Ressources linguistiques : comment faire lorsqu’elles n’existent pas

Par Oriane Briand, étudiante M1 TSM

Illu billet Oriane Briand

 

Cette année, le suédois fait son come back dans les langues de travail du master TSM de l’Université de Lille. J’ai donc décidé de partir de ma petite expérience, et de constater quelque chose de plus large. En première année de master, tout est à apprendre. On nous conseille sur la méthodologie à adopter, on nous donne quelques astuces, quelques bons filons sur les sites dignes de confiance ou non. On se remet en question aussi. Et je me rends compte, au fil des échanges et des discussions que nous n’avons pas les mêmes outils. « Tu connais pas [insérer un nom de traducteur automatique] ? Ça fonctionne super bien ! » Sérieux ? Super ! Recherche Google. Le suédois n’y est pas. Déception.

Je pense qu’il existe un réel décalage entre les langues plus « communes » (l’anglais, l’allemand…) et d’autres plus rares. On se pose souvent la question, est-ce un avantage ou un inconvénient de connaître ces langues plus rares. Et honnêtement, c’est parfois plus un casse-tête qu’autre chose. Et je vois déjà venir certains. « Quoi ? Tu veux devenir traductrice et tu ne sais pas ce que ça veut dire ? » Mais Margaux Bochent, étudiante de M2, avait déjà « cassé le mythe » pour nous. Alors voilà, quand on est traducteur ou que l’on apprend, on se créé notre petite boîte à outils. Et tandis que celle de mes camarades semble prête à déborder, la mienne semble si légère.

Comment y remédier ?

À l’ère du numérique, la plupart des traducteurs ont délaissé leurs dictionnaires pour se tourner vers les ressources en ligne. Plus rapide, plus pratique et souvent plus fournis, il est pourtant parfois difficile de trouver un site de confiance, surtout lorsque l’on débute. Pour ma part, j’ai pendant longtemps misé sur seulement un ou deux sites proposant la combinaison suédois-français. Ils avaient toute ma confiance. Mais les textes sur lesquels je travaille cette année ne ressemblent en rien à ce que j’avais l’habitude de traduire. Alors, où trouver la bonne info ? J’espère ne pas vous avoir fait trop espérer, car au final, il semble qu’il n’y ait pas de miracle, car beaucoup de professionnels vous diront la même chose : l’expérience et le temps sont vos seuls alliés.

Gwenaëlle Diquelou, traductrice à la DGT me donnait d’ailleurs ces quelques conseils. Elle a vécu ce fameux tournant des dictionnaires papiers aux ressources en ligne, et se rappelle l’époque où les bureaux croulaient sous les boîtes à chaussures. Chacun réalisait ses fiches terminologiques à la main et les stockaient là. Se créer son propre glossaire spécialisé est au final bien plus fiable. En tant que traductrice pour une institution européenne, elle a accès à bien plus d’informations, de mémoires de traduction, de fiches terminologiques, etc. qu’une personne extérieure. Les terminologues travaillent dans l’ombre, alimentant toujours plus les machines : Euramis, DGT VistaIdol… Seule IATE fait office d’exception, la base terminologique étant disponible à tous de manière partielle. Si vous souhaitez en apprendre plus sur Gwenaëlle Diquelou, Loréna Abate a récemment brossé son portrait ici.

J’ai également posé la question à un ancien étudiant et ami. Hiroto est japonais, parle anglais, français, suédois mêlé d’un peu de coréen et d’allemand. Je me suis toujours demandé comment il traduisait, car il m’avait un jour mentionné le fait qu’il n’existait pas de dictionnaire suédo-japonais. Il devait alors, dans la plupart des cas, passer par d’autres langues. L’apprentissage d’une langue et de sa culture revêt un aspect primordial lors de la traduction. Et c’est peut-être seulement en cherchant d’autres mots dans la langue source qu’il devient possible de livrer une bonne traduction.

Pour conclure, il n’existe pas de recette miracle. La traduction d’une langue rare peut s’avérer difficile au premier abord puisque les ressources linguistiques disponibles peuvent manquer. Il faut alors passer par d’autres chemins et être persévérant. Car plus ces langues rares seront documentées, par soi-même via des glossaires spécialisés ou par le fait qu’un plus grand nombre de personne s’intéresse à ces langues, plus il sera facile de les traduire. Mais pour l’instant, elles restent un challenge. Et si vous voulez savoir si cela vaut le coup de se spécialiser dans la traduction de ces langues, vous pourrez lire le billet de blog de mon camarade Maximilien Dusautois à paraître la semaine prochaine !

 

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Quand le traducteur doit faire preuve d’imagination : la traduction de l’humour

Par Angelina Fresnaye, étudiante M1 TSM

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En ce premier avril, quoi de mieux que de parler d’humour ? L’humour, c’est sympa, mais quand il s’agit de le traduire, cela peut vite devenir un casse-tête, le premier souci étant que l’humour n’est pas universel. On estime que le sens de l’humour d’une personne est défini par son bagage culturel, lui-même défini par sa langue. L’histoire d’un peuple peut également définir son sens de l’humour. Cet aspect culturel de l’humour pose déjà un premier problème lors de la traduction. Un deuxième aspect problématique relève de la langue en elle-même : on pense évidemment au jeu de mots, qui est à la racine d’un grand nombre de blagues, notamment au Royaume-Uni où le « dry humour », sous-genre de la comédie, est très populaire. Ce type d’humour n’utilise quasiment pas d’expression physique et repose donc intégralement sur les mots, voire sur leur prononciation. Le fait que ces blagues dépendent la plupart du temps d’un jeu de mots rend la tâche du traducteur particulièrement difficile, voire impossible (du moins si l’on recherche un maximum de fidélité).

Ainsi, lorsque l’on tente de traduire une œuvre humoristique, il ne faut pas espérer être parfaitement fidèle à l’original : le plus important, c’est de trouver une blague ou une réplique qui va provoquer un effet similaire.

Voyons tout d’abord les difficultés liées à la langue.

Un jeu de mots, comme son nom l’indique, joue sur les mots. Ce genre de blagues s’appuie généralement sur la polysémie ou l’homonymie, ce qui les rend souvent difficiles à traduire. La traduction de blagues basées sur la langue (comme les jeux de mots) demande la plupart du temps un certain degré de créativité. Il n’est pas rare que le/la traducteur/trice ait besoin d’inventer une blague différente de l’originale pour faire fonctionner le jeu de mots. Amusons-nous un peu et voyons quelques exemples (et leur traduction le cas échéant).

Un type de jeu de mots assez répandus dans la culture anglo-saxonne : les « dad jokes » (ou « blagues de papa »). Ces blagues font généralement l’objet d’un calembour « facile » et correspondent à ce que l’on pourrait qualifier de « blague nulle » en français. En voici un exemple (relativement drôle) :

“Did you hear about the kidnapping at school? It’s fine, he woke up.”

Cette blague joue sur l’homophonie entre « kidnapping » et « kid napping » ; autant dire que pour trouver une traduction en français, ce n’est pas une mince affaire. Dans ce cas, il s’agira de voir en contexte quelle est la meilleure option : remplacer la blague par une autre blague qui provoque le même effet en français, ou opter pour une note de bas de page si c’est cette blague en particulier qui a une importance (en gardant en tête que la note de bas de page n’est généralement pas très bien vue).

Voyons un autre exemple avec cette fois-ci une traduction (sous-titrage) en italien (blague à 15m43) :

Original Sous-titres en italien Traduction française des sous-titres
A: Did you ever think he’d go into fashion? Cos ironically he does actually sound like a sewing machine.

N: And he’s a singer!

A: Avresti mai pensato che sarebbe entrato nel mondo della moda? Perché inoricamente lui suona proprio come una macchina da cucire.

N: Ed è un cantante, un singer! (Singer è anche una nota marca di macchine da cucire, ndr)

A : Vous auriez cru qu’un jour il serait entré dans le monde de la mode ? Parce que, ironiquement, sa voix ressemble à une machine à coudre.

N : Et il est chanteur, singer ! (Singer est également une marque connue de machines à coudre, ndlr)

À noter que les anglicismes sont plus fréquents en italien[1]

 Cette blague pose deux problèmes : le jeu de mots entre « singer » (= « chanteur ») et la marque de machines à coudre Singer. En ce sens, la traduction italienne est intéressante puisqu’elle parvient à conserver d’une certaine manière le jeu de mots, mais elle explique également où est la blague, tout le monde ne connaissant pas nécessairement la marque Singer (personnellement  je n’avais pas compris la blague avant de voir les sous-titres). Mais l’on se rend compte que lorsqu’il s’agit de traduire en français, il est plus difficile de conserver le jeu de mots, les anglicismes étant moins courants, d’autant plus lorsqu’il s’agit d’un mot qui n’est absolument pas entré dans la langue française. On pourrait également se demander si la note ne casse pas un peu le rythme de la blague, critique souvent reprochée à cette solution, mais au moins, la blague a été traduite (et est compréhensible par tous). Il faudrait voir si cette marque est aussi connue dans les pays francophones que dans les pays anglophones pour déterminer si cette note est nécessaire ou non.

 

Passons maintenant à des blagues plutôt tournées vers les références culturelles.

Ces blagues, contrairement aux blagues purement linguistiques, ne reposent pas nécessairement sur la langue mais plutôt sur des connaissances culturelles. Le défi dans la traduction de ce genre de blagues, c’est de ne pas perdre son public avec une référence qu’il ne comprendrait pas, tout en évitant d’alourdir le texte avec des notes de bas de page visant à l’expliquer. Le principal problème de la note de bas de page dans ce cas-là, c’est qu’elle peut distraire le public qui par conséquent n’aura pas suivi la blague. La meilleure solution semble donc de trouver une traduction qui comprend une allusion compréhensible pour le public cible.

Voyons deux exemples :

Q: What do you have if you’re 16.5 feet into the Twilight Zone?

A: One Rod Serling!

Cette blague nécessite deux connaissances culturelles :

  • 1 rod (1 perche) = 16.5 feet (16,5 pieds)
  • Rod Serling = réalisateur de la série La Quatrième dimension (The Twilight Zone en anglais)

Double difficulté donc pour la traduction, avec en plus un jeu de mots entre « rod » (« perche ») et Rod. Si le public cible connaît suffisamment la culture anglo-saxonne, il est envisageable de ne pas traduire « rod » par « perche » et de le conserver tel quel, comme c’est parfois le cas pour d’autres mesures comme les miles ou les feet. Mais encore faut-il que le public connaisse aussi la série et son réalisateur.

Autre exemple, cette fois-ci tiré du film d’animation Les Mondes de Ralph :

Original Doublage français (France) Doublage français (Québec)
S: “You wouldn’t hit a guy with glasses, would you?”

*Ralph prend les lunettes de Sa Sucrerie et le frappe avec*

S: “You hit a guy with glasses. Well played.”

S : « Vous n’oseriez pas frapper un binoclard ? »

[…]

S : « Vous avez frappé un binoclard. Alors ça, c’est bien joué ! »

S : « Tu vas pas frapper un gars avec des lunettes, non ? »

[…]

S : « Oui, tu as frappé un gars avec des lunettes, c’est très bien joué ! »

Dans cette scène, la blague repose sur le fait que Ralph prend la réplique de Sa Sucrerie au pied de la lettre et le frappe avec ses lunettes. Jeu de mots qui a été conservé dans la version québécoise, mais pas dans la version française. Mais ce n’est pas tout, puisque j’ai également appris en rédigeant ce billet que cette réplique était en fait une référence à Batman qui fait la même réflexion dans le film de 1989 (comme quoi, les références culturelles, ça ne parle pas à tout le monde). La traduction française ne retransmet donc ni le jeu de mots, ni la référence, étant donné que cette dernière avait été traduite par « tu frapperais pas un type avec des lunettes ». On sait évidemment que le doublage présente des contraintes supplémentaires, mais puisque la version québécoise a su conserver le jeu de mots (et potentiellement la référence ?), on se demande ce qui a poussé les traducteurs/trices à laisser de côté ces deux aspects de la réplique. Dans la version française, on cherche encore la chute…

 

En conclusion, l’humour n’est pas universel et sa traduction nécessite un certain nombre d’adaptations. Chaque langue est différente et possède une phonologie propre qui peut rendre certains jeux de mots « intraduisibles ». Les différences culturelles entre deux pays peuvent mener à une compréhension si l’humour repose une référence populaire ou historique propre à un pays. Enfin, ces mêmes différences font que l’humour n’est simplement pas le même d’un pays à l’autre et que même si à priori nous possédons tous un sens de l’humour, nous ne ne rions pas tous des mêmes choses, ni de la même façon. Il existe cependant plusieurs stratégies pour contrer ces barrières, mais traduire l’humour nécessite toujours une certaine dose de créativité.

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Bibliographie :

Day Translations. “Why Humor Is The Hardest Thing To Translate.” Day Translations Blog, Day Translations, 5 Apr. 2017, www.daytranslations.com/blog/2016/09/why-humor-is-the-hardest-thing-to-translate-7902/.

Hoffman, Jascha. “Me Translate Funny One Day.” The New York Times, The New York Times, 19 Oct. 2012, www.nytimes.com/2012/10/21/books/review/the-challenges-of-translating-humor.html.

“Pun.” Merriam-Webster, Merriam-Webster, www.merriam-webster.com/dictionary/pun.

“Translation Of A Pun.” Learn Fun Facts, 3 Nov. 2018, learnfunfacts.com/2018/10/29/translation-of-a-pun/.

“Blague De Papa.” Wikipedia, Wikimedia Foundation, 9 Sept. 2018, fr.wikipedia.org/wiki/Blague_de_papa.

oasisnotizie, Noel Gallagher. “(Sottot. ITA) Noel Gallagher Super Intervista 1° Maggio 2015 Alan Carr Chatty Man.” YouTube, YouTube, 24 May 2015, www.youtube.com/watch?v=xv2qN7caCz0.

http://staff.uny.ac.id/sites/default/files/132310009/Translating%20Jokes%20by%20Abe.pdf

Hoffman, Jascha. “Me Translate Funny One Day.” The New York Times, The New York Times, 19 Oct. 2012, www.nytimes.com/2012/10/21/books/review/the-challenges-of-translating-humor.html.

“Missing The Joke: Why Humor Doesn’t Translate.” ULG, 17 Aug. 2018, unitedlanguagegroup.com/blog/why-humor-does-not-translate/.

Spencer, Clark. Wreck-It Ralph. Walt Disney Studios, 2012.

Varga, Dražen. English Loanwords in French and Italian Daily Newspapers. Thesis. Faculty of Humanities and Social Sciences University of Zagreb, 2011. Print.

 

[1]  Varga, Dražen. English Loanwords in French and Italian Daily Newspapers.

La traduction : avec ou sans diplôme ?

Par William Brouilly, étudiant M1 TSM

 

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Vous est-il déjà arrivé de regarder votre série préférée avec les sous-titres ? Si oui, vous avez dû remarquer que ceux-ci sont souvent de piètre qualité. Anglicismes, calques, faux-sens, j’en passe et des meilleurs. Mais cela est-il vraiment étonnant lorsqu’on tombe, sur Facebook, sur des « offres d’emploi » de traduction destinées à n’importe qui pouvant construire une phrase simple du type « Brian is in the kitchen » ? Ce genre de pratiques soulève de nombreuses questions, dont une en particulier : est-il réellement utile de suivre une formation de traducteur ?

Étant étudiant en master de traduction, je pencherais plutôt pour le « oui ». En effet, au-delà du simple transfert linguistique, la traduction est un service qui consiste à transmettre un message, une idée, et cela constitue une tâche plus compliquée qu’il n’y paraît. Il faut d’abord comprendre toutes les subtilités du texte source et déterminer comment les rétablir dans la langue cible, chose qu’un locuteur avec un niveau moyen n’arrivera pas forcément à faire.

Un autre billet de blog, publié quant à lui sur le blog de l’université de Rennes 2, adopte une approche par point de vue. Autrement dit, du point de vue du client, un diplôme en traduction n’est pas absolument nécessaire tant que vous pouvez justifier de bonnes compétences en langues et que vous avez bonne réputation. Cependant, du point de vue d’un professionnel de la traduction, une formation en traduction apporte des méthodes de travail ainsi qu’une certaine rigueur, et permet également de travailler son style.

Il n’est donc pas impossible de devenir traducteur sans diplôme. Le métier de traducteur étant une profession non réglementée, n’importe qui peut se déclarer traducteur. Bon nombre de traducteurs ont commencé en travaillant dans des domaines complètement différents, tels que la médecine ou le droit par exemple, et, grâce à de bonnes capacités en langues et une parfaite connaissance de la terminologie du domaine en question, se sont par la suite lancés comme traducteurs.

Comme mentionné auparavant, la réputation est clé. Prenons comme exemple le cas de Cloé, traductrice indépendante ayant fait l’objet d’un article dans L’Obs. N’ayant aucun diplôme hormis le bac, cette dernière s’est lancée en tant qu’indépendante avec pour seuls arguments ses compétences en langues et sa volonté, et comme elle l’indique, ce sont les retours des clients qui lui permettent de se créer une bonne réputation et de décrocher des contrats.

Au sein de ma promo, un de mes camarades de classe a déjà travaillé en tant que traducteur sans avoir suivi de formation en traduction. En effet, après avoir décroché sa licence en langues étrangères appliquées, il a travaillé comme traducteur pour le groupe Auchan, où il traduisait des documents allant de la newsletter à des documents projet de 100 pages, en passant par des présentations PowerPoint. Le groupe ne possédant pas de service traduction, il effectuait les traductions seul tout en travaillant en étroite collaboration avec le service communication.

Il admet qu’au début, la tâche n’était pas aisée, notamment à cause de la terminologie. « L’obstacle principal que j’ai rencontré a été celui de la terminologie. Je me posais beaucoup de questions sur ce qui devait être traduit ou non, où obtenir l’information. »

Selon lui, une formation en traduction présente de nombreux avantages. « Je pense qu’il faut une formation universitaire pour adopter les bons réflexes en termes de rigueur, de terminologie, de localisation. Cela nous prépare à l’excellence, tout en ayant le droit de se tromper dans un environnement sûr et sans enjeux majeurs. » Il précise également qu’une formation permet aussi d’éviter de passer à côté de certains contrats et de se former une mauvaise réputation « parce que la terminologie n’était pas précise ou que l’orthographe était insuffisante, par exemple ».

Pour conclure, un diplôme n’est pas obligatoire pour exercer en tant que traducteur, et de très bonnes capacités en langues peuvent suffire. Toutefois, suivre une formation en traduction permet d’acquérir de solides méthodes de travail et de viser un niveau de qualité proche de la perfection, des éléments essentiels pour se forger une bonne réputation auprès des clients.

 

Bibliographie :

Ellis S. « Diplôme de traduction : indispensable ou superflu ? ». In : Veille CFTTR [En ligne]. 2016. Disponible sur : < https://www.sites.univ-rennes2.fr/lea/cfttr/veille/2016/02/29/diplome-de-traduction-indispensable-ou-superflu/ >

Brouze E. « Cloé, traductrice en ligne : “Je suis passée de très pauvre à plutôt riche” ». In : L’Obs [En ligne]. 2016. Disponible sur : < https://www.nouvelobs.com/rue89/rue89-travail-au-corps/20160501.RUE9643/cloe-traductrice-en-ligne-je-suis-passee-de-tres-pauvre-a-plutot-riche.html >

 

Traduire Trump

Par Gauthier Menin, étudiant M1 TSM

 

Beaucoup d’encre a déjà coulé concernant les difficultés des traducteurs et interprètes à traduire les propos du président américain Donald Trump.

Ils représentent régulièrement un défi pour les traducteurs du monde entier pour diverses raisons que nous allons évoquer ci-dessous. En ce qui concerne les traducteurs français, l’un des derniers défis en date fut de traduire les commentaires inappropriés du président américain à l’égard de la première dame française, Brigitte Macron, alors qu’il était en visite en France pour le 14 juillet. Inquiets de la réaction des lecteurs, les traducteurs français éprouvèrent quelques difficultés à trouver le mot juste afin d’exprimer l’idée de « in such good physical shape! ».

Voyons quelques exemples de ce que la presse a publié au lendemain de cet événement :

Traduction Source
« Vous êtes en si bonne forme ». Le Parisien
« Elle est drôlement bien conservée ! » Slate
« Vous êtes en super forme, magnifique » Ouest France
« Vous êtes en grande forme, vous savez. Magnifique » Le Monde

On peut noter un consensus autour de l’idée d’être en forme, mais l’on peut aussi noter le ton drastiquement différent de la version de Slate. Peut-on néanmoins dire qu’il s’agisse d’une mauvaise traduction ?

Il n’est cependant pas évident de savoir s’il est préférable de traduire les propos de Donald Trump fidèlement ou s’il serait préférable de modifier le registre et diluer la source. Par exemple, il serait intéressant de savoir comment “Little Rocket Man”, le nom qu’utilise Donald Trump pour désigner Kim Jong-un, est traduit par les traducteurs nord-coréens. Cependant, cette information est restée élusive malgré mes recherches.

Il existe donc deux écoles, celle de ceux qui préfèrent rester le plus fidèles aux propos du président en prenant le risque de choquer. Puis, celle de ceux qui pensent qu’il est préférable d’adapter. Mais l’adaptation des propos d’un homme, quel qu’il soit, ne vient-elle pas tronquer la perception que l’on a de lui ?

La difficulté du point de vue

Afin de traduire un document le plus fidèlement et le plus justement possible, il faut que le traducteur soit en mesure de se mettre à la place de l’auteur, comprendre ce qu’il a voulu dire et ce qu’il a imaginé. Cette tâche peut s’avérer particulièrement ardue lorsqu’il s’agit de l’actuel locataire de la Maison Blanche pour plusieurs raisons.

Le travail du traducteur est de communiquer les propos d’un locuteur tels qu’ils sont, sans tenir compte des mensonges ou des insultes que le locuteur profère. Il faut donc mettre de côté les émotions personnelles et devenir l’auteur. Cependant, contenir son jugement sur ce qui est bien ou mal est quelque chose de très difficile à faire.

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Trump, Donald (@realDonaldTrump). « It’s really cold outside, they are calling it a major freeze, weeks ahead of normal. Man, we could use a big fat dose of global warming! » (Il fait très froid dehors, on parle d’une vague de froid, des semaines en avance. Nous aurions bien besoin d’une bonne dose de réchauffement climatique) 19 octobre 2015, 6 h 30 EST

 

Nul n’ignore que les célèbres Tweets du président regorgent d’allégations douteuses. Au-delà de cela, un discours politique doit absolument rester neutre et dénué de toute provocation si le message doit être communiqué à d’autres cultures.

Lorsque l’on s’intéresse à la manière dont Donald Trump nomme Kim Jong-un, on s’aperçoit très vite du ton provocateur et non sans danger des deux dirigeants.

Comme évoqué précédemment, Donald Trump se plaît à nommer Kim Jung-un “little Rocket man” (le petit homme fusée), “a madman” (un fou), “short and fat” (petit gros), mais aussi “a maniac” (un fou) :

“And nobody ever mentions North Korea where you have this maniac sitting there and he actually has nuclear weapons and somebody better start thinking about North Korea and perhaps a couple of other places. But certainly North Korea.” 

— Donald Trump, lors d’un débat présidentiel républicain

 

Cependant, les réponses du leader nord-Coréen ne sont pas en reste comme le montre cet exemple tiré d’un communiqué en réaction au “Little Rocket man” de Donald Trump :

“A frightened dog barks louder.”

I will surely and definitely tame the mentally deranged U.S. dotard with fire.”

— Kim Jung-un, en réponse aux menaces du président Trump

 

Notons tout de même que le franc-parler de Donald Trump n’épargne personne.

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Pour cette raison, certains traducteurs décident de censurer les remarques du président ou de les reformuler en quelque chose de plus acceptable. Cependant, la manière dont un traducteur traduit Trump peut mener à trahir son opinion.

Les propos violents et provocateurs de Donald Trump peuvent aller à l’encontre de l’éthique personnelle de beaucoup de traducteurs et interprètes.

Alors, quelle est la légitimité des traductions de propos de Donald Trump ? Cette question de légitimité des traductions est beaucoup plus large que cela et ne se limite pas aux propos du président américain, mais la difficulté qu’éprouvent les traducteurs avec Donald Trump met en exergue un problème bien plus large.

 

Bibliographie

« Elle est drôlement bien conservée ! »: Ce que Trump a vraiment dit à propos de Brigitte Macron | Slate.fr . https://www.slate.fr/story/148563/elle-est-drolement-bien-conservee-brigitte.
« Le compliment de Donald Trump à Brigitte Macron », 14 juillet 2017. https://www.lemonde.fr/international/article/2017/07/14/le-compliment-de-donald-trump-a-brigitte-macron_5160348_3210.html.
« Le compliment très appuyé de Donald Trump à Brigitte Macron – La Parisienne ». http://www.leparisien.fr/laparisienne/actualites/le-compliment-tres-appuye-de-donald-trump-a-brigitte-macron-14-07-2017-7133688.php.
« Translaterealdt ». https://twitter.com/translaterealdt.
Trump, Donald J. « Being Nice to Rocket Man Hasn’t Worked in 25 Years, Why Would It Work Now? Clinton Failed, Bush Failed, and Obama Failed. I Won’t Fail. » Tweet. @realdonaldtrump (blog), 1 octobre 2017. https://twitter.com/realdonaldtrump/status/914565910798782465.
« I Spoke with President Moon of South Korea Last Night. Asked Him How Rocket Man Is Doing. Long Gas Lines Forming in North Korea. Too Bad! » Tweet. @realDonaldTrump (blog), 17 septembre 2017. https://twitter.com/realDonaldTrump/status/909384837018112000?ref_src=twsrc%5Etfw%7Ctwcamp%5Etweetembed%7Ctwterm%5E909384837018112000&ref_url=https%3A%2F%2Fwww.cnn.com%2F2017%2F09%2F22%2Fpolitics%2Fdonald-trump-north-korea-insults-timeline%2Findex.html.
« Just Heard Foreign Minister of North Korea Speak at U.N. If He Echoes Thoughts of Little Rocket Man, They Won’t Be around Much Longer! » Tweet. @realdonaldtrump (blog), 23 septembre 2017. https://twitter.com/realdonaldtrump/status/911789314169823232.
« Kim Jong Un of North Korea, Who Is Obviously a Madman Who Doesn’t Mind Starving or Killing His People, Will Be Tested like Never Before! » Tweet. @realDonaldTrump (blog), 22 septembre 2017. https://twitter.com/realDonaldTrump/status/911175246853664768.
« North Korean Leader Kim Jong Un Just Stated That the “Nuclear Button Is on His Desk at All Times.” Will Someone from His Depleted and Food Starved Regime Please Inform Him That I Too Have a Nuclear Button, but It Is a Much Bigger & More Powerful One than His, and My Button Works! » Tweet. @realDonaldTrump (blog), 2 janvier 2018. https://twitter.com/realDonaldTrump/status/948355557022420992.
« The Chinese Envoy, Who Just Returned from North Korea, Seems to Have Had No Impact on Little Rocket Man. Hard to Believe His People, and the Military, Put up with Living in Such Horrible Conditions. Russia and China Condemned the Launch. » Tweet. @realDonaldTrump (blog), 30 novembre 2017. https://twitter.com/realDonaldTrump/status/936209447747190784.
« Why Would Kim Jong-Un Insult Me by Calling Me “Old,” When I Would NEVER Call Him “Short and Fat?” Oh Well, I Try so Hard to Be His Friend – and Maybe Someday That Will Happen! » Tweet. @realDonaldTrump (blog), 11 novembre 2017. https://twitter.com/realDonaldTrump/status/929511061954297857.
« Trump: Lost in Translation ». BBC News. https://www.bbc.com/news/av/world-middle-east-38812093/us-president-donald-trump-lost-in-translation.
« Trump trouve que Brigitte Macron est “en super forme” ». https://www.ouest-france.fr/monde/etats-unis/donald-trump/les-remarques-sexistes-de-trump-brigitte-macron-dechainent-les-internautes-5134785.
« Wednesday’s GOP Debate Transcript, Annotated ». Washington Post. 2019. https://www.washingtonpost.com/news/the-fix/wp/2015/09/16/annotated-transcript-september-16-gop-debate/.
Stevens, Matt. « Trump and Kim Jong-Un, and the Names They’ve Called Each Other ». The New York Times, 9 mars 2018, sect. World. https://www.nytimes.com/2018/03/09/world/asia/trump-kim-jong-un.html.
Trump, Donald J. « It’s Really Cold Outside, They Are Calling It a Major Freeze, Weeks Ahead of Normal. Man, We Could Use a Big Fat Dose of Global Warming! » Tweet. @realdonaldtrump (blog), 19 octobre 2015. https://twitter.com/realdonaldtrump/status/656100109386674176?lang=fr.
« Full Text of Kim Jong-un’s Response to President Trump ». The New York Times 22 septembre 2017. sect. Asia Pacific https://www.nytimes.com/2017/09/22/world/asia/kim-jong-un-trump.html?module=inline
« CNN.com – Transcripts ». http://edition.cnn.com/TRANSCRIPTS/1509/16/se.02.html

La Traduction juridique – À la croisée des cultures juridiques et linguistiques

Par Raphaël Bourdon, étudiant M1 TSM

« L’arbre des mots […] cache la forêt des concepts »[1]

Jean-Claude Gémar, 2015

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Introduction

La traduction juridique peut se concevoir comme la transposition d’une langue juridique A vers une langue juridique B. Dans la mesure où la langue reflète la culture d’un peuple,[2] la langue juridique reflète par extension la culture juridique d’un peuple.[3] Sous ce postulat, la traduction juridique se concevrait comme la transposition d’une culture juridique A vers une culture juridique B. Néanmoins, en raison de l’assise que trouve la langue juridique dans la langue courante, cette transposition devrait également prendre en considération les cultures linguistiques des langues A et B. En conséquence, la traduction juridique se trouverait à la croisée des cultures juridiques et linguistiques. Cet article s’efforce de démontrer la véracité de cette hypothèse et d’en tirer les conséquences pour la traduction juridique. À ces égards, en raison de sa singularité, la langue juridique amplifie les problématiques d’asymétrie culturelle inhérentes à la traduction.

La singularité de la langue juridique

La singularité de la langue juridique appert de deux éléments. D’une part, la langue juridique est une langue spéciale, distincte de la langue courante. D’autre part, la langue juridique est une langue culturellement exclusive d’un système juridique.

La spécialité de la langue juridique

Nonobstant la diversité de ses réceptacles (contrats ; décisions de justice ; normes…), la langue juridique fait montre d’une structure syntaxique particulière. Toutefois, là ne réside pas la pierre angulaire de sa spécialité. La spécialité de la langue juridique appert fondamentalement de la terminologie juridique, qui se distingue de la langue courante à trois égards.

En premier lieu, la polysémie des termes juridiques implique l’existence de faux-amis. En guise d’illustration, peut être mentionné le vocable « fruit ». Le profane penserait bien raisonnablement à tout un éventail de végétaux comestibles : abricot ; banane ; poire ; pomme ; tomate… Le juriste penserait également aux loyers (fruits civils), voire au croît des animaux (fruits naturels).

En deuxième lieu, la polysémie des termes juridiques provoque parfois des ruptures de sens avec la langue courante. Si l’huissier de justice réalise des exploits en portant les grosses au tribunal, sa force physique ne fait en aucun cas l’objet d’éloges. En droit, la grosse n’est pas une personne d’un certain gabarit ; c’est la copie d’un jugement revêtue de l’exequatur. À cet égard, le vocable « exequatur » ouvre la voie vers le troisième aspect rendant la langue juridique spéciale.

En troisième lieu, la langue juridique est riche de termes étrangers à la langue courante. Certes, cela peut paraître paradoxal, car la langue juridique trouve fondamentalement son assise dans la langue courante. Toutefois, il convient de souligner que ces termes strictement juridiques sont fréquemment des concepts juridiques, id est des concepts davantage notionnels que linguistiques. Parmi ces termes juridiques étrangers à la langue courante, figurent notamment la common law, la dation en paiement, l’emphytéose, l’estoppel, l’exequatur (formule exécutoire), ou encore le pétitoire.

Somme toute, en raison des faux-amis, des ruptures de sens, ainsi que de ses termes exclusifs, la langue juridique s’avère être une langue de spécialité. Dès lors, comme tout traducteur technique, le traducteur juridique avisé fera preuve de prudence. Néanmoins, cette prudence doit être double. Car en sus d’être spéciale, la langue juridique est culturellement exclusive d’un système juridique.

L’exclusivité culturelle d’un système juridique

La langue juridique est une langue culturellement exclusive d’un système juridique. En effet, la comparaison de deux systèmes juridiques distincts, partageant toutefois une même langue courante, met en lumière des variations linguistiques d’ordre juridique. Ces variations se rencontrent à deux niveaux. En premier lieu, elles peuvent se concentrer au niveau de la dénomination. Au demeurant, ce sont les variations linguistiques d’ordre juridique les moins complexes à appréhender lors de la traduction juridique, car il suffit de connaître l’équivalent sémantique du système juridique cible pour éluder la difficulté.

En guise d’illustration, le Garde des sceaux français correspond au ministre de la Justice belge. Fondamentalement, ces expressions désignent la même entité. Toutefois, l’expression « Garde des sceaux » n’est ancrée que dans le patrimoine culturel (historique et linguistique) français, car elle provient du titre « Garde des sceaux de France » anciennement attribué au Chancelier de France sous l’Ancien Régime. Autres exemples, les « passing off » et « statement of claim » du droit anglais correspondent dorénavant, et respectivement, aux « palming off » et « complaint » du droit états-unien.[4]

En second lieu, les variations linguistiques d’ordre juridique susmentionnées peuvent impacter la substance même d’un concept juridique. Contrairement aux variations se concentrant au niveau de la dénomination, les variations au niveau de la substance du concept juridique s’avèrent particulièrement complexes à appréhender lors de la traduction juridique. Surmonter les obstacles qu’elles dressent suppose effectivement de solides connaissances sur ledit concept, tel que consacré par les systèmes juridiques à l’étude.

À titre d’exemple, le vocable « corporation » recouvre dorénavant des réalités juridiques distinctes en droit anglais et en droit nord-américain.[5] En droit anglais, le terme « corporation » se réfère désormais bien plus volontiers à des organismes publics, tels que le gouvernement britannique, tandis qu’en droit nord-américain, il continue de désigner des entreprises. A contrario, le droit anglais use dorénavant d’un autre terme pour désigner les entreprises : « company ».

En somme, la langue juridique est une langue culturellement exclusive d’un système juridique, car elle varie selon le système juridique, et ce, même lorsque les langues courantes sont, dans leur globalité, identiques. Conjuguée à la spécialité, l’exclusivité culturelle de la langue juridique dresse des obstacles pour le traducteur juridique, même lorsque la langue (courante) de départ demeure. Quid lorsque le bijuridisme s’accompagne d’un bilinguisme ? Dans cette hypothèse, les problématiques liées à l’asymétrie culturelle se voient amplifiées.

L’amplification des problématiques d’asymétrie culturelle

« Là où ils s’accompagnent, le bilinguisme et le bijuridisme portent au paroxysme la complexité »,[6] car ils amplifient le phénomène de l’asymétrie culturelle. Toutefois, bien que « complexité » rime avec « intraduisibilité », les termes ne sont pas synonymes. Il existe en effet des techniques de traduction juridique en cas d’asymétrie culturelle, même amplifiée.

Le phénomène d’amplification de l’asymétrie culturelle

L’asymétrie culturelle peut se définir comme « le fossé qui sépare culturellement deux termes et les notions qu’ils véhiculent ».[7] En raison de la spécialité et de l’exclusivité culturelle de la langue juridique, le traducteur juridique est par essence confronté à une certaine asymétrie culturelle. Toutefois, lorsque le bijuridisme et le bilinguisme entrent en jeu, cette asymétrie culturelle se voit amplifiée ; elle ne situe plus uniquement au niveau conceptuel ou linguistique, mais à ces deux niveaux concomitamment. Les concepts juridiques pouvant faire l’objet d’une traduction juridique à double niveau peuvent être regroupés en deux catégories. D’une part, les concepts juridiques existant linguistiquement, mais sous une autre forme, dans la langue cible. D’autre part, les concepts juridiques étrangers à la langue et au système juridique cibles.

En premier lieu, bien que certains concepts juridiques existent linguistiquement dans la langue cible, leur portée juridique peut varier selon le système juridique à l’étude. En guise d’illustration, en droit allemand, le concept juridique de « Sachen » implique la corporalité. En droit français, son équivalent linguistique « biens » recouvre tant la corporalité que l’incorporalité. Autre exemple, en droit anglais, existe le concept juridique de « chattels real ». L’équivalent linguistique de « chattels » est classiquement « biens meubles » en droit français.[8] Toutefois, en droit anglais, « real » suppose une nature immobilière. Traduire « chattels real » par « biens meubles immeubles » serait un non-sens mettant en lumière le fossé conceptuel entre les droits anglais et français.

En second lieu, il existe des concepts juridiques étrangers à la langue et au système juridique cibles. Ces concepts juridiques peuvent relever du droit matériel, mais également de l’ordre institutionnel. S’agissant d’une part des concepts de droit matériel, peuvent être mentionnés la « consideration » et l’« estoppel », purs produits des Pays de Common Law. Concernant d’autre part les concepts d’ordre institutionnel, l’huissier de justice français en est une très bonne illustration. En France, l’huissier de justice fait la police de l’audience. Il est également agent d’exécution, agent significateur, ou encore mandataire judiciaire. Toutes ces fonctions sont regroupées en une seule institution. Tel n’est pas le cas en droit allemand, où le « Gerichtsvollzieher » n’est qu’agent d’exécution et agent significateur.

En somme, l’asymétrie culturelle se voit potentiellement amplifiée en matière de traduction juridique, en ce qu’elle peut se situer tant au niveau linguistique qu’au niveau conceptuel. Néanmoins, il convient de souligner que malgré cette amplification de l’asymétrie culturelle, la traduction juridique n’en demeure pas moins possible. Il existe en effet des techniques de traduction juridique adaptées aux cas d’asymétrie culturelle.

 Les techniques de traduction juridique en cas d’asymétrie culturelle

Nonobstant toute asymétrie culturelle, amplifiée ou non, il existe des techniques de traduction permettant de surmonter les obstacles inhérents à la traduction juridique. Parmi celles-ci figurent l’équivalence sémantique, l’équivalence fonctionnelle, ainsi que l’emprunt. Ces techniques prennent en considération le « degré d’intraduisibilité »[9] des termes juridiques. Elles font ci-dessous l’objet d’une étude prenant relativement en compte l’impératif de fidélité au droit source.

En premier lieu, l’équivalence sémantique vise à remplacer le terme juridique à traduire par son équivalent conceptuel et linguistique. Dans cette hypothèse, l’asymétrie culturelle est relativement insignifiante. Toutefois, il convient de souligner que l’équivalence, même sémantique, ne suppose pas nécessairement une parfaite identité. En guise d’illustration d’une équivalence sémantique, peuvent être mentionnés l’« offre » en droit français, l’« offer » en droit anglais et l’« Angebot » en droit allemand.

En deuxième lieu, l’équivalence fonctionnelle vise à remplacer le terme juridique à traduire par un équivalent conceptuel et linguistique. Dans cette hypothèse, l’asymétrie culturelle étant relativement plus contraignante que dans le cadre d’une équivalence sémantique, il appartient au traducteur juridique de ruser pour éviter toute perte de sens tout en préservant le naturel de la traduction. Par exemple, en droit anglais, les « mortgages » sont des hypothèques de nature mobilière ou immobilière. En droit français, les hypothèques ne peuvent être que de nature immobilière. Dès lors, il appartient au traducteur juridique, dans l’hypothèse d’une « mortgage » mobilière, d’insérer une béquille et d’ainsi expliciter la nature de l’hypothèque : « hypothèque mobilière ».

En troisième lieu, l’emprunt consiste à reprendre verbum pro verbo l’expression étrangère consacrée. La technique de l’emprunt est fréquemment employée lorsque l’asymétrie culturelle est extrêmement importante, id est lorsque le degré d’intraduisibilité est très élevé. Common law, equity, estoppel sont des concepts juridiques systématiquement (ou presque) empruntés lorsqu’ils surviennent. Parfois, en raison d’un impératif de fidélité, il se peut que l’emprunt s’accompagne d’un descriptif du concept juridique. Cela peut s’avérer salvateur, voire indispensable, notamment dans le cadre de traductions juridiques à destination de juridictions.

Conclusion

La traduction juridique se trouve à la croisée des cultures juridiques et linguistiques. En raison de sa spécialité et de son exclusivité culturelle, la langue juridique dresse par essence des obstacles d’ordre juridique et linguistique. Si le bijuridisme se conjugue au bilinguisme, l’asymétrie culturelle est amplifiée et les obstacles à surmonter sont renforcés. Néanmoins, il existe des techniques de traduction qui permettent de vaincre les difficultés inhérentes à la traduction juridique, à savoir l’équivalence sémantique, l’équivalence fonctionnelle, ainsi que l’emprunt. Ces techniques combinent les aspects juridique et linguistique de la terminologie juridique.

Au demeurant, précisément parce que la traduction juridique se trouve à la croisée des cultures juridiques et linguistiques, il convient de se demander s’il faut être juriste pour traduire le juridique. Bien que la question fût d’ores et déjà traitée, son intérêt demeure.[10] En effet, la réponse ne peut pas être binaire. Tout dépend du skopos, id est de la fonction que remplira la traduction juridique. Si c’est une traduction juridique pour des juridictions, une grande fidélité est requise, peut-être également un descriptif du concept juridique étranger. Si c’est une traduction juridique pour un comparatiste, tant l’emprunt que l’équivalence fonctionnelle pourraient être nécessaires. Dans ces hypothèses, une solide formation juridique, a minima dans les domaines concernés par la traduction, semble requise. Si la traduction juridique ne sollicite aucun concept juridique particulier, ou des concepts présentant tous des équivalences sémantiques, une formation juridique ne paraîtrait point indispensable stricto sensu.

 

Bibliographie

Articles

Bélanger, Christiane, Sandra Douyon-de Azevedo, Nicole Michaud, et Claire Vallée. « « Faut-il être juriste ou traducteur pour traduire le droit ? » : contribution au débat ». Meta: Journal des traducteurs 49, no 2 (2004): 457. https://doi.org/10.7202/009370ar.

Gémar, Jean-Claude. « De la traduction juridique à la jurilinguistique : la quête de l’équivalence ». Meta: Journal des traducteurs 60, no 3 (2015): 476. https://doi.org/10.7202/1036139ar.

Harvey, Malcolm. « What’s so Special about Legal Translation? » Meta: Journal Des Traducteurs 47, no 2 (2002): 177. https://doi.org/10.7202/008007ar.

Lavoie, Judith. « Faut-il être juriste ou traducteur pour traduire le droit ? » Meta: Journal des traducteurs 48, no 3 (2003): 393. https://doi.org/10.7202/007599ar.

Terral, Florence. « L’empreinte culturelle des termes juridiques ». Meta: Journal des traducteurs 49, no 4 (2004): 876. https://doi.org/10.7202/009787ar.

Dictionnaires

Nicholson, Kate, Anna Stevenson, Nadia Cornuau, et Georges Pilard, éd. Harrapś Dictionnaire Juridique =: Law Dictionary ; Francais-Anglais, English-French. Paris: Dalloz, 2004.

Livres

Cao, Deborah. Translating law. Topics in translation 33. Clevedon ; Buffalo: Multilingual Matters, 2007.

Cornu, Gérard. Linguistique juridique. 3. éd. Domat droit privé. Paris: Montchrestien, 2005.

Livres – Contributions

Engberg, Jan. « Comparative Law for Translation : The Key to successful Mediation between Legal Systems ». Dans Borja Albi, Anabel, et Fernando Prieto Ramos, éd. Legal translation in context: professional issues and prospects. New trends in translation studies, volume 4, 9-25. Bern: Peter Lang, 2013.

Gémar, Jean-Claude. « Traduire le droit. Lettre, esprit et équivalence ». Dans Traduction du droit et droit de la traduction, sous la direction de Marie Cornu et Michel Moreau. Thèmes & commentaires. Actes. Paris: Dalloz, 2011.

Lois

Code civil français dans sa rédaction du 01er octobre 2018

Deutsches Bürgerliches Gesetzbuch (Code civil allemand) dans sa rédaction du 17 février 2019

Deutsche Zivilprozessordnung (Code de procédure civile allemand) dans sa rédaction du 17 février 2019

 

Notes

[1]     Jean-Claude Gémar, « De la traduction juridique à la jurilinguistique : la quête de l’équivalence », Meta: Journal des traducteurs 60, no 3 (2015) : 476, 491, https://doi.org/10.7202/1036139ar.

[2]     Jean-Claude Gémar, « Traduire le droit. Lettre, esprit et équivalence », dans Traduction du droit et droit de la traduction, sous la direction de Marie Cornu et Michel Moreau (Paris: Dalloz, 2011).

[3]     Deborah Cao, Translating law (Buffalo: Multilingual Matters, 2007), 33.

[4]     Florence Terral, « L’empreinte culturelle des termes juridiques », Meta: Journal des traducteurs 49, no 4 (2004) : 876, 880, https://doi.org/10.7202/009787ar.

[5]     Nicholas Foster, (2000) : « Company Law Theory in Comparative Perspective : England and France », The American Journal of Comparative Law, 48-4 (2000) : 573, cité dans Florence Terral, « L’empreinte culturelle des termes juridiques », Meta: Journal des traducteurs 49, no 4 (2004) : 876, https://doi.org/10.7202/009787ar.

[6]     Gérard Cornu, « Synthèse », dans O. Snow et J. Vanderlinden (dic.), Français juridique et science du droit, Bruxelles, Bruylant, 1995, 13, cité dans Jean-Claude Gémar, « Traduire le droit. Lettre, esprit et équivalence », dans Traduction du droit et droit de la traduction, sous la direction de Marie Cornu et Michel Moreau (Paris: Dalloz, 2011), 133.

[7]     Jean-Claude Gémar, « Traduire le droit. Lettre, esprit et équivalence », dans Traduction du droit et droit de la traduction, sous la direction de Marie Cornu et Michel Moreau (Paris: Dalloz, 2011), 133.

[8]     Kate Nicholson, Harrapś Dictionnaire Juridique : Law Dictionary ; Francais-Anglais, English-French, (Paris : Dalloz, 2004).

[9]     Florence Terral, « L’empreinte culturelle des termes juridiques », Meta: Journal des traducteurs 49, no 4 (2004) : 876, 883, https://doi.org/10.7202/009787ar.

[10]   Judith Lavoie, « Faut-il être juriste ou traducteur pour traduire le droit ? », Meta: Journal des traducteurs 48, no 3 (2003) : 393, https://doi.org/10.7202/007599ar ; Christiane Bélanger et al., « « Faut-il être juriste ou traducteur pour traduire le droit ? » : contribution au débat », Meta: Journal des traducteurs 49, no 2 (2004) : 457, https://doi.org/10.7202/009370ar.

La traduction francophone, oui ! Mais quel français ?

Par Jonathan Sobalak, étudiant M2 TSM

 

variete

Source de l’image : https://www.easyvoyage.com/actualite/quebec-vs-france-quelles-sont-les-differences-entre-les-deux–62809

 

Pour un traducteur, les difficultés au jour le jour sont nombreuses : garder l’équilibre entre le sens et le style, trouver la bonne terminologie, adapter la traduction au public visé ou au client. Mais pour la plupart des langues, y compris le français, il existe une autre difficulté. Trouver un terme technique équivalent en français représente déjà un obstacle, mais concernant les termes courants, il ne faut pas prendre leur traduction à la légère, pour une raison simple : les spécificités régionales. En effet, les termes de la vie courante, même parfois très simples, n’ont pas forcément la même appellation en France, en Belgique, au Québec, en Suisse ou encore dans les DOM-TOM. C’est un souci de plus à rajouter à une liste déjà longue d’éléments problématiques en traduction. Et ces différences ne concernent pas seulement le lexique, mais aussi les termes identiques qui n’ont pas la même définition, ou ne font pas référence au même signifié. Je vous propose de passer en revue les problèmes majeurs qu’impliquent ces disparités régionales.

Des différences dans le lexique

Du point de vue des Français, quand on parle du français québécois, on pense immédiatement à la particularité de l’accent et parfois à la difficulté que l’on rencontre quand il est question de comprendre parfois une simple phrase. Cela représente un défi pour les interprètes certes, mais les accents disparaissent à l’écrit : les traducteurs, qui n’ont pas à s’en soucier, n’auraient donc pas de problème ? Pas vraiment, car ce n’est pas la seule particularité de ce français. Entre anglicismes et mots désuets voire inexistants en France, il sera parfois difficile pour un français de rendre une bonne traduction d’une langue étrangère vers le français québécois ; mais il devra faire attention aussi à ne pas recourir à des termes propres au français québécois pour une traduction vers le français de France. C’est bel et bien le risque qu’on encourt lorsqu’on utilise des dictionnaires en ligne tels que Termium ou encore le Grand dictionnaire terminologique, d’origine québécoise.

Au traducteur alors de vérifier ses sources et d’adapter sa traduction selon sa cible, car traduire « convenience store » par « dépanneur » comme l’indique Termium posera un gros problème de sens en français de France, puisque qu’un dépanneur au Québec, c’est l’équivalent d’une supérette dans l’hexagone. Il faut aussi faire attention au registre de langue, ainsi « piger » au Québec est un mot de registre courant (qui signifie prendre), un mot dont l’utilisation est impensable en français de France dans un registre autre que familier.

Mais le français belge n’est pas en reste en ce qui concerne les différences lexicales, ainsi utiliser le terme de « voie de circulation » pour une traduction vers le français belge constituera une erreur terminologique et affectera la qualité de la traduction finale, car en Belgique, c’est bien de « bandes de circulation » dont il est question. Le même cas concerne le clignotant en France par exemple, qu’on appelle « clignoteur » en Belgique. Voilà autant de raisons d’être attentif au lexique que l’on utilise lors d’une traduction vers un français précis.

Pensez à l’influence de Shakespeare

Les anglicismes, c’est l’utilisation courante d’un terme anglais dans une autre langue, le français dans le cas présent. Et les anglicismes peuvent être différents, absents ou utilisés d’une autre manière selon le français concerné. Par exemple, le français québécois, qui se vante pourtant de ne pas être autant influencé par la langue anglo-saxonne, possède de nombreux termes anglais dans son lexique, que nous n’avons pas récupérés en France. On peut citer par exemple un « fan » pour signifier un ventilateur, ou encore le terme « gun » pour les pistolets. En revanche, certains anglicismes adoptés en France ne l’ont pas été dans cette région, comme un « parking » ou un « drive-in », termes anglais absents du registre québécois : là-bas, ce sont des stationnements et des services au volant.

Mais les anglicismes ne s’arrêtent pas seulement aux termes en eux-mêmes : les constructions de phrase et la syntaxe peuvent aussi être influencées par l’anglais. Ainsi, pour garder la même région comme exemple, une construction telle que « demander une question » serait impensable en français de l’hexagone, mais c’est pourtant la norme au Québec. Un terme ou une construction de phrase, qui nous paraît évident au moment de la traduction, a alors toutes les chances de sonner faux et d’exposer la vraie nature de votre texte : une traduction mal adaptée à la région linguistique. À prendre en compte lors de votre prochaine révision/recherche terminologique.

La traduction machine et les outils de TAO, peut-on leur faire confiance ?

En effet, une question se soulève alors : les outils du traducteur sont-ils adaptés à cette problématique ? Et celle-ci mérite bien d’être posée. Pour la traduction machine, on peut penser par exemple aux deux outils les plus utilisés du domaine : DeepL et Google Translate. Ils possèdent bien comme fonctionnalité la traduction vers ou depuis le français de France, mais qu’en est-il du français belge, suisse ou ivoirien ? C’est une composante à prendre en compte lorsque l’on utilise ces outils, que ce soit pour les traducteurs ou les particuliers.

Les dictionnaires quant à eux devraient être en nombre suffisant pour contenter chaque région linguistique, mais ce n’est pas forcément le cas des concordanciers. Bien que Tradooit, par exemple, précise dans son adresse son origine canadienne pour nous prévenir qu’il est possible d’y trouver du français du Québec, Linguee lui n’indique en aucun cas qu’il possède les variétés linguistiques ailleurs que dans la source des documents cités. Ainsi, c’est à l’utilisateur d’être vigilant quant aux propositions du site, sous peine d’opter pour un « piger » en lieu et place de « prendre ».

Fort heureusement pour la traduction assistée par ordinateur, Studio, le leader du marché, a prévu cette possibilité et propose différentes langues selon les régions linguistiques, pour le français mais aussi beaucoup d’autres langues comme l’anglais ou l’espagnol.

 

Je ne peux donc que vous conseiller d’être vigilant si vous avez besoin de traduire un texte vers le français, que ce soit pour le public visé ou pour les sources de vos recherches, car au Québec, on ne fait pas de shopping mais bien du magasinage, et si vous cherchez des betteraves en Suisse, préparez-vous à trouver des carottes rouges !

 

Sources :

http://correspo.ccdmd.qc.ca/index.php/document/parce-que-ce-ne-sont-pas-que-des-mots/usages-lexicaux-propres-au-francais-du-quebec/

https://culturesconnection.com/fr/francais-quebec-france-differences/

https://www.erudit.org/fr/revues/meta/1994-v39-n1-meta188/004293ar/

L’ergonomie au bureau

Par Jimmy Gabreau, étudiant M2 TSM

ergonomie

 

Ce lundi 21 janvier 2019 a été l’occasion pour nous, étudiants du Master TSM, d’assister à une conférence ayant pour thème central l’ergonomie. Cet évènement, animé par deux intervenants professionnels, Elisabeth Lavault-Olléon et Quentin Pacinella, avait pour but de sensibiliser les futurs traducteurs ou gestionnaires de projets que nous sommes à la question de l’ergonomie en traduction, et plus largement au bureau, car les traducteurs ne sont pas les seuls concernés par cette problématique. C’est un sujet qui peut prêter à sourire, mais passer sa journée assis devant un écran d’ordinateur peut réellement engendrer divers problèmes de santé. Dans cet article, je ferai donc l’écho de ce qui a été évoqué lors de cette conférence, en particulier le type de matériel à adopter et les conseils à suivre au quotidien pour se prémunir au maximum de ces risques.

 

Quel matériel se procurer ?

Le plus évident lorsque l’on parle ergonomie est de penser au clavier. C’est en effet bien connu, la disposition AZERTY, omniprésente sur nos claviers en France, est loin d’être idéale et bien souvent laborieuse. Je n’entrerai pas dans les détails ici, car c’est un sujet qui a déjà été traité à plusieurs reprises sur ce blog, je vous invite donc à consulter les articles qui en ont parlé mieux que je ne pourrais le faire, notamment l’article de Quentin Pacinella « j’ai testé pour vous : la disposition BÉPO ».

Autre élément important : la souris. Il va sans dire que le pavé tactile d’un ordinateur portable est aussi peu pratique que fatigant à utiliser, mais les souris classiques, filaires ou sans-fil, n’en sont pas moins traumatisantes pour nos poignets. En effet, utiliser ce genre de souris vous oblige à tourner légèrement votre poignet, à orienter la paume vers le bas. Or, cette torsion, aussi légère soit-elle, couplée aux mouvements de notre bras, peut finir par provoquer des troubles musculosquelettiques, des tendinites ou des complications au niveau du canal carpien. Ce sont des problèmes désormais bien connus, c’est pourquoi les souris ergonomiques sont de plus en plus prisées. Contrairement aux souris classiques et à leur disposition horizontale, les souris ergonomiques ont pour but de supprimer la torsion du poignet en adoptant une disposition verticale, plus proche de la position naturelle de nos poignets. C’est dans l’intérêt de toute personne travaillant sur ordinateur de tester ce genre de souris dont le seul « défaut » réside dans le léger temps d’adaptation à cette nouvelle architecture, un moindre mal donc.

Les écrans d’ordinateur font également partie des éléments pouvant porter préjudice à notre santé. Passer la journée devant son écran peut donc entraîner une fatigue visuelle plus ou moins prononcée qui se manifeste par des picotements dans les yeux, une sécheresse oculaire, des maux de tête ou encore une myopie temporaire. Il existe plusieurs moyens d’éviter cela : placez votre écran à une distance d’au moins 50 centimètres de vos yeux, adaptez la luminosité de votre écran à la lumière ambiante, faites des pauses de façon régulière et fixez un point éloigné pendant quelques secondes afin de réhabituer vos yeux à voir de loin.

Depuis quelques années, on entend souvent parler des effets néfastes de la lumière bleue émise par l’ensemble de nos écrans qui serait la principale responsable de la fatigue visuelle. Même si leur réelle utilité reste encore à démontrer, force est de constater que l’utilisation d’un filtre anti-lumière bleue, notamment dans un environnement peu éclairé, augmente le confort visuel et réduit l’éblouissement des écrans. Il existe donc des écrans conçus spécialement pour lutter contre cela, mais, si votre écran n’est pas doté d’une telle protection, sachez que des filtres anti-lumière bleue gratuits sont très facilement trouvables sur internet et que même Windows 10 en possède un. Une autre solution possible est d’opter pour des lunettes dont les verres permettent de réduire légèrement l’éblouissement des écrans. Je possède moi-même ce type de verres et, même s’ils n’ont pas exactement l’efficacité d’un filtre anti-lumière bleue, ils rendent le travail sur ordinateur bien plus agréable sans pour autant détériorer la qualité de vision en dehors des écrans.

La qualité du fauteuil sur lequel vous passez la majorité de votre journée est une composante primordiale lorsque l’on parle d’ergonomie. En effet, un fauteuil mal adapté à votre anatomie peut engendrer de lourds troubles musculosquelettiques. Il est important de bénéficier d’un support lombaire solide pour éviter d’avoir une posture arc-boutée tout au long de la journée, ce qui finirait par provoquer de vives douleurs. De plus, il vous faudra opter pour un fauteuil avec une assise réglable en hauteur afin d’avoir les pieds qui touchent le sol et une position correcte des jambes. Disposer d’accoudoirs réglables est fortement recommandé puisqu’ils aideront à adopter une posture correcte et à réduire la torsion des poignets évoquée auparavant. Trouver un fauteuil de qualité à un prix raisonnable n’est pas aisé, mais cela reste un investissement que j’estime essentiel afin d’éviter toute complication liée à une mauvaise posture, mais aussi pour gagner en productivité.

 

Quelques conseils :

Comme vous aurez pu le constater, travailler assis peut être bien plus épuisant qu’il n’y parait de prime abord. C’est pourquoi il convient d’adopter des petits réflexes au quotidien afin d’améliorer son confort au travail et d’atténuer la fatigue que peut entraîner la station assise. Il est donc conseillé de faire des pauses régulières, toutes les heures dans l’idéal, afin de marcher, de vous étirer, de vous reposer les yeux, etc. Ce conseil est d’autant plus important si vous avez des soucis de circulation sanguine, qui pourraient être aggravés par un manque de mouvement dans votre journée.

Enfin, de nombreux accessoires de bureau existent pour augmenter un peu plus votre confort au travail. Vous pouvez opter pour un tapis de souris ergonomique doté d’une partie remplie de gel afin de soutenir votre poignet et d’éviter sa torsion. Le même genre d’accessoire est disponible pour les claviers. Investir dans un repose-pieds est également une bonne solution dans le but d’adopter une posture convenable. Si vous travaillez sur ordinateur portable, je ne peux que vous recommander d’utiliser un support afin de le surélever à hauteur de vos yeux, mais aussi de vous procurer un clavier et une souris (ergonomique) externes pour faciliter la navigation et la saisie.

 

J’espère que ces quelques informations et conseils vous seront utiles et qu’ils vous aideront à adopter des accessoires et des habitudes de travail plus ergonomiques sur le long terme, votre corps vous en sera reconnaissant.