J’ai testé pour vous : Faire son stage dans une agence de traduction suédoise

Par Justine Abdelkader, étudiante M2 TSM

L’année 2020, bien que chaotique, m’a tout de même permis de faire un stage d’un mois chez Språk&Co, une agence de traduction suédoise basée à Göteborg, sur la côte ouest de la Suède. À défaut d’avoir pu faire un rapport de stage sur cette très bonne expérience, je partage avec vous ce que j’y ai vécu et ce qui, je pense, ne serait arrivé qu’en Suède.

Manipuler une langue étrangère au travail

Malgré ma préparation sur le clavier Qwerty de mon téléphone, travailler avec un clavier suédois n’est pas de tout repos. Je n’arrête pas d’inverser le Q et le A en écrivant en suédois, et quand je passe au français, les accents me donnent du fil à retordre (mais où est donc passée cette cédille ?!). L’avantage, c’est que les caractères suédois, eux, sont très faciles d’accès. Plus besoin donc de recourir à toutes sortes de stratagèmes pour sortir un å (prononcez comme un o !).

Le ton des emails échangés est bien plus décontracté qu’en France. Pour dire bonjour, on dit Hej!, on s’appelle par son prénom et on tutoie même les inconnus. C’est la langue et la culture suédoises qui le veulent, et une agence de traduction ne déroge pas à la règle.

Être au cœur de la Scandinavie

En ce qui concerne la langue de communication, la situation est assez spéciale et je suis vite émerveillée par la façon dont toutes les langues scandinaves se mélangent. (Petit rappel : la Scandinavie désigne seulement trois pays, la Suède, la Norvège et le Danemark. À ceux-là s’ajoutent la Finlande et l’Islande quand on parle de « pays nordiques ».) Suédois, norvégien et danois se ressemblent beaucoup, notamment à l’écrit. Conséquence : communiquer devient très intéressant. Chacun utilise sa langue pour écrire des mails, voire parfois pour téléphoner, et pourtant, tout le monde se comprend. Je me suis ainsi retrouvée à lire des mails de traducteurs norvégiens ou danois… une expérience mémorable ! Je comprenais tout, même si parfois une deuxième lecture et une petite gymnastique de l’esprit étaient nécessaires, et pourtant je n’ai jamais étudié ces langues de toute ma vie.

L’agence est beaucoup sollicitée pour traduire en anglais, en allemand et dans les langues scandinaves. Mais ces dernières sont traitées un peu différemment. En effet, quand il s’agit d’obtenir une traduction norvégienne ou danoise pour un produit ou une liste d’ingrédients par exemple, on procède souvent à ce qu’ils appellent un « shampooinage ». Vous imaginez mon étonnement quand je commence mon stage et qu’on me parle de shampooing… En réalité, ce terme évoque la façon dont les trois langues sont mélangées pour donner une traduction quasi-unique valable dans les trois pays, mais élaborée à partir d’une des trois langues. C’est ainsi que vous verrez parfois, sur des emballages multilingues, l’inscription « SV/NO/DK », puis le texte où certains mots sont suivis d’un slash et d’une autre proposition. Par exemple : « Allergiinformation se forpakning. Må/får ikke/ej sælges/säljas stykvis/styckvis. » (en français, « Informations allergies : voir paquet. Ne pas vendre séparément. ») Les mots doublés voire triplés sont en fait des mots que les traducteurs norvégiens, danois et/ou suédois ont jugés trop difficiles à comprendre tels quels pour leurs compatriotes, ou pas assez naturels. Ils ont donc donné le mot adapté dans leur langue. Cela permet de gagner de la place sur les étiquettes en ne modifiant que certains mots. Ainsi, trois pays différents comprennent ce qui est inscrit. Il existe différents degrés de shampooinage, selon le souhait du client, l’espace disponible, la qualité attendue, etc. Bien évidemment, cette technique n’est pas utilisée systématiquement pour tous les textes, mais j’y ai beaucoup été confrontée pendant mon stage et j’ai trouvé ça fascinant de connaître les coulisses de ces inscriptions que l’on trouve sur certaines étiquettes et emballages de produits.

S’adapter à la vie professionnelle locale

L’agence se trouve dans un espace partagé où plusieurs entreprises différentes louent un bureau. En arrivant le matin, juchée sur mon vélo (quelle meilleure façon de s’intégrer dans un pays connu pour ses valeurs écologiques ?), je sais donc que je vais croiser des personnes qui exercent une activité tout à fait différente de la mienne. Ce fonctionnement est très intéressant, et la pause de midi donne l’occasion d’aborder des sujets qui n’ont rien à voir avec la traduction. Sans compter que plusieurs personnes amènent leur chien au travail, ce qui rend la pause d’autant plus divertissante… Quoiqu’il en soit, les espaces de coworking peuvent représenter la solution idéale pour celles et ceux qui voudraient s’installer à leur compte sans se passer de la présence d’autres êtres humains.

Dans mon cas, j’ai tout de même une collègue avec qui je peux échanger à ma guise. Avec une bienveillance infinie, elle a la patience de répondre à mes nombreuses questions tout au long du mois. Elle a entre autres l’occasion de me parler de son parcours universitaire, et de la façon dont les masters de traduction en Suède fonctionnent. D’après elle, ils ne préparent pas suffisamment les étudiants à la vie réelle d’un traducteur indépendant, ou même d’un gestionnaire de projets en agence. Les cours de traduction pure sont construits autour d’une discussion des propositions de traduction de chaque étudiant, ce qu’elle trouve enrichissant, mais aucun véritable cours technique avec manipulation d’outils n’est offert. Elle n’a eu accès qu’à une brève introduction à SDL Trados Studio par exemple. Elle a surtout appris sur le tas, en commençant à travailler comme stagiaire dans une agence, puis en étant employée là-bas, avant de se lancer en tant qu’indépendante et de finalement atterrir à Språk&Co. Le stage qu’elle a fait était d’ailleurs une démarche personnelle car sa formation n’en contenait pas.

La dernière semaine, pour finir le stage en beauté, la patronne de l’agence nous rend visite et nous apporte de quoi faire un petit fika. Véritable institution sociale là-bas, cette pause-café nous a permis de débriefer en toute tranquillité sur le mois qui s’était écoulé, et de voir ensemble quels aspects du milieu j’avais découverts ou démystifiés. Un stage à l’étranger qui m’aura donc beaucoup apporté, et c’est ainsi que je quitte l’agence le dernier jour, sans oublier mon vélo, heureuse d’avoir tant appris depuis le premier Hej jusqu’au dernier café.

J’ai testé pour vous… Traduire, la nouvelle application de traduction d’Apple

Par Margaux Mackowiak, étudiante M2 TSM

Que vous possédiez un iPhone ou non, vous aurez peut-être entendu parler de la nouvelle application de traduction développée par Apple : Apple Translate, ou tout simplement nommée Traduire en français. L’app (nom donné par la marque à la pomme à ses applications) a été introduite avec la version iOS 14 annoncée en juin dernier lors de la WWDC 2020, à savoir la conférence mondiale des développeurs Apple, et installée automatiquement en effectuant la mise à jour iOS 14 depuis septembre. Parmi l’ensemble des moteurs de traduction automatique déjà présents sur le marché, l’app Traduire a-t-elle les atouts nécessaires pour leur faire concurrence ? C’est l’enquête que j’ai décidé de mener pour vous dans ce billet.

Prise en main et ergonomie

Lors du premier lancement de l’app, vous pourrez suivre un tutoriel vous indiquant de façon claire et simple les différentes fonctionnalités de l’outil de traduction et la manière de l’utiliser.

D’un point de vue ergonomique, l’interface est fluide et épurée, les couleurs sont neutres et agréables et s’adaptent en fonction du mode clair ou sombre paramétré dans les réglages de votre appareil. L’outil est simple d’utilisation, seuls quelques boutons sont présents à l’écran et leur utilité est rapidement identifiable, notamment après avoir lu le tutoriel. Sur ce point, nous pouvons admettre que l’interface est ergonomique.

Fonctionnalités

Nous avons le choix parmi 11 langues sources et cibles disponibles, et une supplémentaire selon la région géographique : l’allemand, l’anglais (des États-Unis ou du Royaume-Uni), l’arabe, le chinois (mandarin simplifié), le coréen, l’espagnol (d’Espagne), le français (de France), l’italien (d’Italie), le japonais, le portugais (du Brésil), ainsi que le russe.

Ce nombre est conséquent puisque, par comparaison, le moteur de traduction automatique à base de réseaux neuronaux DeepL ne propose qu’une variante géographique de plus. En incluant l’anglais britannique et l’anglais américain, nous arrivons ainsi à 130 combinaisons de paires de langues possibles pour Traduire.

De plus, l’outil d’Apple propose non seulement un système de traduction textuel, mais aussi vocal.

Qualité de traduction

Pour évaluer la qualité de Traduire, je vais comparer les traductions proposées par l’outil avec celles de DeepL et de Google Traduction et je vais le tester sur les problèmes récurrents rencontrés lors de l’utilisation des autres moteurs de traduction automatique.

Pour commencer, j’ai choisi un extrait du tutoriel officiel d’Apple en anglais, How to use Translate on your iPhone. Voici la traduction proposée par Traduire :

Traduire a donc traduit “When you download a language to use offline, it might take up space on your iPhone. You can remove a downloaded language whenever you want.” par « Lorsque vous téléchargez une langue pour utiliser hors ligne, cela pourrait prendre de la place sur votre iPhone. Vous pouvez supprimer une langue téléchargée quand vous le souhaitez. » Or, la version française de ce passage sur la page du tutoriel d’Apple en français est : « Le téléchargement d’une langue hors ligne peut occuper de l’espace sur votre iPhone. Vous pouvez à tout moment supprimer une langue téléchargée. »

On observe ainsi que la traduction de Traduire est compréhensible, certes, mais très littérale. L’app nous offre une traduction mot à mot, ce qui ne ferait pas l’affaire dans un texte officiel.

Pour tester l’outil sur la traduction de titres d’articles, j’en ai sélectionné un sur un sujet on ne peut plus d’actualité : celui de la Covid-19.

Ainsi, pour Coronavirus: UK ‘remains in containment phase’ – Johnson, l’app Traduire le traduit en français par Coronavirus : UK « reste en phase de confinement » – Johnson. On voit donc que l’outil n’a pas traduit ‘UK’ par ‘Le Royaume-Uni’, comme le font DeepL et Google Traduction. En français, il est aussi coutume d’ajouter le prénom et de ne pas uniquement nommer une personnalité par son nom de famille, ce que les moteurs de traduction automatique ne prennent pas encore en compte.

Ensuite, j’ai voulu vérifier si l’outil saurait localiser des éléments propres à différents pays. Pour ce faire, j’ai choisi un extrait de mode d’emploi d’un trotteur pour bébé. Voici la traduction d’une phrase tirée de la partie information des consommateurs :

Traduire a donc traduit “Call Consumer Relations 8 AM – 6 PM EST Monday through Friday.” par « Appelez Relations avec les consommateurs de 8 h à 18 h HNE du lundi au vendredi ». Pour cette même phrase, DeepL et Google Traduction proposent « Appelez le service des relations avec les consommateurs de 8 h à 18 h HNE du lundi au vendredi. »

L’app d’Apple a traité ‘Consumer Relations’ comme un nom propre, contrairement aux deux autres moteurs qui l’ont correctement traduit. En outre, les trois outils ont traduit EST (Eastern Standard Time) par HNE (heure normale de l’Est), mais n’ont pas localisé les chiffres en UTC+1, l’heure locale.

Voyons à présent ce qu’il en est des préjugés. Les moteurs de traduction automatique sont connus pour contenir des algorithmes qui reproduisent des stéréotypes racistes ou sexistes provenant des humains, comme en témoigne le billet de blog d’Estelle Peuvion de novembre 2019.

Qu’en est-il du cas de Traduire ? Pour le savoir, j’ai choisi deux métiers du corps hospitalier, à savoir les termes infirmier/infirmière et chirurgien/chirurgienne. Découvrons comment se comporte Traduire avec ces mots.

Si je saisis le texte suivant : “The nurse entered the room. He gave me my medicine.”, Traduire propose « L’infirmière est entrée dans la chambre. Il m’a donné mes médicaments. »

En plus de traduire ‘nurse’ par ‘infirmière’ par défaut, l’outil ne corrige pas le genre alors même que j’ai précisé qu’il s’agissait d’un homme dans la phrase suivante. DeepL et Google Traduction reproduisent la même erreur.

Dans l’exemple suivant, Traduire traduit “The surgeon asked her colleague to give her a scalpel.” par « Le chirurgien a demandé à sa collègue de lui donner un scalpel. »

Là encore, le genre n’est pas inconnu puisque j’ai indiqué à deux reprises qu’il s’agissait d’une femme. Toutefois, la machine considère que le spécialiste est un homme et que le collègue est une femme. Google Traduction propose la même solution, tandis que pour DeepL, les deux protagonistes sont des hommes.

Il est donc clair que l’ensemble des moteurs de traduction automatique reproduisent des clichés, et que, depuis l’article d’Estelle Peuvion mentionné précédemment, la situation n’a pas réellement évolué.

Pour terminer, j’ai choisi un exemple simple en me mettant à la place d’une touriste qui désire prendre un repas dans un restaurant.

Ici, la machine nous propose un faux sens. En retraduisant vers le français, le texte obtenu signifierait : « Bonjour, voudriez-vous savoir si vous mangez encore ? », ce qui est loin de notre texte source d’origine. La traduction correcte en anglais aurait été “Hello, I would like to know if you are still serving food?”. On constate que l’outil peut donc commettre des erreurs, même pour des questions simples que n’importe quel individu pourrait poser lors d’un séjour à l’étranger.

J’ai ici mis en exergue des erreurs qu’a commises la machine lorsque je l’ai testée, mais évidemment, cela n’arrive pas pour chaque phrase entrée par l’utilisateur. L’outil peut proposer des traductions correctes, toutefois, il est important de soulever les erreurs qu’il est susceptible de commettre pour savoir dans quelle mesure l’utiliser.

Aspects positifs et négatifs

S’offre à nous la possibilité de consulter l’historique récent de nos recherches en balayant l’écran vers le bas, ainsi que d’ajouter des traductions en favori qui seront enregistrées dans l’onglet Favorites en cliquant sur l’étoile.

Un dictionnaire est également intégré et accessible en touchant l’icône associée ou en appuyant directement sur un mot de la traduction proposée.

En outre, nous avons l’option de télécharger les langues que nous souhaitons pour pouvoir les utiliser en mode hors ligne, lors d’une absence de connexion Internet.

Lorsque le téléphone est incliné en mode paysage, l’outil permet de traduire des mots prononcés oralement en appuyant sur l’icône du micro. Si l’option de détection automatique est activée au préalable, l’outil reconnaîtra la langue parmi les deux sélectionnées et une voix lira automatiquement la traduction. Celle-ci pourra être réécoutée en appuyant sur l’icône de lecture (le symbole du triangle). L’icône de flèches en sens opposé permet, quant à elle, d’afficher la traduction proposée par l’outil en grands caractères blancs sur fond bleu.

Néanmoins, l’insertion de texte se fait uniquement en mode portrait, l’utilisation du micro étant requise en mode paysage.

L’app est gratuite mais uniquement accessible aux utilisateurs d’Apple propriétaires d’un iPhone avec la version iOS 14 ou une version ultérieure, elle ne détecte pas automatiquement les langues, et il se peut qu’elle commette des erreurs de traduction majeures.

Conclusion

Traduire s’avère particulièrement utile pour les personnes possédant un iPhone. À portée de main, cette application intégrée au smartphone permet de communiquer assez facilement dans une langue qu’on ne maîtrise guère, en voyage à l’étranger ou tout simplement en complément lorsqu’on désire en apprendre une nouvelle, et cela est d’autant plus vrai grâce au micro intégré. L’app est épurée, facile d’accès et simple d’utilisation.

Cependant, il faut se méfier des erreurs types des moteurs de traduction automatique, telles que la reproduction des stéréotypes, les contresens ou encore la non-traduction. Nous avons également vu que l’app peut fournir des traductions erronées, même pour des phrases simples.

Pour pouvoir être utilisée pour de la post-édition comme DeepL Pro par exemple, il faudrait que l’app soit disponible sur MacBook, ce qui n’est pas (encore) le cas, et qu’elle s’améliore sur les aspects négatifs mentionnés tout au long de cette analyse.

Évidemment, ce billet est basé en grande partie sur mon avis et mon expérience en tant qu’utilisatrice de l’application et étudiante en traduction. Des études seraient nécessaires pour mesurer le taux d’erreurs de l’outil et il faudrait les comparer avec celles réalisées jusqu’à présent pour les autres moteurs de traduction automatique. Il s’agit d’une application prometteuse, utile pour les particuliers, mais qui est pour l’instant loin d’être suffisante pour les professionnels de la traduction dans un contexte de post-édition. L’app Traduire ayant été introduite récemment, gardons toutefois à l’œil ce qu’Apple lui réserve, d’autant plus que peu d’éléments sont dévoilés à son sujet, comme le type de corpus qui la constitue et son degré de confidentialité.

Les images de ce billet sont des captures d’écran réalisées par mes soins via l’application pour iPhone ‘Traduire’, propriété d’Apple.

Sources :

App Store. « ‎Traduire ». https://apps.apple.com/fr/app/traduire/id1514844618

Apple Support. « How to Use Translate on Your IPhone », 16 septembre 2020. https://support.apple.com/en-us/HT211671

Apple Support. « Traduire du texte et des voix sur l’iPhone ». https://support.apple.com/fr-fr/guide/iphone/iphd74cb450f/ios

Apple Support. « Utiliser Traduire sur votre iPhone », 29 octobre 2020. https://support.apple.com/fr-fr/HT211671

« Containment Phase “Unlikely to Work on Its Own” ». BBC News, 9 mars 2020. https://www.bbc.com/news/av/uk-51809498

Innocente, Florian. « iOS 14 : « Traduire », l’app d’Apple pour les vacances à l’étranger ». iGeneration, 27 juin 2020. https://www.igen.fr/ios/2020/06/ios-14-une-app-traduire-pour-les-francais-mauvais-en-langues-etrangeres-115921

« Instruction d’utilisation Fisher-Price STRIDE-TO-RIDE WALKER 73499 ». Manualsbase.com. https://www.manualsbase.com/fr/manual/640474/baby_walker/fisher-price/stride-to-ride_walker_73499/

Loock, Rudy. Cours de recherche en traduction automatique dispensé en Master 2 de Traduction spécialisée multilingue à l’Université de Lille.

Peuvion, Estelle. « Traduction automatique : les algorithmes ont-ils des préjugés ? » MasterTSM@Lille (blog), 10 novembre 2019. https://mastertsmlille.wordpress.com/2019/11/10/traduction-automatique-les-algorithmes-ont-ils-des-prejuges/

Turcan, Marie. « iOS 14 est disponible : voici toutes les nouveautés sur votre iPhone ». Numerama, 17 septembre 2020. https://www.numerama.com/tech/632269-ios-14-toutes-les-nouveautes-a-venir-sur-iphone.html

Van der Vorst, Sarah et Pacinella, Quentin. Cours de traduction automatique et post-édition dispensé en Master 2 de Traduction spécialisée multilingue à l’Université de Lille.

DeepL Pro, à prendre ou à laisser ?

Par Archibald Marchal, étudiant M2 TSM

Ah notre bel ami DeepL, on le présente plus, l’outil de traduction automatique de Linguee est déjà bien connu. Créé en août 2017 par la filiale Linguee, il tient son nom de « deep learning » signifiant que la machine apprend avec le temps et les informations qu’elle reçoit, à l’image du cerveau humain. Fortiche non ?

DeepL est un outil qui divise les débats. Les pessimistes vous diront que la traduction automatique (TA) n’est rien d’autre que de la poudre aux yeux et qu’elle n’a aucun intérêt pour la traduction professionnelle, alors que les optimistes eux, vous diront qu’il s’agit là d’un instrument magique bientôt capable de remplacer l’humain. Essayons de nous placer du côté réaliste de ce débat. Les développeurs de DeepL eux-mêmes, ne considèrent pas leur outil comme la fin du traducteur, puisqu’on verra par la suite qu’ils collaborent avec les outils de TAO.

Selon moi, au vu des progrès de la TA depuis ces dernières années, il serait idiot de ne pas profiter de ce bel outil à notre disposition, et gratuit ! Bien évidemment, je suis d’accord pour dire que la TA ne remplacera jamais le traducteur professionnel, mais elle permet d’obtenir des résultats majoritairement cohérents en moins d’une seconde. Le gain de temps pour un traducteur est donc considérable. Sans oublier que la post-édition devient de plus en plus courante et qu’en tant que traducteur, il vaut mieux être compétent dans cette tâche et donc commencer dès maintenant à se former à la TA.

Comme vous le savez peut-être, DeepL se base sur un corpus, et ce corpus, c’est internet. Autant dire un mastodonte, regorgeant de bonnes et de moins bonnes sources. C’est pourquoi DeepL sera plus efficace pour des textes peu ou pas spécialisés. Forcément, plus on se spécialise, moins il y a de source, donc moins DeepL est performant.

Maintenant qu’on a toutes les informations en main, intéressons-nous à la version Pro de notre outil préféré. Combien coûte-t-elle ? Qu’apporte-t-elle de plus ? A qui s’adresse-t-elle ? Regardons tout cela en détail.

Tout d’abord il faut savoir que DeepL propose plusieurs forfaits :

Ce tableau proposé par le site de DeepL indique les différences entre chaque forfait. Premièrement on peut voir qu’il existe deux méthodes d’abonnement : mensuelle ou annuelle. La souscription à l’année permet alors de bénéficier de réduction non négligeable (33 %). Deuxièmement on remarque trois versions Pro différentes.

Les points communs

L’intérêt premier de la version Pro de DeepL est évidemment la protection des données. Vos clients vous ont fait signer un accord de confidentialité ? Alors oubliez n’importe quel outil de TA gratuit. DeepL Pro vous propose de la traduction automatique 100 % sécurisée, et ce, pour n’importe quel forfait.

Ensuite, sur DeepL version gratuite, vous avez un nombre de caractères limité, à savoir 5 000. Cela peut s’avérer très peu dans bon nombre de projets. Même si vous segmentez votre texte, attention aux incohérences, DeepL peut très bien vous proposer des traductions différentes pour le même terme lors de différentes recherches. Si vous mettez tout votre texte d’une traite, ce que permet la version pro, fini les incohérences !

Dernier point commun entre les forfaits : l’option formel/informel. En effet, grâce à DeepL Pro, vous pourrez choisir le ton de votre traduction.

Les différences

Vu les forfaits proposés et les divergences de prix, on s’attend évidemment à des fonctionnalités différentes.

D’abord, on constate que DeepL Pro permet la traduction de fichiers intégraux, ce qui signifie qu’à la manière d’un outil de TAO, il va rendre le fichier dans son format original, avec la mise en page originale. Néanmoins, selon le forfait, vous n’aurez pas droit aux mêmes volumes. En effet, pour la version « Starter » seulement 5 fichiers par mois, 20 pour la version « Advanced » et on monte jusqu’à 100 pour la version « Ultimate ».

La seconde différence réside dans la création de glossaires. Le forfait « Starter » ne propose la création que d’un seul glossaire, avec entrées illimitées certes, tandis que les deux autres forfaits permettent la création de « plusieurs » glossaires. Ces glossaires sont interactifs et peuvent s’avérer vite indispensables dans certains projets.

Dernière différence, et non des moindres, la possibilité d’installer un plugin sur votre logiciel de TAO. Cette option n’est disponible que pour les versions « Advanced » et « Ultimate ». Ce plugin permettra la traduction automatique dans vos segments que vous pourrez par la suite modifier à votre guise bien évidemment. Bien qu’il existe déjà des plugins dans certains logiciels tel que SDL Trados Studio, DeepL reste la référence en terme de TA et sera donc probablement plus efficace.

Les points négatifs

Malgré toutes ses belles fonctions, DeepL Pro contient son lot de points négatifs.

Par exemple, DeepL Pro n’est pas accessible pour le monde entier. En effet DeepL est une entreprise européenne et ne propose l’accès à sa version Pro que dans les pays membres de l’UE et depuis peu, à la Suisse, au Liechtenstein, aux USA et au Canada.

Ensuite, si des fichiers entiers sont traduisibles, seuls les fichiers au format .docx, .pptx et .txt le sont. On peut également ajouter les formats .htm et .html mais pour cela il faut encore payer un abonnement supplémentaire (le forfait DeepL API) à 4,99€ par mois.

De plus, si la TA nous permet de gagner un temps fou, la qualité n’est pas systématiquement au rendez-vous, et le travail de post-édition n’est pas si simple qu’il n’y parait, et peut conduire à de moins bonnes traductions finales qu’à l’accoutumée.

Le prix peut également être rédhibitoire, un abonnement professionnel pourrait s’avérer être un mauvais investissement. Il faut être sûr d’amortir son coût, attention donc à être sûr de pouvoir fréquemment utiliser la traduction automatique pour vos projets.

Bilan

Avec ses versions Pro, DeepL propose un package adapté aux besoins des utilisateurs, avec des prix et fonctions variées. Aujourd’hui, en tant que futur traducteur, je sais déjà que DeepL Pro sera un de mes premiers investissements. Reste à savoir, quelle version choisir ? Personnellement j’opterais pour le forfait « Advanced ». Je m’explique. Selon moi, le forfait « Starter » ne dispose pas de suffisamment d’arguments pour être viable sur le long terme. Sa non-intégration aux outils de TAO le rend pour moi inintéressant. Ensuite le forfait « Ultimate », qui est environ deux fois plus cher que le forfait « Advanced » ne se démarque pas suffisamment de ce dernier. Son seul avantage réside dans le nombre de fichiers entiers traduisibles, je pense qu’il s’adresse plutôt à ceux n’ayant pas d’outil de TAO ou voire même aux entreprises directement… Et comme il est difficile de survivre aujourd’hui en tant que traducteur sans utiliser d’outil de TAO, on oublie ce forfait.

Alors en 2020, avec des tarifs sans cesse revus à la baisse, l’émergence de la post-édition et les soucis de confidentialité qu’il peut y avoir, DeepL Pro apparait comme l’allié numéro 1 du traducteur professionnel, lui permettant un gain de temps considérable, et donc un gain d’argent.

Sources :

https://www.deepl.com/fr/blog/20180305.html

https://www.deepl.com/fr/pro/

LancsBox : un logiciel d’analyse de corpus complet et gratuit

Par Xavier Giuliani, étudiant M2 TSM

Vous le savez peut-être déjà, l’exploitation de corpus fait partie intégrante de la formation du master TSM que ce soit en première ou deuxième année. Il existe plusieurs logiciels qui permettent de compiler et d’analyser soi-même des corpus et celui que l’on utilise principalement en cours est le concordancier gratuit AntConc développé par Laurence Anthony. Si vous souhaitez davantage d’informations à propos d’AntConc et de son développeur, je vous invite à lire également le billet de Jordan Raoul qui a eu l’occasion de le rencontrer au Japon.

Quant à moi, je vais vous présenter LancsBox (v 5.1.2) qui est un logiciel d’analyse de corpus développé à l’Université de Lancaster par Vaclav Brezina, Richard Easty et Pierre Weill-Tessier. Ce logiciel, sous licence publique BY-NC-ND Creative Commons, est gratuit et ne peut pas être utilisé à des fins commerciales.

LancsBox v 5.1.2 est également compatible avec les principaux systèmes d’exploitation tels que Windows (32 et 64 bits), Mac et Linux. Dans ce billet de blog, je vais vous présenter ses fonctionnalités sous Windows 64 bits, mais si vous souhaitez installer une autre version, vous pouvez cliquer ici pour accéder au site dédié (en anglais).

Débuter avec LancsBox

Avec LancsBox, il vous est possible d’utiliser des corpus et des listes de mots soit en les chargeant directement depuis votre ordinateur, soit en téléchargeant des ressources en ligne via le logiciel. Ce qui est pratique, c’est que LancsBox prend en charge un grand nombre de formats de fichiers de corpus (.txt, .xml, .doc, .docx, .pdf, .odt, .xls, .xlsx, .zip etc.) vous évitant ainsi de devoir les convertir en amont. Les listes de mots sont prises en charge au format texte séparé par des virgules (.csv). Autre avantage, le tagging (étiquetage) s’effectue automatiquement lors de l’importation des fichiers. En outre, si jamais vous fermez inopinément le logiciel vous pouvez toujours retrouver les derniers corpus chargés dans l’onglet « Corpora ».

Concrètement, pour importer des fichiers depuis son ordinateur c’est simple. Il faut d’abord cliquer sur « Corpus » ou « Wordlist » sous l’onglet « Load Data » pour sélectionner les fichiers dans le répertoire de l’ordinateur. Une fois que c’est fait, il est possible de nommer le corpus sur LancsBox. La dernière étape consiste simplement à appuyer sur « Import ».

Parmi les ressources en ligne accessibles gratuitement depuis le logiciel sous l’onglet « Download », vous pouvez consulter par exemple le British National Corpus, l’American National Corpus, le Brown University Standard Corpus, l’Australian Corpus of English et bien d’autres.

LancsBox v 5.1.2 dispose de sept outils d’analyse que je vais présenter dans le cadre de cet article : KWIC, Graphcoll, Whelk, Words, Ngrams, Text et Wizard.

KWIC : analyser des lignes de concordances

KWIC est l’acronyme de Key Word in Context qui signifie mot-clé en contexte. Comme son nom l’indique, cet outil affiche toutes les occurrences d’un terme, d’une catégorie lexicale ou encore d’une phrase en contexte. Le nombre d’occurrences et la fréquence sont automatiquement calculés et vous pouvez paramétrer la façon dont s’affichent les résultats (textes bruts, lemmatisés ou PoS).

Ce que j’apprécie beaucoup avec KWIC, c’est la possibilité de comparer simultanément deux corpus différents et d’alterner rapidement entre plusieurs corpus déjà chargés. La fonction recherche avancée est intéressante, car elle permet de faire des recherches par lemme et par catégorie grammaticale (PoS) même s’il arrive parfois que des erreurs se glissent dans les résultats. Il peut s’agir d’une mauvaise troncation d’un terme ou bien d’une erreur dans l’étiquetage de certains termes. En effet, il arrive par exemple que certains participes passés soient pris en compte lorsque l’on recherche un verbe (V*) ou bien qu’un déterminant se glisse parmi les noms (N*). Mais dans l’ensemble, je trouve que le tagging (ou étiquetage) automatique fournit des résultats corrects.

GraphColl : analyser des collocations

GraphColl est un outil dédié à la recherche de collocations. Les résultats sont générés et affichés dans un tableau et sous forme de graphique.

Ce que j’ai remarqué avec Graphcoll, c’est qu’il prend en compte tout le contenu du corpus chargé y compris les mots grammaticaux, les nombres, les dates, etc. Par conséquent, ce n’est pas toujours évident de s’y retrouver lorsqu’on s’attend à trouver « des mots qui vont bien ensemble », mais ce n’est pas mission impossible.

Afin d’obtenir des résultats qui soient exploitables et un graphique qui ne soit pas surchargé, il y a plusieurs options possibles. Vous pouvez par exemple choisir le nombre de termes à prendre en compte à gauche et à droite du terme recherché avec l’option span (portée), mais également définir la fréquence minimale des collocations avec threshold (seuil). Vous pouvez également filtrer les collocations dans la colonne « index » du tableau.

Whelk : analyser des fréquences dans des textes

Whelk sert à connaître la répartition d’un terme recherché à travers les différents fichiers d’un corpus sélectionné. Il reprend l’ensemble des fonctionnalités KWIC avec en plus un tableau statistique sur le nombre de tokens, la fréquence et la fréquence relative d’un terme. La mise à jour du tableau statistique se fait instantanément à chaque nouvelle recherche. Mais qu’est-ce qu’un token ? Selon le site du Sketch Engine, un token est défini comme étant la plus petite unité qui compose un corpus. Cela peut être un mot, un signe de ponctuation, un nombre, une abréviation ou un autre symbole qui n’est pas une espace. Quant à la fréquence (absolue) d’un terme, cela correspond tout simplement au nombre d’occurrences de celui-ci dans les fichiers du corpus tandis que la fréquence relative d’un terme est égale à sa fréquence absolue divisée par le nombre total de tokens présents dans le fichier de corpus où il se trouve. La fréquence relative permet de mesurer l’importance d’un terme et comme tous les fichiers n’ont pas le même nombre de tokens, Lancsbox calcule une fréquence relative normalisée sur 10 000 tokens pour chaque fichier du corpus afin d’obtenir des valeurs comparables. En d’autres termes, il suffit de multiplier la fréquence relative par 10 000 pour obtenir la fréquence normalisée. J’ai fait la vérification à la calculatrice et j’obtiens les mêmes résultats que le logiciel.

Words et Ngrams : des outils d’analyse plus poussés

Words est un autre outil qui permet d’effectuer des analyses approfondies sur la fréquence des termes, des lemmes et des catégories grammaticales (PoS). Il est composé de deux parties : les mots-clés, la fréquence ainsi que la dispersion s’affichent dans un tableau sur le côté gauche. À droite, un graphique permet de visualiser ces données. Un code couleur avec une échelle permet de se représenter l’importance d’un terme. Plus la fréquence relative du terme recherché est faible, plus la couleur du graphique circulaire sera claire. En outre, vous pouvez visualiser la structure interne du corpus en double cliquant dessus et également effectuer des comparaisons avec un autre corpus grâce à la vue partagée.

Comme son nom l’indique, l’outil Ngrams permet d’analyser des séquences de n-gramme. Mais qu’est-ce que c’est ? Ce sont des combinaisons comportant un nombre d’éléments défini. Une suite de deux éléments est appelée un bigramme. Une suite de trois éléments est un trigramme. Enfin je pense que vous avez compris le principe. Avec Lancsbox, il est possible de chercher des séquences de mots, de lemmes ou encore de catégories grammaticales (PoS) allant de un à dix. Ainsi, il vous est possible de connaître les suites d’éléments les plus fréquents dans le corpus que vous avez chargé.

Utiliser Text et Wizard

L’outil Text vous permet d’effectuer une recherche approfondie sur le contexte d’un terme soit sur l’ensemble du corpus ou bien soit sur l’un des fichiers au choix. Le terme recherché est surligné en rouge comme avec KWIC et vous pouvez naviguer en faisant défiler avec les flèches du clavier haut et bas. Vous retrouvez aussi la fréquence absolue et la fréquence relative par 10 000 tokens comme avec Whelk. Son utilisation est vraiment très simple et ce qui est pratique c’est que vous pouvez y avoir accès directement via l’outil KWIC en double cliquant sur une occurrence pour retrouver le contexte en entier.

Wizard est la nouveauté de la version 5 de LancsBox. Cet outil permet de combiner l’ensemble des outils précédents pour produire des rapports personnalisés (aux formats .docx ou .html). Il n’y a rien de sorcier dans l’utilisation de cet outil : il suffit de choisir le(s) corpus, le(s) outil(s) ainsi que le(s) terme(s) à rechercher sans oublier le dossier où sera importé le rapport. Il est possible d’aller plus loin en paramétrant les outils individuellement. Autre point de détail, vous n’avez pas besoin d’insérer de termes à rechercher si vous sélectionnez uniquement les outils Words et Ngrams.

Conclusion

En résumé, Lancsbox est un logiciel intéressant qui comprend un grand nombre de fonctionnalités plus ou moins complexes à utiliser. Même si certains outils d’analyse nécessitent une connaissance accrue dans les domaines de la linguistique de corpus et des statistiques, la prise en main des outils de base reste facile et rapide. Gratuit et compatible sous Windows, Mac et Linux, cet outil sept en un convient non seulement aux étudiants de traduction et aux chercheurs, mais également aux traducteurs professionnels.

Je tiens à remercier Vaclav Brezina qui m’a autorisé à utiliser et publier des images du logiciel Lancsbox dans le cadre de cet article.

Sources :

http://corpora.lancs.ac.uk/lancsbox/

http://corpora.lancs.ac.uk/lancsbox/download.php

http://corpora.lancs.ac.uk/lancsbox/docs/pdf/LancsBox_4.0_manual.pdf

http://corpora.lancs.ac.uk/lancsbox/docs/pdf/LancsBox_4.5_manual.pdf

http://corpora.lancs.ac.uk/lancsbox/docs/pdf/LancsBox_4.5_manualFR.pdf

http://corpora.lancs.ac.uk/lancsbox/docs/pdf/LancsBox_5.0_manual.pdf

http://corpora.lancs.ac.uk/lancsbox/materials.php

http://corpora.lancs.ac.uk/lancsbox/help.php

https://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/4.0/legalcode.fr

https://www.youtube.com/watch?v=7SFJMFUP83Y

https://www.youtube.com/watch?v=TJ75iowURQc

https://www.sketchengine.eu/my_keywords/token/

https://www.laurenceanthony.net/software/antconc/

https://mastertsmlille.wordpress.com/2019/11/24/rencontre-avec-laurence-anthony/

Traduction : bonne ou mauvaise, telle est la question ?

Par Céline Gherbi, étudiante M2 TSM

Notre époque est multilingue et multiculturelle. D’une manière ou d’une autre, à travers la radio, la télévision ou Internet, nous sommes, chaque jour, confrontés à une langue étrangère, impossible d’y échapper. Les enfants sont soumis au même régime et apprennent une deuxième langue dès la maternelle. Il y a ceux que ça dérange, ceux qui s’en moquent et ceux qui préfèrent ça. Toujours est-il que beaucoup parlent aujourd’hui plusieurs langues, ont une idée bien arrêtée de ce qu’est une bonne ou une mauvaise traduction et le font souvent savoir. Personnellement, plus j’avance dans mon apprentissage et plus cette question m’apparaît complexe et emplie de subjectivité. Quoi qu’il en soit, que vous soyez traducteur amateur ou professionnel, vous subirez les critiques de vos lecteurs et c’est bien normal. En licence, ma professeure de linguistique japonaise, Mme Takeuchi, nous avait demandé de comparer plusieurs traductions issues de divers extraits du Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry et d’indiquer quelle était la meilleure. Si l’exercice m’était apparu facile à l’époque, aujourd’hui je ne serais pas aussi catégorique.

Avant toute chose, je tiens à préciser que cet article qui s’appuiera sur la traduction franco-japonaise ne s’adresse pas spécifiquement aux professionnels ; je vais, au contraire, tenter de le rendre le plus abordable possible, nul besoin donc d’avoir des notions de japonais pour continuer votre lecture, le but étant d’avoir une réflexion générale sur ce qu’est une traduction, ses contraintes, ses limites, et les choix que l’on peut être amené à faire selon la paire de langues dans laquelle on travaille.

Pour cela, je vous propose de reprendre l’exercice proposé par ma professeure, Mme Takeuchi, et d’examiner 11 traductions d’une seule courte citation extraite du Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry : “S’il vous plaît… dessine-moi un mouton !” Vous trouverez donc à la fin de ce billet, l’ensemble des traductions et leur auteur associées à un numéro, afin de pouvoir s’y référer plus facilement.

Avant de commencer, j’aimerais que vous traduisiez vous-même cette phrase dans une langue de votre choix (ou plusieurs) afin de constater si elle est soumise aux mêmes contraintes et problématiques que celles que je vais soulever et s’il en existe d’autres, inhérentes à votre paire de langues. En ce qui me concerne, je fus tout aussi ennuyée pour traduire cette phrase que le narrateur de notre histoire pour dessiner ce fameux mouton. Voici pourquoi.

« S’il vous plaît… dessine-moi un mouton !

— Hein !
— Dessine-moi un mouton… »

Le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry, p11 chez Folio junior aux éditions Gallimard.

Voyez-vous le mouton ?
Le Petit Prince n’en voudrait pas, il a des cornes !

Le Petit Prince est une œuvre philosophique et poétique de 1943 destinée aux plus petits comme aux plus grands. L’auteur utilise un style simple, et emploie même un vocabulaire enfantin ; il utilise par exemple « grandes personnes » lorsqu’il parle des « adultes ». Toutefois, si le narrateur donne l’impression de s’adresser plus particulièrement aux enfants, il s’adresse en réalité à toutes les tranches d’âge de lecteurs. Et si en français cela ne pose pas de problème, en ce qui concerne la traduction japonaise, cela va entrainer un premier dilemme, et de la décision qui sera prise dépendra le système d’écriture à utiliser.

En effet, au Japon, les enfants commencent par apprendre le système d’écriture phonétique, puis sont introduits les kanjis au fil de leur scolarité, jusqu’au lycée et au-delà. Pour faciliter la lecture de ces caractères empruntés à la Chine, figurent parfois au-dessus ou sur le côté les furiganas qui indiquent leur prononciation. Dans notre phrase par exemple, le verbe dessiner a été traduit de la même manière par tous les traducteurs, mais on le rencontre dans trois écritures différentes : かいて()いて描いて (kaite)

Les traductions 4 et 5 ont été réalisées par le même traducteur, tout comme les traductions 8 et 9, seule change l’écriture, l’une est en kanjis, l’autre en kanjis avec furiganas. La maison d’édition aura certainement fait le choix de publier une version destinée aux adultes et une version pour adolescents. Je ne sais pas s’il en existe une essentiellement écrite avec le système phonologique pour les plus petits, mais on pourrait l’imaginer.

À présent, si vous examinez la ponctuation, vous constaterez beaucoup de différences.

Le traducteur des versions 4 et 5 a conservé une ponctuation japonaise classique. Il a choisi d’introduire le dialogue par des demi-crochets, a remplacé les points de suspension par une virgule et a préféré utiliser la particule よ (yo), manière très naturelle d’exprimer l’emphase en japonais, suggérée par le point d’exclamation en français.  

「すみません、ヒツジの()()いて」

En revanche, la troisième traduction respecte, quant à elle, la ponctuation de la version originale et de manière générale, utilise une ponctuation proche de celle des langues occidentales. Elle introduit le dialogue par un tiret long, conserve les points de suspension ainsi que le point d’exclamation. C’est la version qui me semble la plus originale, les tirets étant très rares en japonais, les points d’exclamation sont plus courants, mais ne sont pas non plus la norme dans la littérature classique japonaise et moins encore dans la littérature du milieu du 20e siècle dont l’œuvre date.

___すみませんけど……ヒツジの絵、かいて!

Ainsi, on pourrait penser que tout oppose les traductions 3 et 4, pourtant elles ont un point commun, elles sont écrites dans le sens horizontal. Traditionnellement, les œuvres littéraires sont publiées dans le sens vertical. Le sens horizontal est surtout utilisé pour les magazines, les manuels scolaires, les publications scientifiques, et de manière générale, lorsqu’elles contiennent des mots étrangers ou des formules mathématiques par exemple, qu’il est plus difficile, voire impossible de retranscrire à la verticale.

Toujours est-il que ces traducteurs ont fait des choix bien différents, certainement poussés par le désir de coller au plus près du texte source ou au contraire de respecter au mieux le naturel de la langue d’arrivée afin d’être le plus invisible possible. Faire en sorte que l’œuvre semble avoir été écrite dans la langue traduite est souvent ce qui est exigé aujourd’hui, mais ça n’est pas toujours le cas et quoiqu’il en soit, cela reste un choix. Lorsque le Japon a commencé à s’ouvrir au monde et que la nécessité de traduire des ouvrages s’est fait ressentir, deux écoles se sont opposées, avec à leur tête deux grands maîtres : Sugita Seikei et Ogata Kôan. Le premier recommandait de rester très proche du texte original et avait un style très recherché, choisissant les kanjis et les expressions avec soin. Le second, au contraire, une fois le livre lu, ne l’ouvrait plus, et écrivait sa propre interprétation dans un style simple, car selon lui l’utilisation de caractères compliqués amenait le lecteur à ouvrir l’originale pour comprendre la traduction ce qui était ridicule.

Bien entendu, il existe tout un monde de possibilités entre ces deux extrêmes. Dans notre exemple, les traducteurs 6 et 8 ont choisi d’employer à la fois la particule et le point d’exclamation et d’autres ont remplacé ce dernier par un point (7) ou l’ont tout simplement omis (4).

Les possibilités sont d’autant plus nombreuses dans la traduction franco-japonaise que les langues sont très éloignées, à tel point qu’il peut même sembler difficile de coller au style de l’auteur tout en respectant la façon naturelle dans laquelle un Japonais va exprimer ses idées. Par exemple, alors que j’étais en cours de grammaire, je demandais à mon professeur s’il pouvait allumer les lumières, car on ne voyait pas bien le tableau, il me répondit, qu’une Japonaise lui aurait certainement dit qu’il faisait bien sombre ici. Dans la traduction de notre phrase, on retrouve également une différence de construction selon les traducteurs.

La traduction 6 est la plus proche du texte source. Seule celle-ci indique la personne pour qui le narrateur doit dessiner le mouton et le nombre de moutons à dessiner, les autres traducteurs ont fait abstraction de ces informations, certainement parce que cela leur paraissait évident. En effet, si le Petit Prince avait voulu plus d’un mouton, tous les traducteurs auraient précisé le nombre, et s’il en avait voulu beaucoup, peut-être auraient-ils fait mention d’un troupeau de moutons par exemple.

ぼくに (boku ni) = Pour moi
羊を一匹 (hitsuji wo ippiki)= 1 mouton
描いて (kaite)= dessiner
ぼくに羊を一匹描(ぴきか)いて= dessine un mouton pour moi ou dessine-moi un mouton.

De plus, hormis le traducteur de la version 6, tous ont également préféré le groupe nominal “dessin de mouton” plutôt que le terme “mouton” seul.

(ひつじ)() ou écrit avec le système phonologique ヒツジの絵 (hitsuji no e) = dessin de mouton.

Ce qui donne :

ヒツジの()()いて = dessine dessin de mouton.

Préciser le nombre de moutons et à qui est destiné le dessin peut sembler un peu insistant aux yeux d’un Japonais, mais ce n’est peut-être pas mal venu puisque le Petit Prince est lui-même très insistant dans la version française.

Enfin, le traducteur 10 va jusqu’à transformer l’injonction faite au narrateur en requête sous forme de question.

ヒツジの絵、描いてくれない? (hitsuji no e kaitekurenai) = dessin de mouton, tu ne veux pas dessiner ?

Il vient également ponctuer la fin de sa phrase par un point d’interrogation, alors qu’il aurait pu choisir la particule (ka) qui sert à indiquer une question en japonais (ヒツジの絵、描いてくれない = hitsuji no e kaitekurenai ka).       

 Ainsi, le style du traducteur va s’exprimer à travers ses choix, et ce, même si son objectif est d’être le plus invisible possible. Ses décisions, ses préférences vont définir sa marque de fabrique, elles seront l’expression de sa créativité, mais aussi de son interprétation. Tout auteur sait qu’une fois écrite, l’œuvre ne lui appartient plus, le lecteur s’en empare, la transforme et l’interprète selon son vécu, ses valeurs, ou même ses envies ou son humeur et le traducteur ne fait pas exception. Revenons par exemple à notre histoire. Le narrateur était en train de dormir lorsque le Petit Prince l’a réveillé avec ce : “S’il vous plaît…”

Comment avez-vous donc traduit cette locution ? Nos traducteurs japonais n’ont, eux, pas tous compris la même chose. En effet si vous concentrez votre attention sur le début de la phrase, vous trouverez différentes traductions :  (ne : 1-11) ; ねえ (nee :6) ;もしもし (moshimoshi :10) ; すみません (sumimasen :2-3-4) ; お願い ou おねがい (onegai :7-8).

Les traducteurs 1, 11, 6 et 10 ont interprété ce « s’il vous plaît » comme une locution interjective, elle aurait donc une fonction phatique, et dans ce cas précis, celle d’établir le contact avec l’interlocuteur.

ね (ne) (1-11) ou ねえ (nee) (6) est une interjection, sorte d’onomatopée qui sert à interpeller une personne et qui pourrait par exemple se traduire par “hé” ou “héé”.

もしもし (moshimoshi) (10) est un mot aujourd’hui tombé en désuétude pour ce qui est d’interpeller une personne, mais qui est toujours utilisé pour répondre au téléphone, c’est leur “allô” à eux. Dans notre phrase, c’est comme si le Petit Prince disait : “Dis… dessine-moi un mouton.”

Pour les traducteurs 2, 3 et 4, il s’agit à la fois d’une locution interjective et d’un terme de politesse introduisant une requête, car oui, le Petit Prince est un garçon poli.

すみません (sumimasen) est souvent traduit par excusez-moi. Il s’utilise comme en français pour interpeller quelqu’un ou pour s’excuser, cependant il peut aussi être employé pour remercier une personne. Dans ce cas, il aura le sens de “merci pour le dérangement” ou “merci de vous être donné cette peine”.

Enfin, les traducteurs 7 et 8 n’ont pris en compte que la notion de politesse.

お願い ou おねがい (onegai) est une locution comprenant une particule de politesse  (o) et un mot qui introduit une requête ねがい (negai) et qui signifie “demande”. Cette locution est souvent traduite par “s’il vous plaît” et n’a pas de valeur interjective.

 Qu’en pensez-vous ? Quel est l’objectif de ce “s’il vous plaît” ? Est-il là pour établir un contact, une communication, faire une demande polie, ou les deux à la fois ?

 Loin d’être déjà simples pour un japonais, les choses vont se compliquer encore un peu puisque le Petit Prince va commettre une faute de concordance, il commence par vouvoyer le narrateur, puis dans la suite de sa phrase, le tutoie. En effet, il emploie “s’il vous plaît” comme s’il s’agissait là d’un seul mot, d’une expression figée, erreur que commettent les tout petits. Comment donc retranscrire cette faute habituelle chez les enfants ?

En japonais, il existe non pas deux niveaux de langue comme en français, mais plusieurs. Les traducteurs qui ont utilisé une interjection (1-11-6 et 10) n’ont pas exploité cette différence de niveaux ni l’erreur commise, cependant ils ont respecté le registre de l’enfant.

En ce qui concerne すみません (sumimasen) (2-3-4), le traducteur 3 a ajouté à cette formulation けど (kedo) qui rend la demande plus polie, l’interjection moins abrupte. Malgré tout, l’une ou l’autre proposition reste moins courante chez les jeunes enfants et la différence de niveau avec le reste de la phrase n’est pas flagrante, il n’y a pas d’erreur de concordance.

Enfin, おねがい (onegai) (7) est moins poli que おねがいします (onegaishimasu) (8) et dans ce cas de figure le contraste avec la fin de la phrase est plus net, c’est certainement la traduction qui reflète le mieux la version française, cependant c’est surement la formulation la moins naturelle chez les petits. Ce n’est pourtant toujours pas la plus élevée en matière de politesse. Pour contraster et marquer l’erreur encore plus, on aurait aussi pu avoir (ねが)いがあります (onegaigaarimasu) ou encore (ねが)いがあるんですが (onegaigaarundesuga) qui sont des formulations encore plus polies et que l’on pourrait traduire par “j’ai une faveur à vous demander”.

Mais qu’en est-il donc de votre traduction à vous ? Avez-vous réussi à lui donner un air enfantin tout en introduisant deux niveaux de langue ? Respecte-t-elle les intonations exprimées par la ponctuation, et comment ? Collez-vous au style de l’auteur tout en restant invisible ? Avez-vous dû faire des concessions ? Existe-t-il d’autres problématiques liées à votre paire de langues ? Avez-vous changé votre traduction au fil de votre lecture ? Cette courte phrase, au vocabulaire simple, vous a-t-elle donné du fil à retordre ? Elle aura eu le mérite de montrer à quel point la traduction peut être multiple et subjective. On aurait tout aussi bien pu comparer différentes traductions d’une œuvre de Shakespeare. L’une d’entre elles vous aurait certainement paru meilleure, non pas parce qu’elle l’aurait été, mais parce qu’elle aurait mieux répondu à vos attentes et à vos goûts. Ainsi, bonne ou mauvaise telle est donc vraiment la question ?

Toutes ces interrogations que j’ai soulevées, d’autres l’ont déjà fait mieux que moi. Ils ont su mettre des mots sur des concepts, créer des courants de pensée, lister les possibles solutions et leurs implications. Les élèves de première année de master qui lisent ce billet n’auront d’ailleurs pas manqué de faire le lien avec ces hommes et ces femmes qui nourrissent leurs cours de traductologie et qui m’ont permis de comprendre mes choix, d’identifier mes préférences et de savoir les défendre, mais également de faire preuve de tolérance et d’humilité. En tant que professionnel il est important de respecter les décisions et les impératifs de ses clients, mais si vous êtes libre de vos choix, puisqu’une traduction ne peut faire l’unanimité, n’hésitez pas, faites-vous plaisir, libérez votre imagination et innovez !

 

Traductions

1.「ね……ヒツジの絵をかいて!」
Interjection : Hé…  dessin de mouton – dessine ! point d’exclamation pour exprimer l’emphase
「え?」
「ヒツジの絵をかいて……」(Traducteur :内藤、1953年)
2.「すみません……。ヒツジの絵、かいてよ」
Interjection + mot de politesse à la forme neutre : excuse-moi – double ponctuation – dessin de mouton – , introduction d’une virgule – dessine – hein particule pour exprimer l’emphase 
「ええっ?」
「ヒツジの絵、かいてよ……」(Traducteur :稲垣、2005年)
3. Horizontal
___すみませんけど……ヒツジの絵、かいて!
Ponctuation à l’occidentale – interjection + mot de politesse à la forme polie : excusez-moi… – dessin de mouton – , introduction d’une virgule – dessine ! point d’exclamation pour exprimer l’emphase
___え?
___ヒツジの絵、かいて…… (Traducteur :石井、2005年)
4. Horizontal
「すみません、ヒツジの絵を描いて」
Interjection + mot de politesse à la forme neutre : excuse-moi – virgule à la place des points de suspensions – dessin de mouton – dessine – pas d’emphase
「え、なに?」
「ヒツジの絵を描いて」(Traducteur :池澤、2005年a)
5. Furiganas + Horizontal
「すみません、ヒツジの()()いて」
Interjection + mot de politesse à la forme neutre : excuse-moi – virgule à la place des points de suspensions – dessin de mouton – dessine – pas d’emphase
「え、なに?」
「ヒツジの()()いて」(Traducteur :池澤、2005年b)
6. Furiganas
「ねえ、ぼくに羊を一匹描(ぴきか)いてよ!」
Interjection : Héé – virgule à la place des points de suspensions –  pour moi – 1 – mouton – dessine – hein ! double emphase : particule + ponctuation
ええ⁉
「羊を一匹描(ぴきか)いてよ!」(Traducteur :谷川、2006年)
7. Furiganas
「お願い……。ヒツジの()()いて。」
Mot de politesse à la forme neutre : s’il te plaît – double ponctuation – dessin de mouton – dessine – pas d’emphase, mais un point
「なんだって?」
「ヒツジの()()いて。」(Traducteur :三田、2006年)
8.「おねがいします……羊の絵を描いてよ!」
Mot de politesse à la forme polie : s’il vous plaît… – dessin de mouton – dessine – hein ! double emphase : particule + ponctuation
「えっ?」
「羊の絵を描いてくれってば……」(Traducteur :管、2011年a)
9. Furiganas
「おねがいします……(ひつじ)()()いてよ!」
Mot de politesse à la forme polie : s’il vous plaît… – dessin de mouton – dessine – hein ! double emphase : particule + ponctuation
「えっ?」
(ひつじ)()()いてくれってば……」(Traducteur :管、2011年b)
10.「もしもし……ヒツジの絵、()いてくれない?」
Locution interjective : Dis…– ordre changé en requête à la forme neutre – dessin de mouton – , introduction d’une virgule – tu ne veux pas dessiner ? ponctuation occidentale indiquant une question
「えっ?」
「ヒツジの絵、描いて……」(Traducteur :奥本、2007年)
11.「ね、ヒツジの絵を描いてよ」
Ponctuation japonaise - Interjection : Hé – virgule à la place des points de suspensions – dessin de mouton – dessine – hein particule pour exprimer l’emphase
(Traducteur :永嶋、2013年)

Traducteur/titre/maison d’édition – collection/année de parution/sens d’écriture (verticale ou horizontale)

1内藤濯訳、 『星の王子さま』、岩波少年文庫、岩波書店、1953年、縦書き

2稲垣直樹訳、 『星の王子さま』、平凡社、2005年、縦書き

3石井洋二郎訳、 『星の王子さま』、ちくま文庫、2005年、横書き(Horizontal)

4池澤夏樹訳、 『星の王子さま』、集英社文庫、2005年、横書き(Horizontal)

5池澤夏樹訳、 『星の王子さま』、集英社、2005年、横書き(Horizontal)

6谷川かおる訳、 『星の王子さま』、ポプラ社、2006年、縦書き

7三田誠広訳、 『星の王子さま』、青い鳥文庫、講談社、2006年、縦書き

8管啓次郎訳、 『星の王子さま』、角川文庫、角川書店、2011年、縦書き

9管啓次郎訳、 『星の王子さま』、角川つばさ文庫(西原理恵子絵)、角川書店、2011年、縦書き

10奥本大三朗訳、 『星の王子さま』白泉社2007年、縦書き、省略多し

11永嶋恵子訳、 『星の王子さま』KKロングセラーズ(中村みつえ絵)、2013年、縦書き、省略多し

Le film « Les Traducteurs », de Régis Roinsard : quelle vision du traducteur pour le grand public ?

Par Charlotte Goubet, étudiante M1 TSM

Parler de traduction et joindre l’utile à l’agréable… J’ai rapidement pensé au cinéma. Un film pour parler de traduction, ce serait chouette. Il existe quelques spécimens, mais la traduction/le traducteur en tant que tels sont rarement un sujet central…

Vous ne pouvez donc imaginer mon bonheur quand, au détour d’un coin de rue roubaisien grisonnant et pluvieux, sur le chemin d’un nouveau jour de stage, se déroulait sous mes yeux en lettres capitales rouges : « Les Traducteurs », suivi de la mention « un film de Régis Roinsard ». Que demander de plus ?

Que le film me plaise ou non, il y aura forcément quelque chose à dire de la façon dont y sont dépeints les protagonistes traducteurs.

Et puis, un film de cette envergure (je vous laisse jeter un œil au casting), thriller inspiré de faits réels sordides ? Le public ciblé est plutôt large. Une belle occasion de voir comment diable les gens se représentent notre métier, bien connu pour être si méconnu.

Neuf traducteurs de nationalités différentes, enfermés dans une sorte de bunker de luxe, pour traduire un best-seller mondial. Eh bien, croyez-le ou non, cela a bien existé, comme en témoigne le traducteur français Dominique Defert dans cet article de l’Obs. En 2013, une équipe de traducteurs se retrouve effectivement isolée deux mois durant dans un bunker, sous haute surveillance, afin de traduire le roman Inferno, de l’américain Dan Brown. La folie autour du Da Vinci Code en 2003 a laissé des traces et la peur d’une fuite du manuscrit avant que l’ouvrage et ses traductions ne soient publiés est immense. Vigiles un peu partout, contrôles systématiques à l’entrée du bunker, confiscation des téléphones portables et autres clés USB personnelles. Mais surtout, et c’est ici notamment que la version cinématographique surenchèrit quelque peu, aucun accès à Internet (dans les faits réels, les traducteurs y eurent un accès très limité).

Pour revenir au film, nos neuf traducteurs découvrent donc dans leur bunker une salle de travail plutôt à l’ancienne : des murs de dictionnaires et autres livres de référence, des bureaux sommaires et identiques, en rangs d’oignons, chacun équipé d’un ordinateur. Visiblement, l’éditeur ne connaît pas le sens du mot « ergonomie ».

S’ajoutera à tout cela une intrigue façon millefeuille truffée de twists (autrement dit de « retournements de situation »).

Dans le film de Régis Roinsard, un pirate informatique fait en effet fuiter sur Internet les premières pages du dernier tome d’une saga internationalement reconnue et signé du mystérieux auteur Oscar Brach, Dedalus, et menace de divulguer le reste en échange d’une rançon phénoménale.

Les neuf traducteurs, seules personnes à avoir eu accès au manuscrit malgré la surveillance draconienne, sont suspectés les uns après les autres.

Source : Wikimedia Commons

Quelles réalités sur le métier de traducteur ?

Et c’est là que nous entrons dans le vif du sujet. Qui sont donc ces traducteurs et à quoi ressemblent-ils ? Comment sont-ils représentés au travail ?

Tout d’abord, les présentations. Des hommes et femmes d’âges différents, du jeune et léger novice Alex Goodman (Royaume-Uni), au vieil anticapitaliste endurci Konstantinos Kedrinos (Grèce), en passant par les mères de famille plus ou moins débordées Ingrid Korbel (Allemagne) et Helene Tuxen (Danemark), la belle et froide Katerina Anasinova (Russie), adoratrice de l’auteur de Dedalus s’identifiant complètement à l’héroïne du roman, le très sûr de lui Dario Farelli (Italie), le beaucoup moins sûr de lui Javier Freixes (Espagne), le très professionnel Chen Yao (Chine), et la forte tête Telma Alves (Portugal).

Au-delà des différences de jeu entre les acteurs et des quelques poncifs liés aux personnages, que vous apprécierez par vous-mêmes, j’ai trouvé intéressant la façon dont le film pointe certaines réalités du métier de traducteur.

Un métier multiforme

L’une des premières choses qui m’a frappée dans Les Traducteurs, c’est la diversité de personnalités au sein de l’équipe internationale. Une belle occasion de montrer que le métier de traducteur est pluriel et que sa forme varie selon la personnalité de chaque traducteur.

Des personnalités différentes pour des façons de travailler différentes, donc.

Quand l’un se lance à corps perdu dans la traduction, très sûr de lui, en ayant à peine feuilleté le manuscrit ou ouvert un dictionnaire, une autre va relire une dizaine de fois ledit manuscrit pour s’en imprégner au mieux, puis vérifier méticuleusement la traduction d’un mot sur trois.

De plus, le film pointe bien le statut plutôt complexe, si j’ose dire, du traducteur.

Car, si les études et diplômes en traduction se sont développés et enrichis depuis leur apparition, le métier de traducteur reste une profession non-règlementée. Comme l’écrit Guillaume Deneufbourg, intervenant au sein du Master TSM de Lille, dans son billet consacré à l’ubérisation de la traduction, « Chacun peut s’autoproclamer traducteur ou interprète du jour au lendemain ». On comprendra donc aisément qu’il y ait différentes façons pour un traducteur d’envisager son métier. A titre d’exemple, la Portugaise Telma Alves prend sa mission avec beaucoup de recul, quand d’autres, comme sa collègue russe, prennent cela très à cœur.

Une profession peu et/ou mal reconnue

Il n’est plus à prouver que le métier de traducteur, au-delà d’être méconnu, est aussi excessivement mal reconnu, en particulier quand il s’agit de traduction littéraire. Si l’on a déjà du mal à imaginer le nombre de traducteurs spécialisés se cachant derrière des objets de notre quotidien (notices de médicaments, expositions de musées, étiquettes de vêtements et j’en passe), nous avons encore plus tendance à oublier la richesse littéraire que nous offrent les traducteurs dans notre propre pays. Comme l’indique le Syndicat national de l’édition dans l’un de ses rapports annuels, le nombre total de titres traduits vers le français en 2018 atteint 13.932, soit 17% du total des titres reçus et signalés dans le catalogue de la BnF.

Néanmoins, il est toujours aussi rare de voir apparaître le nom d’un traducteur aux côtés de celui du nom de l’auteur d’un ouvrage.

La traductrice danoise illustre bien ce paradoxe. Elle qui aurait souhaité être autrice mais qui ne trouve pas le temps d’écrire, se « rabat » sur la traduction non sans frustration. Pas la même reconnaissance, pas le même prestige, pour deux métiers finalement très proches (l’article L112-3 du code de la Propriété intellectuelle considère d’ailleurs le traducteur comme un auteur).

Enfin, il est difficile encore aujourd’hui de vivre du métier de traducteur. Nombreux sont les traducteurs techniques qui doivent jongler avec un statut d’indépendant pour arrondir les fins de mois. Les traducteurs littéraires, quant à eux, sont payés d’une façon particulière, selon trois critères :

  • une rémunération de base au feuillet, nombre de mots ou encore au nombre de caractères ;
  • un pourcentage sur les droits d’auteurs (dont un à-valoir à la signature du contrat avec la maison d’édition) ;
  • des bourses et subventions.

D’une part, comme l’indiquait un article de l’Obs en 2014, la rémunération de base n’a cessé de diminuer ces dernières années.

D’autre part, le pourcentage en droits d’auteur tourne autour de 1% des ventes d’un livre3. Les bourses et subventions allouées sont très variables d’un pays à l’autre. Si elles sont plutôt avantageuses en France, elles sont inexistantes dans certains pays. La traductrice portugaise du film illustre bien cette situation, elle qui ne vit pas de la traduction et qui doit cumuler les jobs pour s’en sortir.

Le statut du traducteur est donc lui-même très différent selon le pays dans lequel le traducteur réside. Le régime de sécurité sociale et la fiscalité appliqués aux traducteurs sont également des critères à prendre en compte.

Ainsi, comme l’indique le rapport du CEATL (Conseil Européen des Associations de Traducteurs Littéraires) « Revenus comparés des traducteurs littéraires en Europe » paru en 2008, les disparités au sein de l’Union européenne sont criantes.

En comparant les revenus des traducteurs littéraires en relation avec leur niveau de vie dans chaque pays, le rapport établissait que, si en 2008 le revenu net moyen des traducteurs en proportion du PIB par personne en termes de SPA (Standard de Pouvoir d’Achat) était de 66% en France, il n’était que de 29% en Grèce.

En conclusion…

Au-delà de l’intrigue que vous pourriez trouver tarabiscotée et des personnages parfois poussifs à mon goût, je ne peux que vous encourager à voir le film Les Traducteurs de Régis Roinsard. Voyez-le entre amis, en famille… En plus d’offrir un très bon divertissement, ce film vous aidera peut-être à démonter certains clichés (de délicieux exemples à découvrir dans le billet de Margaux Bochent « Le traducteur vu par le monde extérieur ») ancrés dans la tête de vos proches.

Sources :

CafeTran Espresso – Un outil complet et abordable

Par Gauthier Menin, étudiant M2 TSM

 

CafeTran Espresso est un logiciel de TAO. Traduction assistée par ordinateur.

Les outils de traduction assistée par ordinateur sont indispensables à tout traducteur moderne.

En effet, plus aucune agence n’accepte de collaborer avec un traducteur n’ayant pas d’outils de TAO.

Même les clients directs sont, la plupart du temps, au fait des nouvelles technologies. Or, ce ne sont pas les outils qui manquent. Il en existe pour toutes les bourses, pour toutes les tailles d’entreprise et s’adapte aux différents besoins des traducteurs contemporains.

Qu’il s’agisse de la traduction machine ou des outils de corpus, chaque outil vente ses mérites.

Alors, le traducteur se voit un peu comme un acheteur d’une maison : tous les outils ont la même vocation, aider à la traduction, mais l’agencement ou la manière d’y parvenir est différent.

CafeTran Espresso est probablement l’un de mes outils préférés. La raison principale à cela est évidemment le prix. Il est très loin des prix exorbitants que peuvent appliquer certains de ses concurrents. La petite nuance, c’est qu’il ne s’agit pas ici d’un achat unique, mais bien d’un abonnement annuel. Le prix s’élève à 80 € par an, soit environ 6,60 € par mois. Si vous exercez le métier de traducteur indépendant, je pense que 6,60 € n’est pas un tarif excessif et qu’il ne faudra pas traduire beaucoup pour rentabiliser l’outil.

Outre un tarif plus que raisonnable, CafeTran Espresso propose de nombreux outils qui lui permettent de rivaliser avec les plus grands de ses concurrents.

 

Tour du propriétaire

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La première chose que l’on remarque lorsque l’on ouvre CafeTran Espresso, c’est que l’interface est assez élégante et sombre par rapport aux interfaces habituelles des autres outils de traduction assistée par ordinateur qui sont disponibles sur le marché. C’est un détail, mais un détail qui a son importance surtout lorsque l’on travaille tard comme c’est souvent le cas quand on est étudiant et qu’il faut terminer ses traductions après les cours en rentrant chez soi. Dans la partie supérieure de l’écran, on note l’interface de sélection ou de création du projet.

Un menu déroulant permet de visualiser l’ensemble des projets existants et d’accéder à l’éditeur pour le projet en question.

Le panneau de gauche, appelé Total Recall, permet d’activer l’équivalent d’une mémoire de traduction centrale. À la fin d’un projet de traduction, la mémoire de traduction du projet est exportée dans la mémoire Total Recall. Au cours du projet suivant, la mémoire Total Recall consultera l’ensemble des mémoires qu’elle contient afin d’y chercher des segments utiles.

Au centre, nous avons deux panneaux : le premier concernant les mémoires de traduction projet et le second concernant les glossaires.

Enfin, toute droite, il est possible à l’utilisateur de sélectionner des ressources en ligne qui seront accessibles directement depuis l’éditeur de traduction. Parmi ces services, on trouve Google Translate ou DeepL, Linguee ou Proz Term Search.

Comme nous le verrons dans la partie dédiée à la description de l’éditeur, les services cochés seront accessibles directement depuis l’éditeur et ne nécessiteront pas un navigateur Internet en arrière-plan. Il s’agit selon moi d’un élément important pour l’impact cognitif du traducteur. Nous y reviendrons.

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La fenêtre de l’éditeur de traduction est relativement similaire à celle des autres outils de traduction assistée par ordinateur. Elle dispose cependant, à l’image de l’écran d’accueil, du mode nuit comme illustré sur la photo ci-dessus. Il s’agit peut-être pour certains d’un détail, mais je vous assure que les effets sur les yeux se font ressentir très rapidement.

La partie supérieure droite affiche le segment source ainsi que l’espace dédié au segment cible qui, dans cet exemple, est encore vide. À la gauche du segment en cours, un panneau affiche les segments précédents ainsi que les segments à venir.

Dans la partie inférieure gauche sont affichés les services Web, les mémoires de traduction, les glossaires, ainsi que la mémoire Total Recall.

Enfin, en bas à droite sont affichés les résultats des mémoires de traduction. Bien entendu, il est possible de personnaliser l’interface et d’intervertir certaines fenêtres pour que l’espace corresponde davantage à vos besoins.

Une des fonctionnalités les plus pratiques, à mon sens, est l’accès à différents services Web directement depuis l’interface de l’éditeur. Nul n’ignore qu’un traducteur passe de longues heures à naviguer sur Internet à la recherche d’information, de terminologie, de sources.

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Il vous est très certainement déjà arrivé de vous lancer dans des recherches et de vous retrouver avec des dizaines d’onglets ouverts dans votre navigateur favori. Chacun de ces onglets représente une charge cognitive potentiellement indésirable puisque, tout comme moi, vous avez probablement tendance à laisser ouverts des onglets dorénavant inutiles par peur de ne plus les retrouver. Or, chacun de ces onglets, chaque fenêtre ouverte, chaque logiciel en cours de fonctionnement représente une charge cognitive. Notre cerveau, qu’on le veuille ou non, cherche à garder en mémoire toutes les informations potentiellement nécessaires à notre travail.

Ne vous est-il jamais arrivé de vous sentir submergé par votre espace de travail ? Il est probable que ce sentiment soit provenu d’un espace de travail mal organisé ou surchargé. On pense souvent à l’espace physique (le bureau, la pile de papiers, les dossiers éparpillés), mais on ignore souvent l’espace de travail numérique. Pourtant, cet espace numérique n’est-il pas celui dans lequel nous passons le plus de temps ?

Ainsi chaque mesure prise afin de réduire le poids cognitif de nos environnements de travail est importante.

 

Fenêtres statistiques

Un autre des éléments que j’apprécie particulièrement sur CafeTran Espresso est la fenêtre des statistiques. Le logiciel dispose d’une fenêtre de statistiques facilement accessibles depuis l’onglet projet. Elle fournit des informations classiques relatives au Weighted Word Count, mais aussi une estimation de la vitesse de traduction.

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Il me semble qu’il s’agit là d’une fonctionnalité particulièrement pratique notamment lorsque l’on est débutant puisqu’elle permet à un jeune traducteur (voire à un traducteur expérimenté faisant face un nouveau domaine) d’estimer sa vitesse de travail en temps réel. C’est évidemment quelque chose qui peut être fait simplement avec une montre ou un chronomètre, mais cela reste néanmoins une fonction pratique et particulièrement simple d’utilisation alors pourquoi s’en priver ?

En plus d’indiquer au traducteur sa vitesse de travail sur le projet actuel et en temps réel, la fenêtre de statistiques est en mesure de générer un devis à partir du Weighted Word Count et du tarif au mot de votre choix. Il est également possible de définir un prix au caractère.

Ce devis généré par l’application ne nécessite que deux clics et permet de rapidement savoir quelle est la valeur financière d’un projet. Cependant, il est très important d’avoir conscience que ce devis n’est pas exploitable d’un point de vue légal lorsque l’on est autoentrepreneur. En effet, de nombreuses mentions légales ne sont pas présentes. Cela dit, rien ne vous empêche de copier-coller les informations de ce devis dans votre modèle habituel.

 

QA

Les fonctionnalités de contrôle qualité du logiciel sont, à mon sens, particulièrement bonnes. Après avoir expérimenté sur de nombreux outils différents, j’ai souvent été déçu des outils de contrôle intégrés à ces logiciels. CafeTran Espresso est l’un des rares à m’avoir satisfait. Il s’agit peut-être, là encore, d’un détail, mais lorsque vous terminez votre traduction et que vous validez votre dernier segment, une fenêtre s’affiche vous proposant d’exporter votre document ou d’effectuer un QA.

Un traducteur devrait toujours effectuer des contrôles qualité avant export, mais cette fenêtre représente une sécurité de plus pour garantir que ce contrôle ne soit pas oublié.

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Lorsque vous sélectionnez l’option du contrôle qualité, une fenêtre s’affiche pour vous permettre de sélectionner les critères d’évaluation.

Une fois vos critères sélectionnés, le contrôle qualité se déroule de manière similaire à ce que l’on peut voir sur d’autres outils du marché.

Enfin, de manière générale, CafeTran Espresso prend en charge un grand nombre de formats de fichiers de manière efficace. Pour ne citer que ceux-là, il prend en charge les formats XLIFF, TMX, InDesign ou encore FrameMaker.

Le logiciel a recours à la mémoire RAM de votre ordinateur, ce qui lui permet d’être réactif notamment avec les mémoires de traduction.

 

En conclusion, CafeTran Espresso est un outil qu’il ne faut pas sous-estimer en raison de son prix, mais, bien au contraire, qui doit attirer votre attention et qui mérite au moins d’être essayé. J’ajouterai d’ailleurs qu’il existe une version d’essai gratuite et illimitée avec pour seule restriction une mémoire de traduction limitée à 1000 mots. Si cet article n’a pas suffi à vous convaincre, téléchargez donc la version d’essai et voyez par vous-même. M’est avis que vous pourriez être agréablement surpris.

 

Je tiens à remercier l’équipe de CafeTran Espresso qui m’a autorisé à utiliser et publier des images de leur logiciel dans le cadre de cet article.

Bibliographie

https://www.cafetran.com/ – Site web officiel de CafeTran – Consulté le 13 févr. 20

 

La machine DeepL

Par Julian Turnheim, étudiant M2 TSM

 

Automne 2007 : les feuilles mortes quittent leurs branches et viennent se poser avec douceur sur le sol encore froid et humide. Pendant ce temps-là, un homme, Dr. Gereon Frahling, ancien employé de chez Google, repère un marché de niche et cherche à développer son idée. Il quitte le géant américain pour lancer, en un an et demi, avec son associé Leonard Fink, leur start-up : le dictionnaire bilingue Linguee. Après dix-huit mois de travail acharné et des tonnes de pizzas, le résultat est impressionnant.

L’objectif de Linguee ? Dr. Frahling l’explique comme suit : « Un moteur de recherche de traductions ouvert à tous. Si quelqu’un a un problème pour traduire une phrase en particulier, il peut vérifier sur Linguee si un traducteur quelque part dans le monde a déjà traduit exactement cette même phrase. Et ensuite, il peut s’orienter par rapport à cette traduction. » (Traduit de l’allemand) Est-ce la racine de DeepL ?

Dix ans plus tard, Lee Turner Kodak, responsable communication chez DeepL, tient dans ses mains le tout premier Prix Honorifique pour l’IA d’Allemagne. Linguee a bien grandi. D’ailleurs, l’entreprise Linguee GmbH ne s’appelle plus Linguee mais DeepL GmbH. En effet, entre temps, l’entreprise a lancé, en 2017, le traducteur automatique DeepL. Ce nouveau traducteur automatique a eu l’effet d’une bombe dans le monde de la traduction. Personne ne pouvait imaginer que, dès sa sortie, ce petit nouveau mettrait dans l’embarras le géant Google Traduction.

C’est de ce petit nouveau, plus si nouveau et plus si petit que ça, finalement, que je voudrais vous parler.

 

Comment utiliser la bête ?

DeepL peut être utilisé gratuitement et sans qu’un enregistrement soit nécessaire. Vous pouvez soit coller le texte à traduire dans le champ dédié, soit téléverser directement votre document texte ou diaporama, grâce à l’option « Traduire un document ». Toutefois, la version gratuite ne permet d’obtenir que des documents en lecture seule, dont vous ne pourrez copier que le texte brut. De plus, il n’est pas possible de corriger la traduction, alors que cela est possible sur la plateforme.

Il est possible de coller un maximum de 5000 caractères dans le champ dédié, mais il n’y a pas de limite de taille pour les documents téléversés. La version gratuite n’est pas forcément adaptée aux exigences des traducteurs professionnels, car le texte que vous insérerez sur la plateforme sera conservé par DeepL, ce qui peut poser quelques problèmes de confidentialité. Mais pas d’inquiétude ! Pour les traducteurs, la version professionnelle de DeepL existe sous la forme d’un plug-in pouvant être intégré à de nombreux outils de TAO, tels que SDL Trados Studio et MemoQ. Cette version professionnelle ne conservera pas les données saisies.

L’un des avantages majeurs de la traduction via le champ dédié est qu’elle permet d’affiner le résultat, ce qui est impossible avec l’option « Traduire un document ». Si une traduction ne vous satisfait pas, un clic sur le texte traduit ouvre un menu proposant des suggestions alternatives, et vous pourrez alors corriger la traduction rapidement et facilement. Lorsque vous corrigez ou modifiez des mots, la plateforme propose, si nécessaire, une phrase entièrement retravaillée. Vous pouvez donc toujours négocier avec DeepL, lui suggérer de nouvelles phrases, de nouveaux mots, ou encore améliorer la traduction qui a été proposée directement dans l’outil. DeepL, n’oubliant pas que vous avez modifié la traduction, utilisera ensuite ces nouvelles connaissances. C’est ce qu’on appelle la traduction automatique neuronale.

 

La traduction automatique neu… quoi ?

La traduction automatique neuronale. Mais oui, parlons-en ! Enfin, essayons d’en parler. L’étudiant de M2 que je suis ne saurait vous expliquer avec exactitude comment fonctionne la traduction automatique neuronale. Les experts eux-mêmes semblent aujourd’hui peiner à en expliquer le processus, tant l’évolution de la traduction automatique est rapide.

Ce que je peux vous dire, c’est que DeepL analyse des textes à l’aide de réseaux neuronaux. Ces réseaux permettent de résoudre des tâches sur la base de modèles prédéfinis. Lorsqu’un réseau neuronal est formé à la traduction, il est tout d’abord alimenté avec des traductions préexistantes et correctes, soit un corpus parallèle géant de qualité. Il les analyse alors jusqu’à pouvoir en déduire la façon dont les nouveaux textes doivent être traduits. Cette méthode est aussi appelée le Deep Learning (oui, DeepL porte bien son nom). Cela fait référence à la capacité d’une machine à apprendre en utilisant d’importants ensembles de données, plutôt qu’en ayant recours à des règles codées, beaucoup trop rigides et limitées. L’ordinateur peut alors apprendre par lui-même et entraîner une intelligence artificielle à prédire les résultats à partir d’un ensemble de données saisies. À l’instar d’un animal ou un bébé humain, il apprend grâce à des exemples, des expériences et des erreurs. Chaque fois que vous traduisez avec DeepL, vous nourrissez le géant.

Cet apprentissage considérable nécessite l’utilisation d’un super-ordinateur d’une performance équivalente à 5000 processeurs d’ordinateurs de bureau. Ce serveur surpuissant n’est d’ailleurs pas situé en Allemagne (lieu du siège de DeepL), mais dans un centre de données en Islande, à Keflavik. Là-bas, il est plus facile de garder les traductions au frais : les basses températures extérieures de cette région du monde facilitent la climatisation de ce gigantesque centre de données. Autrement, le serveur se transformerait rapidement en l’un des nombreux volcans islandais.

 

Maintenant, place à la pratique !

Il est temps d’analyser les performances de ce géant. Pour cela, je vais reprendre les textes que Marine Moreel avait utilisés dans son billet de blog du 8 octobre 2017 : Google Translate vs DeepL : le duel. Ces textes sont extraits du site du Plaza Hotel de New York rédigés en anglais. Je vais donc observer leur traduction vers le français. Ainsi, nous pourrons comparer les textes traduits entre 2017 et aujourd’hui, et en analyser l’évolution.

  • La typographie

En quelques mots, on peut dire qu’il n’y a pas vraiment eu d’évolution en la matière. DeepL ne respecte toujours pas les règles typographiques de la langue française. On ne retrouve donc toujours pas d’espaces insécables ou de guillemets chevrons dans le texte traduit.

  • La localisation

2017

localisation2

2019

CaptureLOCALISATION

En ce qui concerne la localisation, on constate une légère évolution. DeepL ne localise toujours pas les numéros de téléphone et les devises. En revanche, il adapte le format des chiffres en supprimant la virgule séparatrice de milliers, et sait localiser l’heure. Pour l’instant, rien de nouveau sous le soleil. Toutefois, à la dernière phrase, on remarque que DeepL a traduit l’unité de mesure sans la localiser. Cela représente une amélioration par rapport à la version de 2017, dans laquelle DeepL a traduit « 4,500 sq. ft. » par « 4 500 m² » en la faisant suivre de la mesure « ft. » laissée telle quelle, ce qui n’a aucun sens.

  • Omissions

2017

coherence2

2019

CaptureCOHERENCE

En comparaison avec la traduction de 2017, on peut constater que « palatial » n’a pas été omis cette fois-ci. DeepL n’a donc pas supprimé de mots, que ce soit dû à une impossibilité de traduire, ou à la nécessité de rendre la phrase traduite plus humaine.

  • La traduction des mots empruntés à d’autres langues

2017

emprunts2

2019

CaptureDRESSING

 

Confusion de « dressing area » avec « dressing room » ? Mystère ! Toujours est-il que l’on passe d’une traduction peu idiomatique et incorrecte du point de vue du contexte, à une formulation fluide, naturelle et plus vendeuse, reprenant la terminologie adaptée, soit un emprunt dans ce cas. En 2019, DeepL semble donc avoir moins peur des emprunts.

Notons par ailleurs que « luxury », tout d’abord traduit par l’adjectif « luxueux », a trouvé une traduction plus heureuse en 2019 avec le complément du nom « de luxe », qui semble mieux se prêter au contexte.

  • La traduction littérale et le sens

2017

sens2

2019

CaptureBIGFinal

Garder « The Eloise Shop » ou traduire littéralement par « La Boutique Eloise » ? En tant que futur traducteur, j’accompagnerais la traduction du nom original entre crochets. Dans tous les cas, ce sera au post-éditeur et/ou au client de trancher.

En 2017, DeepL avait choisi de proposer la traduction première de « skidder », soit « déraper ». En 2019, il n’en prend même plus la peine et les clients se retrouvent à faire du « skidder » dans le magasin. Ici, le verbe est accompagné de la particule « in ». Son sens s’en voit donc modifié. Les verbes à particule sont porteurs d’une grande richesse sémantique et leurs diverses acceptions évoluent de façon continue. Alors, qui d’autre que le post-éditeur sera à même d’en extraire (mais surtout d’en retransmettre) le sens ?

En revanche, nous pouvons être agréablement surpris de la gestion du mot « (mis)adventures » par l’outil, qui a proposé « (més)aventures » en 2019. Cette fois, DeepL ne s’est pas laissé duper par les parenthèses et a parfaitement rendu le sens du texte source. Une belle évolution depuis 2017.

Le dernier aspect que je souhaiterais aborder est la traduction de « enjoy story time with their mostly companion ». L’outil n’a pas réussi à comprendre le sens du terme « mostly ». À défaut de proposer mieux, DeepL suggère en 2017 l’utilisation de « principal ». En 2019, on ne comprend pas vraiment ce qu’il se passe, et l’on obtient le très étrange « compagnon pour la plupart ». Régression ou apprentissage en cours ?

 

Pour finir

Entre 2017 et 2019, DeepL a augmenté le nombre de langues proposées. Cependant, les traductions délivrées dans certaines combinaisons de langues sont d’une qualité moindre par rapport à d’autres. Est-ce parce que l’outil utilise l’anglais comme langue pivot pour lesdites combinaisons ? Si le sujet de l’anglais comme langue pivot vous intéresse, vous pouvez consulter le billet de blog de ma collègue Angelina Fresnaye.
Les corpus utilisés proviennent notamment de la base de données EUR-Lex, ce qui permet à DeepL d’être très performant dans la traduction automatique de textes juridiques.
Enfin, attention cependant, la très bonne qualité des traductions proposées et leur style naturel sont parfois un mirage. En effet, au nom de la fluidité, le sens pourra être changé et des éléments supprimés. En d’autres termes, si de nombreux articles affirment que la traduction automatique signera la fin du métier de traducteur, nous pouvons constater que l’on en est encore bien loin et que la présence d’un post-éditeur pour rattraper les maladresses, oublis et faux-sens ne sera pas de trop.

 

SOURCES :

Gerald Himmelein (03/06/2019) DeepL: The new gold standard in online translation? softmaker.com.

Radu Raicea (23/10/2017) Want to know how Deep Learning works? Here’s a quick guide for everyone. freecodecamp.org

Wikipedia (08/11/2019) Linguee, Wikimedia Foundation

Magdalena Räth (11/12/2013) Gereon Frahling (Linguee): „Wir haben uns 18 Monate vergraben“ gruenderszene.de

Blog de DeepL (04/10/2019) DeepL remporte le tout premier Prix Honorifique pour l’IA d’Allemagne https://www.deepl.com/blog/20191004.html

Marine Moreel (08/10/2019) Google Translate vs DeepL : le duel. Blog du Master « Traduction Spécialisée Multilingue » (TSM) de l’Université de Lille

 

J’ai testé pour vous… La gestion de projet grâce au logiciel Plunet BusinessManager

Par Clément Surrans, étudiant M2 TSM

Dans le cadre du Master TSM de l’université de Lille, j’effectuais cette année un stage au sein d’une entreprise de gestion de projet : Production SA. Il s’agit d’une société basée en Belgique, qui s’occupe de faire traduire des projets pour de nombreux clients, et qui contracte plus de 700 traducteurs. J’y ai découvert un logiciel, Plunet BusinessManager, qui permet de centraliser et traiter différents projets de traduction. En tant que débutant dans le milieu de la gestion de projet, j’appréhendais la complexité du suivi des projets. Pourtant, grâce à notre principal outil de travail, Plunet, j’ai pu avoir une vue d’ensemble sur les projets en cours, et sa simplicité m’a permis d’être autonome et proactif très rapidement.

Qu’est-ce que c’est ?

Plunet BusinessManager est une plateforme de gestion de projets linguistiques. Cet outil permet de gérer un projet de traduction multilingue, depuis sa création jusqu’à sa livraison, et de suivre l’état d’avancement du projet. Il s’appuie sur une plateforme web, et intègre un logiciel de traduction, une comptabilité financière et des systèmes de gestion de la qualité. Ce système est idéal pour l’optimisation de tous les processus de gestion et de workflow spécifiques aux fournisseurs de services linguistiques professionnels et aux services de traduction. Il est d’ailleurs disponible dans 11 langues.

Plunet regroupe ainsi la gestion de la commande, du devis et de la facturation, de l’avancement des différents projets, du suivi qualité et permet la compilation de glossaires. Il intègre également l’ensemble des fonctionnalités de la technologie Trados. La combinaison de ces deux systèmes, la gestion d’information SDL et les fonctions de gestion de projets d’entreprise de Plunet, facilite la mise en place de processus de gestion.

Comment ça marche ?

À partir de la plateforme en ligne, le Plunet Dashboard, les gestionnaires de projet peuvent avoir une vue d’ensemble sur tous les projets en cours. Vraiment pratique quand on doit en gérer des centaines !

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En cliquant sur un statut particulier, le détail des devis/projets au statut correspondant s’affiche en bas de page, en dessous du tableau de bord.

  • Request : il s’agit des commandes des clients. Une fois que les clients ont accès au portail, ils peuvent envoyer des demandes via celui-ci, y télécharger les fichiers et inscrire dans leur Request tous ce qu’il faut savoir pour démarrer le projet, tels que le niveau de service demandé ou le degré de confidentialité du contenu, et les consignes pour la traduction s’il y en a.
  • Quote et Order : une fois la commande reçue, il est possible de la convertir en devis pour le client, la Quote, ou de directement lancer le projet. Une fois ce devis accepté, la Quote sera elle aussi convertie en projet, sous le nom Order. Sur le Dashboard Plunet, les projets sont classés en sous-catégories selon les critères que vous voulez. Vous pouvez ainsi savoir quels projets sont urgents, lesquels sont prêts à être livrés, et ceux à traiter dans la journée.

 

L’avantage avec Plunet, c’est que vous pouvez créer votre projet SDL Trados Studio à partir de la plateforme en y associant la mémoire de traduction paramétrée dans le workflow du projet, et que les tarifs de vos clients sont directement liés à l’outil de TAO. Les prix sont calculés automatiquement à partir de l’analyse du fichier dans SDL Trados Studio.

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  • Jobs : Une fois le projet inscrit, il faut lui assigner les bons traducteurs. Dans la fiche du Job, grâce à différents filtres, vous pouvez sélectionner les traducteurs de votre base de données selon les spécificités de vos projets. Vous pouvez créer plusieurs jobs dans un projet, et ainsi préparer vos différentes ressources pour ce projet, comme un traducteur, un réviseur ou un préparateur de fichier. Vous pouvez personnaliser différents niveaux de services, et y associer les workflows prédéfinis.

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L’interface permet également de comparer les prix des ressources sélectionnées, pour vous aider à trouver la meilleure offre. Dès que vous avez trouvé votre traducteur, vous pouvez directement lui proposer le projet via la plateforme qui se chargera de lui envoyer la demande. Une fois le projet accepté par le traducteur, vous pourrez le lui assigner à partir de la fiche du Job. D’un simple clic, le traducteur peut recevoir tout ce qu’il faut pour commencer le projet. Grâce à l’intégration de SDL Trados Studio, il est possible de créer le package Studio directement à partir de la fiche du job. Le package se créera automatiquement à l’emplacement défini, et sera envoyé directement au traducteur dès que le projet lui sera assigné.

Une fois la traduction réceptionnée, il est possible d’effectuer un suivi qualité pour chaque traduction, en inscrivant dans la fiche du job le feedback du réviseur.

  • Tasks : Servant de mémo, les tâches en cours permettent de noter tout ce qu’il faut se rappeler pour la journée.
  • L’interface permet également la gestion de la facturation, mais je n’ai pas eu le loisir de découvrir ces fonctionnalités.

 

Que conclure ?

Plunet est très bon outil de gestion, qui permet de tout centraliser sur un seul et même écran. Je ne connais pas d’autre système de gestion avec lequel le comparer, mais je pense pouvoir dire qu’avec cet outil, le suivi des projets et d’une simplicité extraordinaire. Avec son système configurable, il propose diverses fonctions et extensions. Il n’existe pas de version gratuite, mais c’est un bon investissement. En prédéfinissant vos workflows, vous pourrez inscrire un projet en très peu de temps, et y associer vos ressources très vite. En intégrant la technologie Trados, il facilite la gestion terminologique et la tarification grâce aux tarifs prédéfinis pour vos clients et pour vos traducteurs. Il permet aussi d’effectuer le suivi qualité de vos traducteurs.

 

J’espère que vous serez emballés comme moi par cet outil !

 

Je tiens à remercier l’équipe de Plunet de m’avoir permis d’utiliser les photos de leur site pour mon article.

 

Sources :

https://www.capterra.fr/software/151878/plunet-businessmanager

https://www.plunet.com/en/translation-management-software/

 

La traduction : de l’importance de maîtriser son solfège

Par Medge Allouchery, étudiante M2 TSM

traductionsolfege

 

Pour l’expérience, la forme féminine sera employée par défaut dans ce billet. Je souhaite que cela puisse contribuer à sensibiliser à la nécessité d’une écriture plus inclusive.

Donnons le La !

La langue est à la traductrice ce que le violon est à la violoniste, autrement dit, son moyen d’expression, son instrument. Cependant, la traductrice a l’avantage d’être en mesure de polir son instrument de ses propres mains, à tout moment. Profitons-en, soyons notre propre luthière et traduisons de façon plus efficace, éclairée, éthique et libre, car toujours mieux maîtriser notre langue maternelle est la clé vers des choix de traduction conscients plutôt que contraints par nos propres limites linguistiques. Il est essentiel pour nous, traductrices, de tendre systématiquement vers une plus grande conscientisation des règles, structures et usages de notre langue maternelle, comme s’il s’agissait d’une langue étrangère. C’est une garantie de qualité, mais aussi un gage d’honnêteté et d’éthique envers la profession de traductrice et les clientes avec qui nous sommes amenées à travailler. Ne tirons toutefois pas sur le pianiste, il ne s’agit pas d’être parfaite mais plutôt de constamment chercher à s’améliorer dans l’optique de produire des textes cibles clairs, précis, de haute qualité linguistique et adaptés au public cible. Alors comment faire ? Eh bien, c’est comme les gammes, ça se travaille !

Dans son article « Conception d’exercices de style dans l’optique de la traduction », Jacqueline Bossé-Andrieu, professeure de l’université d’Ottawa, dresse un aperçu des exercices qu’elle propose aux étudiantes en traduction dans le but de les aider à « améliorer leur style » (pour plus d’informations, vous pouvez consulter l’article disponible sur le site Erudit). Dans cet article, le « style » ne s’entend pas dans son sens littéraire, soit une façon personnelle de s’exprimer, que la spécialiste considère comme un talent. Il est plutôt question d’amener les étudiantes à faire usage d’une langue soignée et à explorer les divers moyens d’expression à leur disposition lorsqu’elles traduisent. Ainsi, elles peuvent faire des choix de traduction dictés par leurs intentions et non par le manque de possibilités.  Jacqueline Bossé-Andrieu, dans son article, opère une distinction entre ce qu’elle appelle les « fautes de style », c’est-à-dire les fautes de grammaire, de syntaxe ainsi que les usages impropres, et le style en traduction. Celui-ci est l’art de reformuler les idées du texte source et de « restructurer » le texte pour qu’il ne « sente » pas la traduction. Ayant trouvé cet article passionnant, j’ai souhaité vous proposer quelques idées pour développer ces deux aspects de la maîtrise de la langue maternelle.

La grammaire, le vocabulaire : la note fondamentale de l’accord

Tout d’abord, mettons l’accent sur nos petites fausses notes, ces maladresses grammaticales ou orthographiques qui nous échappent. Le Projet Voltaire est un outil en ligne qui saura parfaitement répondre à ce besoin de « rafraîchir ses connaissances » et de réaccorder son violon. Même les virtuoses ne savent pas tout ! Le niveau « Excellence » saura repaître les plus affamées de subtilités de la langue française. Afin d’attester de votre niveau en français, vous pouvez aussi passer le Certificat Voltaire. Pour vous voir décerner le niveau « Expert », attendu chez les traductrices, il faudra obtenir plus de 900 points. Prêtes pour le challenge ?

Sur une note plus grammaticale, Le Bon usage de Grevisse, en version électronique ou papier, sera votre ami le plus fidèle et dissipera vos moindres doutes. Pour assimiler davantage ces structures et ces règles, pourquoi ne pas relire les classiques de la littérature ? Bien entendu, n’allons pas plus vite que la musique : il s’agit de lire « activement », d’observer les tournures et constructions utilisées, et de noter celles que l’on n’emploierait pas spontanément. Ceci sonnera comme une lapalissade, mais se replonger dans ses classiques peut également s’avérer bien utile pour l’enrichissement du vocabulaire, et deviendra vite votre violon d’Ingres !

D’ailleurs, le vocabulaire, parlons-en ! Si, comme moi, vous êtes obnubilées par l’envie de trouver « le mot juste », vous pouvez vous tourner vers des applications mobiles (par exemple « Mot du jour ») proposant d’apprendre ou de redécouvrir un mot « rare » chaque jour. S’entraîner ensuite à employer ces mots çà et là dans les conversations les fera passer dans la partie « active » du vocabulaire. Dans le même esprit, le « Petit dictionnaire de mots rares » de Thierry Prellier est un ouvrage qui me fait, et vous fera, je l’espère, régulièrement découvrir de petites perles oubliées. Par exemple, saviez-vous que le mot « lantiponner » signifiait « discourir inutilement en importun » ?

Faisons nos gammes

Suivons les conseils de l’ESIT : pour mettre tout cela en pratique, rien de tel qu’écrire, qu’il s’agisse d’expression personnelle (lettres, billets de blog, nouvelles, discours…) ou d’une traduction. S’entraîner, en outre, à résumer ou à reformuler (même simplement à l’oral) ce que l’on entend ou lit, en en restituant l’articulation logique, aura de nombreux bienfaits, car il me semble que traduire, c’est un peu reformuler dans une langue cible ce que l’on comprend d’un écrit en langue source. Ainsi, « traduire » de notre langue maternelle vers notre langue maternelle nous conduira à acquérir certains automatismes. Durant un cours du master TSM, nous avons dû rédiger le même texte dans les trois registres principaux (familier, courant, soutenu), jouer avec les tonalités, les couleurs de la langue. J’ai trouvé cet exercice particulièrement formateur, parce qu’il nous entraîne à cette gymnastique intellectuelle que nous devons opérer dans la vie professionnelle, pour jongler entre les différents textes auxquels nous sommes confrontées. Alors, profitons de notre temps libre pour peaufiner nos productions personnelles et nos traductions, consultons les dictionnaires de synonymes (Crisco, outil de proxémie du CNRTL etc.), les dictionnaires analogiques (classement des mots par idées sur Sensagent, ou, pour le plaisir, le Dictionnaire Analogique de la langue française de Boissière) ou encore les dictionnaires de cooccurrences (sur Termium par exemple). On peut également recourir aux corpus de textes et produire des textes riches, fluides, précis et naturels. Il va de soi qu’il ne s’agit pas d’étaler sa prétendue culture en alignant immodérément des mots compliqués ornés d’un style pompeux, mais plutôt de répondre à la question : comment mieux dire ?

Le style ou l’absolue relativité

Il va de soi que le « style » n’est pas quelque chose d’absolu. Jouez une symphonie classique comme une danse baroque, rédigez un texte de loi comme vous écririez un SMS, ou encore un discours comme une entrée encyclopédique, et le style paraîtra tout à fait inadapté. Il faut se mettre au diapason ! Ce qui me semble définir un « style approprié » en traduction, c’est la prise en compte perpétuelle du public et de la finalité du texte cible, se traduisant par l’utilisation d’un registre, d’un vocabulaire et d’une phraséologie adaptés. Quels outils peuvent nous apporter leur précieux concours dans cette tâche ardue, lorsque l’on n’est pas une spécialiste du sujet traité ? Les corpus de textes écrits par les natives vous offrent ce que glossaires et dictionnaires ne pourront jamais vous apporter : des exemples « de la vie réelle » en contexte, et des collocations et une phraséologie utilisées « en direct ». Spécialisé ou général, unilingue ou bilingue, à vous de choisir le corpus adapté à votre texte cible, voire de le créer. Sur Sketchengine (pour la langue générale, entre autres) ou encore Eur-Lex (pour le domaine juridique), vous trouverez des corpus de qualité dans lesquels puiser votre inspiration. Enfin, des livres spécialisés dans la rédaction de certains types de textes auront également leur utilité pour vous renseigner plus en profondeur sur ce qui fait la particularité de tel ou tel type de texte. À titre d’exemple, le livre de M. Barbottin sur la rédaction technique et scientifique pourra être utile à celles qui se destinent aux domaines techniques et scientifiques1.

Les ténors de la traduction

Lorsque tout cela est conscientisé, je crois que le nec plus ultra du style, la petite touche qui fera toute la différence, c’est l’emploi des ultra-idiomatiques « items uniques », que j’ai découverts en cours de traductologie l’année dernière. Selon Sonja Tirkkonen-Condit, ces éléments linguistiques ne se retrouvent pas aussi fréquemment dans les textes cibles traduits que dans les textes non traduits, car ils n’ont pas d’équivalent direct dans la langue source. Ainsi, ils se manifestent rarement à l’esprit de la traductrice à cause de l’interférence linguistique qu’elle subit. Parce qu’ils sont moins présents dans les textes traduits, leur absence peut donc être un indice qui « démasquerait » la traductrice. Alors, à vos masques !

Les items uniques sont ce qui distingue parfois une expression « correcte » d’une expression « waouh ! ». Selon le contexte, remplacez « déjà » par « d’ores et déjà » ou encore « en effet » par « bel et bien », et le texte joue soudainement une mélodie aux sonorités plus « françaises ».

Une première suggestion pour entendre leur chant mélodieux serait naturellement de « laisser reposer » la traduction et de la relire comme si c’était un texte non traduit qu’il fallait améliorer.  Il ne sera pas non plus inutile de leur porter un peu plus d’attention au quotidien et de se constituer un petit « glossaire idiomatique » avec les correspondances locution correcte/locution waouh ! À force de les utiliser, nous finirons par développer certains automatismes qui aideront à pallier la fameuse interférence linguistique de la langue source sur la langue cible décrite par Toury. Enfin, déconstruire la phrase en n’en gardant que les idées clés permet parfois de « faire un peu de place » dans le cerveau pour laisser l’intuition de la native s’exprimer.

Cadence finale

Lorsque l’on n’est pas en « phase d’entraînement » et que l’on a besoin d’un petit coup de pouce, un logiciel est là pour apporter son soutien harmonique : « Antidote », le correcteur orthographique et grammatical qui ne laisse (presque) rien passer. Doté de dictionnaires de synonymes, d’antonymes, de champs lexicaux, de cooccurrences, c’est un tout-en-un qui saura répondre aux besoins d’efficacité et de rapidité des traductrices professionnelles.

En résumé, de nombreux outils en version papier et numérique sont disponibles pour nous aider dans notre quête infinie d’une expression parfaite, dont la poursuite est importante pour garantir la qualité de notre travail. Les plus motivées et celles qui ont le plus de temps pourront également s’entraîner grâce à des exercices de style bien choisis. Enfin, pour répondre aux exigences des professionnelles, Antidote et les outils de corpus constitueront des alliés de choix.

Cet article arrive maintenant à son terme. Je voulais encore vous parler de textométrie, de stylométrie, de mesure de richesse lexicale, mais l’espace me manque… J’espère que vous aurez trouvé ces quelques réflexions utiles et je vous souhaite une belle bal(l)ade parmi les mots.

[1] Barbottin, Gérard. Rédiger des textes techniques et scientifiques en français et en anglais. Paris : Insep consulting. 2003. 412 p. ([Pratiques en question], 0291-6770).

Sources

  1. Association des Amis de l’ESIT., Comment perfectionner ses connaissances linguistiques. Université de Paris III.
  2. Bossé-Andrieu J. Conception d’exercices de style dans l’optique de la traduction – Meta – Érudit [Internet]. [juin, 1988]. Disponible sur : https://www-erudit-org.ressources-electroniques.univ-lille.fr/fr/revues/meta/1988-v33-n2-meta320/002104ar/
  3. Cours de traductologie et d’outils de corpus du Master TSM dispensés par Pr. Loock [2018/2019].
  4. Sonjia Tirkkonen-Condit. « Unique items – over- or under-represented in translated language? » Translation Universals: Do They Exist?, vol. 48/148, John Benjamins Publishing Company, 2004, 224 p.
  5. Toury, Gideon. Descriptive Translation Studies And Beyond. John Benjamins, 2012, p. 275.