Ergonomie et productivité : comment optimiser son clavier ?

Par Nicolas Baille, étudiant M1 TSM

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Nous faisons partie d’une génération de traducteurs dont l’outil de travail principal est l’ordinateur, et, par extension, le clavier. Mais entre l’absence de caractères fréquemment utilisés en français et les troubles musculosquelettiques qu’il peut engendrer, il semble difficile de défendre le clavier Azerty actuel. Comment optimiser son clavier, et quelles sont les alternatives à la disposition classique ?

La disposition Azerty française, obsolète ?

Ayant toujours utilisé la variante française du clavier Azerty, je m’intéresserai ici à cette disposition en particulier (les claviers belges, notamment, sont légèrement différents). Et il y a déjà beaucoup à dire : les critiques les plus virulents vont jusqu’à avancer que le clavier actuel ne permet pas d’écrire un français correct, et dans l’absolu, c’est le cas : ni espace insécable, ni « œ » ou encore de « É ». Si vous disposez d’un pavé numérique, il faudra utiliser les codes ASCII de ces caractères pour les utiliser, ou bien vous en remettre au correcteur orthographique, qui ne s’active pas toujours : Microsoft Word, par exemple, ne considère pas « Etat » comme une faute d’orthographe, et laisse passer l’erreur.

Paradoxalement, certains caractères fréquemment utilisés sont plus difficiles d’accès que des caractères rares : il est plus simple de faire un point-virgule qu’un point simple, alors que ce dernier est bien plus utilisé en français.

Certaines alternatives ont été proposées, comme la disposition Bépo, dont Quentin Pacinella vous parlait il y a un peu plus d’un an sur ce blog. Basée sur une étude statistique du français, elle permet de réduire jusqu’à 50 % le mouvement des doigts. Or, si ce système est parfait pour écrire dans un français impeccable, il reste difficile à prendre en main (car très éloigné du clavier « classique ») et il est très difficile d’écrire d’autres langues avec. Que vous souhaitiez rédiger un mail en anglais ou en espagnol pour un client, ou encore coder une page en HTML, vous vous rendrez rapidement compte que le Bépo facilite l’écriture du français au détriment des autres langues.

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Créer une disposition personnalisée

Si vous ne souhaitez pas changer complètement de clavier, mais simplement avoir accès plus facilement aux caractères spéciaux, sachez que vous pouvez utiliser Microsoft Keyboard Layout Creator pour vous créer une disposition personnalisée. Attention toutefois, le logiciel n’a pas été mis à jour depuis 2007. S’il fonctionne pour le moment sur Windows 10, rien ne garantit qu’il fonctionnera encore dans quelques années, et il a d’ores et déjà tendance à fonctionner de façon aléatoire.

Une fois le logiciel installé et ouvert, vous pouvez soit créer une disposition personnalisée à partir de rien, soit partir d’une disposition existante (c’est ce que nous allons faire ici). Commencez par aller dans File > Load Existing Keyboard, puis sélectionnez le clavier que vous utilisez d’habitude (Azerty français, belge ou autre).

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Vous pouvez ensuite, en utilisant le panneau latéral, modifier le comportement de chaque touche, y compris en combinaison avec Shift ou Alt Gr. Personnellement, je me suis contenté pour le moment de rajouter des caractères spéciaux dont j’ai besoin en espagnol. Ainsi, lorsque j’appuie sur Alt Gr, je peux écrire les lettres accentuées qui n’existent pas sur le clavier français d’origine. J’ai également rajouté les guillemets français et l’espace insécable sur la touche espace.

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Vous pouvez ainsi personnaliser votre clavier à volonté et rajouter les caractères que vous utilisez quotidiennement, comme le « É ». Une fois votre disposition prête, je vous conseille de l’enregistrer pour y revenir plus tard en cas de besoin (File > Save Source File As…). Ensuite, vous pouvez apporter les modifications techniques dans Project > Properties… (pour modifier le nom de votre clavier personnalisé), puis terminer en allant dans Project > Build DLL and Setup Package. Cette commande va créer, dans le dossier de votre choix (par défaut, Documents), un sous-dossier contenant le fichier exécutable « setup.exe ». Lancez-le afin d’installer votre nouvelle disposition. Cela fait, vous n’aurez plus qu’à utiliser le raccourci Touche Windows + espace pour passer de votre clavier Azerty classique à votre clavier personnalisé.

Microsoft Keyboard Layout Creator n’étant pas simple à prendre en main, je vous recommande de faire des tests et de chercher des tutoriels avant de vous lancer dans la création de votre clavier personnalisé.

 

L’ergonomie repensée du clavier orthogonal

Au-delà de la disposition des touches, le clavier actuel a également un défaut intrinsèque pour ce qui est de l’ergonomie : la construction en rangées décalées. À l’origine, ce design était dû à une contrainte technique des machines à écrire, et même si cette celle-ci n’a plus lieu d’être de nos jours, les claviers actuels ont conservé ces rangées décalées qui ont pour effet de forcer les utilisateurs à faire plus de mouvements, engendrant ainsi des troubles musculosquelettiques.

Pour faire face à ce problème, des passionnés d’électronique et des ingénieurs se sont associés pour créer un clavier radicalement différent : le clavier orthogonal.

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Avec ses rangées droites et sa disposition particulière, il est entièrement configurable et peut aussi bien être utilisé en Azerty qu’en Bépo, ou encore avec une disposition personnalisée. Les touches de raccourci et de fonction ont été repensées, ce qui en fait un clavier difficile à prendre en main, mais finalement bien plus intuitif après quelques semaines d’utilisation.

 

Le clavier « splitté », le meilleur compromis ?

Jusqu’à présent, nous avons surtout parlé des alternatives qui permettent de réduire le mouvement des doigts. Or, la plupart des personnes atteintes de troubles musculosquelettiques ont en fait des douleurs dans les poignets : c’est le syndrome du canal carpien. Les claviers « splittés » sont des claviers divisés en deux parties, ce qui permet de les poser en diagonale sur le bureau afin de réduire la tension au niveau des poignets.

Le clavier le plus récent et le plus révolutionnaire de ce type est le Dygma Raise, qui vient de terminer avec succès sa campagne Kickstarter (les premiers modèles devraient être disponibles à la vente courant été 2018). À l’origine créé pour les joueurs de jeux vidéo, sa conception lui permet néanmoins d’être utilisé par n’importe qui. Bien qu’il conserve la disposition Azerty, toutes les touches sont configurables à 100 %, aucun problème donc pour l’utiliser en disposition Bépo, par exemple.

Tout pratique qu’il soit, néanmoins, il lui manque quelques touches que, personnellement, j’utilise au quotidien, à savoir les touches fléchées ou les touches de fonction (F1 à F12).

Et le grand gagnant est…

Que l’on soit traducteur, rédacteur ou tout autre professionnel, il n’est pas simple de choisir l’outil qui est le mieux adapté à nos besoins. Doit-on simplement modifier la disposition de nos touches pour rajouter les caractères spéciaux, ou doit-on faire un changement plus radical en optant pour un clavier Bépo ou orthogonal ? Quoi qu’il en soit, la question de l’ergonomie est intimement liée à la productivité et à la santé des professionnels de notre génération.

Enfin, gardez à l’esprit que les douleurs liées à votre activité professionnelle peuvent venir du clavier, mais également de la hauteur du bureau, du choix de la chaise, et d’une dizaine d’autres facteurs. Pour avoir une vue d’ensemble de la problématique, je vous invite à lire (si ce n’est pas déjà fait) l’article de Marie Serra sur l’ergonomie et le bien-être du traducteur.

 

Liens utiles :

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La révision : un sac de nœuds ?

Article original en anglais Revision: a Can of Worms? rédigé par Nikki Graham et publié sur le blog de l’auteur My Words for a Change.

Traduction en français réalisée par Élisa Marcel, étudiante en M2, Master TSM à l’Université de Lille

Quand est-ce qu’une révision va trop loin ?

Quand est-ce qu’une traduction n’en est pas une ?

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La révision est un sujet très épineux, comme je l’ai déjà mentionné dans mon premier billet sur le sujet. Elle peut engendrer beaucoup de sentiments négatifs si vous pensez que les changements apportés à votre travail n’étaient pas utiles et si l’opinion du réviseur pourrait vous faire perdre un client.

Mais et si le réviseur criait « c’est trop littéral ! » à tout bout de champ et modifiait vos phrases de façon si drastique que, d’une part, elles n’auraient plus rien à voir avec la traduction originale, et d’autre part, ne refléteraient plus les idées de l’auteur ?

C’est ce qui m’est arrivé récemment. L’auteur avait un style légèrement poétique et faisait apparaître des images dans les esprits pour brosser un tableau d’un lieu ou d’un évènement, ce que j’ai vraiment trouvé attrayant pour une fois, et c’est pour cette raison que j’ai conservé toutes ses idées originales. L’espagnol peut parfois se révéler terriblement fleuri et il faut supprimer beaucoup de fioritures avant de publier des textes qu’une audience anglophone soit capable de digérer. Mais dans ce cas, j’ai compris de quoi l’auteur parlait et j’ai pensé que ses mots parlaient d’eux-mêmes. Il n’était pas nécessaire de les changer, il fallait juste les formuler dans des phrases qui sonnaient anglaises et je pensais avoir assez bien réussi ce travail.

Le réviseur a piétiné ma traduction avec ses bottes cloutées

Toutefois, le réviseur a piétiné ma traduction avec ses bottes cloutées et a modifié absolument toutes ces images. Il a même changé une idée négative en idée positive, ce qui m’a horrifiée, consternée et totalement stupéfiée. Les mots de l’auteur avaient été retouchés pour créer une scène bien plus fade et paraphrasée en banalités qu’on peut trouver partout sur Internet. Je ne peux qu’assumer que cet autre traducteur a révisé le texte à la hâte, n’a pas beaucoup consulté la source, n’a pas vraiment compris le sujet du texte faute de recherches et manquait sérieusement d’imagination.

La collaboration est fondamentale pour arriver à un résultat satisfaisant et obtenir la meilleure traduction possible du texte source

Quand on m’a renvoyé le texte, il avait été modifié presque au point d’être méconnaissable, plusieurs erreurs graves avaient été introduites et il avait déjà été publié. Parce-que personne n’a pensé à me demander mon avis. Le client final avait manifestement décidé de faire confiance au réviseur de façon implicite et moi pas du tout. Et comme je l’ai mentionné dans mon billet précédent, je pense que c’est une énorme erreur en général. La collaboration est fondamentale pour arriver à un résultat satisfaisant et obtenir la meilleure traduction possible du texte source.

Je considère ma version comme étant fidèle à l’original et la version modifiée n’est selon moi pas vraiment une traduction. En effet, j’ai conservé les métaphores et les analogies de l’auteur étant donné que dans ce cas, je pensais qu’elles fonctionnaient bien en anglais. Bien sûr, le réviseur n’avait pas fait cela et ne le pensait pas. Bien entendu, si c’était ce que le client voulait (pas l’auteur dans ce cas), qui suis-je pour contester ? Mais comme c’était un article signé par un auteur, j’estimais qu’il était important de faire entendre sa voix, qu’il n’était pas convenable que le traducteur ou le réviseur arrivent et apposent leur tampon dessus en pensant qu’ils sont plus avisés.

Quand est-ce qu’une révision va trop loin ? Quand les réviseurs font trop de zèle et, dans leur arrogance, croient que leur opinion est la seule qui compte. Quand ils montrent un manque total de respect pour le style de l’auteur et du traducteur. Quand tout ce qu’ils veulent faire, c’est couvrir une révision de rouge pour prouver qu’ils méritent leur prix et pour s’assurer que le client viendra vers eux la prochaine fois pour traduire ses textes.

Je me suis rendu compte que tout ceci est un vrai sac de nœuds. D’autres fois, je me suis fait taper les doigts par des auteurs parce-que je m’étais trop éloignée de leurs mots, parce-qu’en essayant de rendre leurs textes plus fluides en anglais, j’ai modifié des expressions et des structures de phrases d’une façon qu’ils n’appréciaient pas. Ce qui me ramène à l’autre question que j’ai posée au début de ce billet : Quand est-ce qu’une traduction n’en est pas une ? C’est un problème auquel je réfléchis lorsque je travaille. Devrais-je traduire ce que l’auteur a dit ou devrais-je l’améliorer quand c’est possible ? Et si en améliorant le texte, ce n’est plus une traduction à proprement dire, est-ce que c’est vraiment important tant que celui qui paye est content ?

 

Il y a une discussion sur ce billet et les questions qu’il soulève dans le forum Proz.com sur LinkedIn, que vous pouvez trouver ici. Et si vous souhaitez en lire davantage à ce sujet, vous pouvez accéder à une liste d’autres articles depuis la page Revisions.

 

Ce billet a initialement été publié sur le blog de Nikki Graham le 06/03/2016.

La déontologie du traducteur : quelques règles de bonne conduite

Par Anja Ries, étudiante M2

 

Contrairement à d’autres pays comme l’Allemagne ou le Canada, il n’existe pas en France de cadre législatif pour régir le métier de traducteur. Ni le titre, ni l’exercice professionnel ne sont protégés par la loi, ce qui signifie que n’importe qui peut s’improviser traducteur du jour au lendemain à partir du moment où il ou elle juge ses compétences linguistiques suffisantes. Cela tient au fait que la traduction est encore trop souvent perçue comme une tâche pas si difficile, à la portée de quiconque maîtrise plus ou moins bien une langue étrangère. Or nous savons que la traduction fait appel à des compétences multiples, qui vont d’une bonne culture générale au maniement d’outils informatiques spécifiques en passant, naturellement, par d’excellentes connaissances des langues source et cible. Bien que la plupart des formations en traduction soient de haut niveau et sanctionnées par un diplôme bac + 5, la technicité acquise et la polyvalence dont doit faire preuve tout traducteur souffrent encore d’un manque de reconnaissance, aussi bien par le législateur que par le grand public. Aucun Ordre, aucun Conseil ne définit les contours de la profession et n’intervient en cas de problème d’éthique ou de qualité.

 

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L’absence de cadre réglementaire peut avoir des conséquences fâcheuses, non seulement pour le client final, qui n’obtient pas forcément le travail de qualité auquel il s’était attendu, mais aussi pour le traducteur lui-même puisque des pratiques déloyales menacent le travail sérieux et peuvent entacher la réputation de la profession toute entière. Le marché de la traduction est très concurrentiel et fragmenté, caractérisé par une pression permanente sur les prix et des conditions de travail parfois difficiles (délais serrés, évolution rapide des innovations technologiques qui nécessitent une adaptation des connaissances, solitude du traducteur, etc.). Si la mondialisation de l’économie, par son effet d’ouverture sur de nouveaux marchés, a stimulé le besoin de communiquer en d’autres langues et ainsi offert au secteur de la traduction une forte croissance, elle intensifie aussi la concurrence et augmente le risque de dumping linguistique. En ces temps modernes marqués par des changements accélérés, où il faut produire toujours plus vite et à moindre coût, on peut être tenté d’accepter des conditions d’exercice qui potentiellement nuisent à la qualité du travail rendu.

C’est pourquoi il est important que tout traducteur professionnel, qu’il soit au début de sa carrière ou aguerri par des années d’expérience, se conforme à quelques règles de base, pour protéger son travail et ceux qui font appel à lui, préserver l’image de la profession et, last but not least, se protéger lui-même. Un certain nombre d’associations professionnelles et d’organisations internationales ont édité des codes de pratique professionnelle qui définissent des valeurs et des repères communs, même s’ils ne constituent pas des dispositions réglementaires.

Dans ce billet, je propose un bref récapitulatif de ces textes et de leurs critères principaux.

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Commençons par la Société française des traducteurs (SFT) qui, en 2009, a sorti le Code de déontologie générale des adhérents de la SFT. Celui-ci définit les principes, devoirs et usages de la profession et fournit ainsi un cadre de références à tous les traducteurs, quel que soit leur statut, indépendant ou salarié. Le respect de ces principes est une obligation pour tous les traducteurs adhérents de la SFT.

 

Le code retient trois principes généraux :

  • Probité et intégrité, qui garantissent le respect du donneur d’ouvrage et de la mission du traducteur ainsi que la réputation de la profession
  • Fidélité, qui renvoie à la restitution correcte du texte source
  • Respect du secret professionnel

 

À ces principes généraux s’ajoute le respect par le traducteur de la législation de l’État dans lequel il exerce sa profession, notamment en matière de régime social et fiscal. Cet article du code vise à alerter sur la nécessité de déclarer son activité, afin de pouvoir exercer en toute légalité et ainsi contrer les pratiques de travail dissimulé, ou au noir, source de concurrence déloyale. L’argumentation de la SFT ainsi qu’un rappel des sanctions encourues en cas de non-respect de cette obligation sont consultables ici. Le traducteur se doit également de respecter le donneur d’ouvrage en s’interdisant de faire sous-traiter tout ou partie du travail qui lui a été confié. Il ne doit pas se prévaloir de diplômes qu’il ne possède pas. Le traducteur doit refuser toute mission qu’il ne se sent pas capable de réaliser, ainsi que tout délai qu’il juge incompatible avec un travail de qualité.

Enfin, la SFT rappelle la nécessité d’entretenir des relations loyales et confraternelles avec les autres collègues traducteurs. Ceci implique le droit à une juste rémunération de ses prestations rendues, mais aussi le devoir de ne pas accepter de rabais ou de rétributions qui se feraient au détriment d’autrui.

 

Le code de déontologie de la SFT s’appuie sur la Recommandation de Nairobi, adoptée par l’UNESCO en 1976. La traduction, qu’elle soit littéraire, scientifique ou technique, y est reconnue comme activité qui favorise la communication et les échanges d’idées entre les peuples. L’UNESCO attribue à la traduction un rôle extrêmement important dans la coopération entre les nations et les échanges internationaux. Le traducteur est reconnu dans son aptitude à créer des liens au service de la culture et du développement. À ce titre, il est indispensable que lui-même et son travail soient protégés.

Parmi les dispositions adoptées, on peut citer notamment :

  • La recommandation faite aux États membres d’accorder aux traducteurs un droit d’auteur tel qu’il est défini par les conventions internationales. Le traducteur a le droit de voir son nom figurer dans tous les exemplaires publiés de la traduction.
  • La proposition que toute transaction entre un traducteur et un utilisateur se base sur un contrat écrit qui prévoit une rémunération équitable du travail fourni
  • Le renforcement du rôle des organisations et associations professionnelles de traducteurs, dans le but de défendre les intérêts moraux et matériels des traducteurs, par la mise en place de normes régissant la profession et de procédures destinées à faciliter le règlement d’éventuels différends liés à la qualité des traductions
  • L’élaboration et le développement de programmes spéciaux de formation de traducteurs. La traduction doit être reconnue comme une formation spécialisée, distincte de l’enseignement exclusivement linguistique.
  • La garantie que les traducteurs bénéficient d’un régime social et fiscal adapté à leur situation

 

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La recommandation de l’UNESCO marque une avancée importante dans l’histoire de la profession de traducteur. Elle est citée comme référence non seulement par la SFT, mais également par la Fédération internationale des traducteurs (FIT) qui s’en est inspirée pour réviser sa Charte du traducteur lors de son congrès à Oslo en 1994. Créée sous les auspices de l’UNESCO en 1953, la FIT est un groupement international d’associations de traducteurs, d’interprètes et de terminologues. Elle compte actuellement plus de cent associations professionnelles répertoriées, représentant plus de 80 000 traducteurs dans 55 pays. Elle est reconnue par l’UNESCO comme organisation non-gouvernementale de catégorie A, ce qui lui assure d’être consultée sur toute question ayant trait à la traduction discutée par les autorités de l’UNESCO.

La Charte du traducteur de la FIT précise les droits et les devoirs du traducteur. De par la variété des conditions dans lesquelles elle est exercée, la traduction mérite d’être considérée comme une discipline spécifique et autonome. Afin d’assurer cette reconnaissance à la profession, le traducteur s’engage à suivre certaines lignes de conduite qui devraient non seulement le guider dans l’exercice de sa mission, mais également aider à améliorer les conditions économiques et sociales dans lesquelles il travaille. La charte pose ainsi les bases d’un véritable code moral des traducteurs.

 

On retrouve parmi ces lignes de conduite des propositions déjà citées précédemment dans le code de déontologie des adhérents de la SFT et la recommandation de l’UNESCO : un haut niveau de compétences linguistiques et une bonne culture générale, qui sont à entretenir par des actions de formation continue, la loyauté vis-à-vis des collègues, une estimation juste de ses capacités à réaliser la mission qui lui est confiée, le respect du secret professionnel, la fidélité de la traduction au document source.

Précisons que la FIT insiste sur la nécessaire marge de créativité qui doit être laissée à tout traducteur, puisqu’elle distingue entre une traduction littérale et une traduction fidèle, adaptée au public de la langue cible. Dans tous les cas, le traducteur reste maître de sa traduction et doit, à ce titre, bénéficier des mêmes droits et niveaux de protection qui sont accordés à l’auteur de l’œuvre originale.

 

À côté de ces trois codes de pratique professionnelle, qui s’adressent aux traducteurs de tous horizons et incluent souvent les interprètes, il existe des codes spécifiques pour la traduction littéraire ainsi que pour les traducteurs juridiques. Pour les premiers, on peut citer le code établi par l’Association des traducteurs littéraires de France (ATLF) et, au niveau européen, celui du Conseil européen des associations de traducteurs littéraires (CEATL), consultable ici. En ce qui concerne les traducteurs et interprètes près des tribunaux, ils suivent les règles de l’Association européenne des traducteurs et interprètes juridiques (EULITA).

 

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À travers ces quelques exemples, j’ai voulu montrer que le caractère flou qui entoure notre profession n’est pas une fatalité. Si le métier de traducteur est encore loin d’être aussi codifié que la déontologie médicale, des efforts sont faits depuis longtemps pour l’inscrire dans un cadre de références solide, basé sur des valeurs partagées et la volonté commune de produire un travail de qualité, gage de sérieux et de rigueur scientifique. Bien qu’ils n’aient pas de validité sur le plan juridique, ces différents codes de bonnes pratiques donnent des repères et des orientations aux traducteurs, les aident à évoluer dans l’exercice de leur métier, leur fournissent un sentiment de protection en cas de doute et contribuent ainsi à améliorer non seulement la qualité des prestations rendues, mais également l’image d’une profession encore trop souvent malmenée.

 

 

Sites consultés :

http://www.fit-ift.org/?lang=fr
https://www.sft.fr/
http://www.atlf.org/
https://ottiaq.org/
http://www.tradulex.com/articles/JEF4.pdf
https://www.ceatl.eu/fr/

 

 

QA et LSO : quelle différence ?

Par Elisabeth Jacob, étudiante M2 TSM

Comme nous l’explique cet article du magazine Wired, lorsque l’on écrit, notre cerveau a tendance à se focaliser sur le sens des mots, et non pas sur les mots eux-mêmes. C’est pour cette raison qu’il est très difficile de relire et de corriger son propre travail : notre cerveau connait déjà le message et se contente de reconnaître les mots, sans réellement les lire. On ne voit donc plus ses erreurs !

Les traducteurs n’échappent pas à la règle. Il est donc très important de faire vérifier les traductions par d’autres intervenants afin de garantir la meilleure qualité possible à la livraison d’un projet.

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Pour cette raison, il est nécessaire de faire plusieurs types de vérifications tout au long du projet de traduction.

L’assurance qualité (QA)

Afin de livrer un travail de la meilleure qualité possible, deux étapes d’assurance qualité (ou QA pour Quality Assurance) sont généralement prévues au cours d’un projet de traduction.

Le QA linguistique

Cette première vérification a lieu juste après les étapes de traduction et de révision. Le but est d’éradiquer les erreurs linguistiques qui pourraient subsister dans le texte. Il faut donc faire particulièrement attention :

  • à la grammaire
  • à l’orthographe
  • aux règles de typographie
  • au sens
  • à la terminologie
  • au respect des instructions du client et du guide de style.

Une fois ce travail réalisé, le document doit être mis en page. Cette étape, que l’on appelle PAO (pour Publication Assistée par Ordinateur), se fait généralement sur des logiciels spécialisés comme par exemple Adobe InDesign.

Le QA technique

La deuxième étape d’assurance qualité permet de s’assurer que la mise en page est conforme aux attentes du client. Il ne s’agit plus de s’intéresser à la traduction à proprement parler, mais à tout ce qui l’entoure, comme :

  • les polices
  • les images
  • les liens
  • la mise en page

Ainsi, ces deux étapes de QA, l’une linguistique et l’autre technique, permettent de vérifier que le projet est prêt pour la livraison. C’est en tout cas la théorie ! Cependant, en pratique, c’est une autre histoire.

Dans les agences qui prennent en charge des projets multilingues, il arrive souvent que la personne en charge du QA technique ne comprenne pas la langue dans laquelle le document est rédigé. En principe, elle n’a pas besoin de comprendre le texte, puisqu’elle ne traite que les aspects techniques de mise en page. En revanche, si une partie d’un texte est tronquée à la fin d’une ligne, ou si un mot ne s’affiche pas dans le titre parce que la police est trop grande, cela peut quelques fois passer inaperçu. (Imaginez par exemple devoir travailler sur un texte dont vous ne connaissez même pas l’alphabet !)

Pour pallier ce problème, et quand les délais le permettent, la majorité des agences de traduction mettent en place une troisième et dernière étape d’assurance qualité : le Linguistic Sign-Off (ou LSO).

Le Linguistic Sign-Off (LSO)

Le LSO, c’est donc la toute dernière étape d’un projet avant la livraison. Le texte va être relu une dernière fois (cette fois-ci dans son format final, et non plus dans un outil de TAO comme c’était le cas du QA linguistique) pour s’assurer que tout s’affiche correctement. C’est donc une étape très importante puisqu’elle va permettre de déterminer si oui ou non, un document est prêt à être publié.

S’il vous est un jour confié une tâche de LSO, il vous faudra porter votre attention sur les points suivants :

  • les titres
  • les formats de dates
  • les unités de mesure
  • le texte tronqué ou manquant
  • les majuscules
  • les oublis de traduction
  • les liens
  • la ponctuation
  • les graphiques et les images
  • les listes à puces

La plupart du temps, les LSO se font sur des documents au format PDF. Ainsi, à chaque fois que l’on remarque un problème, il suffit d’ajouter une note à l’endroit correspondant. Une fois la vérification faite sur l’ensemble du document, il faut alors renvoyer le PDF au graphiste afin qu’il puisse effectuer les changements. Ce dernier renvoie ensuite le texte à la personne en charge du LSO qui va pouvoir de nouveau vérifier que tout est correct.

L’année dernière, pendant mon stage dans une agence de traduction, j’ai eu l’occasion de découvrir un outil spécialement conçu pour les QA et les LSO. Il s’agit d’une plateforme en ligne appelée Webproof. Elle est très pratique puisque qu’elle permet à plusieurs personnes de suivre simultanément l’avancée du travail.

Lorsque le réviseur en charge du QA termine de relire une page, le graphiste reçoit automatiquement une notification lui indiquant s’il doit effectuer ou non des changements sur cette page. Lorsqu’il a terminé son travail, le réviseur reçoit à son tour une notification pour aller vérifier que la mise en page a bien été faite, et ainsi de suite jusqu’à ce que le document soit prêt pour la livraison finale.

Ce système limite considérablement les échanges d’e-mails et les envois de documents ! Si vous souhaitez l’essayer, sachez qu’il est gratuit pour les free-lances.

 

Sources :

https://www.wired.com/2014/08/wuwt-typos/

http://novalo.com/lso-como-dar-el-visto-bueno-linguistico-a-un-producto/

http://www.mbonilla.es/services/linguistic-sign-off-lso/?lang=fr

http://www.webproof.com/

Traduction et traducteur : entre mythe et réalité

Par Emmanuelle Dutreuil, étudiante M2 TSM

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L’idée de cet article m’est venue en me baladant sur Facebook il y a quelques jours. Je suis tombée sur le post d’une connaissance qui disait vouloir se lancer dans un Master de traduction. Un de ses amis lui a très gentiment demandé pourquoi elle voulait faire ça, en lui envoyant un lien menant au site de notre très cher Google Traduction. Voici donc huit des mythes les plus répandus sur les traducteurs et le monde de la traduction.

 

  1. La traduction machine remplace (ou va remplacer) les biotraducteurs

On a tous déjà entendu cette phrase : « Mais, pourquoi tu es traducteur ? Il y a Google Traduction, non ? »… Alors oui, il y a Google Traduction, mais est-ce vous avez déjà essayé d’y mettre un texte créatif (comme Pénélope) ? Une phrase dont la structure est très complexe ? Ou encore traduire d’une langue comme l’anglais, qui n’a pas de déclinaison, au finnois qui comprend 15 cas (oui oui, quinze…) ? En effet, ça peut poser problème.

Certes, la traduction machine est de plus en plus performante, mais remplace-t-elle les traducteurs humains ? Bien sûr que non. La machine n’est pas capable de prendre en compte certains paramètres qui sont cruciaux lors de la traduction comme les expressions idiomatiques, le public visé ou encore une limite de caractères. Il y aura toujours besoin d’un humain pour relire ou post-éditer le résultat de la traduction machine.

 

  1. N’importe quelle personne bilingue peut être traducteur 

Selon moi, il faut être bilingue (ou du moins, avoir une excellente maîtrise de deux langues) pour pouvoir traduire. Mais toutes les personnes bilingues peuvent-elles traduire ? C’est déjà moins sûr. Si c’était le cas, les programmes universitaires en traduction ou les différentes écoles enseignant cette matière n’existeraient pas. Les personnes bilingues n’ayant jamais étudié la traduction pourraient traduire un texte, mais quelle serait la qualité de celui-ci ? Pour moi, la traduction demande une très bonne compréhension de la langue source et de ses subtilités, mais aussi (et surtout) une qualité rédactionnelle excellente dans la langue cible. Si le traducteur ne fait pas preuve de créativité, ne reformule pas et se contente du grammaticalement correct, la qualité finale de sa traduction laissera probablement à désirer et son texte sentira la traduction (ce que tous les traducteurs veulent absolument éviter).

 

  1. Un bon traducteur peut tout traduire

Oui oui, certaines personnes pensent que les traducteurs peuvent tout traduire, indépendamment de leur domaine de spécialisation. C’est bien connu que la description de produits et la greffe pulmonaire, c’est la même chose !

Un traducteur n’est pas obligé de se spécialiser, mais la plupart le font. En effet, se spécialiser signifie traduire plus de textes dans le même domaine et donc, un gain d’expérience, de précision et de productivité. Plus (ou presque plus) besoin de passer des heures à faire des recherches terminologiques. Prenons l’exemple d’un traducteur indépendant spécialisé dans la chirurgie cérébrale travaillant avec une agence. Les gestionnaires de projet feront bien évidemment appel à lui pour un projet de ce type plutôt qu’à un traducteur n’ayant pas de domaine de spécialisation ou simplement spécialisé dans le médical.

 

  1. Un traducteur peut traduire vers et depuis sa langue maternelle 

Même si certains le font, traduire dans les deux sens est déconseillé et risqué. Comment peut-on attendre un texte fluide, naturel et qui ne « sent » pas la traduction lorsque le traducteur ne traduit pas vers sa langue maternelle ? Peu importe le nombre d’années d’apprentissage, notre seconde langue ne sera jamais au même niveau que notre langue maternelle (sauf peut-être pour les personnes ayant grandi dans une famille bilingue). En effet, notre vocabulaire est bien plus vaste, nos compétences linguistiques bien plus approfondies. Une des caractéristiques les plus importantes pour une traduction, c’est qu’elle puisse passer pour un texte écrit en langue originale et qu’il n’y ait pas de collocation étrange ou de structure douteuse. Or, cela ne s’apprend pas dans les livres de grammaire. Lucie a d’ailleurs écrit un article à ce sujet, n’hésitez pas à y jeter un coup d’œil !

 

  1. Texte source, texte cible : même longueur

Je vois déjà les traducteurs professionnels lever les yeux au ciel. Les personnes étrangères au monde de la traduction ne sont peut-être pas au courant que toutes les langues n’ont pas la même structure ou longueur. Prenons par exemple la langue de nos voisins, l’allemand. Comment peut-on s’attendre à une traduction de même taille quand on sait que la langue allemande comprend des mots comme Lebensmittelgeschäft (20 lettres tout de même), qui se traduit en anglais par « food shop » ?

Si l’on en croit media lingo, les traductions EN > FR seraient de 15 à 20 % plus longues que l’original. Pour l’allemand, la différence est encore plus importante, les textes traduits seraient de 10 à 35 % plus longs.

Au contraire, certaines langues sont bien plus courtes, comme les langues scandinaves ou les langues asiatiques comme le coréen ou le japonais.

La longueur des langues est un critère à prendre en compte lors de la traduction de sites web ou applications, de la localisation de logiciels ou encore lors du DTP, car si l’on traduit depuis l’anglais, il est fort possible que les traductions soient bien plus longues (ou bien plus courtes).

 

  1. Tu es traducteur ? Donc tu es aussi interprète, non ?

Alors non. Ce sont en réalité deux métiers complètement différents qui ne demandent pas les mêmes compétences. Alors oui, pour être interprète ou traducteur, il faut bien évidemment parler deux langues et transmettre un message de l’une à l’autre. Mais la similarité s’arrête là. L’interprète travaille à l’oral et se concentre davantage sur la transmission du message et beaucoup moins sur la forme. Sa priorité n’est pas de faire de jolies phrases mais plutôt de reformuler le message de la façon la plus claire et complète possible, sans oublier aucune information. Il n’a pas le temps de vérifier les mots inconnus et doit produire une traduction orale sans attendre.

Au contraire, le traducteur travaille à l’écrit et accorde autant d’importance au message qu’à la forme. Aucune faute n’est admise, que ce soit une faute de grammaire, de conjugaison, de syntaxe, de sens, etc. Tout a son importance.

 

  1. Un traducteur EN > FR (CA) pour du FR (FR), pourquoi pas ?

Certaines personnes non francophones ne savent peut-être pas qu’il existe bel et bien une différence entre le français de France et celui parlé au Canada. Personnellement, si on me dit « tire-toi une bûche », moi pas comprendre. Si vous ne comprenez pas non plus, je vous invite à visiter cette page. Si vous êtes un client et souhaitez viser un public ou une région bien précise, vous avez tout intérêt à choisir la bonne variante de la langue. Ne prenez pas n’importe quel francophone, vous pourriez avoir des surprises (et pas que des bonnes).

C’est également le cas pour d’autres langues comme l’allemand d’Allemagne et l’allemand d’Autriche ou encore pour l’espagnol d’Espagne et celui d’Amérique latine. Et même au sein de ce continent, un seul mot peut avoir plusieurs sens. Par exemple, boludo a plusieurs significations selon le pays :

– stupide (Argentine)

– immature (Costa Rica)

– paresseux (Guatemala)

Il faut donc bien faire attention à qui s’adressent vos traductions.

 

  1. Non, je suis désolée, je ne peux pas traduire 10 000 mots pour demain 8 heures

Oui, certains pensent qu’il est possible de traduire énormément de mots dans un délai très réduit. Mais ils ne se rendent pas compte du temps que prend la traduction et que les traducteurs ne sont pas des machines qui travaillent 24 heures par jour. Mais en plus de la traduction, la plupart des agences offrent des services supplémentaires étroitement liés à la celle-ci. Quand on envoie un texte à une agence, il sera non seulement traduit mais également révisé. D’autres tâches peuvent venir s’ajouter comme l’assurance qualité ou la mise en page, par exemple. Donc, la traduction prend du temps mais il faut garder à l’esprit toutes les tâches qui viennent s’y ajouter.

 

 

Ces mythes me sont apparus comme étant les plus communs, mais il en existe bien d’autres.

Et vous, avez-vous déjà eu ce genre de commentaire ? Peut-être en avez-vous entendu d’autres encore plus surprenants ?

N’hésitez pas à les partager en commentaire !

 

Sources

http://www.media-lingo.com/gb/faqs/will-the-translated-version-be-longer-or-shorter-than-the-original-document

https://www.authentikcanada.com/blog/top-10-des-expressions-quebecoises

https://www.taringa.net/posts/offtopic/19543502/Diferentes-significados-de-Boludo-en-Latinoamerica.html

Traduction marketing et transcréation, remparts contre la traduction machine

Par Pénélope Girod, étudiante M2 TSM

 

L’apparition de la traduction machine neuronale chez Google Translate et SYSTRAN notamment, le lancement de DeepL Translator (moteur de Linguee), ou tout récemment l’arrivée d’Amazon Translate sont autant de nouveautés qui marquent la prise de vitesse de la traduction machine sur le marché des services linguistiques. Il s’agit certainement de la période la plus florissante pour la traduction machine depuis sa création dans les années 1950. Les moteurs sont plus performants, plus professionnels et fournissent des traductions plus justes. Aussi se pose une question tout à fait légitime : qu’en est-il du biotraducteur ?

Comme nous avons pu le voir dans le billet de blog sur la traduction neuronale, ou encore le test comparatif entre Google Translate et DeepL, le traducteur humain a encore de beaux jours devant lui. En effet, un texte obtenu par traduction automatique n’est pas parfait et doit passer par une étape de post-édition qui sera effectuée par un traducteur. De plus, bien que les moteurs soient plus performants, ils ne le sont pas encore assez pour traiter des domaines spécifiques très pointus. Les contenus marketing font partie des textes que la traduction machine n’arrive pas à traduire de façon satisfaisante.

L’essence du marketing est de promouvoir une marque et/ou un produit. Aussi, lorsqu’une entreprise veut se développer à l’international elle se doit de faire traduire ses textes promotionnels, ses publicités, mais aussi de faire localiser son site web. Comme nous l’avons vu dans le billet de blog traitant de ce sujet, la majorité des consommateurs ne feront pas d’achat sur un site qui n’est pas dans leur langue maternelle. Une bonne traduction est donc cruciale pour qu’une entreprise puisse se développer sur le marché mondial. Il faut cependant bien veiller à ce que le contenu soit adapté à chaque marché au niveau national. En effet, au moment de la traduction, les termes choisis dans la langue source peuvent prendre une tout autre connotation dans la langue cible, les images peuvent impliquer des choses différentes et les couleurs être liées à d’autres émotions. Ce message si soigneusement élaboré pourrait être complètement dénaturé, sans aucun intérêt marketing [1]. D’où l’importance de faire appel à un traducteur spécialisé dans le domaine. Et pour qu’une traduction marketing puisse conserver cet effet captivant il est souvent nécessaire de faire appel à la transcréation.

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Qu’est-ce que la transcréation ?

A marché différent, préférences différentes. La transcréation est bien plus qu’une traduction et va au-delà de la localisation : elle permet d’adapter complètement le message de marque d’un produit ou d’une publicité au marché cible [2]. C’est un véritable processus créatif qui va d’abord définir l’intention du contenu original et prendre les différents éléments qui composent le message global d’une campagne pour les transformer afin qu’ils correspondent au public visé [3]. C’est une étape plus longue qu’une traduction mais c’est surtout l’assurance d’avoir un message clair, culturellement adapté, parfaitement cohérent avec l’identité de la marque.

Si la transcréation est surtout utilisée pour la traduction marketing, elle n’en est pas l’apanage. C’est un processus qui est utilisé dès qu’une « simple » traduction n’est pas suffisante et qu’il faut faire preuve de beaucoup de créativité pour pouvoir reformuler, adapter des termes et expressions afin de capter l’attention du public cible. La transcréation est évidemment toute indiquée pour la traduction de néologismes (comment traduiriez-vous « pocket-dial » ou « mouse potato » ?), la traduction de titres de films, mais aussi pour la traduction littéraire, et plus spécialement la littérature fantastique. La traduction de la saga Harry Potter par Jean-François Ménard contient une multitude d’exemples de transcréations, comme le fameux choixpeau (simplement « sorting hat » en anglais) ou encore dans le nom des maisons : Ravenclaw est ainsi devenu Serdaigle.

 

Traduction machine s’abstenir

Pourquoi ? Pour les raisons citées plus haut et plus encore. Les moteurs de traduction machine ne peuvent pas créer d’eux-mêmes, ils doivent se baser sur des données pré-intégrées, qu’il s’agisse de mémoire de traduction ou de règles grammaticales pour délivrer un texte cible. La traduction machine ne prend pas en compte les éléments spécifiques aux textes marketing. Les jeux de mots et métaphores disparaissent, les différences culturelles sont laissées de côté, le ton du texte est altéré. Certes, un moteur de traduction machine peut donner un résultat grammaticalement correct, mais la phraséologie n’est souvent pas adéquate.

La plupart du temps, la traduction machine ne sait pas quoi faire des noms de produits. Elle peut décider de les traduire littéralement ce qui peut donner des résultats étranges, mais elle peut aussi les conserver. Les noms de produit peuvent parfois être de véritables casse-têtes au moment de la traduction. Au premier abord, on pourrait penser qu’il faut conserver coûte que coûte le même nom partout dans le monde mais certains noms ont une connotation différente en fonction du pays et nécessitent d’être modifiés. C’est aussi un point qui concerne les noms de marques, ainsi la marque Mr. Clean® est traduite partout où elle est vendue et devient Monsieur Propre en France, Mastro Lindo en Italie, etc. Les Royaume-Uni fait exception puisque la marque s’y appelle Flash : une autre marque portant déjà le nom de Mr. Clean [4].

Les slogans font aussi partie des textes marketing complexes impossibles à traduire en utilisant la traduction machine. C’est une part de la campagne marketing à laquelle il faut porter une grande attention puisqu’un slogan est fait pour attirer des clients potentiels. Il doit marquer les esprits, mais de la bonne manière. Une mauvaise traduction pourrait entacher l’image de la marque, lui faire perdre des parts de marché et beaucoup d’argent par la même occasion. Trop de précipitation et l’on peut se retrouver dans la même situation que Pepsi il y a quelques années dont le slogan « Come alive with the Pepsi generation » a été traduit en chinois par « Pepsi brings your ancestors back from the grave » [5]. Traduire un slogan est un exercice trop périlleux pour le confier à un outil de traduction machine

Prenons un exemple concret pour illustrer ces propos. Lilt, la plateforme de traduction en ligne (voir ici pour en savoir plus), a mis en ligne une image sur son site Lilt tips, dans un billet posté le 23 août. Elle contient la phrase suivante : « The cloud will not rain away your data! ».

Lilt_Cloud

 

 

Ce slogan en apparence si simple présente plusieurs difficultés : le jeu de mots entre le Cloud, service proposé par Lilt, le véritable nuage et la pluie. Et comment traduire « rain away » ? Même dans un texte complet, avec un contexte, cet obstacle serait difficile à surmonter. Au vu de la complexité de ce slogan j’ai décidé de tester trois moteurs de traduction machine : Bing Translator, DeepL et Google Translate. Voici les résultats :

 

Capture_Bing_Lilt

Bing Translator

 

Capture_Deepl_Lilt

DeepL

 

Capture_Google-Lilt

Google Translate

 

Dans les trois cas, la traduction littérale a été privilégiée. Elle ne permet malheureusement pas de transmettre le message d’origine. Ici il serait intéressant de revoir toute la phrase et de complètement repenser les idées mises en avant. Une étudiante en M2 a proposé comme traduction « vos données seront sur un petit nuage » qui utilise une expression idiomatique et conserve un jeu de mots avec nuage. Cette version, certes perfectible, convient toujours mieux que ce qu’a pu proposer la traduction machine. Si vous avez des idées de traduction pour ce slogan, n’hésitez pas à les partager avec nous.

 

Conclusion

Au mois de février 2017, en Corée du Sud, a eu lieu un duel d’un genre nouveau, opposant biotraducteurs et traduction machine [6]. Quatre traducteurs humains ont été confrontés à trois moteurs de traduction machine : Google Translate, SYSTRAN et Papago de Naver (équivalent sud-coréen de Google). Tous devaient traduire quatre textes différents, jamais traduits auparavant : un article de Fox Business en anglais, un extrait de Thank You For Being Late de Thomas Friedman aussi en anglais, une partie d’un éditorial de l’auteur Kim Seo-ryung et un extrait du roman de Kang Kyeong-ae Mères et filles, tous les deux en coréen. Sans surprise, ce sont les biotraducteurs qui l’ont emporté. Même si la traduction machine a fourni des résultats très rapidement, les évaluateurs ont notamment pu constater un problème récurrent dans l’ordre des mots, puisqu’ils étaient placés de façon linéaire sans véritable logique[7].

Si la traduction machine n’est pas la plus indiquée pour les textes marketing et a encore une importante marge de progression, elle n’est pas à délaisser complètement. Un moteur bien entraîné, avec des données de qualité peut fournir de très bonnes traductions qui ne nécessitent que peu de post-édition. Le métier de traducteur n’est pas véritablement menacé par les avancées technologiques de la traduction machine mais il va devoir s’adapter aux évolutions du marché. Car comme dans toute révolution industrielle, un glissement est en train de s’opérer, et pas seulement dans le secteur de la traduction. Il est donc important de prendre le train en marche pour être en cohésion avec les futures exigences du marché.

 

Merci à l’équipe de Lilt de m’avoir permis d’utiliser leur illustration.

 

[1]  Transcreation: More than just marketing translation. Global content suite white paper, © Copyright 2017 AMPLEXOR

[2] http://www.tradutec.com/a-propos-de-tradutec/actualites/278-transcreation-une-strategie-de-traduction-pour-un-marketing-de-marque.html

[3] http://www.sdl.com/fr/solution/language/human-translation/transcreation.html

[4] http://piwee.net/1-nom-marque-different-selon-pays-120115/

[5] https://blog.amplexor.com/globalcontent/en/localizing-slogans-when-language-translation-gets-tricky

[6] http://www.k-international.com/blog/human-translation-vs-machine-translation-contest/

[7] http://english.chosun.com/site/data/html_dir/2017/02/22/2017022201554.html

Mise à jour des mémoires de traduction et des glossaires : pour quoi faire ?

Par Lucie Lhuillier, étudiante M2 TSM

 

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Lorsqu’ils traduisent, les traducteurs ont recours à diverses ressources. Parmi elles, on retrouve notamment les mémoires de traduction et les glossaires qui sont couramment utilisés. Cependant, il est fondamental de veiller à ce qu’ils soient mis à jour régulièrement. Pour quelles raisons ?

 

Qu’est-ce qu’une mémoire de traduction ?

Une mémoire de traduction est une base de données linguistique utilisée lors d’une traduction grâce aux outils de TAO (Traduction assistée par ordinateur). Elle est composée de segments en langue source et de leur traduction en langue cible.

Utiliser une mémoire de traduction permet au traducteur de travailler plus vite et d’être plus efficace. Grâce à celle-ci, il ne traduit jamais deux fois la même chose. La mémoire de traduction est alimentée par le traducteur, les segments traduits et validés sont enregistrés au fur et à mesure de la traduction. Si le logiciel détecte un segment qui a déjà été traduit auparavant, il va automatiquement suggérer la traduction enregistrée dans la mémoire. Il s’agira, selon le degré d’analogie, de correspondances parfaites ou de correspondances partielles. Les nouvelles unités de traduction pourront être utilisées à leur tour lors des projets suivants.

Attention, la mémoire de traduction ne traduit pas à la place du traducteur mais l’assiste dans son travail. C’est au traducteur de déterminer s’il garde la traduction proposée telle quelle ou s’il doit l’adapter. La mémoire va également lui permettre de garder une certaine cohérence et homogénéité au fil de la traduction. Par ailleurs, celle-ci n’est pas capable de repérer les éventuelles erreurs de traduction ou fautes de grammaires, ni de vérifier l’orthographe.

En outre, il ne faut pas confondre mémoire de traduction et traduction automatique (voir ce billet) qui sont deux choses bien distinctes. La traduction automatique ne nécessite aucune intervention humaine contrairement à la mémoire de traduction qui, elle, est créée et alimentée par le traducteur.

Qu’est-ce qu’un glossaire ?

Un glossaire est une base de données contenant une terminologie spécifique en langue source et en langue cible qu’il est possible d’intégrer à un outil de TAO. Il peut être bilingue mais aussi multilingue et ne contient pas de segments mais des termes précis, contrairement aux mémoires de traduction. Ces bases de données permettent de garder une certaine cohérence terminologique et rédactionnelle au sein d’un même projet mais également entre les différents projets d’un client. En effet, ces projets sont parfois espacés dans le temps ou confiés à d’autres traducteurs. Les glossaires garantissent alors l’utilisation de la même terminologie à chaque traduction, à condition bien sûr, que les termes ne soient pas devenus obsolètes. Ils peuvent regrouper des termes qui correspondent à un domaine précis, à un projet ou bien à un client en particulier. Parfois, en plus des termes, on peut également y intégrer d’autres données telles que les définitions et leurs sources, les catégories grammaticales, le contexte, les illustrations ou encore les dates d’insertion (qui peuvent inciter un traducteur à revoir l’usage d’un terme si la date lui paraît éloignée dans le temps).

Un glossaire sert de référence au traducteur dans le choix de la bonne terminologie.  Son utilisation est d’autant plus nécessaire lorsque plusieurs traducteurs travaillent sur un même projet. La mise en commun des ressources, glossaires mais aussi mémoires de traduction, permet de garantir l’homogénéité de la traduction réalisée par une équipe et donc d’offrir une traduction de qualité.

Pourquoi les mettre à jour ?

Les mémoires de traduction et les glossaires sont des ressources essentielles pour le traducteur. En effet, ils possèdent de nombreux avantages qui leur permettent de fournir des traductions de qualité.

Cependant, pour garantir l’efficacité de ces ressources, il est fondamental de les mettre à jour régulièrement non seulement pour les alimenter en ajoutant les nouvelles traductions à chaque projet mais aussi pour supprimer la terminologie obsolète. En effet, rien n’est figé. Par conséquent, la terminologie, tout comme les langues, évolue et change au fil du temps. C’est pourquoi, éliminer cette terminologie devenue obsolète et la remplacer par celle qui correspond à la période actuelle est une étape à ne pas négliger. Si les ressources qu’utilise un traducteur sont désuètes et ne sont donc plus d’actualité, la qualité de la traduction risque d’être mauvaise et donc de ne pas répondre aux exigences du client. La mise à jour des ressources permet d’assurer une qualité constante.

 

 

Sources :

https://www.inter-contact.de/fr/blog/151-memoire-de-traduction-comment-le-traducteur-travaille-t-il-avec-et-comment-en-profitez-vous

http://www.sdltrados.com/fr/solutions/translation-memory/

https://www.technitrad.com/fr/qu-est-ce-qu-un-glossaire/

http://www.itc-france-traduction.com/le-b-a-ba-des-memoires-de-traduction/

https://www.redactionpro.fr/le-glossaire%E2%80%89/

https://www.eazylang.com/blog/index.php/2017/11/20/role-glossaires-traduction-professionnelle/