Comment gagner en expérience lorsque l’on est étudiant(e) en traduction ?

Par Elise Guilbert, étudiante M1 TSM

illustration article blog - elise guilbert

L’expérience est un atout primordial pour tous les métiers. Aujourd’hui, de plus en plus d’entreprises demandent un certain nombre d’années d’expérience aux candidats qui souhaiteraient travailler pour elles. Les étudiant(e)s en traduction ne sont pas en reste, surtout dans un secteur aussi concurrentiel où expérience rime avec qualité.

Cependant, tout n’est pas perdu d’avance : il est possible d’acquérir de l’expérience de diverses façons avant d’arriver sur le marché du travail de diverses façons.

 

Les stages

Une étape désormais incontournable pour tous les étudiant(e)s de nos jours. Le stage en agence ou dans un service de traduction est une chance à ne surtout pas laisser passer.

La plupart des masters en traduction incluent un stage mais la durée et le nombre de ces derniers varient selon l’université.

Avec le Master Traduction Spécialisée de l’Université de Lille 3, les étudiant(e)s en traduction doivent effectuer deux stages obligatoires pour valider leurs années : un stage d’une durée de 2 mois minimum en M1, et un autre d’une durée de 6 mois en M2.

Bien évidemment, le choix de l’entreprise n’est pas à prendre à la légère puisque le niveau d’expérience acquis à l’issue de ce stage dépend de ce que l‘étudiant(e) apprendra et découvrira pendant celui-ci (pas question de gagner de l’expérience en tant que photocopieur professionnel donc).

Au cours du stage, il est important de poser autant de questions que nécessaire. Cela est primordial pour connaître les attentes du marché et/ou celle du client (traduction littérale ou plus libre par exemple), afin de savoir comment un traducteur expérimenté procède lorsqu’il traduit, quels changements grammaticaux sont à effectuer d’une langue à l’autre pour que le texte cible soit plus naturel ou encore pour utiliser au mieux les outils de traduction assistée par ordinateur.

 

Le bénévolat

Une autre possibilité pour gagner de l’expérience lorsque l’on est un étudiant(e) en traduction, c’est le bénévolat.

Rien de plus facile, il suffit tout simplement de proposer ses services gratuitement, le plus souvent auprès d’organisations à but non lucratif. Il existe de nombreuses associations qui ont besoin de traductions réalisées bénévolement, alors n’hésitez pas ! Si vous ne savez pas où commencer à chercher, voici une petite liste d’organisations à la recherche de traducteurs/traductrices bénévoles : https://www.nakedtranslations.com/fr/2007/traduction-et-bnvolat/

Certaines agences de traduction peuvent aussi avoir recours au bénévolat : c’est notamment le cas de l’entreprise dans laquelle j’ai effectué mon stage de M1. Chez Anja Jones Translation, un programme de traduction bénévole (ou presque) existe : le traducteur/la traductrice est un(e) étudiant(e) et l’entreprise qui demande ce service ne sera facturé que pour la relecture, effectuée par un traducteur/une traductrice professionnel(le).

Toutefois, faites attention à ne pas vous faire exploiter avec des traductions à réaliser sous des délais très courts. Veillez aussi à ne pas traduire trop vite sous prétexte qu’il s’agit de bénévolat…

 

Le sous-titrage

Comme mentionné dans cet article écrit par Alexandre Moreau il y a quelques semaines sur le blog, Netflix, la célèbre entreprise qui permet de voir séries et films en streaming possède sa propre plateforme afin de recruter ses traducteurs/traductrices. Vous devrez cependant passer un test d’une durée d’une heure et trente minutes sur la plateforme Hermes avant d’avoir la possibilité de traduire. Inconvénient : tout le monde peut devenir traducteur/traductrice pour Netflix, sans parler des prix considérés comme étant trop bas pour des professionnels.

Si vous ne souhaitez pas forcément être rémunéré pour faire des sous-titres, il existe d’autres plateformes pour lesquelles vous pouvez effectuer ce travail. Le site internet TED par exemple, dont l’objectif est de diffuser des idées et savoirs sur divers sujets, vous propose de traduire des sous-titres pour les vidéos de conférences présentes sur son site. Ces dernières sont par ailleurs parfaitement adaptées pour des étudiant(e)s en traduction technique car les conférences peuvent porter, entre autres, sur des sujets médicaux, environnementaux, économiques, etc.

 

Wikipédia

Une façon plutôt intéressante d’acquérir de l’expérience. Tout le monde le sait, il est possible pour n’importe qui de créer une page Wikipédia. C’est bien de rédiger un article sur un monument, une ville ou un musicien mais pourquoi pas le traduire, pour que le plus grand nombre puisse le lire ?

Alors certes, tout le monde peut également traduire des articles Wikipédia, mais si vous êtes étudiant(e) en traduction, beaucoup de professionnels vous diront que l’expérience s’acquiert en traduisant : plus vous en faites, mieux c’est. C’est pour cela que traduire des articles Wikipédia est une bonne idée (en plus, vous apprendrez énormément sur divers sujets).

 

Devenir freelance

Vous pouvez aussi proposer vos services en tant que freelance sur différentes plateformes dédiées aux traducteurs/traductrices comme ProZ ou bien encore directement auprès d’agences (chez Anja Jones Translation, il y a aussi un Graduate Junior Translator Scheme : l’étudiant(e) ou le/la jeune diplômé(e) est alors payé(e) et bénéficie d’un retour sur ces traductions pour lui permettre de progresser plus rapidement). En choisissant cette option, vous n’avez plus droit à l’erreur, car vous vous présentez comme un professionnel. C’est donc plutôt recommandé vers la fin du Master pour commencer à remplir son carnet d’adresses.

 

Voilà donc quelques idées pour acquérir de l’expérience si vous êtes un étudiant(e) en traduction. Tout dépend de ce que vous recherchez mais plusieurs options s’offrent à vous. Le plus important est de traduire régulièrement et sérieusement et l’expérience viendra naturellement !

 

 

Sources :

https://www.nakedtranslations.com/fr/2007/traduction-et-bnvolat/

http://www.lesmotsnomades.com/traduire-benevolement-quelques-regles-dor/

http://www.anjajonestranslation.co.uk/translation-services/graduate-translator-support-scheme/

https://www.ted.com/participate/translate

https://tests.hermes.nflx.io/

 

 

Le juste titre

Par Youssef Dine, étudiant M1 TSM

 

image_blog

 

Le cinéma américain nous a offert des scènes mythiques qui resteront à jamais gravées dans nos mémoires. On peut citer comme exemple la scène où le grand requin blanc fait sa première apparition dans le chef d’œuvre de Steven Spielberg « Mâchoires », ou encore celle de la roulette russe dans « Le chasseur de cerf » avec Robert De Niro.

Quoi ? Ces films ne vous disent rien ? C’est normal…

Si je vous parle maintenant des « Dents de la mer » ou de « Voyage au bout de l’enfer », c’est beaucoup plus clair, n’est ce pas ? Vous l’aurez compris, j’ai délibérément choisi de traduire littéralement les titres de ces grands classiques des années 1970 pour vous montrer à quel point la traduction des titres a son importance pour assurer leur succès outre-Atlantique.

Dans ce billet, je propose une réflexion sur les différents cas de figure qui se posent au moment de traduire un titre de film ou de livre dans le cas où il s’agirait d’une adaptation (ce qui n’affecte guère la problématique initiale).

hamlet_blog

Lorsque la traduction est inutile

Quand le titre en anglais fait référence au personnage principal, à l’environnement du film ou au lieu dans lequel il se déroule, il n’est en général jamais traduit. Ainsi, Forrest Gump, King Kong, Rocky, Casablanca, ou encore Chinatown n’ont pas changé de titre à leur sortie en France.

Il en va de même pour des séries télévisées comme Dexter, Twin Peaks, Sherlock, Broadchurch et bien d’autres.

 

Lorsqu’il est préférable de ne pas traduire

Bien souvent le titre en français reste le même, bien qu’il ne fasse pas référence au personnage principal ou au lieu dans lequel il se déroule. Contrairement à nos amis québécois qui nous offrent des traductions littérales souvent risibles, des films comme Pulp Fiction, Apocalypse Now, Dirty Dancing, Scarface, Ghost, Trainspotting, Raging Bull, Braveheart, Full Metal Jacket, Fight Club, Requiem for a Dream ou Taxi Driver, pour ne citer qu’eux, n’ont pas été traduits en France. Il faut bien avouer que « Fiction pulpeuse », « Danse lascive », « Ferrovipathe » ou « Mon fantôme d’amour » n’auraient sûrement pas fait le même carton au box office…

Alors pourquoi ne pas traduire ces titres ? Evidemment l’aspect commercial est primordial pour comprendre ce phénomène. Un film est avant tout caractérisé par son titre, un mauvais titre peut nuire au succès de celui-ci. En ce qui concerne les exemples cités plus haut, on peut noter qu’ils ont tous un point commun : ils ont un impact sonore suffisamment efficace pour rendre toutes traductions futiles. Même pour un public français qui ne maîtrise pas la langue de Shakespeare, ces titres sont accrocheurs et donnent envie de regarder le film. Et en plus, leur prononciation est plutôt facile, même pour les plus mauvais d’entre nous. On peut aussi ajouter que sans être bilingues, ces titres sont à peu près compréhensibles. En effet, on devine que Braveheart fait référence à un personnage courageux, que Dirty Dancing parle de danse ou que le personnage principal de Taxi Driver est chauffeur de taxi.

On peut ajouter que l’anglais a pris une place tellement importante aujourd’hui, que certains traducteurs français choisissent de changer le titre original en anglais pour un autre… EN ANGLAIS ! Ainsi The Hangover a été « traduit » par Very Bad Trip et Silver Linings Playbook par Happiness Therapy, par exemple.

 

Lorsqu’une traduction littérale est acceptable

Il est bien sûr plus simple de traduire littéralement un titre quand cela est possible. Comme je l’ai dit précédemment, la sonorité est primordiale. Alors, lorsqu’une traduction littérale permet d’obtenir un titre de film dont l’impact sonore est le même qu’en anglais, pourquoi s’en priver ? Ainsi, The Godfather a été traduit par Le Parrain, Schindler’s List par La Liste de Schindler, Saturday Night Fever par La fièvre du samedi soir, ou Singin’ in the Rain par Chantons sous la pluie. On voit bien qu’en français, ces titres sont tout aussi accrocheurs que leur version originale.

Dans certains cas, traduire littéralement n’est pas une solution car cela aboutit à des titres loufoques qui n’auraient pas de sens en français. Cependant une traduction est tout de même nécessaire car le titre en anglais ne parlerait pas à un public francophone. On parle alors de transcréation. Cela nous amène à notre dernier cas.

 

Lorsque la transcréation est nécessaire

Comme nous l’avons vu en cours de traductologie, il est souvent nécessaire d’aller au delà de la traduction pour produire un titre digne de ce nom. Un véritable effort créatif doit être réalisé et cela engendre des titres en français parfois meilleurs que les originaux. Ainsi un classique du Western High Noon est devenu l’un des titres les plus immédiatement identifiables du cinéma américain : Le train sifflera trois fois.

Les films d’Alfred Hitchcock constituent également un bon exemple. Bien que des films comme Psychose ou Les Oiseaux aient été traduits littéralement, pour d’autres, il a vraiment fallu s’éloigner du titre original. Par exemple, Dial M for Murder, qui raconte l’histoire d’un crime qui se veut parfait, est devenu tout naturellement Le crime était presque parfait. On peut également citer North by Northwest qui a été traduit par La Mort aux trousses, ou encore Vertigo par Sueurs froides.

Pourquoi aller aussi loin ? Là encore pour des raisons commerciales. Qui serait aller voir un film qui se serait appelé « Midi » ou « Faites le M pour meurtre » ? Il en va de même pour la célèbre saga Die Hard où chacun des films a été traduit différemment (Piège de cristal, 58 minutes pour vivre, Une journée en enfer et Retour en enfer) pour éviter d’avoir recours à un étrange « Mourir durement »… De la même manière, la série de films parodiques Airplane! est devenu Y a-t-il un pilote dans l’avion ? au lieu de « Avion ! ».

De plus il est important de s’adapter au public cible, ainsi le premier livre de la saga Harry Potter, Harry Potter and the Philosopher’s Stone n’a pas été traduit par « Harry Potter et la pierre philosophale » mais par Harry Potter à l’école des sorciers, beaucoup plus vendeur pour les enfants français qui peuvent plus facilement s’identifier au personnage.

 

Mais les auteurs ne prennent-ils pas parfois trop de liberté avec leur traduction ?

Quand The Shawshank redemption devient Les Evadés en français, ne serait-ce pas un spoiler par hasard ? Le titre français gâche un peu le twist final qui rend ce film si spécial.

De la même manière, revenons à la traduction de The Deer Hunter, qui est devenu Voyage au bout de l’enfer en français. Alors que le titre original préfère se focaliser sur le groupe d’amis sidérurgistes et amateurs de chasse, le titre français fait plus référence à l’ « enfer » qu’ils vont vivre au Vietnam pendant la guerre (45 minutes sur 2h55 au total). Encore une fois, ce choix relève plus du marketing qu’autre chose, appeler un film « Le chasseur de cerf » tout en précisant qu’il s’agissait d’un film sur la guerre du Vietnam aurait prêté à confusion.

 

On peut conclure de tous ces exemples, qu’à l’heure de traduire un titre, l’aspect commercial et sonore, en plus de la prise en compte du public cible, est tout aussi important (voire plus important) que la fidélité au titre original. Il est parfois compliqué de combiner les deux. Le traducteur doit donc faire un choix et on en revient donc au débat éternel entre fluidité et fidélité, sauf que dans ce cas là on pourrait le reformuler ainsi : fidélité vs. sonorité.

 

Liens :

http://www.topito.com/top-des-titres-de-films-mal-traduits

http://www.jprissoan-histoirepolitique.com/la-vie-de-l-esprit/critiques-de-films/thedeerhuntervoyageauboutdelenfercimino1978

http://www.allocine.fr/diaporamas/cinema/diaporama-18642113/

http://www.lexpress.fr/culture/cinema/pourquoi-traduire-les-titres-de-films-anglais-en-anglais_1575343.html

Recherches terminologiques : des idées de sites à consulter

Par Elisabeth Jacob, étudiante M1

La recherche terminologique constitue une part importante du travail d’un traducteur. De fait, que ce soit pour les étudiants ou les professionnels, consulter des ressources linguistiques en ligne est aujourd’hui indispensable. Or, l’on retrouve sur internet un nombre incalculable de dictionnaires, de glossaires, de bases de données terminologiques ou encore de concordanciers bilingues en tous genres. Difficile de s’y retrouver ! C’est pourquoi, je vous propose un tour d’horizon des ressources linguistiques en ligne qui pourront faciliter vos recherches et vous faire gagner du temps.

Commençons tout d’abord par un petit rappel :

Un dictionnaire est un recueil de mots classés par ordre alphabétique et accompagnés d’une traduction (dans le cas des dictionnaires bilingues) ou d’une définition (dans celui des unilingues) [cf. sources].

Un glossaire regroupe des termes appartenant à un même domaine. Pour les besoins de la traduction, les glossaires peuvent contenir des termes en langue source, leur traduction dans la langue cible, ainsi que d’autres données telles que la définition, le contexte, etc. [cf. sources]

Une base de données terminologiques est une base de données multilingue où l’on enregistre les traductions de différents termes approuvées par les traducteurs, dans un souci de cohérence.

Enfin, un concordancier bilingue est un outil d’aide à la traduction qui, grâce à un corpus regroupant de nombreux textes bilingues, permet de rechercher des termes en contexte et de trouver leur traduction.

dictionnary

 

BASES DE DONNÉES TERMINOLOGIQUES

Les bases terminologiques sont par définition très fiables, puisque leur contenu a été approuvé par une autorité compétente. En voici les plus importantes :

  • IATE (Interactive Terminology for Europe)

Vous connaissez très probablement déjà la base de données terminologique multilingue de l’Union européenne, disponible au grand public depuis mars 2007. Elle a l’avantage non négligeable de proposer toutes les combinaisons linguistiques de l’UE, et ce dans un très grand nombre de domaines. Il est possible de sélectionner plusieurs langues cibles à la fois, ce qui est très pratique quand on doit élaborer un glossaire multilingue. Il faut cependant prendre en compte l’indice de fiabilité pour chaque terme.

En ligne depuis septembre 2000, cette banque de données terminologiques a été créée par l’Office québécois de la langue française.  Elle regroupe près de 3 millions de termes appartenant à de nombreux domaines. Dans chaque fiche, l’on retrouve le terme en français, son domaine, sa définition, sa traduction en anglais (et parfois aussi en latin) ainsi que le nom de l’auteur et la date de création de la fiche. Il possible de cocher un domaine au préalable afin d’affiner sa recherche. Il faut cependant garder en mémoire qu’il s’agit d’un site canadien, et qu’il peut y avoir des différences entre le français canadien et le français de France.

TERMIUM Plus® est la banque de données terminologiques et linguistiques du gouvernement canadien. C’est l’une des plus grandes du monde, une véritable mine d’or pour les traducteurs. Elle a l’avantage de donner accès à des termes en anglais et en français, mais aussi en espagnol et en portugais. De plus, l’on y retrouve aussi des acronymes, qui sont souvent difficiles à traduire.

Il s’agit de la base de données terminologiques de l’Organisation des Nations Unies. On peut y effectuer des recherches dans l’une des six langues officielles de l’ONU, à savoir l’anglais, l’arabe, le chinois, l’espagnol, le français et le russe, et ce dans des domaines très variés, comme par exemple l’environnement et l’énergie.

 

QUELQUES DICTIONNAIRES UTILES

Comme son nom l’indique, Techdico est un dictionnaire technique destiné aux professionnels de l’industrie. Lancé en 1997, le site propose plus de 3 600 000 traductions en anglais comme en français, dans des domaines très variés comme la chimie, l’ingénierie, l’aéronautique ou encore l’informatique. Ce qui est pratique, c’est que ce dictionnaire bilingue repère directement la langue de l’entrée. Il n’est donc pas nécessaire de modifier systématiquement la configuration des langues, comme c’est le cas pour la plupart des autres dictionnaires en ligne. Pour chaque terme, Techdico propose une ou plusieurs traductions, ainsi qu’une traduction en contexte (présentée comme un concordancier bilingue).

  • TLFi (Trésor de la langue française informatisé)

Le TLFi est la version en ligne du Trésor de la langue française, un dictionnaire papier en 16 volumes des XIXe et XXe siècles, paru entre 1971 et 1994. Il regroupe plus de 100 000 mots, 270 000 définitions, et de nombreux exemples… Développé par le laboratoire ATILF (Analyse et Traitement Informatique de la Langue Française), il a l’avantage de proposer des définitions très complètes (étymologie, histoire, exemples…). Son utilisation demande cependant un peu de pratique.

Ce dictionnaire de l’ingénierie est un regroupement de plusieurs dictionnaires techniques de langue anglaise. Il propose des définitions simples qui peuvent s’avérer très utiles à l’heure de traduire un texte technique dont on maîtrise mal le sujet.

Ce site anglophone est très intéressant si vous souhaitez vous informer sur le domaine des technologies de l’information. Je l’ai découvert par hasard alors que je cherchais une définition en informatique. Il est tenu par des journalistes et on y trouve plus de 10 000 définitions classées par thèmes.

Ce dictionnaire médical en français, mis à jour en 2016, compte près de 60 000 entrées. Pour chaque terme, l’on trouve la classe grammaticale, la définition, des éventuels commentaires, mais surtout, la traduction en anglais !

 

GLOSSAIRES

Il existe une multitude de glossaires en ligne, mais le plus notable est certainement Glossary Links. Il s’agit d’une base de données qui comprend pas moins de 5 000 glossaires constamment enrichis ! Ces glossaires sont régulièrement vérifiés et mis à jour par TermCoord, l’Unité Coordination de la terminologie du Parlement Européen. Pour trouver un glossaire, il suffit de sélectionner un domaine, d’entrer les mots-clés et de choisir les langues qui vous intéressent.

En somme, si cette liste est très loin d’être exhaustive, j’espère qu’elle vous aura donné des idées de sites à consulter lors de vos prochaines recherches terminologiques.

 

 

SOURCES :

http://dictionnaire.reverso.net/francais-definition/dictionnaire

https://www.technitrad.com/fr/qu-est-ce-qu-un-glossaire/

https://fr.wikipedia.org/wiki/Tr%C3%A9sor_de_la_langue_fran%C3%A7aise_informatis%C3%A9

http://www.linguaspirit-blog.com/article-33510391.html

http://www.granddictionnaire.com/index.aspx

https://www.actualitte.com/article/patrimoine-education/les-meilleurs-dictionnaires-de-langues-en-ligne/17297

http://www.formation-de-traducteurs.net/lue-donne-acces-a-plus-de-2500-glossaires/

Ces erreurs de traduction qui ont (dé)fait l’Histoire

Par Audrey Duchesne, étudiante M1

roosevelt

Source : https://qqcitations.com/citation/137170. Droits réservés.

Rares sont ceux qui n’ont jamais commis d’erreurs de traduction. Toutefois, certaines erreurs ont plus d’impact que d’autres : alors que les unes sont anecdotiques, les autres causent la mort de plusieurs milliers de personnes ou traversent les années sans qu’on ne les corrige. J’ai choisi de traiter quelques exemples dans ce billet.

  • À la fin de la Seconde Guerre mondiale, la ville de Bastogne (Belgique) est encerclée par les Allemands. Ces derniers exigent des Américains présents sur place qu’ils se rendent. Le Général Anthony McAuliffe, qui a commandé les troupes pendant le siège de Bastogne leur répond « nuts ». La traduction littérale « des noix » effectuée par l’interprète allemand sur place a laissé les généraux de la Wehrmacht dans l’incompréhension la plus totale …
  • Vers 1830, Washington engage des discussions avec la France à propos d’une indemnité. Le ton est vif et le président des États-Unis, Andrew Jackson, propose des mesures exceptionnelles au Congrès. Le message que la France envoie à la Maison Blanche commence ainsi : « Le gouvernement français demande … ». Or, un secrétaire traduit cette phrase par « The French Government demands … » ce qui ne signifie plus « demander » mais « exiger ». La réaction du président américain est immédiate : il annonce que « si le gouvernement français ose exiger quoi que ce soit des États-Unis, il n’obtiendra rien ». Heureusement, la traduction a été corrigée et le calme est revenu.
  • La vie sur Mars a été annoncée suite à une erreur de traduction. Des astronomes italiens avaient utilisé le terme « canali » pour décrire ce qu’ils considéraient comme des sillons à la surface de la planète. Ce mot a été traduit par « canaux », ce qui a laissé penser aux personnes travaillant sur le sujet que des formes de vie intelligentes avaient créé des réseaux navigables. Des livres ont été publiés et des astronomes ont développé des théories quant à une possible forme de vie sur la planète rouge, jusqu’à ce que la technologie montre que ces « canaux » n’étaient en réalité que des jeux d’ombres et de lumière sur la surface de Mars.

Ces traductions, n’ayant « que » causé de l’incompréhension ou une vive colère, certaines autres erreurs de traduction sont bien plus graves puisqu’elles ont coûté la vie à des milliers de personnes …

  • Tout porte à croire que le bombardement d’Hiroshima serait dû à une erreur de traduction. En effet, William Craig, dans son ouvrage The Fall of Japan, écrit qu’à l’issue de la Conférence de Potsdam en 1945, les Alliés ont adressé un ultimatum au Japon. Ils demandaient la « capitulation sans conditions de toutes les forces armées japonaises » sous peine de « destruction rapide et totale ». Le conseil de guerre japonais – composé du Premier ministre, du ministre des Affaires étrangères, du ministre de la Guerre, du ministre de la Marine, du chef des Armées et du chef de la Marine – pour contenter la presse, a établi un compte-rendu de sa réunion dans lequel le Conseil de guerre suprême répond « mokusatsu » aux Alliés. Or, ce mot est polysémique et est composé des éléments « silence » et « tuer » … Il pouvait donc être traduit par « aucun commentaire » mais également par « traiter avec mépris » ou « ignorer ». C’est la deuxième option qui a été retenue par les journalistes. La réponse traduite du japonais et adressée aux Alliés a donc été la suivante « Nous rejetons catégoriquement votre ultimatum ». La traduction erronée fera la une de tous les journaux du monde, les autorités japonaises ne pouvant plus rien faire pour s’expliquer. Dix jours après cette « réponse » mal traduite, les Alliés, pensant qu’ils étaient arrivés à un point de non-retour, larguèrent la bombe meurtrière sur la ville japonaise. Ce serait donc une erreur de traduction qui aurait coûté la vie à 70 000 personnes. Les linguistes la considèrent comme l’erreur de traduction la plus grave de tous les temps.
  • En août 2008, pendant la guerre entre la Russie et la Géorgie où chacune des parties revendiquait les régions séparatistes de l’Abkhazie et de l’Ossétie du sud, la France a joué un rôle de médiateur et un accord de cessez-le-feu a été signé. Toutefois, il n’a pas été compris de la même façon par les deux pays du fait d’une nuance dans la traduction. Dans la version russe, la nuance a été interprétée par la Russie comme l’autorisation de laisser ses chars « dans » les territoires reconnus comme appartenant à la Géorgie. Le document anglais, lui, aurait précisé que les forces armées russes devaient se retirer sur leurs positions de départ. Cette erreur de traduction a prolongé la guerre d’un mois.

À présent, voici deux exemples de traductions erronées qui ont voyagé à travers le temps.

  • On sait qu’il n’y avait pas de pommiers dans les pays bibliques. Or, dans la traduction française, le fruit défendu est une pomme … Cela est dû à une erreur de traduction du mot latin « pomum » qui signifie non pas « pomme » (malum) mais « fruit » en général. Ainsi, l’arbre en question ne serait pas un pommier mais plutôt un figuier. Selon la légende de la Genèse, ce serait donc une figue qu’Adam aurait mangée et qui lui serait restée en travers de la gorge.
  • Dans le même ton, le passage de l’Évangile qui raconte qu’ « il est plus facile à un chameau de passer par un trou d’aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Royaume des Cieux » est une erreur de traduction. Le traducteur a confondu les mots grecs « kamelos » (chameau) et « kamilos » (câble). Toutefois, l’enseignement étant clair, l’erreur n’a pas été corrigée.

Heureusement, les erreurs de traduction ne mettent pas toutes le monde en danger. Toutefois, le traducteur doit se montrer très prudent et très informé lorsqu’il traduit des textes d’importance capitale, comme ici, lorsqu’une guerre ou lorsque des vies sont en jeu. Il ne faut pas oublier que l’interprétation du traducteur joue un rôle fondamental dans sa traduction. Il doit donc être certain de traduire ce qui a vraiment été voulu dire, s’informer des différences entre les langues et des différences de culture.

Sources :

Braille et musique : traduction, transcription, et interprétation

 

Par Romain Woch, étudiant M1 TSM

 

Rappel

Nous devons l’apparition du braille au Français Louis Braille qui l’inventa en 1829 alors qu’il suivait des études à l’Institut National des Jeunes Aveugles[1]. C’est très jeune qu’il améliorera le code Barbier[2] et qu’il exposera pour la première fois sa méthode.

Il deviendra l’inventeur d’un système utilisant une cellule braille composée de six points en relief permettant l’assemblage de 64[3] combinaisons. En d’autres termes, un système typologique aussi bien adapté aux mathématiques qu’à la musique.

braille

 

L’apparition du braille a d’abord résolu les problèmes auxquels faisait face la population aveugle ou malvoyante de l’époque. Valentin Haúy avait observé qu’il était possible de reconnaître tactilement les caractères d’imprimerie en relief et à partir de là il établit sa méthode de lettres gaufrées. Néanmoins, il a très vite fallu se rendre à l’évidence qu’il s’agissait d’une méthode trop imprécise et trop compliquée à faire intégrer aux enfants. Ainsi, le système simplifié de Louis Braille deviendra le premier système typologique pour aveugles.

Le braille est aussi devenu la première alternative permettant aux militaires de lire la nuit.

 

Braille et musique

À l’époque les aveugles souffraient d’un réel manque de partitions adaptées à leur handicap. Il est bien trop difficile de se servir de ses doigts pour lire une partition en relief alors que ces derniers doivent être libres pour jouer d’un instrument.

La principale difficulté est que l’information apportée au cerveau ne sera pas la même qu’elle passe par le toucher ou par la vue. En effet, les yeux permettent d’envoyer de nombreuses informations au cerveau via le traitement parallèle des informations. Au contraire, les doigts traitent ces informations en série (un bit d’information après l’autre) ce qui ralentit indubitablement toute réponse et interprétation. Le challenge de la transcription était de permettre aux malvoyants d’accéder à toutes les informations et distinctions nécessaires à la musique : notes, accords, tons, pauses, etc. Louis Braille déploya un code musical permettant aux malvoyants de se réconcilier avec cet apprentissage si difficile qu’est celui de la musique.

Précédemment, la musique pour aveugles ou malvoyants découlait de la méthode de Jean-Jacques Rousseau mais cette dernière présentait deux problèmes de taille : elle reposait sur l’impression gaufrée et ne rendait pas la représentation des durées. Pour pallier cela, Louis Braille, comme il l’avait fait pour le braille littéraire, transposa cette méthode afin qu’elle s’accorde parfaitement avec son système à six points. Après cinq années d’ajustements, il finit par baser cette méthode sur sept notes représentant les gammes du solfège. Il décida alors de traduire les notes de musiques en les remplaçant par les lettres « » à « » de l’alphabet braille. Mais comme vous aurez pu le remarquer, avec seulement sept combinaisons, le toucher ne peut rendre ce que l’œil voit.

Ainsi, Louis Braille poursuivit la transcription du braille en musique en ajoutant certains points :

  • Note + point 6 = noire / quadruple croche
  • Note + point 3 = blanche / triple croche
  • Note + points 3 et 6 = ronde / double croche

 

braille2

Il lui était crucial de redonner accès à la musique aux malvoyants car selon lui toute personne, et plus particulièrement les malvoyants, désirant adhérer strictement à l’œuvre du compositeur doit s’appuyer sur une partition. La musique est une forme de langage à part entière et il est nécessaire d’en maîtriser un maximum d’aspects afin de rendre des résultats dignes de l’émotion qu’a souhaité faire partager le compositeur.

Il était nécessaire de traduire la musique en braille, car comme à l’image de l’acteur qui s’approprie son rôle, le musicien, afin de pouvoir s’approprier un morceau, doit interpréter la partition.

Mais bien avant cela le futur musicien devra apprendre les bases de la musique, en d’autres termes le solfège, avec l’aide d’un « traducteur », son professeur, lui permettant d’intégrer les partitions. C’est un processus par lequel Louis Braille et de nombreux malvoyants sont passés mais qui, dans leur cas, s’est fait dans le noir.

S’il est évident que le braille, littéraire ou adapté à la musique, a subi de réelles améliorations qui lui ont permis de devenir plus transparent pour des personnes ne pouvant compter sur leurs yeux, il est important de remarquer que ce projet ne s’est pas évaporé après le décès de son inventeur. Au contraire, la transcription du braille n’a cessé d’évoluer notamment grâce à l’informatique et plus précisément grâce à la numérisation.

 

Braille numérique

De nos jours, le braille est bien plus accessible qu’à l’époque même s’il est estimé qu’environ seulement 10 % à 15 % des aveugles savent le lire. Néanmoins, il a connu de nombreuses avancées grâce à l’informatique. Ces avancées se sont faites par le biais de la numérisation du braille. Pour ce faire, il a fallu adapter la cellule classique du braille. Comme nous le mentionnons précédemment, le braille sur six points ne permet pas un grand nombre de combinaisons et c’est pour cela, à des fins d’informatisation, qu’on utilise un braille à huit points. Ainsi, si avec une cellule à six points nous pouvions rassembler jusqu’à 64 combinaisons, grâce au braille informatique il est possible d’en regrouper 256 (2 puissance 8), ce qui correspond parfaitement à la table ASCII utilisée en informatique.

À partir de là il faut faire le choix entre la méthode « images numériques » et la méthode « fichiers texte ». En d’autres termes, la première méthode renvoit précisément à la photocopie d’une page et la seconde au stockage de mots eux-mêmes (constitution de glossaires, bases de données).

Toutes deux présentent des avantages et des inconvénients notoires :

  • La production d’images numériques a l’avantage de ne pas coûter cher mais l’espace de stockage requis peut régulièrement s’avérer être un obstacle au processus. De plus, le résultat de la numérisation de l’image n’est pas fiable à 100 %. En effet, le résultat peut souvent comporter des erreurs en termes de luminance car des zones d’ombres, plus claires ou des tâches peuvent apparaître, faussant la traduction faite par la machine.
  • L’élaboration de glossaires, bases de données ou en d’autres termes de fichiers texte peut très vite revenir cher. Du fait d’une exécution partiellement informatisée il est nécessaire d’avoir recours à l’homme pour créer ces fichiers. Et s’agissant d’une tâche longue et conséquente, il faudra rémunérer des personnes pour l’accomplir, ce qui a un coût.

 

Cela nous permet d’établir un lien entre l’homme et la machine à l’heure de procéder à la numérisation. Dans le cas de la musique, nous pouvons noter que la transcription automatique suit un parcours similaire à celui de la traduction automatique. L’intervention humaine est nécessaire à la transcription de la musique car la numérisation de partitions requiert de nombreuses relectures et corrections.

Se pose alors la question de qui effectue la tâche la plus cruciale dans ce processus, la machine ou l’homme ? Cela reflète l’état d’esprit de bon nombre de traducteurs qui restent dans l’ombre de leurs traductions et qui considèrent que leur travail n’est pas suffisamment reconnu. Cette invisibilité fut déjà traitée par Lawrence Venuti et constitua le titre d’une de ses œuvres : The Translator’s Invisibility.

Il est alors sensiblement possible de voir la corrélation existante entre le braille et la musique ainsi que les domaines en rapport avec notre formation. Nous pouvons donc parler de transcription comme traduction puisqu’il s’agit de passer d’un système d’écriture à un autre.

Finalement, si nous reprenons les termes de « transcription automatique », il est bon de savoir qu’il est simple de trouver des outils et logiciels adaptés au braille et capables de traduire ou transcrire un texte braille vers un alphabet latin ou autre et inversement. Néanmoins, ces traducteurs ont des limites comme par exemple les contractions du braille. Du fait d’un système complexe, le braille emploie de nombreuses contractions (plus difficiles à assimiler que les combinaisons de base) que les traducteurs en ligne ne sont pas capables de comprendre. Pour qu’ils puissent intégrer les contractions il faudrait qu’ils soient en un aspect similaires à nous, il faudrait qu’ils soient humains.

 

Quelques petits liens pour les curieux :

 

Sources

 

[1] Anciennement l’Institution royale des jeunes aveugles.

[2] Système d’écriture tactile mis au point par Nicolas-Charles-Marie Barbier de La Serre en 1808 : la sonographie.

[3] À l’époque, il n’y avait seulement 63 combinaisons car ce système, étant basé sur le français, ne comprenait pas la lettre « W », trop peu utilisée.

Le métier de traducteur à l’heure de l’uberisation de l’économie

Par Alexandre Moreau, étudiant M1 TSM

pexels-photo-196656

L’évolution de l’économie conduit à une organisation du monde du travail, qui s’appuie largement sur de nouveaux outils numériques comme support au cadre de travail. Dans ce contexte, si Uber n’est ni la première, ni la seule des entreprises de ce genre, elle est représentative d’une transformation du monde du travail qui s’appuie sur la dématérialisation comme médium entre clients et prestataires. Au point que le néologisme « uberisation » est devenu un onomastisme désignant aujourd’hui toute une organisation du travail où l’intermédiaire est un acteur immatériel et les professionnels des concurrents anonymisés. L’objectif d’une telle organisation est de créer une flexibilité, profitable pour le client, synonyme d’une économie d’échelle considérable en regroupant tous les collaborateurs via une application misant sur l’hyper-concurrence.

Notre secteur n’échappe pas à ce nouveau paradigme économique, en effet, de nouveaux outils et de nouvelles plateformes sont devenues des éléments indissociables de l’activité de traduction. Depuis, l’utilisation de dispositifs automatisant la traduction et la mise en commun de bases de données au profit de la productivité conduit, comme dans de nombreuses professions d’indépendants, à une flexibilité structurelle externalisante du milieu. Autrement dit, tout le travail s’organise autour de la capacité de l’employé.e ou de l’indépendant.e à fournir la rentabilité requise face à tel ou tel « concurrent », au prix d’un formatage systématique de la production.

Par ailleurs, le métier de traducteur est déjà empreint par l’usage des nouvelles technologies, et ouvert à l’indépendance, c’est donc logiquement que des entreprises se sont lancées dans l’uberisation de la profession.

A titre d’exemples représentatifs, penchons-nous sur plusieurs sociétés aux fonctionnements variés qui illustrent le fonctionnement de ce genre d’organisation.

Upwork (ex Elance) est une plateforme de mise en relation entre clients et professionnels de divers secteurs. Elle existe depuis 2000 et, de manière prévisible, a d’abord été utilisée majoritairement dans les milieux déjà familiers avec la dématérialisation, comme la programmation et le développement web, qui représentent toujours la part la plus importante de son activité. Elle s’est ensuite vite étendue à des domaines variés, notamment aux métiers d’indépendants, le nôtre n’y échappant conséquemment pas.

Dessus, des milliers de freelancers de toutes nationalités, en concurrence entre eux, peuvent postuler à un certain nombre d’offres proposées par de nombreux clients, qu’ils soient professionnels ou particuliers. Une fois les deux parties mises en relation, elles signent un contrat, s’entendent sur le délai et les modalités de livraison, et procèdent ensuite au paiement via Paypal.
Il est même possible pour les fournisseurs de payer Upwork pour acquérir un compte « premium », permettant de postuler à un plus grand nombre d’offres simultanément.
Les profils des indépendants ressemblent sur Upwork à des pages de comparateurs de restaurants ou de chambres d’hôtel : pour chaque collaboration, le client peut leur décerner jusqu’à cinq étoiles sur plusieurs critères différents (« coût », « délai de livraison », « qualité » ou « professionnalisme » etc…), qui apparaitront sur le profil, afin d’indiquer sa « compétence » à d’éventuels futur clients.

Stepes est quant à elle une application mobile, très récente, et entièrement dédiée à la traduction. Elle permet aux « traducteurs » de « traduire », directement depuis leur smartphone, ou tout autre appareil connecté, les fichiers déposés par des entreprises. Ils seront payés entre 4 et 12 centimes de dollars maximum le mot. L’application mise ainsi sur l’emploi de toute personne multilingue non forcément qualifiée dans le but de pratiquer des tarifs inférieurs à la moyenne du marché. En outre la startup chinoise n’offre aucune garantie quant à la relecture et à la fiabilité des travaux livrés, participant de ce fait à la fragilisation de la qualité des traductions fournies.

Suivant un schéma analogue, Netflix, le célèbre site de streaming de séries, a également lancé sa propre plateforme de recrutement de traducteurs, dans le but d’uniformiser la traduction de ses sous-titres en se basant sur un test conçu par la firme, et destiné à n’importe quel particulier. HERMES, c’est le nom de cette plateforme, permet à l’entreprise américaine de faire une double économie, en se passant d’intermédiaires et en imposant ses prix et normes à ses traducteurs.

Toutes ces méthodes menant vers un travail toujours plus mondialisé, morcelé et ultra-flexible.

Qui sont les principaux utilisateurs de ces services ?

Pour les clients nécessitant une traduction, c’est bien entendu et en premier lieu le coût moindre qui est le plus intéressant. C’est d’ailleurs l’argument de base de ces intermédiaires. De plus, au vu du grand choix de prestataires, la rapidité du service, si elle est nécessaire, peut être facilement assurée.
Enfin, on remarque beaucoup que parmi les entreprises faisant appel à ces services, leurs besoins de traductions sont souvent destinés à un usage interne et/ou réduit. Par conséquent, elles n’ont pas nécessairement besoin d’un résultat exemplaire et/ou destiné au grand public.

 
Ce sont des évidences, mais c’est pour les traducteurs professionnels que ces mutations sont les plus sensibles.

Celles-ci encouragent des profils jusqu’alors peu conventionnels. En effet, elles permettent à des individus peu ou pas qualifié, des jeunes diplômés, ou à des multilingues à la recherche d’un revenu complémentaire d’exercer la même activité qu’un professionnel de la traduction.

Pour ces derniers, cette étape est tout de même de plus en plus incontournable, leur permettant une flexibilité accrue, de choisir des missions adaptées en terme de spécialisation ou de durée, et de favoriser leur délocalisation, étant donné que le salaire est mondialisé et normalisé, contrairement à la différence de niveau de vie et de pouvoir d’achat entre chaque région du monde.

C’est aussi et surtout, une opportunité de se faire connaître et reconnaître sur le marché.

Remarquons que le réseautage et la reconnaissance des pairs forment une part importante de notre branche. Aussi, les travaux ainsi effectués contribueront à forger une bonne réputation au sein du milieu et de galvaniser ses qualités en se focalisant sur ses qualités.

Cela participe, dans un secteur déjà de plus en plus ultra-concurrentiel, délocalisé, automatisé, et demandant une productivité toujours plus élevée, au détriment parfois de la qualité, à la précarisation du métier, symptomatique de l’uberisation du travail. Cette voie mène à la création d’une concurrence qualifiée/non qualifiée, et à une amplification de l’instabilité professionnelle.

Mais comme nous le savons bien, être multilingue ne suffit pas à être un bon traducteur. Et espérons qu’il en reste ainsi !

L’apport de la psychologie à la traduction

Par Anja Ries, étudiante M1

 

La traduction consiste à faire passer un texte écrit dans une langue source vers une langue cible. Elle désigne à la fois les processus intellectuels à l’œuvre et le résultat de ces processus. Nous avons appris tout au long de ce master que pour réaliser une bonne traduction, il ne suffit pas de transposer mécaniquement les mots. Il faut saisir les nuances de sens et de style du texte source afin que le nouveau texte non seulement transmette le message de l’original, mais qu’il soit aussi naturel que possible, comme s’il avait été rédigé initialement dans la langue cible. Pour cela, il est nécessaire, d’abord de bien comprendre le texte source, puis de trouver la bonne façon d’exprimer son contenu. Le traducteur doit « sentir » le message original, l’analyser, l’adapter à un contexte donné et au final, décider de quelle manière il va le rendre accessible au public cible. Durant ce cheminement, il peut connaître des moments de doute, omettre volontairement ou involontairement une partie du message, produire des contresens sans s’en rendre compte. La traduction fait donc appel à des processus psychiques et cognitifs complexes qui vont au-delà des seules compétences linguistiques du traducteur.

C’est là un des enseignements clés que j’ai retenu de cette première année très riche du master de traduction spécialisée. Quand, à l’automne dernier, j’ai choisi de reprendre le chemin de l’université pour me former au métier de traductrice, après une formation initiale en psychologie clinique et plusieurs années d’exercice à mon compteur, j’ignorais encore une grande partie des liens qui existent entre ces deux disciplines. Pourtant, les champs de la traduction et de la psychologie présentent de nombreuses affinités, à la fois épistémologiques et conceptuelles[1]. Je propose de faire un bref résumé de ces principales caractéristiques.

 

Une discipline, deux approches différentes

L’apport de la psychologie à la traduction est double. Il y a d’abord, bien sûr, le champ de la psycholinguistique. Née dans les années 1960, elle se distingue de l’aspect formel de l’étude du langage, la linguistique, qui est extérieure à l’homme et étudie le langage pour lui-même. La psycholinguistique, quant à elle, étudie la communication et le langage, sous l’angle de la théorie de l’information (émetteur – canal – récepteur). Elle étudie donc le parcours du langage en tant qu’information, et les caractéristiques de ses supports[2]. Elle explore les processus cognitifs et les opérations mentales qui entrent en jeu dans la production du langage. La psycholinguistique se situe au carrefour de la linguistique, de la psychologie et de la neurologie. Comme son sujet d’étude porte sur les connexions cérébrales et la manière dont l’être humain produit du langage, il est facile d’imaginer que les nouvelles techniques de traduction automatique s’intéressent de près à cette discipline (voir l’article de Benoît à propos de la traduction automatique neuronale).

psyche-518161_640

À côté de cette approche expérimentale, les concepts issus de la théorie psychanalytique focalisent davantage sur les processus inconscients qui sous-tendent l’accès au langage. Avant d’aller plus loin, il me paraît important de rappeler brièvement la place accordée au langage dans la psychanalyse.

L’être humain est un être parlant. C’est ce qui le distingue de l’animal. Depuis sa théorisation de l’inconscient, Freud a postulé que l’être humain n’est pas maître de sa parole, c’est-à-dire qu’il ne produit pas le langage, mais qu’il est produit par lui. C’est ce qui explique les lapsus, les non-sens ou encore les oublis momentanés de certains mots. Il se trouve soumis à une autre force, celle de l’inconscient, qui est le lieu des représentations refoulées et opposé au champ de la conscience.

Pour Freud, la traduction comprend « les mécanismes de l’appareil psychique qui transforment les idées et les affects en mots ou encore transposent les contenus psychiques du registre inconscient au registre conscient. Radicalement liées, la traduction et la psychanalyse mettent en jeu la matière langagière dans sa possibilité de transformation »[3]. En d’autres termes, le traducteur doit saisir le sens de la parole de l’auteur du texte original et le réexprimer afin d’établir la communication avec son public cible et faire passer le message[4]. À l’instar d’un psychanalyste qui écoute son patient, le traducteur est amené à décoder la parole de l’autre et à mettre en lumière ses signifiants, c’est-à-dire les éléments du discours qui représentent et déterminent son auteur. Le défi pour le traducteur réside dans le fait de transposer la vision du monde de l’auteur ; vision qui est à la fois personnelle et culturelle puisqu’elle fait intervenir des systèmes de valeur propres à chaque langue.

De son côté, le traducteur est, lui aussi, structuré par les références et les représentations qui fondent sa personnalité. Ces représentations ont une influence sur les mécanismes cognitifs qu’il va mettre en œuvre dans son travail. En conséquence, la qualité d’une traduction ne repose pas uniquement sur la maîtrise suffisante des langues de départ et d’arrivée, elle est également largement déterminée par l’imaginaire de la personne qui traduit. Si le traducteur parvient à percevoir toutes les subtilités du texte d’origine, cela lui permettra « de mettre des mots, les mots de sa propre langue sur des sensations, des pulsions, des émotions qu’il ressent lui-même de l’intérieur et que l’auteur a fait passer dans son texte, souvent sans le savoir »[5].

face-1370956_640

Mais pourquoi est-ce si important ?

Nous savons que le métier du traducteur est soumis à rude épreuve avec l’arrivée des nouvelles techniques de traduction automatique. S’il est vrai que ces techniques sont de plus en plus performantes et imitent de mieux en mieux le fonctionnement cérébral de l’être humain, ces quelques considérations psychologiques me paraissent essentielles et porteuses d’espoir. Puisqu’il n’est pas qu’un simple mécanicien du langage, mais profondément traversé et déterminé par lui, le traducteur aura, à mon avis, toujours une longueur d’avance sur la machine en ce sens qu’il peut « jouer » avec la langue, qu’il peut la transformer et la recréer dans toute sa complexité afin d’y faire entrer son ressenti et l’adapter à la manière qui lui parait la plus appropriée, selon des critères subjectifs qui sont – et resteront – la base du fonctionnement humain.

 

 

[1] Boulanger, Pier-Pascale. « Quand la psychanalyse entre dans la traduction. » [en ligne]. Meta 544 (2009) : 733–752, [consulté le 21/03/17] Disponible sur : https://www.erudit.org/fr/revues/meta/2009-v54-n4-meta3582/038901ar/

[2] http://psychologie.psyblogs.net/2012/01/cours-langage-et-langues.html [consulté le 23/03/17]

[3] Boulanger, Pier-Pascale. « Quand la psychanalyse entre dans la traduction. » [en ligne]. Meta 544 (2009) : 733–752, [consulté le 21/03/17] Disponible sur : https://www.erudit.org/fr/revues/meta/2009-v54-n4-meta3582/038901ar/

[4] ibid.

[5]  Wuilmart, Françoise. Traduire un homme, traduire une femme, est-ce la même chose ?, [en ligne]. Publié dans la revue Palimpsestes, n° 22, Traduire le genre : femmes en traduction, Presses de la Sorbonne nouvelle, Paris, 2009. [consulté le 21/03/17] Disponible sur : https://palimpsestes.revues.org/183