer, et contribue effectivement, à une sensibilisation accrue et plus répandue à la traduction automatique (Bowker 2021), non seulement parmi les experts, mais aussi auprès du grand public. Une éthique de travail correcte et adaptée rendra alors ce terme moins effrayant et plus familier pour tout le monde, professionnels ou non.

Sources

Alekoglu, K. (2021, juin 15). Retour d’expérience : Conférence virtuelle sur la localisation #LocFromHome « Mettez-vous à la place de votre client. » MasterTSM@Lille. https://mastertsmlille.wordpress.com/2021/06/15/retour-dexperience-locfromhome/

Alekoglu, K. (2021). Traduction, gestion de projets, marketing et soutien aux actions administratives auprès d’un prestataire de services linguistiques. Rapport de stage. Master 1 Traduction Spécialisée Multilingue, Université de Lille.

Bourdais, A. ; Guichon, N. (2020). Représentations et usages du traducteur en ligne par les lycéens. Alsic, v. 23, n. 1. https://doi.org/10.4000/alsic.4533

Bowker, L. (2021, février 1). Translation: It’s not just for translators! The Our Languages Blog – Resources of the Language Portal of Canada – Languages – Canadian Identity and Society – Culture, History and Sport – Canada. https://www.noslangues-ourlanguages.gc.ca/en/blogue-blog/traduction-translation-eng

Cadwell, P. ; O’Brien, S. ; Teixeira, C. S. C. (2018). Resistance and accommodation: Factors for the (non-) adoption of machine translation among professional

translators. Perspectives, 26(3), 301–321. https://doi.org/10.1080/0907676X.2017.1337210

Moorkens, J. (2018). What to expect from Neural Machine Translation: A practical in-class translation evaluation exercise. The Interpreter and Translator Trainer, 12(4), 375–387. https://doi.org/10.1080/1750399X.2018.1501639

Pérez-González, L. (2012). Non-professionals Translating and Interpreting: Participatory and Engaged Perspectives. The Translator, 18(2), 18.

Smartcat. (2021). Alex Chernenko: Disruptive Trends in Multimedia Localization, Speech-to-Text, and Video Streaming. YouTube. Retrieved 26 June 2021, from https://www.youtube.com/watch?v=_HkLOA32MHM

Retour d’expérience de mon stage : 7 bonnes pratiques à adopter en tant que traducteur indépendant

par Anna MAN, étudiante en M2 TSM.

Durant mon stage de M1 auprès de Mme Nathalie Moulard, traductrice indépendante et professeure de TAO à l’Université de Lille à Roubaix, j’ai appris beaucoup de choses et dans ce billet de blog, je vais vous partager 7 bonnes pratiques à adopter.

Ici, je ne vais pas parler de comment s’installer en tant que traducteur indépendant (mon camarade Antoine Deruy s’en charge très bien dans ce billet de blog), mais plutôt vous donner des petits tips que j’ai reçus et appliqués durant mon stage afin de mener à bien une traduction ou un projet de traduction. Car en effet, être traducteur indépendant n’est pas de tout repos, alors je vais essayer de vous partager tout cela à travers mon propre témoignage et ma propre expérience.

1. Créez votre propre check-list

Nous le savons tous, rester toute la journée devant son ordinateur, la tête plongée dans une même traduction ainsi que dans des recherches documentaires interminables crée une bulle dans laquelle nous ne voyons même plus les coquilles ou les erreurs de nos propres traductions. Mais pas de panique ! Une check-list peut vous aider à éclaircir tout cela.

Alors que mettre dans une check-list ? À mon sens, bien qu’il existe des check-lists toutes préparées, elles restent assez personnelles. Vous pouvez y mettre les consignes de base du client (par ex, ne pas utiliser d’anglicismes), les instructions provenant d’un guide de style (apostrophes courbes, guillemets chevrons, etc.), s’il n’y a pas de guide de style, les règles de typographie française de base (pas de majuscule après les deux-points, majuscules accentuées, etc.), les termes spécifiques récurrents afin de respecter le glossaire du client, etc.

Voici un exemple de check-list de base :

Source : Nancy Matis, Cours de gestion de projets, 2021

Pour ma part, j’ajouterai également les accords en genre et en nombre. Depuis toute petite, je nage entre la culture chinoise et la culture française. En français, les noms communs s’accordent en genre (féminin ou masculin) et en nombre (singulier ou pluriel), or ce n’est pas le cas en chinois, les noms communs en chinois n’ont pas de genre et sont quantifiés. De plus, quand j’étais petite et que j’apprenais les déterminants à l’école, je ne comprenais pas pourquoi on disait « une maison », « un couteau » ou même « une fourchette ». Pourquoi « la maison » serait-elle un nom féminin et « le couteau » serait-il un nom masculin ? En grandissant, cette « confusion » s’est accentuée, par exemple « chaussette » et « sec », si je dis « les chaussettes sont sèches », je dois effectuer tout le processus dans ma tête, c’est-à-dire que « chaussettes » est un nom féminin pluriel et par conséquent, que « sec » doit s’accorder au féminin pluriel, ce qui devient « sèches ». Tout ça pour dire que dans mes traductions, dès qu’il y a une histoire d’accord en genre et en nombre, je sais que je dois être vigilante sur ce point en particulier. Par ailleurs, les outils de TAO tels qu’Antidote ou même Cordial (correcteur d’orthographe et de grammaire) sont d’une grande aide dans la détection de coquilles et d’erreurs grammaticales qu’on aurait pu laisser passer dans notre traduction. 

2. Soyez assidu lors de la relecture

Au début de mon stage, j’avais tendance à bâcler la phase de relecture finale. Étant donné que mes yeux s’étaient habitués à ma propre traduction, lors de la relecture finale, je survolais mon texte en pensant livrer une qualité acceptable.

Petite astuce pour la relecture : relisez-vous à haute voix. En vous écoutant, en entendant vos phrases, vous saurez si une phrase sonne « bien » ou non, si elle sonne français ou non. La phase de relecture est importante, car elle permet de vérifier tous les points évoqués dans la check-list, n’hésitez pas à faire un QA check dans Xbench (si nécessaire) pour veiller à la cohérence de la traduction ou même à revoir les instructions du client, de faire une dernière vérification que ce soit orthographique, syntaxique, stylistique, typographique, etc. La qualité doit être au rendez-vous !

3. Posez des questions au client

Au début du stage, je n’osais pas poser de questions, par peur de ne pas paraître assez professionnelle, par peur de poser des questions idiotes ou par ego aussi, je voulais trouver la réponse par moi-même avec des recherches documentaires très chronophages et voilà, je voulais me débrouiller toute seule.

Il est très important de communiquer avec le client (ou le chef de projet) afin qu’il puisse savoir où vous en êtes dans le projet, il doit être en mesure d’anticiper toute éventualité de ne pas pouvoir mener le projet à bien, de peut-être même échafauder un plan B pour le bon déroulement du projet à terme.

En matière de questions à poser au client, n’envoyiez jamais votre fiche-questions un jour avant la livraison par exemple, essayez d’anticiper afin que le client puisse y répondre sans être pressé par le temps, de plus, la traduction doit être terminée pour le jour de livraison, nous ne pouvons donc pas laisser des questionnements dans la traduction ou même laisser le client se débrouiller avec une traduction qui n’est pas aboutie.

Quel genre de questions poser au client ? D’abord, rédigez toujours vos questions en anglais sur un ton poli. Ensuite, vous êtes traducteur professionnel donc vous êtes censé savoir traduire. Demander au client si « ma traduction est bonne », ce n’est pas l’idéal. En revanche, vous pouvez tout à fait proposer une traduction en justifiant votre choix de traduction (source, recherche documentaire, recherche terminologique, etc.) et en discuter avec le client. À moins que le client utilise une terminologie bien spécifique, le traducteur peut être confronté à faire des choix de traductions. Le traducteur tranche, si le client est d’accord, alors tout va bien, s’il ne l’est pas, alors le traducteur apporte ses explications au client ou alors, le client donne sa préférence.

Voici un exemple type de fiche-questions :

4. Ne pas se fier aux 99%

Bien que le client puisse fournir une mémoire de traduction (TM), il ne peut pas garantir la qualité de celle-ci. En tant que traducteur, nous nous devons de veiller à la qualité de la traduction que nous proposons au client, d’abord pour notre crédibilité en tant que professionnel de langues sortant d’un Master TSM, ensuite pour gagner la confiance du client.

Nous aurons plus à gagner en rapportant que la qualité de la TM était médiocre et en mettant à jour cette même TM qu’en suivant une TM de mauvaise qualité et donc en fournissant une traduction de mauvaise qualité. Par ailleurs, le cerveau est très facile à berner, il voit dans Trados Studio un 99%, il va automatiquement faire confiance à la TM et perdre en vigilance, le traducteur doit se forcer à bien relire le segment avant de le confirmer.

5. Relancer le client

Si le client ne répond pas dans les 2-3 jours qui suivent, il faut impérativement le relancer. Il se peut que votre email ait atterri dans ses courriers indésirables ou dans ses spams. Pendant mon stage avec Mme Moulard, il m’est arrivé de livrer un projet de traduction pour la fin de la semaine, de ne pas recevoir accuser de réception et qu’elle me dise lundi qu’elle a retrouvé ma livraison dans ses spams. Par conséquent, il est important de s’assurer que le client a bien reçu notre livraison, notre fiche-questions ou autre par un accusé de réception via retour de mail.

6. Toujours confirmer le projet proposé par mail

Cela peut paraître anodin, mais lorsque vous recevez un nouveau projet d’un client ou d’un chef de projets et que vous décidez de le prendre en charge, il est primordial de confirmer par retour de mail la prise en charge du projet en question afin que le client ou le chef de projet puisse le noter dans sa fiche de suivi ou son planning et qu’il n’ait pas besoin de chercher une autre ressource. Après acceptation de la prise en charge du projet, veillez à la bonne réception du projet dans sa globalité, à savoir la documentation à traduire, les fichiers sources, les documents de référence (TM, glossaire, guide de style, instructions du client, etc.), le bon de commande, et tout autre élément que peut contenir un projet de traduction.

7. Ne jamais faire confiance à une machine

Eh oui, l’erreur de débutant, ou même de feignant (il faut se le dire). Au cours de mon stage, j’ai appris à développer un œil critique sur mes propres traductions, sur la traduction automatique ainsi que sur les TM fournies par les clients.

Cette année, en cours de traduction automatique, nous avons appris que la machine produisait des phrases « grammaticalement correctes », elles commencent par une majuscule, avec sujet, verbe, complément et se termine par un point.

Par conséquent, quand je traduisais ou post-éditais, je faisais énormément confiance à la machine, pour ne pas dire aveuglément. Mon cerveau se faisait duper par le « grammaticalement correct ». Or un traducteur doit faire mieux que cela. Pour reprendre nos cours de M1 en traductologie, bien que l’équivalence absolue n’existe pas, la traduction ne doit surtout pas sentir la traduction, elle doit paraître fluide, naturelle et à l’instar du ninja, le traducteur doit demeurer invisible. Donc ayant toujours un œil critique sur la qualité du texte produit par la machine. Le traducteur doit rester vigilant lorsqu’il utilise la traduction automatique afin de produire une qualité de traduction la plus optimale.

Pour conclure, je tiens à préciser que ce billet de blog n’engage que moi et mon avis à travers ma propre expérience. Ce stage a été enrichissant en plus d’être formateur, j’ai pu toucher à plusieurs domaines tels que le domaine technique, médical, marketing, économique, etc. J’ai également beaucoup appris sur moi, sur la manière de m’organiser, de travailler seule et de gérer la solitude également, etc. Je remercie grandement Madame Moulard de m’avoir formé, accompagné, conseillé pendant 2 mois et demi. Cette expérience aura été riche en apprentissages et en émotions.

Retour d’expérience : Translating Europe Forum 2021

Par Sophie Vandenmersch, étudiante M2 TSM

Le marché de la traduction observe une évolution considérable, notamment avec l’utilisation croissante des outils de Traduction Assistée par Ordinateur (TAO), sans oublier l’essor de la traduction automatique neuronale, technologie utilisée sur le marché qui fonctionne grâce à l’Intelligence artificielle (IA). C’était sans compter sur la crise sanitaire, pour accélérer le passage aux technologies et aux outils collaboratifs en plus de mettre au jour l’importance des services linguistiques. Face à des projets volumineux avec des délais toujours plus serrés, la collaboration se fait de plus en plus courante. C’est la raison pour laquelle le TEF, pour Translating Europe Forum, a décidé de consacrer la collaboration et automatisation comme thématique pour sa huitième édition. Cet évènement est organisé par la Commission européenne au cours duquel se déroulent une série de conférences. Mais ce n’est pas tout : il est également possible de faire du réseautage, ce point sera abordé plus loin. Selon un participant des précédentes éditions, « le TEF est devenu le rendez-vous incontournable annuel concernant la traduction et interprétation. L’atmosphère y est propice à la discussion de sujets d’actualité et au réseautage de qualité avec d’honorables collègues ».

Cette édition du Traduire l’Europe s’est déroulée, à distance, sur la plateforme d’évènements Brella. Ce que j’ai particulièrement apprécié et qui est, pour ma part, le point fort de cette édition du TEF, les possibilités d’interaction qui sont de mise. Tout d’abord, les sondages lors des conférences grâce à la plateforme dédiée Slido, facilement accessible grâce à un QR code. De plus, il était possible d’interagir avec les autres participants lors des différentes conférences grâce à un onglet de discussion instantanée en plus de celui des « Questions/Réponses ». Pour ce qui est du réseautage, il pouvait se dérouler de deux manières : soit lors de temps dédiés avec une thématique, parfois animés avec les intervenants ou alors en binôme avec un autre participant. Enfin, voici le hashtag du Translating Europe Forum #2021TEF pour communiquer sur les réseaux sociaux.

Quelques chiffres

Le forum « Traduire pour l’Europe » a eu lieu du 3 au 5 novembre. 40 intervenants experts du monde de la traduction et en technologies de l’information ont animé 12 conférences. Elles ont réuni plus de 2300 personnes de 110 nationalités dans plus de 90 pays. Un tiers des participants exercent en tant qu’indépendant. Les étudiants des formations membres du réseau des Masters européens en traduction (EMT) étaient également au rendez-vous. Mais encore, les agences de traduction, les stagiaires à la Direction générale de la traduction de l’Union européenne, les organismes nationaux et internationaux ainsi que les médias ont pris part à ces 2 jours et demi intenses.

Panorama du TEF 2021

Voici les principaux thèmes abordés :

  • l’avenir de la traduction automatique combinée avec l’Intelligence artificielle (IA) pour une utilisation plus poussée de l’IA dans l’industrie de la langue ;
  • l’implémentation de la TA dans les services publics ;
  • les secteurs d’avenir ;
  • de nouveaux outils de TAO et de gestion de projets ;
  • et d’autres…

Compte tenu de la pléthore d’informations transmises lors de ces conférences, ce billet va s’articuler en grande partie sur les tendances, de quelques bonnes pratiques lorsqu’on est étudiant en traduction et sur l’enseignement.

Tout d’abord, dans la conférence What’s the buzz?, un bilan sur l’impact de la pandémie a été réalisé : les traducteurs étaient avantagés, notamment pour la communication avec les clients par rapport à d’autres corps de métier, étant donné qu’il s’agit de professions exerçant déjà en télétravail. Cette période a pu malgré tout débloquer des opportunités pour les conférences et formations, de même que les mises en contact avec certains spécialistes. Le secteur de l’interprétation a connu une chute soudaine pour voir sa demande remonter en flèche.

Selon Chris Durban, traductrice-rédactrice indépendante, l’avenir s’annonce prometteur pour les traducteurs désireux de se spécialiser, qui témoignent d’excellentes capacités rédactionnelles et qui seront très souvent amenés à collaborer.

Les traducteurs adoptent le rôle de consultant : en effet, de plus en plus d’entreprises sont s’intéressent à la consultance, notamment pour déterminer si le recours à un outil de TA gratuit est judicieux par exemple.

De l’importance de la spécialisation

Selon la plupart des experts, il est capital de se mettre à jour ses compétences et de se former régulièrement pour rester en adéquation avec le marché, ce qui réfère à la notion d’apprentissage continu. L’idéal serait de choisir une ou plusieurs spécialisations et de définir les possibilités. Disposer d’une seule spécialisation dans un secteur de niche encourt le risque de se lasser voire d’affecter la santé mentale.

            Comment se spécialiser ?

  • Lire la presse spécialisée afin de s’informer des sujets d’actualité des secteurs en question ;
  • Identifier les entreprises du secteur et aller à leur rencontre ;
  • Se former auprès d’organismes ou d’associations de traducteurs, comme la SFT (Société française des traducteurs) par exemple.

Enfin, la spécialisation passe aussi par l’entrepreneuriat : les traducteurs doivent acquérir des notions en marketing, en gestion et en ventes afin de pouvoir se démarquer des autres.

La spécialisation présente aussi un autre intérêt, notamment pour mieux appréhender la traduction automatique et l’automatisation. Les besoins en traduction humaine résideront dans les secteurs dans lesquels les conséquences d’une mauvaise prestation peuvent se révéler très graves, comme le contenu médical ou juridique par exemple. Les contenus à caractère strictement confidentiel ou ceux nécessitant un rédactionnel élevé comme les textes culturels font l’objet d’une traduction humaine. Il est capital de mettre en lumière la plus-value du traducteur et de montrer le résultat d’une traduction automatique sans post-édition afin de présenter les éventuelles conséquences, qui peuvent se révéler très lourdes.

Voici quelques bonnes pratiques lorsqu’on est étudiant en traduction :

D’après Alexandra Krause, traductrice professeure-chercheuse et membre du comité directeur de l’EMT, la carrière professionnelle commence avant le diplôme, de même que de réfléchir aux objectifs de carrière se fait dès le début de la formation. Elle conseille également d’établir un portfolio des tâches effectuées et des compétences acquises pour convaincre les futurs mentors. Mais encore, trouver un stage à l’étranger est également une bonne opportunité à saisir.

Des nouveaux défis pour le corps enseignant

Concernant la traduction automatique, les futurs professionnels doivent être à même de :

  • définir si l’instauration d’un processus est rentable ;
  • déterminer si la qualité du texte source est adéquate ;
  • déterminer si un texte peut être post-édité ou non ;
  • déterminer si l’usage d’un outil est judicieux dans une situation particulière.

De ce fait, des modules dédiés à l’utilisation et à l’exploitabilité de la TA doivent être implémentés.

Les enseignants se positionnent en tant qu’« observateurs » du marché : ils doivent s’adapter aux évolutions qu’il entraîne, et ce rapidement. De fait, les formations en traduction se font de plus en plus exigeantes. Cela découle en une demande de formateurs qualifiés, surtout dans les langues dites à faibles ressources. D’après un sondage de 80 participants, les principales qualifications pour lesquelles les traducteurs doivent être formés à l’avenir sont : la post-édition, l’assurance et la gestion de la qualité ainsi que la gestion de projets.

Alexandra Krause explique que : « Les spécialistes de la langue sont habilités à utiliser des outils informatiques de manière sensée. Dans le cas contraire, ces derniers s’avèrent trompeurs et par conséquent inutiles. […] Nous devons former nos étudiants afin qu’ils disposent de solides bases linguistiques et culturelles pour [maîtriser tous] les outils technologiques. »

Les formations universitaires durent en général deux ans, ce qui est assez court, d’autant plus que certains cursus mêlent traduction et interprétation. De ce fait, il s’avère primordial de mentionner les possibilités de formation et de spécialisation. Par ailleurs, il existe de plus en plus de postes qui ne se destinent pas en premier lieu aux traducteurs, mais ces derniers disposent des compétences nécessaires à l’exercice de ceux-ci. Le rôle de l’université consiste à trouver un moyen pour développer ces dernières chez les étudiants.

Vient une autre mission, qui est de déconstruire les préjugés des entreprises sur le monde universitaire en mettant en valeur une formation professionnalisante, notamment avec des cours dispensés par des professionnels du secteur. Dans la conférence Collaboration on Training : Industry & Academia, d’après un sondage effectué auprès des participants, les compétences les plus demandées sont : les compétences techniques et technologiques. Viennent en deuxième position la capacité de résolution des problèmes pour enchaîner sur les soft skills, en particulier les compétences organisationnelles, de gestion de projets, d’analyse et de recherche. Selon Enrico Antonio Mion, traducteur et post-éditeur, le profil du traducteur n’a pas évolué au cours des années : maîtriser ses langues de travail et s’adapter à son environnement de travail, à savoir maîtriser les outils de TAO.

D’après Emília Perez, professeure associée à l’Université Constantin Le Philosophe de Nitra, détaille qu’il faut voir au-delà des compétences traductionnelles, comme l’atteste le référentiel EMT de la Commission européenne, pour préparer les étudiants à devenir des professionnels. Établir des partenariats entre l’université et les acteurs de l’industrie est nécessaire, car il s’agit du seul moyen pour veiller à ce que les diplômés répondent à la demande du marché.

À la question « Quelles compétences avez-vous, en tant qu’expert linguistique, l’impression de ne pas être formé ? », cette dernière a eu comme réponses le traitement des données ainsi que les logiciels de développement, d’analyses et de testing.

Une industrie en pleine expansion

Dans la conférence Expert in the loop: The language industry as a pioneer, Florian Faes, cofondateur de Slator, explique que les traducteurs sont des spécialistes indispensables à l’utilisation de l’Intelligence artificielle. Le secteur de la traduction est le premier à avoir adopté l’IA, bien en avance contrairement à autres secteurs d’activité. Plusieurs experts du marché de la traduction affirment que l’année 2020 est la première année lors de laquelle la post-édition est devenue la méthode de traduction dominante. Il ajoute que les traducteurs sont des experts dans ces dix domaines, comme le détaille cet article. Par ailleurs, le secteur connaît une demande presque exponentielle en post-édition, en localisation et en données linguistiques qui est particulièrement apprécié des investisseurs de surcroît, qui investissent dans les logiciels en tant que service (SaaS) pour un accès à de nouveaux marchés. Sans oublier les contenus Internet, le doublage ainsi que le sous-titrage. Puis viennent les contrats et les brevets afin de se conformer aux réglementations.

Ce sont les géants tels que Amazon, Google et Microsoft qui ont incité à l’utilisation de la TA.

Certes, la TA s’appliquera pour une partie du secteur mais pas dans sa globalité. D’autre part, la futurologue Shivvy Jervis explique que l’Intelligence artificielle, n’est pas près de remplacer le facteur humain. En effet, les algorithmes ne sont pas capables d’analyser le contexte et ne possèdent ni de conscience ni le sens de l’éthique. Elle ajoute que les entreprises qui ont déjà recours à l’Intelligence artificielle se sont vues croître leurs affaires. Pour finir, l’automatisation adaptative a pour seul objectif d’augmenter la productivité. Arle Lomme, analyste senior à l’Institut CSA, déclare que : « Si les prestataires linguistiques savent utiliser et intégrer ces outils dans leur pratique, il pourrait en résulter que ces derniers délèguent les segments traduisibles par la machine pour se concentrer sur le cœur de métier ».

Pour conclure, je vous propose cette citation de Chris Durban : « La technologie consiste en l’aspect facile. La vraie difficulté réside dans le fait de transmettre un message dans une langue à l’autre. »

La prochaine édition du Translating Europe Forum aura lieu du 9 au 11 novembre 2022 sous forme hybride. En attendant, vous pouvez retrouver toutes les conférences et vidéos en cliquant sur ce lien.

Bibliographie :

Slator. « 10 Areas Where Translators Are (and Will Remain) Essential Experts in the Loop », 22 octobre 2021. https://slator.com/10-areas-translators-will-remain-essential-experts-in-the-loop/.

« #2021TEF – YouTube ». https://www.youtube.com/playlist?list=PLLqIRaiVCGCQp1cLGJn-F7aqnuxGX5xPn.

Chris Durban’s blog. « About Me », 12 mars 2015. https://chrisdurbanblog.com/about/.

MasterTSM@Lille. « Comment bien se vendre pour trouver un stage dans le milieu de la traduction », 21 octobre 2018. https://mastertsmlille.wordpress.com/2018/10/21/comment-bien-se-vendre-pour-trouver-un-stage-dans-le-milieu-de-la-traduction/.

MasterTSM@Lille. « Comment gagner en expérience lorsque l’on est étudiant(e) en traduction ? », 18 juin 2017. https://mastertsmlille.wordpress.com/2017/06/18/comment-gagner-en-experience-lorsque-lon-est-etudiante-en-traduction/.

Espace actualités – European Commission. « Forum Traduire l’Europe 2021 : Automatisation et Collaboration ». Text, 11 juin 2021. https://europa.eu/newsroom/events/translating-europe-forum-2021-automation-and-collaboration_fr.

« Futurist Shivvy Jervis Covers the Most Incredible Innovations to Come ». https://www.shivvyjervis.com/.

MasterTSM@Lille. « Keep Calm : la santé mentale des traducteurs », 14 juin 2020. https://mastertsmlille.wordpress.com/2020/06/14/keep-calm-la-sante-mentale-des-traducteurs/.

« SFT : le syndicat des traducteurs, traductrices et interprètes | Société française des traducteurs : syndicat professionnel (SFT) ». https://www.sft.fr/.

Slator. « Slator ». https://slator.com/.

Traduction augmentée. « Traduction augmentée | Blog sur la post-édition ». https://fr.eamtranslations.com/blog.

MasterTSM@Lille. « Translating Europe Forum 2016 : j’y étais ! », 2 novembre 2016. https://mastertsmlille.wordpress.com/2016/11/02/translating-europe-forum-2016-jy-etais/.

European Commission – European Commission. « Translating Europe Forum 2021 ». Text. https://ec.europa.eu/info/events/2021TEF_en.

YouTube : quelles utilisations pour les professionnels de la traduction ?

Par Alice Colar, étudiante M2 TSM

En tant qu’étudiante TSM, j’ai pris l’habitude de voir la traduction partout. Ma grande curiosité m’a souvent poussée à insérer les mots en lien avec la traduction dans les barres de recherche. Notamment dans celle de la plateforme YouTube, où les résultats étaient souvent décevants. En persistant et surtout en étant face à un réel besoin d’aide visuelle, de tutoriels ou de connaissances nouvelles, j’ai pu dénicher quelques trésors. Il m’a donc semblé judicieux de vous les partager, en profitant de l’occasion pour réfléchir à cet outil qui peut permettre à chacun d’apprendre, de se divertir, de suivre l’actualité ou encore de se faire connaître. Selon l’édition 2021 du baromètre du numérique publié par l’Autorité de Régulation des Communications Électroniques des postes et de la distribution de la Presse, 9 français sur 10 sont présents sur internet. En une seconde, 80 000 vidéos sont visionnées à travers le monde.

C’est au cours de cet été que j’ai commencé à me questionner sur YouTube, car en me perdant pour la énième fois sur le réseau aux 2 milliards d’utilisateurs dans le monde, j’ai réalisé toute la diversité qui s’y trouve : médias, politique, éducation, formation, expériences littéraires, musique, jeux vidéo… J’ai vite établi le lien : autant de catégories que de spécialités pour les professionnels de la traduction. En effet, YouTube offre un accès à du contenu en lien avec de nombreux sujets, destiné aussi bien aux débutants qu’aux spécialistes : fonctionnement d’une pompe à chaleur ? De l’énergie solaire ? La création monétaire ? Les NFT ? Des milliards de requêtes sont formulées chaque jour, faisant ainsi du réseau social un réel moteur de recherche. La bonne nouvelle, c’est qu’il compte des utilisateurs venant du monde entier. Vous l’aurez donc compris, le contenu est multilingue et accessible à (presque) tous : l’interface est disponible en 76 langues, ce qui offre un accès à la plateforme à 95 % de la population mondiale. Ainsi, en tant que traducteur spécialisé dans n’importe quel domaine, le réseau peut être très utile. En effet, je ne sais pas si vous faites partie de ces gens qui ont besoin d’un visuel pour mieux comprendre certaines choses, mais lorsque je me suis retrouvée face à un texte sur les moteurs synchrones, avoir la possibilité de mettre une image sur des mots m’a vraiment été d’une grande aide et m’a surtout fait gagner du temps. Les vidéos sont parfois préférées à la lecture pour les personnes ayant une mémoire visuelle et même pour celles ayant une mémoire auditive. Entendre et voir les choses différemment est gage d’une meilleure compréhension.

YouTube et apprentissage

Si je vous dis corpus, TAO, ou encore TA ? Ne soyez pas déçus, les recherches par mots‑clés ne sont pas très encourageantes. En effet, le corpus du bac, c’est de l’histoire ancienne pour nous. Cependant, les pionniers de ces domaines ne manquent pas à l’appel : SketchEngine, Frantext, Laurence Anthony, RWS, MemoQ, Adobe, XTM, SmartCat, plus d’excuses ! La plupart des outils qui nous accompagnent au quotidien disposent d’une chaîne et proposent des tutoriels et des astuces visant à aider leurs utilisateurs. Comme je le disais précédemment, YouTube est un très bon moyen de se former gratuitement et de façon autonome.

Les équipes techniques en charge des étapes de post-traduction seront également servies. Avis aux futurs responsables des illustrations et des captures d’écran, aux « DTPistes », aux testeurs ou encore aux compilateurs : de nombreux tutoriels et chaînes dédiées à Photoshop, Adobe Indesign, Adobe FrameMaker, ou encore Alchemy Catalyst sont disponibles, à l’image des outils précédemment cités. WPML, HTML, CMS… Les spécialistes en localisation de logiciels et de sites web trouveront leur bonheur.

D’un point de vue plus général, il est aussi possible de visionner les replays d’un nombre incalculable de webinaires, de conférences, de workshops et d’évènements organisés dans le monde entier sur le thème de la traduction. YouTube et les réseaux sociaux nous donnent une chance d’être ailleurs tout en étant chez soi, dans le métro ou dans une salle d’attente. Iconic translation machines, Systran, Translating for Europe, tout est disponible en replay pour les retardataires. Les associations de traducteurs comme la SFT, l’ATLF, ou l’ATA proposent elles aussi ce type de contenu.

Je ne peux pas clôturer cette partie sans vous parler des Ted Talks. Il existe de nombreuses mini conférences en lien avec la linguistique. Ces dernières peuvent nous aider à réfléchir sur notre domaine, afin de le voir d’une autre manière ou simplement pour se rendre compte de sa beauté. Je souhaitais vous partager une vidéo qui m’a marquée et m’a donné une autre vision de mon outil de travail, les langues. « The beauty of linguistic diversity is that it reveals to us just how ingenious and how flexible the human mind is.”: dans ce Ted, Lera Boroditsky partage sa réflexion sur les quelque 7 000 langues parlées dans le monde, sur la multitude sons, de structures et de lexiques qui nous entourent. Elle se demande si la langue que nous parlons structure notre façon de penser. Un débat qui ne date pas d’hier, puisque Charlemagne disait « Parler une autre langue, c’est posséder une deuxième âme » et Shakespeare « Qu’y a-t-il dans un nom ? La fleur que nous nommons la rose, sentirait tout aussi bon sous un autre nom. ». Pour relancer le débat, elle apporte quelques données scientifiques qu’elle a elle-même collectées. Les exemples qu’elle donne sont assez surprenants. Si vous avez 15 minutes devant vous, vous ne serez vraiment pas déçus.

YouTube et business

Vous allez peut-être penser que les chaînes YouTube appartiennent en tout et pour tout à des amateurs, qui tournent des vidéos par-ci par-là. C’est faux ! De nos jours, les réseaux sociaux représentent un réel business. Pour un professionnel, y être présent, y proposer ses services ou aborder des sujets en lien avec son domaine d’activité peut vraiment apporter une plus-value et booster sa notoriété en gagnant en visibilité. En pleine ère du numérique, les réseaux sociaux font partie intégrante de nos vies. Il serait dommage de ne pas tirer profit de leurs avantages.

Ainsi, les professionnels commencent à être de plus en plus présents sur YouTube, en diffusant de nombreuses vidéos très fiables et un contenu innovant et varié. Je prendrai l’exemple de Tradupreneurs, des Recettes du traducteur et de la Linguistiquerie : trois chaînes créées par des traductrices spécialisées dans des domaines variés, qui proposent des replays de lives mais aussi des podcasts, sur des sujets en lien avec la traduction : comment passer de la traduction généraliste à la traduction spécialisée, trouver ses premiers clients directs, quel est le bon statut juridique pour un traducteur… Autant de réponses aux questions de ceux qui veulent se lancer. Pour ceux qui l’auraient déjà fait, agence ou freelance, ce contenu permet de rester à l’écoute du marché actuel mais aussi d’apporter à notre communauté.

Les réseaux sociaux peuvent vraiment vous aider à vous démarquer. Néanmoins, pour les gérer, vous aurez besoin de beaucoup de temps. Surtout pour YouTube. Pour avoir du succès, les vidéos postées doivent être de qualité. Il est donc important de définir une stratégie afin de bien organiser, promouvoir et modérer votre chaîne.

Qui dit stratégie dit SEO (Search engine optimization) : la grande tendance de 2021. YouTube étant directement intégré à Google, les tags, mots-clés et descriptions de vos vidéos seront très utiles à l’amélioration du référencement de votre commerce. Un petit plus non négligeable qui peut rapporter gros ! Dans ce cas, il sera peut-être judicieux de suivre une formation. La Creator Academy propose des formations gratuites pour les débutants ou ceux qui souhaitent optimaliser leur chaîne. Tout est donc très accessible. Le nom de la vidéo, la durée, le décor, les sous-titres et leur traduction… Chaque variable peut vous apporter des vues ou vous en faire perdre. Bien évidemment, la traduction des sous-titres peut aider à toucher une audience plus large et donc vous rapporter des clients. En effet, plus de deux tiers du temps alloué au visionnage proviennent de téléspectateurs qui vivent dans des endroits autres que la région d’origine du créateur.

YouTube et traduction automatique

Au début de cet article, j’ai associé YouTube à un moteur de recherche. La plateforme appartient au géant Google, qui compte lui-même parmi les GAFAM (Google, Apple, Amazon, Facebook et Microsoft). Si je mentionne Google, en tant que professionnels du secteur de la traduction, quelque chose doit naturellement vous venir à l’esprit : la traduction automatique. Le très prisé et parfois très critiqué Google Translate est un acteur majeur de notre secteur. En effet, nous assistons depuis un certain temps à une montée en puissance de la MTPE (Machine translation post editing), qui devient la demande favorite de certains clients. Ce sont d’ailleurs les GAFAM eux-mêmes qui en sont friands, notamment pour traiter leur volume titanesque de contenu et de données qui augmente chaque jour. Un petit aparté qui me semble indispensable en ces temps et qui me permet de faire le lien entre YouTube et Google qui, vous devez sûrement vous en douter, collaborent en matière de traduction. Le contenu à traduire chez YouTube tourne autour de son interface, de son aide en ligne, mais surtout des sous-titres, titres et descriptions des vidéos. Chaque minute, 500 heures de vidéos sont ajoutées à la plateforme, ce qui nécessiterait une équipe colossale de traducteurs spécialisés dans un nombre incalculable de domaines, tant le contenu est vaste et hétérogène. Le site web a donc réfléchi à la mise en place de solutions, afin de permettre à ses utilisateurs, qu’ils soient souffrants de problèmes d’audition, de troubles du traitement auditif ou simplement unilingues, d’avoir accès à un contenu sensiblement similaire à celui des spectateurs polyglottes.

De cette manière, en 2006, YouTube a commencé à prendre en charge les sous-titres de façon automatique, grâce à la technologie de reconnaissance vocale de Google. Peu de temps après, le site a intégré un outil de TA, ni plus ni moins le moteur Google Translate, afin de traduire les sous-titres générés par les auteurs des vidéos (ce qu’ils font rarement) ou générés de façon automatique grâce à la reconnaissance vocale.

Après coup, c’est au tour de la fonctionnalité « Contribution de la communauté » de voir le jour, qui, de manière similaire à l’ancien système de traduction de Netflix, mettait à contribution des internautes bénévoles pour traduire ces fameux sous-titres. Depuis 2020, les bénévoles n’ont plus accès à cette fonctionnalité, qui a été supprimée par l’hébergeur de vidéos. En cause : présence de spams, d’abus et qualité médiocre. La solution d’intégrer de la traduction humaine semble donc, pour l’instant, compromise. YouTube a préféré tout miser sur l’aide précieuse fournie par l’intelligence artificielle de son parent Google. On peut donc se demander si cette IA, intégrée à YouTube sur des vidéos de tout type contenant une multitude d’accents, d’intonations et d’effets sonores est capable d’offrir une qualité et un taux de réussite satisfaisants. Je clôturerai donc cet article avec un test des sous-titres auto-générés et de la traduction automatique de ces derniers sur deux vidéos YouTube. La première a été réalisée dans les règles de l’art par Arte et aborde un sujet assez technique, qui n’est autre que l’intelligence artificielle. La seconde est de type tutoriel et porte sur l’analyse technique des cryptomonnaies, réalisée par le Youtuber Owen Simonin (Hasheur) accompagné de son homologue EnterTheCryptoMatrix. Son niveau de technicité est plus élevé.

Notre premier exemple est déjà décevant car dès les premières secondes, une faute d’accord se glisse dans les sous-titres. S’ensuivent les fautes de grammaire et d’orthographe. Dans la vidéo, certains intervenants parlent anglais. La reconnaissance vocale essaie de transmettre le message : « et vote du public frob de crédit tout degré ». Un résultat logique. Heureusement, les sous-titres des parties en langue anglaise sont directement intégrés à la vidéo. Plus loin, on se rend compte que le moteur réussit à distinguer les parties en langue anglaise en ne proposant plus aucun sous-titre. Il est également capable de détecter la musique en indiquant « [musique] ». Conclusion : Les fautes d’orthographe et de grammaire sont vraiment très nombreuses. Presque deux fautes par minute. Les sous-titres ont aidé à la compréhension et peuvent être utiles à quelqu’un qui ne peut pas visionner la vidéo avec le son, par exemple.

En ce qui concerne notre seconde vidéo, la première faute correspond de nouveau à une faute d’accord. Le moteur montre par la suite des problèmes de compréhension, dus au débit rapide de parole d’Hasheur. Quant aux termes techniques, il les comprend une fois sur deux : le Bullrun (marché haussier) est compris par « boulot run ». Le terme « Fibo », qui fait référence à la suite d’entiers de Fibonacci est compris par « fibre ». Il peut être très déroutant pour les viewers de lire un mot complètement hors contexte dans les sous-titres. Les interjections ne sont pas comprises : le « bah » devient un « battu ». Pour ce qui est de la traduction automatique, c’est très simple. Le moteur traduit les sous-titres générés par la reconnaissance vocale. Vous l’aurez donc compris : fautes d’accord, de grammaire, d’orthographe et néologismes, tout est traduit. Si la qualité du texte cible est mauvaise, le résultat fourni par le moteur de TA ne peut qu’être de mauvaise qualité.

Certes, les résultats sont amusants. Mais la phrase « Traduire, ce n’est pas traduire des mots, mais du sens. » de l’ATA et l’ATRAE, prend tout son sens ici. Les exemples ont montré que la traduction automatique et l’intelligence artificielle étaient loin de produire un résultat de qualité pour ce type de « projet ». Alors comment faire pour que tout ce contenu soit accessible à toutes et à tous et pour que la qualité soit au rendez-vous ? L’équation semble compliquée à résoudre, bien que les progrès soient visibles et que le mode de fonctionnement de YouTube permette tout de même de toucher une audience plus large, l’expérience est plutôt décevante pour l’instant.

Les récents progrès du Machine Learning et du Deep Learning montrent que les algorithmes sont de plus en plus affinés, à l’instar des données utilisées pour entrainer les intelligences artificielles. Ainsi, la qualité des résultats fournis ne peut que s’améliorer. Qui sait, peut-être qu’à l’avenir, YouTube disposera d’un moteur de TA sur-mesure qui sera à même de reconnaître les langues et de gérer la langue orale, entre autres.

J’ai rédigé cet article car YouTube est un outil qui m’a beaucoup aidée en tant qu’étudiante et également pour vous montrer que la plateforme pouvait être très utile dans le secteur de la traduction. En tant que plus-value pour votre activité, que partenaire d’apprentissage et également en tant qu’espace de détente pour vous vider l’esprit car oui, vous avez également le droit de vous perdre sur ce réseau, en suivant vos YouTubers favoris ou simplement pour travailler avec un fond de musique.

N’hésitez pas à me suivre sur LinkedIn et Twitter !

Bibliographie :

Enquête : traducteurs et utilisation des médias sociaux – European Commission. https://blogs.ec.europa.eu/emt/fr/enquete-traducteurs-et-utilisation-des-medias-sociaux/. Consulté le 9 novembre 2021.

Gué, Victoire. YouTube marketing : le guide pour réussir. https://blog.hubspot.fr/marketing/youtube-marketing. Consulté le 9 novembre 2021.

Les mirages de la post-édition. https://beta.ataa.fr/blog/article/les-mirages-de-la-post-edition. Consulté le 9 novembre 2021.

Les bases de L’analyse Technique | Trading, Feat. CryptoMatrixhttp://www.youtube.com, https://www.youtube.com/watch?v=If5knyqF_0E. Consulté le 9 novembre 2021.

Les algorithmes peuvent-ils nous soigner ? | 42, la réponse à presque tout | ARTEhttp://www.youtube.com, https://www.youtube.com/watch?v=CJir4a6j-ns. Consulté le 9 novembre 2021.

« Machine learning : YouTube a 1 milliard de vidéos avec des sous-titres automatiques ». Génération-NT, https://www.generation-nt.com/youtube-milliard-video-sous-titres-automatiques-machine-learning-actualite-1939454.html. Consulté le 9 novembre 2021.

« YouTube ». Wikipédia, 6 novembre 2021. Wikipedia, https://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=YouTube&oldid=187767652.

« YouTube tire un trait sur les sous-titres créés par des bénévoles ». Le Monde.fr, 29 septembre 2020. Le Monde, https://www.lemonde.fr/pixels/article/2020/09/29/youtube-tire-un-trait-sur-les-sous-titres-crees-par-des-benevoles_6054095_4408996.html.

Retour sur une année complexe : les étudiants face au COVID-19

Par Philippe Zueras, étudiant M2TSM

Le sujet de mon rapport de stage de M1 a consisté à étudier l’impact du coronavirus sur le secteur de la traduction. Dans l’une de mes sous-parties, je me suis interrogé sur la façon dont les étudiants vivaient leur stage, et à plus grande échelle, sur leur ressenti vis-à-vis de l’année scolaire que nous venions de traverser. Pour ce faire, je me suis appuyé sur les enquêtes menées par l’OVE (Observatoire Vie Étudiante), puis j’ai réalisé un questionnaire que j’ai adressé aux étudiants de masters de traduction de diverses universités.

Des conséquences sociales et psychologiques

Ce n’est une surprise pour personne : les étudiants ont très mal vécu ces longs mois d’isolement sous l’emprise des contraintes imposées par le coronavirus. Si pour certains les cours à distance ont été vécus de manière positive en raison de la diminution de certains coûts financiers ou de l’économie de temps sur leurs trajets, le manque d’interaction entre les élèves et les professeurs a pesé lourdement sur leur moral et la constance de leur motivation. En effet, si ce virus se nourrit de la proximité sociale et trouve dans les contacts humains de quoi se propager, étudiants et enseignants ont souffert de ce manque de contact et d’échange.

Le site journalistique Actu se penche sur le sujet dans la métropole lilloise en mars 2021 avec un article intitulé « Comment la crise du Covid-19 a volé un an de la vie des étudiants ? » Son auteur, Julien Bouteiller, revient sur les difficultés liées aux cours à distance, à l’isolement, et sur l’anxiété et la détresse qui ont résulté de cette pandémie. Il indique même que dans les cas les plus graves, les étudiants ont pu développer des dépressions et des pensées suicidaires. Le recours aux Restos du Cœur a augmenté de plus de 50 % d’après l’une des employées, et les besoins de consultations psychologiques en ligne se sont développés. L’une de ces psychologues, Celia Benoist, s’exprime sur la solitude des étudiants, qui d’après elle doivent être écoutés, pour ne pas se laisser gagner par ses effets toxiques. Une assistante sociale poursuit dans ce sens et constate que les étudiants ont été « laissés à l’abandon, d’un point de vue de l’enseignement, mais aussi socialement et sanitairement ».

En septembre 2020, l’Observatoire de la Vie Étudiante (OVE) a publié une enquête assez éloquente sur la situation psychologique des étudiants et leurs difficultés à s’adapter durant le premier confinement. 31 % des étudiants ont présenté des signes de détresse psychologique, ce qui fait 11 points de plus que l’enquête santé de l’OVE en 2016. 28 % se déclaraient même souvent tristes et abattus. Parmi les problèmes les plus fréquemment cités par les étudiants participant à l’enquête, nous retrouvons la difficulté de s’organiser convenablement (51 %), les problèmes de connexion internet (39 %) et le manque de relations sociales (39 %).

À la fin de ce sondage, 45 % des élèves pensent que le confinement aura un impact négatif sur le bon déroulement de leurs études (contre 11 % de positif).

Bien que l’enquête soit très fiable, elle a été réalisée lors du premier confinement, et je n’ai personnellement pas été convaincu par ces chiffres par rapport à l’année que nous venons de traverser, où je les soupçonne d’être relativement plus élevés. En m’appuyant sur les retours des autres étudiants de ma promotion, et même sur notre master en général, le manque de relations sociales est quasi-unanime.

Dans la continuité de ces études, et puisqu’aucun sondage n’avait été réalisé au sujet des stages, alors j’ai créé le mien. L’objectif reste d’être préparés au métier de traducteur, et il me paraissait crucial pour mon sujet d’aller plus loin que ma seule perception des choses et de dresser un bilan global de l’expérience de chacun en stage avec les conditions particulières imposées par le coronavirus.

Il convient de préciser que le questionnaire a été réalisé le 11 mai 2021. Certains étudiants, provenant entre autres de l’ISIT ou même du master TSM n’avaient pas encore débuté leur stage à cette date. J’ai cependant reçu assez de réponses pour pouvoir établir une analyse plus approfondie. Les réponses proviennent d’étudiants de 5 masters spécialisés en traduction, dans les villes de Lille, Lyon, Nanterre, Bordeaux, et Caen.

L’adaptabilité et l’évolution des méthodes de travail

Globalement, en ce qui concerne les difficultés, que j’ai déjà abordées précédemment, c’est de très loin l’aspect social qui prédomine dans les réponses. Le manque de contact humain et de lien social a eu un impact très fort sur le moral des étudiants et sur leur motivation à poursuivre leurs études. Le second point qui revient assez fréquemment concerne bien entendu les cours à distance, mais la plupart précise que ce sont surtout les techniques informatiques qui ont pesé lourd dans le suivi des cours. En effet, suivre derrière un écran, chacune des manipulations de nos professeurs tout en saisissant le sens, et ce, à une vitesse parfois bien trop rapide pour assurer une compréhension correcte a été très complexe. En présentiel, il est toujours possible de questionner rapidement notre voisin ou voisine si nous perdons le fil à cause d’une erreur. La pandémie a rendu ceci impossible. La moindre mauvaise manipulation nous faisait perdre du temps et par conséquent écoute, compréhension et attention. Les replays ont été particulièrement utiles, bien que le logiciel n’ait pas été des plus ergonomiques. Quelques-uns soulignent aussi les difficultés de concentration liées aux nombreuses heures passées sur les écrans. Même si le travail sur ordinateur sera notre quotidien dans notre vie professionnelle en tant que traducteur, il est possible chez soi de gérer son temps, sa fatigue, et de choisir de faire une pause, ce qui n’est pas possible dans le cadre d’un suivi de cours à distance.

Personnellement, je ne vois pas que du négatif dans l’adaptabilité dont il a fallu faire preuve. C’est la raison pour laquelle j’ai voulu savoir si mon avis était partagé et si les étudiants avaient aussi vu du positif dans cette situation. Je n’étais visiblement pas le seul, puisqu’une seule personne a répondu qu’elle n’avait observé aucun avantage. Dans l’absolu, ces changements dans nos pratiques n’ont pas été que pour nous déplaire. Si beaucoup soulignaient parfois des problèmes de constance dans le suivi des cours, la quasi-totalité admet que la pandémie a aussi installé un certain confort en ce qui concerne les horaires. Ils sont près de 80 % à souligner l’aisance que permettent les cours à distance. En effet, il suffit de se préparer et de se connecter. Il est plaisant de passer moins de temps dans les transports et de pouvoir gagner à la fois en temps de sommeil et en temps de travail. Il est intéressant de noter que la pandémie a provoqué un nouveau rythme de vie, les étudiants ont pu organiser leurs journées différemment et plusieurs reconnaissent avoir apprécié d’avoir eu plus de temps pour eux. Certains admettent même qu’un retour à la normale leur paraît compliqué et qu’il faudrait peut-être trouver un juste équilibre entre cours en présentiel et cours en distanciel.

La recherche de stage : les entreprises impactées et réticentes

Pour ce qui est de la partie « stage » du questionnaire, ma première question a porté sur le nombre de demandes envoyées pour trouver une entreprise d’accueil ou un indépendant. Les réponses vont d’une seule à 110, et j’obtiens une moyenne de 38 demandes pour une acceptation. Pour environ 75 % des refus, la crise sanitaire était invoquée comme prétexte, les entreprises justifiant que cette année, moins de stagiaires (voire aucun dans plusieurs cas) seraient acceptés. Malgré l’obligation d’effectuer un stage à l’étranger, 27 % des étudiants ne se sont pas risqués à envoyer des demandes à l’étranger en raison des incertitudes ou d’un éventuel risque d’annulation.

Alors que le stage devait se dérouler en présentiel, les conditions sanitaires ont rendu l’accueil des stagiaires difficile pour certaines entreprises ou particuliers. L’université a donc exceptionnellement autorisé les stages en distanciel. Pour autant, un peu plus de 50 % des étudiants ayant répondu ont tout de même réussi à faire leur stage en présentiel (j’inclus deux cas qui ont dû alterner entre présentiel et distanciel). Le port du masque et/ou l’utilisation de gel hydroalcoolique était alors obligatoire dans près d’un cas sur deux.

Pour ce qui est du distanciel, 80 % des étudiants interrogés ont rencontré des difficultés d’adaptation. Si la plupart constatent des problèmes liés à leurs facultés de concentration et à leur capacité d’organiser et de planifier leur journée de travail, d’autres ont ressenti une grande frustration à travailler en solitaire chez eux, et de n’avoir pas pu s’intégrer à l’équipe. Certains étudiants n’ont même pas vu le visage de leurs interlocuteurs. Quelques-uns vont même jusqu’à parler de « manque de vie » et « d’impression de ramasser les miettes […] de projets de traduction pas vraiment intéressants ». Malgré ce manque de communication, environ deux tiers des participants ont tout de même réussi à collaborer avec d’autres traducteurs.

Parallèlement à ces problèmes de communication, j’ai interrogé les étudiants sur l’évolution des méthodes d’échange au sein de leurs entreprises d’accueil. Je n’ai noté aucune évolution particulière liée au coronavirus excepté pour mon cas et celui d’une autre étudiante. Pour ce qui est de mon expérience, la communication de l’entreprise dans laquelle j’ai effectué mon stage s’effectue normalement par appels internes, pour éviter les déplacements dans le bâtiment, mais aujourd’hui, l’agence utilise massivement Skype pour assurer la continuité des échanges. En consultant les réponses détaillées des questionnaires, j’ai toutefois relevé quelques incohérences. Certains se sont plaints des problèmes de communication liés au coronavirus, mais m’ont ensuite indiqué que les méthodes n’avaient pas évolué. J’en ai donc déduit qu’ils faisaient plutôt face à la réalité du métier qu’à un réel effet consécutif à la pandémie.

Par chance, les entreprises restent majoritairement compétitives. Pour 60 % des étudiants interrogés, la crise sanitaire n’a eu aucun impact sur la productivité de l’entreprise, qui a donc pu leur fournir une charge de travail réelle.

Certaines de mes questions n’étaient destinées qu’aux étudiants de M2, l’une d’entre elles concernait la recherche de stage. M. Loock et d’autres enseignants nous ont expliqué en cours d’année qu’il était plus simple de trouver un stage pour un étudiant en M2 que pour un étudiant en M1 et j’ai voulu savoir si cette information restait vraie dans cette période particulière. Les retours prouvent qu’ils ont aussi fait les frais de l’impact de cette crise sanitaire, puisque le verdict est sans appel : trouver un stage a été, dans les meilleurs cas, aussi difficile, et dans les pires, plus complexe. Cependant, 80 % des M2 (en majorité des TSM) se sentent prêts à exercer le métier de traducteur.

Paroles de stagiaires

Pour finir, j’ai tenu à poser deux questions dans le but de savoir ce que les étudiants pensaient globalement de leurs stages. Pour l’une d’entre elles, il s’agissait de dresser un premier bilan de leur expérience de stage, même si elle n’était pas complètement terminée. Si quelques rares interrogés parlent d’ennui ponctuel, de semaines monotones, de manque de suivi ou de tuteur passif, le bilan reste extrêmement positif, avec plus de 85 % de satisfaction. Ceux qui ont eu l’amabilité de développer leurs réponses parlent d’un très bon entraînement à la réalité du métier, de la diversité des tâches et des vertus formatrices du stage.

La seconde question a porté sur la professionnalisation et le stage, et tous ont reconnu que cette immersion n’a que des avantages pour prendre toute la mesure des exigences liées à la profession malgré un certain manque de suivi pour quelques-uns.

Quelques retours d’expérience. Les avis divergent…

… mais restent majoritairement très positifs.

Sources :

http://www.ove-national.education.fr/publication/ove-infos-n42-la-vie-etudiante-au-temps-de-la-pandemie-de-covid-19/

https://actu.fr/societe/coronavirus/enquete-comment-la-crise-du-covid-19-a-vole-un-an-de-la-vie-des-etudiants-de-lille_39518400.html

https://changethework.com/impact-covid-sante-mentale/

Retour d’expérience : #TranslationCafé, Littératie de la traduction automatique

Par Sophie Vandenmersch, étudiante M1 TSM

Qu’on l’adopte ou non, la traduction automatique (TA) ou traduction machine s’implante de plus en plus dans le secteur. En 2016, la traduction automatique neuronale (TAN) fait son apparition dans le grand public avec Google Traduction, qui a développé son propre système de TAN appelé Google Neural Machine Translation (lien en anglais). Le principe repose sur des réseaux neuronaux profonds qui fonctionnent grâce à l’apprentissage profond (deep learning), un type d’intelligence artificielle. L’année suivante, DeepL, un autre système de TAN également accessible en ligne, voit le jour. Cependant, leur utilisation éclairée requiert d’en comprendre les tenants et aboutissants. Pour en savoir un peu plus, j’ai décidé de participer à la conférence organisée par #Translationcafé qui s’est déroulée le 22 avril dernier et de vous partager quelques points abordés.

Le #TranslationCafé, kézako ?

Il s’agit d’une table ronde mensuelle en ligne, au cours de laquelle trois spécialistes de la traduction échangent de façon informelle autour d’une thématique liée au monde de la traduction. Elle a lieu à 16 heures (heure française) et dure une heure. Les sujets sont divers et variés : de l’histoire de la traduction des langues asiatiques jusqu’au sous-titrage, en passant par l’impact de la crise sanitaire dans le secteur. Les internautes ont la possibilité de poser des questions en direct. Enfin, cet évènement est libre d’accès, sur simple inscription.

Cette deuxième édition portait sur la littératie de la traduction automatique (Machine Translation literacy) avec pour invités : Lynne Bowker, professeure de traduction et sciences de l’information à l’Université d’Ottawa, Lettie Dorst, professeure de linguistique anglaise et de traduction à l’Université de Leyde, et Rudy Loock, professeur de traductologie et de linguistique anglaise à l’Université de Lille.

Dans quelle mesure et comment les professionnels des langues peuvent-ils assister le grand public dans l’utilisation et la confiance en la traduction automatique ?

Lynne Bowker : Tout d’abord, selon moi, la littératie de la traduction automatique suppose certains pré-requis à une utilisation efficace et réfléchie. Contrairement aux autres types de connaissances informatiques, celle-ci relève plus d’un processus cognitif que technique. Autrement dit, de savoir si le contenu à traduire se prête à la TA ou non, mais aussi comment optimiser le résultat, en pré-éditant le texte source par exemple. Trois grandes catégories de personnes utilisent la TA :

  • le grand public, à des fins personnelles ;
  • les professionnels de la traduction souhaitant intégrer la TA dans leur processus ;
  • les étudiants en langues ou linguistique.

Toutes ces personnes ont des connaissances relatives à la traduction et des finalités différentes. De ce fait, l’enseignement doit être adapté aux différents types d’utilisateurs pour répondre à leurs besoins respectifs. Je constate un manque d’objectivité de la part de certains acteurs du monde de la traduction, qui ont tendance à véhiculer une image catastrophique de la TA. Ces idées reçues ne renseignent en aucun cas le grand public qui, en fin de compte, l’utilisera tout de même, donc autant les aider à utiliser cet outil de la manière la plus éclairée possible.

Lettie Dorst : Je confirme dans la mesure où ces affirmations, quelles qu’elles soient, n’instruisent en rien l’utilisateur lambda. J’ai remarqué qu’il y a deux types de messages qui reviennent concernant l’informatique en général : soit tout fonctionne à merveille, soit pas du tout. Certes, grâce à la traduction automatique, nous obtenons une certaine équivalence linguistique concernant la syntaxe et la terminologie, mais le travail des traducteur ne se résume pas à cela. C’est une des problématiques que j’aborde dans le cadre de mon projet sur la traduction automatique (lien en anglais). Techniquement, il ne s’agit pas de « traduction automatique », car ce n’est pas de la traduction à proprement parler, mais plutôt une application d’algorithmes informatiques. J’enseigne à mes étudiants que c’est une machine qui ne comprend pas ce qu’elle produit, qui ne lit pas le texte et qui ne communique rien du tout. Ils adoptent en conséquence un raisonnement plus critique, notamment pour une éventuelle utilisation ainsi que les motifs de cette démarche.

Rudy Loock : En effet, la TA est trop facile d’utilisation. Je le constate avec les étudiants qui, qu’ils soient en traduction ou non, accordent une confiance totale à ce que la machine propose. Ce qui apparaît à l’écran n’est jamais exact et, de fait, il est impératif de disposer d’un esprit critique. Les étudiants toutes spécialités confondues utilisent la TA. La technologie a ses limites, car on y rencontre des problèmes de richesse lexicale, des ambiguïtés, et elle peut même générer un langage discriminatoire. Concernant les étudiants en traduction, l’enseignement de la TA est abordé sous un autre angle, étant donné qu’ils ont une différente approche envers cet outil. Lors d’un projet de traduction, ils doivent être en mesure de déterminer si la TA peut intégrer le processus traductif. De plus, le type d’outil a aussi son importance, car à l’heure actuelle, les entreprises développent leurs propres outils de TA. Je dirais qu’une sensibilisation à la TA est donc impérative et doit être définie selon le profil de l’utilisateur.

Le processus cognitif n’est pas le même en traduction ni en révision ou bien en post-édition, et je crains que, en ayant recours à cette dernière, les étudiants en oublient la formation à l’élaboration d’une traduction et aux processus cognitifs qui y sont liés.

LD : Avant toute chose, je pense qu’il faut garder en tête le profil des étudiants dont il est question, notamment s’il s’agit d’étudiants en langues, en traduction ou d’étudiants d’autres filières qui utilisent la TA comme simple outil. Concernant les étudiants en traduction, il est capital d’approfondir leurs propres compétences en traduction, de même que pour la relecture, tout en les couplant à l’utilisation d’outils de TAO. En outre, ils doivent apprendre à la fois la révision et la post-édition. Lorsque je corrige des travaux d’étudiants, ils sont en mesure de différencier chacune de ces tâches, les compétences liées à celles-ci, qui se complètent les unes les autres. Avec la pratique, ils se rendent compte qu’il s’agit d’opérations bel et bien distinctes. J’estime qu’il est de notre devoir de faire prendre conscience à nos étudiants de leurs forces et faiblesses. Certains sont très à l’aise en traduction et moins en révision. L’inverse est aussi vrai. D’autres brillent en post-édition ; en revanche, ils feraient de mauvais traducteurs. D’autres encore sont de très bons traducteurs mais ne remarquent pas les erreurs produites par la TA ou ne savent pas comment les corriger sans retraduire de zéro.

RL : Traduire et post-éditer sont deux tâches différentes en effet. La plupart conviendra qu’on ne peut être un bon post-éditeur sans être au départ un bon traducteur, la difficulté principale étant de corriger les erreurs et d’améliorer le résultat généré par la machine. Pour appuyer le fait que le traducteur humain doit rester au cœur du processus traductif, certains parlent de « traduction orientée vers l’humain » (human-centered translation).

LB : La question de l’introduction des outils de TA ne date pas d’hier, même quand celle-ci ne jouait pas encore un rôle majeur. Cette même problématique s’est posée lors de l’arrivée des mémoires de traduction. Il n’existe aucune solution prédéterminée. D’une part, posséder de bonnes compétences traductionnelles serait bénéfique à une utilisation efficace de la TA. D’autre part, la post-édition est une compétence, tout comme la traduction, qui peut être améliorée au fil du temps. Par conséquent, il subsiste un certain avantage à l’introduire tôt et à développer lesdites compétences en parallèle. Certains étudiants sont susceptibles de se spécialiser en post-édition. A contrario, on trouve des étudiants destinés à devenir traducteurs et qui vont se servir de leur expérience en TA afin de défendre leur valeur ajoutée lors du processus traductif. Je suis d’avis que les traducteurs et post-éditeurs peuvent se compléter.

Comme le résultat de la TA est une probabilité statistique d’une proposition de traduction, serait-il pertinent de former les utilisateurs afin de déterminer si une suggestion n’a rien à voir avec le sens du texte source ?

RL : Tout à fait. Pour moi cela fait partie des notions à acquérir, et cela vaut également pour la langue maternelle. Pour ce faire, une maîtrise de la langue cible est de rigueur.

LB : Une majeure partie du métier de traducteur et l’utilisation de la TA consiste en des prises de décisions et d’appréciations. Un outil de TA, qui repose en partie sur la probabilité statistique, fera en sorte de suggérer une proposition de traduction. Vient le rôle du traducteur de se prononcer pour un choix plutôt qu’un autre.

Un module dédié à la sensibilisation à la TA dans l’enseignement secondaire serait-il judicieux ?

RL : Personnellement, je ne consacrerais pas de cours spécifique à la TA, même pour les étudiants de licence. Il aurait plutôt sa place en cours de langues ou de traduction.

LD : Je l’aurais intégré aux modules du tronc commun de première année à l’université qui abordent l’accès, l’utilisation des plateformes universitaires en ligne ainsi que l’utilisation des logiciels de bureautique.

LB : Je pense que les étudiants en fin de cycle secondaire ou au début à l’université sont les cibles idéales, étant donné qu’ils commencent à forger leur propre opinion. Cependant,associer des cours de sensibilisation à la TA exclusivement aux cours de langues serait réducteur, car une grande majorité d’utilisateurs lambda de la TA ne parlent pas la langue source.

Avoir recours à un outil gratuit permettrait au site d’exploiter nos données afin d’enrichir leurs services. Quels sont les risques et problèmes ?

LB : Tout dépend du type de contenu. S’il contient des informations sensibles, il est préférable de faire preuve de conscience professionnelle en respectant le souhait du client, et donc de s’en abstenir. Il ne faut pas hésiter à en discuter avec le client ; la solution parfaite n’existe pas.

RL : L’éthique fait partie des fondamentaux, notamment pour les futurs professionnels de la traduction. Négliger cet aspect peut engendrer de lourdes répercussions, comme l’illustre cette histoire (en anglais) d’une agence de voyages norvégienne dont les informations confidentielles ont été exposées au grand public, à la suite de l’utilisation d’un outil de TA en ligne gratuit. J’ajoute que, pour avoir un outil de TA efficace, ce dernier doit être alimenté par des données de qualité, issues de corpus parallèles de traductions réalisées par des humains. Lorsqu’on utilise un outil de TA, il est important de savoir sur quelles bases de données il a été créé. Quant à la collecte des données et à l’accord des utilisateurs, c’est une autre histoire. Bien sûr, l’éthique est essentielle à une utilisation éclairée de la TA par les professionnels du secteur, mais elle concerne tout autant les utilisateurs lambda.

LD : Ce qui est étonnant, c’est que les gouvernements ne prennent pas position sur ce sujet. Prenons l’exemple des Pays-Bas : par manque de traductions officielles, la population s’en remet à la TA pour comprendre les informations personnelles à caractère médical qui leur sont transmises. De plus,le service de l’immigration communique uniquement en néerlandais. Les traducteurs se retrouvent à gérer la question de l’éthique alors que ce ne sont pas les seules personnes à blâmer. Je pense qu’il faudrait aborder le sujet avec ceux qui obligent à utiliser la traduction machine. Dans les Conditions générales d’utilisation de ces outils, il est clairement mentionné que ces derniers sont en mesure de publier le contenu. Par ailleurs, Google lui-même indique que son outil de TA ne remplace pas la traduction humaine.

Comment utiliser la TA de façon responsable et éthique ?

LB : Il s’agit d’une question de morale. Si vous n’êtes pas disposé à l’utiliser, alors ne le faites pas. À mon avis, les utilisateurs prennent des décisions, mais pas en toute connaissance de cause, ou alors ils font au mieux avec ce qu’ils ont sous la main. En tant que représentants du domaine, notre rôle est d’informer le grand public. Pour finir, pourquoi devrions-nous attendre des personnes n’étant pas issues du métier de tout savoir sur ce que nous avons mis cinq à dix ans à apprendre ?

J’étudie la traduction et redoute le jour où l’on me demandera uniquement de post-éditer. Partagez-vous cette inquiétude ?

LD : Il faut s’en inquiéter seulement si vous n’excellez pas en traduction. Certes, de plus en plus d’agences tentent d’instaurer la traduction automatique, mais j’ai aussi l’impression que les étudiants ignorent une partie du secteur de la traduction où la TA n’est pas de mise et où est pratiquée une bien meilleure rémunération. Enfin, certains étudiants préfèrent post-éditer, et le résultat est satisfaisant. Je suis certaine que chacun y trouvera son compte.

LB : Comme mentionné auparavant, tous les types de contenu ne sont pas adaptés à la TA. De fait, les traducteurs humains ont une plus-value à faire valoir. C’est ce que nous explique dans cette vidéo David Jemielty, responsable du département des traductions à la Banque Cantonale Vaudoise (BCV).

Pour aller plus loin concernant la TA et les étudiants, je vous invite à consulter cet article rédigé par mes collègues de formation.

Un grand merci au #Translationcafé d’avoir accepté que je revienne sur cette table ronde dans le cadre du blog du Master TSM.

Retrouvez toutes les actualités du #TranslationCafé sur le compte Twitter (en anglais) : @LetsTalkXl8.

Ce billet est une retranscription partielle des propos énoncés.

Sources :

Ahmad, Sami. 2017. « Google Neural Machine Translation – AI to Improve Translation Accuracy ». Technobyte. 28 avril 2017. https://technobyte.org/google-neural-machine-translation-translate/.

Gouvernement du Canada, Services publics et Approvisionnement Canada. 2020. « Littératie de la traduction automatique : pour une éthique de l’intérêt commun – Blogue Nos langues – Ressources du Portail linguistique du Canada – Langues – Identité canadienne et société – Culture, histoire et sport – Canada.ca ». 19 octobre 2020. https://www.noslangues-ourlanguages.gc.ca/fr/blogue-blog/litteratie-traduction-automatique-machine-translation-ethics-fra.

« O’Brien et Ehrensberger-Dow – 2020 – MT Literacy—A cognitive view.pdf ». s. d. https://digitalcollection.zhaw.ch/bitstream/11475/20864/3/2020_OBrien-Ehrensberger-Dow_MT-Literacy_JBE.pdf.

O’Brien, Sharon, et Maureen Ehrensberger-Dow. 2020. « MT Literacy—A Cognitive View ». Translation, Cognition & Behavior 3 (2): 145‑64. https://doi.org/10.1075/tcb.00038.obr.

« Traduction automatique : faire les bons choix avant de commencer ». 2021. MasterTSM@Lille (blog). 14 février 2021. https://mastertsmlille.wordpress.com/2021/02/14/traduction-automatique-faire-les-bons-choix-avant-de-commencer/.

« Traduction automatique : les algorithmes ont-ils des préjugés ? » 2019. MasterTSM@Lille (blog). 10 novembre 2019. https://mastertsmlille.wordpress.com/2019/11/10/traduction-automatique-les-algorithmes-ont-ils-des-prejuges/.

« Traduction automatique : nouvelle alliée des étudiants en traduction ? » 2020. MasterTSM@Lille (blog). 13 décembre 2020. https://mastertsmlille.wordpress.com/2020/12/13/traduction-automatique-nouvelle-alliee-des-etudiants-en-traduction/.

Traduction, par Colivia. 2021. « Le Deep Learning en traduction automatique, qu’est-ce que c’est ? » Colivia Traduction (blog). 28 mai 2021. https://colivia-traduction.com/le-deep-learning-en-traduction-automatique-quest-ce-que-cest/.

« Translate.Com Exposes Highly Sensitive Information in Massive Privacy Breach ». 2017. Slator. 7 septembre 2017. https://slator.com/technology/translate-com-exposes-highly-sensitive-information-massive-privacy-breach/.

Translating for Europe. s. d. #2019TEF – KEYNOTE SPEECH – The added value of translation. https://www.youtube.com/watch?v=qGGaEnRECHc.

« #Translation Cafe ». s. d. Eventbrite. https://www.eventbrite.co.uk/e/136411876595?aff=efbneb.

« Understanding (the Value of) Machine Translation ». s. d. Leiden University. https://www.universiteitleiden.nl/en/news/2020/05/understanding-the-value-of-machine-translation.

Retour d’expérience : Conférence virtuelle sur la localisation #LocFromHome « Mettez-vous à la place de votre client »

Par Kate Alekoglu, étudiante M1 TSM

#LocFromHome : jeudi 27 mai 2021 de midi à minuit

J’ai tendance à le dire après chacune des quatre journées #LocFromHome jusqu’ici, mais pour la quatrième fois, l’équipe de Smartcat s’est vraiment « surpassée ». Quelle journée ! Les trois dernières conférences ont déjà permis à 59 intervenants de présenter leurs idées devant un public d’un peu moins de 10 000 spectateurs. Cette fois-ci, avec plus de 12 heures de streaming non-stop et 13 présentations palpitantes, ce #LocFromHome n’était pas un événement à manquer.

Si, toutefois, vous ne faites pas partie de ces fous (comme moi) et vous n’avez pas pu rester et regarder toutes les interventions, voici l’occasion de vérifier ce que vous avez manqué. Dans le cas où, en lisant cet article, vous développeriez un mauvais cas de FOMO[i], veuillez immédiatement prendre une boisson et/ou quelque chose à grignoter et regardez l’enregistrement de chaque conférence qui vous intéresse en cliquant sur son titre. L’intégralité des enregistrements est disponible ici.

Si vous lisez cet article, il y a de fortes chances que vous trouviez l’événement intéressant dans son ensemble. Croyez-en l’expérience de quelqu’un qui a assisté à la toute première journée #LocFromHome en avril 2020, sans même savoir ce que signifie le terme « localisation ». Mais à présent, j’ai de l’expérience, j’ai fait mon travail et, le Jour J, je me suis connectée bien préparée, avec plein de questions.

#LocFromHome devenu plus qu’un événement, mais plutôt un canal puissant, où chacun peut partager son expérience, ses connaissances et ses astuces au sein du réseau de localisation. L’événement a commencé avec une demi-heure de réseautage dans un « espace commun » de la plateforme Remo, où chacun pouvait rejoindre une table, dire bonjour à tout le monde et rencontrer des personnes fascinantes. Aussitôt, j’étais prête à m’intégrer.

L’événement était divisé en 4 catégories d’interventions qui se distinguaient principalement par leur approche, ainsi que par le nombre d’intervenants. Nous avons eu l’occasion d’écouter :

  • quatre panels sur des sujets tels que la transcréation, l’éducation, le ROI (Return On Investment) et la mondialisation,
  • quatre histoires avec des intervenants qui racontent comment ils ont surmonté un défi particulier,
  • trois présentations sur la technologie et la productivité pour partager des idées sur la façon d’améliorer nos processus de travail,
  • et deux Mindset Talks captivants sur le thème de la stratégie de produit global et de la localisation continue.

On y trouve une pléthore d’informations, de conseils inspirants, de questions, de présentations colorées et, également, de prix à gagner. Outre la possibilité de réclamer un coupon Starbucks en postant une photo de vous-même sur LinkedIn en train de regarder #LocFromHome, parfois les présentations étaient aussi l’occasion de gagner un livre recommandé par l’intervenant pour avoir posé la question la plus captivante ou pertinente.

Pour chacune des 13 conférences dont je vous parle ci-dessous, vous trouverez, au choix :

  • une citation perspicace,
  • une question gagnante ou une qui a été posée par moi-même,
  • une recommandation de livre,
  • un ou des conseils.

1. Table ronde sur la localisation marketing : Le battage de la #transcréation est-il passé ?

La toute première table ronde, animée par Robert Rogge, PDG de Zingword, a analysé la différence entre la transcréation et la production de contenu local. Fabrizio Cattaneo, Chargé de la Localisation marketing chez Stripe, a recommandé de maintenir une ligne de démarcation flexible entre ces deux concepts et a souligné l’arrivée d’une légère tendance à préférer à créer du contenu local par les entreprises plutôt qu’à rester fidèles à la méthode traditionnelle de localisation, c’est-à-dire à la reproduction du contenu original dans une autre langue.

Lindsay Zhang, Chargée de la Localisation du contenu chez Trip.com, a indiqué l’importance de « créer du contenu au-delà de l’image », surtout lorsqu’il s’agit de grandes différences culturelles entre des continents comme l’Asie et l’Europe.

Paulina Makles, Directrice générale de Creative Tribe, est revenue sur les nombreux exemples où la transcréation était une stratégie nécessaire qui exigeait beaucoup de recherche afin de réussir sur le marché local, alors que la création de contenu local restait la solution la plus rentable financièrement et la plus facile.

Ma question : Si vous pouviez parler à vous-même dans votre passé, lorsque vous ne faisiez que commencer à travailler dans la transcréation, quels conseils vous donneriez-vous ? Les donneriez-vous également aux jeunes transcréateurs professionnels d’aujourd’hui ?

Robert Rogge répond : « Je pense que la meilleure réponse est que si la transcréation et le marketing sont votre domaine, ajouter le SEO[ii], la rédaction publicitaire ou le copywriting, ainsi que la rédaction de contenu à votre boîte à outils serait une très bonne idée. À mesure que les transcréateurs commencent à accepter davantage de missions de création de contenu local (si cette tendance se confirme, ce que nous pensons), ils se rapprocheront plus que jamais de la « face cachée » de ce métier.

La traduction marketing par courrier électronique en est un exemple. Je pense que l’on pourra voir un monde, où l’on s’attendra à ce qu’un transcréateur-rédacteur soit capable de travailler directement dans un logiciel de publipostage comme Mailchimp pour écrire et/ou transcréer de nouvelles campagnes pour le marché local.

J’ajouterais que la limite dont vous disposez dans la création de contenu local est « l’expertise du domaine », et vous l’avez d’une manière que vous n’avez pas dans la traduction. Un traducteur peut avoir une expertise en matière de logiciels et de comptabilité et être en mesure de traduire pratiquement n’importe quel article sur ce sujet, mais cela ne signifie pas qu’il serait prêt à écrire 800 mots sur les tendances dans le domaine des logiciels de comptabilité. Pour faire cela (à un niveau avancé), il faudrait avoir une idée de ce que ces tendances représentent réellement. »

2. Le développement client au-delà de la proposition de valeur : Lesquels des défis de vos clients devraient devenir vos transformations ?

Avec plus de 30 ans de collaboration dans le secteur chez Ego Translating, basé à Saint-Pétersbourg, Eugenia Gorodetskaya, Vice-présidente du Développement technologique, et Rodion Pochekaev, Chargé des Ventes internationales et de la Localisation, nous parlent de leur processus de travail soigneusement organisé et ils l’étayent par quelques études de cas pertinentes qui montrent comment une variété d’expériences peut vraiment sculpter la personnalité et le caractère de votre entreprise. Eugenia et Rodion nous donnent également des conseils sur les bonnes questions à poser lors de la communication avec votre client pour vous démarquer, pour comprendre ses besoins et faire bouger les choses.

J’ai également demandé à Eugenia quel était, selon elle, le facteur le plus important à prendre en compte lors du choix d’une solution pour un client, hormis le service sur mesure. La priorité se pose-t-elle sur le budget, l’innovation ou peut-être quelque chose de complètement différent ? Sa réponse est claire et nette : la qualité. Elle conseille de ne pas s’engager dans la mise en place d’une solution qui ne répond pas aux normes de qualité ou qui est insuffisante. En outre, assurez-vous d’avoir un briefing détaillé avec votre client afin d’établir si vous pouvez poursuivre votre collaboration ou non.

Recommandation de livre : « Le Mom Test: Comment parler avec les clients et apprendre si votre idée d’entreprise est bonne, quand tout le monde vous ment » par Rob Fitzpatrik.

Question gagnante : Concernant un des études de cas mentionnés : Comment peut-on vérifier la précision ou les occurrences d’un corpus vocal destiné à la synthèse vocale? »

Grâce à son partenariat dans la localisation multimédia, Ego Translating a pu trouver une solution qui s’est immédiatement avérée difficile et qui l’a amenée à jouer le rôle d’intermédiaire entre toutes les parties. Cependant, cela a permis l’entreprise d’acquérir une grande connaissance du processus lié à ce type de travail. Rodion Pochekaev a travaillé en étroite collaboration avec le client en question, ce qui a permis de recevoir des réactions plus rapides et a contribué au succès de cette collaboration.

3. Tendances perturbatrices dans la localisation multimédia, la reconnaissance automatique de la parole et le streaming

Alex Chernenko, PDG de Translit, a abordé le sujet passionnant de l’impact de l’IA et du ML sur l’industrie des langues et de la localisation. En parlant des ressources gratuites pour les traducteurs et les petites entreprises qui aimeraient fournir plus de solutions mais n’ont pas le budget d’un grand LSP[iii], un sujet intéressant a été évoqué. Récemment, Smartcat a lancé une fonctionnalité qui vous permet de traduire des sous-titres, tout en ayant un aperçu en temps réel de la vidéo, ce qui peut être un bon point de départ pour tester la plateforme et voir comment on s’en sort dans ce type de tâche.

Cette présentation m’a amenée à poser une question que tout le monde, il me semble, dans notre métier a en tête aujourd’hui. « Selon Arle Richard Lommel, la traduction automatique ne remplacera que ceux qui traduisent comme des machines. D’après vous, a-t-il raison ? »

Alex Chernenko me répond ainsi : Il y a toujours un élément de créativité que les machines n’ont pas, surtout dans le domaine de la localisation. La machine est capable d’apprendre mais il faut rester créatif et continuer à travailler sur la créativité afin de contribuer à l’amélioration du marché

Recommandation de livre : « Les sept habitudes des gens efficaces » par Stephen R. Covey.

Question gagnante : « Que pensez-vous des implications éthiques de ces outils et solutions pour les entreprises qui travaillent avec eux, et non pour les utilisateurs ? » par Paulina Makles

Réponse : « Certaines startups détectent et combattent déjà l’utilisation des « deepfakes ». A un moment donné, il paraît que nous ne pourrons plus voir ce qui se dit vraiment dans les journaux télévisés. Une réglementation est nécessaire pour contrôler ce phénomène et le limiter à des fins strictement créatives. »

Citation perspicace : « La créativité est ce qui ne pourra pas être remplacé par des machines si facilement »

4. En quête de respect : Construire des relations fructueuses avec les parties prenantes de la localisation

Anastasia Taymanova, Responsable de l’Équipe de localisation, est arrivée chez Dataduck il y a plus de 3 ans, au moment où l’entreprise était en pleine expansion. Avec beaucoup d’efforts et de travail, l’ordre a été établi et aujourd’hui Anastasia Taymanova partage son expérience et ses astuces sur comment établir des relations fructueuses avec les parties prenantes de localisation et les équipes pluridisciplinaires. Elle étaye son discours sur trois points principaux aussi importants : le positionnement correct en tant qu’équipe de localisation avec conscience de cœur du métier, l’éducation constante et régulière et la communication.

Recommandation de livre : « Le Cygne noir: La puissance de l’imprévisible » par Nassim Nicholas Taleb.

Ma question : « Concernant la communication, que recommanderiez-vous de faire en premier afin de minimiser la surinterprétation (et donc les conflits) dans votre équipe ou dans l’entreprise lorsque vous travaillez à distance ?

Faites attention de faire en sorte que votre flux de travail soit bien documenté et n’oubliez pas d’éduquer et de former vos collaborateurs régulièrement. N’ayez pas peur de rappeler les autres que vous existez, d’organiser des réunions et des formations. Soyez curieux de connaître l’entreprise et surtout, soyez patient !

Citation perspicace : « Communication + Collaboration = Succès »

5. Les défis du TMS[iv] : Les 5 principales raisons pour lesquelles les entreprises évitent les projets de migration de leur système de gestion de la traduction

Il s’agit d’un sujet important pour de nombreuses institutions, acheteurs, ainsi que pour les fournisseurs qui envisagent d’adopter une nouvelle technologie. Cela concerne principalement les petites organisations en pleine expansion, les start-ups, ainsi que les grandes entreprises qui recherchent une solution afin d’appliquer une stratégie multifournisseur ou afin de mettre à jour leur configuration de flux de travail bien compliquée et souvent trop coûteuse.

Les cinq raisons éponymes pour lesquelles une entreprise peut craindre l’acquisition d’une nouvelle technologie et la migration de son TMS peuvent être résumées en quelques mots-clés : expertise, temps, risque, peur des conséquences et échec. De plus, selon l’Atlas des technologies de la langue 2020, préparé par Nimdzi Insights, il existe plus de 370 plateformes au choix et ce chiffre ne cesse d’augmenter.

Josef Kubovsky, Directeur général de Nimdzi Insights, nous donne quelques conseils sur les points à prendre en compte lorsque l’on aborde un projet de migration de TMS, qu’il s’agit d’un point de départ, du temps et des coûts réels, des personnes impliquées et de l’impact que la conservation de « l’ancienne » configuration peut en effet avoir sur l’entreprise.

Recommandation de livre : Abonnement annuel au magazine « MultiLingual ».

6. Mondialisation et proximité : comment établir une présence internationale sur le Web ?

Cette présentation, animée par la Spécialiste du Développement commercial, Silvi Nuñez, et la Directrice de la Stratégie, Ann Montañana chez Optimational, a constitué une introduction parfaite au sujet principal de l’autre moitié de #LocFromHome, à savoir la mondialisation.

Les deux experts démontrent en détail l’importance cruciale d’une étude de marché approfondie et d’une stratégie de contenu multilingue optimale, lorsque l’on se prépare à établir notre présence sur le marché mondial.

Ma question : « Pensez-vous qu’il est important de recruter des membres de l’équipe à l’échelle internationale lorsque vous fournissez un service linguistique (traduction, localisation, diffusion en direct, voix-off, etc.) ».

Absolument. Pour qu’une stratégie ait un sens sur le nouveau marché cible, elle doit être élaborée par un expert natif qui vit sur place et comprend la culture. C’est ce que signifie réellement la localisation : c’est la satisfaction des besoins d’un nouveau public cible étranger avec l’aide d’experts locaux.

Question gagnante : « Selon votre expérience, quelle quantité de contenu une petite agence numérique doit-elle traduire pour se développer ? »

Réponse : Cela dépend beaucoup de vos ressources, mais vous pouvez commencer par tester certaines approches. La page d’accueil et la page « À propos de » sont les éléments essentiels, puis vous pouvez passer aux articles de blog, etc.

Citations perspicaces : « Traduisez le contenu le plus performant. » ; « Localisez le pays et non pas la langue. »

7. Créer des services de localisation internes pour guider le succès mondial de votre organisation

Marina Gracen-Farrell est Consultante en localisation et Développeuse de contenu en chef auprès de Pearson, mais elle est plus connue de ses événements de réseautage légendaires, qu’elle prépare tous les mois en tant qu’Ambassadrice de Loclunch, un groupe local informel de personnes travaillant sur l’internationalisation, la mondialisation, la localisation et la traduction.

Il est difficile de résumer cette conférence très riche en informations et astuces précieuses, que ce soit pour une jeune traductrice junior débutante sur le marché comme moi-même ou bien pour un ou une Chef d’entreprise de localisation avec plus de 20 ans d’expérience.

Néanmoins, étant donné que cet article est publié sur un blog géré par des étudiants en Master, je vous partage avec plaisir quelques conseils que Marina Gracen-Farrell a donné à nous en particulier :

« Faites du réseautage, apprenez tout ce que vous pouvez, adhérez à une association des traducteurs et assistez à des nombreuses conférences qui stimuleront votre savoir sur le cœur du métier. Mettez-vous en avant et faites-vous connaître pour obtenir des clients. Entourez-vous de pairs qui partagent votre passion pour le métier et qui vous soutiennent. Et finalement, cherchez votre spécialisation, quelque chose qui vous met à part des autres. »

J’ai posé une question concernant la créativité dans un métier comme le nôtre : « Est-il suffisant d’être créatif pour devenir un bon Gestionnaire de projets/Expert en localisation ou existe-t-il d’autres compétences essentielles pour réussir ? Pensez-vous qu’il existe une « règle d’or » ? »

Marina Gracen-Farrell me répond ainsi : À l’époque, personne ne disait que l’on pouvait être créatif, tout le monde nous conseillait de travailler dur pour réussir, sans nous embêter avec la créativité. Madame Gracen-Farrell n’est pas d’accord avec cette approche et dit qu’être créatif permet de mieux réussir que les gens qui gardent la tête baissée. « Soyez conscient de ce que vous aimez le plus faire et apprenez-y autant que possible. »

Recommandation de livre « Truly Global: The Theory and Practice of Bringing Your Company to International Markets » par Anna N. Schlegel.

Question gagnante : « Selon vous, quelles sont les 3-4 compétences les plus nécessaires aujourd’hui, par rapport à l’époque où vous avez commencé à élaborer un programme de localisation ? »

Réponse : « Empathie pour soi-même et pour ses pairs, la collaboration et le développement des compétences d’écoute. C’est surtout en soutenant les autres que l’on réussit le mieux et que l’on garde le cap. »

8. Questions inconfortables aux prestataires de services de localisation

Il est important de poser les questions les plus correctes et le plus pertinentes afin de réussir avec un projet. Dans le cas de projets de localisation, il est nécessaire de comprendre pourquoi certaines questions ont de la valeur particulière dans notre relation avec un prestataire, pour ensuite comprendre à quoi ressemblera le processus de localisation réel et savoir si, en effet, il sera fluide et évolutif. Igor Afanasyev, Chef de produit chez Smartcat, analyse des différentes situations possibles et, évidemment, répond à des nombreuses questions, même inconfortables.

Comment choisir votre technologie, que ce soit un TMS ou une TAO ? Comment rendre notre travail plus efficace et efficient ? Quelle est la valeur de notre travail ? Qu’est-ce que l’on comprend vraiment quand on parle de la localisation continue ? Igor Afanasyev se penche sur tous les aspects problématiques et propose des solutions possibles.

Recommandation de livre : « Humour, sérieusement : Pourquoi l’humour est une arme secrète dans les affaires et la vie (et comment tout le monde peut l’exploiter. Même vous) » par Jennifer Aaker.

Question gagnante (et aussi posée par moi) : « Comment peut-on approcher un prestataire de services de localisation si j’ai des doutes quant à sa politique éthique, par exemple considérant le rapport prix-qualité ou bien les tarifs qu’il propose par rapport au salaire qu’il verse à ses employés ? »

Réponse : « Il est possible que vous n’obteniez jamais une réponse honnête, par exemple au sujet d’utilisation de la traduction automatique. Choisissez donc une technologie qui vous permettra de contrôler au mieux votre projet. Si le projet se déroule sur votre plateforme, vous aurez un contrôle mesurable et fluide qui vous permettra de comparer la somme dépensée et la qualité du travail fourni. De votre côté, faites toujours preuve de transparence pour gagner la confiance des autres. »

9. Table Ronde Rising Tides : Combler le manque d’éducation dans la localisation par le mentorat et le coaching

Animée par Tucker Johnson, membre du Conseil d’administration et Cofondateur de Nimdzi Insights, cette table ronde est un exemple du fait que le métier de la localisation ne connait toujours pas de formation expresse, ni de profil spécifique, comme il en est avec le métier de la traduction.

Les intervenants se penchent sur la différence entre le coaching et le mentorat et propose plusieurs définitions. Où est la place pour les deux ? Quelle est la différence entre cette relation et une relation externe ? On apprend que chaque directeur doit être capable de gérer et d’encadrer ses employés. Doit-il plutôt vous pousser hors de votre zone de confort et appliquer la méthode de la critique constructive ou vous soutenir ? Attention, le coaching n’est pas du cheerleading !

En tant qu’étudiante et personne qui croit en l’apprentissage tout au long de la vie, il est très important pour moi d’apprendre de mes mentors. Mais justement, comment peut-on choisir nos mentors ? Comment savoir si leurs conseils est en effet utile, correct et efficace ?

Allison Ferch – Directrice exécutive de l’Association de la Mondialisation et de la Localisation (GALA) : « Il existe maintenant le Programme de mentorat des jeunes femmes étudiantes, préparé par GALA, qui travaille en petits groupes, cohortes, organise des événements, etc. Les étudiants sont souvent timides ou ils ont peur de contacter les personnes avec plus d’expérience pour demander de l’aide. Soyez un peu courageux et n’ayez pas peur de demander un peu de temps, vous ne savez jamais où cela peut vous mener !

Michal Antczak, Responsable de la technologie de localisation chez PayPal : Ça ne fera pas de mal juste d’envoyer un petit message, dans le pire des cas, on est ignoré mais la plupart de temps, les gens sont susceptibles de nous aider, même un peu. LinkedIn est parfait pour trouver ce type de relation.

Kris Girrell, Directeur et Propriétaire d’Innerwork Consulting :  Envoyez un message de prise de contact distant, par exemple « J’aime beaucoup ce que je vois en vous et j’aimerais apprendre de travailler comme vous ! » Si la personne refuse, vous ne voudriez probablement pas travailler avec elle de toute façon. »

Yuka Nakasone, Stratège en chef chez Global Bridge : Dès que vous trouvez quelqu’un qui vous inspire, essayez de commencer à parler ensemble des choses. Lorsque vous cherchez une réponse, allez-y et continuez en fonction de la réponse. Apprenez à vous connaître et votre relation se transformera peut-être en mentorat. N’oubliez pas que, si quelque chose ne va pas, vous devez être capable de le dire franchement et faire confiance à l’autre personne pour comprendre.

Recommandation de livre : « Culture Map » par Erin Meyer

10. Discours principal : Une stratégie de produit prête pour le marché mondial

Ce discours principal sur le thème de la globalisation, Talia Baruch, Chargée de la Stratégie produit auprès de Global-Ready et Geo-Fit, traite de la stratégie adaptée au monde d’aujourd’hui, c’est-à dire le monde « multi ». Comment faire évoluer la culture d’entreprise vers un état d’esprit stratégique adaptatif, inclusif, prêt pour la mondialisation, générant de manière dynamique les bonnes expériences locales à l’échelle mondiale ? Le monde d’après, c’est aujourd’hui et il est temps d’apprendre tout à nouveau et de s’adapter.

Il n’y avait pas de session des questions et réponses ici, mais une question dans le chat a attiré mon attention en particulier lors de cette intervention : « Il existe un modèle de maturité pour la localisation. Existe-t-il un modèle de maturité de la préparation globale ? »

Marina Gracen-Farrell a répondu : « Le simple fait d’arriver à « organiser » et « réorienter le contenu » augmente notre modèle de maturité de la localisation ! »

Citation perspicace : « Toute mission nécessite un missionnaire passionné. »

11. Table ronde sur le ROI – un voyage dans l’inconnu ou un moyen de communiquer la valeur de la localisation ?

Avec Rodrigo Cristina, Champion de l’Expérience client pour la localisation du groupe chez t’works, comme Animateur de cette table ronde, on part effectivement dans un voyage d’analyse et de discussion sur un terme financier relativement simple, mais qui provoque toujours une réaction plutôt controverse dans le contexte de la localisation. Pourquoi ? Et qu’en est-il de la spécificité de cette industrie, quel rôle joue-t-elle dans la croissance du marché global ? Il existe bien des réponses à ces questions et chacun des intervenants avait quelque chose à y contribuer.

Carrie Fischer, Chargée des services de mondialisation chez Subway : « Il existe des outils qui permettent de nous aider à faire des calculs plus ou moins précis, ainsi que des experts qui sont capables d’exécuter un pronostic. En fin de compte, tout dépend de type d’entreprise dans lequel on investit. Chez Subway, par exemple, la discussion sur le ROI n’a jamais lieu, mais je fais le calcul quand-même pour mes connaissances personnelles, comme l’un de mes points de données. »

Iti Sahai, Chef de produit, International chez Chegg : « Le retour sur investissement est axé sur les résultats et non sur le langage, ce qui est organique. Les critères de réussite doivent être déterminés et définis, par exemple, d’accroître la facilité de découverte pour encourager l’acquisition. Il ne s’agit pas toujours de revenus, mais aussi de promouvoir les qualités de leader. »

Chris Englund, Vice-président des Opérations internationales chez ActiveCampaign : « Le retour sur investissement présente le risque de réduire la complexité d’une décision commerciale à quelque chose qui ne reflète pas exactement ce qui intéresse la personne avec laquelle nous discutons de la localisation. Parfois, ce que nous vendons n’est pas ce que l’autre personne achète. Vous devez vous assurer que vous êtes sur la même longueur d’onde afin d’être conscient du véritable impact de l’investissement. »

Ma question : Que conseilleriez-vous aux jeunes qui cherchent à investir dans la localisation de NE PAS faire ?

Si nous parlons en général, je dirais qu’il ne faut pas se limiter. Soyez ouvert aux nouvelles opportunités et technologies qui arrivent sur le marché. Pendant des années, je n’ai pas vraiment cru que la traduction automatique ou la voix synthétisée fonctionneraient JAMAIS pour le contenu de Subway. J’avais tort. Si quelque chose vous semble intéressant, demandez une démonstration. Si vous avez un diplôme en gestion de projets de localisation ou en traduction, ne vous limitez pas à ce type d’emplois. Recherchez des opportunités qui vous donnent autant d’expérience pratique que possible.

12. Une promenade du côté sauvage de la localisation continue

Rebecca Ray, Directrice et Analyste en chef de CSA Research, explique en détail l’histoire de la localisation continue et présente les dernières recherches sur ce sujet. Elle analyse également l’impact des nouvelles technologies sur le processus de la localisation au fil des dernières années.

Ma question : « Quelle est votre prévision sur ce que nous réserve potentiellement la localisation continue dans le futur ? »

« On verra beaucoup plus de machines et de l’IA, c’est sûr. Il y a également des idées provenant de la Silicon Valley, c’est-à-dire l’automatisation des processus robotiques pour assurer l’optimisation des processus. Tout cela est déjà en train de se passer. »

Puisque nous parlons de localisation continue, il est bon de recommander un guide complet préparé par Igor Afanasyev, Chef de produit chez Smartcat, intitulé « Automatisée vs. Continue : Comment les entreprises échouent dans le domaine de l’automatisation, et comment y remédier » (lien en anglais ici), qui contient de nombreuses informations utiles sur la manière d’aborder ce sujet.

Recommandation de livre : « La science surprenante des réunions : Comment vous pouvez amener votre équipe à un niveau de performance optimal » par Steven G. Rogelberg

13. Qu’est-ce que la mondialisation ?

Cette dernière conférence de la journée était animée par Yuka Nakasone, Stratège en chef chez Global Bridge, et s’agissait du concept de la mondialisation pure et dure. C’est un terme qui porte une variété des définitions, en fonction de son contexte et usage.

Tex Texin, Architecte en chef de la Mondialisation chez XenCraft : « Aujourd’hui on ne parle plus d’entreprises qui envisagent d’entrer sur le marché global mais d’entreprises dont l’activité se concentre sur l’acte d’adaptation des services et produits aux différents marchés dans le monde. »

Rachel Carruthers, Chargée de l’Internationalisation et de la Localisation chez Canva : « Ce qui marche bien c’est d’avoir un lien étroit mais distinct entre la localisation et l’internationalisation. Cela permet de favoriser un meilleur niveau de communication et de collaboration entre ces deux zones de co-information. »

Doug Bruhnke, Fondateur et PDG de Chambre de commerce internationale : « Ce que nous avons contre nous, en tant que personnes travaillant dans le domaine de la mondialisation, c’est que la plupart des gens dans le monde ont tendance à avoir une vision plus locale, ils ne pensent pas globalement. Il semble que le terme ait une importante connotation péjorative qui ne facilite pas la tâche mais n’a pas empêché le développement de ce phénomène moderne.

Un point de vue venant de la section de commentaires, par Thierry Lavigne, m’a également interpellé : « Vous apprenez tous les jours ce que c’est que d’être un professionnel international en faisant partie de la communauté de la Chambre de commerce internationale : demandez aux personnes locales qui connaissent tout de leur lieu, de leur culture, de leurs coutumes et de la façon de faire des affaires au niveau local ou national. Évitez les erreurs liées à la législation, à la culture, à la façon de faire les choses ou aux coutumes en faisant partie d’un réseau mondial de professionnels sympathiques sur lequel vous pouvez compter tous les jours. Doug est le connecteur global du monde ».

Citation perspicace : « Globalisation (#G11n) = Localisation (#L10n) + Internationalisation (#I18n) »

Recommandation de livre : « Stratégie de marque internationale : Un guide pour atteindre une croissance globale de la marque » par Sean Duffy

Pour finir…

Ce recueil d’avis, de visions et de commentaires est une simple synthèse de ce que l’on a vécu lors de la quatrième édition de #LocFromHome. Quelques mots de conclusion ? La localisation évolue parallèlement à notre monde d’après, aujourd’hui.

Merci à tous ceux qui ont partagé ces moments avec moi, qui ont répondu à mes nombreuses questions au cours de la journée.

Une version en anglais du billet est disponible ici.


[i] FOMO – abréviation de Fear Of Missing Out (peur de manquer) ; sentiment d’inquiétude à l’idée de manquer des événements passionnants auxquels d’autres personnes se rendent, notamment à cause de ce que l’on voit sur les médias sociaux. (Source : Dictionnaire de Cambridge)

[ii] SEO – abréviation de Search Engine Optimisation (optimisation pour les moteurs de recherche) ; méthodes permettant de s’assurer que l’adresse d’un site web est affichée en haut de la liste des résultats d’une recherche sur Internet. (Source : Dictionnaire Cambridge)

[iii] LSP – abbréviation de Language Services Provider (prestataire de services linguistiques) ; une entité qui offre des services liés aux langues (Source : Phrase.com)

[iv] TMS – abréviation de Translation Management System (système de gestion de la traduction) ; [Il] gère le flux de contenu global à travers le processus de localisation, y compris la traduction, le partage des données linguistiques et l’application de contenu réutilisable via l’automatisation du flux de travail en fonction des règles commerciales et des informations sur le projet contenues dans sa base de connaissances. Les informations sont suivies à chaque étape du processus de traduction, qu’il s’agisse de ressources internes ou externes. (Source : Trados.com)

BIBLIOGRAPHIE

DEVILLA L. « Traduire à l’heure de la mondialisation : localisation de l’information et idéologie ». Synergies Italie. 2016. Vol. 12, p. 11.

CAMBRIDGE DICTIONARY[En ligne]. 2021. (Page consultée le 2 juin 2021). Disponible à l’adresse : https://dictionary.cambridge.org/fr/

GOUADEC DANIEL. Guide des métiers de la traduction-localisation et de la communication multilingue et multimédia. Paris : La Maison du dictionnaire, 2009. 286 p. ISBN : 978-2-85608-225-6.

PHRASE. Language Service Provider (LSP) [En ligne]. 2021. (Page consultée le 2 juin 2021).

Disponible à l’adresse : https://phrase.com/blog/localization-and-translation-glossary/language-service-provider-lsp/

SMARTCAT. #LocFromHome May 27, 2021 — Online Translation & Localization Conference. [En ligne]. 2021. (Page consultée le 27 mai 2021).

Disponible à l’adresse : https://www.smartcat.com/locfromhome-conference/

SMARTCAT. LocFromHome: Online Localization Conference, May 27, 2021 – YouTube [En ligne]. Mise à jour le 11 juin 2021. (Page consultée le 4 juin 2021).

Disponible à l’adresse : https://youtube.com/playlist?list=PL6uIqKfoBxniCcnf-uZTTphlxqvAMn1Ie

TRADOS. What is Translation Management? [En ligne]. 2021. (Page consultée le 2 juin 2021).

Disponible à l’adresse : https://www.trados.com/solutions/translation-management/

WATKINS J., WILLIAMS J., WEISS B., ÉD. The guide to translation and localization: preparing products for the global marketplace [En ligne]. 4e édition. Portland, Oregon, États Unis : Lingo Systems, American Translators Association, 2002. 100 p. ISBN : 0-9703948-1-0. (Page consultée le 6 mars 2021). Disponible à l’adresse : https://translationjournal.net/images/e-Books/PDF_Files/The%20Guide%20to%20Translation%20and%20Localization.pdf

J’ai testé pour vous… Microsoft Translator

Par Ophélie Douchet, étudiante M1 TSM

De plus en plus de géants de l’informatique lancent leur propre moteur de traduction automatique, c’est pourquoi aujourd’hui je m’intéresse à l’application Microsoft Translator, disponible sur iOS et Android. Cette application, disponible au grand public, permet de traduire dans plus de 70 langues, mais la qualité de traduction est-elle vraiment au rendez-vous ? Sans plus tarder, découvrons ensemble ce qu’elle a à nous offrir.

INTERFACE

L’interface est très simple d’utilisation et minimaliste, elle dispose de quatre icônes, chacune proposant un mode de traduction : vocale, textuelle, en conversation instantanée et par la caméra. En arrière-plan, nous apercevons l’image floue d’un coucher de soleil aux couleurs apaisantes, invitant au voyage.

FONCTIONNALITÉS

  • Tout d’abord, en sélectionnant l’icône avec le clavier vous obtiendrez la traduction textuelle. Vous n’avez qu’à taper votre texte et l’application traduira dans la langue cible que vous aurez choisie parmi 91 langues.

J’ai donc voulu tester cette fonctionnalité en écrivant le titre d’un article paru dans The Scientific American (article américain) et voici le résultat :

Le titre An Immune Protein Could Prevent Severe COVID-19—if It Is Given at the Right Time a été traduit par : « Une protéine immunitaire pourrait prévenir covid-19 grave – si elle est donnée au bon moment. ».

Vous remarquerez que c’est une traduction très littérale qui a peu de sens. De plus, elle porte toujours les marques de l’anglais. On retrouve la présence du tiret cadratin, typique d’un titre anglais. Ce ne serait donc pas acceptable pour un titre d’article en français. En effet, cet article américain a une traduction officielle publiée sur le magazine français Pour la Science. Dans ce cas, le titre a été traduit par : « Une arme à double tranchant contre le Covid-19 ». Il est traduit de manière totalement différente et est plus court, ce qui est plus commun pour des articles français. De plus, comparé au titre américain qui révèle le sujet qui va être abordé, dans le titre français on laisse une sorte de suspens : une stratégie journalistique pour donner envie au lecteur de poursuivre sa lecture, ce que les moteurs de traduction automatique ne sont pas encore capables de faire.

Sans surprise, la différence entre la traduction professionnelle et la traduction automatique est donc flagrante ici.

Il me semble également important de préciser que l’application ne fait pas de différence entre l’anglais américain et l’anglais britannique. C’est pourquoi j’ai voulu tester si l’application était programmée pour traduire en anglais américain ou britannique. J’ai donc écrit la phrase suivante dans Microsoft Translator : « Son théâtre préféré se trouve dans le centre-ville. ». Ces mots s’écrivent différemment lorsqu’ils sont employés en anglais américain ou en anglais britannique. Je vous laisse alors découvrir avec quelle variété d’anglais l’application a traduit :

Cette phrase a donc été traduite en anglais britannique. En effet, le mot favourites’écrit favoriteen américain. Il en va de même pour theatre qui donnerait theater et centredonnerait center.

  • Ensuite, l’icône avec le micro permet d’activer la traduction vocale, il vous suffit de parler pour obtenir une traduction dans la langue cible choisie parmi 47 langues.

Les moteurs de traduction automatique sont connus pour reproduire les préjugés. C’est pourquoi j’ai voulu vérifier si cette application reproduisait les stéréotypes sexistes, comme l’a fait Margaux dans son billet de blog pour l’application « Traduire », disponible sur iPhone. J’ai donc repris le même exemple pour pouvoir comparer les deux applications :

Comme l’explique Estelle Peuvion dans son billet de blog, les métiers scientifiques sont directement associés aux hommes alors que les métiers de soins sont associés aux femmes, comme on le voit ici avec le mot “nurse” qui a été traduit par « infirmière ». Pour aller plus loin, j’ai clairement précisé que l’infirmier était un homme : “This nurse is a man”, mais l’application a traduit : « Cette infirmière est un homme ». Donc, comme l’application Traduire, Microsoft Translator reproduit les stéréotypes, prétendant que “nurse” est forcément une infirmière et non pas un infirmier.

  • L’icône avec l’appareil photo vous permettra de prendre en photo un texte pour que Microsoft Translator le traduise dans la langue cible de votre choix.

Pour cette fonctionnalité, j’ai donc pris en photo une annonce d’une maison à vendre en Angleterre et voici le résultat :

Je voulais tester si l’application était apte à localiser les prix et les unités de mesure. On peut observer que le prix en livre n’a pas été converti en euro et qu’il porte toujours les marques de l’anglais avec la virgule. Or, en français, il est préférable d’ajouter une espace insécable ou un point pour séparer les centaines des milliers. À l’inverse, les unités de mesure ont été localisées : “3.3 miles” : « 5.3 km ». On notera tout de même qu’en français on ne met pas de point, mais une virgule pour les unités de mesure, ce qui donnerait « 5,3 km ».

  • La dernière icône vous permettra de converser avec de tierces personnes ne parlant pas votre langue et disposant également de l’application. Pour cela, vous devez créer un salon de conversation et les personnes avec qui vous souhaitez discuter n’auront qu’à entrer un code dans l’application. Ainsi, vous pourrez parler en gardant votre langue maternelle et la tierce personne recevra votre message directement traduit dans sa langue.

Un carnet de phrases est également disponible. Il s’agit de phrases simples et courantes qui peuvent être très utiles lorsque l’on est dans un pays où nous ne connaissons pas la langue. Les phrases sont triées et ajoutées dans différentes catégories pour faciliter l’utilisation :

Ces phrases peuvent être prononcées par l’application en cliquant sur l’icône du son mais aussi être ajoutées en favoris grâce à l’étoile située sur la droite.

Microsoft Translator peut être utilisé hors connexion. Plutôt utile si vous êtes à l’autre bout du monde sans internet ! Pour cela, il vous faut télécharger les bases de données de la langue de votre choix, disponible dans les paramètres. Toutefois, je n’ai pas d’informations sur le corpus utilisé par ce moteur de traduction automatique.

Microsoft Translator est donc très utile pour « dépanner » lorsque vous ne connaissez pas la langue et que vous souhaitez communiquer ou lors d’un séjour à l’étranger. Cependant, pour un usage professionnel, nous avons vu que cette application commettait beaucoup d’erreurs. Microsoft Translator ne serait donc pas profitable pour des traducteurs.rices. À l’instar de tous les moteurs de traduction automatique, il faut rester vigilant sur la qualité de traduction proposée. Bien entendu, pour chaque traduction proposée il existe plusieurs solutions possibles.

Toutes les photos sont des captures d’écran de l’application mobile Microsoft Translator.

App Store. « ‎Microsoft Translator ». https://apps.apple.com/fr/app/microsoft-translator/id1018949559.

Landhuis, Esther. « An Immune Protein Could Prevent Severe COVID-19&mdash;If It Is Given at the Right Time ». Scientific American. https://www.scientificamerican.com/article/an-immune-protein-could-prevent-severe-covid-19-if-it-is-given-at-the-right-time1/.

laujan. « Service Microsoft Translator – Azure Cognitive Services ». https://docs.microsoft.com/fr-fr/azure/cognitive-services/translator/translator-info-overview.

Mackowiak, Margaux. « J’ai testé pour vous… Traduire, la nouvelle application de traduction d’Apple » MasterTSM@Lille, 3 janvier 2021. https://mastertsmlille.wordpress.com/2021/01/03/jai-teste-pour-vous-traduire-la-nouvelle-application-de-traduction-dapple/.

Microsoft Translator for Consumers. « Microsoft Translator ». https://www.microsoft.com/en-us/translator/.

Microsoft Translator pour les consommateurs. « Fonctionnalités de l’application-Microsoft Translator ». https://www.microsoft.com/fr-fr/translator/apps/features/.

Peuvion, Estelle. « Traduction automatique : les algorithmes ont-ils des préjugés ? » MasterTSM@Lille, 10 novembre 2019. https://mastertsmlille.wordpress.com/2019/11/10/traduction-automatique-les-algorithmes-ont-ils-des-prejuges/.

« Une arme à double tranchant contre le Covid-19 », Pour la Science. https://www.pourlascience.fr/sr/actualites/une-arme-a-double-tranchant-contre-le-covid-19-20150.php.

Rakuten Viki : le sous-titrage amateur

Par Léa Bailleux, étudiante M1 TSM

Alors que, dans des billets de blog précédents, nous avons pu voir que le sous-titrage était un métier à part entière et que Netflix a soulevé la critique de par ses méthodes de traduction et sous-titrage, nous allons aujourd’hui nous pencher sur le cas du site Rakuten Viki.

Plus simplement appelée Viki, cette plateforme de streaming pourrait faire penser à Netflix : née en 2007 à Singapour, elle héberge principalement des films et séries asiatiques et les rend disponibles dans le monde entier.  

Pour comprendre l’ampleur du phénomène, observons le cas de leurs séries les plus populaires : 김비서가 왜 그럴까, aussi appelée What’s Wrong With Secretary Kim, est sous-titrée dans 52 langues différentes et 힘쎈여자 도봉순, Strong Woman Do Bong Soon, est elle disponible dans 44 langues différentes. D’autres sont disponibles dans une dizaine ou bien une vingtaine de langues : en tout on peut retrouver des traductions dans près de 158 langues. On peut aussi s’apercevoir qu’en dessous des épisodes, un pourcentage se trouve à côté de la langue choisie pour les sous-titres.

Là, nous pouvons commencer à nous interroger : pourquoi certaines séries sont-elles plus traduites que d’autres ? À quoi peut bien correspondre le pourcentage ?

Tout d’abord il faut savoir que les vidéos sur Viki sont publiées en langue originale uniquement. Une fois publiées, des équipes de traducteurs/sous-titreurs sont alors formées pour commencer le travail. Une nouvelle question se pose alors : qui sont ces traducteurs/sous-titreurs ? La réponse est simple : des bénévoles non-professionnels. Le site Rakuten Viki repose sur sa communauté de fans passionnés et multilingues. On peut même trouver le site de la communauté de bénévoles Viki où les plus grands « contributeurs » (comprendre traducteurs/sous-titreurs) du mois sont affichés sur un tableau d’honneur.

Ces contributeurs sont répartis en 3 catégories : les QC Trainees, les Qualified Contributors, et les Gold QC, chacun ayant des avantages spécifiques sur le site. Ils sont répartis ainsi selon leur nombre de contribution : les premiers ont atteint les 1 000 contributions (une contribution étant un sous-titre ou un segment), les deuxièmes ont dépassé les 3 000 contributions, et les derniers ont dépassé les 20 000. Il n’y a donc pas de rémunération directe, seulement un accès spécial à certaines vidéos, ou un abonnement gratuit au site. Abonnement qui coûte normalement 2,99 $ par mois s’il est basique, ou 4,99 $ s’il est standard, sachant que le site est accessible gratuitement avec une qualité de vidéo moins élevée et des publicités. Nous faisons donc bel et bien face à des traducteurs/sous-titreurs bénévoles.

Bien qu’aucune ressource linguistique ne soit mise à disposition des contributeurs, ils ne sont tout de même pas lâchés dans la nature. Le site propose des ressources en ligne et des vidéos pour s’entraîner à segmenter et sous-titrer avant de se lancer. Pour rejoindre une équipe, il faut d’ailleurs compléter la Segmenting Academy, une série de tutoriels pour les volontaires désirant apprendre à segmenter. On peut aussi juger de l’expérience d’un contributeur grâce à son rang.

Parlons maintenant des équipes de traducteurs/sous-titreurs. Pour chaque série et chaque film, il y a une « chaîne » avec plusieurs onglets : un qui répertorie de nombreuses informations sur le synopsis ou les acteurs, un où sont listé les épisodes, un sur l’équipe de sous-titres, et un sur les avis et commentaires. Ces chaînes sont gérées par des Qualified Contributors ou des Gold QC qui, une fois sélectionnés, peuvent recruter leur équipe parmi tous les contributeurs ayant postulé. Ces équipes sont formées de modérateurs, monteurs, ségmenteurs, et sous-titreurs. À chaque parution d’un nouvel épisode, tout le monde se met au travail, et chaque segment validé apparait en temps réel, d’où le pourcentage présent sous chaque vidéo : pour les séries plus anciennes ou bien avec des équipes très réactives, tous les épisodes sont à 100% traduits et sous-titrés dans la langue sélectionnée, mais pour les séries où moins de volontaires sont disponibles, le pourcentage peut augmenter lentement voire stagner quelques jours.

Et la qualité des sous-titres dans tout ça ? Sans grande surprise : ça dépend. Ce ne sont pas des professionnels, et parfois ça se voit. Les sous-titres sont souvent trop longs pour être confortables à lire, ou passent parfois trop rapidement. On se retrouve aussi face à des traducteurs amateurs qui ne savent pas quel va être leur public : une partie des utilisateurs du site est très familière avec les cultures des différentes séries proposées, tandis qu’une autre partie est en découverte totale. Les choix de traduction sont donc difficiles à prendre, et on se retrouve parfois avec des résultats maladroits : on peut tomber sur des expressions idiomatiques traduites littéralement avec leur sens véritable entre parenthèse. Quant à la qualité de la restitution du sens original, il est difficile d’en juger sans maîtriser la langue source.

Viki nous propose un accès légal à des séries étrangères à moindre prix, ce qui semble attirant en premier lieu, mais le manque de professionnalisme dans les sous-titres et la traduction peut rebuter. La question est aussi morale : en soutenant ce genre de site, nous soutenons un système où les traducteurs/sous-titreurs sont bénévoles. Est-ce de l’exploitation ou du gain d’expérience pour ces volontaires ? La cible de ce site serait-elle prête à payer plus cher pour financer une traduction professionnelle de ces séries ? Ce sont des questions à se poser avant de consommer le contenu d’un site comme Viki.

Sources :

https://www.viki.com/

https://techcrunch.com/2010/12/08/viki-raises-4-3-million-from-vc-all-stars-to-translate-the-worlds-video/?icid=tc_marc-andreessen_art&tag=marc-andreessen&guccounter=1&guce_referrer=aHR0cHM6Ly9lbi53aWtpcGVkaWEub3JnLw&guce_referrer_sig=AQAAADj3oVwoNt1GXYO4PvcPMV96hpB28CuWtlYEPqEBsiMHaxpr94sfu5tLFJPw9xCq6lyDI2CglM-aelmtnrJ_PBDn4WAoDQth7KrFW2eNCIz_gwUR4HsDAw_4lhFg00kxOu5QgWbyS8QLz3LuQ-meWH5EWvhQFyn-fUx9RimKLqlk

https://www.wsj.com/articles/BL-SEAB-139

https://contribute.viki.com/

https://en.wikipedia.org/wiki/Viki_(streaming_service)#cite_note-WSJ-1

https://unsplash.com/photos/EOQhsfFBhRk