Un emprunt peut en cacher un autre

Par Clément Surrans, étudiant M2 TSM

Que vous travailliez dans le domaine de la traduction ou non, vous avez forcément remarqué les nombreux mots que la langue française emprunte à l’anglais. Ils ont envahi notre quotidien, à tel point que certains sont véritablement ancrés dans notre vocabulaire. Je parle bien entendu des anglicismes. Ils semblent même être devenus indispensables. En effet, ces anglicismes viennent souvent définir des concepts nouveaux, nés dans les pays anglophones et diffusés encore plus facilement maintenant grâce aux réseaux sociaux. Ils permettent en général d’être plus concis que nos longues paraphrases. Ainsi, il est plus cout d’utiliser le terme manspreading plutôt que de dire « la tendance des hommes à écarter leurs jambes dans les transports en commun », ou que d’essayer de trouver une traduction littérale qui serait maladroite.

Les nouvelles technologies apportent également leur lot d’anglicismes : les tweet, les likes en sont un bon exemple. On semble aussi beaucoup les aimer dans le milieu professionnel. Lors de mon stage en entreprise, j’entendais régulièrement les expressions « tu peux me le forwarder », « demande de feedback » et j’en passe. Il existe une véritable tendance qui consiste à « américaniser » certains concepts. Dans le domaine de l’audiovisuel par exemple, on préfère parler de prime-time que des « heures de grande écoute ». On parle aussi beaucoup en ce moment de la French Tech pour désigner les start-ups françaises. L’anglais domine dans de nombreux domaines, et influence beaucoup notre langage.

Alors dans une ère où la tendance est aux anglicismes, certains puristes de la langue française et d’autres opposants à cette américanisation de notre langage font la guerre aux termes empruntés de l’anglais. Pourtant beaucoup ignorent que certains mots tirent leur origine… du français ! Eh oui, un terme emprunté peut en cacher un autre…

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Voici quelques exemples d’anglicismes bien français :

  • Budget :

Aujourd’hui utilisé dans le domaine financier pour désigner « les recettes et dépenses prévisionnelles pour l’exercice à venir », ce terme provient à l’origine du vieux français « bougette », nom donné à un petit sac servant de bourse, et qui ne cessait de bouger lorsqu’il était suspendu à la selle d’un cheval. Le mot est exporté en Angleterre, où il désigne dans un premier temps le sac du ministre des finances contenant les documents comptables, avant de prendre son sens actuel et de revenir en France.

  • Cash :

Le terme cash vient du mot « caisse », qui est originaire du terme latin capsa. Cela a donné des mots tels que « cassette » ou « capsule » en français, avant de devenir caisse.

  • Fashion :

L’anglais est fort présent dans le domaine de la mode. Qui n’a jamais entendu parler de la « Fashion week » ou des « fashionistas » ? Pourtant ce terme provient lui aussi de la langue française, à l’époque où tous les yeux étaient tournés vers la cour du roi de France, qui brillait par son élégance, la « façon » désignait ainsi le savoir-faire en matière de vêtement de luxe et l’art de se vêtir.

  • Denim

Pour rester dans le domaine de la mode, parlons de l’origine du denim. Il s’agit d’un tissu en coton servant à fabriquer les jeans. Son nom a été donné en référence à un autre tissu fait à base de laine et de soie, appelé « serge de Nîmes », et fabriqué à l’origine dans cette ville.

À noter que le bleu du tissu provenait d’une teinture italienne dite « blu di genova », ce qui a donné « bleu de Gênes » en français. De là est né le terme blue-jean.

  • Flirter :

Le terme flirt fait référence à une relation amoureuse dénuée de sentiments profonds. Il trouve son origine dans le verbe français « fleureter », devenu par la suite « fleurter », et qui provient de l’expression un peu désuète « conter fleurettes », qui signifiait courtiser. « Fleurettes » désigne ici un compliment d’amour, en référence aux petites fleurs.

  • Tennis :

Le tennis est un sport dérivé du fameux Jeu de Paume, né en France au Moyen Âge. Comme son nom l’indique, on y jouait à l’origine à la paume de la main. Le serveur avait l’habitude d’annoncer son service en criant à son adversaire « Tenez ! ». Alors quand le sport a été exporté en Angleterre, l’engagement a fini pas se faire en criant « Tennis ».  Le tennis est né en Angleterre environ quatre cents ans après le Jeu de Paume.

  • Bacon:

Je suppose que je n’ai pas besoin de définir ce qu’est le bacon, vous le connaissez tous. Mais saviez-vous que le bacon à l’origine vient du vieux français « bacon » qui était utilisé pour désigner la chair de porc, en particulier le porc salé ?

  • People :

Eh oui, ce terme est bien dérivé du mot français « peuple », ou en ancien français « pople ». Le sens a dérivé en revenant en France, ou l’anglicisme désigne désormais les personnalités célèbres.  En France on parle ainsi de « presse people ».

  • Marketing :

Ce terme est issu du français « marché », qui a donné market puis marketing. Cependant les puristes de la langue française lui préfèrent le terme de « mercatique ».

  • Toast :

Cette petite tartine de pain grillée doit son nom au verbe en ancien français « toster », ce qui signifiait « rôtir, griller ». La pratique de « porter un toast » est bien originaire de France, où à la base on l’appelait la « tostée ». Cette pratique s’est exportée en Angleterre avant de revenir en France.

  • Challenge :

En France, on utilisait le mot « chalenge » pour parler d’une fausse accusation, puis de litige. C’est en arrivant en Angleterre qu’il a pris le sens de « provocation, défi ».

 

Conclusion

La langue française a beaucoup été influencée au cours de l’histoire par l’anglais. Nous en sommes même aujourd’hui à décrier ce phénomène dû à la mondialisation et à la domination de l’anglais dans beaucoup de domaines professionnels mais aussi dans le domaine du loisir et des technologies. Mais avant de juger tous les anglicismes et de les rejeter catégoriquement, il peut être intéressant de s’intéresser à l’origine et à l’étymologie des mots. On pourrait découvrir qu’ils viennent en réalité d’une autre langue. Certains concepts ont beaucoup voyagé, et les langues ont eu beaucoup d’influence les unes sur les autres. C’est un aspect à prendre en compte lorsque l’on cherche à traduire certains anglicismes. Si vous voulez découvrir d’autres anglicismes originaires du français, je vous invite à regarder les liens ci-dessous qui m’ont aidé dans la rédaction de ce billet.

 

Liens

 

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L’ethnocentrisme juridique : un loup parfois déguisé en agneau

Par Raphaël Bourdon, étudiant M2 TSM

 

« Personne ne le reconnut car tout le monde
croyait que c’était un mouton parmi d’autres
 »[1]

Ésope[2]

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Introduction

Dans un précédent billet, nous avons démontré que la traduction juridique se trouve à la croisée des cultures juridiques et linguistiques ; que les disparités culturelles se voient amplifiées lorsque le bilinguisme s’accompagne d’un bijuridisme.[3] Il en appert deux éléments. En premier lieu, les références culturelles du traducteur l’exposent au danger de l’ethnocentrisme juridique, également dénommé « juricentrisme ».[4] Celui-ci peut se définir comme un processus inconscient consistant à traduire des termes et concepts juridiques sources en totale méconnaissance des termes et concepts juridiques cibles équivalents. Or, la « quête de l’équivalence » constitue la pierre angulaire de la traduction juridique.[5]

En second lieu, le danger de l’ethnocentrisme juridique est symptomatique de la dichotomie entre pays de droit civil et pays de common law, dans la mesure où ces deux familles juridiques présentent dans la majorité des cas une asymétrie culturelle prononcée. Toutefois, il n’est pas exclusif de cette dichotomie. Le présent billet de blog s’efforce de démontrer que l’ethnocentrisme juridique s’avère davantage insidieux lorsqu’il existe une proximité culturelle entre les systèmes juridiques sources et les systèmes juridiques cibles. Dans cette hypothèse, le « juricentrisme » s’apparente à un loup déguisé en agneau afin de tromper le berger-traducteur.

Dans la fable d’Ésope intitulée « Le loup déguisé en agneau », c’est par le plus grand des hasards que le berger parvient à déjouer la supercherie du loup. Toutefois, il est dangereux de s’en remettre à la chance pour repérer et pourfendre l’ethnocentrisme juridique. Dès lors, il convient d’étudier le modus operandi de celui-ci. En des termes concrets, il sera procédé d’une part à une analyse du profil des bergeries assaillies par le loup, et d’autre part à un inventaire des peaux dont se pare le canidé.

Le profil des bergeries assaillies

L’ethnocentrisme juridique privilégie les bergeries gardées par un berger dont la vigilance est endormie. Toutefois, peu lui chaut que le troupeau se compose de moutons appartenant à la même famille juridique ou à des familles juridiques différentes.

L’endormissement de la vigilance du berger

Le danger de l’ethnocentrisme juridique rôde davantage lorsque la vigilance du traducteur-berger s’endort. Le traducteur juridique, a minima averti, redouble naturellement de vigilance lorsqu’il doit transposer la culture juridique d’un système de common law dans la culture juridique d’un système de tradition romano-germanique, et vice versa. En effet, l’asymétrie culturelle entre ces systèmes est notoire. A contrario, la vigilance du traducteur juridique, même averti, s’endort inconsciemment lorsqu’il existe une proximité culturelle entre les systèmes juridiques à l’étude. Car moins les obstacles culturels sont visibles, plus le traducteur conçoit la traduction, lato sensu, selon les codes de sa propre culture. En somme, le risque d’ethnocentrisme juridique s’accroît paradoxalement en raison de la « zone de perméabilité »[6] juridique et linguistique entre des systèmes juridiques. Au demeurant, plus cette zone est étendue, plus le danger de l’ethnocentrisme juridique est insidieux. Pour un traducteur francophone de France, traduire un texte rédigé en langue allemande et portant sur le droit allemand se révèle intrinsèquement moins périlleux que la simple révision-relecture d’un texte rédigé en français de Belgique et portant sur le droit belge.

Bien que la proximité culturelle favorise, non sans paradoxe, l’ethnocentrisme juridique, il pourrait être argué que seule la terminologie, par opposition aux concepts, fluctue dans cette hypothèse. Néanmoins, il faudrait nuancer ce raisonnement. Certes, des systèmes juridiques culturellement proches trouvent leur assise dans la même pierre angulaire. Toutefois, les concepts juridiques naissent, évoluent et/ou disparaissent au fil du temps. Les développements suivants illustrent en filigrane de la démonstration principale les problématiques afférentes aux variations terminologiques, aux variations conceptuelles, ainsi qu’à l’influence du temps qui passe.

L’uniformité ou la diversité juridique des troupeaux

Au grand dam des bergers-traducteurs, l’ethnocentrisme juridique s’avère particulièrement vorace. Son appétit de loup le conduit à refermer sa mâchoire sur tous les troupeaux. Peu importe si ceux-ci se composent de moutons appartenant à une même famille juridique ou à des familles juridiques différentes. Car si la vigilance du traducteur s’endort en présence d’un troupeau caractérisé par l’uniformité juridique, le « juricentrisme » trompe de manière insidieuse la vigilance du traducteur confronté à des systèmes de common law et de tradition romano-germanique. Autrement dit, la diversité juridique des troupeaux ne constitue en aucun cas un garde-fou contre les crocs du loup, comme l’illustre la problématique de l’acquisition de la propriété animalière par accession.[7]

Certes, d’un point de vue formel, les droits anglais et français dénomment tous deux, nonobstant leur nature juridique distincte, ce phénomène d’acquisition de la propriété animalière « accession », tandis que le droit allemand ne lui accorde aucune dénomination particulière.[8] Toutefois, d’un point de vue matériel, le phénomène d’acquisition de la propriété des animaux par accession est similaire en droit allemand, en droit anglais et en droit français.[9] En outre, la consécration positive de ce phénomène remonte au droit romain, dont les droits positifs allemand, anglais et français sont les héritiers. À l’aulne de ces éléments, il paraîtrait raisonnable de conclure que le phénomène d’acquisition de la propriété animalière par accession existe en tant que tel dans les trois systèmes juridiques. Néanmoins, aussi douce soit-elle, cette conclusion est en réalité erronée. En droit allemand, il est péremptoire de désigner le phénomène similaire à l’accession animalière comme une « acquisition de la propriété des fruits de la chose par l’effet de la loi ».[10]

En somme, la diversité juridique des systèmes en présence trompe la vigilance du traducteur, car celui-ci ne s’attend pas à ce que l’ethnocentrisme juridique sévisse là où la traditionnelle asymétrie culturelle entre pays de droit civil et pays de common law n’a pas frappé. La proximité culturelle octroie davantage d’opportunités au loup avide de satisfaire sa faim. Elle lui met à disposition tout un éventail de peaux lui permettant de se fondre dans n’importe quel troupeau.

 

Inventaire des peaux portées par le loup

La proximité culturelle entre les systèmes juridiques s’apparente à une tannerie mettant à disposition tout un ensemble de peaux dont le loup peut se vêtir. Des peaux d’espèces voisines aux peaux de précédentes générations, le choix est large.

Peaux d’espèces voisines

L’ethnocentrisme juridique peut se déguiser en un agneau d’une espèce voisine. En matière d’acquisition de la propriété animalière par accession, la peau portée transcende la dichotomie entre systèmes de common law et systèmes de tradition romano-germanique, car elle présente des caractéristiques juridiques voisines de ces deux familles. Toutefois, il convient de souligner que cette transcendance relève de l’exception. Les espèces voisines concernées appartiennent en principe à la même famille juridique. À cet égard, les degrés de proximité entre espèces varient. Comme précédemment démontré, plus la proximité culturelle est étroite, plus il est aisé pour le loup de se fondre dans la masse du troupeau. En guise d’illustration, peuvent notamment être comparés les droits belge et français.

En premier lieu, l’ethnocentrisme juridique peut se dissimuler sous une peau arborant de simples dénominations. En tout état de cause, le Code de procédure pénale français doit pourtant être nominativement distingué du Code d’instruction criminelle belge. Par analogie, il importe de ne pas commettre d’amalgame entre le conseil de prud’hommes français et le tribunal du travail belge. De même, le bon père de famille consacré par le Code civil belge ne saurait se confondre avec la personne raisonnable du Code civil français.

En second lieu, l’ethnocentrisme juridique peut se dissimuler sous une peau consacrant divers concepts juridiques. Parmi ces concepts, figure inter alia la Justice de paix belge. La Justice de paix est une ancienne institution juridictionnelle française s’étant exportée en Belgique avec le Code Napoléon de 1804. Toutefois, son existence en droit français fut de facto tumultueuse. Créée en 1790, elle fut par la suite supprimée en 1958. En 2002, furent instituées les Juridictions de proximité, dont les fonctions s’apparentaient à celles du Juge de paix français d’antan et à celles du Juge de paix belge contemporain. Cependant, le 01er juillet 2017, ces Juridictions de proximité furent supprimées à leur tour. Leur compétence était de nouveau dévolue aux tribunaux d’instance. En vertu de trois décrets d’application en date du 30 août 2019, les tribunaux d’instance disparaîtront eux aussi de la scène juridictionnelle française au 01er janvier 2020 pour laisser place aux tribunaux judiciaires. Dès lors, le traducteur juridique francophone veillera à consacrer le concept institutionnel pertinent en tenant compte des évolutions juridictionnelles des systèmes à l’étude. À cet égard, l’aspect ratione temporis mérite un développement approfondi, car il constitue une faille dans laquelle l’ethnocentrisme juridique peut s’engouffrer pour occire les moutons.

Peaux de précédentes générations

L’ethnocentrisme juridique atteint son paroxysme lorsque la dimension temporelle est le seul élément de frontière entre la proximité culturelle et l’identité culturelle. Dans le présent billet, ce phénomène est dénommé « ethnocentrisme juridique temporel ». L’évolution institutionnelle de la Justice de paix en France illustre à merveille ce concept. Au demeurant, il convient de noter qu’une évolution d’ordre social prolongée par une évolution d’ordre juridique relève également du phénomène d’ethnocentrisme juridique temporel. Par exemple, en écho à la promotion de l’égalité entre les hommes et les femmes, la notion juridique de « bon père de famille » a disparu de l’univers juridique français au profit du caractère « raisonnable ».

Force est de constater que l’ethnocentrisme juridique temporel ne produit pas ses effets uniquement selon un axe temporel. La dimension strictement temporelle peut en effet conduire à des différenciations d’ordre matériel et d’ordre territorial, comme l’illustre l’instauration expérimentale des cours criminelles en droit français. Du 13 mai 2019 au 13 mai 2022, ces nouvelles juridictions en matière pénale n’ont compétence qu’en premier ressort et en matière de crimes passibles de 15-20 ans de réclusion. Leur compétence ratione materiae se trouve donc bornée. Durant cette période, elles n’exercent en outre leurs prérogatives que dans certains départements. Dès lors, l’évolution juridictionnelle est délimitée ratione loci. Enfin, en fonction de leur apport au système juridictionnel français, ces cours criminelles verront potentiellement leur existence prolongée et leurs compétences élargies. En conséquence, selon que le traducteur juridique considère les cours criminelles pendant ou postérieurement à la période triennale susmentionnée, les compétences ratione materiae et ratione loci de ces juridictions peuvent évoluer.

Aux fins d’obvier à l’ethnocentrisme juridique temporel, le traducteur juridique dispose en théorie d’une alternative à deux branches. En premier lieu, il peut songer à suivre l’évolution juridique de son propre système. Toutefois, la multiplicité des domaines et sous-domaines juridiques rend cette tâche particulièrement ardue, et ce, même si le principe de sécurité juridique a pour corollaire une évolution juridique à pas de loup. Dès lors, le traducteur juridique avisé pensera à se constituer un réseau de juristes au fait des évolutions juridiques des domaines intéressant ses traductions.

En second lieu, le traducteur juridique peut systématiquement vérifier l’équivalence terminologique et/ou conceptuelle ayant sa préférence. Néanmoins, cela se révélerait particulièrement chronophage et potentiellement superfétatoire. En conséquence, le traducteur juridique s’exposerait à une certaine lassitude. Celle-ci le conduirait à n’opérer de vérification qu’en cas de doute raisonnable, voire sérieux. Or, comme précédemment démontré, l’ethnocentrisme juridique s’avère éminemment insidieux. Somme toute, cette seconde branche ne paraît pas viable en matière d’ethnocentrisme juridique temporel, sauf à s’armer de courage.

 

Conclusion

L’ethnocentrisme juridique n’est pas l’apanage de la dichotomie entre pays de droit civil et pays de common law. Il s’avère davantage insidieux lorsqu’il existe une proximité culturelle étroite entre les systèmes à l’étude. En effet, soit la vigilance du berger-traducteur s’endort de manière inconsciente, soit celui-ci se fourvoie en raison de l’évolution historique et/ou de la transcendance des termes et concepts juridiques concernés.

Dans la fable d’Ésope intitulée «Le loup déguisé en agneau », c’est par le plus grand des hasards que le berger parvient à déjouer la supercherie du loup. Dans le monde réel, le traducteur juridique avisé prend soin de suivre l’évolution des systèmes juridiques concernés et/ou de vérifier de manière systématique ses équivalences conceptuelles et terminologiques. Certes, la tâche peut instiller un sentiment d’épouvante. Toutefois, « à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ».[11]

 

Bibliographie

Articles

Bourdon, Raphaël. « La Traduction juridique : À la croisée des cultures juridiques et linguistiques ». MasterTSM@Lille (blog), 19 février 2019. <https://mastertsmlille.wordpress.com/2019/02/19/la-traduction-juridique/comment-page-1/> (consulté le 02 octobre 2019)

Gémar, Jean-Claude. « De la traduction juridique à la jurilinguistique : la quête de l’équivalence ». Meta : Journal des traducteurs 60, no 3 (2015) : 476-493. <https://doi.org/10.7202/1036139ar> (consulté le 02 octobre 2019)

Monjean-Decaudin, Sylvie. « Territorialité et extraterritorialité de la traduction du droit ». Meta : Journal des traducteurs 55, n° 4 (2010) : 693-711. <https://doi.org/10.7202/045686ar> (consulté le 02 octobre 2019)

Mémoire

Bourdon, Raphaël. « Der Erwerb des Eigentums an Tieren: ein besonderes Recht für eine besondere Rechtsstellung ». Mémoire de Recherche Master ICP, Université de Lille, Universität des Saarlandes, University of Warwick, 2018. <https://www.slideshare.net/slideshow/embed_code/key/HC66QQTpZ6x5D2> (consulté le 02 octobre 2019)

 

Normes

Arrêté du 25 avril 2019 relatif à l’expérimentation de la cour criminelle
Code civil belge dans sa rédaction au 28 mars 2019
Code civil français dans sa rédaction au 21 juillet 2019
Code de l’organisation judiciaire français dans sa rédaction au 02 septembre 2019
Code judiciaire belge dans sa rédaction au 14 août 2019
Décret n° 2019-912 du 30 août 2019
Décret n° 2019-913 du 30 août 2019
Décret n° 2019-914 du 30 août 2019
Deutsches Bürgerliches Gesetzbuch (Code civil allemand) dans sa rédaction au 02 octobre 2019

Notes

[1] Extrait de la fable « Le loup déguisé en agneau », originellement écrite par Ésope. Cette fable apporte un éclairage quelque peu différent selon sa langue véhiculaire (ex., EN-FR). Toutefois, la version française de cette fable fera foi pour les besoins du présent billet.

[2] Né vers 620 avant J.-C. et mort vers 564 avant J.-C., Ésope le Phrygien aurait donné ses lettres de noblesse au genre littéraire de la fable.

[3] Raphaël Bourdon, « La Traduction juridique : À la croisée des cultures juridiques et linguistiques », MasterTSM@Lille (blog), 19 février 2019, <https://mastertsmlille.wordpress.com/2019/02/19/la-traduction-juridique/comment-page-1/> (consulté le 02 octobre 2019)

[4] Sylvie Monjean-Decaudin, « Territorialité et extraterritorialité de la traduction du droit », Meta : Journal des traducteurs 55, n° 4 (2010) : 704, <https://doi.org/10.7202/045686ar> (consulté le 02 octobre 2019)

[5] Jean-Claude Gémar, « De la traduction juridique à la jurilinguistique : la quête de l’équivalence », Meta : Journal des traducteurs 60, no 3 (2015) : 476, <https://doi.org/10.7202/1036139ar> (consulté le 02 octobre 2019)

[6] Monjean-Decaudin, Meta : Journal des traducteurs, 705

[7] À la lumière de l’article 546 du Code civil, l’accession est l’acquisition de la propriété des fruits et produits de la chose mère ou du résultat de la fusion de la chose principale avec des choses accessoires. En vertu de l’article 547 du Code civil, « le croît des animaux [appartient] au propriétaire par droit d’accession ».

[8] Raphaël Bourdon, « Der Erwerb des Eigentums an Tieren: ein besonderes Recht für eine besondere Rechtsstellung » (Mémoire de Recherche Master ICP, Université de Lille, Universität des Saarlandes, University of Warwick, 2018), 41, <https://www.slideshare.net/slideshow/embed_code/key/HC66QQTpZ6x5D2> (consulté le 02 octobre 2019)

[9] Ibid

[10] Traduction libre. Expression en langue allemande : « Gesetzlicher Erwerb des Eigentums an der Früchte der Muttersache». V. Ibid, 46

[11] Pierre Corneille, Le Cid, Acte II, Scène II

La censure en traduction : pour qu’enfin traduction ne rime plus avec prohibition !

Par Manon Gladieux, étudiante M1 TSM

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La traduction, outil de communication de masse par excellence, n’a pas à s’inquiéter de son avenir. Le monde de la traduction ne cesse plus de faire de nouveaux adeptes ! Pourquoi me direz-vous ? Sûrement parce que, comme le dit très bien Célia Jankowski, ancienne étudiante du master TSM et désormais jeune traductrice diplômée, la passion est facteur de vocations. Notamment la passion des langues et des mots et donc des langues en tant qu’outils de communication. Hélas, le processus de traduction est bien loin d’être un long fleuve tranquille et de nombreux obstacles peuvent survenir au cours de celui-ci et vous faire perdre de vue cette passion des langues, cet amour des mots qui vous anime. La censure est l’un de ces obstacles. Partons ensemble pour un petit tour d’horizon de quelques cas de censure d’ores et déjà recensés en traduction et des moyens que vous avez de vous en prémunir.

Traduction et censure, deux anciennes Némésis !

Je ne voudrais pas jouer les Cassandres, mais il faut bien reconnaître que le traducteur a, de tout temps, été ciblé par la censure. Dès ses premiers balbutiements, la traduction, de même que ses nombreux acteurs, ont été observés, analysés, jugés, condamnés… On ne compte plus le nombre de traducteurs qui ont vu leurs travaux tronqués de parties significatives, voire tout bonnement interdits à la publication, et ce à cause de la censure. Et c’est encore plus vrai en période de conflit ! Un phénomène particulièrement frustrant s’il en est ! Jetons un œil à quelques anciens cas célèbres de traductions censurées.

La plus ancienne des traductions d’œuvre ayant jamais fait l’objet de censure est, comme vous pouvez vous en douter, la Bible, et notamment au berceau de la religion catholique, l’Italie. En effet, la traduction de cette dernière, lorsque celle-ci n’était plus comprise que par les rares individus ayant un niveau d’éducation suffisant pour connaître le latin, s’est avérée nécessaire mais fut, si je puis me permettre, un réel sacerdoce et nombreux sont les traducteurs qui s’y sont essayés et s’y sont cassé les dents. En effet, le clergé italien souhaitant avoir un contrôle des plus total sur les lectures de ses fidèles, a fait acte de la prohibition. C’est ainsi qu’en 1559, le premier Index, une liste d’ouvrages que les catholiques avaient la formelle interdiction de lire, de vendre, de traduire et même de posséder, a été publié par le pape Paul IV. Les livres que l’on y trouvait consignés étaient jugés nocifs et contraires à la foi et à la morale chrétienne par les membres du clergé. L’Index prohibait notamment la lecture de traductions de la Bible en langue vulgaire (c’est-à-dire toute autre langue que le latin), ce qui incluait la traduction dont Brucioli était l’auteur, soit la première faisant directement état des textes saints originaux. Quiconque transgressait à cet Index se voyait alors immanquablement accablé de la peine suprême, l’excommunication. En 1596, l’Index se durcit encore, ses règles devenant encore plus restrictives. Il n’était alors plus possible, dès lors, d’autoriser la traduction ou l’impression de bibles en langue vulgaire. Ces bibles, si tant est qu’elles existent, devaient d’ailleurs toutes être détruites sans ménagement.

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Et qu’en est-il en période de conflits ?

Un autre exemple de traduction censurée connu concerne l’ouvrage du tristement célèbre Adolf Hitler, Mein Kampf dans sa version originale. Cette dernière a été publiée tôt, dès 1925, alors que Hitler sortait tout juste de prison, condamné pour une tentative de putsch sur la chancellerie allemande. Pourtant, la première traduction en français de Mein Kampf, qui s’intitulait alors Mon Combat, n’a été publiée que bien plus tard, neuf ans plus tard pour être précis. Et encore, pas pour longtemps ! Cette traduction française n’ayant pas reçu l’aval de l’auteur, l’éditeur allemand a poursuivi l’éditeur français, qui s’est vu contraint à retirer cette traduction du marché. En 1938 parut une autre version, celle-là autorisée par Hitler, sous le titre Ma Doctrine. Bien plus courte que l’ouvrage original, la version traduite, expurgée d’une partie de son contenu problématique, réhabilitait le discours de Hitler, allant même jusqu’à insérer des extraits de discours plus récents, au cours desquels le Führer expliquait qu’il ne toucherait pas aux frontières françaises.

Autre anecdote intéressante sur cette traduction : les deux traducteurs de la version ayant reçu l’aval du Führer ont également ajouté des intertitres absents de l’original visant à appuyer et justifier le message antisémite de ce dernier. D’un point de vue stratégique, les manipulations des traducteurs avaient pour but de véhiculer les valeurs et les idées fascistes de Hitler.

Ensuite, comme vous l’avez certainement découvert dans le billet de blog de ma camarade étudiante du master Célia Wisniewski, disponible ici, la liste d’Otto recensait en période d’occupation allemande, les œuvres et traductions interdites de diffusion en France. A contrario, certaines œuvres ne pouvaient être facilement lues en Suisse. La traduction en temps de conflit est effectivement un sujet sensible. Je ne m’étendrai pas sur le sujet, l’excellent billet de ma camarade le fera à ma place.

La censure, toujours d’actualité ?

Cela étant, vous vous dites sans doute que le passé appartient justement au passé et que la traduction, désormais moins stigmatisée, peut couler des jours heureux dans un monde exempt de toute censure. Hélas, je suis au regret de devoir réduire à néant vos vaines espérances à ce sujet. En effet, on dénombre toujours à l’heure actuelle un certain nombre de cas de censures frappant le milieu de la traduction, réduisant à si peu, quand ils ne le ruinent pas totalement, le travail du traducteur. En voici là quelques exemples pour prouver la véracité de ce que j’avance.

Tout d’abord, ce n’est pas E. L. James, l’Anglaise auteure de Cinquante Nuances de Grey, intitulé Fifty Shades of Grey dans sa version originale qui vous dira le contraire. Son roman, dont les droits ont été grassement achetés par une maison d’édition en Chine, l’un des pays où la censure est la plus répressive à l’heure actuelle, voit sa date de parution retardée encore et encore. Et ce n’est pas faute d’un manque de lecteurs potentiels, la saga s’arrache comme des petits pains sur les marchés du livre de contrebande où circulent des traductions illicites de l’œuvre en mandarin. Et Hillary Clinton pourrait également témoigner.

Je suppose également que vous avez tous connu, d’une manière ou d’une autre, les incroyables aventures de l’intrépide Fifi Brindacier, Pippi Långstrump de son nom original. Eh bien, figurez-vous que pour tous ceux d’entre vous qui ont dévoré les péripéties de l’incroyable fillette avant 1995, vous n’avez goûté qu’à une version édulcorée bien insipide, dénuée de toute la saveur de l’œuvre originale. Une version censurée oui, vous avez bien compris. Et un vrai massacre si l’on croit ce que d’aucuns en disent. Et l’auteure n’est pas la dernière à faire la critique de cette version d’avant 1995.

Il est aussi intéressant, par ailleurs, de mentionner les débuts chaotiques des aventures de l’incroyable fillette à la force surhumaine dans le petit monde de la littérature jeunesse. Lorsque la Suédoise Astrid Lindgren essaye de publier pour la première fois en 1941 son roman jeunesse qu’elle a écrit pour sa fille souffrante, contrainte de garder la chambre car assez gravement malade, elle se voit refuser la publication de ses écrits, alors jugés provocants et grossiers. Ce n’est qu’après avoir fait preuve de plus de retenue, s’autocensurant par la même qu’elle sera autorisée à publier son premier tome. Nous sommes alors en 1945.

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Comment échapper à la censure en quelques étapes ?

Mais alors, n’y-a-t’il donc vraiment aucun moyen pour se protéger ne serait-ce qu’un peu de la censure ? Eh bien à vrai dire, si, il en existe quelques-uns. Je vais maintenant conclure mon billet en vous exposant un petit nombre de ces astuces et tours de main qui devraient vous permettre, si vous les suivez, de passer outre la censure toujours existante.

Dans un premier lieu, avant de commencer à envisager sérieusement la traduction d’un livre, d’une encyclopédie, d’un jeu vidéo, etc. un seul mot d’ordre, CUL-TI-VEZ-VOUS ! Livres, émissions télévisées, chaînes radio, pourquoi pas même un voyage en chair et en os dans le pays de destination de votre traduction si vous en avez le temps et l’argent, tout est bon pour s’imprégner de la culture du pays pour lequel se destine l’ouvrage que vous comptez traduire. Car c’est en connaissant la culture d’un pays que l’on sait le mieux ce qui va choquer ou pas, ce qui va passer ou pas auprès de ses citoyens.

Ensuite, il vaut mieux également, si vous souhaitez éviter tout impair, user et abuser du principe de précaution. Ainsi entre deux mots, choisissez le moindre, le plus neutre c’est-à-dire. C’est encore plus essentiel pour faire publier ses traductions dans les pays ayant une vision de la liberté d’expression qui est comme qui dirait… assez restreinte. Vous éviterez ainsi de choquer les susceptibilités des foules par simple maladresse et, si je ne peux vous garantir à 100 % que vous échapperez comme cela à la censure, cette dernière restant malgré tout parfois imprévisible, je peux néanmoins vous assurer que vous aurez beaucoup plus de chances de passer entre les mailles du filet.

Pour finir, je vous conseille vivement de prendre « la température » auprès de quelques-uns de vos collègues et amis traducteurs et linguistes qui ont déjà eu l’occasion de travailler pour le pays auquel se destine votre traduction. Et s’ils habitent le pays de destination de votre traduction en cours, c’est encore mieux, ils sauront beaucoup mieux appréhender les problèmes qui peuvent se poser au cours de la traduction et vous aider à passer outre ces derniers. Il n’y a rien de tel que l’expérience d’un collègue ayant également vécu vos galères pour mieux appréhender ces choses auxquelles vous devrez faire particulièrement attention pendant votre traduction. Car celui-ci ayant connu les mêmes doutes que ceux que vous connaissez actuellement, il a dû faire des choix, prendre des décisions. Et ces choix et ces décisions pourraient bien vous être à vous aussi d’une aide salutaire pour résoudre vos problèmes de traduction. Il pourra même peut-être vous éviter une paire de soucis pour des problèmes que vous n’auriez peut-être même pas imaginés autrement. Rester connectés et parler avec ses collègues est ainsi pour vous LE bon plan afin de traduire sans trop craindre la censure.

 

Voilà, ce billet est terminé et je pense que vous êtes désormais parés à affronter la censure de manière plus sereine. J’espère sincèrement avoir quelque peu éclairé vos lanternes sur le vaste sujet de la censure en traduction, mais aussi vous avoir rassuré quant aux inquiétudes qu’elle suscitait chez vous, traducteurs et futurs traducteurs. Je reste bien sûr à l’écoute de toutes vos questions, suggestions et commentaires sur ce billet à travers les commentaires. Je meurs également d’envie de savoir si vous avez vous aussi quelques astuces pour échapper à la grande Némésis des traducteurs, la censure. Si c’est le cas, faites-le savoir en commentaire. Au revoir et à très bientôt pour un nouveau billet de blog TSM rédigé par mes soins.

 

Maintenant…

 

… À vos marques, prêts, traduisez !

 

Sources bibliographiques :

@ Circuit Magazine, article sur la censure dans la traduction de discours politiques : http://www.circuitmagazine.org/dossier-129/censure-et-traduction-des-discours-politiques

@ La bibliothèque en ligne Watchtower, article sur l’Histoire de textes bibliques en Italie, une histoire marquée notamment par la censure : https://wol.jw.org/fr/wol/d/r30/lp-f/2005923

@ Article du Fun MOOC visant à faire la promotion d’une vidéo au sujet de la censure du livre jeunesse Fifi Brindacier (Pippi Långstrump en version originale) : https://www.fun-mooc.fr/asset-v1:ulg+108002+session01+type@asset+block/fifi_brindacier.pdf

@ Le nouvel Obs, article rédigé par Bibliobs sur l’incroyable sévérité de la censure en Chine et la difficulté à faire publier ses traductions qui y est liée : https://bibliobs.nouvelobs.com/actualites/20131025.OBS2708/censure-dur-dur-de-faire-traduire-ses-livres-en-chine.html

 

Et pour encore plus d’infos sur le sujet :

BALLARD, Michel. Censure et Traduction. Arras : Publications Artois Presse Université, juin 2011. Collection Traductologie. 406 pages. ISBN 2-848-32126-1

La traduction, proie facile de l’ubérisation ?

Par Guillaume Deneufbourg (traducteur, intervenant au sein de la formation)

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Popularisé en 2014, le terme est aujourd’hui bien ancré dans notre vocabulaire. Désignant une forme d’optimisation des relations entre l’offre et la demande sous l’influence des nouvelles technologies, l’« ubérisation » recouvre plusieurs réalités et connotations, tantôt positives, tantôt négatives, et déchaîne les passions.

Les chantres de l’économie 2.0 saluent l’apparition de ce qu’ils voient comme un changement paradigmatique de nos sociétés, un renouveau économique pour le meilleur, une transformation dans l’intérêt des usagers. Une rupture, en somme.

À ce titre, l’ubérisation est souvent associée à un autre néologisme : le fameux « disruption » et ses savoureux dérivés disruptif, disrupter, disrupteur. Joli, non ? Pour des cruciverbistes, peut-être, mais sans doute moins pour les professionnels de la langue, qui auront noté avec consternation l’emprunt éhonté du français à l’anglais. La langue de Molière échouerait-elle à produire un équivalent à la connotation aussi positive ? Je le crains. Car en anglais, le mot disruption n’a rien de dérangeant ni de perturbateur : il désigne tout simplement une invention créative, innovante, positive, révolutionnaire[i].

Ainsi assiste-t-on depuis des années à l’apparition de jeunes entreprises (les fameuses start-up) qui, grâce aux outils numériques qu’elles mettent au point, transforment certains marchés et proposent des services innovants, cassant des systèmes qui paraissaient jusque-là immuables. Depuis, tout entrepreneur qui se respecte cherche l’idée « disruptive » qui, faisant table rase du passé, transformera tel ou tel marché à son profit.

Bien évidemment, tout le monde n’apprécie pas les prétendus bienfaits de ce changement de modèle économique, à commencer par les acteurs du modèle classique. Demandez donc à votre chauffeur de taxi ce qu’il en pense ! Concurrence déloyale, opérateurs sous-qualifiés et non déclarés, précarisation des métiers, sans parler du manque à gagner pour les finances de l’État et toutes les répercussions sur le « système ».

Cela étant, nul besoin de vous exposer au courroux d’un chauffeur de taxi. Interrogez simplement vos collègues. Car, en effet, l’ubérisation n’épargne pas le secteur de la traduction.

Rappelons tout d’abord que la profession de traducteur n’est pas protégée. Chacun peut s’autoproclamer traducteur ou interprète du jour au lendemain. Cette situation favorise l’arrivée sur le marché de prestataires insuffisamment qualifiés, avec toutes les conséquences qui en découlent pour la qualité des textes traduits, l’image de la profession, et les prix[ii]. Ajoutez-y ensuite la pression, pour ne pas dire la menace, de l’évolution technologique, que j’ai déjà tant de fois évoquée et sur laquelle je ne reviendrai pas ici. Enfin, la multiplication de ces plateformes « ubérisantes », qui entendent mettre en contact les clients finaux avec de petits opérateurs indépendants désireux de mettre du beurre dans les épinards (Les exemples sont légion : Zingword, upwork et même Proz.com).

D’autres adeptes de l’ubérisation ont cru trouver dans ce concept un moyen ingénieux de réduire leurs coûts de production, par le biais du crowdsourcing, également appelé production participative[iii]. Cible privilégiée : la traduction audiovisuelle. L’exemple le plus connu en est sans nul doute celui de Netflix, que dénoncent notamment nos confrères de l’Association française des traducteurs et adaptateurs de l’audiovisuel (ATAA), à propos du sous-titrage catastrophique du film Roma. Mais le cas est loin d’être isolé, comme le démontre l’article publié par une étudiante en traduction sur ce même blog. Avec un enthousiasme ingénu, elle vante les mérites du travail bénévole (si, si) pour TED Conferences LLC, une structure dont le chiffre d’affaires 2015 dépasse quand même les 66 millions de dollars[iv]. Vous avez dit « se tirer une balle dans le pied » ? Mais passons. Parmi les autres exemples connus, notons Facebook, Twitter et autres Coursera.

Alors, que faire face à cette déferlante ? Faut-il lutter contre l’ubérisation ? Je n’en suis pas convaincu. N’y voyez aucun fatalisme, même si le phénomène peut paraître inéluctable, voire angoissant. L’approche que je préconiserais aux (futurs) traducteurs est double.

Premièrement, intéressez-vous à ces phénomènes pour pouvoir ensuite mieux informer vos clients et vos partenaires commerciaux. Tâchez de mieux comprendre les rouages de la netflixisation pour mieux défendre votre propre valeur ajoutée. Je ne suis pas amateur des théories de l’art de la guerre, mais il reste utile de connaître l’ennemi pour mieux le vaincre.

Deuxièmement, adoptez en toutes circonstances une approche qualitative. Affinez votre qualité d’écriture. Travaillez votre style. Participez à des ateliers de traduction. N’hésitez pas à travailler en binôme avec un collègue. Faites-vous relire. Trouvez-vous un mentor. C’est en pratiquant une certaine forme d’humilité sur son propre travail que l’on peut progresser. Affûtez votre pratique comme un faucheur affûterait sa faux : systématiquement, patiemment, longuement.

Troisièmement, ne restez pas cloitrés dans votre bureau. Pourquoi ne pas aller chercher ces clients – oui, ça existe – qui désespèrent de trouver de bons traducteurs et de bonnes traductrices ? Prouvez-leur que vous valez mieux que cet agglutinat invisible de dilettantes. Continuez à vous former, à défendre les vertus du travail bien fait.

En quatre mots : faites valoir votre professionnalisme.

 

 

 

[i] Et force est de reconnaître que la tentative de l’Académie française d’imposer le complément du nom « de rupture » (innovation de rupture, p.e.) n’est pas très… heureuse !

[ii] Voir à ce sujet ma carte blanche publiée en 2017 dans le journal Le Soir à l’occasion de la Saint-Jérôme.

[iii] À lire à ce sujet, cet article publié sur termcoord.eu.

[iv] https://fortune.com/2017/04/24/ted-talks-conference-corporate-sponsorship/

Le traducteur healthy

Article original en anglais The Healthy Translator rédigé par Alison Tunley Nikki Graham et publié sur le site de Rosetta Translation Services.

Traduit de l’anglais par Hadjar Boukhelifa, étudiante M1 TSM ; révision par Estelle Peuvion

 

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Comme beaucoup d’autres professions aujourd’hui, être traducteur consiste essentiellement à pianoter comme un fou sur un clavier. Si vous faites du télétravail, il est fort possible que vous n’ayez aucune interaction humaine, sauf par email. L’article de cette semaine portera sur quelques idées pour contrer l’impact qu’a une existence sédentaire, passée devant un écran, sur votre corps

La traduction est un travail particulièrement intensif au niveau intellectuel. En réalité, on ne peut travailler intensément que pendant de courtes périodes de temps. Je l’associe souvent au travail académique :  si vous n’arrivez pas à prendre des petites pauses régulières, cela va se refléter sur la qualité de votre travail ainsi que sur votre productivité. J’avoue que lorsqu’une échéance approche, on peut faire des choses incroyables, mais en général j’essaie de limiter mes sessions de traduction à une heure. Un des bonheurs du travail à la maison, c’est la flexibilité que ça nous apporte, et quelque chose d’aussi simple que de vider le lave-vaisselle ou de plier son linge pendant dix minutes peut réinitialiser votre cerveau et vous êtes reparti pour une nouvelle heure de traduction, votre concentration au maximum.

Ce mode de travail se prête aussi parfaitement aux pauses sportives pour compenser votre travail sédentaire. J’aime planifier ma journée de travail avec un nombre d’heures précis chaque jour et me laisser une heure pour des activités physiques. Cela peut être un rapide tour à vélo, nager, courir ou même un cours de fitness. De toute façon, je ne fais plus le trajet jusqu’au travail, donc je trouve cela justifié de prendre le temps pour bouger un peu de quelque manière que ce soit. Et je suis sûre que je travaille deux fois plus vite après ma pause.

Mon autre innovation récente en matière de santé a été de réduire le temps passé assise en utilisant un bureau réglable en hauteur. Pour être honnête, j’ai été longtemps repoussée par cette idée, simplement parce que ces bureaux sont devenus à la mode. Mais c’est alors que mes hanches, constamment attachées à une chaise, se sont bloquées, ce qui a fragilisé mes genoux et m’a empêchée d’aller courir comme j’aimais le faire. J’ai donc surmonté ces préjugés et j’ai fait l’acquisition d’un dispositif qui se pose sur mon bureau et peut être abaissé ou relevé à l’aide de simples poignées latérales. C’était beaucoup moins cher que la plupart de ces standing desks, mais il est superbement conçu et fonctionne parfaitement. Au début, la position debout peut sembler fatigante, mais vous vous adaptez rapidement, et le fait d’alterner entre les positions assises et debout rythme la journée. Je suis maintenant une vraie fanatique du assis-debout !

Une autre recommandation que je peux vous faire, c’est d’apprendre à utiliser la souris avec les deux mains. Les tensions dues aux mouvements excessifs de la souris sont fréquentes parce que, même avec une installation de bureau parfaite, il n’est pas idéal d’avoir à déplacer constamment le même bras à cet angle particulier. Utiliser l’autre main va vous paraitre lent au début, mais pouvoir partager cet effort en deux vaut largement le coup. Encore mieux pour minimiser l’utilisation de la souris, l’apprentissage des raccourcis clavier est une bonne idée.

Cela nous ramène à mon dernier conseil : choisissez vos outils de TAO avec soin ! J’ai récemment pris en charge une mission nécessitant l’utilisation d’un outil en ligne (que je ne nommerai pas) avec l’interface la plus malhabile qui soit : de nombreuses opérations répétitives avec la souris et des saisies redondantes, y compris pour les tâches de modification les plus simples. C’était un bon rappel de la joie ergonomique que nous apportent les outils de TAO mieux conçus.

 

Idées reçues : Pourquoi les jeux vidéo sont-ils mal traduits ?

Par Logan Pienne, étudiant M1 TSM

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Tout d’abord, avant même de commencer ce billet de blog, je vous passe le bonjour et vous souhaite une agréable journée !

Ceci étant dit, laissez-moi vous parler aujourd’hui de la localisation de jeux vidéo. Si j’ai choisi ce thème, c’est parce que j’ai une véritable passion pour celle-ci. Je dirai même que c’est une histoire d’amour, et je pourrai vous en parler pendant des heures autour d’une bonne… menthe au lait !

Enfin bref, passons ! Nous avons tous joué au moins une fois dans notre vie à un jeu vidéo, qu’importe la plateforme (mobile, console, pc…), et pourtant, peu de personnes savent comment fonctionne ce domaine.

Dans ce billet de blog, je vais tenter d’élucider le mystère qui rôde autour de la localisation de jeux vidéo : pourquoi diable sont-ils mal traduits (enfin quelques-uns quand même, pas tous !) ? Ou plutôt, pourquoi les choix des localisateurs sont-ils si controversés par les joueurs ?

De plus, étant moi-même en stage dans la traduction de jeux vidéo, je sais de quoi je parle ! (enfin je crois…)

Avant de commencer : Comment ça fonctionne, la traduction de jeux vidéo ?

Bien que cela soit un domaine particulier, la traduction de jeux vidéo suit les codes du monde de la traduction. C’est-à-dire des délais très courts à respecter, un environnement sous pression, des recherches terminologiques à effectuer…

En plus de cela, étant donné qu’une grande partie des jeux vidéo provient des pays asiatiques (Japon, Corée…), le texte peut être potentiellement préalablement traduit du japonais vers l’anglais. Cela peut engendrer des problèmes de qualité de texte source lorsque l’on veut passer de l’anglais vers une autre langue. Ajoutez à cela les menus, les boîtes de dialogue, l’interface du jeu, les messages d’erreur, d’aide et d’information, et pour certains jeux vidéo les sous-titres de dialogues, et vous obtiendrez la base de la localisation de jeux vidéo.

Ces textes et boîtes de dialogue qui vont apparaître sur l’écran devront être courts et concis, car la taille de l’écran des joueurs varie (les joueurs sur pc portable, par exemple, disposent d’un écran plus petit que les joueurs sur tour fixe qui peuvent disposer d’écrans bien plus grands). Il faut aussi prendre en compte la plateforme sur laquelle le jeu vidéo va être publié. Va-t-il être publié sur la Switch, la ps4 ou bien sur smartphone ?

En addition à tout cela, plusieurs problèmes subsistent : qui dit texte court dit manque de contexte et bien souvent restriction de caractères. Et croyez-moi, je sais de quoi je parle ! C’est un réel problème dont le traducteur doit faire face tous les jours. Alors il doit user de tours de passe-passe afin de contourner ces problèmes. (Dans certains cas,  raccourcir les passages voire l’usage des abréviations sont des incontournables)

D’accord, et ensuite ?

Comme si tout cela n’était pas suffisant, vous devrez absolument faire attention aux variables du jeu. « Mais dis-moi Jamy, c’est quoi une variable ? » Eh bien, si l’on en croit le CNRTL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales), une variable, c’est ça : « Qui peut prendre plusieurs valeurs distinctes selon les circonstances.»

« Ah oui, mais ça ne m’aide pas beaucoup à comprendre ça ! » Bon d’accord, je vais vous expliquer. Un exemple sera bien plus parlant. Imaginons la phrase suivante à traduire :

« Oh, it’s you, %player%! It’s been a long time, my dear friend! »

En effet, %player% est bien une variable. C’est-à-dire que cette variable va être remplacée par le nom du joueur en jeu. « Ah d’accord ! Mais en quoi une variable peut être un problème ? » Ça devient un problème lorsqu’il faut traduire la phrase. Proposons une traduction afin de constater le problème ! Imaginons que notre personnage s’appelle Arnold :

« Oh, c’est vous, Arnold ! Ça fait longtemps, mon cher ami ! »

« Trop facile ! » Ah, vous croyez ? Maintenant, remplacez le nom de notre personnage par un prénom féminin.

« Oh, c’est vous, Brigitte ! Ça fait longtemps, mon cher ami ! »

Même si cela reste assez drôle de tomber sur ce genre de dialogue en jeu, un traducteur ne peut pas se permettre ce type d’erreur.

Et ce n’est pas tout !

Il y a bien d’autres problèmes auxquels le traducteur fait face (adaptation des dialogues, des noms des personnages, des jeux de mot, des fêtes culturelles…). Il doit prendre en compte tous ces paramètres (et restrictions) afin de rendre le texte cible le plus fidèle possible au texte source.

En effet, le traducteur doit aussi savoir ce qui est accepté ou non dans son pays d’origine, et doit en avertir le client si certains termes ou certaines expressions feront potentiellement scandale. (Références sexuelles, culturelles, religieuses…)

Une fois que la traduction ait été révisée, il faut la passer dans la machine de l’assurance qualité linguistique ! (LQA pour les anglophones)

Comment procède-t-on à une « LQA » dans le domaine du jeu vidéo ?

Il va falloir tester le jeu vidéo afin de répertorier tous les problèmes qui peuvent surgir, tels que les problèmes de non localisation, de chevauchement ou même de débordement de texte. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, cela arrive bien plus souvent que prévu et, pour en avoir fait, je dirai même qu’ils surviennent de manière inattendue ! Les problèmes qui ne sont pas liés à la langue ne sont cependant pas pris en compte, car cela nécessite d’autres connaissances que le traducteur ne possède pas. (Je parle ici du métier de testeur de jeux vidéo. En d’autres termes, si votre personnage passe à travers les murs, ce n’est pas votre problème !)

Pour conclure…

Beaucoup de joueurs prennent la traduction de jeux vidéo pour acquis et ne prennent pas conscience que les dialogues et tous les textes qu’ils voient en jeu sont le produit d’un travail réfléchi, soigné et rigoureux. Le manque de contexte et tous les problèmes qui gravitent autour poussent le traducteur à faire des choix, discutables ou non.

En d’autres termes, ce n’est pas forcément de la faute du traducteur si le jeu comporte des erreurs ou s’il a été « mal traduit ». Je pense sincèrement que chacun fait de son mieux avec les moyens qui lui ont été confiés.

Voilà, je pense avoir dit tout ce que je pensais. J’espère que cette lecture n’était pas trop fastidieuse et qu’elle vous aura plu !

 

Bibliographie

Mars, auteur de l’article « Chronique : Pourquoi les jeux vidéo sont-ils mal traduits ? » https://www.journaldugeek.com/2012/08/29/chronique-traduction-jeux-video/

Tradonline, « Dans les coulisses de la traduction de jeux vidéo » https://www.tradonline.fr/dans-les-coulisses-de-la-localisation-dun-jeu-video/

« Traduire un jeu vidéo : nos conseils » https://www.versioninternationale.com/details-pas+si+facile+de+bien+faire+localiser+traduire+son+jeu+video-223.html

Jonathan Sobalak « La localisation de jeux vidéo, une traduction technique ou littéraire ?» https://mastertsmlille.wordpress.com/2018/07/01/la-localisation-de-jeux-video/

Définition du mot « variable » à l’aide du site CNRTL : https://www.cnrtl.fr/definition/variable

Parlons du réviseur-relecteur

Par Elena Valevska, étudiante M1 TSM

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De nos jours, cela ne fait plus aucun doute qu’un bon traducteur doit savoir se rendre invisible. Il doit être capable de ne pas faire sentir sa présence et de donner au lecteur l’impression qu’il est en train de lire un texte original et non pas une traduction. C’est là que le réviseur-relecteur entre en jeu : il veille à ce que le produit final soit propre, cohérent et sans oublis, tout en conservant le sens de l’original. Chaque agence de traduction qui respecte ses clients va faire appel à des réviseurs afin de pouvoir assurer la qualité de la traduction. Bien que l’on ne parle pas souvent du réviseur, son rôle n’est pas moins important : en 2006, le Comité européen de normalisation a publié la norme européenne EN-15038 sur les services de traduction, plus tard remplacée par la norme internationale ISO 17100 en 2015, les deux stipulant qu’une traduction doit être révisée afin de garantir sa qualité[i][ii].

Vous aurez remarqué qu’en parlant de « réviseur-relecteur » je regroupe deux concepts sous un même toit : la révision et la relecture. De manière générale, la révision prend pour but l’amélioration du texte dans son entièreté, contrairement à la relecture qui consiste à vérifier l’orthographe, la typographie et la grammaire. Pendant l’étape de révision d’un document, le réviseur va par exemple vérifier et valider la terminologie utilisée par le traducteur, reformuler des phrases longues ou complexes et s’occuper des formulations lourdes. Certaines agences séparent les deux étapes, avec une personne qui se chargera de la révision et, ensuite, une autre de la relecture, mais ce n’est pas toujours le cas. Dans l’agence de traduction qui m’a accueillie, le plus souvent une personne se chargera de la révision et de la relecture à la fois, alors qu’une autre personne fera le dernier contrôle sur papier. Durant cette « deuxième relecture », le relecteur va vérifier si les noms sont épelés correctement, si les dates et les chiffres ne sont pas erronés, si la typographie est en ligne avec les normes de la langue cible (l’utilisation d’un tiret long, les espaces insécables, le point-virgule), pour donner quelques exemples.

Or, qu’est-ce que le métier de reviseur-relecteur, alors ? Pendant mon stage, la révision était l’une de mes missions principales, et j’ai également eu l’occasion d’entretenir avec les autres réviseurs. Voici ce que j’ai appris.

L’humilité. Le but n’est pas d’imposer son propre style ni de démontrer sa virtuosité linguistique, mais d’essayer d’améliorer le résultat final en respectant les choix faits par le traducteur.

La subjectivité. La ligne de démarcation entre une correction de préférence et une amélioration du style est fine. En règle générale, sauf dans le cas d’un contre-sens, la plupart du temps il vaut mieux laisser tel quel. Sinon, on risque de casser le « rythme » de l’original, mais chaque traducteur a des tournures préférées et un style défini, il a fait des choix précis qui ne sont pas toujours évidents.

Les consignes des clients. Certains donnent des consignes très claires, d’autres n’en donnent pas du tout. Parfois ils disent une chose, pour changer d’avis plus tard. Il faut être proactif, soulever des questions en cas de doute et s’attaquer aux problèmes dès qu’ils surviennent si l’on souhaite éviter du travail supplémentaire.

Le temps investi. Certains clients ont tendance à envoyer des documents mal traduits parce que la révision coûte moins cher, et certains traducteurs envoient du travail fait à moitié parce qu’ils enchaînent les délais. Dans les deux cas, cela signifie beaucoup de travail supplémentaire pour le réviseur.

La responsabilité. Comme le réviseur est la dernière personne à juger la qualité d’un texte, il lui incombe beaucoup de responsabilité. Tout comme le traducteur, le réviseur reste invisible sauf s’il y a un problème.

L’interférence linguistique. Trait qu’il a probablement en commun avec le traducteur, le réviseur passe tellement de temps entre plusieurs langues, analysant tous les détails, que des moments brefs de confusion peuvent se produire, où la langue étrangère commence à influencer la langue maternelle.

 

[i] Comité européen de normalisation. 2006. Norme européenne EN 15038:2006. Services de traduction, exigences requises pour la prestation du service. Bruxelles, Institut belge de normalisation.

[ii] ISO 17100:2015 Translation Services-Requirements for Translation Services. Technical Committee ISO/TC37, 2015.