La créativité en traduction

Par Nicolas Béridot, étudiant M1 TSM

Traduire, c’est rester assis à son bureau toute la journée et retranscrire vers une langue B des mots écrits par d’autres personnes dans une langue A. À première vue, il n’y a rien de bien créatif là-dedans. Mais doit-on réellement dire adieu à la créativité lorsque l’on choisit de se lancer dans une carrière qui consiste à traduire les mots de quelqu’un d’autre ?

Tout d’abord : qu’est-ce que la créativité ?

Bien qu’il fasse partie intégrante du fonctionnement de notre cerveau, il demeure difficile de bien définir le concept de créativité. D’après le CNTRL, il s’agit de « la capacité ou le pouvoir qu’a un individu de créer, c’est-à-dire d’imaginer et de réaliser quelque chose de nouveau. »

Ce « quelque chose » peut être un objet, un concept ou, dans le cas de la traduction, des phrases et formulations. Ainsi, dans le contexte de ce billet de blog, il s’agit d’utiliser le contenu d’un texte écrit dans une langue étrangère (la langue source), et de le transformer dans le but de créer un texte cible adapté aux normes de la langue vers laquelle on traduit (la langue cible).

La traduction est-elle une activité créative ?

Ça dépend.Tout dépend du type de texte et de son public cible. La créativité jouera un rôle bien plus important dans une traduction publicitaire, littéraire ou encore audiovisuelle que dans la traduction d’une notice de four à micro-ondes ou d’un catalogue de références techniques, par exemple. Le traducteur disposera toujours d’une certaine marge de manœuvre dans son travail étant donné qu’il doit trouver des formulations adaptées dans la langue cible. Peu de projets font exception à la règle : de manière générale, seuls les projets très techniques, et certains projets juridiques ou institutionnels requerront des traductions particulièrement littérales et respectueuses des spécificités du texte source.

« La traduction transforme tout pour que rien ne change. »

– Günter Grass

En effet, un degré plus ou moins élevé de créativité est nécessaire afin de parvenir à transmettre un message d’une langue vers une autre. C’est tout du moins ce que l’on attend des traducteurs et traductrices aujourd’hui, bien que cela n’ait pas toujours été le cas ; en témoigne le débat qui a longtemps divisé la profession. Une traduction doit-elle être créative ou littérale ? Est-il acceptable de s’éloigner du texte source afin d’adapter le contenu à la culture cible, et de transmettre ainsi le message original (jeux de mots, expressions, références, etc.), ou doit-on, au contraire, lui rester fidèle au risque de ne pas se faire comprendre par le lecteur ? Eugène Nida recommandait d’opter, si possible, pour « l’équivalent naturel le plus proche du message de la langue source ». Lawrence Venuti qualifiait quant à lui ce choix de manque de respect envers le texte original et son auteur, et affirmait même qu’il s’agissait d’ethnocentrisme et de narcissisme culturel.

Certains secteurs poussent parfois les traducteurs à faire preuve d’un haut niveau de créativité dans leur travail : les traductions littéraires et audiovisuelles en sont de bons exemples. Comme cela a pu être abordé plus en détail dans un précédent billet disponible sur ce blog, le traducteur peut faire le choix de traduire des termes fictifs tels que des noms propres. Un cas particulièrement marquant du fait de sa popularité est celui de la série de livres Harry Potter dans laquelle « Hogwarts » a été traduit par « Poudlard », « Muggle » par « Moldu », ou encore « Hufflepuff » par « Poufsouffle », le but étant de conserver l’impression donnée par l’original tout en donnant une sonorité française au terme qui soit facile à comprendre et à prononcer.

Les traducteurs ont-ils besoin de créativité ?

Qu’il s’agisse d’audiovisuel, de tourisme, de mode, de jeux vidéo, de romans, de bandes dessinées ou encore de chansons, la majorité des domaines qui intéressent le plus les traducteurs aujourd’hui ont une chose en commun : la créativité. Mais pour quelles raisons est-elle si importante ? Comment expliquer que, malgré le casse-tête que peut représenter une traduction créative, celle-ci demeure aussi prisée des traducteurs ?

Pour répondre à ces questions, il est nécessaire d’en aborder une autre : peut-on se contenter de traduire littéralement toute sa vie ? Chacun et chacune aura sans doute une opinion différente à ce sujet, mais il est indéniable que la traduction littérale n’est pas la plus enrichissante des traductions. Nous apprécions tous une certaine part de défi dans notre travail : un défi rend toute activité plus intéressante et stimulante. Il donne d’une part un objectif à atteindre, et d’autre part une opportunité d’apprendre de nouvelles choses, de découvrir de nouvelles formulations et de développer sa confiance en soi. En traduction, ce défi est bien souvent incarné par la créativité qui peut ainsi transformer une tâche difficile telle que la traduction de jeux de mots en une activité réellement plaisante et enrichissante. Grâce à cette stimulation, un métier peut devenir une véritable passion pour celui ou celle qui l’exerce tandis que, en ne demandant que des recherches terminologiques et en n’exigeant qu’un faible degré de réflexion et de créativité, une traduction littérale peut parfois diminuer l’intérêt du traducteur pour son travail. Bien que son importance varie en fonction des goûts de chacun, la créativité est donc omniprésente pour les traducteurs et leur permet d’être toujours surpris par leur travail, chaque jour apportant son lot de nouveautés et ses propres défis.

L’objectif premier du traducteur est de passer inaperçu, et cela devient plus facile avec le temps : plus un traducteur maîtrise un domaine et entretient une relation de confiance avec son client, plus il est à l’aise et commence à prendre des libertés, à rédiger des phrases plus fluides et moins littérales afin d’offrir un texte qui semble « naturel » au lecteur. Cet aspect de la traduction, qui démontre la place que prend la créativité, fait toute la différence entre un traducteur humain et un ordinateur : en traduisant trop littéralement, sans adaptation et sans créativité, le traducteur perdrait la qualité qu’il apporte par rapport à la traduction machine.

La créativité, une sécurité pour les traducteurs ?

Quand on parle de l’avenir de la traduction, le sujet de la traduction automatique (ou traduction machine) est bien souvent évoqué du fait des améliorations significatives que cette technologie a connues depuis quelques années. Cette constante évolution peut mettre le travail du traducteur en danger dans des secteurs très techniques qui nécessitent des traductions plus littérales car, à terme, il aura plus de chances d’être remplacé par la machine. Le travail du traducteur reste néanmoins indispensable dans certains domaines tels que le littéraire ou le marketing, et cela pour une raison principale : le cerveau humain, contrairement à la machine, est doté de créativité. Là où l’humain pourra reformuler les phrases afin de faciliter leur compréhension par le public cible, la machine traduira mot à mot et produira un résultat parfois difficile à comprendre. Déjà cités précédemment, les jeux de mots et les références culturelles, qui illustrent parfaitement la nécessité d’être créatif en traduction, peuvent être importants dans certains secteurs (audiovisuel, publicitaire, jeux vidéo, etc.) et ne peuvent à ce jour être traduits par un ordinateur. Cette capacité à la réflexion et à la créativité est ainsi un réel atout pour les traducteurs humains et leur assure une sécurité dans leur travail.

Si vous souhaitez en savoir plus sur le sujet des difficultés rencontrées par la traduction automatique face à la traduction créative, je vous conseille fortement la lecture d’un précédent billet publié sur ce blog : Traduction marketing et transcréation, remparts contre la traduction machine.

Bibliographie

ANON (CNTRL). CRÉATIVITÉ : Définition de CRÉATIVITÉ [En ligne]. Disponible sur : < https://www.cnrtl.fr/definition/cr%C3%A9ativit%C3%A9 > (consulté le 26 juin 2021)

BINKS A. Creative translation – can we really call it an art form? [En ligne]. Albion Languages. 16 janvier 2019. Disponible sur : < https://albionlanguages.com/creation- creation-creation-is-translation-really-a-creative-art/ > (consulté le 7 mars 2021)

COUPAMA M. Traduire les noms propres… Oui ? Non ? Peut-être ? [En ligne]. MasterTSM@Lille. 2 mai 2021. Disponible sur : < https://mastertsmlille.wordpress.com/2021/05/02/traduire-les-noms-propres/ > (consulté le 1 juillet 2021)

GIROD P. Traduction marketing et transcréation, remparts contre la traduction machine [En ligne]. MasterTSM@Lille. 17 décembre 2017. Disponible sur : < https://mastertsmlille.wordpress.com/2017/12/17/traduction-marketing-et-transcreation-remparts-contre-la-traduction-machine/ > (consulté le 29 juin 2021)

MORR K. Qu’est-ce que la créativité ? Le guide ultime pour comprendre cette aptitude indispensable. In : 99designs [En ligne]. 2019. Disponible sur : < https://99designs.fr/blog/pensee-creative/creativite-le-guide-ultime/ > (consulté le 27 juin 2021)

NIDA E. Toward a science of translating: with special reference to principles and procedures involved in Bible translating. E.J. Brill, 1964. ISBN : 978-90-04-13281-8.

VENUTI L. The Translator’s Invisibility: A History of Translation. London New York : Routledge, 1995. (Translation studies). ISBN : 978-0-415-11537-7.

VEZZARO C. « Being Creative in Literary Translation: A Practical Experience » [En ligne]. 2010. Disponible sur : < https://jyx.jyu.fi/bitstream/handle/123456789/26849/VezzaroCreativeTranslation.pdf?sequence=1 > (consulté le 10 mars 2021)

Live ops, mises à jour et extensions : quelle influence sur la localisation de jeux vidéo ?

Article original en anglais Live ops, updates and extensions: Impact on game localization rédigé par Sandrine Guyennet et publié sur le site de la traductrice TheFrenchalizer.
Traduit de l’anglais par Jérémie Durand, étudiant M1 TSM.

Il n’y a pas longtemps, j’ai eu la chance de participer en tant que jury à une compétition de traduction de jeux vidéo. Se trouvait à la fin du fichier texte la chaîne de caractères suivante :

[“WIP”, “WIP”],

Une équipe a décidé de conserver la chaîne en anglais parce que « Nous avons terminé le jeu et elle n’y apparaît pas ».

De nos jours, quand on achète un jeu, il ne s’agit pas de se procurer une version sur CD (ou sur quelques disquettes si vous êtes aussi âgés que moi), version qui offrirait exactement la même expérience, pour toujours. Aujourd’hui, nous pouvons installer des mises à jour. Parfois, nous n’avons pas le choix : il est impossible de lancer le jeu sans passer par cette étape. Nous avons également la possibilité de télécharger du contenu additionnel comme de nouveaux niveaux, des personnages jouables supplémentaires ou une toute nouvelle histoire.

Et donc, comment les traducteurs de jeux vidéo travaillent-ils dans un nouvel environnement dynamique comme le live ops ? Lorsque l’on traduit un jeu, on se réserve alors un peu de temps chaque semaine pour traduire les petites mises à jour régulières que l’on recevra sans doute dans le futur. Il peut s’agir de chaînes que le développeur a oublié d’ajouter dans le lot original, du nouveau contenu saisonnier comme des packs Halloween, des tenues de Noël, des nouveaux niveaux chaque mois, une planète supplémentaire, etc. Et ce, jusqu’au jour où le jeu ferme ses portes. On peut aussi être amené à traduire des nouvelles quantités de texte plus importantes avec des extensions de jeu complètes.

Pour que la traduction reste réalisable et puisque les développeurs s’attendent seulement à ce que l’on travaille sur les nouvelles chaînes sans toucher aux anciennes, on doit s’assurer que la traduction initiale ne puisse être (trop) affectée par des mises à jour ultérieures.

Ce qui me ramène à la chaîne « WIP » que j’ai mentionnée au départ : l’équipe a affirmé qu’elle n’apparaît pas en jeu. D’accord, et si elle est ajoutée à l’avenir ? Les développeurs peuvent décider d’allonger le jeu et d’ajouter un nouveau lieu qu’ils n’avaient pas encore totalement développé. En guise de teaser, ils commencent par ajouter la chaîne « WIP » au jeu (ou « Nouveaux contenus prochainement », ou encore « Disponible en mai », etc.).

Quand on reçoit un fichier de jeu, on devrait traduire toutes les chaînes de caractères qu’il contient. Combien de fois ai-je demandé davantage de contexte à propos d’une chaîne ambiguë pour que le développeur me réponde « Ignorez celle-ci, elle ne fait pas partie du jeu » et que 2 semaines plus tard, je retrouve cette même chaîne dans la première mise à jour ? Bien trop souvent, si vous voulez mon avis.

Désormais, je traduis toujours l’ensemble des chaînes de caractères. Gardez à l’esprit que surtraduire, c’est-à-dire, traduire une chaîne qui n’apparaîtra pas en jeu, ne fait pas de mal. Si la chaîne n’est jamais intégrée au jeu, alors le fait de l’avoir traduite n’aura aucune conséquence. Peut-être que l’on a pris quelques minutes de plus de notre temps pour traduire une chaîne supplémentaire, mais dans un cas normal, tous les mots envoyés pour être traduits sont payés de toute manière, il est donc naturel de tous les travailler.

Un autre problème est engendré par des personnages jouables genrés. En français, presque tous les mots doivent prendre le genre du nom : pronoms, participes passés, adjectifs, etc. Imaginez donc cette situation : je suis en train de traduire un MMORPG avec de nombreuses répliques de PNJ s’adressant au joueur :

“[Player], you are dead!”, “[Player], you sure are strong”, “[Player], are you tired?”

J’interroge les développeurs sur le sexe des personnages jouables. Ils me répondent « Nous avons trois hommes : un orc, un paladin et un magicien ». D’accord, je peux tout traduire au masculin. Puis-je vraiment ? Non, parce que si deux mois plus tard les développeurs reviennent vers moi pour me demander : « Dites, êtes-vous disponible pour traduire cette nouvelle mise à jour ? Nous avons ajouté une sorcière, une guerrière et une reine des glaces ! ».

Afin d’éviter de consacrer du temps à corriger un trop grand nombre de chaînes du contenu d’origine plus tard, tout en gardant à l’esprit qu’il n’est jamais judicieux de modifier du contenu ayant déjà été publié et lu par les joueurs (dans le cas où ils le remarqueraient !), on doit supprimer au maximum le genre des chaînes, « juste au cas où ». Pensez à employer :

“[Player], votre puissance m’impressionne !”  à la place de “[Player], vous êtes si puissant !”.

N’écoutez jamais les développeurs lorsqu’ils affirment que « Nous n’ajouterons aucun personnage féminin » ou « Cela ne figurera pas en jeu » ou encore « Les orcs sont tous des femmes ». Au contraire, ayez confiance en votre instinct et en votre expérience. Souvent, les développeurs ne parlent pas du tout votre langue maternelle et ne se rendent même pas compte que leurs modifications et ajouts peuvent entraîner d’éventuels problèmes. On ne peut pas s’attendre à ce qu’ils connaissent les particularités de l’ensemble des langues du monde ou d’avoir eu affaire à tous les problèmes de localisation. C’est là qu’entrent en jeu les professionnels de la localisation.󠀠

Un autre incident m’est arrivé récemment avec un jeu de simulation économique de livraison que j’ai traduit il y a deux ans. Le jeu comprend des cars et des bus, j’ai donc traduit « fuel » par « essence », qui est le type de carburant utilisé par les véhicules terrestres. Le mois dernier, le jeu a été mis à jour et des navires de charge ont été ajoutés. Bien entendu, les développeurs avaient promis au départ que cela ne se produirait jamais.

En français, les navires de charge utilisent du « fioul » comme carburant, je devais donc expliquer que toutes les chaînes contenant le mot « fuel » devaient être dupliquées (par exemple : « Fuel remaining: XXL ») pour que l’on ait une chaîne pour les véhicules terrestres et une autre pour les navires de charge. Autre solution : remplacer le mot « essence » par « carburant » (un terme plus général) dans l’ensemble des chaînes.
Anticipant un autre problème, j’ai précisé qu’un rechercher et remplacer ne ferait pas l’affaire puisque « essence » est un mot féminin tandis que « carburant » est masculin. Tous les mots associés doivent s’accorder sur le genre. Aaah, les joies de la grammaire française.

Les jeux d’aujourd’hui ne sont plus gravés dans la pierre, ils sont dynamiques et évoluent sans cesse.

On ne peut pas attendre des développeurs qu’ils devinent quels problèmes leurs ajouts et modifications peuvent créer en vietnamien, en russe ou en portugais brésilien. Il est de notre devoir en tant que traducteurs de jeux vidéo d’en minimiser les conséquences. C’est en fait très intéressant, car on doit apprendre à s’adapter rapidement aux changements et prévoir avec efficacité les problèmes potentiels pour les contourner. Ainsi, les répercussions sur le contenu existant seront minimes et nous n’aurons pas à dépenser du temps (et l’argent du développeur) pour corriger les erreurs. Cela signifie également que les choix de traduction pour chaque chaîne dans le contenu original doivent être effectués après mûres réflexions. On ne peut utiliser des traductions maladroites ou étranges pour une chaîne en pensant que « ça fera l’affaire, personne ne la lira de toute manière », car on ne sait jamais si elle viendra nous hanter à nouveau dans une mise à jour future.

Je tiens à remercier Sandrine Guyennet pour m’avoir permis de traduire son article. Si vous êtes intéressés par la localisation de jeux vidéo (ou êtes tout simplement curieux), n’hésitez pas à consulter ses autres articles sur son blog, ils sont vraiment intéressants !

Le casse-tête de la traduction de mangas

Par Sara Quintin, étudiante M1 TSM

C’est quoi un manga ? Les mangas sont une sorte de bande dessinée d’origine asiatique en noir et blanc, qui se lisent de droite à gauche. Au Japon, les mangas sont considérés comme des objets de grande consommation. Il existe de nombreux genres, les plus connus sont les shonen qui sont destinés aux jeunes garçons, les shojo pour les jeunes filles, les seinen pour les hommes et les josei pour les femmes etc. La France est la deuxième plus grosse consommatrice de mangas au monde.

La culture japonaise est très différente de la culture française ou même occidentale et on le ressent quand on lit des mangas. Il y a bien souvent de nombreuses références dans les mangas, que ce soient des références culturelles, historiques ou religieuses et quand cela arrive les termes ne sont généralement pas traduits et suivis d’un astérisque et d’une explication. Dans le manga Noragami, par exemple, qui porte sur les divinités japonaises il y a de nombreuses références culturelles inconnues des Occidentaux comme les dates de visite des temples et pourquoi il faut aller au temple à cette date précise, des références religieuses avec les nombreuses divinités japonaises qui sont mentionnées dans le manga.

La traduction des onomatopées est un des éléments qui posent le plus de problèmes de traduction. Au Japon, les onomatopées sont utilisées aussi bien à l’écrit qu’à l’oral, on trouve la plupart dans les dictionnaires mais elles ne s’y trouvent pas toutes. En japonais il en existe 3 sortes (Les giongo imitent des sons, les giseigo traduisent les voix, ils sont beaucoup utilisés dans les mangas et les gitaïgo sont des mots imitant l’état) et il n’y a pas toujours d’équivalent en français. Bien souvent, les onomatopées ne sont pas traduites, puisque très chronophage et, comme les références culturelles, historiques et religieuses, sont suivies d’un astérisque pour expliquer la signification de cette dernière ou alors elles ne sont pas traduites à la demande de l’éditeur japonais pour garder le style de l’auteur. Il est parfois même impossible de les traduire si l’onomatopée est trop liée au dessin, on rajoute alors la traduction en plus petit à côté de l’onomatopée japonaise. Elles servent à exprimer une sensation, un sentiment, une situation ou une idée. En France, les onomatopées sont considérées comme étant plutôt le mode d’expression des enfants, là où au Japon elles sont utilisées dans le langage courant. Les mangas pour filles sont considérés comme étant les plus créatifs en matière d’onomatopées. Quelques exemples d’onomatopées : kyaa est l’onomatopée correspondant aux cris d’une femme, le chat ne fait pas miaou mais nyaa nyaa, un cœur qui bat la chamade doki doki etc. Certains mangakas vont plus loin et créent même des onomatopées. Un exemple assez connu serait le zukyûûûn de Araki Hirohiko, l’auteur de Jojo’s Bizarre Adventure qui est l’onomatopée du baiser spontané.

Une autre difficulté de traduction liée aux onomatopées est le foisonnement. On n’a pas toujours d’équivalent français d’onomatopées japonaises et donc il n’y a pas d’autre choix que d’étoffer. Néanmoins, il y a une place limitée dans les cases des mangas ce qui amène à omettre certains détails.

Au Japon, il existe quelque chose que l’on n’utilise pas en France, il n’y a donc pas d’équivalent. Ce sont les suffixes honorifiques comme san qui est le plus connu, kun, chan, senpai, sensei, sama et dono. Ces suffixes indiquent la plupart du temps la relation entre plusieurs personnes et sert à exprimer la politesse. On les place après le nom de l’interlocuteur : Onizuka-sensei, Inumaki-senpai, Yuji-kun

San est traduit le plus souvent par monsieur ou madame pour quelqu’un dont on n’est pas très proche. Il est souvent associé avec le nom de famille.

Kun est utilisé pour un ami ou un camarade garçon, il n’est utilisé pour une fille qu’en cas de proximité.

Chan est l’équivalent de kun pour les filles, c’est très affectif.

Senpai est utilisé pour quelqu’un qui a plus d’expérience ou qui est plus âgé que ce soient des collègues ou des camarades de classe.

Sensei est le professeur, le médecin, l’artiste… il s’utilise après le nom de famille ou seul.

Sama désigne les personnes haut placées ou de grande valeur, c’est un signe de grand respect. Il est utilisé pour désigner Dieu : Kami-sama.

Et enfin dono qui est très peu utilisé de nos jours se situe entre san et sama. Il était beaucoup utilisé du temps des samouraïs.

Il existe d’autres suffixes honorifiques mais ceux-ci sont les plus fréquents. Mis à part san et sensei les autres suffixes ne sont généralement pas traduits car il n’existe pas de terme équivalent en français. Ces suffixes sont très utilisés au Japon puisqu’ils créent une sorte de hiérarchie qui est très importante pour les japonais.

Et pour ce qui est des noms des attaques ou des armes ? Dans certains mangas les attaques et les armes gardent leur nom japonais, par exemple, dans One Piece d’Eiichiro Oda, les 3 katanas de Roronoa Zoro sont Enma, Sandai Kitetsu et Wado Ichimonji que ce soit dans la version japonaise ou française, dans Bleach de Tite Kubo, les armes, appelés les Zanpakutô gardent également leurs noms japonais. Les attaques comme le Bankai pour n’en cité qu’une ne sont pas traduites mais suivies d’un astérisque et de leur signification tout comme pour les onomatopées. Parfois, quand les attaques sont traduites, c’est la traduction anglaise qui reste même dans la version française. Les noms d’attaques de la version originales peuvent même parfois être en anglais comme la Room ou le Shambles de Law (One Piece) ou encore le Bound Man de Luffy (One Piece) et dans ce cas elles restent en anglais dans la version française.

C’est la même chose pour les êtres ou créatures propres à leur manga. Dans Noragami, dans la version originale et française, ils sont appelés ayakashi, dans Bleach ce sont les hollow et les shinigami… Certains mangas traduisent ce genre de choses, d’autres non, tout dépend des éditeurs et de l’auteur.

Les traducteurs font face à de nombreux problèmes concernant la traduction des mangas, il en existe d’autres mais ceux-ci sont des exemples de la difficulté du métier dû à la grande différence culturelle entre autres. 

Ressources documentaires :

https://www.koomeo.com/fr/traducteur-de-mangas-et-animes/
https://www.msn.com/fr-fr/actualite/technologie-et-sciences/traduire-des-mangas-un-d%C3%A9fi-%C3%A0-l-heure-des-scantrads-les-traductions-pirates/ar-BB1f330r
http://konishimanga.fr/2017/10/11/interview-xavier-hebert/
https://www.japoninfos.com/quelques-suffixes-japonais-san-kun.html
Poupée, Karyn. Histoire du manga. Tallandier, 2014
Nouhet-Roseman, Joëlle. Les mangas pour jeunes filles, figures du sexuel à l’adolescence. Érès, 2011.
Nouhet-Roseman, Joëlle. « Maji maji, regard sur les onomatopées ». Cliniques mediterraneennes n° 81, n°1 (18 juin 2010): 167-79.

La langue des signes française, une langue enfin (re)connue ?

Par Chloë Tanguy, étudiante M1 TSM

Tandis qu’elle a reçu officiellement le statut de « langue à part entière » en 2005, la langue des signes française (ou LSF) gagne de plus en plus en visibilité, en particulier depuis le début de la crise sanitaire. La traduction des allocutions officielles en langue des signes a notamment permis une réelle prise de conscience quant au manque d’accessibilité de l’information et à la reconnaissance insuffisante de la communauté Sourde.

Ainsi, face aux diverses actions mises en place à l’échelle nationale et internationale, un certain intérêt pour cette langue s’est développé. C’est pourquoi, aujourd’hui, je vais vous présenter la langue des signes (française principalement), une langue encore trop peu (re)connue aux yeux de la société.

Un grand merci à Pénélope Houwenaghel, interprète FR/LSF et fondatrice de la SCOP Via, pour avoir pris de son temps afin de m’aider mais également pour ses précieux conseils.

Lettres L, S et F en langue des signes française


Un peu d’histoire pour commencer

Selon plusieurs études, l’origine des langues des signes (ou LS) serait aussi ancienne que l’humanité. En effet, certains estiment que les personnes qui ne pouvaient pas parler utilisaient une forme de communication gestuelle afin de s’exprimer. Au cours de l’Antiquité, les sourds alors perçus comme « simples d’esprit » étaient isolés et n’avaient pas accès à l’éducation. Ne pouvant pas développer la langue des signes telle que nous la connaissons aujourd’hui, ils ne se contentaient que d’un nombre de signes bien plus limité.

Ce n’est qu’au milieu du XVIIIe siècle, grâce à l’abbé Charles-Michel de l’Épée, que nombre d’enfants sourds ont eu un accès gratuit à l’éducation. Avant cela, seuls ceux qui étaient issus de familles riches avaient les moyens de payer un précepteur (qui, par ailleurs, ne leur enseignait pas la langue des signes mais les éduquait oralement). Après avoir inventé quelques gestes (qui n’ont rien à voir avec la LSF) auxquels il ajouta quelques notions grammaticales spécifiques à la langue française, l’abbé de l’Épée créa, à Paris, la première école accueillant des enfants sourds. C’est grâce à cet établissement que les premiers Instituts pour jeunes sourds ont été créés, permettant ainsi l’émergence de la LSF au fil des générations.

Estimant toutefois que la LSF n’est pas une « vraie langue » ou qu’elle « favoriserait le développement de tuberculoses » (puisqu’on pensait que signer empêchait de bien respirer), il fut décidé, en 1880, lors du Congrès de Milan, de privilégier la méthode orale dans l’éducation des enfants sourd. Le résultat ? La LSF a été proscrite pendant près d’un siècle, et ce, jusqu’en 1975, année durant laquelle un mouvement a été lancé : le Réveil Sourd. Ce mouvement est né d’une forte volonté de la communauté sourde de s’émanciper sur le plan social, culturel et linguistique. Ce n’est qu’après plus de 30 ans de revendications pour la reconnaissance de la LSF qu’elle devient finalement, le 11 février 2005, une langue à part entière aux yeux de la loi française. Depuis 2008, il est d’ailleurs possible de choisir la LSF comme option au Bac ou encore, depuis 2010, de passer un CAPES de LSF.

En février 2020, dans le cadre des 15 ans de la loi n° 2005-102 du 11 février 2005, s’est tenue la 5e Conférence nationale sur le handicap. Lors de cet évènement, le gouvernement français a décidé d’intensifier les campagnes de sensibilisation, mais aussi de renforcer l’accompagnement des personnes en situation de handicap sur divers points : l’accès à l’éducation, à la formation, à l’emploi, ou encore l’accès à l’information (en traduisant par exemple l’ensemble des allocutions gouvernementales en LSF).

La langue des signes, c’est quoi exactement ?

Tout d’abord, il faut savoir que l’ensemble des LS s’appuient sur plusieurs paramètres :

  • La position/configuration des doigts, ainsi que les mouvements et l’orientation des mains ;
  • Les expressions du visage : les expressions faciales (ou encore le mouvement des épaules) permettent d’accentuer les nuances du discours.

La LSF ne « traduit » pas littéralement le français parlé. Comme n’importe quelle autre langue, elle possède sa propre structure, à savoir : temps + lieu + sujet + action. Il faut savoir aussi que chaque langue des signes possède son propre lexique et, accessoirement, son alphabet dactylologique (il retranscrit gestuellement chaque lettre de l’alphabet ; cet alphabet n’est utilisé que pour épeler certains noms propres ou lieux inconnus). Selon les pays, l’alphabet s’effectue avec une main (la main droite pour les droitiers ou la gauche pour les gauchers) mais certains utilisent les deux mains (notamment en langue des signes britannique, néo-zélandaise ou encore australienne).

D’ailleurs, en parlant de prénoms, saviez-vous qu’il est courant, au sein de la communauté sourde, de donner des surnoms ? Il se compose généralement de la première lettre du prénom suivi d’un signe attribué selon une caractéristique physique ou morale, une particularité, un matricule, etc. qui distingue la personne.

En plus de ces signes dactylologiques, trois autres types de signes constituent la LSF :

  • Il existe des signes iconiques : le signeur mime un objet ou une action (comme pour les termes « manger », « boire », « maison », etc.) ;
  • À la différence des signes iconiques, certains signes sont moins concrets : ils permettent de parler d’un concept ou d’une idée plus abstraite (même s’il est possible d’utiliser un signe iconique dans une métaphore, une expression idiomatique, etc.) ;
  • On retrouve aussi des signes issus des langues vocales : le signeur utilise la première lettre dactylologique du mot suivi du reste du signe (mouvement ou position de la main/des doigts). Certains signes sont également issus des LS étrangères, tout comme on pourrait retrouver des emprunts aux langues étrangères dans les langues vocales.

Malgré ce que l’on pourrait penser, non, la langue des signes n’est pas universelle. Eh oui, les signes peuvent différer d’un pays à l’autre, voire même d’une région à une autre (on en recense près de 121 à travers le monde). Même si la base grammaticale est la même, chaque pays (ou région) possède une culture, un accent et un vocabulaire différent. Comme vous avez pu le remarquer un peu plus haut, j’évoque la LS britannique, néo-zélandaise et australienne. Ces trois langues font partie de la même « famille » du fait de leur similarité, toutefois, chacune conserve une certaine singularité. De plus, à l’instar des langues vocales, les LS ont, elles aussi, tendance à évoluer au fil du temps.

Après la Seconde Guerre mondiale, la Fédération mondiale des Sourds a tenté de créer une langue universelle : le gestuno (d’ailleurs si le sujet des langues universelles vous intéresse, je vous conseille un billet sur l’espéranto rédigé en 2020 par Gabriel Lacroix). Cependant, il existe à ce jour une langue des signes internationale (LSI également appelée Signes Internationaux) La LSI est principalement employée afin de faciliter la communication et la compréhension entre plusieurs Sourds qui ne sont pas de la même nationalité ou lors d’évènements internationaux (colloques, échanges transnationaux, etc.).

Traduction ou interprétation ?

Pour les langues orales, il ne faut pas confondre la traduction et l’interprétation et pour la langue des signes, c’est pareil ! Enfin… à quelques détails près. Vous me direz donc « Oui, mais on ne peut pas écrire la langue des signes, alors où est la différence ? ». Eh bien, la différence est que la traduction en langue des signes s’effectue d’un format écrit vers un format vidéo (que certains appellent LS-vidéos), tandis que l’interprète va transposer oralement un discours depuis ou vers la LSF, voire entre deux langues des signes.

Saviez-vous que les interprètes en LSF sont (en théorie) les seuls à transposer un discours vers une langue qui n’est pas leur langue maternelle ?

Comme on peut souvent l’entendre : « ceux qui connaissent le mieux une langue sont ceux qui la pratiquent depuis l’enfance », et cela vaut pour toutes les langues. En effet, il est plus naturel de traduire vers sa langue maternelle, parce qu’on en maîtrise bien mieux les subtilités et les nuances qu’un traducteur/interprète non-natif.

Néanmoins, cette exception qui confirme la règle se justifie à deux titres :

  • La langue des signes n’est pas la langue naturelle[1] de tous les sourds, car beaucoup d’entre eux ne l’utilisent pas (pour ceux qui le sont devenus à un grand âge, dans ce cas, les sous-titres seront privilégiés[2]). On remarque d’ailleurs qu’une grande partie des personnes qui maîtrisent la langue des signes sont entendants ;
  • L’interprétation en LSF s’effectue majoritairement depuis un discours oral, vers la langue des signes (et vice-versa).

La demande en traduction et interprétation FR/LSF est assez variée. En effet, elle peut aussi bien être effectuée pour un particulier, que pour un professionnel ou une association, et elle peut être formulée dans le cadre d’une réunion, d’une formation, voire d’un rendez-vous (médical, bancaire, judiciaire, etc.), d’un entretien professionnel ou encore, dans le cadre d’évènements : conférences, colloques, etc.

Ces dernières années, on observe également le développement de la « visio-interprétation » : l’interprète traduit à distance depuis et vers la LSF un appel téléphonique, un rendez-vous, un entretien, etc. et ce, entre au moins une personne entendante et une personne sourde.

En ce qui concerne les traductions en LSF dans le format vidéo, il sera plus approprié de faire appel à un traducteur dont la langue naturelle (ou première langue) est la LSF. Ce genre de vidéos, on peut par exemple en retrouver, depuis 2018, sur 6Play. En effet, le groupe M6 a mis en place sur sa plateforme web « le 10 minutes », un magazine d’actualité présenté de bout en bout par des traducteurs en LSF. Contrairement aux programmes d’informations quotidiens (comme le journal télévisé), son contenu est adapté à un public sourd ou malentendant. Par ailleurs, des journalistes et traducteurs sourds publiaient des articles, des reportages, des journaux télévisés etc. au format vidéo sur le site Websourd, et ce, jusqu’à sa fermeture en 2015. Websourd était une société coopérative qui avait pour activité : un service de traduction, un service de visio-interprétation, un site d’information à destination des sourds signeurs.

On remarque également un développement de l’accessibilité dans le secteur culturel. En effet, de plus en plus de musées et galeries d’art font appel à des traducteurs et interprètes afin de traduire leur contenu visuel et retranscrire les explications des guides dans le cadre des visites. Au Louvre-Lens, par exemple, des visites guidées sont proposées en LSF et un parcours en totale autonomie en LSF a été mis en place par le biais d’un Guide multimédia.

Et les nouvelles technologies dans tout ça ?

Ces dernières années, plusieurs applications et sites internet ont été mis en place afin de faciliter la compréhension, l’échange et l’intégration de la communauté sourde. De ce fait, je vais, dans cette dernière partie, vous présenter deux applications qui permettent de traduire vers la langue des signes.

La première que je souhaite mettre en avant est Elix. Créé en 2010, Elix est un dictionnaire bilingue FR/LSF. Son utilisation est assez simple : comme pour tout dictionnaire bilingue, on tape un terme dans la barre de recherche puis apparaît, non seulement la définition, mais aussi une vidéo sur laquelle un traducteur signe le terme recherché et/ou sa définition vers la LSF. Au total, ce dictionnaire recense plus de 15 000 signes et plus de 22 000 définitions traduites en LSF. Néanmoins, même si ce dictionnaire est constamment en développement, il arrive que certains signes ou définitions ne soient pas encore traduits.

La seconde application qu’il me semblait intéressant de présenter est Hand Talk. À la différence d’Elix, il s’agit ici d’un traducteur, et non pas d’un dictionnaire. Ainsi, comme sur Google Traduction ou DeepL, il est possible de traduire plusieurs phrases (à une limite de 140 caractères) qu’Hugo ou Maya, des traducteurs virtuels, transposeront vers la langue des signes. Cette application n’est toutefois pas disponible en FR/LSF mais en EN(US)/ASL ainsi qu’en PT/LSB (langue des signes brésilienne également connue sous le nom de Libras) puisque Hand Talk a été créé par Acesso para todos, une entreprise brésilienne dont l’objectif est de créer un web plus innovant et accessible à tous. En plus d’une application, Hand Talk met à la disposition des entreprises une fonction « traduction de texte et d’images ». Cette fonctionnalité permet de traduire en Libras le texte ou les images disponibles sur le site internet de l’entreprise, afin de le rendre plus accessible aux Sourds signeurs.

Pour conclure

La LSF est une langue riche culturellement et ne cesse d’évoluer. Grâce aux diverses actions nationales et internationales, nous aurons de plus en plus l’occasion de découvrir cette langue, favorisant une évolution de la demande et du nombre de traducteurs et interprètes en LSF, et facilitant ainsi l’inclusion de la communauté sourde au sein de la société.

J’espère que ce billet vous aura permis d’en savoir plus sur la langue des signes. Si ce sujet vous intéresse et que vous souhaitez en savoir plus, n’hésitez pas à consulter aussi des chaînes YouTube dédiées à la LSF (je vous conseille celles de Aymeline LSF et de MélanieDeaf qui donnent toutes les deux des conseils quant à l’apprentissage de la LSF et vous permettront d’en savoir plus sur la culture sourde).

Bibliographie

‘AFILS : Association française des interprètes et traducteurs en langue des signes’ <http://www.afils.fr/&gt;

Delaporte, Yves, ‘Des noms silencieux. Le système anthroponymique des sourds français’, Homme, 38.146 (1998), 7–45 <https://doi.org/10.3406/hom.1998.370454&gt;

Fusellier-Souza, Ivani, ‘Sémiogenèse Des Langues Des Signes. Etude de Langues de Signes Emergentes (LSE) Pratiquées Par Des Sourds Brésiliens’ (unpublished Theses, Université Paris 8 – École Doctorale ”Cognition, Langage, Interaction” (ED 224), 2004) <https://hal.archives-ouvertes.fr/tel-01701214>

‘Handicap sensoriel : déficience auditive’, Louvre-Lens <https://www.louvrelens.fr/informations-pratiques/accessibilite/handicap-auditif/>

‘HCDH | Convention Relative Aux Droits Des Personnes Handicapées’ <https://www.ohchr.org/fr/professionalinterest/pages/conventionrightspersonswithdisabilities.aspx>

‘Histoire de la langue des signes’, Signes & Formations <https://www.signesetformations.com/cours-langue-des-signes/histoire-de-la-langue-des-signes/>

Langues, Publié par Éditions Assimil | 20 Mai 2016 |, and Mondes | 0 |, ‘La langue des signes n’est pas universelle – Assimil’, 2016 <https://blog.assimil.com/non-la-langue-des-signes-nest-pas-universelle/, https://blog.assimil.com/non-la-langue-des-signes-nest-pas-universelle/>

‘Le Dico Elix – Le dictionnaire vivant en langue des signes française (LSF)’, Le Dico Elix <https://dico.elix-lsf.fr/&gt;

Leroy, Élise, Aurélia Nana Gassa Gonga, Gaëlle Eichelberger, and Alain Bacci, ‘Traduire vers la langue des signes française : plein phare sur la formation’, Traduire. Revue française de la traduction, 241, 2019, 19–30 <https://doi.org/10.4000/traduire.1812&gt;

‘Qu’est-ce que la langue des signes française ?’ <https://www.surdi.info/langue-des-signes-francaise-lsf/langue-des-signes-francaise/>

Séguillon, Didier, ‘Du langage des Signes à l’apprentissage de la parole ou l’échec d’une réforme’, Staps, no 58.2 (2002), 21–34

Todos, Acesso para, ‘Hand Talk’ <https://handtalk.me/>


[1] Pour la population sourde, il sera plus approprié d’utiliser le terme « langue naturelle » que « langue maternelle ».

[2] Toutefois, il sera plus compliqué (mais pas impossible) pour une personne sourde de naissance de lire des sous-titres puisque l’apprentissage de la lecture s’effectue par le biais de la sonorité, c’est pour cela qu’une traduction en LSF et l’ajout de sous-titres sera favorisée.

La traduction culinaire : pas aussi simple qu’on pourrait le croire !

Par Pauline Gonnet, étudiante M1 TSM

La traduction culinaire, quoi de plus simple ? pourrait-on penser. Quelle difficulté y a-t-il à traduire le nom d’un plat ou bien une recette ? En partant de ce postulat, la tentation est grande d’utiliser la traduction automatique. Pourtant, les traducteurs spécialisés dans ce domaine sont unanimes : le culinaire est une spécialisation comme une autre et comme toute spécialisation, elle a ses propres difficultés mais également ses propres stratégies de traduction. Mais avant de nous pencher sur cette question, reprenons depuis le début.

La traduction culinaire, qu’est-ce que c’est ?

La traduction culinaire est un domaine très vaste puisqu’elle englobe à la fois la traduction de menus et de sites Internet de restaurants, de livres de recettes, d’étiquettes de produits alimentaires et bien d’autres textes encore.

C’est une spécialisation qui a de beaux jours devant elle en raison de la mondialisation toujours galopante et de l’intérêt grandissant de la population pour la cuisine et la gastronomie, comme en témoigne le nombre croissant de programmes télévisés, de blogs de cuisine ou de nouveaux livres de recettes en vente en librairie ou sur Internet. La popularisation de différents régimes alimentaires tels que le végétarianisme, le véganisme ou encore le crudivorisme favorise également cet essor.

Une spécialisation pas si évidente

Maintenant que nous avons posé les bases voyons pourquoi la traduction culinaire est plus difficile qu’il n’y paraît.

Tout d’abord, l’alimentation et la nourriture sont des éléments intimement liés à la culture d’un pays ou d’une région, tout autant que sa langue. Le traducteur culinaire doit donc être familiarisé avec les références culturelles des termes culinaires dans le texte source avant d’évaluer les possibilités de traduction dans la langue cible.

En outre, comme l’a très justement souligné Gwenaël Gillis dans son billet de blog, lorsqu’il s’agit de traduction de recettes, certains ingrédients ne sont pas disponibles dans le pays dans lequel la traduction est destinée à être publiée. Le traducteur culinaire aura donc pour mission de trouver le meilleur équivalent afin que la recette puisse être réalisée (et bien évidemment réussie !) par le lecteur.

De plus, dans le domaine de la traduction culinaire un pays présentera des spécificités propres que nous ne retrouverons pas chez d’autres nations. L’exemple le plus évident que l’on pourrait donner pour illustrer ce constat est l’utilisation des grammes et des litres issus du Système international de mesures à mettre en parallèle avec celle des onces, des livres et des onces liquides du Système d’unités impériales, encore en vigueur dans certains pays. Mais ceci s’applique aussi à l’utilisation d’ustensiles particuliers ou à la façon de découper la viande de bœuf, qui est différente en France et aux États-Unis par exemple.

Pour les recettes de cuisine et les menus notamment, le traducteur culinaire aura pour mission de rendre la description des plats attrayante. Si ce n’est pas le cas, la traduction risque de manquer sa cible : le cuisinier en herbe ne sera pas tenté d’acheter le livre de recettes ou le touriste en quête de nouvelles saveurs se rendra dans un autre restaurant où le menu le mettra plus en appétit.

Vient enfin la difficulté des plats typiques : comment traduire des noms de spécialités d’un pays tels que le cocido madrileño espagnol ou les Knödel autrichiens pour qu’ils soient compris par un lectorat étranger ?

Face à toutes ces difficultés nous allons donc voir les différentes astuces et stratégies dans le domaine de la traduction culinaire.

Comment bien traduire le culinaire ?

Comme peut l’être la traduction de jeux de société, la traduction culinaire est avant tout une histoire de passion. Le traducteur peut être amené à tester lui-même les recettes afin de trouver les meilleurs équivalents dans le cas d’un ingrédient qui ferait défaut dans le pays où le livre de recettes sera publié. Si passer du temps en cuisine à tester de nouvelles recettes ou regarder des émissions culinaires vous rebute, vous spécialiser dans ce domaine risque d’être compliqué.

Outre avoir la fibre culinaire, connaître la terminologie et les spécificités propres à ce domaine est indispensable. Comme n’importe quel autre domaine de spécialisation, il n’y a pas de secret : se former. Suivre des ateliers de cuisine, lire des magazines spécialisés et même échanger avec des artisans (boulanger, chocolatier, traiteur…) ou le chef du restaurant dont vous allez traduire le menu vous permettra d’engranger des connaissances et d’employer la terminologie exacte.

Enfin, il est nécessaire de connaître les différentes stratégies de traduction propres au domaine de la gastronomie et du culinaire et de savoir dans quelles circonstances les appliquer.

La première stratégie de traduction dans le domaine culinaire sera donc… l’absence de traduction, aussi appelée emprunt. En effet, lorsque le traducteur est confronté à un mot qui est devenu courant dans sa langue, telle que la pizza en France ou dans de nombreux autres pays, il n’aura pas à chercher la traduction bien loin !

La deuxième possibilité consistera en un emprunt (encore !) mais accompagné d’une explication du contenu du plat ou de la signification d’un ingrédient. C’est la stratégie qui est bien souvent adoptée pour les plats typiques afin, par exemple, qu’un touriste de langue anglaise qui passerait ses vacances du côté de Lille ou en Belgique et qui consulterait un guide touristique qui vante les spécialités locales ou encore un menu de restaurant sache ce qu’est un potjevleesch.

Vient ensuite la stratégie du calque qui consiste, quant à elle, en une adaptation mot à mot dans une autre langue. Celle-ci est, par exemple, utilisée pour le mot hot dog qui, en espagnol, se traduit par perrito caliente.

Enfin, la dernière option, et c’est là où les choses se compliquent pour le traducteur, sera la traduction par substitution. Comme nous l’avons vu précédemment, les recettes de cuisine font parfois appel à des ingrédients qui ne sont pas disponibles dans d’autres pays ou bien encore à des pièces de viande qui ne sont pas forcément identiques d’un pays à l’autre. À charge pour le traducteur de trouver la meilleure alternative à ces fameux ingrédients pour que la recette, une fois réalisée, soit aussi appétissante et savoureuse que l’originale.

Conclusion

Compte tenu de la multiplicité des types de textes pouvant être traduits et des différents destinataires, les difficultés inhérentes à la traduction culinaire sont bien plus nombreuses que ce que l’on pourrait imaginer. Pour cela, toute personne souhaitant se lancer dans ce domaine doit être vraiment intéressée par la gastronomie et acquérir une solide formation. Il lui est également indispensable de savoir quelle stratégie de traduction adopter en fonction du texte source mais aussi de la personne amenée à lire la traduction.

La traduction culinaire est donc une spécialisation très sérieuse, et quand on voit les ravages que peuvent provoquer la traduction automatique ou les personnes qui s’improvisent traducteurs culinaires, on comprend facilement pourquoi !

Bibliographie :

ARIFIN, Zainal, Translation Strategies of Specific-Culture Terms in the Tourism Text “Wisata Kuliner di Kota Batik”, ADJES (Ahmad Dahlan Journal of English Studies) [en ligne], 2019, Vol.6, No1, mis à jour le 22 mars 2019 (consulté le 12 juin 2021) pp. 37-44. <http://journal.uad.ac.id/index.php/ADJES/article/view/8676/pdf_23>

BUZÓN CARBAJO, José Antonio. “La traducción profesional en la gastronomía”. In Tatutrad. Site de Tatutrad Traductores. [en ligne]. Séville, Tatutrad S.L, mis à jour le 10 mars 2021 (consulté le 12 juin 2021) <https://tatutrad.net/la-traduccion-gastronomica/>

CHIARO, Delia, ROSSATO, Linda, Food and translation, translation and food. The Translator [en ligne], 2015, vol. 21(3), mis en ligne le 08 décembre 2015 (consulté le 12 juin 2021) p. 237-243. <https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/13556509.2015.1110934>

GIOVANGRANDI, Anne-Charlotte. “A Tasty Introduction to Culinary Translation”. In Translatorial. Site de Translatorial, Journal of the Northern California Tranlators Association. [en ligne]. San Francisco, Northern California Tranlators Association, mis en ligne le 18 janvier 2021 (consulté le 12 juin 2021) <http://www.translorial.com/perspective/a-tasty-introduction-to-culinary-translation/>

GONZÁLEZ-VERA, Pilar. Food for Thought: the translation of culinary references in animation. Íkala, Revista de Lenguaje y Cultura [en ligne], 2015, vol. 20(2), mis à jour le 23 février 2015 (consulté le 12 juin 2021) p. 247-264. <http://www.scielo.org.co/pdf/ikala/v20n2/v20n2a7.pdf>

PETIT, Céline, Vivre avec un traducteur culinaire. Traduire [En ligne], 231 | 2014, mis en ligne le 01 décembre 2016 (consulté le 12 juin 2021). <http://journals.openedition.org/traduire/658>

Les défis de la localisation de jeux vidéo

Par Loreen Lesaffre, étudiante M1 TSM

Tout d’abord, la localisation, c’est adapter un texte source à une audience cible en modifiant ses aspects sociaux, culturels, linguistiques, juridiques, et bien d’autres : un concept qui est donc très important lors de la localisation d’un jeu vidéo, puisqu’il est primordial de transmettre le même niveau de divertissement d’une langue à une autre, d’une culture à une autre. L’équilibre entre une domestication totale du texte et une conservation de la culture d’origine varie selon les jeux, les genres, les approches des créateurs de jeux vidéos etc., bien que la plupart du temps, une domestication soit préférée pour mieux atteindre l’audience ciblée.

Le domaine de la localisation de jeux vidéo est assez récent, puisqu’il apparaît dans les années 90 avec la démocratisation et l’expansion de ce marché dans le monde : les jeux vidéo ont besoin d’une bonne localisation, et non plus d’une traduction amateur faite par les développeurs juste avant leur sortie. Le chemin vers cette bonne localisation est cependant semé d’embûches. En effet, il faut faire face à de nombreuses difficultés pour garantir aux joueurs la meilleure expérience de jeu possible. Quelles sont-elles ?

Technicité et créativité

La localisation de jeux vidéo, comme tout autre type de localisation, implique de nombreuses règles à respecter afin de transcrire le format numérique au mieux possible. Un nombre de caractères limité (voire très limité sur certains supports) pour que le texte ne dépasse pas des boites de dialogue, des balises à placer rigoureusement pour qu’elles affichent la bonne variable, une terminologie très spécifique… Ces principes techniques sont primordiaux pour assurer une expérience de jeu immersive : quel que soit l’univers vidéoludique dans lequel nous nous trouvons, il est difficile d’ignorer une phrase mal découpée ou des symboles qui ne devraient pas être là.

Si ces notions techniques sont importantes, la créativité l’est autant. En effet, le jeu vidéo est maintenant un média qui peut contenir des dialogues et des histoires dignes d’un film, et qui peut être considéré comme un art. Il faut donc respecter l’univers, les personnages etc. pour transmettre les mêmes émotions que celles du jeu en langue source. Pour cela, il faut faire appel à son imagination. Ce travail relève parfois de la transcréation, c’est-à-dire une réécriture totale du texte source par le traducteur. De nombreux aspects d’un jeu vidéo sont concernés, entre autres :

  • les noms : que ce soit des noms d’objets ou de lieux imaginaires, il faudra souvent les adapter à la langue cible. En effet, beaucoup de noms inventés sont en fait une composition de mots déjà existants dans une langue. Pour les noms et prénoms de personnages, c’est encore une autre histoire. Il peut être avisé de localiser certains noms, si ceux-ci sont des jeux de mots par exemple ;
  • l’humour : c’est bien connu, chaque culture a son propre humour et il est impossible de transcrire littéralement des blagues et des jeux de mots d’une langue à une autre. Il faudra faire preuve d’imagination pour trouver une autre blague qui correspondra au contexte ;
  • les dialectes et façons de parler : quand un personnage a un accent ou une façon de parler spécifique, il faudra parfois l’adapter si la situation géographique du jeu diffère entre les langues ;
  • les références culturelles : chaque pays a ses références culturelles, que ce soit en musique, en cinéma, en termes d’histoire, et même si certaines sont mondialement connues, il peut être utile de les adapter à l’audience cible pour qu’elle comprenne mieux et se sente incluse ;
  • la poésie et le chant : les univers vidéoludiques sont parfois si travaillés qu’ils ont leurs propres poèmes et chansons. À nous traducteurs de réveiller le poète qui est en nous et de retranscrire le même message et les mêmes émotions que les paroles d’origine, tout en conservant au mieux la forme et les rimes.

Une chose est sûre : il faut connaître le skopos de la localisation d’un jeu en particulier avant de se lancer. Selon le contexte dans lequel ce jeu se situe, il ne sera pas forcément obligatoire de localiser chaque nom ou aspect culturel.

Un manque de reconnaissance

La localisation de jeux vidéo est, malheureusement, un domaine peu reconnu. Contrairement à d’autres domaines où les lecteurs ne se rendent même pas compte qu’ils font face à un texte traduit, il est rare de ne voir aucune critique négative concernant la localisation d’un jeu vidéo, que ce soit pour une erreur dans le texte à cause d’un manque de contexte, ou une incompréhension de la stratégie de localisation par le grand public, qui souhaite souvent une version du jeu quasi identique à la version originale (ce qui va à l’encontre du concept même de la localisation).

L’audience a souvent du mal à prendre en compte le processus de localisation d’un jeu vidéo (qui peut parfois comprendre des millions de mots pour les plus gros titres), et les difficultés que celui-ci implique. Par exemple, avant la sortie d’un jeu, pour des questions de confidentialité ou autre, en plus d’être quasiment sûres de ne pas apparaître dans les crédits, les personnes en charge de la localisation ne recevront que peu, voire pas du tout de contexte. Il peut donc être difficile de comprendre où sera placé un texte, surtout lorsqu’il s’agit de simples mots présents dans les menus.

Conclusion

La localisation de jeux vidéo est un domaine bien spécifique, qui demande à la fois d’être rigoureux sur les aspects techniques et d’être assez créatif pour transcrire des jeux qui peuvent parfois s’apparenter à de réelles œuvres d’art. Bien que ce soit un domaine passionnant, il faut donc prendre son courage à deux mains et faire preuve de créativité pour faire face aux difficultés rencontrées. Il est important de prendre en compte les retours des joueurs, qu’ils soient négatifs ou positifs, et de respecter l’univers du jeu vidéo afin d’évaluer quelle stratégie adopter lors de la localisation : chaque jeu est unique en son genre, et comme pour toute traduction, la stratégie qui marchera à tous les coups n’existe pas !

Pour plus d’informations au sujet de la localisation de jeux vidéo, je vous conseille de lire ce billet de blog.

Bibliographie

O’HAGAN, Minako. Le plaisir avant tout : la localisation des jeux vidéo japonais. TTR: Traduction, terminologie, rédaction, 2009, 22 (1), p.147-165. ISSN: 0835-8443

MANGIRON, Carme. Found in Translation: Evolving Approaches for the Localization of Japanese Video Games. Arts (Basel), 2021, 10 (1), p.9. ISSN: 2076-0752

CHANDLER, Heather Maxwell, DEMING, Stephanie. The game localization handbook. Sudbury : Jones & Bartlett Learning, 2012. 369 p. ISBN : 978-0-7637-9593-1

ALPHATRAD. Tout savoir sur la traduction de jeux vidéo. ALPHATRAD FRANCE [en ligne]. 5 mai 2020. [Consulté le 01/06/2021]. Disponible à l’adresse : https://www.alphatrad.fr/actualites/traduction-jeux-videos-tout-savoir

BERNAL, Miguel. “On the Translation of Video Games.” The Journal of Specialised Translation. [en ligne]. Juin 2021, 6. [Consulté le 01/06/2021]. p.22-36. Disponible à l’adresse : https://www.jostrans.org/issue06/art_bernal.php

Faut-il écrire « le » ou « la » COVID-19 dans ses traductions ?

Par Matilda Gascon Delqueux, étudiante M1 TSM

Dans les pays francophones, la grammaire aussi s’invite dans les débats sur l’épidémie. Penchons-nous sur cette question et son intérêt en traduction.

PRINTEMPS 2020. Alors que la pandémie s’installe dans nos vies, un étrange dilemme secoue la francophonie : celui du genre grammatical de COVID-19. Certain·e·s ne jurent que par « le », d’autres donnent du « la »… et aucun consensus à l’horizon. Face à cette incertitude, la traductrice en devenir que je suis se demande comment ses futur·e·s collègues prennent la décision fatidique : écrire « le » ou « la » COVID-19 dans leurs traductions. Vous aussi, vous voulez savoir ? J’ai désormais la réponse !

Avant de nous lancer : pourquoi cette question ?

Étant donné l’ampleur des conséquences de la crise sanitaire que nous connaissons depuis de longs mois, vous vous dites peut-être que nous avons bien autre chose à penser, bien d’autres questions auxquelles trouver des réponses que « alors, c’est le ou la COVID-19 ? ». Je vous l’accorde bien volontiers, ce débat ne nous permettra pas de retrouver plus vite nos conditions de vie d’avant la pandémie. Néanmoins, la question est moins futile qu’elle en a l’air. Nous le verrons ensemble, ce choix est loin d’être purement grammatical, et chacun·e d’entre nous a développé son avis à ce sujet.

De plus, en tant que traducteur ou traductrice, cette épineuse question ne concerne pas uniquement une préférence personnelle : nous proposons nos services à une clientèle et répondons à leurs besoins. Votre commanditaire vous demande de rendre votre traduction en Comic Sans MS, taille de police 42 ? De remplacer tous les points d’interrogation par des emojis licorne ? Fort bien. Vous pouvez éventuellement le conseiller et émettre l’avis que ses exigences ne trouveront pas un fol engouement chez les lecteurs. Néanmoins, la décision lui reviendra toujours.

Étape 1 : Le client est roi

Pourquoi est-ce que je vous parle de licornes ? Parce que pour COVID-19, c’est pareil (et aussi parce qu’un peu de licornes, ça fait toujours plaisir). Votre client peut avoir une préférence préalable pour « le » ou « la ». Celle-ci apparaît clairement dans le mail de lancement ou le guide de style ? Félicitations, mission accomplie dès l’étape 1 ! Restez tout de même pour la suite, le prochain projet vous donnera peut-être plus de fil à retordre… Respecter les consignes, c’est bien, mais comment faire quand il n’y en a pas ?

Étape 2 : Quand on ne sait pas, on demande

Évidemment, je ne m’attends pas à ce que ce constat soit pour vous une révélation : vous devez demander à votre client quand vous avez un doute. Ce qui nous intéresse, c’est surtout les différents types de réponses. Vous envoyez donc votre mail avec la fameuse question. Et là, plusieurs cas de figure :

  1. Vous recevez une réponse claire (et vous célébrez les petits plaisirs de la vie)
  2. « No idea, you’re the one who speaks French! »[1]
  3. Personne ne vous donne suite, votre question se perd à jamais dans les méandres d’une boîte de réception aux 7 942 mails non lus.
  4. La réponse D

Autrement dit, il se peut que cette responsabilité écrasante vous incombe, et que vous deviez prendre la décision vous-mêmes. « Oui, mais comment fait-on pour prendre cette décision ? », me direz-vous. Et je vous répondrai alors : « Suivez-moi pour l’étape 3 ! »

Étape 3 : Le skopos, ou « à quoi ça sert, ce que je fais, là ? »

Si la mémoire vous fait défaut ou que vous n’avez jamais entendu parler de ce concept, voici un petit rappel.

Le skopos (pluriel : skopoi, si vous souhaitez briller en société) est une théorie développée par le linguiste allemand Hans Vermeer à la fin des années 1970. Pour lui, toute traduction est une forme d’action. Et comme toutes les autres, l’action de traduction a forcément un but. Skopos vient d’ailleurs du grec moderne σκοπός, qui signifie finalité. En effet, pourquoi, pour qui traduit-on ? Les professionnel·le·s ne se réveillent pas un beau matin en se disant « Tiens, je suis d’humeur à traduire le manuel d’utilisation de mon grille-pain, aujourd’hui ! », mais ont plutôt des clients avec des besoins précis. Ainsi, lors du processus de traduction, nos choix sont guidés par le skopos.

Skopoi, théories, racines grecques… bienvenue dans le monde merveilleux des étudiant·e·s en traduction !

Au début de chaque projet, répondre à la question « À quoi va servir ma traduction et qui va la lire ? » vous permettra d’effectuer un choix optimal entre « le » et « la » COVID-19. Et comme je suis très sympa, voici quelques angles pour vous aider à établir votre skopos :

            De quel secteur est issu le projet à traduire ?

Si votre client travaille dans le milieu médical ou institutionnel, où le respect des normes, des conventions et d’un certain conservatisme a son importance, l’usage de « la COVID-19 » sera privilégié tant que vous ne recevez pas de consigne contraire. Attention, ceci n’est pas une règle absolue, et est à mettre en regard des critères suivants.

            Dans quelle région linguistique ma traduction va-t-elle être lue ?

Les locuteurs de France ont parfois tendance à l’oublier, mais la francophonie recouvre bien plus de variétés que le « français de France »[2]. Nos amis québécois envisagent « le ou la COVID-19 ? » d’une tout autre manière qu’une majorité de francophones européens. Alors que ces derniers se déchirent sur l’épineuse question du genre de cet étrange mot, le débat ne se pose même pas outre-Atlantique. Et pour cause : dès le début de la pandémie, l’usage québécois a unanimement penché pour la forme féminine. À l’instar de bon nombre d’emprunts à l’anglais, COVID-19 a suivi ses petits camarades job, sandwich ou encore bullshit (eh oui !), qui se sont vu attribuer un « la ». Il convient donc, comme pour tout autre doute linguistique, de se référer à l’usage majoritaire de la zone géographique concernée.

            Quel est le registre de langue attendu ?

On reconnaît volontiers à « la COVID-19 » un registre plus soutenu, tandis que « le COVID-19 » se présente comme plus populaire. L’usage du féminin est validé par certaines instances conservatrices, alors que la forme masculine est très courante au sein des conversations et écrits informels. Il s’agit donc d’un autre élément à prendre en compte lors de votre réflexion.

            Quelle sera la réceptivité du lectorat à chacune des options ?

Nous l’avons vu, vous devez vous adapter à votre public cible. Écrire « le » quand vos lecteurs attendent « la », c’est risquer de véhiculer un manque de sérieux et de professionnalisme. Le contenu de votre traduction pourrait s’en voir complètement discrédité, et votre client mécontent de votre prestation.

Est-ce à dire qu’il vaudrait mieux se cantonner au « la » dans tous les cas de figure ? Je ne vous le conseille pas non plus. Délaisser « le COVID-19 », c’est risquer d’être moqué par vos lecteurs, de leur sembler élitiste, voire méprisant·e. Dans un contexte de crise sanitaire doublé d’un manque de confiance d’un certain nombre de citoyens envers leurs représentant·e s, ce choix du genre d’un mot n’est donc pas si anodin qu’il y paraît. Utiliser « la COVID-19 » pourrait bien fermer hermétiquement une partie de votre public cible à votre discours ; la forme les dissuaderait alors de s’intéresser au fond, d’une importance pourtant capitale.

Depuis plus d’un an, ce choix s’effectue d’ailleurs quotidiennement sous nos yeux. Les médias, les institutions, les entreprises : selon l’image et le message à véhiculer, l’article défini ne sera pas le même. Il arrive même d’assister au doute de certain·e·s, qui écriront « le COVID-19 » dans un paragraphe et « la COVID-19 » dans le suivant.

Étape 3 bis : Et si on évitait le problème ? (Mauvaise idée)

Face à ces incohérences parfois moquées, vous êtes tenté·e de cacher la poussière sous le tapis à coups de « coronavirus » et autres « épidémie de COVID-19 » ? Les réactions si vives que peut susciter ce désaccord grammatical motivent votre envie de rester neutre, ce qui est compréhensible. Néanmoins, je vous déconseille de vous reposer sur cette stratégie.

Tout d’abord, en tant que communicant·e, cela dénote un manque d’assurance. Un évitement par-ci, par-là peut certes passer inaperçu, mais si vous ne vous positionnez jamais, vous attiserez la curiosité, l’impatience voire l’agacement de vos lecteurs. Ne pas choisir, c’est déjà un choix. Vouloir satisfaire tout le monde serait illusoire. Votre prise de décision déplaira à un groupe, mais sera validée, et même saluée par un autre. Comme nous l’avons vu, vos communications ne s’adressent jamais à « tout le monde et personne » (souvenez-vous de notre ami le skopos). Par ailleurs, non seulement deux personnes n’auront pas la même attente sur cette question linguistique, mais la même personne peut également avoir deux attentes différentes dans deux contextes, deux skopoi différents ! Je vous suggère donc d’effectuer un choix clair selon les critères que nous avons évoqués dans cet article.

Au-delà de la traduction

Le ou la, votre préférence sera forcément porteuse de sens, car elle exprimera une connotation différente. Si votre métier exige une quelconque forme de communication, le sujet mérite donc toute votre attention en tant que professionnel·le.

Si la question est si complexe, c’est que la réponse parfaite et absolue, comme toujours en linguistique, n’existe pas. Alors oui, l’Académie française, dans la rubrique « Dire, ne pas dire » de son site, nous enjoint à utiliser « la Covid 19 » [3]. Oui, de nombreuses personnes tentent de prouver par a + b qu’un seul usage vaut : le leur. Et oui, même les éditions 2022 des deux dictionnaires les plus populaires ne s’accordent pas sur le sujet.

Dans le cadre de la traduction, nous avons vu que ce choix du genre de COVID-19 se fait au cas par cas, selon toute une série de critères, car il est vecteur de sens. Mais dans votre vie quotidienne de locuteur ou locutrice, trancher est-il si important que ce que les gros titres alarmants voudraient nous faire croire ? Après tout, nous vivions déjà dans une société où planait l’affreux doute, cette effroyable zone grise, sur le genre grammatical de Wi-Fi, réglisse ou encore Game Boy.

Selon Nintendo, la console devrait être genrée au masculin. Pour autant, arrêterez-vous de jouer à « la Game Boy » ?

Pour conclure

D’une part, comme tout acte linguistique, la traduction revêt une dimension politique. Que nous le voulions ou non, parler n’est jamais neutre, traduire encore moins. Les professionnel·le·s de la traduction sont conscient·e·s de cette responsabilité et formé·e·s à intégrer cette problématique dans leur pratique. D’autre part, la langue française est riche, multiple, et évolue chaque seconde. Le simple fait que vous compreniez cette langue prouve votre légitimité en tant que locuteur, locutrice : n’ayez pas peur de vous exprimer et de vivre le français !

Bibliographie

ANON., 2020. Le covid 19 ou La covid 19 | Académie française. In : Académie française [en ligne]. 7 mai 2020. [Consulté le 27 mai 2021]. Disponible à l’adresse : http://www.academie-francaise.fr/le-covid-19-ou-la-covid-19.

BELGA (agence), 2020. Masculin, le Covid-19, ou féminin ? Ça dépend où on se trouve… In : RTBF Info [en ligne]. 18 décembre 2020. [Consulté le 27 mai 2021]. Disponible à l’adresse : https://www.rtbf.be/info/societe/detail_le-ou-la-covid-19-quel-genre-doit-on-donner-a-ce-virus?id=10657031.

FROELIGER, Nicolas, 2008. Les mécanismes de la confiance en traduction — aspects relationnels. In : Traduire. Revue française de la traduction. 1er mars 2008. no 216, pp. 24–39. DOI 10.4000/traduire.975.

HUYSEN, Isabelle, 2021. Le ou la covid ? Cluster ou foyer ? Le vocabulaire de la crise sanitaire vous interpelle. In : RTBF Info [en ligne]. 1er février 2021. [Consulté le 27 mai 2021]. Disponible à l’adresse : https://www.rtbf.be/info/belgique/detail_le-ou-la-covid-cluster-ou-foyer-le-vocabulaire-de-la-crise-sanitaire-vous-interpelle?id=10684642.

MOTTE, Mathilde, 2020. Mais c’est pas du français ça ! In : MasterTSM@Lille [en ligne]. 10 mai 2020. [Consulté le 27 mai 2021]. Disponible à l’adresse : https://mastertsmlille.wordpress.com/2020/05/10/mais-cest-pas-du-francais-ca/.

ROPERT, Pierre, 2020. Doit-on dire « le » ou « la » Covid-19 ? In : France Culture [en ligne]. 8 avril 2020. [Consulté le 14 mars 2021]. Disponible à l’adresse : https://www.franceculture.fr/sciences-du-langage/doit-dire-le-ou-la-covid-19.

SOBALAK, Jonathan, 2019. La traduction francophone, oui ! Mais quel français ? In : MasterTSM@Lille [en ligne]. 3 février 2019. [Consulté le 27 mai 2021]. Disponible à l’adresse : https://mastertsmlille.wordpress.com/2019/02/03/la-traduction-francophone/.

TOURY, Gideon, 1995. The nature and role of norms in translation. In : Descriptive translation studies and beyond. Philadelphia/Amsterdam : John Benjamins. pp. 53–69.

VALLANÇON, François, 2008. Des mots qui parlent ou des mots et des hommes. Communication présentée à la Journée mondiale de la traduction 2008. In : Traduire. Revue française de la traduction. 15 décembre 2008. no 219, pp. 7–21. DOI 10.4000/traduire.873.

VERMEER, Hans, 1989. Skopos and Commission in Translational Action. In : Readings in Translation Theory. Helsinki : Andrew Chesterman. pp. 173–87.

VÉRON, Laélia, CANDÉA, Maria et ROZEC, Thomas, 2020. Les mots du Covid — Parler comme jamais — Binge Audio. [en ligne]. [Consulté le 14 mars 2021]. Disponible à l’adresse : https://www.binge.audio/podcast/parler-comme-jamais/les-mots-du-covid.


[1] « Aucune idée, c’est vous qui parlez français ! » (traductrice un jour, traductrice toujours)

[2] Concept qui, soit dit en passant, ne fait pas honneur aux nombreuses variétés linguistiques qui font la richesse des français de France : vous savez, pain au chocolat VS chocolatine ?

[3] Remarquez par ailleurs que la graphie de « COVID-19 » est un autre point de discorde : tout en majuscules ou seulement le C ? Ou alors tout en minuscules ? Faut-il préciser le « 19 » ? Si oui, avec ou sans trait d’union ?

Traduire les onomatopées, y aviez-vous déjà pensé ?

Par Catherine Gallo, étudiante M1 TSM

Traduire des articles, des noms , des dates on y pense souvent mais avez-vous déjà réfléchi à la bonne façon de traduire les onomatopées ?

Une onomatopée qu’est-ce que c’est ?

Les onomatopées sont des petits mots dont on se sert pour désigner des bruits, on les rencontre souvent dans les bandes dessinées et les mangas. Elles ont un rôle plus ou moins important selon les langues. En japonais par exemple, il en existe plus de 1 000, on les retrouve partout et elles sont incontournables pour qui voudrait apprendre la langue. Un paradoxe existe entre la perception des onomatopées dans différentes cultures. En France par exemple, elles sont associées à un langage enfantin et peu recherché. Au Japon au contraire, elles sont le produit d’une langue très vivante en constante évolution et même un signe de tolérance.

Se pose alors la question de la traduction, ces petits mots si simples pourraient-ils nous donner du fil à retordre ? C’est ce que nous allons découvrir maintenant.

Doit-on vraiment les traduire ?

Les bruits sont des sons universels il serait donc logique que leur retranscription le soit aussi. Mais non, nos chers créateurs de langues n’ont pas choisi la facilité et ont chacun retranscrit ces bruits à leur façon. Par exemple, un sanglot se traduit par « sob » en anglais, « yuyu (유유) » en coréen et « snif » en français. Elles doivent donc être traduites pour être comprises, si nous, français, tombions sur « yuyu » dans un texte nous ne comprendrions pas. De plus, dans certaines langues comme le japonais les onomatopées sont utilisées pour désigner des faits qui sont conceptualisés dans la langue française, on s’en sert pour exprimer une action, un état ou une émotion, par exemple, « être radin » se traduit en japonais par l’onomatopée « kechi-kechi ». Nouveau paradoxe avec notre culture, en japonais la suggestion est privilégiée aux explications et aux affirmations alors qu’ « [e]n Europe, nous aimons la clarté des propos et fuyons les équivoques ; au Japon, ces dernières appartiennent à la meilleure langue et sont très estimées » comme le disait Luis Frois dans son ouvrage Traité sur les contradictions et différences de mœurs (Préface, C. Lévi-Strauss), Paris, Éd. Chandeigne, 1998.

Un traducteur japonais doit donc transformer une phrase en onomatopée pour domestiquer le texte et le rendre plus fluide pour son lecteur. À l’inverse, un traducteur français devra s’adapter et traduire l’onomatopée japonaise par une phrase pour faire comprendre le message porté par le texte.

Dans quels cas sommes-nous confrontés à ce problème ?

Nous avons l’habitude de croiser la route de ces petits mots dans les bandes dessinées et dans les mangas, ils ajoutent une dimension supplémentaire à l’histoire et lui font prendre vie, c’est pourquoi il est très important qu’ils soient utilisés rigoureusement et traduits de la bonne façon. Par exemple, un coup de bâton traduit par « plouf » au lieu de « bam » ferait perdre tout son sens à l’action et le lecteur pourrait se poser des questions sur le professionnalisme de l’auteur.

Comme vous l’aurez compris, les mangas étant pour la plupart écrits par des auteurs (pas de chance !) japonais, leur traduction est complexe. Elles sont souvent placées en plein milieu de la planche entre les dessins et les bulles (en bande dessinée, planche est le terme utilisé pour désigner la page). Il est donc important de les traduire par des petits mots pour conserver l’harmonie de la planche. Trois possibilités se présentent donc pour les traducteurs. Dans certains cas, par souci d’authenticité, l’onomatopée japonaise est laissée telle qu’elle et est expliquée en bas de page, parfois le traducteur fait preuve d’imagination et trouve un moyen de traduire l’onomatopée en un ou deux mots et parfois, coup de chance, l’onomatopée existe déjà en français.

La traduction des onomatopées est donc un sujet bien plus complexe que l’on pourrait le croire. Comme nous avons pu le constater, leur domestication relève du presque impossible entre certaines paires de langues et c’est là qu’intervient la créativité du traducteur. Voilà donc une difficulté supplémentaire insoupçonnée du travail du traducteur.

Bibliographie

La traduction assermentée : mais qu’est-ce donc ?

Par Alexis Oboeuf, étudiant M1 TSM

Certifiée, officielle, spéciale, estampillée, son nom change selon les pays mais ce type de traduction est nécessaire aux quatre coins du monde. Quand le domaine de la traduction est évoqué dans une conversation entre plusieurs personnes n’étant pas de ce milieu, on pense très rarement à la traduction assermentée. Je vais donc vous présenter en quoi elle consiste, vous informer sur la procédure d’assermentation puis vous présenter une traductrice assermentée qui nous parlera de son quotidien dans ce domaine.

L’assermentation c’est quoi ?

Alors qu’est-ce que l’assermentation ? Selon le site internet lalanguefrancaise.com, en droit, l’assermentation est : « [Une] Promesse solennelle que fait une personne avant d’entreprendre les tâches inhérentes à une certaine charge ou fonction, habituellement au sein d’un gouvernement, d’un pouvoir législatif, d’une instance judiciaire, certains fonctionnaires, militaires ou personnels de santé. »

La traduction assermentée est donc effectuée par un traducteur obligatoirement assermenté auprès de la cour d’appel ou de cassation. Il jure donc solennellement qu’il fera la traduction fidèle et conforme d’un document ou d’un discours original sans en modifier le fond ni la forme. Pour qu’une traduction soit reconnue comme étant assermentée il est donc obligatoire que le traducteur appose son cachet et sa signature sur le document traduit mais également le document d’origine.

Comment devenir assermenté ?

Pour être traducteur-interprète assermenté il faut tout d’abord avoir obtenu son diplôme de traducteur (niveau Bac+5 en France) à l’Université ou dans une école. Il faut ensuite être inscrit sur la liste des traducteurs de la Cour de cassation. Pour ce faire, il faut présenter une candidature en déposant un dossier au procureur de la République près le Tribunal de grande instance proche de son lieu de résidence. Une enquête de moralité est ensuite réalisée par la police qui transmettra le dossier à la cour d’appel de votre secteur. Suite à cela, le dossier passe devant un jury d’experts qui décide si le traducteur peut être assermenté ou non. Si le jury émet un avis positif, la cour d’appel confère alors le titre de traducteur assermenté suite à une prestation solennelle de serment.

Le traducteur possède son titre de traducteur assermenté pour une durée de 5 ans renouvelable.

Suite à l’obtention de son titre, le traducteur apparaît sur la liste de la cour d’appel par laquelle il a été assermenté. Après 3 ans sur cette liste, il peut apparaître sur la liste nationale des traducteurs assermentés.

Recevoir les services d’un traducteur ou interprète assermenté lors de certaines situations (arrestation par la police, rendez-vous administratif, passage d’un examen) étant un droit, le site du Service Public permet d’en trouver un en France ou à l’étranger. Et vous pouvez accéder à ce lien Ici.

Pour obtenir un dossier et tenter de devenir traducteur assermenté vous pouvez vous rendre sur le portail de la cour d’appel la plus proche de votre domicile dans l’onglet « Partenaires » puis « Experts judiciaires ».

La traduction assermentée est-elle obligatoire ?

Alors oui et non. Une assermentation ne sera pas utile dans de nombreux cas comme en marketing, en littérature ou dans d’autres domaines. Cependant, les documents officiels émis par une administration, une autorité judiciaire ou une autorité légale nécessiteront une traduction assermentée. Le traducteur assermenté peut avoir des clients particuliers mais assiste souvent la justice dans son travail et est donc considéré comme un expert judiciaire. Au quotidien il peut être amené à travailler pour des magistrats, des services de police, des avocats ou des justiciables afin de traduire des documents qui seront produits en justice.

Voici le type de documents que le traducteur assermenté peut être amené à traduire :

  • Les actes de mariage, de naissance et de décès ;
  • Des certificats médicaux ;
  • Des diplômes et relevés de notes ;
  • Des actes nécessitant une légalisation, un cachet ou une apostille ;
  • Des actes de procuration pour l’exercice d’une activité ;
  • Des rapports comptables, déclarations, documents de charte ;
  • Des documents notariés ;
  • Des décisions judiciaires ;

 Afin de mieux comprendre ce métier nous allons procéder à un entretien avec Cécile Bertranou traductrice-interprète assermentée.

Bonjour Cécile, pourrais-tu te présenter s’il te plaît ?

Cécile : Bonjour, bien sûr, je m’appelle Cécile Bertranou, je suis traductrice-interprète, je travaille à mon compte mais aussi en tant qu’interprète dans une association. Ma combinaison linguistique est français-anglais-espagnol, avec le français comme langue maternelle, et je suis assermentée dans les deux langues étrangères.

Pourrais-tu nous présenter ton parcours scolaire s’il te plaît ?

Cécile : Mon parcours scolaire a commencé avec l’obtention d’un baccalauréat littéraire, suite à cela j’ai décidé d’aller en classe préparatoire étant donné que je n’étais pas encore certaine de ce que je voulais faire et c’était très intéressant car la formation était très généraliste. Donc je suis rentrée en hypokhâgne au lycée Faidherbe de Lille et l’année suivante en khâgne AL, j’y ai fait mes deux années de prépa où je me suis spécialisée en langue et c’est là que j’ai commencé à m’intéresser à la traduction. Suite à cela je suis entrée directement à l’ISIT (anciennement Institut supérieur d’interprétation et traduction). J’y ai fait ma troisième année de licence, où j’ai passé la moitié de l’année sur le campus de Paris et pour la seconde partie de l’année j’ai effectué un Erasmus à Newcastle en Angleterre pour y travailler mon anglais. Par la suite j’ai continué en Master Communication Interculturelle et Traduction à l’ISIT avec comme option interprétation de liaison, Master que j’ai obtenu. Ce qui était bien à l’ISIT c’est qu’ils ont une formation plutôt professionnalisante où l’on doit effectuer plusieurs stages donc mon parcours scolaire a pu forger les fondements de mon parcours professionnel.

Pourrais-tu maintenant nous présenter ton parcours professionnel ?

Cécile : Alors comme je l’ai dit auparavant j’ai pu effectuer plusieurs stages dans le domaine de la traduction durant mes études ce qui a pu poser les bases de mon parcours professionnel. Donc j’ai fait mes stages dans des associations et le dernier je l’ai fait dans une agence de traduction et d’interprétation qui fait majoritairement du juridique. Suite à mon stage j’ai directement obtenu un contrat dans l’entreprise donc j’y ai travaillé pendant 2 ans ce qui m’a permis d’avoir un contact direct avec les instances judiciaires que ce soit la Police aux frontières (PAF), la Police Judiciaire, différents tribunaux de grande instance (TGI) de la région donc j’ai pu faire pas mal de missions d’interprétariat mais aussi de traduction pour eux. Dans l’entreprise, je faisais aussi des missions d’interprétariat pour d’autres entreprises comme IKEA ou Jules, donc là on était plutôt sur du marketing en général et je faisais aussi des traductions destinées à des particuliers ou d’autres entreprises. Mais c’est ce premier contact avec les instances judiciaires qui m’a poussée à faire la demande d’assermentation puis je me suis dit que ce serait mieux pour mon travail.

Donc j’ai déposé une demande auprès de la cour d’appel de Douai et plus précisément du tribunal d’Arras comme je suis domiciliée à Arras et j’ai obtenu l’assermentation en 2020. Depuis je n’ai pas complètement changé de carrière mais je suis un peu revenue à « mes amours premiers » c’est-à-dire l’associatif et notamment l’aide aux personnes étrangères et aux migrants étant donné que je travaille maintenant chez ISM Interprétation en tant qu’interprète en anglais et espagnol. Cependant je continue toujours mon activité de traductrice à côté.

Pourquoi voulais-tu être traductrice et surtout assermentée ?

Cécile : Alors j’ai décidé de faire de la traduction quand j’étais étudiante, j’étais indécise au début concernant mon futur mais je savais que je voulais avoir un métier tournant autour des langues, je savais que je ne voulais pas être prof mais plutôt que cela tourne autour de l’interculturel et l’international. Au fur et à mesure ça s’est dessiné dans ma tête, chaque année scolaire je prenais les options linguistiques et en arrivant en prépa j’ai commencé la traduction quand j’ai commencé la « spé espagnol » et donc mon intérêt pour la traduction a débuté. Par la suite j’ai fait mon dossier pour l’ISIT et bien que l’ISIT ait un tronc commun en Management, Communication et Traduction c’est la traduction qui me plaisait le plus c’est pour cette raison que j’ai décidé d’en faire mon métier. Concernant l’assermentation, j’avais énormément de missions avec les instances juridiques lors de mon premier emploi et c’est ce qui m’a poussé à être assermentée pour que ce soit plus facile pour mon métier.

Quelles différences as-tu observées entre le travail de traductrice que tu faisais en agence et celui de traductrice assermentée que tu fais maintenant ?

Alors je pense que les traducteurs assermentés ont des tâches qui vont au-delà de la traduction, car un traducteur qui ne l’est pas fait sa traduction puis l’envoie ensuite au relecteur. Alors que quand on est assermenté on travaille généralement seul, on doit donc porter la casquette du traducteur mais aussi celle du relecteur. Par la suite on doit assermenter les documents donc les tamponner, mettre un numéro de variateur et la date. Lorsque les documents portent une apostille on doit contacter le maire ou le notaire pour faire certifier la signature donc c’est au-delà de la simple traduction car on a des démarches en plus à faire et c’est vrai que c’est une exigence supplémentaire dans le métier car ça reste un coût en temps. Il faut donc aller au bout de ça et fournir à nos clients, qu’ils soient des particuliers ou une instance juridique, le travail dont ils ont besoin et qu’il soit de qualité, mais aussi valable aux yeux de la loi car les documents nécessitant une traduction assermentée sont souvent utilisés pour être présentés face à une instance juridique ou administrative.

Qu’est ce qui te plait le plus dans ton métier ? Quels sont les côtés négatifs du métier de traducteur assermenté ?

Alors ce qui me plaît le plus aujourd’hui dans mon travail c’est mon activité d’interprète au sein d’ISM Interprétariat. J’aime aussi porter ma casquette de traductrice assermentée même si ce sont deux activités différentes. Depuis que je suis assermentée je suis à mon compte donc pour moi c’est beaucoup plus agréable car je préfère m’imposer mes horaires de travail, les deadlines, et le volume de travail que j’ai à faire. Évidemment je pratique mon activité de traductrice assermentée en dehors de mes heures de permanence chez ISM mais cela me permet de rationner mon travail le restant de la semaine ou le week-end si je n’ai rien de prévu ce qui me permet d’avoir une plus grande amplitude en termes de travail. Cela me permet aussi de décider quel client je vais prendre, quel client je ne vais pas prendre. Et c’est la même chose pour les documents du tribunal : je ne suis pas obligée de tous les accepter car travaillant toute seule et ayant déjà un travail je ne peux pas accepter de trop gros volumes. Et puis de toute façon cela permet aussi de laisser du travail aux autres traducteurs assermentés inscrits sur la liste de la cour d’appel. Donc c’est vrai qu’il y a pas mal d’avantages en termes de liberté lorsque l’on est à son compte. Outre les horaires, être à son compte c’est aussi un avantage concernant la manière de travailler car là, aucune agence ne nous dicte de quelle manière nous devons traduire, nous sommes libres de le faire comme nous le souhaitons.

Un des avantages reste aussi le fait de ne pas avoir besoin de se créer une base clientèle. Je sais que pour certains de mes confrères qui sont sortis de la même promo que moi et qui ont commencé en tant qu’indépendants, ça a été compliqué de se créer une base clientèle solide et de dénicher des clients fidèles. Personnellement, je n’ai pas eu besoin de passer par là car quand j’ai commencé en tant qu’indépendante, mon nom a directement été inscrit dans la liste de la cour d’appel et ce sont donc les instances juridiques et les clients ayant besoin d’un traducteur assermenté qui sont venus directement à moi.

Concernant les inconvénients, on peut déjà parler des cotisations sociales. Lorsque l’on fait des traductions pour le tribunal, car quand on est traducteur assermenté notre mission première n’est pas de prendre des clients privés mais de travailler pour les instances juridiques, il peut y avoir de gros volumes et on est payé très longtemps après, ça peut aller jusqu’à 6 mois après en fonction de l’argent qu’il y a dans l’enveloppe de Chorus ( Chorus est la plateforme utilisée par les traducteurs assermentés qui permet de prouver la réalisation d’une traduction et donc de demander un paiement), donc parfois ça met pas mal de temps à arriver.

Aurais-tu quelques conseils à donner à un futur traducteur qui souhaiterait se lancer en tant qu’indépendant et même devenir assermenté ?

Alors, si j’avais un conseil à donner à quelqu’un qui souhaiterait devenir traducteur assermenté c’est d’obtenir un peu d’expérience avant de se lancer que ce soit dans le milieu de la traduction mais aussi dans le domaine juridique ce qui permettrait de donner plus de chance à votre dossier d’être accepté auprès de la commission. Il faut aussi de la patience, ça prend une bonne dizaine de mois entre le retrait du dossier qui se fait en février et la réponse de la commission qui est donnée entre novembre et décembre. Il faut donc qu’un jeune traducteur ait un plan entre deux. Se confronter à la réalité du terrain serait aussi un bon moyen de connaître ce côté du métier, essayer de trouver une agence de traduction qui offre des services de traduction assermentée et peut-être même travailler avec d’autres traducteurs assermentés afin d’apprendre d’eux et de découvrir le métier plus en profondeur.

Si vous souhaitez vous informer davantage sur le métier de traducteur assermenté vous pouvez vous rendre sur le site de l’Unetica (l’Union Nationale des Experts Traducteurs Interprètes près les Cours d’Appel).

Un grand merci à Cécile pour avoir pris le temps de répondre à mes questions.

Une partie de ce billet est une retranscription d’entrevues orales.

Bibliographie :

Articles :

Caractéristiques de la traduction assermentée : https://www.tarbes7.fr/caracteristiques-de-la-traduction-assermentee/
Le prix d’une traduction assermentée : https://www.dynamique-mag.com/article/prix-traduction-assermentee.11801

Sites web :

https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F12956

https://www.village-justice.com/articles/traduction-certifiee-processus,18880.html

https://www.village-justice.com/articles/traducteur-assermente,14772.html

https://unetica.fr/

https://www.lalanguefrancaise.com/dictionnaire/definition/assermentation

Le facile à lire et à comprendre

Par Clémence Marliangeas, étudiante M1 TSM

Vous n’êtes pas sans savoir que l’objectif principal de la traduction est de transmettre un message tout en étant compréhensible pour un public ne comprenant pas la langue source, sa culture ou n’étant simplement pas en « capacité » de comprendre.

Permettant de transmettre l’information entre des personnes venant de cultures et d’horizons différents, la traduction est ainsi un réel acteur de la communication.

Par ailleurs, plusieurs textes législatifs français protègent le droit à l’information, notamment la loi du 11 février 2005, qui précise que toute personne handicapée se rendant dans un établissement recevant du public doit être en mesure de « recevoir les informations qui y sont diffusées […] par des moyens adaptés aux différents handicaps ». Il faudra ensuite attendre l’année 2006 pour que la Convention des Nations Unies pour les droits des personnes handicapées leur reconnaisse le droit d’accès à l’information.

Mais alors, comment faire pour que tout le monde ait accès à l’information ? C’est là que le FALC intervient !

Le FALC, c’est quoi ?

Eh oui, ENCORE un acronyme, pour vous ravir !

Le FALC, ou « Facile à Lire et à Comprendre » a été créé en 2009 par l’association Inclusion Europe, association porte-parole des personnes handicapées intellectuelles et de leurs familles au sein de l’Europe.

On utilise cet acronyme notamment pour désigner l’ensemble des règles européennes qui doivent s’appliquer lors de la rédaction d’informations écrites, électroniques, audios ou vidéos.

Deux associations françaises, Nous Aussi et l’Unapei, sont membres d’Inclusion Europe et mettent tout en œuvre pour développer le FALC à l’échelle nationale.

L’objectif principal du Facile à Lire et à Comprendre est d’améliorer la littératie, qui selon l’OCDE renvoie à « la capacité de comprendre, d’évaluer, d’utiliser et de s’engager dans des textes écrits pour participer à la société, accomplir ses objectifs et développer ses connaissances et son potentiel ». 

Pour faire simple, le « Facile à Lire et à Comprendre » est donc une méthode européenne (souvent qualifiée comme étant la plus aboutie) de traduction d’un langage classique en un langage compréhensible par tous, dans le but de rendre les informations accessibles. Elle permet ainsi aux personnes ayant des difficultés de lecture ou de compréhension de favoriser leur autonomie et d’éclairer leurs prises de décision.

Qui bénéficie du FALC ?

Deux grandes catégories de bénéficiaires :

  • Les personnes ayant des difficultés à lire : personnes intellectuellement handicapées, personnes âgées, personnes sourdes, en situation d’illettrisme, les jeunes enfants ou encore les personnes souffrant de troubles autistiques, de déficience motrice cérébrale ou de dyslexie.
  • Les personnes n’ayant pas le français comme langue maternelle : personnes immigrées et touristes étrangers.

Les commandements du Facile à Lire et à Comprendre :

  • utiliser des mots simples et courts : 3 syllabes maximum
  • utiliser des mots courants faciles à comprendre pour les lecteurs du texte que l’on traduit
  • rester concret : métaphores, mots étrangers, synonymes, nombres compliqués, abréviations et symboles sont à bannir !
  • utiliser le même mot pour désigner la même chose dans tout le document
  • s’adresser directement au lecteur
  • éviter les reprises par des pronoms : il vaut mieux renommer la personne, à chaque fois, afin d’éviter toute confusion lors de la lecture
  • écrire les nombres en lettres et les dates en entier
  • faire des phrases simples et courtes : une idée par phrase
  • utiliser des exemples de la vie quotidienne afin de faciliter leur compréhension
  • utiliser des phrases positives et actives : éviter les négations
  • nouvelle phrase = nouvelle ligne
  • placer toujours les informations dans un ordre facile à comprendre et à suivre
  • regrouper les informations sur le même sujet
  • veiller à ce que les informations importantes soient faciles à trouver
  • répéter les informations importantes et expliquer plusieurs fois les mots difficiles

L’aspect visuel des supports rédigés en FALC

Certains formats de papier sont à privilégier, tels que le A4 et le A5.

Il faut prêter attention à la taille du document : plutôt qu’un gros pavé à la James Joyce, proposer plusieurs livrets, afin de ne pas décourager le lecteur !

Le contraste des couleurs est important tant pour la police d’écriture que pour le support, cela interfère avec la compréhension. Choisissez un contraste optimal afin de faciliter la lecture.

Ne jamais utiliser l’alignement justifié car il augmente l’écart entre les lettres et rend la lecture plus compliquée. De même, l’alignement centré n’est pas recommandé puisqu’il ne permet pas d’identifier clairement les différentes idées du document. L’alignement à gauche et sans alinéa reste le plus utilisé en FALC.

N’oubliez pas de numéroter les pages, de titrer documents et paragraphes (tout en les espaçant), d’aérer le document et d’utiliser une largeur de marges suffisante.

De même, le choix de la police est primordial. Il s’agit ici de choisir une police sans empattement, telle que Tahoma ou Arial, avec une taille de minimum de 14 pts.

Il est aussi important d’illustrer votre texte avec des images. Pour ce faire, il est possible d’utiliser :

  • des photographies
  • des dessins
  • des symboles
  • des pictogrammes

Enfin, chaque document rédigé en FALC doit faire mention de ce logo européen, qui permet d’indiquer qu’il s’agit d’un document « Facile à Lire et à Comprendre ».

Les interdits :

  • les mots en capitales
  • l’écriture en italique
  • le soulignage
  • les écritures avec contour ou avec ombre

Concrètement, comment traduit-on en FALC ?

Traduire, c’est faire des choix, et le FALC ne déroge pas à la règle !

En effet, traduire en langage simplifié nécessite de procéder à une sélection rigoureuse des informations (les plus importantes), à un changement de la structure du document (afin de regrouper les mêmes informations au même endroit, comme nous l’avons expliqué précédemment) mais aussi de format.

Après ces étapes, il est d’ailleurs fréquent que le texte FALC ne ressemble en rien au texte source.

Comme l’explique France Santi, la traduction en FALC peut tant être intralinguale (on traduit le texte source en FALC source) qu’extralinguale (on traduit le texte source en FALC cible) et conseille, de suivre les étapes de traduction suivantes :

  • demander une traduction en FALC du texte source
  • et le traduire nous-même par la suite.

France Sati explique dans son article que cette façon de travailler permet d’obtenir des supports en FALC similaires dans plusieurs langues.

Elle insiste sur le fait que le FALC ne s’invente pas et qu’il est nécessaire d’avoir recours à des personnes spécialisées, du fait que les traducteurs d’agences, peu sensibilisés à cette problématique, ont tendance à complexifier le contenu du document (malgré eux). Mais aussi du fait que seule une personne formée et sensibilisée à l’écriture Facile à Lire et à Comprendre sera à même de connaître les stratégies FALC de la langue cible.

Notez d’ailleurs que chaque document traduit en FALC fait l’objet d’une relecture (si ce n’est d’une traduction) par une personne handicapée mentale au sein d’une association, afin de veiller à sa compréhension par le public visé.

Ci-dessous, un exemple de traduction en FALC de la fameuse attestation de déplacement dérogatoire, que vous connaissez si bien…

Encore peu connue, l’écriture Facile à Lire et à Comprendre représente pourtant un outil d’inclusion non négligeable pour les personnes handicapées intellectuelles, les étrangers, mais pas seulement. N’avez-vous jamais eu des sueurs froides en lisant des documents administratifs tant le phrasé est complexe et les informations peu identifiables ? Le FALC pourrait peut-être vous aider !
À noter qu’il existe de nombreuses formations, souvent dispensées par des associations, pour apprendre à maîtriser cette méthode de rédaction qui ne devrait pas rester dans l’ombre.

Bibliographie

DIACQUENOD C., SANTI F. « La mise en œuvre du langage facile à lire et à comprendre (FALC) : enjeux, défis et perspectives ». Revue suisse de pédagogie spécialisée. 2018. n°2, p. 29‑35.

AUDIAU A. L’information pour tous. Règles européennes pour une information facile à lire et à comprendre. [En ligne]. Unapei, 2009. 50 p. Disponible sur : https://www.unapei.org/wp-content/uploads/2018/11/L%E2%80%99information-pour-tous-Re%CC%80gles-europe%CC%81ennes-pour-une-information-facile-a%CC%80-lire-et-a%CC%80-comprendre.pdf  (consulté le 13 mars 2021) ISBN : 2-35001-013-9.

« Comment traduire en falc et en plusieurs langues ». In : textoh.ch [En ligne], 2019. Disponible sur : http://www.textoh.ch/2019/08/09/comment-traduire-en-falc-et-en-plusieurs-langues/ (consulté le 14 mars 2021)

RUEL J., ALLAIRE C., KASSI B., BRUMAGNE A., DELAMPLE A., GRISARD C., PINTO DA SILVA F. Communiquer pour tous. Guide pour une information accessible. [En ligne]. Saint Maurice : Santé publique France, 2018. 112 p.(Référentiels de communication en santé publique). Disponible sur : http://w3.uqo.ca/communiquerpourtous (consulté le 13 mars 2021) ISBN : 979-10-289-0398-5.