Retour sur une année complexe : les étudiants face au COVID-19

Par Philippe Zueras, étudiant M2TSM

Le sujet de mon rapport de stage de M1 a consisté à étudier l’impact du coronavirus sur le secteur de la traduction. Dans l’une de mes sous-parties, je me suis interrogé sur la façon dont les étudiants vivaient leur stage, et à plus grande échelle, sur leur ressenti vis-à-vis de l’année scolaire que nous venions de traverser. Pour ce faire, je me suis appuyé sur les enquêtes menées par l’OVE (Observatoire Vie Étudiante), puis j’ai réalisé un questionnaire que j’ai adressé aux étudiants de masters de traduction de diverses universités.

Des conséquences sociales et psychologiques

Ce n’est une surprise pour personne : les étudiants ont très mal vécu ces longs mois d’isolement sous l’emprise des contraintes imposées par le coronavirus. Si pour certains les cours à distance ont été vécus de manière positive en raison de la diminution de certains coûts financiers ou de l’économie de temps sur leurs trajets, le manque d’interaction entre les élèves et les professeurs a pesé lourdement sur leur moral et la constance de leur motivation. En effet, si ce virus se nourrit de la proximité sociale et trouve dans les contacts humains de quoi se propager, étudiants et enseignants ont souffert de ce manque de contact et d’échange.

Le site journalistique Actu se penche sur le sujet dans la métropole lilloise en mars 2021 avec un article intitulé « Comment la crise du Covid-19 a volé un an de la vie des étudiants ? » Son auteur, Julien Bouteiller, revient sur les difficultés liées aux cours à distance, à l’isolement, et sur l’anxiété et la détresse qui ont résulté de cette pandémie. Il indique même que dans les cas les plus graves, les étudiants ont pu développer des dépressions et des pensées suicidaires. Le recours aux Restos du Cœur a augmenté de plus de 50 % d’après l’une des employées, et les besoins de consultations psychologiques en ligne se sont développés. L’une de ces psychologues, Celia Benoist, s’exprime sur la solitude des étudiants, qui d’après elle doivent être écoutés, pour ne pas se laisser gagner par ses effets toxiques. Une assistante sociale poursuit dans ce sens et constate que les étudiants ont été « laissés à l’abandon, d’un point de vue de l’enseignement, mais aussi socialement et sanitairement ».

En septembre 2020, l’Observatoire de la Vie Étudiante (OVE) a publié une enquête assez éloquente sur la situation psychologique des étudiants et leurs difficultés à s’adapter durant le premier confinement. 31 % des étudiants ont présenté des signes de détresse psychologique, ce qui fait 11 points de plus que l’enquête santé de l’OVE en 2016. 28 % se déclaraient même souvent tristes et abattus. Parmi les problèmes les plus fréquemment cités par les étudiants participant à l’enquête, nous retrouvons la difficulté de s’organiser convenablement (51 %), les problèmes de connexion internet (39 %) et le manque de relations sociales (39 %).

À la fin de ce sondage, 45 % des élèves pensent que le confinement aura un impact négatif sur le bon déroulement de leurs études (contre 11 % de positif).

Bien que l’enquête soit très fiable, elle a été réalisée lors du premier confinement, et je n’ai personnellement pas été convaincu par ces chiffres par rapport à l’année que nous venons de traverser, où je les soupçonne d’être relativement plus élevés. En m’appuyant sur les retours des autres étudiants de ma promotion, et même sur notre master en général, le manque de relations sociales est quasi-unanime.

Dans la continuité de ces études, et puisqu’aucun sondage n’avait été réalisé au sujet des stages, alors j’ai créé le mien. L’objectif reste d’être préparés au métier de traducteur, et il me paraissait crucial pour mon sujet d’aller plus loin que ma seule perception des choses et de dresser un bilan global de l’expérience de chacun en stage avec les conditions particulières imposées par le coronavirus.

Il convient de préciser que le questionnaire a été réalisé le 11 mai 2021. Certains étudiants, provenant entre autres de l’ISIT ou même du master TSM n’avaient pas encore débuté leur stage à cette date. J’ai cependant reçu assez de réponses pour pouvoir établir une analyse plus approfondie. Les réponses proviennent d’étudiants de 5 masters spécialisés en traduction, dans les villes de Lille, Lyon, Nanterre, Bordeaux, et Caen.

L’adaptabilité et l’évolution des méthodes de travail

Globalement, en ce qui concerne les difficultés, que j’ai déjà abordées précédemment, c’est de très loin l’aspect social qui prédomine dans les réponses. Le manque de contact humain et de lien social a eu un impact très fort sur le moral des étudiants et sur leur motivation à poursuivre leurs études. Le second point qui revient assez fréquemment concerne bien entendu les cours à distance, mais la plupart précise que ce sont surtout les techniques informatiques qui ont pesé lourd dans le suivi des cours. En effet, suivre derrière un écran, chacune des manipulations de nos professeurs tout en saisissant le sens, et ce, à une vitesse parfois bien trop rapide pour assurer une compréhension correcte a été très complexe. En présentiel, il est toujours possible de questionner rapidement notre voisin ou voisine si nous perdons le fil à cause d’une erreur. La pandémie a rendu ceci impossible. La moindre mauvaise manipulation nous faisait perdre du temps et par conséquent écoute, compréhension et attention. Les replays ont été particulièrement utiles, bien que le logiciel n’ait pas été des plus ergonomiques. Quelques-uns soulignent aussi les difficultés de concentration liées aux nombreuses heures passées sur les écrans. Même si le travail sur ordinateur sera notre quotidien dans notre vie professionnelle en tant que traducteur, il est possible chez soi de gérer son temps, sa fatigue, et de choisir de faire une pause, ce qui n’est pas possible dans le cadre d’un suivi de cours à distance.

Personnellement, je ne vois pas que du négatif dans l’adaptabilité dont il a fallu faire preuve. C’est la raison pour laquelle j’ai voulu savoir si mon avis était partagé et si les étudiants avaient aussi vu du positif dans cette situation. Je n’étais visiblement pas le seul, puisqu’une seule personne a répondu qu’elle n’avait observé aucun avantage. Dans l’absolu, ces changements dans nos pratiques n’ont pas été que pour nous déplaire. Si beaucoup soulignaient parfois des problèmes de constance dans le suivi des cours, la quasi-totalité admet que la pandémie a aussi installé un certain confort en ce qui concerne les horaires. Ils sont près de 80 % à souligner l’aisance que permettent les cours à distance. En effet, il suffit de se préparer et de se connecter. Il est plaisant de passer moins de temps dans les transports et de pouvoir gagner à la fois en temps de sommeil et en temps de travail. Il est intéressant de noter que la pandémie a provoqué un nouveau rythme de vie, les étudiants ont pu organiser leurs journées différemment et plusieurs reconnaissent avoir apprécié d’avoir eu plus de temps pour eux. Certains admettent même qu’un retour à la normale leur paraît compliqué et qu’il faudrait peut-être trouver un juste équilibre entre cours en présentiel et cours en distanciel.

La recherche de stage : les entreprises impactées et réticentes

Pour ce qui est de la partie « stage » du questionnaire, ma première question a porté sur le nombre de demandes envoyées pour trouver une entreprise d’accueil ou un indépendant. Les réponses vont d’une seule à 110, et j’obtiens une moyenne de 38 demandes pour une acceptation. Pour environ 75 % des refus, la crise sanitaire était invoquée comme prétexte, les entreprises justifiant que cette année, moins de stagiaires (voire aucun dans plusieurs cas) seraient acceptés. Malgré l’obligation d’effectuer un stage à l’étranger, 27 % des étudiants ne se sont pas risqués à envoyer des demandes à l’étranger en raison des incertitudes ou d’un éventuel risque d’annulation.

Alors que le stage devait se dérouler en présentiel, les conditions sanitaires ont rendu l’accueil des stagiaires difficile pour certaines entreprises ou particuliers. L’université a donc exceptionnellement autorisé les stages en distanciel. Pour autant, un peu plus de 50 % des étudiants ayant répondu ont tout de même réussi à faire leur stage en présentiel (j’inclus deux cas qui ont dû alterner entre présentiel et distanciel). Le port du masque et/ou l’utilisation de gel hydroalcoolique était alors obligatoire dans près d’un cas sur deux.

Pour ce qui est du distanciel, 80 % des étudiants interrogés ont rencontré des difficultés d’adaptation. Si la plupart constatent des problèmes liés à leurs facultés de concentration et à leur capacité d’organiser et de planifier leur journée de travail, d’autres ont ressenti une grande frustration à travailler en solitaire chez eux, et de n’avoir pas pu s’intégrer à l’équipe. Certains étudiants n’ont même pas vu le visage de leurs interlocuteurs. Quelques-uns vont même jusqu’à parler de « manque de vie » et « d’impression de ramasser les miettes […] de projets de traduction pas vraiment intéressants ». Malgré ce manque de communication, environ deux tiers des participants ont tout de même réussi à collaborer avec d’autres traducteurs.

Parallèlement à ces problèmes de communication, j’ai interrogé les étudiants sur l’évolution des méthodes d’échange au sein de leurs entreprises d’accueil. Je n’ai noté aucune évolution particulière liée au coronavirus excepté pour mon cas et celui d’une autre étudiante. Pour ce qui est de mon expérience, la communication de l’entreprise dans laquelle j’ai effectué mon stage s’effectue normalement par appels internes, pour éviter les déplacements dans le bâtiment, mais aujourd’hui, l’agence utilise massivement Skype pour assurer la continuité des échanges. En consultant les réponses détaillées des questionnaires, j’ai toutefois relevé quelques incohérences. Certains se sont plaints des problèmes de communication liés au coronavirus, mais m’ont ensuite indiqué que les méthodes n’avaient pas évolué. J’en ai donc déduit qu’ils faisaient plutôt face à la réalité du métier qu’à un réel effet consécutif à la pandémie.

Par chance, les entreprises restent majoritairement compétitives. Pour 60 % des étudiants interrogés, la crise sanitaire n’a eu aucun impact sur la productivité de l’entreprise, qui a donc pu leur fournir une charge de travail réelle.

Certaines de mes questions n’étaient destinées qu’aux étudiants de M2, l’une d’entre elles concernait la recherche de stage. M. Loock et d’autres enseignants nous ont expliqué en cours d’année qu’il était plus simple de trouver un stage pour un étudiant en M2 que pour un étudiant en M1 et j’ai voulu savoir si cette information restait vraie dans cette période particulière. Les retours prouvent qu’ils ont aussi fait les frais de l’impact de cette crise sanitaire, puisque le verdict est sans appel : trouver un stage a été, dans les meilleurs cas, aussi difficile, et dans les pires, plus complexe. Cependant, 80 % des M2 (en majorité des TSM) se sentent prêts à exercer le métier de traducteur.

Paroles de stagiaires

Pour finir, j’ai tenu à poser deux questions dans le but de savoir ce que les étudiants pensaient globalement de leurs stages. Pour l’une d’entre elles, il s’agissait de dresser un premier bilan de leur expérience de stage, même si elle n’était pas complètement terminée. Si quelques rares interrogés parlent d’ennui ponctuel, de semaines monotones, de manque de suivi ou de tuteur passif, le bilan reste extrêmement positif, avec plus de 85 % de satisfaction. Ceux qui ont eu l’amabilité de développer leurs réponses parlent d’un très bon entraînement à la réalité du métier, de la diversité des tâches et des vertus formatrices du stage.

La seconde question a porté sur la professionnalisation et le stage, et tous ont reconnu que cette immersion n’a que des avantages pour prendre toute la mesure des exigences liées à la profession malgré un certain manque de suivi pour quelques-uns.

Quelques retours d’expérience. Les avis divergent…

… mais restent majoritairement très positifs.

Sources :

http://www.ove-national.education.fr/publication/ove-infos-n42-la-vie-etudiante-au-temps-de-la-pandemie-de-covid-19/

https://actu.fr/societe/coronavirus/enquete-comment-la-crise-du-covid-19-a-vole-un-an-de-la-vie-des-etudiants-de-lille_39518400.html

https://changethework.com/impact-covid-sante-mentale/

Retour d’expérience : #TranslationCafé, Littératie de la traduction automatique

Par Sophie Vandenmersch, étudiante M1 TSM

Qu’on l’adopte ou non, la traduction automatique (TA) ou traduction machine s’implante de plus en plus dans le secteur. En 2016, la traduction automatique neuronale (TAN) fait son apparition dans le grand public avec Google Traduction, qui a développé son propre système de TAN appelé Google Neural Machine Translation (lien en anglais). Le principe repose sur des réseaux neuronaux profonds qui fonctionnent grâce à l’apprentissage profond (deep learning), un type d’intelligence artificielle. L’année suivante, DeepL, un autre système de TAN également accessible en ligne, voit le jour. Cependant, leur utilisation éclairée requiert d’en comprendre les tenants et aboutissants. Pour en savoir un peu plus, j’ai décidé de participer à la conférence organisée par #Translationcafé qui s’est déroulée le 22 avril dernier et de vous partager quelques points abordés.

Le #TranslationCafé, kézako ?

Il s’agit d’une table ronde mensuelle en ligne, au cours de laquelle trois spécialistes de la traduction échangent de façon informelle autour d’une thématique liée au monde de la traduction. Elle a lieu à 16 heures (heure française) et dure une heure. Les sujets sont divers et variés : de l’histoire de la traduction des langues asiatiques jusqu’au sous-titrage, en passant par l’impact de la crise sanitaire dans le secteur. Les internautes ont la possibilité de poser des questions en direct. Enfin, cet évènement est libre d’accès, sur simple inscription.

Cette deuxième édition portait sur la littératie de la traduction automatique (Machine Translation literacy) avec pour invités : Lynne Bowker, professeure de traduction et sciences de l’information à l’Université d’Ottawa, Lettie Dorst, professeure de linguistique anglaise et de traduction à l’Université de Leyde, et Rudy Loock, professeur de traductologie et de linguistique anglaise à l’Université de Lille.

Dans quelle mesure et comment les professionnels des langues peuvent-ils assister le grand public dans l’utilisation et la confiance en la traduction automatique ?

Lynne Bowker : Tout d’abord, selon moi, la littératie de la traduction automatique suppose certains pré-requis à une utilisation efficace et réfléchie. Contrairement aux autres types de connaissances informatiques, celle-ci relève plus d’un processus cognitif que technique. Autrement dit, de savoir si le contenu à traduire se prête à la TA ou non, mais aussi comment optimiser le résultat, en pré-éditant le texte source par exemple. Trois grandes catégories de personnes utilisent la TA :

  • le grand public, à des fins personnelles ;
  • les professionnels de la traduction souhaitant intégrer la TA dans leur processus ;
  • les étudiants en langues ou linguistique.

Toutes ces personnes ont des connaissances relatives à la traduction et des finalités différentes. De ce fait, l’enseignement doit être adapté aux différents types d’utilisateurs pour répondre à leurs besoins respectifs. Je constate un manque d’objectivité de la part de certains acteurs du monde de la traduction, qui ont tendance à véhiculer une image catastrophique de la TA. Ces idées reçues ne renseignent en aucun cas le grand public qui, en fin de compte, l’utilisera tout de même, donc autant les aider à utiliser cet outil de la manière la plus éclairée possible.

Lettie Dorst : Je confirme dans la mesure où ces affirmations, quelles qu’elles soient, n’instruisent en rien l’utilisateur lambda. J’ai remarqué qu’il y a deux types de messages qui reviennent concernant l’informatique en général : soit tout fonctionne à merveille, soit pas du tout. Certes, grâce à la traduction automatique, nous obtenons une certaine équivalence linguistique concernant la syntaxe et la terminologie, mais le travail des traducteur ne se résume pas à cela. C’est une des problématiques que j’aborde dans le cadre de mon projet sur la traduction automatique (lien en anglais). Techniquement, il ne s’agit pas de « traduction automatique », car ce n’est pas de la traduction à proprement parler, mais plutôt une application d’algorithmes informatiques. J’enseigne à mes étudiants que c’est une machine qui ne comprend pas ce qu’elle produit, qui ne lit pas le texte et qui ne communique rien du tout. Ils adoptent en conséquence un raisonnement plus critique, notamment pour une éventuelle utilisation ainsi que les motifs de cette démarche.

Rudy Loock : En effet, la TA est trop facile d’utilisation. Je le constate avec les étudiants qui, qu’ils soient en traduction ou non, accordent une confiance totale à ce que la machine propose. Ce qui apparaît à l’écran n’est jamais exact et, de fait, il est impératif de disposer d’un esprit critique. Les étudiants toutes spécialités confondues utilisent la TA. La technologie a ses limites, car on y rencontre des problèmes de richesse lexicale, des ambiguïtés, et elle peut même générer un langage discriminatoire. Concernant les étudiants en traduction, l’enseignement de la TA est abordé sous un autre angle, étant donné qu’ils ont une différente approche envers cet outil. Lors d’un projet de traduction, ils doivent être en mesure de déterminer si la TA peut intégrer le processus traductif. De plus, le type d’outil a aussi son importance, car à l’heure actuelle, les entreprises développent leurs propres outils de TA. Je dirais qu’une sensibilisation à la TA est donc impérative et doit être définie selon le profil de l’utilisateur.

Le processus cognitif n’est pas le même en traduction ni en révision ou bien en post-édition, et je crains que, en ayant recours à cette dernière, les étudiants en oublient la formation à l’élaboration d’une traduction et aux processus cognitifs qui y sont liés.

LD : Avant toute chose, je pense qu’il faut garder en tête le profil des étudiants dont il est question, notamment s’il s’agit d’étudiants en langues, en traduction ou d’étudiants d’autres filières qui utilisent la TA comme simple outil. Concernant les étudiants en traduction, il est capital d’approfondir leurs propres compétences en traduction, de même que pour la relecture, tout en les couplant à l’utilisation d’outils de TAO. En outre, ils doivent apprendre à la fois la révision et la post-édition. Lorsque je corrige des travaux d’étudiants, ils sont en mesure de différencier chacune de ces tâches, les compétences liées à celles-ci, qui se complètent les unes les autres. Avec la pratique, ils se rendent compte qu’il s’agit d’opérations bel et bien distinctes. J’estime qu’il est de notre devoir de faire prendre conscience à nos étudiants de leurs forces et faiblesses. Certains sont très à l’aise en traduction et moins en révision. L’inverse est aussi vrai. D’autres brillent en post-édition ; en revanche, ils feraient de mauvais traducteurs. D’autres encore sont de très bons traducteurs mais ne remarquent pas les erreurs produites par la TA ou ne savent pas comment les corriger sans retraduire de zéro.

RL : Traduire et post-éditer sont deux tâches différentes en effet. La plupart conviendra qu’on ne peut être un bon post-éditeur sans être au départ un bon traducteur, la difficulté principale étant de corriger les erreurs et d’améliorer le résultat généré par la machine. Pour appuyer le fait que le traducteur humain doit rester au cœur du processus traductif, certains parlent de « traduction orientée vers l’humain » (human-centered translation).

LB : La question de l’introduction des outils de TA ne date pas d’hier, même quand celle-ci ne jouait pas encore un rôle majeur. Cette même problématique s’est posée lors de l’arrivée des mémoires de traduction. Il n’existe aucune solution prédéterminée. D’une part, posséder de bonnes compétences traductionnelles serait bénéfique à une utilisation efficace de la TA. D’autre part, la post-édition est une compétence, tout comme la traduction, qui peut être améliorée au fil du temps. Par conséquent, il subsiste un certain avantage à l’introduire tôt et à développer lesdites compétences en parallèle. Certains étudiants sont susceptibles de se spécialiser en post-édition. A contrario, on trouve des étudiants destinés à devenir traducteurs et qui vont se servir de leur expérience en TA afin de défendre leur valeur ajoutée lors du processus traductif. Je suis d’avis que les traducteurs et post-éditeurs peuvent se compléter.

Comme le résultat de la TA est une probabilité statistique d’une proposition de traduction, serait-il pertinent de former les utilisateurs afin de déterminer si une suggestion n’a rien à voir avec le sens du texte source ?

RL : Tout à fait. Pour moi cela fait partie des notions à acquérir, et cela vaut également pour la langue maternelle. Pour ce faire, une maîtrise de la langue cible est de rigueur.

LB : Une majeure partie du métier de traducteur et l’utilisation de la TA consiste en des prises de décisions et d’appréciations. Un outil de TA, qui repose en partie sur la probabilité statistique, fera en sorte de suggérer une proposition de traduction. Vient le rôle du traducteur de se prononcer pour un choix plutôt qu’un autre.

Un module dédié à la sensibilisation à la TA dans l’enseignement secondaire serait-il judicieux ?

RL : Personnellement, je ne consacrerais pas de cours spécifique à la TA, même pour les étudiants de licence. Il aurait plutôt sa place en cours de langues ou de traduction.

LD : Je l’aurais intégré aux modules du tronc commun de première année à l’université qui abordent l’accès, l’utilisation des plateformes universitaires en ligne ainsi que l’utilisation des logiciels de bureautique.

LB : Je pense que les étudiants en fin de cycle secondaire ou au début à l’université sont les cibles idéales, étant donné qu’ils commencent à forger leur propre opinion. Cependant,associer des cours de sensibilisation à la TA exclusivement aux cours de langues serait réducteur, car une grande majorité d’utilisateurs lambda de la TA ne parlent pas la langue source.

Avoir recours à un outil gratuit permettrait au site d’exploiter nos données afin d’enrichir leurs services. Quels sont les risques et problèmes ?

LB : Tout dépend du type de contenu. S’il contient des informations sensibles, il est préférable de faire preuve de conscience professionnelle en respectant le souhait du client, et donc de s’en abstenir. Il ne faut pas hésiter à en discuter avec le client ; la solution parfaite n’existe pas.

RL : L’éthique fait partie des fondamentaux, notamment pour les futurs professionnels de la traduction. Négliger cet aspect peut engendrer de lourdes répercussions, comme l’illustre cette histoire (en anglais) d’une agence de voyages norvégienne dont les informations confidentielles ont été exposées au grand public, à la suite de l’utilisation d’un outil de TA en ligne gratuit. J’ajoute que, pour avoir un outil de TA efficace, ce dernier doit être alimenté par des données de qualité, issues de corpus parallèles de traductions réalisées par des humains. Lorsqu’on utilise un outil de TA, il est important de savoir sur quelles bases de données il a été créé. Quant à la collecte des données et à l’accord des utilisateurs, c’est une autre histoire. Bien sûr, l’éthique est essentielle à une utilisation éclairée de la TA par les professionnels du secteur, mais elle concerne tout autant les utilisateurs lambda.

LD : Ce qui est étonnant, c’est que les gouvernements ne prennent pas position sur ce sujet. Prenons l’exemple des Pays-Bas : par manque de traductions officielles, la population s’en remet à la TA pour comprendre les informations personnelles à caractère médical qui leur sont transmises. De plus,le service de l’immigration communique uniquement en néerlandais. Les traducteurs se retrouvent à gérer la question de l’éthique alors que ce ne sont pas les seules personnes à blâmer. Je pense qu’il faudrait aborder le sujet avec ceux qui obligent à utiliser la traduction machine. Dans les Conditions générales d’utilisation de ces outils, il est clairement mentionné que ces derniers sont en mesure de publier le contenu. Par ailleurs, Google lui-même indique que son outil de TA ne remplace pas la traduction humaine.

Comment utiliser la TA de façon responsable et éthique ?

LB : Il s’agit d’une question de morale. Si vous n’êtes pas disposé à l’utiliser, alors ne le faites pas. À mon avis, les utilisateurs prennent des décisions, mais pas en toute connaissance de cause, ou alors ils font au mieux avec ce qu’ils ont sous la main. En tant que représentants du domaine, notre rôle est d’informer le grand public. Pour finir, pourquoi devrions-nous attendre des personnes n’étant pas issues du métier de tout savoir sur ce que nous avons mis cinq à dix ans à apprendre ?

J’étudie la traduction et redoute le jour où l’on me demandera uniquement de post-éditer. Partagez-vous cette inquiétude ?

LD : Il faut s’en inquiéter seulement si vous n’excellez pas en traduction. Certes, de plus en plus d’agences tentent d’instaurer la traduction automatique, mais j’ai aussi l’impression que les étudiants ignorent une partie du secteur de la traduction où la TA n’est pas de mise et où est pratiquée une bien meilleure rémunération. Enfin, certains étudiants préfèrent post-éditer, et le résultat est satisfaisant. Je suis certaine que chacun y trouvera son compte.

LB : Comme mentionné auparavant, tous les types de contenu ne sont pas adaptés à la TA. De fait, les traducteurs humains ont une plus-value à faire valoir. C’est ce que nous explique dans cette vidéo David Jemielty, responsable du département des traductions à la Banque Cantonale Vaudoise (BCV).

Pour aller plus loin concernant la TA et les étudiants, je vous invite à consulter cet article rédigé par mes collègues de formation.

Un grand merci au #Translationcafé d’avoir accepté que je revienne sur cette table ronde dans le cadre du blog du Master TSM.

Retrouvez toutes les actualités du #TranslationCafé sur le compte Twitter (en anglais) : @LetsTalkXl8.

Ce billet est une retranscription partielle des propos énoncés.

Sources :

Ahmad, Sami. 2017. « Google Neural Machine Translation – AI to Improve Translation Accuracy ». Technobyte. 28 avril 2017. https://technobyte.org/google-neural-machine-translation-translate/.

Gouvernement du Canada, Services publics et Approvisionnement Canada. 2020. « Littératie de la traduction automatique : pour une éthique de l’intérêt commun – Blogue Nos langues – Ressources du Portail linguistique du Canada – Langues – Identité canadienne et société – Culture, histoire et sport – Canada.ca ». 19 octobre 2020. https://www.noslangues-ourlanguages.gc.ca/fr/blogue-blog/litteratie-traduction-automatique-machine-translation-ethics-fra.

« O’Brien et Ehrensberger-Dow – 2020 – MT Literacy—A cognitive view.pdf ». s. d. https://digitalcollection.zhaw.ch/bitstream/11475/20864/3/2020_OBrien-Ehrensberger-Dow_MT-Literacy_JBE.pdf.

O’Brien, Sharon, et Maureen Ehrensberger-Dow. 2020. « MT Literacy—A Cognitive View ». Translation, Cognition & Behavior 3 (2): 145‑64. https://doi.org/10.1075/tcb.00038.obr.

« Traduction automatique : faire les bons choix avant de commencer ». 2021. MasterTSM@Lille (blog). 14 février 2021. https://mastertsmlille.wordpress.com/2021/02/14/traduction-automatique-faire-les-bons-choix-avant-de-commencer/.

« Traduction automatique : les algorithmes ont-ils des préjugés ? » 2019. MasterTSM@Lille (blog). 10 novembre 2019. https://mastertsmlille.wordpress.com/2019/11/10/traduction-automatique-les-algorithmes-ont-ils-des-prejuges/.

« Traduction automatique : nouvelle alliée des étudiants en traduction ? » 2020. MasterTSM@Lille (blog). 13 décembre 2020. https://mastertsmlille.wordpress.com/2020/12/13/traduction-automatique-nouvelle-alliee-des-etudiants-en-traduction/.

Traduction, par Colivia. 2021. « Le Deep Learning en traduction automatique, qu’est-ce que c’est ? » Colivia Traduction (blog). 28 mai 2021. https://colivia-traduction.com/le-deep-learning-en-traduction-automatique-quest-ce-que-cest/.

« Translate.Com Exposes Highly Sensitive Information in Massive Privacy Breach ». 2017. Slator. 7 septembre 2017. https://slator.com/technology/translate-com-exposes-highly-sensitive-information-massive-privacy-breach/.

Translating for Europe. s. d. #2019TEF – KEYNOTE SPEECH – The added value of translation. https://www.youtube.com/watch?v=qGGaEnRECHc.

« #Translation Cafe ». s. d. Eventbrite. https://www.eventbrite.co.uk/e/136411876595?aff=efbneb.

« Understanding (the Value of) Machine Translation ». s. d. Leiden University. https://www.universiteitleiden.nl/en/news/2020/05/understanding-the-value-of-machine-translation.

Retour d’expérience : Conférence virtuelle sur la localisation #LocFromHome « Mettez-vous à la place de votre client »

Par Kate Alekoglu, étudiante M1 TSM

#LocFromHome : jeudi 27 mai 2021 de midi à minuit

J’ai tendance à le dire après chacune des quatre journées #LocFromHome jusqu’ici, mais pour la quatrième fois, l’équipe de Smartcat s’est vraiment « surpassée ». Quelle journée ! Les trois dernières conférences ont déjà permis à 59 intervenants de présenter leurs idées devant un public d’un peu moins de 10 000 spectateurs. Cette fois-ci, avec plus de 12 heures de streaming non-stop et 13 présentations palpitantes, ce #LocFromHome n’était pas un événement à manquer.

Si, toutefois, vous ne faites pas partie de ces fous (comme moi) et vous n’avez pas pu rester et regarder toutes les interventions, voici l’occasion de vérifier ce que vous avez manqué. Dans le cas où, en lisant cet article, vous développeriez un mauvais cas de FOMO[i], veuillez immédiatement prendre une boisson et/ou quelque chose à grignoter et regardez l’enregistrement de chaque conférence qui vous intéresse en cliquant sur son titre. L’intégralité des enregistrements est disponible ici.

Si vous lisez cet article, il y a de fortes chances que vous trouviez l’événement intéressant dans son ensemble. Croyez-en l’expérience de quelqu’un qui a assisté à la toute première journée #LocFromHome en avril 2020, sans même savoir ce que signifie le terme « localisation ». Mais à présent, j’ai de l’expérience, j’ai fait mon travail et, le Jour J, je me suis connectée bien préparée, avec plein de questions.

#LocFromHome devenu plus qu’un événement, mais plutôt un canal puissant, où chacun peut partager son expérience, ses connaissances et ses astuces au sein du réseau de localisation. L’événement a commencé avec une demi-heure de réseautage dans un « espace commun » de la plateforme Remo, où chacun pouvait rejoindre une table, dire bonjour à tout le monde et rencontrer des personnes fascinantes. Aussitôt, j’étais prête à m’intégrer.

L’événement était divisé en 4 catégories d’interventions qui se distinguaient principalement par leur approche, ainsi que par le nombre d’intervenants. Nous avons eu l’occasion d’écouter :

  • quatre panels sur des sujets tels que la transcréation, l’éducation, le ROI (Return On Investment) et la mondialisation,
  • quatre histoires avec des intervenants qui racontent comment ils ont surmonté un défi particulier,
  • trois présentations sur la technologie et la productivité pour partager des idées sur la façon d’améliorer nos processus de travail,
  • et deux Mindset Talks captivants sur le thème de la stratégie de produit global et de la localisation continue.

On y trouve une pléthore d’informations, de conseils inspirants, de questions, de présentations colorées et, également, de prix à gagner. Outre la possibilité de réclamer un coupon Starbucks en postant une photo de vous-même sur LinkedIn en train de regarder #LocFromHome, parfois les présentations étaient aussi l’occasion de gagner un livre recommandé par l’intervenant pour avoir posé la question la plus captivante ou pertinente.

Pour chacune des 13 conférences dont je vous parle ci-dessous, vous trouverez, au choix :

  • une citation perspicace,
  • une question gagnante ou une qui a été posée par moi-même,
  • une recommandation de livre,
  • un ou des conseils.

1. Table ronde sur la localisation marketing : Le battage de la #transcréation est-il passé ?

La toute première table ronde, animée par Robert Rogge, PDG de Zingword, a analysé la différence entre la transcréation et la production de contenu local. Fabrizio Cattaneo, Chargé de la Localisation marketing chez Stripe, a recommandé de maintenir une ligne de démarcation flexible entre ces deux concepts et a souligné l’arrivée d’une légère tendance à préférer à créer du contenu local par les entreprises plutôt qu’à rester fidèles à la méthode traditionnelle de localisation, c’est-à-dire à la reproduction du contenu original dans une autre langue.

Lindsay Zhang, Chargée de la Localisation du contenu chez Trip.com, a indiqué l’importance de « créer du contenu au-delà de l’image », surtout lorsqu’il s’agit de grandes différences culturelles entre des continents comme l’Asie et l’Europe.

Paulina Makles, Directrice générale de Creative Tribe, est revenue sur les nombreux exemples où la transcréation était une stratégie nécessaire qui exigeait beaucoup de recherche afin de réussir sur le marché local, alors que la création de contenu local restait la solution la plus rentable financièrement et la plus facile.

Ma question : Si vous pouviez parler à vous-même dans votre passé, lorsque vous ne faisiez que commencer à travailler dans la transcréation, quels conseils vous donneriez-vous ? Les donneriez-vous également aux jeunes transcréateurs professionnels d’aujourd’hui ?

Robert Rogge répond : « Je pense que la meilleure réponse est que si la transcréation et le marketing sont votre domaine, ajouter le SEO[ii], la rédaction publicitaire ou le copywriting, ainsi que la rédaction de contenu à votre boîte à outils serait une très bonne idée. À mesure que les transcréateurs commencent à accepter davantage de missions de création de contenu local (si cette tendance se confirme, ce que nous pensons), ils se rapprocheront plus que jamais de la « face cachée » de ce métier.

La traduction marketing par courrier électronique en est un exemple. Je pense que l’on pourra voir un monde, où l’on s’attendra à ce qu’un transcréateur-rédacteur soit capable de travailler directement dans un logiciel de publipostage comme Mailchimp pour écrire et/ou transcréer de nouvelles campagnes pour le marché local.

J’ajouterais que la limite dont vous disposez dans la création de contenu local est « l’expertise du domaine », et vous l’avez d’une manière que vous n’avez pas dans la traduction. Un traducteur peut avoir une expertise en matière de logiciels et de comptabilité et être en mesure de traduire pratiquement n’importe quel article sur ce sujet, mais cela ne signifie pas qu’il serait prêt à écrire 800 mots sur les tendances dans le domaine des logiciels de comptabilité. Pour faire cela (à un niveau avancé), il faudrait avoir une idée de ce que ces tendances représentent réellement. »

2. Le développement client au-delà de la proposition de valeur : Lesquels des défis de vos clients devraient devenir vos transformations ?

Avec plus de 30 ans de collaboration dans le secteur chez Ego Translating, basé à Saint-Pétersbourg, Eugenia Gorodetskaya, Vice-présidente du Développement technologique, et Rodion Pochekaev, Chargé des Ventes internationales et de la Localisation, nous parlent de leur processus de travail soigneusement organisé et ils l’étayent par quelques études de cas pertinentes qui montrent comment une variété d’expériences peut vraiment sculpter la personnalité et le caractère de votre entreprise. Eugenia et Rodion nous donnent également des conseils sur les bonnes questions à poser lors de la communication avec votre client pour vous démarquer, pour comprendre ses besoins et faire bouger les choses.

J’ai également demandé à Eugenia quel était, selon elle, le facteur le plus important à prendre en compte lors du choix d’une solution pour un client, hormis le service sur mesure. La priorité se pose-t-elle sur le budget, l’innovation ou peut-être quelque chose de complètement différent ? Sa réponse est claire et nette : la qualité. Elle conseille de ne pas s’engager dans la mise en place d’une solution qui ne répond pas aux normes de qualité ou qui est insuffisante. En outre, assurez-vous d’avoir un briefing détaillé avec votre client afin d’établir si vous pouvez poursuivre votre collaboration ou non.

Recommandation de livre : « Le Mom Test: Comment parler avec les clients et apprendre si votre idée d’entreprise est bonne, quand tout le monde vous ment » par Rob Fitzpatrik.

Question gagnante : Concernant un des études de cas mentionnés : Comment peut-on vérifier la précision ou les occurrences d’un corpus vocal destiné à la synthèse vocale? »

Grâce à son partenariat dans la localisation multimédia, Ego Translating a pu trouver une solution qui s’est immédiatement avérée difficile et qui l’a amenée à jouer le rôle d’intermédiaire entre toutes les parties. Cependant, cela a permis l’entreprise d’acquérir une grande connaissance du processus lié à ce type de travail. Rodion Pochekaev a travaillé en étroite collaboration avec le client en question, ce qui a permis de recevoir des réactions plus rapides et a contribué au succès de cette collaboration.

3. Tendances perturbatrices dans la localisation multimédia, la reconnaissance automatique de la parole et le streaming

Alex Chernenko, PDG de Translit, a abordé le sujet passionnant de l’impact de l’IA et du ML sur l’industrie des langues et de la localisation. En parlant des ressources gratuites pour les traducteurs et les petites entreprises qui aimeraient fournir plus de solutions mais n’ont pas le budget d’un grand LSP[iii], un sujet intéressant a été évoqué. Récemment, Smartcat a lancé une fonctionnalité qui vous permet de traduire des sous-titres, tout en ayant un aperçu en temps réel de la vidéo, ce qui peut être un bon point de départ pour tester la plateforme et voir comment on s’en sort dans ce type de tâche.

Cette présentation m’a amenée à poser une question que tout le monde, il me semble, dans notre métier a en tête aujourd’hui. « Selon Arle Richard Lommel, la traduction automatique ne remplacera que ceux qui traduisent comme des machines. D’après vous, a-t-il raison ? »

Alex Chernenko me répond ainsi : Il y a toujours un élément de créativité que les machines n’ont pas, surtout dans le domaine de la localisation. La machine est capable d’apprendre mais il faut rester créatif et continuer à travailler sur la créativité afin de contribuer à l’amélioration du marché

Recommandation de livre : « Les sept habitudes des gens efficaces » par Stephen R. Covey.

Question gagnante : « Que pensez-vous des implications éthiques de ces outils et solutions pour les entreprises qui travaillent avec eux, et non pour les utilisateurs ? » par Paulina Makles

Réponse : « Certaines startups détectent et combattent déjà l’utilisation des « deepfakes ». A un moment donné, il paraît que nous ne pourrons plus voir ce qui se dit vraiment dans les journaux télévisés. Une réglementation est nécessaire pour contrôler ce phénomène et le limiter à des fins strictement créatives. »

Citation perspicace : « La créativité est ce qui ne pourra pas être remplacé par des machines si facilement »

4. En quête de respect : Construire des relations fructueuses avec les parties prenantes de la localisation

Anastasia Taymanova, Responsable de l’Équipe de localisation, est arrivée chez Dataduck il y a plus de 3 ans, au moment où l’entreprise était en pleine expansion. Avec beaucoup d’efforts et de travail, l’ordre a été établi et aujourd’hui Anastasia Taymanova partage son expérience et ses astuces sur comment établir des relations fructueuses avec les parties prenantes de localisation et les équipes pluridisciplinaires. Elle étaye son discours sur trois points principaux aussi importants : le positionnement correct en tant qu’équipe de localisation avec conscience de cœur du métier, l’éducation constante et régulière et la communication.

Recommandation de livre : « Le Cygne noir: La puissance de l’imprévisible » par Nassim Nicholas Taleb.

Ma question : « Concernant la communication, que recommanderiez-vous de faire en premier afin de minimiser la surinterprétation (et donc les conflits) dans votre équipe ou dans l’entreprise lorsque vous travaillez à distance ?

Faites attention de faire en sorte que votre flux de travail soit bien documenté et n’oubliez pas d’éduquer et de former vos collaborateurs régulièrement. N’ayez pas peur de rappeler les autres que vous existez, d’organiser des réunions et des formations. Soyez curieux de connaître l’entreprise et surtout, soyez patient !

Citation perspicace : « Communication + Collaboration = Succès »

5. Les défis du TMS[iv] : Les 5 principales raisons pour lesquelles les entreprises évitent les projets de migration de leur système de gestion de la traduction

Il s’agit d’un sujet important pour de nombreuses institutions, acheteurs, ainsi que pour les fournisseurs qui envisagent d’adopter une nouvelle technologie. Cela concerne principalement les petites organisations en pleine expansion, les start-ups, ainsi que les grandes entreprises qui recherchent une solution afin d’appliquer une stratégie multifournisseur ou afin de mettre à jour leur configuration de flux de travail bien compliquée et souvent trop coûteuse.

Les cinq raisons éponymes pour lesquelles une entreprise peut craindre l’acquisition d’une nouvelle technologie et la migration de son TMS peuvent être résumées en quelques mots-clés : expertise, temps, risque, peur des conséquences et échec. De plus, selon l’Atlas des technologies de la langue 2020, préparé par Nimdzi Insights, il existe plus de 370 plateformes au choix et ce chiffre ne cesse d’augmenter.

Josef Kubovsky, Directeur général de Nimdzi Insights, nous donne quelques conseils sur les points à prendre en compte lorsque l’on aborde un projet de migration de TMS, qu’il s’agit d’un point de départ, du temps et des coûts réels, des personnes impliquées et de l’impact que la conservation de « l’ancienne » configuration peut en effet avoir sur l’entreprise.

Recommandation de livre : Abonnement annuel au magazine « MultiLingual ».

6. Mondialisation et proximité : comment établir une présence internationale sur le Web ?

Cette présentation, animée par la Spécialiste du Développement commercial, Silvi Nuñez, et la Directrice de la Stratégie, Ann Montañana chez Optimational, a constitué une introduction parfaite au sujet principal de l’autre moitié de #LocFromHome, à savoir la mondialisation.

Les deux experts démontrent en détail l’importance cruciale d’une étude de marché approfondie et d’une stratégie de contenu multilingue optimale, lorsque l’on se prépare à établir notre présence sur le marché mondial.

Ma question : « Pensez-vous qu’il est important de recruter des membres de l’équipe à l’échelle internationale lorsque vous fournissez un service linguistique (traduction, localisation, diffusion en direct, voix-off, etc.) ».

Absolument. Pour qu’une stratégie ait un sens sur le nouveau marché cible, elle doit être élaborée par un expert natif qui vit sur place et comprend la culture. C’est ce que signifie réellement la localisation : c’est la satisfaction des besoins d’un nouveau public cible étranger avec l’aide d’experts locaux.

Question gagnante : « Selon votre expérience, quelle quantité de contenu une petite agence numérique doit-elle traduire pour se développer ? »

Réponse : Cela dépend beaucoup de vos ressources, mais vous pouvez commencer par tester certaines approches. La page d’accueil et la page « À propos de » sont les éléments essentiels, puis vous pouvez passer aux articles de blog, etc.

Citations perspicaces : « Traduisez le contenu le plus performant. » ; « Localisez le pays et non pas la langue. »

7. Créer des services de localisation internes pour guider le succès mondial de votre organisation

Marina Gracen-Farrell est Consultante en localisation et Développeuse de contenu en chef auprès de Pearson, mais elle est plus connue de ses événements de réseautage légendaires, qu’elle prépare tous les mois en tant qu’Ambassadrice de Loclunch, un groupe local informel de personnes travaillant sur l’internationalisation, la mondialisation, la localisation et la traduction.

Il est difficile de résumer cette conférence très riche en informations et astuces précieuses, que ce soit pour une jeune traductrice junior débutante sur le marché comme moi-même ou bien pour un ou une Chef d’entreprise de localisation avec plus de 20 ans d’expérience.

Néanmoins, étant donné que cet article est publié sur un blog géré par des étudiants en Master, je vous partage avec plaisir quelques conseils que Marina Gracen-Farrell a donné à nous en particulier :

« Faites du réseautage, apprenez tout ce que vous pouvez, adhérez à une association des traducteurs et assistez à des nombreuses conférences qui stimuleront votre savoir sur le cœur du métier. Mettez-vous en avant et faites-vous connaître pour obtenir des clients. Entourez-vous de pairs qui partagent votre passion pour le métier et qui vous soutiennent. Et finalement, cherchez votre spécialisation, quelque chose qui vous met à part des autres. »

J’ai posé une question concernant la créativité dans un métier comme le nôtre : « Est-il suffisant d’être créatif pour devenir un bon Gestionnaire de projets/Expert en localisation ou existe-t-il d’autres compétences essentielles pour réussir ? Pensez-vous qu’il existe une « règle d’or » ? »

Marina Gracen-Farrell me répond ainsi : À l’époque, personne ne disait que l’on pouvait être créatif, tout le monde nous conseillait de travailler dur pour réussir, sans nous embêter avec la créativité. Madame Gracen-Farrell n’est pas d’accord avec cette approche et dit qu’être créatif permet de mieux réussir que les gens qui gardent la tête baissée. « Soyez conscient de ce que vous aimez le plus faire et apprenez-y autant que possible. »

Recommandation de livre « Truly Global: The Theory and Practice of Bringing Your Company to International Markets » par Anna N. Schlegel.

Question gagnante : « Selon vous, quelles sont les 3-4 compétences les plus nécessaires aujourd’hui, par rapport à l’époque où vous avez commencé à élaborer un programme de localisation ? »

Réponse : « Empathie pour soi-même et pour ses pairs, la collaboration et le développement des compétences d’écoute. C’est surtout en soutenant les autres que l’on réussit le mieux et que l’on garde le cap. »

8. Questions inconfortables aux prestataires de services de localisation

Il est important de poser les questions les plus correctes et le plus pertinentes afin de réussir avec un projet. Dans le cas de projets de localisation, il est nécessaire de comprendre pourquoi certaines questions ont de la valeur particulière dans notre relation avec un prestataire, pour ensuite comprendre à quoi ressemblera le processus de localisation réel et savoir si, en effet, il sera fluide et évolutif. Igor Afanasyev, Chef de produit chez Smartcat, analyse des différentes situations possibles et, évidemment, répond à des nombreuses questions, même inconfortables.

Comment choisir votre technologie, que ce soit un TMS ou une TAO ? Comment rendre notre travail plus efficace et efficient ? Quelle est la valeur de notre travail ? Qu’est-ce que l’on comprend vraiment quand on parle de la localisation continue ? Igor Afanasyev se penche sur tous les aspects problématiques et propose des solutions possibles.

Recommandation de livre : « Humour, sérieusement : Pourquoi l’humour est une arme secrète dans les affaires et la vie (et comment tout le monde peut l’exploiter. Même vous) » par Jennifer Aaker.

Question gagnante (et aussi posée par moi) : « Comment peut-on approcher un prestataire de services de localisation si j’ai des doutes quant à sa politique éthique, par exemple considérant le rapport prix-qualité ou bien les tarifs qu’il propose par rapport au salaire qu’il verse à ses employés ? »

Réponse : « Il est possible que vous n’obteniez jamais une réponse honnête, par exemple au sujet d’utilisation de la traduction automatique. Choisissez donc une technologie qui vous permettra de contrôler au mieux votre projet. Si le projet se déroule sur votre plateforme, vous aurez un contrôle mesurable et fluide qui vous permettra de comparer la somme dépensée et la qualité du travail fourni. De votre côté, faites toujours preuve de transparence pour gagner la confiance des autres. »

9. Table Ronde Rising Tides : Combler le manque d’éducation dans la localisation par le mentorat et le coaching

Animée par Tucker Johnson, membre du Conseil d’administration et Cofondateur de Nimdzi Insights, cette table ronde est un exemple du fait que le métier de la localisation ne connait toujours pas de formation expresse, ni de profil spécifique, comme il en est avec le métier de la traduction.

Les intervenants se penchent sur la différence entre le coaching et le mentorat et propose plusieurs définitions. Où est la place pour les deux ? Quelle est la différence entre cette relation et une relation externe ? On apprend que chaque directeur doit être capable de gérer et d’encadrer ses employés. Doit-il plutôt vous pousser hors de votre zone de confort et appliquer la méthode de la critique constructive ou vous soutenir ? Attention, le coaching n’est pas du cheerleading !

En tant qu’étudiante et personne qui croit en l’apprentissage tout au long de la vie, il est très important pour moi d’apprendre de mes mentors. Mais justement, comment peut-on choisir nos mentors ? Comment savoir si leurs conseils est en effet utile, correct et efficace ?

Allison Ferch – Directrice exécutive de l’Association de la Mondialisation et de la Localisation (GALA) : « Il existe maintenant le Programme de mentorat des jeunes femmes étudiantes, préparé par GALA, qui travaille en petits groupes, cohortes, organise des événements, etc. Les étudiants sont souvent timides ou ils ont peur de contacter les personnes avec plus d’expérience pour demander de l’aide. Soyez un peu courageux et n’ayez pas peur de demander un peu de temps, vous ne savez jamais où cela peut vous mener !

Michal Antczak, Responsable de la technologie de localisation chez PayPal : Ça ne fera pas de mal juste d’envoyer un petit message, dans le pire des cas, on est ignoré mais la plupart de temps, les gens sont susceptibles de nous aider, même un peu. LinkedIn est parfait pour trouver ce type de relation.

Kris Girrell, Directeur et Propriétaire d’Innerwork Consulting :  Envoyez un message de prise de contact distant, par exemple « J’aime beaucoup ce que je vois en vous et j’aimerais apprendre de travailler comme vous ! » Si la personne refuse, vous ne voudriez probablement pas travailler avec elle de toute façon. »

Yuka Nakasone, Stratège en chef chez Global Bridge : Dès que vous trouvez quelqu’un qui vous inspire, essayez de commencer à parler ensemble des choses. Lorsque vous cherchez une réponse, allez-y et continuez en fonction de la réponse. Apprenez à vous connaître et votre relation se transformera peut-être en mentorat. N’oubliez pas que, si quelque chose ne va pas, vous devez être capable de le dire franchement et faire confiance à l’autre personne pour comprendre.

Recommandation de livre : « Culture Map » par Erin Meyer

10. Discours principal : Une stratégie de produit prête pour le marché mondial

Ce discours principal sur le thème de la globalisation, Talia Baruch, Chargée de la Stratégie produit auprès de Global-Ready et Geo-Fit, traite de la stratégie adaptée au monde d’aujourd’hui, c’est-à dire le monde « multi ». Comment faire évoluer la culture d’entreprise vers un état d’esprit stratégique adaptatif, inclusif, prêt pour la mondialisation, générant de manière dynamique les bonnes expériences locales à l’échelle mondiale ? Le monde d’après, c’est aujourd’hui et il est temps d’apprendre tout à nouveau et de s’adapter.

Il n’y avait pas de session des questions et réponses ici, mais une question dans le chat a attiré mon attention en particulier lors de cette intervention : « Il existe un modèle de maturité pour la localisation. Existe-t-il un modèle de maturité de la préparation globale ? »

Marina Gracen-Farrell a répondu : « Le simple fait d’arriver à « organiser » et « réorienter le contenu » augmente notre modèle de maturité de la localisation ! »

Citation perspicace : « Toute mission nécessite un missionnaire passionné. »

11. Table ronde sur le ROI – un voyage dans l’inconnu ou un moyen de communiquer la valeur de la localisation ?

Avec Rodrigo Cristina, Champion de l’Expérience client pour la localisation du groupe chez t’works, comme Animateur de cette table ronde, on part effectivement dans un voyage d’analyse et de discussion sur un terme financier relativement simple, mais qui provoque toujours une réaction plutôt controverse dans le contexte de la localisation. Pourquoi ? Et qu’en est-il de la spécificité de cette industrie, quel rôle joue-t-elle dans la croissance du marché global ? Il existe bien des réponses à ces questions et chacun des intervenants avait quelque chose à y contribuer.

Carrie Fischer, Chargée des services de mondialisation chez Subway : « Il existe des outils qui permettent de nous aider à faire des calculs plus ou moins précis, ainsi que des experts qui sont capables d’exécuter un pronostic. En fin de compte, tout dépend de type d’entreprise dans lequel on investit. Chez Subway, par exemple, la discussion sur le ROI n’a jamais lieu, mais je fais le calcul quand-même pour mes connaissances personnelles, comme l’un de mes points de données. »

Iti Sahai, Chef de produit, International chez Chegg : « Le retour sur investissement est axé sur les résultats et non sur le langage, ce qui est organique. Les critères de réussite doivent être déterminés et définis, par exemple, d’accroître la facilité de découverte pour encourager l’acquisition. Il ne s’agit pas toujours de revenus, mais aussi de promouvoir les qualités de leader. »

Chris Englund, Vice-président des Opérations internationales chez ActiveCampaign : « Le retour sur investissement présente le risque de réduire la complexité d’une décision commerciale à quelque chose qui ne reflète pas exactement ce qui intéresse la personne avec laquelle nous discutons de la localisation. Parfois, ce que nous vendons n’est pas ce que l’autre personne achète. Vous devez vous assurer que vous êtes sur la même longueur d’onde afin d’être conscient du véritable impact de l’investissement. »

Ma question : Que conseilleriez-vous aux jeunes qui cherchent à investir dans la localisation de NE PAS faire ?

Si nous parlons en général, je dirais qu’il ne faut pas se limiter. Soyez ouvert aux nouvelles opportunités et technologies qui arrivent sur le marché. Pendant des années, je n’ai pas vraiment cru que la traduction automatique ou la voix synthétisée fonctionneraient JAMAIS pour le contenu de Subway. J’avais tort. Si quelque chose vous semble intéressant, demandez une démonstration. Si vous avez un diplôme en gestion de projets de localisation ou en traduction, ne vous limitez pas à ce type d’emplois. Recherchez des opportunités qui vous donnent autant d’expérience pratique que possible.

12. Une promenade du côté sauvage de la localisation continue

Rebecca Ray, Directrice et Analyste en chef de CSA Research, explique en détail l’histoire de la localisation continue et présente les dernières recherches sur ce sujet. Elle analyse également l’impact des nouvelles technologies sur le processus de la localisation au fil des dernières années.

Ma question : « Quelle est votre prévision sur ce que nous réserve potentiellement la localisation continue dans le futur ? »

« On verra beaucoup plus de machines et de l’IA, c’est sûr. Il y a également des idées provenant de la Silicon Valley, c’est-à-dire l’automatisation des processus robotiques pour assurer l’optimisation des processus. Tout cela est déjà en train de se passer. »

Puisque nous parlons de localisation continue, il est bon de recommander un guide complet préparé par Igor Afanasyev, Chef de produit chez Smartcat, intitulé « Automatisée vs. Continue : Comment les entreprises échouent dans le domaine de l’automatisation, et comment y remédier » (lien en anglais ici), qui contient de nombreuses informations utiles sur la manière d’aborder ce sujet.

Recommandation de livre : « La science surprenante des réunions : Comment vous pouvez amener votre équipe à un niveau de performance optimal » par Steven G. Rogelberg

13. Qu’est-ce que la mondialisation ?

Cette dernière conférence de la journée était animée par Yuka Nakasone, Stratège en chef chez Global Bridge, et s’agissait du concept de la mondialisation pure et dure. C’est un terme qui porte une variété des définitions, en fonction de son contexte et usage.

Tex Texin, Architecte en chef de la Mondialisation chez XenCraft : « Aujourd’hui on ne parle plus d’entreprises qui envisagent d’entrer sur le marché global mais d’entreprises dont l’activité se concentre sur l’acte d’adaptation des services et produits aux différents marchés dans le monde. »

Rachel Carruthers, Chargée de l’Internationalisation et de la Localisation chez Canva : « Ce qui marche bien c’est d’avoir un lien étroit mais distinct entre la localisation et l’internationalisation. Cela permet de favoriser un meilleur niveau de communication et de collaboration entre ces deux zones de co-information. »

Doug Bruhnke, Fondateur et PDG de Chambre de commerce internationale : « Ce que nous avons contre nous, en tant que personnes travaillant dans le domaine de la mondialisation, c’est que la plupart des gens dans le monde ont tendance à avoir une vision plus locale, ils ne pensent pas globalement. Il semble que le terme ait une importante connotation péjorative qui ne facilite pas la tâche mais n’a pas empêché le développement de ce phénomène moderne.

Un point de vue venant de la section de commentaires, par Thierry Lavigne, m’a également interpellé : « Vous apprenez tous les jours ce que c’est que d’être un professionnel international en faisant partie de la communauté de la Chambre de commerce internationale : demandez aux personnes locales qui connaissent tout de leur lieu, de leur culture, de leurs coutumes et de la façon de faire des affaires au niveau local ou national. Évitez les erreurs liées à la législation, à la culture, à la façon de faire les choses ou aux coutumes en faisant partie d’un réseau mondial de professionnels sympathiques sur lequel vous pouvez compter tous les jours. Doug est le connecteur global du monde ».

Citation perspicace : « Globalisation (#G11n) = Localisation (#L10n) + Internationalisation (#I18n) »

Recommandation de livre : « Stratégie de marque internationale : Un guide pour atteindre une croissance globale de la marque » par Sean Duffy

Pour finir…

Ce recueil d’avis, de visions et de commentaires est une simple synthèse de ce que l’on a vécu lors de la quatrième édition de #LocFromHome. Quelques mots de conclusion ? La localisation évolue parallèlement à notre monde d’après, aujourd’hui.

Merci à tous ceux qui ont partagé ces moments avec moi, qui ont répondu à mes nombreuses questions au cours de la journée.

Une version en anglais du billet est disponible ici.


[i] FOMO – abréviation de Fear Of Missing Out (peur de manquer) ; sentiment d’inquiétude à l’idée de manquer des événements passionnants auxquels d’autres personnes se rendent, notamment à cause de ce que l’on voit sur les médias sociaux. (Source : Dictionnaire de Cambridge)

[ii] SEO – abréviation de Search Engine Optimisation (optimisation pour les moteurs de recherche) ; méthodes permettant de s’assurer que l’adresse d’un site web est affichée en haut de la liste des résultats d’une recherche sur Internet. (Source : Dictionnaire Cambridge)

[iii] LSP – abbréviation de Language Services Provider (prestataire de services linguistiques) ; une entité qui offre des services liés aux langues (Source : Phrase.com)

[iv] TMS – abréviation de Translation Management System (système de gestion de la traduction) ; [Il] gère le flux de contenu global à travers le processus de localisation, y compris la traduction, le partage des données linguistiques et l’application de contenu réutilisable via l’automatisation du flux de travail en fonction des règles commerciales et des informations sur le projet contenues dans sa base de connaissances. Les informations sont suivies à chaque étape du processus de traduction, qu’il s’agisse de ressources internes ou externes. (Source : Trados.com)

BIBLIOGRAPHIE

DEVILLA L. « Traduire à l’heure de la mondialisation : localisation de l’information et idéologie ». Synergies Italie. 2016. Vol. 12, p. 11.

CAMBRIDGE DICTIONARY[En ligne]. 2021. (Page consultée le 2 juin 2021). Disponible à l’adresse : https://dictionary.cambridge.org/fr/

GOUADEC DANIEL. Guide des métiers de la traduction-localisation et de la communication multilingue et multimédia. Paris : La Maison du dictionnaire, 2009. 286 p. ISBN : 978-2-85608-225-6.

PHRASE. Language Service Provider (LSP) [En ligne]. 2021. (Page consultée le 2 juin 2021).

Disponible à l’adresse : https://phrase.com/blog/localization-and-translation-glossary/language-service-provider-lsp/

SMARTCAT. #LocFromHome May 27, 2021 — Online Translation & Localization Conference. [En ligne]. 2021. (Page consultée le 27 mai 2021).

Disponible à l’adresse : https://www.smartcat.com/locfromhome-conference/

SMARTCAT. LocFromHome: Online Localization Conference, May 27, 2021 – YouTube [En ligne]. Mise à jour le 11 juin 2021. (Page consultée le 4 juin 2021).

Disponible à l’adresse : https://youtube.com/playlist?list=PL6uIqKfoBxniCcnf-uZTTphlxqvAMn1Ie

TRADOS. What is Translation Management? [En ligne]. 2021. (Page consultée le 2 juin 2021).

Disponible à l’adresse : https://www.trados.com/solutions/translation-management/

WATKINS J., WILLIAMS J., WEISS B., ÉD. The guide to translation and localization: preparing products for the global marketplace [En ligne]. 4e édition. Portland, Oregon, États Unis : Lingo Systems, American Translators Association, 2002. 100 p. ISBN : 0-9703948-1-0. (Page consultée le 6 mars 2021). Disponible à l’adresse : https://translationjournal.net/images/e-Books/PDF_Files/The%20Guide%20to%20Translation%20and%20Localization.pdf

J’ai testé pour vous… Microsoft Translator

Par Ophélie Douchet, étudiante M1 TSM

De plus en plus de géants de l’informatique lancent leur propre moteur de traduction automatique, c’est pourquoi aujourd’hui je m’intéresse à l’application Microsoft Translator, disponible sur iOS et Android. Cette application, disponible au grand public, permet de traduire dans plus de 70 langues, mais la qualité de traduction est-elle vraiment au rendez-vous ? Sans plus tarder, découvrons ensemble ce qu’elle a à nous offrir.

INTERFACE

L’interface est très simple d’utilisation et minimaliste, elle dispose de quatre icônes, chacune proposant un mode de traduction : vocale, textuelle, en conversation instantanée et par la caméra. En arrière-plan, nous apercevons l’image floue d’un coucher de soleil aux couleurs apaisantes, invitant au voyage.

FONCTIONNALITÉS

  • Tout d’abord, en sélectionnant l’icône avec le clavier vous obtiendrez la traduction textuelle. Vous n’avez qu’à taper votre texte et l’application traduira dans la langue cible que vous aurez choisie parmi 91 langues.

J’ai donc voulu tester cette fonctionnalité en écrivant le titre d’un article paru dans The Scientific American (article américain) et voici le résultat :

Le titre An Immune Protein Could Prevent Severe COVID-19—if It Is Given at the Right Time a été traduit par : « Une protéine immunitaire pourrait prévenir covid-19 grave – si elle est donnée au bon moment. ».

Vous remarquerez que c’est une traduction très littérale qui a peu de sens. De plus, elle porte toujours les marques de l’anglais. On retrouve la présence du tiret cadratin, typique d’un titre anglais. Ce ne serait donc pas acceptable pour un titre d’article en français. En effet, cet article américain a une traduction officielle publiée sur le magazine français Pour la Science. Dans ce cas, le titre a été traduit par : « Une arme à double tranchant contre le Covid-19 ». Il est traduit de manière totalement différente et est plus court, ce qui est plus commun pour des articles français. De plus, comparé au titre américain qui révèle le sujet qui va être abordé, dans le titre français on laisse une sorte de suspens : une stratégie journalistique pour donner envie au lecteur de poursuivre sa lecture, ce que les moteurs de traduction automatique ne sont pas encore capables de faire.

Sans surprise, la différence entre la traduction professionnelle et la traduction automatique est donc flagrante ici.

Il me semble également important de préciser que l’application ne fait pas de différence entre l’anglais américain et l’anglais britannique. C’est pourquoi j’ai voulu tester si l’application était programmée pour traduire en anglais américain ou britannique. J’ai donc écrit la phrase suivante dans Microsoft Translator : « Son théâtre préféré se trouve dans le centre-ville. ». Ces mots s’écrivent différemment lorsqu’ils sont employés en anglais américain ou en anglais britannique. Je vous laisse alors découvrir avec quelle variété d’anglais l’application a traduit :

Cette phrase a donc été traduite en anglais britannique. En effet, le mot favourites’écrit favoriteen américain. Il en va de même pour theatre qui donnerait theater et centredonnerait center.

  • Ensuite, l’icône avec le micro permet d’activer la traduction vocale, il vous suffit de parler pour obtenir une traduction dans la langue cible choisie parmi 47 langues.

Les moteurs de traduction automatique sont connus pour reproduire les préjugés. C’est pourquoi j’ai voulu vérifier si cette application reproduisait les stéréotypes sexistes, comme l’a fait Margaux dans son billet de blog pour l’application « Traduire », disponible sur iPhone. J’ai donc repris le même exemple pour pouvoir comparer les deux applications :

Comme l’explique Estelle Peuvion dans son billet de blog, les métiers scientifiques sont directement associés aux hommes alors que les métiers de soins sont associés aux femmes, comme on le voit ici avec le mot “nurse” qui a été traduit par « infirmière ». Pour aller plus loin, j’ai clairement précisé que l’infirmier était un homme : “This nurse is a man”, mais l’application a traduit : « Cette infirmière est un homme ». Donc, comme l’application Traduire, Microsoft Translator reproduit les stéréotypes, prétendant que “nurse” est forcément une infirmière et non pas un infirmier.

  • L’icône avec l’appareil photo vous permettra de prendre en photo un texte pour que Microsoft Translator le traduise dans la langue cible de votre choix.

Pour cette fonctionnalité, j’ai donc pris en photo une annonce d’une maison à vendre en Angleterre et voici le résultat :

Je voulais tester si l’application était apte à localiser les prix et les unités de mesure. On peut observer que le prix en livre n’a pas été converti en euro et qu’il porte toujours les marques de l’anglais avec la virgule. Or, en français, il est préférable d’ajouter une espace insécable ou un point pour séparer les centaines des milliers. À l’inverse, les unités de mesure ont été localisées : “3.3 miles” : « 5.3 km ». On notera tout de même qu’en français on ne met pas de point, mais une virgule pour les unités de mesure, ce qui donnerait « 5,3 km ».

  • La dernière icône vous permettra de converser avec de tierces personnes ne parlant pas votre langue et disposant également de l’application. Pour cela, vous devez créer un salon de conversation et les personnes avec qui vous souhaitez discuter n’auront qu’à entrer un code dans l’application. Ainsi, vous pourrez parler en gardant votre langue maternelle et la tierce personne recevra votre message directement traduit dans sa langue.

Un carnet de phrases est également disponible. Il s’agit de phrases simples et courantes qui peuvent être très utiles lorsque l’on est dans un pays où nous ne connaissons pas la langue. Les phrases sont triées et ajoutées dans différentes catégories pour faciliter l’utilisation :

Ces phrases peuvent être prononcées par l’application en cliquant sur l’icône du son mais aussi être ajoutées en favoris grâce à l’étoile située sur la droite.

Microsoft Translator peut être utilisé hors connexion. Plutôt utile si vous êtes à l’autre bout du monde sans internet ! Pour cela, il vous faut télécharger les bases de données de la langue de votre choix, disponible dans les paramètres. Toutefois, je n’ai pas d’informations sur le corpus utilisé par ce moteur de traduction automatique.

Microsoft Translator est donc très utile pour « dépanner » lorsque vous ne connaissez pas la langue et que vous souhaitez communiquer ou lors d’un séjour à l’étranger. Cependant, pour un usage professionnel, nous avons vu que cette application commettait beaucoup d’erreurs. Microsoft Translator ne serait donc pas profitable pour des traducteurs.rices. À l’instar de tous les moteurs de traduction automatique, il faut rester vigilant sur la qualité de traduction proposée. Bien entendu, pour chaque traduction proposée il existe plusieurs solutions possibles.

Toutes les photos sont des captures d’écran de l’application mobile Microsoft Translator.

App Store. « ‎Microsoft Translator ». https://apps.apple.com/fr/app/microsoft-translator/id1018949559.

Landhuis, Esther. « An Immune Protein Could Prevent Severe COVID-19—If It Is Given at the Right Time ». Scientific American. https://www.scientificamerican.com/article/an-immune-protein-could-prevent-severe-covid-19-if-it-is-given-at-the-right-time1/.

laujan. « Service Microsoft Translator – Azure Cognitive Services ». https://docs.microsoft.com/fr-fr/azure/cognitive-services/translator/translator-info-overview.

Mackowiak, Margaux. « J’ai testé pour vous… Traduire, la nouvelle application de traduction d’Apple » MasterTSM@Lille, 3 janvier 2021. https://mastertsmlille.wordpress.com/2021/01/03/jai-teste-pour-vous-traduire-la-nouvelle-application-de-traduction-dapple/.

Microsoft Translator for Consumers. « Microsoft Translator ». https://www.microsoft.com/en-us/translator/.

Microsoft Translator pour les consommateurs. « Fonctionnalités de l’application-Microsoft Translator ». https://www.microsoft.com/fr-fr/translator/apps/features/.

Peuvion, Estelle. « Traduction automatique : les algorithmes ont-ils des préjugés ? » MasterTSM@Lille, 10 novembre 2019. https://mastertsmlille.wordpress.com/2019/11/10/traduction-automatique-les-algorithmes-ont-ils-des-prejuges/.

« Une arme à double tranchant contre le Covid-19 », Pour la Science. https://www.pourlascience.fr/sr/actualites/une-arme-a-double-tranchant-contre-le-covid-19-20150.php.

Rakuten Viki : le sous-titrage amateur

Par Léa Bailleux, étudiante M1 TSM

Alors que, dans des billets de blog précédents, nous avons pu voir que le sous-titrage était un métier à part entière et que Netflix a soulevé la critique de par ses méthodes de traduction et sous-titrage, nous allons aujourd’hui nous pencher sur le cas du site Rakuten Viki.

Plus simplement appelée Viki, cette plateforme de streaming pourrait faire penser à Netflix : née en 2007 à Singapour, elle héberge principalement des films et séries asiatiques et les rend disponibles dans le monde entier.  

Pour comprendre l’ampleur du phénomène, observons le cas de leurs séries les plus populaires : 김비서가 왜 그럴까, aussi appelée What’s Wrong With Secretary Kim, est sous-titrée dans 52 langues différentes et 힘쎈여자 도봉순, Strong Woman Do Bong Soon, est elle disponible dans 44 langues différentes. D’autres sont disponibles dans une dizaine ou bien une vingtaine de langues : en tout on peut retrouver des traductions dans près de 158 langues. On peut aussi s’apercevoir qu’en dessous des épisodes, un pourcentage se trouve à côté de la langue choisie pour les sous-titres.

Là, nous pouvons commencer à nous interroger : pourquoi certaines séries sont-elles plus traduites que d’autres ? À quoi peut bien correspondre le pourcentage ?

Tout d’abord il faut savoir que les vidéos sur Viki sont publiées en langue originale uniquement. Une fois publiées, des équipes de traducteurs/sous-titreurs sont alors formées pour commencer le travail. Une nouvelle question se pose alors : qui sont ces traducteurs/sous-titreurs ? La réponse est simple : des bénévoles non-professionnels. Le site Rakuten Viki repose sur sa communauté de fans passionnés et multilingues. On peut même trouver le site de la communauté de bénévoles Viki où les plus grands « contributeurs » (comprendre traducteurs/sous-titreurs) du mois sont affichés sur un tableau d’honneur.

Ces contributeurs sont répartis en 3 catégories : les QC Trainees, les Qualified Contributors, et les Gold QC, chacun ayant des avantages spécifiques sur le site. Ils sont répartis ainsi selon leur nombre de contribution : les premiers ont atteint les 1 000 contributions (une contribution étant un sous-titre ou un segment), les deuxièmes ont dépassé les 3 000 contributions, et les derniers ont dépassé les 20 000. Il n’y a donc pas de rémunération directe, seulement un accès spécial à certaines vidéos, ou un abonnement gratuit au site. Abonnement qui coûte normalement 2,99 $ par mois s’il est basique, ou 4,99 $ s’il est standard, sachant que le site est accessible gratuitement avec une qualité de vidéo moins élevée et des publicités. Nous faisons donc bel et bien face à des traducteurs/sous-titreurs bénévoles.

Bien qu’aucune ressource linguistique ne soit mise à disposition des contributeurs, ils ne sont tout de même pas lâchés dans la nature. Le site propose des ressources en ligne et des vidéos pour s’entraîner à segmenter et sous-titrer avant de se lancer. Pour rejoindre une équipe, il faut d’ailleurs compléter la Segmenting Academy, une série de tutoriels pour les volontaires désirant apprendre à segmenter. On peut aussi juger de l’expérience d’un contributeur grâce à son rang.

Parlons maintenant des équipes de traducteurs/sous-titreurs. Pour chaque série et chaque film, il y a une « chaîne » avec plusieurs onglets : un qui répertorie de nombreuses informations sur le synopsis ou les acteurs, un où sont listé les épisodes, un sur l’équipe de sous-titres, et un sur les avis et commentaires. Ces chaînes sont gérées par des Qualified Contributors ou des Gold QC qui, une fois sélectionnés, peuvent recruter leur équipe parmi tous les contributeurs ayant postulé. Ces équipes sont formées de modérateurs, monteurs, ségmenteurs, et sous-titreurs. À chaque parution d’un nouvel épisode, tout le monde se met au travail, et chaque segment validé apparait en temps réel, d’où le pourcentage présent sous chaque vidéo : pour les séries plus anciennes ou bien avec des équipes très réactives, tous les épisodes sont à 100% traduits et sous-titrés dans la langue sélectionnée, mais pour les séries où moins de volontaires sont disponibles, le pourcentage peut augmenter lentement voire stagner quelques jours.

Et la qualité des sous-titres dans tout ça ? Sans grande surprise : ça dépend. Ce ne sont pas des professionnels, et parfois ça se voit. Les sous-titres sont souvent trop longs pour être confortables à lire, ou passent parfois trop rapidement. On se retrouve aussi face à des traducteurs amateurs qui ne savent pas quel va être leur public : une partie des utilisateurs du site est très familière avec les cultures des différentes séries proposées, tandis qu’une autre partie est en découverte totale. Les choix de traduction sont donc difficiles à prendre, et on se retrouve parfois avec des résultats maladroits : on peut tomber sur des expressions idiomatiques traduites littéralement avec leur sens véritable entre parenthèse. Quant à la qualité de la restitution du sens original, il est difficile d’en juger sans maîtriser la langue source.

Viki nous propose un accès légal à des séries étrangères à moindre prix, ce qui semble attirant en premier lieu, mais le manque de professionnalisme dans les sous-titres et la traduction peut rebuter. La question est aussi morale : en soutenant ce genre de site, nous soutenons un système où les traducteurs/sous-titreurs sont bénévoles. Est-ce de l’exploitation ou du gain d’expérience pour ces volontaires ? La cible de ce site serait-elle prête à payer plus cher pour financer une traduction professionnelle de ces séries ? Ce sont des questions à se poser avant de consommer le contenu d’un site comme Viki.

Sources :

https://www.viki.com/

https://techcrunch.com/2010/12/08/viki-raises-4-3-million-from-vc-all-stars-to-translate-the-worlds-video/?icid=tc_marc-andreessen_art&tag=marc-andreessen&guccounter=1&guce_referrer=aHR0cHM6Ly9lbi53aWtpcGVkaWEub3JnLw&guce_referrer_sig=AQAAADj3oVwoNt1GXYO4PvcPMV96hpB28CuWtlYEPqEBsiMHaxpr94sfu5tLFJPw9xCq6lyDI2CglM-aelmtnrJ_PBDn4WAoDQth7KrFW2eNCIz_gwUR4HsDAw_4lhFg00kxOu5QgWbyS8QLz3LuQ-meWH5EWvhQFyn-fUx9RimKLqlk

https://www.wsj.com/articles/BL-SEAB-139

https://contribute.viki.com/

https://en.wikipedia.org/wiki/Viki_(streaming_service)#cite_note-WSJ-1

https://unsplash.com/photos/EOQhsfFBhRk

J’ai testé pour vous : Faire son stage dans une agence de traduction suédoise

Par Justine Abdelkader, étudiante M2 TSM

L’année 2020, bien que chaotique, m’a tout de même permis de faire un stage d’un mois chez Språk&Co, une agence de traduction suédoise basée à Göteborg, sur la côte ouest de la Suède. À défaut d’avoir pu faire un rapport de stage sur cette très bonne expérience, je partage avec vous ce que j’y ai vécu et ce qui, je pense, ne serait arrivé qu’en Suède.

Manipuler une langue étrangère au travail

Malgré ma préparation sur le clavier Qwerty de mon téléphone, travailler avec un clavier suédois n’est pas de tout repos. Je n’arrête pas d’inverser le Q et le A en écrivant en suédois, et quand je passe au français, les accents me donnent du fil à retordre (mais où est donc passée cette cédille ?!). L’avantage, c’est que les caractères suédois, eux, sont très faciles d’accès. Plus besoin donc de recourir à toutes sortes de stratagèmes pour sortir un å (prononcez comme un o !).

Le ton des emails échangés est bien plus décontracté qu’en France. Pour dire bonjour, on dit Hej!, on s’appelle par son prénom et on tutoie même les inconnus. C’est la langue et la culture suédoises qui le veulent, et une agence de traduction ne déroge pas à la règle.

Être au cœur de la Scandinavie

En ce qui concerne la langue de communication, la situation est assez spéciale et je suis vite émerveillée par la façon dont toutes les langues scandinaves se mélangent. (Petit rappel : la Scandinavie désigne seulement trois pays, la Suède, la Norvège et le Danemark. À ceux-là s’ajoutent la Finlande et l’Islande quand on parle de « pays nordiques ».) Suédois, norvégien et danois se ressemblent beaucoup, notamment à l’écrit. Conséquence : communiquer devient très intéressant. Chacun utilise sa langue pour écrire des mails, voire parfois pour téléphoner, et pourtant, tout le monde se comprend. Je me suis ainsi retrouvée à lire des mails de traducteurs norvégiens ou danois… une expérience mémorable ! Je comprenais tout, même si parfois une deuxième lecture et une petite gymnastique de l’esprit étaient nécessaires, et pourtant je n’ai jamais étudié ces langues de toute ma vie.

L’agence est beaucoup sollicitée pour traduire en anglais, en allemand et dans les langues scandinaves. Mais ces dernières sont traitées un peu différemment. En effet, quand il s’agit d’obtenir une traduction norvégienne ou danoise pour un produit ou une liste d’ingrédients par exemple, on procède souvent à ce qu’ils appellent un « shampooinage ». Vous imaginez mon étonnement quand je commence mon stage et qu’on me parle de shampooing… En réalité, ce terme évoque la façon dont les trois langues sont mélangées pour donner une traduction quasi-unique valable dans les trois pays, mais élaborée à partir d’une des trois langues. C’est ainsi que vous verrez parfois, sur des emballages multilingues, l’inscription « SV/NO/DK », puis le texte où certains mots sont suivis d’un slash et d’une autre proposition. Par exemple : « Allergiinformation se forpakning. Må/får ikke/ej sælges/säljas stykvis/styckvis. » (en français, « Informations allergies : voir paquet. Ne pas vendre séparément. ») Les mots doublés voire triplés sont en fait des mots que les traducteurs norvégiens, danois et/ou suédois ont jugés trop difficiles à comprendre tels quels pour leurs compatriotes, ou pas assez naturels. Ils ont donc donné le mot adapté dans leur langue. Cela permet de gagner de la place sur les étiquettes en ne modifiant que certains mots. Ainsi, trois pays différents comprennent ce qui est inscrit. Il existe différents degrés de shampooinage, selon le souhait du client, l’espace disponible, la qualité attendue, etc. Bien évidemment, cette technique n’est pas utilisée systématiquement pour tous les textes, mais j’y ai beaucoup été confrontée pendant mon stage et j’ai trouvé ça fascinant de connaître les coulisses de ces inscriptions que l’on trouve sur certaines étiquettes et emballages de produits.

S’adapter à la vie professionnelle locale

L’agence se trouve dans un espace partagé où plusieurs entreprises différentes louent un bureau. En arrivant le matin, juchée sur mon vélo (quelle meilleure façon de s’intégrer dans un pays connu pour ses valeurs écologiques ?), je sais donc que je vais croiser des personnes qui exercent une activité tout à fait différente de la mienne. Ce fonctionnement est très intéressant, et la pause de midi donne l’occasion d’aborder des sujets qui n’ont rien à voir avec la traduction. Sans compter que plusieurs personnes amènent leur chien au travail, ce qui rend la pause d’autant plus divertissante… Quoiqu’il en soit, les espaces de coworking peuvent représenter la solution idéale pour celles et ceux qui voudraient s’installer à leur compte sans se passer de la présence d’autres êtres humains.

Dans mon cas, j’ai tout de même une collègue avec qui je peux échanger à ma guise. Avec une bienveillance infinie, elle a la patience de répondre à mes nombreuses questions tout au long du mois. Elle a entre autres l’occasion de me parler de son parcours universitaire, et de la façon dont les masters de traduction en Suède fonctionnent. D’après elle, ils ne préparent pas suffisamment les étudiants à la vie réelle d’un traducteur indépendant, ou même d’un gestionnaire de projets en agence. Les cours de traduction pure sont construits autour d’une discussion des propositions de traduction de chaque étudiant, ce qu’elle trouve enrichissant, mais aucun véritable cours technique avec manipulation d’outils n’est offert. Elle n’a eu accès qu’à une brève introduction à SDL Trados Studio par exemple. Elle a surtout appris sur le tas, en commençant à travailler comme stagiaire dans une agence, puis en étant employée là-bas, avant de se lancer en tant qu’indépendante et de finalement atterrir à Språk&Co. Le stage qu’elle a fait était d’ailleurs une démarche personnelle car sa formation n’en contenait pas.

La dernière semaine, pour finir le stage en beauté, la patronne de l’agence nous rend visite et nous apporte de quoi faire un petit fika. Véritable institution sociale là-bas, cette pause-café nous a permis de débriefer en toute tranquillité sur le mois qui s’était écoulé, et de voir ensemble quels aspects du milieu j’avais découverts ou démystifiés. Un stage à l’étranger qui m’aura donc beaucoup apporté, et c’est ainsi que je quitte l’agence le dernier jour, sans oublier mon vélo, heureuse d’avoir tant appris depuis le premier Hej jusqu’au dernier café.

J’ai testé pour vous… Traduire, la nouvelle application de traduction d’Apple

Par Margaux Mackowiak, étudiante M2 TSM

Que vous possédiez un iPhone ou non, vous aurez peut-être entendu parler de la nouvelle application de traduction développée par Apple : Apple Translate, ou tout simplement nommée Traduire en français. L’app (nom donné par la marque à la pomme à ses applications) a été introduite avec la version iOS 14 annoncée en juin dernier lors de la WWDC 2020, à savoir la conférence mondiale des développeurs Apple, et installée automatiquement en effectuant la mise à jour iOS 14 depuis septembre. Parmi l’ensemble des moteurs de traduction automatique déjà présents sur le marché, l’app Traduire a-t-elle les atouts nécessaires pour leur faire concurrence ? C’est l’enquête que j’ai décidé de mener pour vous dans ce billet.

Prise en main et ergonomie

Lors du premier lancement de l’app, vous pourrez suivre un tutoriel vous indiquant de façon claire et simple les différentes fonctionnalités de l’outil de traduction et la manière de l’utiliser.

D’un point de vue ergonomique, l’interface est fluide et épurée, les couleurs sont neutres et agréables et s’adaptent en fonction du mode clair ou sombre paramétré dans les réglages de votre appareil. L’outil est simple d’utilisation, seuls quelques boutons sont présents à l’écran et leur utilité est rapidement identifiable, notamment après avoir lu le tutoriel. Sur ce point, nous pouvons admettre que l’interface est ergonomique.

Fonctionnalités

Nous avons le choix parmi 11 langues sources et cibles disponibles, et une supplémentaire selon la région géographique : l’allemand, l’anglais (des États-Unis ou du Royaume-Uni), l’arabe, le chinois (mandarin simplifié), le coréen, l’espagnol (d’Espagne), le français (de France), l’italien (d’Italie), le japonais, le portugais (du Brésil), ainsi que le russe.

Ce nombre est conséquent puisque, par comparaison, le moteur de traduction automatique à base de réseaux neuronaux DeepL ne propose qu’une variante géographique de plus. En incluant l’anglais britannique et l’anglais américain, nous arrivons ainsi à 130 combinaisons de paires de langues possibles pour Traduire.

De plus, l’outil d’Apple propose non seulement un système de traduction textuel, mais aussi vocal.

Qualité de traduction

Pour évaluer la qualité de Traduire, je vais comparer les traductions proposées par l’outil avec celles de DeepL et de Google Traduction et je vais le tester sur les problèmes récurrents rencontrés lors de l’utilisation des autres moteurs de traduction automatique.

Pour commencer, j’ai choisi un extrait du tutoriel officiel d’Apple en anglais, How to use Translate on your iPhone. Voici la traduction proposée par Traduire :

Traduire a donc traduit “When you download a language to use offline, it might take up space on your iPhone. You can remove a downloaded language whenever you want.” par « Lorsque vous téléchargez une langue pour utiliser hors ligne, cela pourrait prendre de la place sur votre iPhone. Vous pouvez supprimer une langue téléchargée quand vous le souhaitez. » Or, la version française de ce passage sur la page du tutoriel d’Apple en français est : « Le téléchargement d’une langue hors ligne peut occuper de l’espace sur votre iPhone. Vous pouvez à tout moment supprimer une langue téléchargée. »

On observe ainsi que la traduction de Traduire est compréhensible, certes, mais très littérale. L’app nous offre une traduction mot à mot, ce qui ne ferait pas l’affaire dans un texte officiel.

Pour tester l’outil sur la traduction de titres d’articles, j’en ai sélectionné un sur un sujet on ne peut plus d’actualité : celui de la Covid-19.

Ainsi, pour Coronavirus: UK ‘remains in containment phase’ – Johnson, l’app Traduire le traduit en français par Coronavirus : UK « reste en phase de confinement » – Johnson. On voit donc que l’outil n’a pas traduit ‘UK’ par ‘Le Royaume-Uni’, comme le font DeepL et Google Traduction. En français, il est aussi coutume d’ajouter le prénom et de ne pas uniquement nommer une personnalité par son nom de famille, ce que les moteurs de traduction automatique ne prennent pas encore en compte.

Ensuite, j’ai voulu vérifier si l’outil saurait localiser des éléments propres à différents pays. Pour ce faire, j’ai choisi un extrait de mode d’emploi d’un trotteur pour bébé. Voici la traduction d’une phrase tirée de la partie information des consommateurs :

Traduire a donc traduit “Call Consumer Relations 8 AM – 6 PM EST Monday through Friday.” par « Appelez Relations avec les consommateurs de 8 h à 18 h HNE du lundi au vendredi ». Pour cette même phrase, DeepL et Google Traduction proposent « Appelez le service des relations avec les consommateurs de 8 h à 18 h HNE du lundi au vendredi. »

L’app d’Apple a traité ‘Consumer Relations’ comme un nom propre, contrairement aux deux autres moteurs qui l’ont correctement traduit. En outre, les trois outils ont traduit EST (Eastern Standard Time) par HNE (heure normale de l’Est), mais n’ont pas localisé les chiffres en UTC+1, l’heure locale.

Voyons à présent ce qu’il en est des préjugés. Les moteurs de traduction automatique sont connus pour contenir des algorithmes qui reproduisent des stéréotypes racistes ou sexistes provenant des humains, comme en témoigne le billet de blog d’Estelle Peuvion de novembre 2019.

Qu’en est-il du cas de Traduire ? Pour le savoir, j’ai choisi deux métiers du corps hospitalier, à savoir les termes infirmier/infirmière et chirurgien/chirurgienne. Découvrons comment se comporte Traduire avec ces mots.

Si je saisis le texte suivant : “The nurse entered the room. He gave me my medicine.”, Traduire propose « L’infirmière est entrée dans la chambre. Il m’a donné mes médicaments. »

En plus de traduire ‘nurse’ par ‘infirmière’ par défaut, l’outil ne corrige pas le genre alors même que j’ai précisé qu’il s’agissait d’un homme dans la phrase suivante. DeepL et Google Traduction reproduisent la même erreur.

Dans l’exemple suivant, Traduire traduit “The surgeon asked her colleague to give her a scalpel.” par « Le chirurgien a demandé à sa collègue de lui donner un scalpel. »

Là encore, le genre n’est pas inconnu puisque j’ai indiqué à deux reprises qu’il s’agissait d’une femme. Toutefois, la machine considère que le spécialiste est un homme et que le collègue est une femme. Google Traduction propose la même solution, tandis que pour DeepL, les deux protagonistes sont des hommes.

Il est donc clair que l’ensemble des moteurs de traduction automatique reproduisent des clichés, et que, depuis l’article d’Estelle Peuvion mentionné précédemment, la situation n’a pas réellement évolué.

Pour terminer, j’ai choisi un exemple simple en me mettant à la place d’une touriste qui désire prendre un repas dans un restaurant.

Ici, la machine nous propose un faux sens. En retraduisant vers le français, le texte obtenu signifierait : « Bonjour, voudriez-vous savoir si vous mangez encore ? », ce qui est loin de notre texte source d’origine. La traduction correcte en anglais aurait été “Hello, I would like to know if you are still serving food?”. On constate que l’outil peut donc commettre des erreurs, même pour des questions simples que n’importe quel individu pourrait poser lors d’un séjour à l’étranger.

J’ai ici mis en exergue des erreurs qu’a commises la machine lorsque je l’ai testée, mais évidemment, cela n’arrive pas pour chaque phrase entrée par l’utilisateur. L’outil peut proposer des traductions correctes, toutefois, il est important de soulever les erreurs qu’il est susceptible de commettre pour savoir dans quelle mesure l’utiliser.

Aspects positifs et négatifs

S’offre à nous la possibilité de consulter l’historique récent de nos recherches en balayant l’écran vers le bas, ainsi que d’ajouter des traductions en favori qui seront enregistrées dans l’onglet Favorites en cliquant sur l’étoile.

Un dictionnaire est également intégré et accessible en touchant l’icône associée ou en appuyant directement sur un mot de la traduction proposée.

En outre, nous avons l’option de télécharger les langues que nous souhaitons pour pouvoir les utiliser en mode hors ligne, lors d’une absence de connexion Internet.

Lorsque le téléphone est incliné en mode paysage, l’outil permet de traduire des mots prononcés oralement en appuyant sur l’icône du micro. Si l’option de détection automatique est activée au préalable, l’outil reconnaîtra la langue parmi les deux sélectionnées et une voix lira automatiquement la traduction. Celle-ci pourra être réécoutée en appuyant sur l’icône de lecture (le symbole du triangle). L’icône de flèches en sens opposé permet, quant à elle, d’afficher la traduction proposée par l’outil en grands caractères blancs sur fond bleu.

Néanmoins, l’insertion de texte se fait uniquement en mode portrait, l’utilisation du micro étant requise en mode paysage.

L’app est gratuite mais uniquement accessible aux utilisateurs d’Apple propriétaires d’un iPhone avec la version iOS 14 ou une version ultérieure, elle ne détecte pas automatiquement les langues, et il se peut qu’elle commette des erreurs de traduction majeures.

Conclusion

Traduire s’avère particulièrement utile pour les personnes possédant un iPhone. À portée de main, cette application intégrée au smartphone permet de communiquer assez facilement dans une langue qu’on ne maîtrise guère, en voyage à l’étranger ou tout simplement en complément lorsqu’on désire en apprendre une nouvelle, et cela est d’autant plus vrai grâce au micro intégré. L’app est épurée, facile d’accès et simple d’utilisation.

Cependant, il faut se méfier des erreurs types des moteurs de traduction automatique, telles que la reproduction des stéréotypes, les contresens ou encore la non-traduction. Nous avons également vu que l’app peut fournir des traductions erronées, même pour des phrases simples.

Pour pouvoir être utilisée pour de la post-édition comme DeepL Pro par exemple, il faudrait que l’app soit disponible sur MacBook, ce qui n’est pas (encore) le cas, et qu’elle s’améliore sur les aspects négatifs mentionnés tout au long de cette analyse.

Évidemment, ce billet est basé en grande partie sur mon avis et mon expérience en tant qu’utilisatrice de l’application et étudiante en traduction. Des études seraient nécessaires pour mesurer le taux d’erreurs de l’outil et il faudrait les comparer avec celles réalisées jusqu’à présent pour les autres moteurs de traduction automatique. Il s’agit d’une application prometteuse, utile pour les particuliers, mais qui est pour l’instant loin d’être suffisante pour les professionnels de la traduction dans un contexte de post-édition. L’app Traduire ayant été introduite récemment, gardons toutefois à l’œil ce qu’Apple lui réserve, d’autant plus que peu d’éléments sont dévoilés à son sujet, comme le type de corpus qui la constitue et son degré de confidentialité.

Les images de ce billet sont des captures d’écran réalisées par mes soins via l’application pour iPhone ‘Traduire’, propriété d’Apple.

Sources :

App Store. « ‎Traduire ». https://apps.apple.com/fr/app/traduire/id1514844618

Apple Support. « How to Use Translate on Your IPhone », 16 septembre 2020. https://support.apple.com/en-us/HT211671

Apple Support. « Traduire du texte et des voix sur l’iPhone ». https://support.apple.com/fr-fr/guide/iphone/iphd74cb450f/ios

Apple Support. « Utiliser Traduire sur votre iPhone », 29 octobre 2020. https://support.apple.com/fr-fr/HT211671

« Containment Phase “Unlikely to Work on Its Own” ». BBC News, 9 mars 2020. https://www.bbc.com/news/av/uk-51809498

Innocente, Florian. « iOS 14 : « Traduire », l’app d’Apple pour les vacances à l’étranger ». iGeneration, 27 juin 2020. https://www.igen.fr/ios/2020/06/ios-14-une-app-traduire-pour-les-francais-mauvais-en-langues-etrangeres-115921

« Instruction d’utilisation Fisher-Price STRIDE-TO-RIDE WALKER 73499 ». Manualsbase.com. https://www.manualsbase.com/fr/manual/640474/baby_walker/fisher-price/stride-to-ride_walker_73499/

Loock, Rudy. Cours de recherche en traduction automatique dispensé en Master 2 de Traduction spécialisée multilingue à l’Université de Lille.

Peuvion, Estelle. « Traduction automatique : les algorithmes ont-ils des préjugés ? » MasterTSM@Lille (blog), 10 novembre 2019. https://mastertsmlille.wordpress.com/2019/11/10/traduction-automatique-les-algorithmes-ont-ils-des-prejuges/

Turcan, Marie. « iOS 14 est disponible : voici toutes les nouveautés sur votre iPhone ». Numerama, 17 septembre 2020. https://www.numerama.com/tech/632269-ios-14-toutes-les-nouveautes-a-venir-sur-iphone.html

Van der Vorst, Sarah et Pacinella, Quentin. Cours de traduction automatique et post-édition dispensé en Master 2 de Traduction spécialisée multilingue à l’Université de Lille.

DeepL Pro, à prendre ou à laisser ?

Par Archibald Marchal, étudiant M2 TSM

Ah notre bel ami DeepL, on le présente plus, l’outil de traduction automatique de Linguee est déjà bien connu. Créé en août 2017 par la filiale Linguee, il tient son nom de « deep learning » signifiant que la machine apprend avec le temps et les informations qu’elle reçoit, à l’image du cerveau humain. Fortiche non ?

DeepL est un outil qui divise les débats. Les pessimistes vous diront que la traduction automatique (TA) n’est rien d’autre que de la poudre aux yeux et qu’elle n’a aucun intérêt pour la traduction professionnelle, alors que les optimistes eux, vous diront qu’il s’agit là d’un instrument magique bientôt capable de remplacer l’humain. Essayons de nous placer du côté réaliste de ce débat. Les développeurs de DeepL eux-mêmes, ne considèrent pas leur outil comme la fin du traducteur, puisqu’on verra par la suite qu’ils collaborent avec les outils de TAO.

Selon moi, au vu des progrès de la TA depuis ces dernières années, il serait idiot de ne pas profiter de ce bel outil à notre disposition, et gratuit ! Bien évidemment, je suis d’accord pour dire que la TA ne remplacera jamais le traducteur professionnel, mais elle permet d’obtenir des résultats majoritairement cohérents en moins d’une seconde. Le gain de temps pour un traducteur est donc considérable. Sans oublier que la post-édition devient de plus en plus courante et qu’en tant que traducteur, il vaut mieux être compétent dans cette tâche et donc commencer dès maintenant à se former à la TA.

Comme vous le savez peut-être, DeepL se base sur un corpus, et ce corpus, c’est internet. Autant dire un mastodonte, regorgeant de bonnes et de moins bonnes sources. C’est pourquoi DeepL sera plus efficace pour des textes peu ou pas spécialisés. Forcément, plus on se spécialise, moins il y a de source, donc moins DeepL est performant.

Maintenant qu’on a toutes les informations en main, intéressons-nous à la version Pro de notre outil préféré. Combien coûte-t-elle ? Qu’apporte-t-elle de plus ? A qui s’adresse-t-elle ? Regardons tout cela en détail.

Tout d’abord il faut savoir que DeepL propose plusieurs forfaits :

Ce tableau proposé par le site de DeepL indique les différences entre chaque forfait. Premièrement on peut voir qu’il existe deux méthodes d’abonnement : mensuelle ou annuelle. La souscription à l’année permet alors de bénéficier de réduction non négligeable (33 %). Deuxièmement on remarque trois versions Pro différentes.

Les points communs

L’intérêt premier de la version Pro de DeepL est évidemment la protection des données. Vos clients vous ont fait signer un accord de confidentialité ? Alors oubliez n’importe quel outil de TA gratuit. DeepL Pro vous propose de la traduction automatique 100 % sécurisée, et ce, pour n’importe quel forfait.

Ensuite, sur DeepL version gratuite, vous avez un nombre de caractères limité, à savoir 5 000. Cela peut s’avérer très peu dans bon nombre de projets. Même si vous segmentez votre texte, attention aux incohérences, DeepL peut très bien vous proposer des traductions différentes pour le même terme lors de différentes recherches. Si vous mettez tout votre texte d’une traite, ce que permet la version pro, fini les incohérences !

Dernier point commun entre les forfaits : l’option formel/informel. En effet, grâce à DeepL Pro, vous pourrez choisir le ton de votre traduction.

Les différences

Vu les forfaits proposés et les divergences de prix, on s’attend évidemment à des fonctionnalités différentes.

D’abord, on constate que DeepL Pro permet la traduction de fichiers intégraux, ce qui signifie qu’à la manière d’un outil de TAO, il va rendre le fichier dans son format original, avec la mise en page originale. Néanmoins, selon le forfait, vous n’aurez pas droit aux mêmes volumes. En effet, pour la version « Starter » seulement 5 fichiers par mois, 20 pour la version « Advanced » et on monte jusqu’à 100 pour la version « Ultimate ».

La seconde différence réside dans la création de glossaires. Le forfait « Starter » ne propose la création que d’un seul glossaire, avec entrées illimitées certes, tandis que les deux autres forfaits permettent la création de « plusieurs » glossaires. Ces glossaires sont interactifs et peuvent s’avérer vite indispensables dans certains projets.

Dernière différence, et non des moindres, la possibilité d’installer un plugin sur votre logiciel de TAO. Cette option n’est disponible que pour les versions « Advanced » et « Ultimate ». Ce plugin permettra la traduction automatique dans vos segments que vous pourrez par la suite modifier à votre guise bien évidemment. Bien qu’il existe déjà des plugins dans certains logiciels tel que SDL Trados Studio, DeepL reste la référence en terme de TA et sera donc probablement plus efficace.

Les points négatifs

Malgré toutes ses belles fonctions, DeepL Pro contient son lot de points négatifs.

Par exemple, DeepL Pro n’est pas accessible pour le monde entier. En effet DeepL est une entreprise européenne et ne propose l’accès à sa version Pro que dans les pays membres de l’UE et depuis peu, à la Suisse, au Liechtenstein, aux USA et au Canada.

Ensuite, si des fichiers entiers sont traduisibles, seuls les fichiers au format .docx, .pptx et .txt le sont. On peut également ajouter les formats .htm et .html mais pour cela il faut encore payer un abonnement supplémentaire (le forfait DeepL API) à 4,99€ par mois.

De plus, si la TA nous permet de gagner un temps fou, la qualité n’est pas systématiquement au rendez-vous, et le travail de post-édition n’est pas si simple qu’il n’y parait, et peut conduire à de moins bonnes traductions finales qu’à l’accoutumée.

Le prix peut également être rédhibitoire, un abonnement professionnel pourrait s’avérer être un mauvais investissement. Il faut être sûr d’amortir son coût, attention donc à être sûr de pouvoir fréquemment utiliser la traduction automatique pour vos projets.

Bilan

Avec ses versions Pro, DeepL propose un package adapté aux besoins des utilisateurs, avec des prix et fonctions variées. Aujourd’hui, en tant que futur traducteur, je sais déjà que DeepL Pro sera un de mes premiers investissements. Reste à savoir, quelle version choisir ? Personnellement j’opterais pour le forfait « Advanced ». Je m’explique. Selon moi, le forfait « Starter » ne dispose pas de suffisamment d’arguments pour être viable sur le long terme. Sa non-intégration aux outils de TAO le rend pour moi inintéressant. Ensuite le forfait « Ultimate », qui est environ deux fois plus cher que le forfait « Advanced » ne se démarque pas suffisamment de ce dernier. Son seul avantage réside dans le nombre de fichiers entiers traduisibles, je pense qu’il s’adresse plutôt à ceux n’ayant pas d’outil de TAO ou voire même aux entreprises directement… Et comme il est difficile de survivre aujourd’hui en tant que traducteur sans utiliser d’outil de TAO, on oublie ce forfait.

Alors en 2020, avec des tarifs sans cesse revus à la baisse, l’émergence de la post-édition et les soucis de confidentialité qu’il peut y avoir, DeepL Pro apparait comme l’allié numéro 1 du traducteur professionnel, lui permettant un gain de temps considérable, et donc un gain d’argent.

Sources :

https://www.deepl.com/fr/blog/20180305.html

https://www.deepl.com/fr/pro/

LancsBox : un logiciel d’analyse de corpus complet et gratuit

Par Xavier Giuliani, étudiant M2 TSM

Vous le savez peut-être déjà, l’exploitation de corpus fait partie intégrante de la formation du master TSM que ce soit en première ou deuxième année. Il existe plusieurs logiciels qui permettent de compiler et d’analyser soi-même des corpus et celui que l’on utilise principalement en cours est le concordancier gratuit AntConc développé par Laurence Anthony. Si vous souhaitez davantage d’informations à propos d’AntConc et de son développeur, je vous invite à lire également le billet de Jordan Raoul qui a eu l’occasion de le rencontrer au Japon.

Quant à moi, je vais vous présenter LancsBox (v 5.1.2) qui est un logiciel d’analyse de corpus développé à l’Université de Lancaster par Vaclav Brezina, Richard Easty et Pierre Weill-Tessier. Ce logiciel, sous licence publique BY-NC-ND Creative Commons, est gratuit et ne peut pas être utilisé à des fins commerciales.

LancsBox v 5.1.2 est également compatible avec les principaux systèmes d’exploitation tels que Windows (32 et 64 bits), Mac et Linux. Dans ce billet de blog, je vais vous présenter ses fonctionnalités sous Windows 64 bits, mais si vous souhaitez installer une autre version, vous pouvez cliquer ici pour accéder au site dédié (en anglais).

Débuter avec LancsBox

Avec LancsBox, il vous est possible d’utiliser des corpus et des listes de mots soit en les chargeant directement depuis votre ordinateur, soit en téléchargeant des ressources en ligne via le logiciel. Ce qui est pratique, c’est que LancsBox prend en charge un grand nombre de formats de fichiers de corpus (.txt, .xml, .doc, .docx, .pdf, .odt, .xls, .xlsx, .zip etc.) vous évitant ainsi de devoir les convertir en amont. Les listes de mots sont prises en charge au format texte séparé par des virgules (.csv). Autre avantage, le tagging (étiquetage) s’effectue automatiquement lors de l’importation des fichiers. En outre, si jamais vous fermez inopinément le logiciel vous pouvez toujours retrouver les derniers corpus chargés dans l’onglet « Corpora ».

Concrètement, pour importer des fichiers depuis son ordinateur c’est simple. Il faut d’abord cliquer sur « Corpus » ou « Wordlist » sous l’onglet « Load Data » pour sélectionner les fichiers dans le répertoire de l’ordinateur. Une fois que c’est fait, il est possible de nommer le corpus sur LancsBox. La dernière étape consiste simplement à appuyer sur « Import ».

Parmi les ressources en ligne accessibles gratuitement depuis le logiciel sous l’onglet « Download », vous pouvez consulter par exemple le British National Corpus, l’American National Corpus, le Brown University Standard Corpus, l’Australian Corpus of English et bien d’autres.

LancsBox v 5.1.2 dispose de sept outils d’analyse que je vais présenter dans le cadre de cet article : KWIC, Graphcoll, Whelk, Words, Ngrams, Text et Wizard.

KWIC : analyser des lignes de concordances

KWIC est l’acronyme de Key Word in Context qui signifie mot-clé en contexte. Comme son nom l’indique, cet outil affiche toutes les occurrences d’un terme, d’une catégorie lexicale ou encore d’une phrase en contexte. Le nombre d’occurrences et la fréquence sont automatiquement calculés et vous pouvez paramétrer la façon dont s’affichent les résultats (textes bruts, lemmatisés ou PoS).

Ce que j’apprécie beaucoup avec KWIC, c’est la possibilité de comparer simultanément deux corpus différents et d’alterner rapidement entre plusieurs corpus déjà chargés. La fonction recherche avancée est intéressante, car elle permet de faire des recherches par lemme et par catégorie grammaticale (PoS) même s’il arrive parfois que des erreurs se glissent dans les résultats. Il peut s’agir d’une mauvaise troncation d’un terme ou bien d’une erreur dans l’étiquetage de certains termes. En effet, il arrive par exemple que certains participes passés soient pris en compte lorsque l’on recherche un verbe (V*) ou bien qu’un déterminant se glisse parmi les noms (N*). Mais dans l’ensemble, je trouve que le tagging (ou étiquetage) automatique fournit des résultats corrects.

GraphColl : analyser des collocations

GraphColl est un outil dédié à la recherche de collocations. Les résultats sont générés et affichés dans un tableau et sous forme de graphique.

Ce que j’ai remarqué avec Graphcoll, c’est qu’il prend en compte tout le contenu du corpus chargé y compris les mots grammaticaux, les nombres, les dates, etc. Par conséquent, ce n’est pas toujours évident de s’y retrouver lorsqu’on s’attend à trouver « des mots qui vont bien ensemble », mais ce n’est pas mission impossible.

Afin d’obtenir des résultats qui soient exploitables et un graphique qui ne soit pas surchargé, il y a plusieurs options possibles. Vous pouvez par exemple choisir le nombre de termes à prendre en compte à gauche et à droite du terme recherché avec l’option span (portée), mais également définir la fréquence minimale des collocations avec threshold (seuil). Vous pouvez également filtrer les collocations dans la colonne « index » du tableau.

Whelk : analyser des fréquences dans des textes

Whelk sert à connaître la répartition d’un terme recherché à travers les différents fichiers d’un corpus sélectionné. Il reprend l’ensemble des fonctionnalités KWIC avec en plus un tableau statistique sur le nombre de tokens, la fréquence et la fréquence relative d’un terme. La mise à jour du tableau statistique se fait instantanément à chaque nouvelle recherche. Mais qu’est-ce qu’un token ? Selon le site du Sketch Engine, un token est défini comme étant la plus petite unité qui compose un corpus. Cela peut être un mot, un signe de ponctuation, un nombre, une abréviation ou un autre symbole qui n’est pas une espace. Quant à la fréquence (absolue) d’un terme, cela correspond tout simplement au nombre d’occurrences de celui-ci dans les fichiers du corpus tandis que la fréquence relative d’un terme est égale à sa fréquence absolue divisée par le nombre total de tokens présents dans le fichier de corpus où il se trouve. La fréquence relative permet de mesurer l’importance d’un terme et comme tous les fichiers n’ont pas le même nombre de tokens, Lancsbox calcule une fréquence relative normalisée sur 10 000 tokens pour chaque fichier du corpus afin d’obtenir des valeurs comparables. En d’autres termes, il suffit de multiplier la fréquence relative par 10 000 pour obtenir la fréquence normalisée. J’ai fait la vérification à la calculatrice et j’obtiens les mêmes résultats que le logiciel.

Words et Ngrams : des outils d’analyse plus poussés

Words est un autre outil qui permet d’effectuer des analyses approfondies sur la fréquence des termes, des lemmes et des catégories grammaticales (PoS). Il est composé de deux parties : les mots-clés, la fréquence ainsi que la dispersion s’affichent dans un tableau sur le côté gauche. À droite, un graphique permet de visualiser ces données. Un code couleur avec une échelle permet de se représenter l’importance d’un terme. Plus la fréquence relative du terme recherché est faible, plus la couleur du graphique circulaire sera claire. En outre, vous pouvez visualiser la structure interne du corpus en double cliquant dessus et également effectuer des comparaisons avec un autre corpus grâce à la vue partagée.

Comme son nom l’indique, l’outil Ngrams permet d’analyser des séquences de n-gramme. Mais qu’est-ce que c’est ? Ce sont des combinaisons comportant un nombre d’éléments défini. Une suite de deux éléments est appelée un bigramme. Une suite de trois éléments est un trigramme. Enfin je pense que vous avez compris le principe. Avec Lancsbox, il est possible de chercher des séquences de mots, de lemmes ou encore de catégories grammaticales (PoS) allant de un à dix. Ainsi, il vous est possible de connaître les suites d’éléments les plus fréquents dans le corpus que vous avez chargé.

Utiliser Text et Wizard

L’outil Text vous permet d’effectuer une recherche approfondie sur le contexte d’un terme soit sur l’ensemble du corpus ou bien soit sur l’un des fichiers au choix. Le terme recherché est surligné en rouge comme avec KWIC et vous pouvez naviguer en faisant défiler avec les flèches du clavier haut et bas. Vous retrouvez aussi la fréquence absolue et la fréquence relative par 10 000 tokens comme avec Whelk. Son utilisation est vraiment très simple et ce qui est pratique c’est que vous pouvez y avoir accès directement via l’outil KWIC en double cliquant sur une occurrence pour retrouver le contexte en entier.

Wizard est la nouveauté de la version 5 de LancsBox. Cet outil permet de combiner l’ensemble des outils précédents pour produire des rapports personnalisés (aux formats .docx ou .html). Il n’y a rien de sorcier dans l’utilisation de cet outil : il suffit de choisir le(s) corpus, le(s) outil(s) ainsi que le(s) terme(s) à rechercher sans oublier le dossier où sera importé le rapport. Il est possible d’aller plus loin en paramétrant les outils individuellement. Autre point de détail, vous n’avez pas besoin d’insérer de termes à rechercher si vous sélectionnez uniquement les outils Words et Ngrams.

Conclusion

En résumé, Lancsbox est un logiciel intéressant qui comprend un grand nombre de fonctionnalités plus ou moins complexes à utiliser. Même si certains outils d’analyse nécessitent une connaissance accrue dans les domaines de la linguistique de corpus et des statistiques, la prise en main des outils de base reste facile et rapide. Gratuit et compatible sous Windows, Mac et Linux, cet outil sept en un convient non seulement aux étudiants de traduction et aux chercheurs, mais également aux traducteurs professionnels.

Je tiens à remercier Vaclav Brezina qui m’a autorisé à utiliser et publier des images du logiciel Lancsbox dans le cadre de cet article.

Sources :

http://corpora.lancs.ac.uk/lancsbox/

http://corpora.lancs.ac.uk/lancsbox/download.php

http://corpora.lancs.ac.uk/lancsbox/docs/pdf/LancsBox_4.0_manual.pdf

http://corpora.lancs.ac.uk/lancsbox/docs/pdf/LancsBox_4.5_manual.pdf

http://corpora.lancs.ac.uk/lancsbox/docs/pdf/LancsBox_4.5_manualFR.pdf

http://corpora.lancs.ac.uk/lancsbox/docs/pdf/LancsBox_5.0_manual.pdf

http://corpora.lancs.ac.uk/lancsbox/materials.php

http://corpora.lancs.ac.uk/lancsbox/help.php

https://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/4.0/legalcode.fr

https://www.youtube.com/watch?v=7SFJMFUP83Y

https://www.youtube.com/watch?v=TJ75iowURQc

https://www.sketchengine.eu/my_keywords/token/

https://www.laurenceanthony.net/software/antconc/

https://mastertsmlille.wordpress.com/2019/11/24/rencontre-avec-laurence-anthony/

Traduction : bonne ou mauvaise, telle est la question ?

Par Céline Gherbi, étudiante M2 TSM

Notre époque est multilingue et multiculturelle. D’une manière ou d’une autre, à travers la radio, la télévision ou Internet, nous sommes, chaque jour, confrontés à une langue étrangère, impossible d’y échapper. Les enfants sont soumis au même régime et apprennent une deuxième langue dès la maternelle. Il y a ceux que ça dérange, ceux qui s’en moquent et ceux qui préfèrent ça. Toujours est-il que beaucoup parlent aujourd’hui plusieurs langues, ont une idée bien arrêtée de ce qu’est une bonne ou une mauvaise traduction et le font souvent savoir. Personnellement, plus j’avance dans mon apprentissage et plus cette question m’apparaît complexe et emplie de subjectivité. Quoi qu’il en soit, que vous soyez traducteur amateur ou professionnel, vous subirez les critiques de vos lecteurs et c’est bien normal. En licence, ma professeure de linguistique japonaise, Mme Takeuchi, nous avait demandé de comparer plusieurs traductions issues de divers extraits du Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry et d’indiquer quelle était la meilleure. Si l’exercice m’était apparu facile à l’époque, aujourd’hui je ne serais pas aussi catégorique.

Avant toute chose, je tiens à préciser que cet article qui s’appuiera sur la traduction franco-japonaise ne s’adresse pas spécifiquement aux professionnels ; je vais, au contraire, tenter de le rendre le plus abordable possible, nul besoin donc d’avoir des notions de japonais pour continuer votre lecture, le but étant d’avoir une réflexion générale sur ce qu’est une traduction, ses contraintes, ses limites, et les choix que l’on peut être amené à faire selon la paire de langues dans laquelle on travaille.

Pour cela, je vous propose de reprendre l’exercice proposé par ma professeure, Mme Takeuchi, et d’examiner 11 traductions d’une seule courte citation extraite du Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry : “S’il vous plaît… dessine-moi un mouton !” Vous trouverez donc à la fin de ce billet, l’ensemble des traductions et leur auteur associées à un numéro, afin de pouvoir s’y référer plus facilement.

Avant de commencer, j’aimerais que vous traduisiez vous-même cette phrase dans une langue de votre choix (ou plusieurs) afin de constater si elle est soumise aux mêmes contraintes et problématiques que celles que je vais soulever et s’il en existe d’autres, inhérentes à votre paire de langues. En ce qui me concerne, je fus tout aussi ennuyée pour traduire cette phrase que le narrateur de notre histoire pour dessiner ce fameux mouton. Voici pourquoi.

« S’il vous plaît… dessine-moi un mouton !

— Hein !
— Dessine-moi un mouton… »

Le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry, p11 chez Folio junior aux éditions Gallimard.

Voyez-vous le mouton ?
Le Petit Prince n’en voudrait pas, il a des cornes !

Le Petit Prince est une œuvre philosophique et poétique de 1943 destinée aux plus petits comme aux plus grands. L’auteur utilise un style simple, et emploie même un vocabulaire enfantin ; il utilise par exemple « grandes personnes » lorsqu’il parle des « adultes ». Toutefois, si le narrateur donne l’impression de s’adresser plus particulièrement aux enfants, il s’adresse en réalité à toutes les tranches d’âge de lecteurs. Et si en français cela ne pose pas de problème, en ce qui concerne la traduction japonaise, cela va entrainer un premier dilemme, et de la décision qui sera prise dépendra le système d’écriture à utiliser.

En effet, au Japon, les enfants commencent par apprendre le système d’écriture phonétique, puis sont introduits les kanjis au fil de leur scolarité, jusqu’au lycée et au-delà. Pour faciliter la lecture de ces caractères empruntés à la Chine, figurent parfois au-dessus ou sur le côté les furiganas qui indiquent leur prononciation. Dans notre phrase par exemple, le verbe dessiner a été traduit de la même manière par tous les traducteurs, mais on le rencontre dans trois écritures différentes : かいて()いて描いて (kaite)

Les traductions 4 et 5 ont été réalisées par le même traducteur, tout comme les traductions 8 et 9, seule change l’écriture, l’une est en kanjis, l’autre en kanjis avec furiganas. La maison d’édition aura certainement fait le choix de publier une version destinée aux adultes et une version pour adolescents. Je ne sais pas s’il en existe une essentiellement écrite avec le système phonologique pour les plus petits, mais on pourrait l’imaginer.

À présent, si vous examinez la ponctuation, vous constaterez beaucoup de différences.

Le traducteur des versions 4 et 5 a conservé une ponctuation japonaise classique. Il a choisi d’introduire le dialogue par des demi-crochets, a remplacé les points de suspension par une virgule et a préféré utiliser la particule よ (yo), manière très naturelle d’exprimer l’emphase en japonais, suggérée par le point d’exclamation en français.  

「すみません、ヒツジの()()いて」

En revanche, la troisième traduction respecte, quant à elle, la ponctuation de la version originale et de manière générale, utilise une ponctuation proche de celle des langues occidentales. Elle introduit le dialogue par un tiret long, conserve les points de suspension ainsi que le point d’exclamation. C’est la version qui me semble la plus originale, les tirets étant très rares en japonais, les points d’exclamation sont plus courants, mais ne sont pas non plus la norme dans la littérature classique japonaise et moins encore dans la littérature du milieu du 20e siècle dont l’œuvre date.

___すみませんけど……ヒツジの絵、かいて!

Ainsi, on pourrait penser que tout oppose les traductions 3 et 4, pourtant elles ont un point commun, elles sont écrites dans le sens horizontal. Traditionnellement, les œuvres littéraires sont publiées dans le sens vertical. Le sens horizontal est surtout utilisé pour les magazines, les manuels scolaires, les publications scientifiques, et de manière générale, lorsqu’elles contiennent des mots étrangers ou des formules mathématiques par exemple, qu’il est plus difficile, voire impossible de retranscrire à la verticale.

Toujours est-il que ces traducteurs ont fait des choix bien différents, certainement poussés par le désir de coller au plus près du texte source ou au contraire de respecter au mieux le naturel de la langue d’arrivée afin d’être le plus invisible possible. Faire en sorte que l’œuvre semble avoir été écrite dans la langue traduite est souvent ce qui est exigé aujourd’hui, mais ça n’est pas toujours le cas et quoiqu’il en soit, cela reste un choix. Lorsque le Japon a commencé à s’ouvrir au monde et que la nécessité de traduire des ouvrages s’est fait ressentir, deux écoles se sont opposées, avec à leur tête deux grands maîtres : Sugita Seikei et Ogata Kôan. Le premier recommandait de rester très proche du texte original et avait un style très recherché, choisissant les kanjis et les expressions avec soin. Le second, au contraire, une fois le livre lu, ne l’ouvrait plus, et écrivait sa propre interprétation dans un style simple, car selon lui l’utilisation de caractères compliqués amenait le lecteur à ouvrir l’originale pour comprendre la traduction ce qui était ridicule.

Bien entendu, il existe tout un monde de possibilités entre ces deux extrêmes. Dans notre exemple, les traducteurs 6 et 8 ont choisi d’employer à la fois la particule et le point d’exclamation et d’autres ont remplacé ce dernier par un point (7) ou l’ont tout simplement omis (4).

Les possibilités sont d’autant plus nombreuses dans la traduction franco-japonaise que les langues sont très éloignées, à tel point qu’il peut même sembler difficile de coller au style de l’auteur tout en respectant la façon naturelle dans laquelle un Japonais va exprimer ses idées. Par exemple, alors que j’étais en cours de grammaire, je demandais à mon professeur s’il pouvait allumer les lumières, car on ne voyait pas bien le tableau, il me répondit, qu’une Japonaise lui aurait certainement dit qu’il faisait bien sombre ici. Dans la traduction de notre phrase, on retrouve également une différence de construction selon les traducteurs.

La traduction 6 est la plus proche du texte source. Seule celle-ci indique la personne pour qui le narrateur doit dessiner le mouton et le nombre de moutons à dessiner, les autres traducteurs ont fait abstraction de ces informations, certainement parce que cela leur paraissait évident. En effet, si le Petit Prince avait voulu plus d’un mouton, tous les traducteurs auraient précisé le nombre, et s’il en avait voulu beaucoup, peut-être auraient-ils fait mention d’un troupeau de moutons par exemple.

ぼくに (boku ni) = Pour moi
羊を一匹 (hitsuji wo ippiki)= 1 mouton
描いて (kaite)= dessiner
ぼくに羊を一匹描(ぴきか)いて= dessine un mouton pour moi ou dessine-moi un mouton.

De plus, hormis le traducteur de la version 6, tous ont également préféré le groupe nominal “dessin de mouton” plutôt que le terme “mouton” seul.

(ひつじ)() ou écrit avec le système phonologique ヒツジの絵 (hitsuji no e) = dessin de mouton.

Ce qui donne :

ヒツジの()()いて = dessine dessin de mouton.

Préciser le nombre de moutons et à qui est destiné le dessin peut sembler un peu insistant aux yeux d’un Japonais, mais ce n’est peut-être pas mal venu puisque le Petit Prince est lui-même très insistant dans la version française.

Enfin, le traducteur 10 va jusqu’à transformer l’injonction faite au narrateur en requête sous forme de question.

ヒツジの絵、描いてくれない? (hitsuji no e kaitekurenai) = dessin de mouton, tu ne veux pas dessiner ?

Il vient également ponctuer la fin de sa phrase par un point d’interrogation, alors qu’il aurait pu choisir la particule (ka) qui sert à indiquer une question en japonais (ヒツジの絵、描いてくれない = hitsuji no e kaitekurenai ka).       

 Ainsi, le style du traducteur va s’exprimer à travers ses choix, et ce, même si son objectif est d’être le plus invisible possible. Ses décisions, ses préférences vont définir sa marque de fabrique, elles seront l’expression de sa créativité, mais aussi de son interprétation. Tout auteur sait qu’une fois écrite, l’œuvre ne lui appartient plus, le lecteur s’en empare, la transforme et l’interprète selon son vécu, ses valeurs, ou même ses envies ou son humeur et le traducteur ne fait pas exception. Revenons par exemple à notre histoire. Le narrateur était en train de dormir lorsque le Petit Prince l’a réveillé avec ce : “S’il vous plaît…”

Comment avez-vous donc traduit cette locution ? Nos traducteurs japonais n’ont, eux, pas tous compris la même chose. En effet si vous concentrez votre attention sur le début de la phrase, vous trouverez différentes traductions :  (ne : 1-11) ; ねえ (nee :6) ;もしもし (moshimoshi :10) ; すみません (sumimasen :2-3-4) ; お願い ou おねがい (onegai :7-8).

Les traducteurs 1, 11, 6 et 10 ont interprété ce « s’il vous plaît » comme une locution interjective, elle aurait donc une fonction phatique, et dans ce cas précis, celle d’établir le contact avec l’interlocuteur.

ね (ne) (1-11) ou ねえ (nee) (6) est une interjection, sorte d’onomatopée qui sert à interpeller une personne et qui pourrait par exemple se traduire par “hé” ou “héé”.

もしもし (moshimoshi) (10) est un mot aujourd’hui tombé en désuétude pour ce qui est d’interpeller une personne, mais qui est toujours utilisé pour répondre au téléphone, c’est leur “allô” à eux. Dans notre phrase, c’est comme si le Petit Prince disait : “Dis… dessine-moi un mouton.”

Pour les traducteurs 2, 3 et 4, il s’agit à la fois d’une locution interjective et d’un terme de politesse introduisant une requête, car oui, le Petit Prince est un garçon poli.

すみません (sumimasen) est souvent traduit par excusez-moi. Il s’utilise comme en français pour interpeller quelqu’un ou pour s’excuser, cependant il peut aussi être employé pour remercier une personne. Dans ce cas, il aura le sens de “merci pour le dérangement” ou “merci de vous être donné cette peine”.

Enfin, les traducteurs 7 et 8 n’ont pris en compte que la notion de politesse.

お願い ou おねがい (onegai) est une locution comprenant une particule de politesse  (o) et un mot qui introduit une requête ねがい (negai) et qui signifie “demande”. Cette locution est souvent traduite par “s’il vous plaît” et n’a pas de valeur interjective.

 Qu’en pensez-vous ? Quel est l’objectif de ce “s’il vous plaît” ? Est-il là pour établir un contact, une communication, faire une demande polie, ou les deux à la fois ?

 Loin d’être déjà simples pour un japonais, les choses vont se compliquer encore un peu puisque le Petit Prince va commettre une faute de concordance, il commence par vouvoyer le narrateur, puis dans la suite de sa phrase, le tutoie. En effet, il emploie “s’il vous plaît” comme s’il s’agissait là d’un seul mot, d’une expression figée, erreur que commettent les tout petits. Comment donc retranscrire cette faute habituelle chez les enfants ?

En japonais, il existe non pas deux niveaux de langue comme en français, mais plusieurs. Les traducteurs qui ont utilisé une interjection (1-11-6 et 10) n’ont pas exploité cette différence de niveaux ni l’erreur commise, cependant ils ont respecté le registre de l’enfant.

En ce qui concerne すみません (sumimasen) (2-3-4), le traducteur 3 a ajouté à cette formulation けど (kedo) qui rend la demande plus polie, l’interjection moins abrupte. Malgré tout, l’une ou l’autre proposition reste moins courante chez les jeunes enfants et la différence de niveau avec le reste de la phrase n’est pas flagrante, il n’y a pas d’erreur de concordance.

Enfin, おねがい (onegai) (7) est moins poli que おねがいします (onegaishimasu) (8) et dans ce cas de figure le contraste avec la fin de la phrase est plus net, c’est certainement la traduction qui reflète le mieux la version française, cependant c’est surement la formulation la moins naturelle chez les petits. Ce n’est pourtant toujours pas la plus élevée en matière de politesse. Pour contraster et marquer l’erreur encore plus, on aurait aussi pu avoir (ねが)いがあります (onegaigaarimasu) ou encore (ねが)いがあるんですが (onegaigaarundesuga) qui sont des formulations encore plus polies et que l’on pourrait traduire par “j’ai une faveur à vous demander”.

Mais qu’en est-il donc de votre traduction à vous ? Avez-vous réussi à lui donner un air enfantin tout en introduisant deux niveaux de langue ? Respecte-t-elle les intonations exprimées par la ponctuation, et comment ? Collez-vous au style de l’auteur tout en restant invisible ? Avez-vous dû faire des concessions ? Existe-t-il d’autres problématiques liées à votre paire de langues ? Avez-vous changé votre traduction au fil de votre lecture ? Cette courte phrase, au vocabulaire simple, vous a-t-elle donné du fil à retordre ? Elle aura eu le mérite de montrer à quel point la traduction peut être multiple et subjective. On aurait tout aussi bien pu comparer différentes traductions d’une œuvre de Shakespeare. L’une d’entre elles vous aurait certainement paru meilleure, non pas parce qu’elle l’aurait été, mais parce qu’elle aurait mieux répondu à vos attentes et à vos goûts. Ainsi, bonne ou mauvaise telle est donc vraiment la question ?

Toutes ces interrogations que j’ai soulevées, d’autres l’ont déjà fait mieux que moi. Ils ont su mettre des mots sur des concepts, créer des courants de pensée, lister les possibles solutions et leurs implications. Les élèves de première année de master qui lisent ce billet n’auront d’ailleurs pas manqué de faire le lien avec ces hommes et ces femmes qui nourrissent leurs cours de traductologie et qui m’ont permis de comprendre mes choix, d’identifier mes préférences et de savoir les défendre, mais également de faire preuve de tolérance et d’humilité. En tant que professionnel il est important de respecter les décisions et les impératifs de ses clients, mais si vous êtes libre de vos choix, puisqu’une traduction ne peut faire l’unanimité, n’hésitez pas, faites-vous plaisir, libérez votre imagination et innovez !

 

Traductions

1.「ね……ヒツジの絵をかいて!」
Interjection : Hé…  dessin de mouton – dessine ! point d’exclamation pour exprimer l’emphase
「え?」
「ヒツジの絵をかいて……」(Traducteur :内藤、1953年)
2.「すみません……。ヒツジの絵、かいてよ」
Interjection + mot de politesse à la forme neutre : excuse-moi – double ponctuation – dessin de mouton – , introduction d’une virgule – dessine – hein particule pour exprimer l’emphase 
「ええっ?」
「ヒツジの絵、かいてよ……」(Traducteur :稲垣、2005年)
3. Horizontal
___すみませんけど……ヒツジの絵、かいて!
Ponctuation à l’occidentale – interjection + mot de politesse à la forme polie : excusez-moi… – dessin de mouton – , introduction d’une virgule – dessine ! point d’exclamation pour exprimer l’emphase
___え?
___ヒツジの絵、かいて…… (Traducteur :石井、2005年)
4. Horizontal
「すみません、ヒツジの絵を描いて」
Interjection + mot de politesse à la forme neutre : excuse-moi – virgule à la place des points de suspensions – dessin de mouton – dessine – pas d’emphase
「え、なに?」
「ヒツジの絵を描いて」(Traducteur :池澤、2005年a)
5. Furiganas + Horizontal
「すみません、ヒツジの()()いて」
Interjection + mot de politesse à la forme neutre : excuse-moi – virgule à la place des points de suspensions – dessin de mouton – dessine – pas d’emphase
「え、なに?」
「ヒツジの()()いて」(Traducteur :池澤、2005年b)
6. Furiganas
「ねえ、ぼくに羊を一匹描(ぴきか)いてよ!」
Interjection : Héé – virgule à la place des points de suspensions –  pour moi – 1 – mouton – dessine – hein ! double emphase : particule + ponctuation
ええ⁉
「羊を一匹描(ぴきか)いてよ!」(Traducteur :谷川、2006年)
7. Furiganas
「お願い……。ヒツジの()()いて。」
Mot de politesse à la forme neutre : s’il te plaît – double ponctuation – dessin de mouton – dessine – pas d’emphase, mais un point
「なんだって?」
「ヒツジの()()いて。」(Traducteur :三田、2006年)
8.「おねがいします……羊の絵を描いてよ!」
Mot de politesse à la forme polie : s’il vous plaît… – dessin de mouton – dessine – hein ! double emphase : particule + ponctuation
「えっ?」
「羊の絵を描いてくれってば……」(Traducteur :管、2011年a)
9. Furiganas
「おねがいします……(ひつじ)()()いてよ!」
Mot de politesse à la forme polie : s’il vous plaît… – dessin de mouton – dessine – hein ! double emphase : particule + ponctuation
「えっ?」
(ひつじ)()()いてくれってば……」(Traducteur :管、2011年b)
10.「もしもし……ヒツジの絵、()いてくれない?」
Locution interjective : Dis…– ordre changé en requête à la forme neutre – dessin de mouton – , introduction d’une virgule – tu ne veux pas dessiner ? ponctuation occidentale indiquant une question
「えっ?」
「ヒツジの絵、描いて……」(Traducteur :奥本、2007年)
11.「ね、ヒツジの絵を描いてよ」
Ponctuation japonaise - Interjection : Hé – virgule à la place des points de suspensions – dessin de mouton – dessine – hein particule pour exprimer l’emphase
(Traducteur :永嶋、2013年)

Traducteur/titre/maison d’édition – collection/année de parution/sens d’écriture (verticale ou horizontale)

1内藤濯訳、 『星の王子さま』、岩波少年文庫、岩波書店、1953年、縦書き

2稲垣直樹訳、 『星の王子さま』、平凡社、2005年、縦書き

3石井洋二郎訳、 『星の王子さま』、ちくま文庫、2005年、横書き(Horizontal)

4池澤夏樹訳、 『星の王子さま』、集英社文庫、2005年、横書き(Horizontal)

5池澤夏樹訳、 『星の王子さま』、集英社、2005年、横書き(Horizontal)

6谷川かおる訳、 『星の王子さま』、ポプラ社、2006年、縦書き

7三田誠広訳、 『星の王子さま』、青い鳥文庫、講談社、2006年、縦書き

8管啓次郎訳、 『星の王子さま』、角川文庫、角川書店、2011年、縦書き

9管啓次郎訳、 『星の王子さま』、角川つばさ文庫(西原理恵子絵)、角川書店、2011年、縦書き

10奥本大三朗訳、 『星の王子さま』白泉社2007年、縦書き、省略多し

11永嶋恵子訳、 『星の王子さま』KKロングセラーズ(中村みつえ絵)、2013年、縦書き、省略多し