J’ai testé pour vous… La gestion de projet grâce au logiciel Plunet BusinessManager

Par Clément Surrans, étudiant M2 TSM

Dans le cadre du Master TSM de l’université de Lille, j’effectuais cette année un stage au sein d’une entreprise de gestion de projet : Production SA. Il s’agit d’une société basée en Belgique, qui s’occupe de faire traduire des projets pour de nombreux clients, et qui contracte plus de 700 traducteurs. J’y ai découvert un logiciel, Plunet BusinessManager, qui permet de centraliser et traiter différents projets de traduction. En tant que débutant dans le milieu de la gestion de projet, j’appréhendais la complexité du suivi des projets. Pourtant, grâce à notre principal outil de travail, Plunet, j’ai pu avoir une vue d’ensemble sur les projets en cours, et sa simplicité m’a permis d’être autonome et proactif très rapidement.

Qu’est-ce que c’est ?

Plunet BusinessManager est une plateforme de gestion de projets linguistiques. Cet outil permet de gérer un projet de traduction multilingue, depuis sa création jusqu’à sa livraison, et de suivre l’état d’avancement du projet. Il s’appuie sur une plateforme web, et intègre un logiciel de traduction, une comptabilité financière et des systèmes de gestion de la qualité. Ce système est idéal pour l’optimisation de tous les processus de gestion et de workflow spécifiques aux fournisseurs de services linguistiques professionnels et aux services de traduction. Il est d’ailleurs disponible dans 11 langues.

Plunet regroupe ainsi la gestion de la commande, du devis et de la facturation, de l’avancement des différents projets, du suivi qualité et permet la compilation de glossaires. Il intègre également l’ensemble des fonctionnalités de la technologie Trados. La combinaison de ces deux systèmes, la gestion d’information SDL et les fonctions de gestion de projets d’entreprise de Plunet, facilite la mise en place de processus de gestion.

Comment ça marche ?

À partir de la plateforme en ligne, le Plunet Dashboard, les gestionnaires de projet peuvent avoir une vue d’ensemble sur tous les projets en cours. Vraiment pratique quand on doit en gérer des centaines !

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En cliquant sur un statut particulier, le détail des devis/projets au statut correspondant s’affiche en bas de page, en dessous du tableau de bord.

  • Request : il s’agit des commandes des clients. Une fois que les clients ont accès au portail, ils peuvent envoyer des demandes via celui-ci, y télécharger les fichiers et inscrire dans leur Request tous ce qu’il faut savoir pour démarrer le projet, tels que le niveau de service demandé ou le degré de confidentialité du contenu, et les consignes pour la traduction s’il y en a.
  • Quote et Order : une fois la commande reçue, il est possible de la convertir en devis pour le client, la Quote, ou de directement lancer le projet. Une fois ce devis accepté, la Quote sera elle aussi convertie en projet, sous le nom Order. Sur le Dashboard Plunet, les projets sont classés en sous-catégories selon les critères que vous voulez. Vous pouvez ainsi savoir quels projets sont urgents, lesquels sont prêts à être livrés, et ceux à traiter dans la journée.

 

L’avantage avec Plunet, c’est que vous pouvez créer votre projet SDL Trados Studio à partir de la plateforme en y associant la mémoire de traduction paramétrée dans le workflow du projet, et que les tarifs de vos clients sont directement liés à l’outil de TAO. Les prix sont calculés automatiquement à partir de l’analyse du fichier dans SDL Trados Studio.

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  • Jobs : Une fois le projet inscrit, il faut lui assigner les bons traducteurs. Dans la fiche du Job, grâce à différents filtres, vous pouvez sélectionner les traducteurs de votre base de données selon les spécificités de vos projets. Vous pouvez créer plusieurs jobs dans un projet, et ainsi préparer vos différentes ressources pour ce projet, comme un traducteur, un réviseur ou un préparateur de fichier. Vous pouvez personnaliser différents niveaux de services, et y associer les workflows prédéfinis.

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L’interface permet également de comparer les prix des ressources sélectionnées, pour vous aider à trouver la meilleure offre. Dès que vous avez trouvé votre traducteur, vous pouvez directement lui proposer le projet via la plateforme qui se chargera de lui envoyer la demande. Une fois le projet accepté par le traducteur, vous pourrez le lui assigner à partir de la fiche du Job. D’un simple clic, le traducteur peut recevoir tout ce qu’il faut pour commencer le projet. Grâce à l’intégration de SDL Trados Studio, il est possible de créer le package Studio directement à partir de la fiche du job. Le package se créera automatiquement à l’emplacement défini, et sera envoyé directement au traducteur dès que le projet lui sera assigné.

Une fois la traduction réceptionnée, il est possible d’effectuer un suivi qualité pour chaque traduction, en inscrivant dans la fiche du job le feedback du réviseur.

  • Tasks : Servant de mémo, les tâches en cours permettent de noter tout ce qu’il faut se rappeler pour la journée.
  • L’interface permet également la gestion de la facturation, mais je n’ai pas eu le loisir de découvrir ces fonctionnalités.

 

Que conclure ?

Plunet est très bon outil de gestion, qui permet de tout centraliser sur un seul et même écran. Je ne connais pas d’autre système de gestion avec lequel le comparer, mais je pense pouvoir dire qu’avec cet outil, le suivi des projets et d’une simplicité extraordinaire. Avec son système configurable, il propose diverses fonctions et extensions. Il n’existe pas de version gratuite, mais c’est un bon investissement. En prédéfinissant vos workflows, vous pourrez inscrire un projet en très peu de temps, et y associer vos ressources très vite. En intégrant la technologie Trados, il facilite la gestion terminologique et la tarification grâce aux tarifs prédéfinis pour vos clients et pour vos traducteurs. Il permet aussi d’effectuer le suivi qualité de vos traducteurs.

 

J’espère que vous serez emballés comme moi par cet outil !

 

Je tiens à remercier l’équipe de Plunet de m’avoir permis d’utiliser les photos de leur site pour mon article.

 

Sources :

https://www.capterra.fr/software/151878/plunet-businessmanager

https://www.plunet.com/en/translation-management-software/

 

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La traduction : de l’importance de maîtriser son solfège

Par Medge Allouchery, étudiante M2 TSM

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Pour l’expérience, la forme féminine sera employée par défaut dans ce billet. Je souhaite que cela puisse contribuer à sensibiliser à la nécessité d’une écriture plus inclusive.

Donnons le La !

La langue est à la traductrice ce que le violon est à la violoniste, autrement dit, son moyen d’expression, son instrument. Cependant, la traductrice a l’avantage d’être en mesure de polir son instrument de ses propres mains, à tout moment. Profitons-en, soyons notre propre luthière et traduisons de façon plus efficace, éclairée, éthique et libre, car toujours mieux maîtriser notre langue maternelle est la clé vers des choix de traduction conscients plutôt que contraints par nos propres limites linguistiques. Il est essentiel pour nous, traductrices, de tendre systématiquement vers une plus grande conscientisation des règles, structures et usages de notre langue maternelle, comme s’il s’agissait d’une langue étrangère. C’est une garantie de qualité, mais aussi un gage d’honnêteté et d’éthique envers la profession de traductrice et les clientes avec qui nous sommes amenées à travailler. Ne tirons toutefois pas sur le pianiste, il ne s’agit pas d’être parfaite mais plutôt de constamment chercher à s’améliorer dans l’optique de produire des textes cibles clairs, précis, de haute qualité linguistique et adaptés au public cible. Alors comment faire ? Eh bien, c’est comme les gammes, ça se travaille !

Dans son article « Conception d’exercices de style dans l’optique de la traduction », Jacqueline Bossé-Andrieu, professeure de l’université d’Ottawa, dresse un aperçu des exercices qu’elle propose aux étudiantes en traduction dans le but de les aider à « améliorer leur style » (pour plus d’informations, vous pouvez consulter l’article disponible sur le site Erudit). Dans cet article, le « style » ne s’entend pas dans son sens littéraire, soit une façon personnelle de s’exprimer, que la spécialiste considère comme un talent. Il est plutôt question d’amener les étudiantes à faire usage d’une langue soignée et à explorer les divers moyens d’expression à leur disposition lorsqu’elles traduisent. Ainsi, elles peuvent faire des choix de traduction dictés par leurs intentions et non par le manque de possibilités.  Jacqueline Bossé-Andrieu, dans son article, opère une distinction entre ce qu’elle appelle les « fautes de style », c’est-à-dire les fautes de grammaire, de syntaxe ainsi que les usages impropres, et le style en traduction. Celui-ci est l’art de reformuler les idées du texte source et de « restructurer » le texte pour qu’il ne « sente » pas la traduction. Ayant trouvé cet article passionnant, j’ai souhaité vous proposer quelques idées pour développer ces deux aspects de la maîtrise de la langue maternelle.

La grammaire, le vocabulaire : la note fondamentale de l’accord

Tout d’abord, mettons l’accent sur nos petites fausses notes, ces maladresses grammaticales ou orthographiques qui nous échappent. Le Projet Voltaire est un outil en ligne qui saura parfaitement répondre à ce besoin de « rafraîchir ses connaissances » et de réaccorder son violon. Même les virtuoses ne savent pas tout ! Le niveau « Excellence » saura repaître les plus affamées de subtilités de la langue française. Afin d’attester de votre niveau en français, vous pouvez aussi passer le Certificat Voltaire. Pour vous voir décerner le niveau « Expert », attendu chez les traductrices, il faudra obtenir plus de 900 points. Prêtes pour le challenge ?

Sur une note plus grammaticale, Le Bon usage de Grevisse, en version électronique ou papier, sera votre ami le plus fidèle et dissipera vos moindres doutes. Pour assimiler davantage ces structures et ces règles, pourquoi ne pas relire les classiques de la littérature ? Bien entendu, n’allons pas plus vite que la musique : il s’agit de lire « activement », d’observer les tournures et constructions utilisées, et de noter celles que l’on n’emploierait pas spontanément. Ceci sonnera comme une lapalissade, mais se replonger dans ses classiques peut également s’avérer bien utile pour l’enrichissement du vocabulaire, et deviendra vite votre violon d’Ingres !

D’ailleurs, le vocabulaire, parlons-en ! Si, comme moi, vous êtes obnubilées par l’envie de trouver « le mot juste », vous pouvez vous tourner vers des applications mobiles (par exemple « Mot du jour ») proposant d’apprendre ou de redécouvrir un mot « rare » chaque jour. S’entraîner ensuite à employer ces mots çà et là dans les conversations les fera passer dans la partie « active » du vocabulaire. Dans le même esprit, le « Petit dictionnaire de mots rares » de Thierry Prellier est un ouvrage qui me fait, et vous fera, je l’espère, régulièrement découvrir de petites perles oubliées. Par exemple, saviez-vous que le mot « lantiponner » signifiait « discourir inutilement en importun » ?

Faisons nos gammes

Suivons les conseils de l’ESIT : pour mettre tout cela en pratique, rien de tel qu’écrire, qu’il s’agisse d’expression personnelle (lettres, billets de blog, nouvelles, discours…) ou d’une traduction. S’entraîner, en outre, à résumer ou à reformuler (même simplement à l’oral) ce que l’on entend ou lit, en en restituant l’articulation logique, aura de nombreux bienfaits, car il me semble que traduire, c’est un peu reformuler dans une langue cible ce que l’on comprend d’un écrit en langue source. Ainsi, « traduire » de notre langue maternelle vers notre langue maternelle nous conduira à acquérir certains automatismes. Durant un cours du master TSM, nous avons dû rédiger le même texte dans les trois registres principaux (familier, courant, soutenu), jouer avec les tonalités, les couleurs de la langue. J’ai trouvé cet exercice particulièrement formateur, parce qu’il nous entraîne à cette gymnastique intellectuelle que nous devons opérer dans la vie professionnelle, pour jongler entre les différents textes auxquels nous sommes confrontées. Alors, profitons de notre temps libre pour peaufiner nos productions personnelles et nos traductions, consultons les dictionnaires de synonymes (Crisco, outil de proxémie du CNRTL etc.), les dictionnaires analogiques (classement des mots par idées sur Sensagent, ou, pour le plaisir, le Dictionnaire Analogique de la langue française de Boissière) ou encore les dictionnaires de cooccurrences (sur Termium par exemple). On peut également recourir aux corpus de textes et produire des textes riches, fluides, précis et naturels. Il va de soi qu’il ne s’agit pas d’étaler sa prétendue culture en alignant immodérément des mots compliqués ornés d’un style pompeux, mais plutôt de répondre à la question : comment mieux dire ?

Le style ou l’absolue relativité

Il va de soi que le « style » n’est pas quelque chose d’absolu. Jouez une symphonie classique comme une danse baroque, rédigez un texte de loi comme vous écririez un SMS, ou encore un discours comme une entrée encyclopédique, et le style paraîtra tout à fait inadapté. Il faut se mettre au diapason ! Ce qui me semble définir un « style approprié » en traduction, c’est la prise en compte perpétuelle du public et de la finalité du texte cible, se traduisant par l’utilisation d’un registre, d’un vocabulaire et d’une phraséologie adaptés. Quels outils peuvent nous apporter leur précieux concours dans cette tâche ardue, lorsque l’on n’est pas une spécialiste du sujet traité ? Les corpus de textes écrits par les natives vous offrent ce que glossaires et dictionnaires ne pourront jamais vous apporter : des exemples « de la vie réelle » en contexte, et des collocations et une phraséologie utilisées « en direct ». Spécialisé ou général, unilingue ou bilingue, à vous de choisir le corpus adapté à votre texte cible, voire de le créer. Sur Sketchengine (pour la langue générale, entre autres) ou encore Eur-Lex (pour le domaine juridique), vous trouverez des corpus de qualité dans lesquels puiser votre inspiration. Enfin, des livres spécialisés dans la rédaction de certains types de textes auront également leur utilité pour vous renseigner plus en profondeur sur ce qui fait la particularité de tel ou tel type de texte. À titre d’exemple, le livre de M. Barbottin sur la rédaction technique et scientifique pourra être utile à celles qui se destinent aux domaines techniques et scientifiques1.

Les ténors de la traduction

Lorsque tout cela est conscientisé, je crois que le nec plus ultra du style, la petite touche qui fera toute la différence, c’est l’emploi des ultra-idiomatiques « items uniques », que j’ai découverts en cours de traductologie l’année dernière. Selon Sonja Tirkkonen-Condit, ces éléments linguistiques ne se retrouvent pas aussi fréquemment dans les textes cibles traduits que dans les textes non traduits, car ils n’ont pas d’équivalent direct dans la langue source. Ainsi, ils se manifestent rarement à l’esprit de la traductrice à cause de l’interférence linguistique qu’elle subit. Parce qu’ils sont moins présents dans les textes traduits, leur absence peut donc être un indice qui « démasquerait » la traductrice. Alors, à vos masques !

Les items uniques sont ce qui distingue parfois une expression « correcte » d’une expression « waouh ! ». Selon le contexte, remplacez « déjà » par « d’ores et déjà » ou encore « en effet » par « bel et bien », et le texte joue soudainement une mélodie aux sonorités plus « françaises ».

Une première suggestion pour entendre leur chant mélodieux serait naturellement de « laisser reposer » la traduction et de la relire comme si c’était un texte non traduit qu’il fallait améliorer.  Il ne sera pas non plus inutile de leur porter un peu plus d’attention au quotidien et de se constituer un petit « glossaire idiomatique » avec les correspondances locution correcte/locution waouh ! À force de les utiliser, nous finirons par développer certains automatismes qui aideront à pallier la fameuse interférence linguistique de la langue source sur la langue cible décrite par Toury. Enfin, déconstruire la phrase en n’en gardant que les idées clés permet parfois de « faire un peu de place » dans le cerveau pour laisser l’intuition de la native s’exprimer.

Cadence finale

Lorsque l’on n’est pas en « phase d’entraînement » et que l’on a besoin d’un petit coup de pouce, un logiciel est là pour apporter son soutien harmonique : « Antidote », le correcteur orthographique et grammatical qui ne laisse (presque) rien passer. Doté de dictionnaires de synonymes, d’antonymes, de champs lexicaux, de cooccurrences, c’est un tout-en-un qui saura répondre aux besoins d’efficacité et de rapidité des traductrices professionnelles.

En résumé, de nombreux outils en version papier et numérique sont disponibles pour nous aider dans notre quête infinie d’une expression parfaite, dont la poursuite est importante pour garantir la qualité de notre travail. Les plus motivées et celles qui ont le plus de temps pourront également s’entraîner grâce à des exercices de style bien choisis. Enfin, pour répondre aux exigences des professionnelles, Antidote et les outils de corpus constitueront des alliés de choix.

Cet article arrive maintenant à son terme. Je voulais encore vous parler de textométrie, de stylométrie, de mesure de richesse lexicale, mais l’espace me manque… J’espère que vous aurez trouvé ces quelques réflexions utiles et je vous souhaite une belle bal(l)ade parmi les mots.

[1] Barbottin, Gérard. Rédiger des textes techniques et scientifiques en français et en anglais. Paris : Insep consulting. 2003. 412 p. ([Pratiques en question], 0291-6770).

Sources

  1. Association des Amis de l’ESIT., Comment perfectionner ses connaissances linguistiques. Université de Paris III.
  2. Bossé-Andrieu J. Conception d’exercices de style dans l’optique de la traduction – Meta – Érudit [Internet]. [juin, 1988]. Disponible sur : https://www-erudit-org.ressources-electroniques.univ-lille.fr/fr/revues/meta/1988-v33-n2-meta320/002104ar/
  3. Cours de traductologie et d’outils de corpus du Master TSM dispensés par Pr. Loock [2018/2019].
  4. Sonjia Tirkkonen-Condit. « Unique items – over- or under-represented in translated language? » Translation Universals: Do They Exist?, vol. 48/148, John Benjamins Publishing Company, 2004, 224 p.
  5. Toury, Gideon. Descriptive Translation Studies And Beyond. John Benjamins, 2012, p. 275.

 

 

 

J’ai testé pour vous… être traductrice bénévole pour TED

Par Estelle Peuvion, étudiante M1 TSM

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Il y a quelques mois, je me baladais sur le blog du Master TSM à la recherche d’inspiration pour mon billet. C’est alors qu’un article a attiré mon attention : « Comment gagner en expérience lorsque l’on est étudiant(e) en traduction ? », rédigé en 2017 par Élise Guilbert. En lisant cet article, j’ai découvert que les conférences TED faisaient appel à des bénévoles pour la transcription, la traduction et la relecture des vidéos de leurs conférences. Je me suis alors dit : pourquoi pas essayer ?

Avant de rentrer dans le vif du sujet, rappelons rapidement ce que sont les conférences TED (Technology, Entertainment and Design). Elles ont été créées en 1984 aux États-Unis par Richard Saul Wurman et Harry Marques et appartiennent à la Fondation Sapling, organisme à but non lucratif.

Le principe ? Un orateur ou une oratrice prend la parole sur un sujet, devant un public, pendant une quinzaine de minutes. Les conférences peuvent concerner n’importe quel domaine : la biologie, la politique, l’économie, les réseaux sociaux, la psychologie…

Le slogan du programme ? « Diffuser des idées qui en valent la peine. »

 

La traduction chez TED

Maintenant, parlons de ce qui nous intéresse le plus : la traduction.

TED fait appel à des bénévoles pour la transcription, la traduction et la relecture de son contenu. Il n’est pas nécessaire d’être traducteur professionnel pour effectuer ces tâches. 116 langues sont traitées, même si la demande (ou la disponibilité de traducteurs ?) est évidemment plus importante pour certaines que pour d’autres : par exemple, seulement trois conférences ont été sous-titrées en lao, contre 3016 en français. 34 061 traducteurs sont recensés et un blog leur est dédié, où vous pourrez retrouver des interviews, des portraits, les comptes-rendus des rencontres entre traducteurs…

Les traducteurs se réunissent également en communauté, notamment à travers un groupe Facebook, où il est possible de demander à nos « collègues » de transcrire une vidéo que l’on aimerait traduire, ou de réviser une de nos traductions, ou même tout simplement de partager ou de demander des conseils.

 

En ce qui concerne les prérequis des traducteurs, ils sont simples à retenir.

Le traducteur doit évidemment maîtriser la langue source et la langue cible du document. Le transcripteur quant à lui ne doit maîtriser que la langue source. Si vous ne vous sentez pas assez à l’aise dans une autre langue que votre langue maternelle, vous pouvez toujours vous rendre utile en transcrivant les vidéos ! C’est une tâche qui peut paraître dérisoire, mais elle est essentielle à tout le processus de traduction : sans transcription, pas de traduction.

Les traducteurs et les transcripteurs doivent connaître les règles de base du sous-titrage. Si vous avez suivi l’option de traduction audiovisuelle du Master TSM, vous savez de quoi je parle ! Sinon, pas d’inquiétude : il existe toute une série de tutoriels dédiés à ce sujet, et la plateforme de traduction, que nous découvrirons un peu plus tard, nous facilite grandement la tâche.

Maintenant, j’imagine que vous vous demandez comment procéder pour devenir traducteur pour TED. Ça tombe bien, c’est ce dont j’allais parler.

Comment devenir traducteur pour TED ?

Le processus de candidature est très simple. Avant toute chose, il vous faut vous créer un compte TED. Ensuite, rendez-vous sur Amara, qui est la plateforme de traduction en ligne que nous allons utiliser. Cette vidéo vous sera utile pour comprendre plus en détail le processus de candidature.

Vous devrez préciser les langues que vous maîtrisez, et répondre à quelques questions sur votre niveau dans ces langues, et évidemment, expliquer pourquoi vous souhaitez être TED Translator.

Après avoir envoyé votre candidature, il ne vous reste qu’à attendre : cinq jours en moyenne d’après le site officiel TED, une dizaine d’heures seulement dans mon cas.

Une fois que vous êtes officiellement TED Translator, les choses sérieuses peuvent commencer.

Le processus de traduction

Première chose à savoir : tout se déroule sur la plateforme Amara.

Pour obtenir une tâche de traduction, rendez-vous sur la page All available tasks, et vous pourrez afficher toutes les tâches disponibles en fonction de la langue que vous recherchez. Lorsque vous avez trouvé un sujet qui vous plait, cliquez sur Perform task, puis sur Start now, et vous serez redirigé vers l’outil de traduction.

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Si vous connaissez déjà certains outils de TAO, vous ne serez pas dépaysés : la partie gauche de l’écran contient le texte source, et la partie centrale votre traduction. Sur la droite, vous aurez des indications sur le nombre de caractères par segment et par seconde. Comme vous pouvez le constater, le texte source est divisé en différents segments. Avant de procéder à la fusion ou au découpage de ces segments et de synchroniser les sous-titres avec la vidéo, il vous faut traduire l’intégralité du document.

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En traduisant, vous remarquerez que parfois, un point d’exclamation rouge ainsi qu’un message, rouge également, s’affichent dans le segment et sur la droite : ce sont des messages indiquant que la ligne est trop longue ou que le nombre de caractères par minute est trop élevé. (Une ligne ne doit pas dépasser 42 caractères, et le nombre de caractères par seconde ne doit pas dépasser 21)

Je vous conseille de finir de traduire la transcription avant de vous préoccuper de ces messages. Vous serez plus à même de trouver de bonnes solutions de réduction du texte en ayant l’intégralité de la vidéo en tête.

Pour supprimer un segment, ou en rajouter un, utilisez la petite clé à molette située entre le segment source et le segment cible.

Attention, n’oubliez pas de traduire le titre et la description de la vidéo, tout en haut de la page !

Après l’étape de traduction, c’est au tour de la synchronisation des sous-titres.

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Il vous faut utiliser la barre chronologique qui se trouve entre les segments et la vidéo. Chaque rectangle gris représente un segment. Pour réduire ou augmenter la durée d’apparition d’un segment à l’écran, rien de plus simple : il vous suffit de tirer les barres verte et grise, situées à chaque extrémité du segment. Vous pouvez également déplacer les segments sur la barre elle-même, à l’aide de votre souris. La fine barre verticale rouge indique votre position dans la chronologie de la vidéo.

Une fois que tout ceci est terminé… eh bien, vous pouvez rendre la traduction ! Vous avez un délai de quatre semaines pour chaque vidéo.

Lorsque vous rendrez votre traduction, elle sera relue par un réviseur TED. Pour être réviseur, il faut avoir traduit au moins 90 minutes de contenu. Malheureusement, je n’ai pas encore traduit assez de contenu pour être réviseuse, je ne pourrai donc pas vous parler de cette étape.

Après la révision, votre traduction passera entre les mains d’un coordinateur linguistique (language coordinator) pour la phase d’approbation.

Et enfin, elle sera publiée, et vous serez crédités !

Si vous avez encore des doutes ou qu’un point ne vous semble pas clair, cette page pourra vous aider.

 

Conclusion

Je vais conclure en donnant mon point de vue sur cette expérience.

Tout d’abord, je trouve que la plateforme Amara est vraiment très facile à comprendre et à utiliser. L’interface est claire et précise, et un tutoriel apparaît à chaque ouverture. De plus, les tâches sont simples : traduire et synchroniser. L’étape de synchronisation me faisait un peu peur, mais je n’ai pas eu de mal à la réaliser.

Le plus dur est de respecter la limite de caractères. En tant que future traductrice spécialisée, une de mes plus grandes préoccupations est de conserver le sens du texte, au détail près. Mais dans la traduction audiovisuelle, il faut parfois sacrifier quelques détails pour respecter cette limite de caractères !

Par ailleurs, le fait de m’entraîner à la traduction audiovisuelle (que j’avais déjà étudiée en option du second semestre) me permet d’avoir une vision différente de la traduction, et pourra peut-être même m’aider dans de futurs projets.

Les vidéos traitant de sujets différents et spécialisés, cela permet également d’enrichir son vocabulaire, voire de découvrir de nouveaux intérêts, qui pourraient même devenir des domaines de spécialité.

Je n’ai donc qu’une seule chose à vous dire : si vous voulez vous entraîner à la traduction, tout en apprenant des choses et en découvrant de nouvelles techniques, n’hésitez pas ! Mais attention, n’oubliez pas que c’est un travail bénévole

J’espère que cet article vous a plu et que mes explications étaient claires, à bientôt !

 

Sources :

Guilbert, E. « Comment gagner en expérience lorsque l’on est étudiant(e) en traduction ? ». Juin 2017. Disponible sur : https://mastertsmlille.wordpress.com/2017/06/18/comment-gagner-en-experience-lorsque-lon-est-etudiante-en-traduction/comment-page-1/

Site officiel TED. Disponible sur : https://www.ted.com/

Les captures d’écran proviennent de la plateforme Amara. Disponible sur : https://amara.org/fr/

Rendez-vous en terre inconnue : une semaine en immersion en agence de traduction néerlandaise

Par Baptiste Dargelly, étudiant M1 TSM

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Euro-com International B.V. est une agence de traduction néerlandaise, basée à Renkum, une commune de la province de Gueldre. Même si la société emploie une quarantaine de personnes sur trois bureaux différents (dont un au Caire), le bureau de Renkum est limité, tant par sa surface que par le nombre d’employés qui y travaillent au quotidien. C’est en son sein, en tant que traducteur et pour une durée de quatre mois, que j’effectue mon stage de première année de master TSM. Voici donc tout ce que vous avez toujours rêvé de découvrir sur le quotidien d’une agence de traduction !

Lundi : out of the way, it’s a busy day

Ici, le lundi, c’est jour de réunion. Tout le monde est présent au bureau, soit une dizaine de personnes, pour la plupart chefs de projet (Grace, Bart-Jan, Santiago, Anna…) mais aussi responsables administratifs (Lotte et Hanz), marketing (Yvonne), le directeur général (Eelco), son adjoint (Remco) et le stagiaire. La journée commence calmement, chacun arrive et s’installe à son poste de travail, les doux ronronnements de la machine à café se font entendre dans les couloirs. L’échelle réduite des locaux permet une très bonne entente entre collègues, qui travaillent souvent à quatre par pièce, et qui par conséquent échangent beaucoup durant la journée.

À dix heures, la réunion commence, animée par Misha, sales manager et happiness provider (en français : il s’occupe des contrats et fait beaucoup de blagues). Un large tableau blanc est accroché dans l’espace central, sur lequel chacun peut inscrire des remarques, questions, félicitations, pensées et autres nouvelles. Aujourd’hui, Misha nous présente deux nouveaux clients potentiels, ainsi que la possibilité d’une future collaboration avec une agence de traduction française. Les actualités de l’agence du Caire sont aussi exposées. Ces réunions durent rarement plus d’une demi-heure, et chacun retourne ensuite à son poste.

Aujourd’hui, je travaille sur la révision d’un projet de traduction pour un éditeur de jeux vidéo bien connu. Environ 10 000 mots ont été traduits par Bridget, traductrice, puis révisés par Stéphanie. Grace, la chef de projet, m’a confié la relecture de la révision : c’est inhabituel, mais c’est essentiellement parce que la suite du projet devrait arriver sous peu, et je pourrais me voir confier sa traduction. Un travail de préparation en quelque sorte. Il s’agit d’un projet SDL Studio, outil pour lequel nous avons été formés par notre professeure Nathalie Moulard en TSM, et avec lequel je suis par conséquent particulièrement à l’aise. La journée se termine à 17 h, mais la plupart des chefs de projet vont rester plus tard que ça.

Mardi : a song of ice and fire

La plupart d’entre nous, au bureau, suivent la célèbre série Game of Thrones, et nous avons décidé d’organiser un tournoi. Chacun pronostique qui, parmi les personnages principaux, va vivre ou mourir à la fin de la saison. Le gagnant se verra offrir un repas dans un restaurant proche de l’agence, j’utilise tous mes talents d’analyste pour remplir mon bulletin (la série est terminée à l’heure où je boucle ces lignes, j’ai gagné). C’est aussi ça, l’un des avantages de travailler dans une agence plutôt que depuis chez soi : les interactions sociales sont omniprésentes, ce qui n’est pas nécessairement le cas quand on travaille de chez soi. Bien sûr, cela va au-delà des discussions sur les séries : je bénéficie depuis le début du stage de l’aide précieuse de Grace notamment, qui ne rechigne jamais à répondre à mes questions (nombreuses au départ, de plus en plus rares maintenant) et à essayer de résoudre les problèmes que je rencontre. C’est l’un des autres avantages de travailler en agence, les personnes expérimentées qui m’entourent m’aident, et c’est réciproque : on m’appelle systématiquement quand il y a une incertitude ou un problème en rapport avec le français, et je suis ravi d’aider.

D’ailleurs, en parlant de « problème », le client du projet mentionné précédemment veut une nouvelle révision, en appliquant de nouvelles directives. Mais celles-ci sont floues, et le fichier à modifier que nous récupérons n’est plus compatible avec SDL. Pendant que Remco essaye d’en savoir plus, j’attaque la nouvelle révision, qui se révèle être assez fastidieuse, particulièrement de par le nouveau format du document, qui doit être modifié à l’aide de… Notepad. Je parviens à la moitié du document à midi, et juste avant de prendre une courte pause déjeuner (les Néerlandais n’accordent presque aucune importance à celle-ci : on travaille, on mange quand on a le temps, on débarrasse son assiette et on se remet au boulot), je reçois un e-mail de Remco. Il y a un problème avec le format du document, il faut recommencer la révision depuis le début. Calme et sérénité… La révision sera finalement bouclée juste avant la fin de la journée.

Mercredi-jeudi : I’m a legal alien

Être traducteur (stagiaire, en plus) chez Euro-Com dans les bureaux de Renkum, c’est un peu être un Englishman in New York (mais qui parlerait moins bien anglais, dans mon cas). Habituellement, aucun traducteur n’est présent dans les locaux, tous travaillent à distance. Cependant, aujourd’hui Brenda nous rend visite : elle est traductrice depuis plus de 20 ans, et travaille pour Euro-Com depuis près de 10 ans. Native des Pays-Bas, elle traduit de l’anglais vers le néerlandais. C’est l’occasion pour moi de récolter un maximum de conseils quant à mon futur métier, et Brenda semble ravie de pouvoir en discuter. Nous parlons notamment des tâches de révision de traduction automatique que nous devons souvent effectuer. Elle me confie que ce sont des projets de plus en plus courants, surtout avec les avancées récentes en matière de traduction automatique. Elle a dû, durant sa carrière, s’adapter aux changements technologiques : elle sourit en repensant à l’époque où elle traduisait avec l’aide d’un dictionnaire, sans aucun outil informatique. Elle s’est formée par elle-même à l’utilisation des CAT Tools (les outils de TAO, pour Traduction assistée par ordinateur). Aujourd’hui, elle aurait bien du mal à s’en passer.

En fin de matinée, je reçois un e-mail de la part de Wael, l’un des chefs de projet des bureaux du Caire. La nouvelle salve de fichiers à traduire pour l’éditeur de jeux vidéo est arrivée, et on m’en attribue la traduction. C’est une petite victoire, car il a été quelque peu difficile, au début, d’obtenir des projets. Il semble qu’après environ 1 mois de stage, je commence à bien être intégré dans la boîte : j’ai du travail au quotidien, alors qu’il y a eu quelques journées entières durant lesquelles j’étais désœuvré au début. La confiance s’installe !

Mais, en tant que traducteur, et français qui plus est, il faut bien râler un peu. Le projet est composé de plus de 30 000 nouveaux mots, et la deadline est prévue pour mercredi prochain. Même avec du café en perfusion, ça me paraît compliqué… Mais je ne veux pas que le projet m’échappe, je parlemente donc via e-mail avec Wael. Voilà autre chose que Grace m’a appris à faire : il faut négocier, ne pas hésiter à soulever les problèmes, avec l’art et la manière. Il revient vers moi peu de temps après avec une bonne nouvelle, la tâche a été partagée entre moi et Stéphanie, une autre traductrice anglais-français. Je m’attelle donc à la tâche avec enthousiasme, j’aurai du travail au moins pour les 5 prochains jours. La terminologie m’est maintenant familière, la traduction sera bouclée à temps. Le reste de la journée et le lendemain sont consacrés à cette tâche.

Un court projet pour une société leader du marché de l’audiovisuel m’est attribué dans la journée du jeudi, sur un outil que je ne connaissais pas encore : il s’agit de XTM, un logiciel de TAO. Le projet était si succinct que j’ai passé plus de temps à assimiler le fonctionnement du logiciel qu’à traduire.

Vendredi : Friday I’m in love

Un parfum de weekend flotte dans l’air. Le regain de motivation amène la plupart d’entre nous à travailler debout. En effet, ici chaque bureau est adaptable, c’est-à-dire que l’on peut y travailler debout ou assis, et Remco m’avait vanté les mérites du travail debout dès mes premiers jours à Euro-Com (j’étais cependant déjà au courant de ses bienfaits, puisque nous avons assisté plus tôt dans l’année à une conférence sur l’ergonomie, résumée ici par Jimmy Gabreau). Alors que je reprends la traduction du projet en cours, Marcia me demande un coup de main en urgence pour une révision d’un projet allemand-français. Mon allemand est aussi bien développé que mon néerlandais (je sais presque dire bonjour), mais Marcia m’explique qu’il s’agit essentiellement d’harmoniser la traduction française et de la modifier selon la base terminologique associée. Un jeu d’enfant, n’est-ce pas ? La progression est assez fastidieuse, mais les erreurs sont peu fréquentes. Certains mots posent problème en allemand, je sollicite alors mon équipe d’experts linguistiques germanistes, mes camarades de classe Julian et Jordan (vous pouvez retrouver le billet de Jordan portant sur le marché de la traduction en Allemagne ici), qui résolvent mes problèmes en un tour de main.

Il s’agit d’un client récent et très exigeant, on vérifie donc plusieurs fois que tout est en ordre. Des e-mails me parviennent une demi-heure plus tard, il faut apporter de nouveaux changements. Au moins 5 personnes travaillent en même temps sur ce même projet. Il sera finalement bouclé et envoyé en fin d’après-midi, après être repassé plusieurs fois entre mes mains. Malgré le nombre de participants, Marcia a réussi à maintenir le cap, à assurer la liaison entre le client et les traducteurs et à répartir les tâches tout au long de la journée sans jamais perdre le fil… Et tout ça en gardant le sourire. Le travail de chef de projet me semble parfois terriblement compliqué. La semaine s’achève avec un sentiment de travail accompli.

C’est la fin de cette semaine en immersion dans une agence de traduction néerlandaise, mais pas la fin de mon stage, qui a été jusqu’ici très riche d’enseignements. Je remercie chaleureusement toute l’équipe d’Euro-Com pour leur pédagogie et leur confiance, et je vous remercie de m’avoir lu ! Prettige dag verder !

Y a-t-il un avenir dans la traduction des langues rares ?

Par Maximilien Dusautois, étudiant M1 TSM

illustration billet de blog Maximilien dusautois

 

 « Si vous parlez à un homme dans une langue qu’il comprend, vous parlez à sa tête. Si vous lui parlez dans sa langue, vous parlez à son cœur ».
Nelson Mandela.

 

En tant qu’étudiant en Master 1 avec un couple de langues qui contient une langue rare (le suédois compte environ 10 millions de locuteurs à travers le monde entier), il me semblait intéressant de me pencher sur la question. En effet, de nombreux étudiants peuvent se demander quel est l’intérêt de maîtriser une langue qui ne servira que dans un ou deux pays et avec peu de locuteurs, à l’inverse d’autres langues utilisables avec un grand nombre de locuteurs (chinois, japonais) ou dans de nombreux pays (allemand, espagnol, portugais…). Pour ce billet de blog, j’ai donc décidé de me pencher sur la question, notamment en interrogeant trois traductrices professionnelles.

Tout d’abord, il convient de définir une langue rare. Ici, je l’entends comme une langue qui compte moins de 10 millions de locuteurs dans le monde. Et elles sont légion ! Des langues officielles de pays peu peuplés (j’ai parlé du suédois, mais en Europe on peut aussi parler du serbe, de l’estonien ou encore de l’islandais), des langues minoritaires ou autochtones (en Europe, on pense notamment aux différentes variantes du sami, le yiddish ou encore le breton — eh oui ! — tandis qu’à l’échelle mondiale, on peut penser aux langues autochtones en Amérique du Nord tel que le nahuatl au Mexique ou encore l’algonquin au Canada). Enfin, dans le monde de la traduction, on peut considérer une langue comme rare lorsqu’elle possède très peu de professionnels de la traduction malgré un nombre important de locuteurs. Je pense notamment au pachto, langue officielle de l’Afghanistan qui compte 45 millions de locuteurs, mais qui pour autant se fait « rare » lorsqu’il faut trouver des traducteurs assermentés dans cette langue…

Maintenant que tout cela est un peu plus clair, on peut attaquer le vif du sujet. Alors, ça vaut le coup ou pas ?

La première question que doit se poser un entrepreneur avant de se lancer dans n’importe quel secteur est la question du marché : existe-t-il un marché et si oui, ce marché est-il viable à long terme ?

La réponse semble bien être oui, et on peut avancer plusieurs raisons.

Tout d’abord, on peut parler de la vague de fond qui concerne l’institutionnalisation des langues rares. Certaines langues auparavant ignorées trouvent leur place dans les institutions et dans l’administration, ce qui leur donne un nouveau souffle et donne du travail aux traducteurs. En Suède ou au Canada par exemple, les gouvernements s’efforcent de fournir un accès au service public dans les langues nationales et minoritaires, comme les langues autochtones par exemple. Il s’agit donc d’une véritable opportunité pour le marché de la traduction, et les entreprises ne manquent pas de s’emparer de ces marchés.

Au niveau européen, même si la majorité des textes sont produits en anglais, il existe bel et bien 24 langues officielles, et chaque citoyen a également le droit d’obtenir des informations sur l’institution et son fonctionnement dans sa langue. Ainsi, le gaélique irlandais est devenu une langue officielle de l’UE, malgré son nombre peu élevé de locuteurs (environ 600 000 locuteurs au quotidien). La quantité de documents à traduire est telle que pour l’instant, il leur est impossible de tout traduire. L’irlandais bénéficie donc d’une dérogation au sein de l’Union européenne pour limiter les traductions, mais celle-ci devrait disparaître en 2022. Amis traducteurs, à vos méthodes de gaélique irlandais !

Et puis il ne faut pas oublier qu’avec le Brexit, l’anglais n’a plus la cote… Depuis 2016, plusieurs discours marquants au sein de l’Union européenne ont été prononcés dans des langues autres que l’anglais, notamment le discours sur l’état de l’Union, prononcé jusqu’en 2016 en anglais avant de passer au français ces deux dernières années (ça se passe ici). Malte et l’Irlande, deux pays où l’anglais est officiellement parlé conjointement aux langues nationales, ont adopté leurs propres langues comme langues officielles au sein des institutions européennes. Alors même si l’anglais restera utilisé comme langue véhiculaire, pour faciliter la compréhension et le travail de l’Union, on peut tout de même s’attendre à une diminution de son utilisation.

Hors des institutions et du domaine de la traduction technique/spécialisée, le marché existe également. Dans le domaine de l’édition par exemple, ces dernières années ont vu paraître un grand nombre de romans scandinaves. Les Français étant peu férus de langues étrangères, il a bien fallu les traduire ! Et comme cela fonctionne par période, par vagues, il n’est pas idiot de penser que certaines langues comme celles des pays de l’Est ou même certaines langues régionales ou minoritaires auront le vent en poupe dans quelques années.

Mais qu’en disent les professionnelles du secteur ?

J’ai interrogé trois traductrices : deux sont indépendantes (Lotte Nør Larsen et Spasa Ratkovic), et la troisième travaille à la Direction générale de la traduction (Caroline Soteras-Scuflaire). Si cette dernière doute d’avoir un carnet de commandes suffisamment rempli pour en vivre si elle devenait traductrice indépendante, ce n’est pas le cas des deux traductrices indépendantes. Spasa Ratkovic, traductrice du suédois, de l’anglais et du français vers le serbe, interprète et professeure des universités, est un peu moins active dans la traduction, mais estime de concert avec ses collègues qu’il existe de la demande, tout en soulignant l’importance de pouvoir traduire depuis une langue plus répandue. Lotte Nør Larsen, traductrice du français vers le danois et également professeure, souligne que l’obligation pour l’administration de traduire tout acte juridique étranger et pour les entreprises de traduire tout document relatif à un produit ou un service, ainsi que le peu d’appétence des Français pour les langues étrangères crée un marché viable. Et tant que l’Union européenne gardera le principe du multilinguisme gravé dans le marbre, elle produira de la demande dans de nombreuses combinaisons de langues, pour le plus grand plaisir des traducteurs.

Il existe cependant un petit bémol avec les langues rares : en tant qu’indépendants, la demande fluctue. Elle n’est pas permanente et à ce titre, il peut être risqué de se lancer sur le marché en ne parlant qu’une langue rare. Dans la littérature par exemple, certaines maisons d’édition n’ont pas publié de roman d’origine grecque depuis 2006, et ne publient que rarement des romans dont la langue source n’est pas l’anglais ou l’espagnol ! Ce phénomène de langues « à la mode » se ressent d’autant plus dans l’édition, mais peut concerner tous les domaines. Certains pays, comme les pays scandinaves, exportent de nombreux biens et services, mais communiquent directement en anglais, ce qui produit mathématiquement un manque à gagner. À vos risques et périls, donc.

Pour contrer cela, les traductrices que j’ai interrogées ont trouvé des parades. Travailler à la DGT permet par exemple à Caroline Soteras-Scuflaire de traduire à partir de l’anglais, certes, mais également du danois, du suédois, du néerlandais, de l’espagnol, du bulgare et du slovène tout en ne redoutant pas le chômage technique. Quant à Spasa Ratkovic et Lotte Nør Larsen, elles ont toutes les deux fait le choix, très tôt, de ne pas se consacrer qu’à la traduction et ont une activité professionnelle annexe qui leur permet de s’assurer des revenus stables (et d’après Lotte Nør Larsen, de sortir de chez soi également, ce qui est aussi appréciable pour un traducteur). Une piste à explorer pour ceux que la traduction à 100 % effraie ? Caroline Soteras-Scuflaire souligne d’ailleurs l’importance pour les traducteurs en formation de se montrer polyvalent et de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Elle conseille aux futurs traducteurs d’être « capable[s] de jongler, de s’adapter, de comprendre l’évolution du monde pour trouver sa place et en changer au besoin ».

 

Maintenant que nous avons parlé du marché, il est temps de parler des prix. Eh oui, traduire des langues rares peut se révéler plus intéressant que de traduire des langues plus courantes !

« Tout ce qui est rare est cher » est un adage qui se vérifie bien sur le marché de la traduction. Le prix des langues peut aller du quitte au double en fonction de la rareté. Les langues scandinaves, par exemple, sont réputées plus chères que les autres langues européennes comme l’allemand ou l’espagnol. Dans les locaux de l’entreprise où j’effectue mon stage, une private joke sur les langues scandinaves revient souvent lorsqu’il en est question : un traducteur a un jour demandé 65 € pour traduire 100 mots en islandais, traumatisant par là même les gestionnaires de projet dans leur ensemble. À 65 centimes le mot, on peut les comprendre… mais c’est pourtant ce qu’il se passe sur un marché lorsqu’on se trouve en situation de quasi-monopole. On peut se permettre de fixer des prix supérieurs à la moyenne du marché ! Tout dépend après également du niveau de spécialisation du traducteur. Plus le domaine est spécialisé, plus les tarifs pratiqués seront élevés. Pour ce qui est de la traduction littéraire, réputée comme moins rémunératrice, il faut miser sur le bon cheval et espérer que le livre se vende bien pour toucher davantage de droits d’auteurs. Tout en sachant que les principes cités ci-dessus s’appliquent : si la langue est rare, si la difficulté du texte est élevée, la traduction est plus chère.

C’est d’ailleurs l’avis de Spasa Ratkovic, pour qui il ne faut pas brader ses prix afin de ne pas pénaliser l’ensemble de la profession. Une baisse des prix qu’a remarqué Lotte Nør Larsen depuis les années 90, mais qui pour l’instant, ne semble pas trop pénalisante pour les traducteurs de langues rares.

En conclusion, que vous parliez une langue rare par votre naissance, que vous ayez choisi d’en apprendre une lors de vos études ou que vous en maîtrisiez une par quelque hasard de la vie, n’hésitez pas. Le monde a besoin de traducteurs comme vous, et le marché est assez grand pour que tous y trouvent leur place, à condition d’y mettre du sien. Si vous êtes concerné et tenté par l’aventure, n’hésitez pas à lire le billet de William Brouilly pour vous renseigner sur la nécessité ou non d’un diplôme pour devenir traducteur.

 

Un grand merci à Spasa Ratkovic, Lotte Nør Larsen et Caroline Soteras-Scuflaire d’avoir pris le temps de répondre à mes questions pour l’écriture de ce billet.

 

Bibliographie :

  1. C. Simon, « Assises du roman. Dans le miroir de la traduction », Le Monde des Livres, 14 mai-2014.
  2. J. Ferney, « Des traducteurs à bout de souffle. Les langues rares, un filon ? », La Croix, 04 juin-2015.
  3. C. Harper-Séguy, « Nouveau marché au Nord », Winnipeg Free Press, 01 déc-2012.
  4. E. Le Poole, « Zoom sur les sociétés de traduction juridique et financière », Les échos Capital Finance, 28 mai-2018.

J’ai testé pour vous eTranslation !

Par Céline Gherbi, étudiante M2 TSM

 

Si j’ai choisi d’intégrer le master TSM pour me former aux métiers de la traduction, c’est en grande partie parce qu’il me permet non seulement de me perfectionner dans mes langues de travail que sont le français, l’anglais et l’espagnol, mais également parce qu’il est au fait des nouveaux outils qui affluent sur le marché et offre donc une formation en phase avec son temps. Et bien entendu, aujourd’hui, la révolution ne se situe plus dans la traduction assistée par ordinateur, mais bien dans la traduction automatique et plus précisément, la traduction automatique de type neuronale. Nous avons donc testé pour vous l’outil de la Commission européenne : eTranslation !

 

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Qu’est-ce que c’est ?

eTranslation est la plateforme de traduction automatique neuronale de la commission européenne créée à partir de la mémoire de traduction Euramis qui contient le travail des traducteurs des institutions européennes, c’est-à-dire une base de données d’environ 1 milliard de phrases dans les 24 langues de l’Union. Comprenez donc que si vous devez traduire un catalogue de décorations de Noël en japonais, cet outil ne pourra rien pour vous, en revanche, si vous êtes traducteur juridique et que vous traduisez vers une langue européenne, c’est sans doute l’outil à vous procurer absolument. Pour cela vous devrez vous créer un compte sur le site EU Login et faire une demande officielle par courrier électronique auprès de la commission dans lequel vous devrez indiquer pour quel organisme vous travaillez, votre poste ainsi que votre signature électronique complète. En effet, seuls les fonctionnaires travaillant pour l’Union européenne ou dans un organisme national ont accès à cet outil en ligne. En revanche, si vous êtes simple citoyen, cela risque d’être plus compliqué. Toutefois, cette démarche d’enregistrement permet une plus grande sécurité pour vos fichiers dont la confidentialité est assurée puisqu’ils ne viennent pas nourrir la mémoire de traduction.

Comment ça marche ?

Son interface, accessible dans toutes les langues de l’UE, est simple, ergonomique et sobre. Elle est donc facile d’utilisation : il vous suffit de cocher les options qui vous sont proposées. Avant toute chose, vous pouvez paramétrer vos préférences par défaut, choisir par exemple la langue de l’interface ainsi que la page d’accueil ou encore vos langues de travail habituelles.

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Pour commencer, le logiciel vous propose de traduire soit des documents, soit un texte que vous devrez taper ou copier/coller.

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Voyons d’abord comment l’outil se comporte avec des documents.

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Vous pouvez lui faire traduire jusqu’à 10 documents en même temps, simplement en les sélectionnant puis en les glissant sur la page. Un des gros points forts du logiciel est qu’il prend en charge de nombreux formats : Word, Excel, PowerPoint, PDF, OpenOffice, html, mais également des formats liés aux outils de traduction tels que des .xliff, .sdlxliff, .tmx et bien d’autres encore. La taille des fichiers quant à elle ne doit pas dépasser les 10 Mo.

Vous devez ensuite choisir votre langue source, qui doit être la même pour tous les documents, puis la ou les langues cibles.

Par ailleurs, il vous faut spécifier le domaine, ou plus précisément, le corpus avec lequel la machine travaillera. C’est de cela que dépendra la qualité de la traduction. Pour un texte plutôt général, préférez « cutting edge », qui est le moteur neuronal qui rassemble toutes les données de la commission, en revanche si vous avez un texte économique à traduire du français vers l’anglais, vous pouvez plutôt vous tourner vers un moteur plus spécialisé comme celui du Ministère des Finances. Ces derniers sont au nombre de 9, toutefois, ils ne prennent pas en charge toutes les paires de langues contrairement au cutting edge ou au Legacy MT@ec, qui n’est autre que l’ancien outil de traduction automatique de la commission.

La prochaine option à choisir concerne le format de sortie et là encore une belle surprise nous attend… En effet, vous pouvez récupérer votre document dans un format identique ou similaire en cochant la case « Identique à la source ». Notez que si vous demandez à traduire un PDF vous obtiendrez un .docx que vous pourrez retravailler et convertir en PDF par la suite. Par ailleurs, vous pouvez également récupérer vos données dans un format différent de l’original puisque le site vous propose également de vous les transmettre sous forme de fichiers .xliff ou même de mémoire de traduction compatible avec les outils de TAO, ce qui peut être très utile pour un traducteur professionnel.

Enfin, il ne vous reste plus qu’à indiquer si vous désirez recevoir vos documents par mail ou si vous préférez les télécharger sur la page « Mes demandes de traduction ». Si vous avez demandé plusieurs langues de traductions en même temps, sachez que vous recevrez un mail par langue, la machine n’est pas en mesure de gérer un projet multilingue dans son ensemble. Cela dit, la plateforme propose de télécharger vos documents via un troisième onglet qui rassemble l’historique de vos demandes. Si vous ne voulez pas laisser vos documents sur cet historique, vous pouvez cocher l’option « supprimer après téléchargement » sans quoi ils seront accessibles pendant 24 heures.

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À présent, traduisons un texte.

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Sur cet onglet vous pouvez traduire un texte de 2 500 mots maximum par un copier-coller ou en le tapant.

Comme vous pouvez le constater, on retrouve nos options de langues et de domaines, et il est également possible de recevoir la traduction par courrier électronique, mais dans ce cas le texte se trouve dans le corps du mail et non en pièce jointe. Il n’est pas possible non plus de récupérer le texte autrement qu’en passant par un copier-coller ou en l’imprimant. De plus, rien n’est conservé dans votre historique.

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Pourquoi le logiciel gère-t-il autant de formats ?

Parce qu’il s’adresse à différents types de public. Cet outil fait partie d’un projet plus vaste, qui a pour but de faciliter les échanges entre les différents pays européens afin de promouvoir la croissance, l’emploi et la compétitivité, et pour cela il est nécessaire que les différents acteurs de cette communauté se comprennent. Ainsi les fonctionnaires qui travaillent dans les institutions de l’UE ou dans les organismes nationaux et qui ont besoin d’avoir accès immédiatement à certaines informations dans leur langue, sans nécessité d’une traduction de haute qualité, peuvent avoir recours à ce service de traduction automatique. Mais ce dernier peut également venir en aide aux traducteurs professionnels de l’UE qui ont la charge de traduire les volumes importants des différents organismes. Il n’est pas question ici de remplacer les biotraducteurs, mais de leur faire gagner du temps au travers d’un processus hybride alliant les résultats fournis par la plateforme et ceux des mémoires de traduction. Le biotraducteur pourra ainsi effectuer un travail de post-édition de qualité grâce au corpus compilé à partir de documents officiels traduits. Nous pourrions d’ailleurs imaginer la création d’un corpus parallèle bilingue de référence, dans un domaine particulier, accessible directement dans SDL Studio ou memoQ. Pour cela, il serait simplement nécessaire de se procurer des textes officiels de la commission dans la langue cible et de les faire traduire par eTranslation pour obtenir un corpus dont la langue cible, qui est celle qui nous intéresse, est parfaite, et la langue source de moins bonne qualité car générée par la machine, mais qui nous apporterait tout de même le contexte dont nous avons besoin. Il faudrait toutefois tester plus en avant ce processus pour en connaître la réelle portée.

Et au niveau de la qualité de la traduction et de la mise en page ?

La qualité de la traduction dépend bien évidemment de la qualité du document source ainsi que de la paire de langues choisie. Certaines paires de langues sont plus proches et/ou ont une mémoire de traduction plus fournie, elles seront donc de meilleure qualité que des paires de langues éloignées et sur lesquelles il existe encore peu de documentation traduite. De plus, comme je l’ai déjà mentionné, cet outil contient de la documentation à caractère juridique, institutionnel ou encore économique, n’essayez pas de lui faire traduire Harry Potter, le résultat serait vraiment de piètre qualité. À chacun son domaine de spécialisation, c’est aussi vrai pour les machines. De plus, bien que la traduction neuronale fasse des merveilles au niveau de la fluidité des textes traduits, elle n’est pas à l’abri de contresens ou de faux-sens, il est important de réaliser, au minimum une post-édition par un traducteur connaissant les deux langues de travail et non pas une simple révision du texte traduit.

En ce qui concerne la traduction de l’anglais vers le français nous avons examiné quelques phénomènes linguistiques et, comme attendu, eTranslation, à l’instar d’autres moteurs de traduction automatique, a tendance à traduire de façon littérale might/may, les voix passives, there is/there are. En revanche, elle fait preuve de plus « d’imagination », si je puis dire, en ce qui concerne les adverbes en –ly anglais qu’elle ne traduit pas systématiquement par un adverbe en –ment, mais elle opère parfois une recatégorisation : « only » a été traduit par « ne… que… » dans un de nos segments, par exemple.

Par ailleurs, si on retrouve les apostrophes courbes, certaines spécificités de la langue française ne sont pas prises en compte, comme les guillemets ou les espaces insécables (sauf pour les pourcentages).

Enfin, dans le but d’estimer la qualité de la traduction de la machine et de savoir si en effet elle permet un gain de temps au traducteur, nous avons fait un test de production en post-édition. Suite à cet exercice nous pensons qu’avec un document source de bonne qualité, et un post éditeur/traducteur expérimenté, il serait possible d’atteindre une productivité de 1 500 mots/heure pour une post-édition légère et 750  mots/heure pour une post-édition complète.

La qualité de la mise en page quant à elle, dépend également du format source. Le logiciel ne fera pas de miracle sur un PDF de mauvaise qualité, mais il possède de bonnes bases, il reconnait par exemple les notes de bas de page. Il se maintient donc en bonne position par rapport à certains logiciels de traduction assistée par ordinateur.

En résumé : les plus et les contres !

Les points forts :

  • C’est un logiciel très intuitif, facile d’utilisation.
  • La qualité de la traduction est bonne dans les domaines spécifiques à la commission européenne et la productivité peut être accrue grâce à la MT.
  • La mise en page est également de bonne qualité.
  • Il reconnait énormément de formats.
  • Il prend en charge plusieurs documents et plusieurs langues à la fois.
  • Il est possible de récupérer la traduction dans des formats reconnus par les outils de traduction (.tmx, .xliff).
  • La sécurité est optimale et les données restent confidentielles.

Les points faibles :

  • L’outil est difficile à trouver et il n’est pas accessible au citoyen lambda.
  • Il n’est pas directement accessible dans les outils de TAO sous forme de plug-in, par exemple.
  • La traduction est bonne, mais cela reste une traduction machine dans laquelle se glissent des faux-sens ou des contresens, les espaces insécables ne sont pas insérées sauf pour les pourcentages, les guillemets ne sont pas localisés. De plus, la qualité reste tributaire des corpus qui pour certaines paires de langues sont moins fournis que pour d’autres.
  • La machine ne traite pas les sites web.
  • Le temps d’arrivée des fichiers n’est pas immédiat même s’il reste raisonnable.

Enfin, pour conclure…

Vous l’aurez compris, il n’est pas question de remplacer le biotraducteur par une machine, pas encore tout du moins, mais bien de lui fournir un nouvel outil, efficace, tant au niveau de la qualité que du rendement, pour lui permettre de ne plus rester figé sur sa page blanche et surtout de gagner en productivité. Comme pour l’utilisation de n’importe quel autre outil, il est nécessaire de posséder certaines compétences particulières, un savoir-faire, afin de ne pas tomber dans ses pièges et faire en sorte qu’une fois le travail terminé, c’est avant tout les exigences du client qui soient satisfaites. Nous avons donc réellement apprécié eTranslation et ses résultats et espérons qu’il sera bientôt mis à la disposition d’un plus large public, d’autant que nous ne sommes qu’aux balbutiements de la traduction automatique neuronale et qu’il est fort probable qu’un jour, il soit impossible de s’en passer…

 

Un grand merci à la Direction générale de la traduction de nous avoir donné l’autorisation d’illustrer le billet par des captures d’écran.

Stage en traduction : petite ou grande agence ?

Par Alvina Veillon, étudiante M2 TSM

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Le choix d’une agence pour y faire son futur stage peut s’avérer très difficile, surtout pour un tout premier stage dans le secteur de la traduction, qui est encore inconnu un étudiant.

Faire son stage dans une très petite agence ou dans une multinationale est sensiblement différent. Les deux tailles d’entreprise comportent des avantages et des inconvénients qu’il faut bien garder à l’esprit en postulant. Voici les points positifs de chacune pour vous aider dans votre choix.

 

Avantages d’une petite agence

 

La place du stagiaire au sein de l’entreprise

C’est l’une des différences majeures entre une petite entreprise et une multinationale. Pour un premier stage, une grande agence internationale peut faire peur, tandis qu’une petite agence à taille humaine peut être plus rassurante pour faire ses premières armes dans le monde de la prestation de services linguistiques. Ainsi, il y a moins cette impression de n’être qu’un « maillon de la chaîne », la pièce d’un immense puzzle. Dans le cas d’une agence internationale, des employés de bureaux nationaux différents travaillent dans la même agence, sans jamais se connaître.

Le processus de recrutement plus rapide

Trouver un stage dans une petite structure est souvent plus simple et plus rapide. La principale raison à cela est sa hiérarchie réduite, et donc plus souple qu’une grande agence. Pour cette dernière, il faut d’abord trouver LE bon interlocuteur à qui envoyer votre candidature. Ensuite, votre CV et votre lettre de motivation passeront sans doute entre les mains de plusieurs personnes dans la hiérarchie avant d’aboutir à une éventuelle réponse, ce qui ralentit fortement le processus de recrutement.

La situation géographique des clients

Une petite agence de traduction située dans une petite ville est plus à même d’attirer des clients proches, voire très proches géographiquement. C’est notamment intéressant pour le domaine du tourisme, par exemple. En faisant traduire des brochures touristiques de la ville pour de futurs visiteurs étrangers, l’agence participe, à sa manière, à la promotion du territoire local. Cette notion de proximité, perdue en traduisant pour de gros clients au sein d’une agence multinationale, peut être assez séduisante pour un stagiaire.

Un seul chef de projets dédié à un projet

Dans une petite agence, chaque projet n’est géré que par un seul chef de projets. Il y a donc un interlocuteur unique qui suit le projet de A à Z ; le suivi est ainsi plus personnalisé. Dans une grande agence, à l’inverse, la gestion des nombreux projets simultanés a plus tendance à se faire « à la chaîne », les différentes étapes du projet étant traitées par le chef de projets qui est disponible sur le moment. Dans ce cas de figure, il arrive souvent au traducteur d’interagir avec plusieurs chefs de projets différents (certains chefs de projets n’ayant pas les mêmes horaires de travail, pour des raisons de fuseaux horaires, par exemple).

 

Avantages d’une grande agence

 

Plus d’outils et de ressources

Pour des raisons de coûts, une grande agence est plus susceptible d’avoir plus de ressources : outils de TAO, plateforme de gestion de projets, logiciels de PAO… C’est bien sûr un énorme avantage pour un stagiaire. En testant plusieurs logiciels de TAO, il peut avoir une meilleure idée de ce qui est proposé sur le marché, et de ce qui est le plus utilisé par les agences et les clients. Si le stagiaire souhaite ensuite devenir traducteur indépendant, il pourra mieux choisir l’outil de TAO avec lequel il comptera travailler.

Plus de domaines couverts, et des domaines plus spécialisés

En général, un étudiant en traduction n’est pas sûr à 100 % de ses futurs domaines de spécialité, et c’est justement le stage qui va s’avérer déterminant pour ce choix. Dans une grande agence, le stagiaire pourra découvrir des secteurs beaucoup plus variés ; automobile, mode, luxe, environnement, immobilier, aéronautique… il y a l’embarras du choix !

Travailler sur de (très) gros projets, pour de (très) gros clients

Une grande agence a plus de chances de compter parmi ses clients des leaders de leur secteur, notamment parce que ces clients ont souvent des projets avec des volumes importants et/ou réguliers qu’une petite agence ne pourrait pas absorber.

Pour un traducteur en herbe qui est encore sur les bancs de la fac, travailler pour de tels clients peut faire peur, mais c’est en réalité très formateur. Être traducteur, c’est aussi savoir gérer et respecter les instructions du client, et les « gros » clients sont typiquement ceux qui ont le plus d’exigences (outil de TAO imposé, guides de style de centaines de pages, accords de non-divulgation…).

Volumes suffisants pour occuper un stagiaire à temps plein

Les volumes de traduction plus importants d’une grande agence permettent d’occuper un stagiaire à temps plein, et surtout sur de vrais projets ; les traductions du stagiaire (après relecture, bien entendu !) seront utilisées par les clients. C’est beaucoup plus gratifiant que de traduire des documents d’anciens projets juste pour s’entraîner. Et puis… quelle fierté de retrouver ses traductions sur le site d’une grande marque !

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Voilà quelques pistes pour les futurs stagiaires qui sont un peu perdus. Une dernière petite astuce, pour ceux qui hésitent encore entre petite et grande agence : il est parfois possible de trouver un stage dans le bureau local d’une très grande agence internationale. En effet, les stages ne se réalisent pas toujours au siège de l’entreprise ; travailler dans l’un des autres bureaux de taille plus réduite peut permettre de bénéficier en partie des avantages d’une petite structure (bureau à taille humaine), tout en profitant des avantages d’une multinationale (gros clients, plus d’outils à disposition).

Le stage peut s’avérer très déterminant pour une future carrière dans le domaine de la traduction ; bien le choisir est donc crucial !