J’ai testé pour vous : la traduction dans le domaine de la mode

Par Blandine Demay, étudiante M2 TSM

Au cœur de l’économie française, l’industrie de la mode est un secteur qui brasse des milliards d’euros par an et qui, malgré un recul provoqué par la crise sanitaire et le manque de clientèle touristique étrangère, a su reprendre du poil de la bête notamment en privilégiant la vente en ligne, avec près de 60 % de la population présente sur le Web en 2020.

À première vue, on pourrait penser que traduire la mode ne semble pas si difficile, mais cela implique en réalité diverses notions que j’ai eu la chance de découvrir lors de mon stage de première année au sein de l’agence Ontranslation, et que je vais tenter de résumer dans cet article.

Traduire la mode : pour quoi faire ?

La mode est présente partout, et ce, depuis toujours. Elle est d’autant plus visible depuis l’apparition du Web et donc, du E-commerce, dans les années 1990. Depuis cette époque et à l’heure de l’internationalisation, les entreprises en plein essor se sont mises à la vente en ligne dans le but de faire fructifier leur activité et de conquérir des marchés étrangers. Grâce à un catalogue de produits proposé à une clientèle du monde entier, ces dernières ont la possibilité d’accroître leur visibilité et, in fine, d’augmenter leur chiffre d’affaires. Cependant, c’est sans compter sur la traduction du contenu de leurs sites alors indispensable pour toucher des publics de divers horizons et générer davantage de ventes.

Traduire la mode : comment faire ?

Malgré les apparences, la traduction de la mode est un domaine à part entière qui répond à des caractéristiques bien spécifiques et n’est pas donné à tout le monde. En effet, la plupart des contenus de ce type étant destinés à la vente à l’échelle internationale, il s’agit d’un domaine intrinsèquement lié au marketing et, par conséquent, à l’ensemble des caractéristiques qu’implique ce dernier. À l’instar de n’importe quel type de traduction, la traduction marketing requiert bien évidemment des connaissances linguistiques approfondies dans les deux langues, et un vocabulaire spécialisé, mais également des connaissances extralinguistiques. Outre la maîtrise de la grammaire, de l’orthographe, de la terminologie, etc., un minimum de connaissances dans les deux cultures est attendu pour réaliser une traduction de qualité. Toutefois, cette traduction va bien au-delà de la simple transposition linguistique. Elle implique l’utilisation de techniques commerciales, notamment utilisées dans le domaine de la publicité, car, même si son objectif premier reste la traduction d’un document, elle vise à correspondre aux attentes du marché cible et donc à attirer le client. Rien n’est laissé au hasard : les mots et tournures de phrases sont minutieusement sélectionnés afin de susciter l’intérêt du client potentiel et de lui donner envie d’aller plus loin que la simple lecture de l’annonce, de la fiche produit, ou du slogan. L’objectif est d’adopter une communication adaptée, cohérente, et bien évidemment en accord avec les valeurs de l’entreprise car il s’agit ici de lancer ou d’asseoir l’image de la marque.

Pour l’ensemble de ces raisons, il va donc de soi que tout le monde n’est pas capable de traduire ce genre de contenu, les entreprises souhaitant externaliser leur activité doivent faire appel à des traducteurs spécialisés dans le domaine.

En ce qui concerne les principes d’applications, on pense notamment à la notion de localisation, très présente à l’heure actuelle sur le marché, s’apparentant à l’adaptation d’un produit auprès d’une zone géographique définie en veillant au respect de la culture cible. Par adaptation, on entend tout changement ou toute modification nécessaire à la bonne compréhension du texte par l’audience ciblée. Il peut par exemple être question d’adaptation au niveau de la devise, dans un contexte de traduction d’un texte de l’anglais américain vers le français de France, une conversion des dollars en euros est attendue afin que le public cible, en l’occurrence francophone, se sente concerné par ce qu’il lit et que le contenu lui soit utile.

Plus que jamais d’actualité, le principe de transcréation, défini comme « un anglicisme provenant des deux mots anglais « translation » et « creation » et qui représente une démarche marketing visant à l’adaptation d’un message publicitaire à un pays ou une culture étrangère » s’ajoute à la liste. Par opposition à la traduction littérale, la transcréation, également appelée traduction créative, est un processus de traduction où la créativité a toute sa place et s’avère même être nécessaire. En effet, il ne s’agit pas de traduire mot à mot, ou phrase par phrase, mais plutôt d’effectuer un transfert du message dans son ensemble. L’un des objectifs principaux de ce processus repose sur la spécificité culturelle qui va bien au-delà du simple transfert linguistique. Il est essentiel pour une entreprise qui souhaite accroître ses ventes et vendre à l’international d’avoir recours à ce type de procédé,  afin d’instaurer un climat de confiance entre le client potentiel et la marque : le client se sent concerné, attiré, et souhaite acheter les produits de cette marque. Cette activité ne nécessite pas forcément de matériel complexe (outils de TAO entre autres) mais « juste » de la créativité. En bref, on privilégie le fond à la forme.

Mon expérience

Lors de mon stage, la majorité de mes tâches consistait en la traduction de contenu Web et de campagnes publicitaires pour de célèbres marques : du prêt-à-porter aux robes de mariée en passant par les incontournables tongs brésiliennes, j’ai eu le temps et la chance de m’essayer à la liberté qu’offre la transcréation et laisser parler ma créativité tout en palliant l’ensemble des difficultés qu’implique cette dernière. Autant vous dire que les dentelles, le mikado et le tulle n’ont plus de secret pour moi !

Tout d’abord, il faut avoir en tête que chaque marque est différente et possède sa propre identité censée être reflétée par le contenu de ses supports de communication. Mon objectif premier était donc de conserver cette identité en visant l’adaptation à la culture cible. Par exemple, lorsque je devais traduire des descriptions de robes de mariée, une belle plume était de mise de façon à faire rêver la cliente en « enrobant » quelque peu mon propos. Il s’agissait ici de faire appel aux émotions de la future mariée et de la convaincre d’essayer telle ou telle robe. Le problème qui se pose dans ce cas est souvent la limite de caractères imposée. Si vous êtes traducteurs, le taux de foisonnement très élevé de la langue française n’est certainement pas un secret pour vous. Prenons l’exemple d’une traduction de l’anglais vers le français, le texte cible atteindra un coefficient de foisonnement avoisinant les 20 % ! Il m’arrivait donc fréquemment de devoir reformuler voire supprimer des mots ou des morceaux de phrases pour que le texte ne dépasse pas cette limite.

Au-delà de ça, j’ai été confrontée à quelques difficultés telles que le système de tailles et de pointures qui varie selon les pays : une taille 36 en France équivaut à une taille 4 aux États-Unis par exemple. Malgré ces quelques particularités, l’emploi d’anglicismes vient faciliter en quelque sorte la traduction et apporte un côté cosmopolite. Je pense par exemple à la couleur « nude » provenant de l’anglais et qui est aujourd’hui utilisée en français, ou  encore à la coupe de robe de mariée « A-line » et aux jeans « boyfriend » que l’on retrouve souvent.

Bien évidemment, ce type de traduction étant nouveau pour moi, j’ai encore beaucoup de choses à voir et à apprendre, mais c’est un domaine qui m’intéresse particulièrement et dans lequel j’aimerais me spécialiser.

Tu es étudiant en traduction et tu ne sais toujours pas dans quel domaine te spécialiser ? Tu as un penchant pour le secteur du marketing et du E-commerce ? Alors lance-toi dans la traduction de la mode ! Comme l’a si bien expliqué William Brouilly dans son article, ce n’est pas le travail qui manque !

Bibliographie

https://journals.openedition.org/traduire/833.

https://mastertsmlille.wordpress.com/2019/11/03/et-pourquoi-pas-traduire-la-mode/.

https://mastertsmlille.wordpress.com/2021/07/04/la-creativite-en-traduction/.

https://transeo.io/agence-traduction/traduction-mode-pret-a-porter/.

https://www.at-languagesolutions.com/fr/atblog/traduccion-sector-moda/.

La transcription phonétique du chinois et son importance dans la traduction

Par Léa Bailleux, étudiante M2 TSM

La transcription phonétique du mandarin

D’après le Wiktionnaire, la transcription phonétique est, en linguistique, « l’écriture de mot ou d’un texte utilisant des symboles pour chaque son suivant un système défini ».

Un tel système est donc un guide de prononciation qui, si on le suit, nous permet de prononcer des mots que l’on n’a jamais entendus auparavant.

C’est le cas du Zhuyin Fuhao (注音符號) aujourd’hui utilisé à Taïwan pour enseigner le mandarin ou écrire sur les téléphones et ordinateurs avec un clavier de ce type :

Tous ces caractères sont phonétiques et, mis ensembles, permettent de lire les caractères chinois. On peut prendre pour exemple la phrase « j’aime étudier » qui s’écrit et se prononce comme suit :

Zhuyinㄨㄛˇㄒ丨ˇㄏㄨㄢ˙ㄒㄩㄝˊㄒ丨ˊ
Écriture – chinois traditionnel

Ces systèmes sont très pratiques, mais il y a quand même un problème : il faut connaître la prononciation de chacun de ces caractères de transcription pour lire les caractères chinois… Ce qui n’est pas très utile quand on parle uniquement des langues utilisant l’alphabet latin.

Fort heureusement, le système le plus utilisé actuellement est le Hanyu Pinyin qui utilise l’alphabet latin pour rendre les caractères chinois accessibles aux étrangers, et c’est pour cette même raison qu’il a été adopté en 1958 comme système officielle de transcription en république populaire de Chine, et ce même si les dirigeants chinois reconnaissaient l’efficacité du Zhuyin.

Pour mieux comprendre à quoi correspond le Hanyu Pinyin, reprenons notre exemple précédent :

Zhuyinㄨㄛˇㄒ丨ˇㄏㄨㄢ˙ㄒㄩㄝˊㄒ丨ˊ
Pinyinhuānxué
Écriture – chinois traditionnel

Il y a bien sûr des règles de prononciation avec lesquelles il faut se familiariser pour prononcer les caractères le mieux possible, mais un lecteur francophone peut lire le chinois avec l’aide de cette transcription.

Ainsi, la république populaire de Chine utilise le Hanyu Pinyin depuis 1958, mais ce n’est pas le cas de Taïwan qui l’utilise officiellement depuis 2009 seulement et qui utilisait depuis 2002 le Tongyong Pinyin. Encore avant, elle utilisait le MPS2, une version corrigée du Wade-Giles.

Tout cela est bien intéressant, mais quel est le rapport avec la traduction ?

La transcription phonétique dans la traduction

On pourrait se dire que ces systèmes nous impactent bien peu quand on n’étudie pas le mandarin, mais ces changements ont une répercussion directe : la traduction des noms de personnes du mandarin vers les langues occidentales.

Car bien qu’un public français soit capable de lire le nom de Britney Spears ou bien celui de Meghan Markle, je ne suis pas sûre que ce soit le cas pour 习近平 ou 蔡依林 qui ne sont autres Xi Jinping, l’actuel président de la république populaire de Chine, et Jolin Cai, une célèbre chanteuse taïwanaise.

Ces deux derniers noms ne sont bien sûr pas choisis au hasard : Xi Jinping est la transcription phonétique de 习近平 en Hanyu Pinyin, et Jolin Cai est un mélange entre la transcription en Hanyu Pinyin de son de famille, 蔡, et le prénom étranger qu’elle s’est choisi, Jolin.

Car un autre paramètre est à prendre en compte dans la traduction des noms de personnes : leurs noms étrangers. En effet, il n’est pas rare que des sinophones aient un nom international. C’est une pratique de plus en plus courante depuis les années 1970, c’est-à-dire depuis que la Chine a commencé à s’ouvrir à l’étranger. La plupart des personnes qui se choisissent un nom étranger travaillent dans les affaires, étudient une langue étrangère, ou bien vivent ou ont vécu à l’étranger. Ainsi, lorsque j’ai étudié à Taïwan, un de mes amis se faisait appeler Jack en anglais en Jacques en français car il a fait le choix de garder le même nom alors qu’une autre de mes amies se faisait appeler Sharon en anglais et Judith en français. Le choix du nom étranger peut être le fruit d’une longue réflexion, la traduction de ce que le nom de la personne signifie en chinois, un nom qui ressemble à la prononciation du nom chinois, …

Chacun fait son choix pour les raisons qui lui sont propres, et le traducteur doit aussi faire un choix : reprend-il le nom international de la personne ou bien la transcription phonétique ? Par respect pour la personne et pour faciliter la lecture, c’est bien souvent le premier choix qui est fait, et le nom international reste. C’est pour ça que le créateur du site Alibaba.com est connu comme Jack Ma alors que la transcription de son nom est Ma Yun.

Cet exemple nous permet de remarquer une particularité des noms chinois et asiatiques en général : en mandarin, le nom de famille se place avant le prénom, ce qui peut porter à confusion. Mais on remarque aussi que pour Jolin Cai et Jack Ma, le nom de famille est déplacé après le prénom : le nom est complètement occidentalisé. Ce qui n’est pas le cas des noms dont la transcription est utilisée : nous connaissons Xi Jinping, Deng Xiaoping, Sun Yat-sen, Jiang Qing, … pour tous ceux-là, le nom de famille reste avant le prénom.

Nous l’avons vu, en Chine le Hanyu Pinyin n’est utilisé que depuis 1958, et à Taïwan les systèmes de transcription ont changé par trois fois en une vingtaine d’années, ce qui ne facilite pas le travail du traducteur : doit-il suivre les changements de système ou bien garder les anciennes transcriptions avec lesquelles le lecteur est familier ?

Ce n’est pas un changement qui se fait en un jour. Si nous reprenons l’exemple de Jolin Cai, elle s’est longtemps fait appeler Jolin Tsai, Tsai qui est la retranscription de 蔡 en MPS2, et c’est encore comme ça que l’on retrouve son nom dans la presse :

Alors que sur sa propre page Instagram, elle s’appelle Jolin Cai, Cai qui est la transcription de 蔡 en Hanyu Pinyin :

On voit donc que les changements prennent du temps à être appliqués, mais ils finissent par l’être : nous connaissons tous aujourd’hui 毛泽东 sous le nom de Mao Zedong, mais auparavant il était connu sous le nom de Mao Tsé-toung.

Les systèmes de transcriptions évoluent en même temps que les langues et les sociétés de leurs locuteurs, c’est pour ça qu’il est important pour les traducteurs de savoir quels systèmes sont utilisés et où, mais aussi suivre leurs changements pour rester à jour et ne pas produire de traductions de noms qui seraient obsolètes.

Bibliographie

Alleton, Viviane. « Transcriptions alphabétiques du chinois ». Dans L’écriture chinoise. France : Presses Universitaires de France, 2002, pages 116 à 126.

A Little Dynasty LLC. (2020). « History of Pinyin », Dans A Little Dynasty. [En ligne]. Disponible sur : <https://www.alittledynasty.com/history-of-pinyin.html>.

Cai, Jolin. Instagram. [En ligne]. Disponible sur : <https://www.instagram.com/jolin_cai/>.

Lu, Fran. (2018) « Why Do Chinese People Have Western Names? ». Culture Trip. [En ligne]. Disponible sur : <https://theculturetrip.com/asia/china/articles/chinese-people-western-names/>.

Romanization. « Taiwan’s official romanization system: MPS2 ». Dans Romanization. [En ligne]. Disponible sur : < http://www.romanization.com/tongyong/mps2.html>.

Shih Hsiu-Chuan. (2008) « Hanyu Pinyin to Be Standard System in 2009 ». Dans Taipei Times. [En ligne]. Disponible sur : <https://www.taipeitimes.com/News/taiwan/archives/2008/09/18/2003423528>.

The Independent. « Jolin Tsai accused of insulting China after showing her support for Taiwan’s Olympians ». Dans The Independent. [En ligne]. Disponible sur : <https://theindependent.sg/jolin-tsai-accused-of-insulting-china-after-showing-her-support-for-taiwans-olympians/>.

Wiktionnaire. (2020) « Transcription phonétique », Dans Wiktionnaire. En ligne]. Disponible sur : <https://fr.wiktionary.org/wiki/transcription_phon%C3%A9tique>.

Wu, Haiyun. (2016) « How Chinese People Make Western Names for Themselves ». Sixth Tone. [En ligne]. Disponible sur : <https://www.sixthtone.com/news/1521/https%3A%2F%2Fwww.sixthtone.com%2Fnews%2F1521%2Fhow-chinese-people-make-western-names-for-themselves>.

Extraction et intégration, le b.a-ba de la traduction web

Par Clément Brulé, étudiant M2 TSM

Un site web multilingue, le rêve de tous les entrepreneurs, de quoi exporter produits et services loin par-delà les mers et ainsi conquérir de nouveaux marchés. L’objectif des uns, le casse-tête des autres. Afin de pouvoir proposer d’autres services complémentaires à la traduction, et ce pour tirer leur épingle du jeu (et prendre la part du lion au passage), les personnes responsables de la traduction d’un site web peuvent être amenées à réaliser des étapes techniques. La traduction de sites Internet comprend bien des choses comme :

  • L’extraction des pages qui consiste en la récupération des documents sources ;
  • la traduction, bien évidemment ;
  • la localisation, soit l’adaptation du texte, mais aussi du site en lui-même pour assurer une pénétration optimale du marché cible ;
  • l’intégration des traductions directement sur le site du client.

Dans cet article, nous nous concentrerons sur les questions d’extraction et d’intégration au sein de sites WordPress (ci-après WP) et laisserons de côté les questions de traduction et de localisation plusieurs fois abordées déjà sur ce blog comme dans cet article sur la localisation de Manon Gladieux.

L’extraction

Si tout le monde s’accorde à dire qu’il est difficile d’établir un devis pour la rénovation d’un bâtiment sans connaître la surface de l’édifice, alors pourquoi les clients demandent-ils des devis pour la traduction de leurs documents sans les envoyer ? Pourtant dans notre cas il existe un moyen de proposer un premier devis pour la traduction d’un site web : extraire le site soi-même.

Il suffit pour cela de trouver un moyen d’obtenir les pages ou tout du moins leur contenu de manière simple et rapide. Il est tout bonnement hors de question de copier-coller le texte présent dans les pages. Cela pourrait altérer leur présentation, car les balises HTML et CSS, donnant des informations sur le fond comme sur la forme, des fois inclues directement dans le HTML ne seront pas conservées !

Pour les petits sites, il est toujours possible d’enregistrer les pages manuellement. Un simple CTRL + S ou clic droit > Enregistrer sous… suffit.

Cela n’est pourtant pas idéal bien que le contenu principal de la page soit extrait correctement.

Afin d’aspirer des sites plus volumineux, il est possible d’utiliser l’extension Chrome de téléchargement automatique Simple mass downloader. Pour les traducteurs indépendants comme pour les agences, le temps est précieux et l’utilisation de solutions automatisées dans toutes les étapes de la traduction se révèle essentielle ou tout du moins commode. Ce plugin permet de télécharger au format HTML de manière semi-automatique une liste d’URL. Un gros problème, c’est que cette extension comme beaucoup de solutions de téléchargement automatique de sites Internet, renomme les fichiers qui perdent de ce fait le nom du chemin donnant des informations sur le Zone de Texte: Figure 1 : interface Simple mass downloadercontenu. Ainsi les pages /home, /turrones et /turrones/turron-de-alicante seront renommées /telechargement, /telechargement1 et /telechargement2. Cela pourra poser problème durant la phase d’intégration. Devoir rouvrir et renommer chaque document individuellement après avoir gagné tout ce temps durant la phase d’acquisition des documents fait perdre tout son sens à cette démarche d’accélération des processus. De plus, beaucoup d’extensions ne permettent de télécharger qu’une liste d’adresses et non pas un site complet.

Figure 1 : interface Simple mass downloader

Durant le stage de M1, j’ai été confronté à cette problématique durant mes missions de gestion de projets web. À la suite de quelques recherches, j’ai finalement décidé de me tourner vers un outil difficile d’utilisation, mais bien commode : wget.

Avertissement à destination des technophobes : pour l’utiliser, il faut passer par l’invite de commande.

  • Pour ouvrir l’invite de commande, il suffit de taper « cmd » dans la barre de recherche Windows (ou le raccourci Windows + R).
  • Une fois dans l’invite, il faut tout d’abord accéder au dossier dans lequel vous souhaitez sauvegarder vos téléchargements grâce à la commande : cd {chemin _dossier_souhaité\nom_dossier}

Ensuite, plusieurs options s’offrent à vous :

  • Vous ne souhaitez télécharger qu’une liste d’URL, contenant les pages devant être traduites par exemple ? Créez un document et sauvegardez-y votre liste d’URL (un document texte suffit). Ensuite, rentrez une commande contenant la balise -i comme suit :

wget -E -nd -i {nom_du_fichier.extension}

-i ouvre le document pour télécharger la liste d’URL.

-E assure que les fichiers sont sauvegardés sous l’extension HTML.

-nd permet de sauvegarder tous les fichiers dans le même dossier, empêchant la création de sous-dossiers.

  • Vous souhaitez télécharger l’intégralité d’un site ? Rien de plus simple, rentrez la commande suivante :

wget -E -nd -m {URL_site}

-m combine plusieurs balises afin de télécharger à la suite les pages tout en ignorant celles déjà téléchargées pour ainsi éviter les doublons.

  • Vous avez un autre besoin ou souhaitez personnaliser votre expérience ? C’est tout à fait possible. Pour accéder à l’ensemble des commandes existantes, tapez :

wget -h

Figure 2 : invite de commande (cmd) Windows

Attention cependant, aucun outil n’est parfait ! Les logiciels et programmes d’extraction ne prennent souvent pas en compte les éléments intégrés au travers du langage JavaScript comme les plugins (extensions).

Il est donc crucial de bien repérer en amont les éléments qui ne seront pas extraits pour adopter les bonnes stratégies. Ces éléments sont généralement des modules ajoutés via un système d’extensions (plugins). Ils sont ajoutés par les créateurs du site dans le but de rendre l’expérience utilisateur plus dynamique et la conception du site plus simple, mais ne sont pas toujours pensés pour la traduction et sont quelquefois compliqués et même impossibles à extraire correctement.

Ces modules externes sont extraits, parfois segment par segment, puis réintégrés après traduction dans l’interface WP.

L’intégration

Une fois la traduction effectuée, il existe plusieurs cas de figure.

1. Le client souhaite un site unilingue.

Le client copie le site original à traduire et cette copie deviendra le site cible.

Une fois la traduction achevée, il faut remplacer le texte d’origine par le texte cible par écrasement dans le WP client. Un processus aussi long que fastidieux qui requiert une certaine minutie. Une attention toute particulière doit être apportée lors de l’intégration des segments afin de ne pas supprimer par erreur du code HTML ou CSS parfois présent dans les champs de texte.

2. Le client opte pour un site multilingue

Une option plus simple à bien des égards comme nous allons le voir. Afin que la solution de gestion du contenu (CMS) du client, dans notre cas WP, puisse supporter plusieurs langues, il est important de guider le client dans le choix d’une solution de gestion multilingue. Ces extensions facilitent grandement le travail des personnes chargées de l’intégration en réduisant de manière considérable le temps passé sur cette tâche. De plus, comme le processus est automatique, aucune erreur (sauf en cas de bug) ne peut être insérée durant cette étape. Un soulagement tant pour les agences que pour les équipes responsables du WP client qui doivent parfois nettoyer le bazar laissé par des amateurs peu consciencieux. Chaque agence ou traducteur aura sa préférence et il est bien sûr plus pratique que le client se dirige vers une solution connue et maîtrisée par la personne responsable de l’intégration. Les deux extensions les plus connues sont WPML (sur lequel j’ai pu travailler) et Polylang. Là encore, il existe plusieurs cas de figure :

La première méthode consiste à télécharger des fichiers bilingues (.XLIFF pour WP ou .PO pour Polylang) depuis le CMS client. Une fois la traduction terminée, il n’y a plus qu’à les téléverser dans l’interface de gestion multilingue, généralement juste à côté de l’endroit où les fichiers ont été téléchargés en premier lieu. Cette partie auparavant si longue se fait maintenant automatiquement et la plupart du temps sans accroc (aucune modification du CSS).

Il existe une autre méthode seulement possible lorsque la traduction est réalisée sur une plateforme de traduction en ligne du type SaaS (Software as a Service ou logiciel en tant que service) comme SmartCat. On connectera le SaaS au WP client et l’intégration des traductions pourra être réalisée en appuyant sur un simple bouton.

Dans les deux cas, il sera parfois nécessaire de demander l’aide du développeur WP (ou autre CMS) du client. Celui-ci pourra régler les cas particuliers, débloquer des accès ou valider certaines opérations. Par exemple, certains modules n’ont pas été pensés pour être traduits et doivent être clonés puis traduits par écrasement comme les grilles tarifaires. Le développeur WP se chargera ensuite d’intégrer le module traduit sur le site final.

Dans un cas comme dans l’autre, il faudra ensuite manuellement intégrer les « modules », les menus, les pieds de page (footer) et autres plugins depuis des menus spécifiques (String translation et Menus pour WPML).

Figure 3 : interface WPML

Dans la capture d’écran ci-dessus, nous pouvons observer les éléments suivants :

  • 1.A et 1.B : interface d’import des traductions depuis le SaaS de l’agence
  • 2 : menu de traduction des modules
  • 3 : onglet de traduction des menus (header et footer)
  • 4 : accès à un module de grille tarifaire (ajouté par extension) dans lequel un clonage sera nécessaire avant intégration directement dans WP

En résumé, l’extraction et l’intégration sont des étapes semi-techniques qui permettent d’étoffer l’offre proposée par le prestataire de service (freelance ou agence) et donc de fournir un « package » aux clients potentiels, dans le but de renforcer l’attractivité et de diminuer le nombre d’intermédiaires (gain de temps et d’argent).

Outre ces étapes semi-techniques, il est essentiel lors de l’analyse du projet de faire preuve d’une certaine sagacité et d’une bonne connaissance de la structure des sites Internet pour repérer avant même le début du projet les futures difficultés potentielles et préparer une réponse adaptée. Une bonne analyse évitera les allers-retours avec les clients et les équipes de traduction, les devis erronés et diminuera les risques pour l’agence ou le traducteur.

Bibliographie

Aseem Kishore, « Beginner’s Guide to the Windows Command Prompt », Online Tech Tips, 19 novembre 2014. https://www.online-tech-tips.com/computer-tips/how-to-use-dos-command-prompt/.

Manon Gladieux. « Les neuf grands commandements pour une localisation de site Web efficace ». MasterTSM@Lille (blog), 21 février 2021. https://mastertsmlille.wordpress.com/2021/02/21/les-neuf-grands-commandements-pour-une-localisation-de-site-web-efficace/.

MDN web docs, « Comprendre Les URL et Leur Structure – Apprendre Le Développement Web | MDN https://developer.mozilla.org/fr/docs/Learn/Common_questions/What_is_a_URL.

Sofija Simic, « How to Use Wget Command With Examples | PhoenixNAP KB », 22 octobre 2019. https://phoenixnap.com/kb/wget-command-with-examples.

Stack Overflow. « shell – Using wget to recursively fetch a directory with arbitrary files in it ». https://stackoverflow.com/questions/273743/using-wget-to-recursively-fetch-a-directory-with-arbitrary-files-in-it.

Stack Overflow. « wget command to download a file and save as a different filename ». Consulté le https://stackoverflow.com/questions/16678487/wget-command-to-download-a-file-and-save-as-a-different-filename.

WPML. « Traduire des sites WordPress avec WPML et Smartcat ». https://wpml.org/fr/translation-service/smartcat/.

Réussir son installation en tant que traducteur indépendant

Par Antoine Deruy, étudiant M2 TSM

Après l’obtention de leur diplôme, il faut en moyenne trois à quatre mois aux jeunes traducteurs rejoignant le marché pour terminer leur installation en tant qu’indépendant. Ces chiffres varient énormément, certains s’installant en moins d’un mois, et d’autres obtenant leur premier client après plusieurs mois de préparation.

Ce billet de blog est destiné principalement aux étudiants en traduction, mais également aux personnes en reconversion professionnelle souhaitant créer leur entreprise de traduction. Du haut de ma 5e année d’études post-baccalauréat, et trépignant d’impatience à l’idée de démarrer enfin mon activité professionnelle, c’est tout naturellement que j’ai mené quelques recherches afin de savoir comment réussir du mieux que possible son installation en tant qu’indépendant, pour pouvoir travailler le plus rapidement possible après l’obtention de mon diplôme.

Je vous propose donc aujourd’hui de vous faire part de mes découvertes.

Se renseigner sur la création d’entreprise

En premier lieu, il est important de prendre le temps de vous renseigner sur les différents types de statuts disponibles pour les traducteurs. Choisissez celui qui vous conviendra le plus. Par la suite, n’hésitez pas à vous intéresser à toutes les procédures à remplir pour pouvoir obtenir ledit statut. En général, la plupart des traducteurs indépendants optent pour une microentreprise.

Il s’agit d’une entreprise individuelle bénéficiant d’une régime micro-social simplifié. Pour ne citer que certaines de ses caractéristiques, elle permet de réaliser jusqu’à un maximum de 72 600 € de chiffre d’affaires hors taxes par an. Dans le cas de l’activité de traduction, les bénéfices issus de la prestation de services seront d’ailleurs considérés comme des bénéfices non commerciaux (BNC), et devront donner lieu à des charges sociales à hauteur de 22% du chiffre d’affaires.

L’avantage de ces charges sociales est qu’elles ne s’appliquent qu’en cas de chiffre d’affaires non nul. Pour faire simple, si vous ne faites pas de recettes, vous n’aurez pas à payer de charges sociales.

Il reste ensuite à choisir si vous souhaitez opter pour une imposition « classique », calculé par tranches, ou si vous préférez opter pour le versement libératoire de l’impôt sur le revenu à hauteur de 2,2% du chiffre d’affaires. Ce versement libératoire est plus intéressant à mesure que le chiffre d’affaires augmente, alors qu’il est plus intéressant d’opter pour le régime d’imposition par tranches dans le cas d’un faible chiffre d’affaires.

Cela dit, bien qu’il soit important de s’intéresser à la création de son entreprise dès maintenant, il vaut mieux éviter de la créer sans utilité directe : en effet, il existe un dispositif appelé aide à la création et à la reprise d’entreprise (ACRE) permettant d’être exonéré de ses cotisations sociales pendant les 12 premiers mois suivant la création de son entreprise, en fonction de ses revenus. Autant dire qu’il vaut mieux attendre d’avoir son premier client, ou au moins de se lancer sur le marché pour créer son entreprise, pour en bénéficier de manière optimale.

Il existe encore de nombreuses subtilités, avantages et inconvénients propres à la microentreprise que je ne listerai pas ici, ce n’est pas le but de cet article. De très bons billets existent déjà à ce sujet (comme celui de tradupreneurs). Je vous invite donc vivement à vous renseigner plus en détails sur ce sujet.

Mettre au point une stratégie

Il est important de commencer dès maintenant à mettre au point une stratégie. De nombreux traducteurs commencent par se lancer en tant qu’indépendant, et se posent toutes les questions ensuite.

Définir au préalable quelle approche marketing utiliser pour se faire connaître et ainsi obtenir des clients directs et/ou entrer dans les bases de données des agences de traduction est essentiel. Ainsi, il est primordial de se demander pour quel genre de clients nous souhaitons travailler, et de commencer à répertorier des noms d’entreprises à contacter dès le lancement de l’activité indépendante. De la même manière, il peut être judicieux de préparer une liste des agences avec qui l’on souhaite travailler, afin de pouvoir les démarcher directement après l’installation. Pour ce faire, on peut déjà préparer des CV dans nos principales langues de travail, pour parer à toute éventualité. Cette préparation en amont permet de maximiser sa rentabilité et de minimiser le temps de période creuse suivant généralement le lancement d’une activité indépendant.

Faire le point sur soi-même

Je vous propose ensuite une petite activité d’introspection. Afin d’aborder sereinement le lancement de votre activité, vous devez avoir une très bonne connaissance de vos points forts et de vos faiblesses. Cet exercice vous permettra non seulement de mieux vous connaître, mais également de définir ce que vous souhaitez faire avec votre entreprise. Avez-vous des compétences particulières en PAO (publication assistée par ordinateur) ? Dans ce cas, vous pouvez envisager de proposer à vos clients des services de mise en page. Avez-vous une formation particulière en sous-titrage ou en transcription ? N’hésitez pas à vous en servir. Un bon traducteur doit briller par son adaptabilité et sa polyvalence. N’ayez pas peur de faire feu de tout bois. Établissez une liste de vos connaissances et compétences et analysez celles dont vous pouvez vous servir pour votre activité professionnelle.

Réfléchir à une éventuelle spécialisation

Commencez également au plus vite à réfléchir à une ou plusieurs spécialisations éventuelles, et commencez pourquoi pas à vous former en amont ! C’est bien connu, on recommande à tous les traducteurs de se spécialiser, pour éviter de rester trop généraliste et ainsi n’avoir aucun profil de client cible à privilégier. En vous spécialisant, vous pourrez viser un marché plus précis, et vous démarquer des autres traducteurs en étant l’un des meilleurs sur un domaine de niche. Une fois de plus, n’hésitez pas à faire feu de tout bois ! On ne choisit pas une spécialisation par hasard. Si vous avez des connaissances spécifiques sur un domaine particulier, n’hésitez pas à en tirer parti ! De même, n’hésitez pas à vous spécialiser dans un domaine qui vous intéresse : Vous avez toujours aimé l’informatique, et connaissez les composants de votre ordinateur sur le bout des doigts ? Devenez traducteur spécialisé en informatique ! Il n’y a aucun mal à joindre l’utile à l’agréable, alors autant traduire des textes qui nous intéressent ! Enfin, vous pouvez également tirer parti des connaissances de votre entourage pour votre choix de spécialisation : si vos deux parents sont avocats, vous pourrez plus facilement vous spécialiser dans la traduction juridique.

Même s’il n’est pas essentiel de choisir une spécialisation lors de la création de son entreprise, en avoir déjà au moins une petite idée est un plus, puisque cela vous permettra de voir clairement où vous souhaitez vous diriger.

L’importance d’avoir un site web pour son activité de traduction professionnelle

À des fins de prospection, créer son site web pour son activité de traduction pendant sa dernière année d’études est selon moi une très bonne idée. Cela permet non seulement d’économiser un temps précieux au moment de l’installation, ou plus tard pendant sa carrière, mais également de gagner en visibilité. A la manière du vin, il faut longtemps aux sites internet pour gagner en maturité et donc en « réputation ». Un site web tout juste lancé ne sera pas bien référencé, il faut l’entretenir petit à petit et jouer de SEO (Search Engine Optimization, un processus visant à améliorer le référencement d’un site via des étapes techniques) pour avoir une chance d’apparaître en haut du classement des moteurs de recherche. Autrement dit, au plus tôt un site web est lancé, au plus tôt on peut en espérer en tirer parti. C’est pourquoi je vous recommande d’en créer un le plus rapidement possible.

De nos jours, créer un site web est vraiment bien plus simple qu’avant ! Nombreux sont ceux qui pensent qu’il faut maitriser sur le bout des doigts plusieurs langages complexes de programmation pour être en mesure de créer son site web. Si ce mythe était réalité il y a une dizaine d’années, il n’est plus du tout d’actualité aujourd’hui. Avec l’essor des CMS (Content Management System, ou système de gestion de contenu en français), plus besoin d’être un expert en informatique ! Ces plateformes telles que WordPress, dont je suis prêt à parier que vous avez déjà entendu parler avant aujourd’hui simplifient énormément la création d’un site web. Pour faire simple, elles vous permettent grâce à un affichage WYSIWYG (what you see is what you get) de « coder » votre site web à partir de thèmes et d’éléments assez visuels. Autrement dit, vous pouvez directement modifier votre site web visuellement, sans passer par des lignes de code barbantes.

Aujourd’hui, 42% des sites internet (comme ce blog par exemple) fonctionnent grâce à WordPress, et ce n’est pas pour rien !

De plus, ce CMS étant particulièrement populaire auprès de ses utilisateurs du fait de sa facilité à prendre en main, de nombreux tutos et autres cours sont disponibles sur le web, permettant à tous de se former intégralement.

Enfin, il faut savoir qu’un site web doit être hébergé sur un serveur pour pouvoir être maintenu en ligne. De nombreux hébergeurs sont prêts à héberger votre site en échange d’une contrepartie financière (sous la forme d’un abonnement mensuel). Cependant, si vous souhaitez commencer à vous former et à construire votre propre site web, je vous recommande le logiciel Local. Cet outil vous permet d’héberger vos propres sites en local (sur votre ordinateur), afin de pouvoir tester certaines fonctionnalités, de vous faire à l’architecture WordPress et de construire votre site à votre propre rythme. Une fois votre site prêt à être lancé, vous n’avez qu’à effectuer une copie de votre site grâce à un plugin, et à déposer cette copie chez l’hébergeur de votre choix.

Disposer d’un site web en tant que traducteur indépendant offre plusieurs avantages :

  • Il peut permettre d’obtenir de nouveaux clients
  • Au-delà du point de vue commercial, un site web vitrine peut faire office de carte de visite ou de CV en ligne. Cela peut vous permettre de gagner beaucoup de points et de paraître plus professionnel auprès d’agences par exemple.
  • Une fois créé et selon la stratégie choisie, un site web demande un investissement plus ou moins passif.

Justement, venons-en à cette notion de stratégie. Vous pouvez en effet créer votre site web à différentes fins, qui vous demanderont un investissement plus ou moins conséquent. Si vous souhaitez créer un site vitrine uniquement, et que le référencement ne vous intéresse pas, alors vous n’aurez plus grand-chose à faire une fois le site lancé. Cependant, si vous voulez vous faire repérer via votre site, obtenir un bon référencement est essentiel. Pour ce faire, vous aurez besoin d’opter pour une stratégie SEO : vous pouvez par exemple publier du nouveau contenu régulièrement, ou mettre à jour votre site en permanence afin qu’il soit le plus optimisé possible (Google adore les sites qui chargent rapidement). Cependant, le monde du référencement est un monde sans pitié, et se faire sa place est maintenant devenu très compliqué, même en étant le meilleur référenceur du monde ! Vous voilà maintenant prévenus. Si vous souhaitez tout de même vous lancer dans cette guerre sans pitié, sachez que de nombreuses ressources pour se former gratuitement sont trouvables sur internet.

Enquête menée auprès de traducteurs indépendants

Afin de pouvoir mesurer plus précisément l’impact que pouvait avoir un site web pour les indépendants, j’ai décidé en août 2021 de mener une petite enquête. J’ai donc posé certaines questions à un échantillon d’indépendants (que je remercie encore une fois de s’être prêtés au jeu) sur LinkedIn. J’ai pu recueillir un total de 35 témoignages, que je vous partage aujourd’hui.

Depuis combien de temps travaillez-vous en tant qu’indépendant ? (35 réponses)

J’ai commencé par sonder les répondants, pour connaître leur expérience et leur ancienneté en tant que traducteurs indépendants. J’ai eu la chance d’avoir un échantillon plutôt homogène, même si l’on remarque qu’environ 50% des répondants sont des « jeunes » traducteurs (travaillant depuis moins de 5 ans).

Avez-vous un site web pour votre activité de traduction ? (35 réponses)

Le constat ici est frappant. Malgré la mixité des répondants, plus de 70% d’entre eux possèdent un site web dédié à leur activité de traduction.

J’ai ensuite décidé de questionner ceux qui avaient fait le choix de ne pas avoir de sites web.

Si non, pour quelle(s) raison(s) ? (10 réponses)

Ces données prouvent une fois de plus que certaines personnes sont encore convaincues que créer un site web est plus compliqué que de gravir le mont Everest. Même si certains des répondants n’ont tout simplement pas de temps à consacrer à un site web, beaucoup d’autres évoquent un manque de connaissance les freinant dans ce processus. Ces données montrent bien que même si des CMS comme WordPress ou d’autres sont venus révolutionner le marché, ils ne sont peut-être pas encore assez connus du grand public. Mais revenons maintenant aux indépendants ayant fait le choix d’avoir un site web, et intéressons-nous au moment qu’ils ont choisi pour le mettre en place.

Si oui, au bout de combien de temps l’avez-vous créé après votre installation en tant qu’indépendant ? (25 réponses)

Une fois de plus, le constat est plutôt frappant : 64% des répondants ont créé leur site web soit avant même leur installation (par anticipation), soit dans les 6 premiers mois de leur activité. On voit donc qu’il s’agit d’une priorité absolue pour la plupart des indépendants.

Si oui, l’alimentez-vous régulièrement (mises à jour du contenu, blog, SEO) ? (25 réponses)

J’ai ici choisi de les questionner quant à la stratégie qu’ils avaient adoptée pour leur site web. C’était à prévoir, la plupart des indépendants se servent de leur site web uniquement comme une vitrine, c’est-à-dire qu’ils n’ont pas spécialement d’intérêt à mettre en place des stratégies SEO supplémentaires, ou de temps à investir. Il semblerait donc qu’un site vitrine soit l’option préférée des indépendants.

Si vous avez un site web, considérez-vous qu’il vous permette d’obtenir de nouveaux clients ? (26 réponses)

Voici enfin la question que vous attendez-tous ! Cet « investissement » peut-il être rentable ? Je vous laisse regarder les chiffres par vous-même :

On peut constater qu’une assez grosse partie des traducteurs ne considère pas que leur site web leur permette d’obtenir de nouveaux clients. Ces chiffres, bien que décevants, peuvent en partie être expliqués par la question précédente. En effet, il est assez simple de déduire que les traducteurs ne trouvant pas que leur site leur rapporte des clients sont les mêmes que ceux qui ne font pas grand-chose pour rendre leur site « compétitif ». Ainsi, les 30% des traducteurs parvenant à obtenir des clients grâce à leur site sont certainement ceux qui y consacrent le plus de temps, à travers une stratégie plus compétitive. Intéressons-nous désormais à la proportion de « clients » que les traducteurs estiment obtenir grâce à leur site web

Si oui, quel pourcentage de votre clientèle ? (10 réponses)

Une fois n’est pas coutume, les réponses sont loin d’être unanimes. Cependant, on peut rapidement constater que 60% des traducteurs considérant que leur site web leur rapporte des clients pensent que ceux-ci ne représentent pas plus de 25% de leur clientèle, ce qui est plutôt peu.

Nous l’avons bien compris, il ne faut pas se créer un site web en espérant obtenir en un claquement de doigts une clientèle régulière et complète. Même si l’on peut espérer en tirer certains clients, il est un peu dangereux de tout miser dessus, surtout sans stratégie SEO solide. Il faut plutôt voir son site web comme un plus, un outil qui une fois mis en ligne peut nous rapporter quelques clients « bonus » de manière irrégulière. Afin de ne pas tomber de haut, il peut être intéressant de créer son site web avec pour objectif d’en faire une carte de visite professionnelle, plutôt que d’en espérer quoi que ce soit (en tous cas à court terme).

Tirer le plein parti de ses enseignements et des stages

Enfin, en tant que futur professionnel de la traduction, je pense qu’il vous faut tirer le plein parti de vos enseignements et de vos stages, quels qu’ils soient : même si une expérience ou un stage peut s’avérer rébarbative, il y aura toujours quelque chose à apprendre, même si ce n’est pas ce qu’on aurait préféré découvrir. Il faut profiter de toutes ces expériences pour accumuler un maximum de connaissances, car on ne sait jamais à l’avance ce que l’avenir nous réserve, et un thème que l’on ne trouvait pas intéressant peut en fait devenir notre spécialisation cinq ans plus tard.

Bibliographie

« Aide à la création ou à la reprise d’une entreprise (Acre) ». https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F11677.

Gagné, Gaëlle. « Créer un site web pour votre entreprise de traduction ». Tradupreneurs (blog), 17 décembre 2019. https://www.tradupreneurs.fr/creer-un-site-web-pour-votre-entreprise-de-traduction/.

Gagné, Gaëlle. « Devenir traducteur indépendant en microentreprise ». Tradupreneurs (blog), 18 août 2020. https://www.tradupreneurs.fr/devenir-traducteur-independant-en-microentreprise/.

« Imposition du micro-entrepreneur (régime micro-fiscal et social) ». https://www.service-public.fr/professionnels-entreprises/vosdroits/F23267.

Wisniewski, Anaïs. « Jeunes traducteurs indépendants : entre attentes et réalité » MasterTSM@Lille (blog), 31 janvier 2021. https://mastertsmlille.wordpress.com/2021/01/31/jeunes-traducteurs-independants-entre-attentes-et-realite/.

Deneufbourg, Guillaume | Translatologic. « La Traduction Spécialisée En Sept Questions », 13 juillet 2021. https://translatologic.com/2021/07/13/la-traduction-specialisee-en-sept-questions/.

« L’essentiel du statut – Autoentrepreneur.urssaf.fr ». https://www.autoentrepreneur.urssaf.fr/portail/accueil/sinformer-sur-le-statut/lessentiel-du-statut.html.

Rioux, Chantal. « Créer un site WordPress de développement en local ». La Plume WordPress (blog), 21 septembre 2018. https://laplumewordpress.com/creer-un-site-wordpress-de-developpement-en-local/.

« Statut Auto-Entrepreneur 2021 – Tout savoir en 1 seul clic ». https://www.portail-autoentrepreneur.fr/statut-auto-entrepreneur.

Traduction et couleur de peau : Gorman VS Rijneveld

Par Philippe Zueras, étudiant M2 TSM

La jeune poétesse Amanda Gorman est devenue mondialement célèbre après avoir déclamé un poème lors de l’investiture du 46ème président des Etats-Unis Joe Biden. Les traductions qui ont suivi ont généré des polémiques, notamment aux Pays-Bas. La maison d’édition Meulenhoff a obtenu les droits et a confié la traduction à Marieke Lucas Rijneveld, poétesse blanche non binaire, qui a finalement renoncé sous la pression de critiques accusant le fait qu’étant blanche, elle n’était pas en mesure de rendre compte de cette langue écrite et portée par une femme noire. La poétesse était pourtant plébiscitée par l’International Man Booker Prize pour son premier roman « Qui sème le vent ». Aurait-elle pour cet évènement précis perdu ses compétences littéraires ? Y aurait-il une remise en cause de ses qualités de traductrice ?

D’aucuns prétendent que Mme Rijneveld ne serait pas la personne la plus emblématique pour traduire le poème écrit et lu « The Hill We Climb »

Alors : faut-il être semblable pour bien traduire ? Ne peut-on comprendre, et donc traduire, que ce qui est pareil à soi ?

La traduction : un lieu d’altérité

La traductrice Valérie Zenatti, au micro de France Culture, répond: « Fort heureusement, je pense le contraire, la traduction est un lieu d’altérité. Il s’agit d’établir un corps à corps entre deux langues différentes. Par définition, la traduction n’est jamais du côté de l’identique : si on allait vers l’identique, on resterait dans la langue d’origine et donc on ne pourrait pas traduire. Traduire, c’est une quête de justesse où l’on traque tout ce qui pourrait aller contre cette justesse. On cherche à rendre justice au texte. »                 

La traduction est un enjeu politique, comme le montre la polémique autour de la traduction de l’œuvre d’Amanda Gorman. Pour Valérie Zenatti, un traducteur ne se résume pas à sa couleur de peau, à son nom ou à son lieu de naissance. Au contraire, chaque aspect de la vie et de la personnalité du traducteur constitue son rapport à la langue, à la fois à la langue d’origine et à la langue de traduction. D’après elle, ce rapport à la langue ne se mesure pas et ce débat n’a pas lieu d’être.

Outre les enjeux d’appropriation culturelle mis en cause par certains détracteurs du choix de la traductrice néerlandaise d’Amanda Gorman, une question d’ordre littéraire se pose-t-elle ? L’identité prime-t-elle sur la compétence ? La militante néerlandaise Olave Nduwanje estime que le choix de Marieke Lucas Rijneveld est un « exemple du sentiment de supériorité blanche » et un « signe de prétention », car « les personnes blanches partent du principe qu’elles peuvent comprendre les expériences de tout le monde ».

Des termes que récuse Valérie Zenatti pour qui la démarche de traduction d’Amanda Gorman ne présente aucun désir de supériorité :

« Au contraire, la traduction est un espace d’humilité. C’est une humilité bien réelle et physique : on est face au texte, et même s’il faut beaucoup de confiance pour traduire, il faut aussi être conscient des limites de la traductions. Entraîner ce débat vers une pensée postcoloniale est, à mon sens, faux.

Dans son texte lu lors de l’investiture du président américain, Amanda Gorman parle d’union. Elle parle d’Amérique en tant qu’Américaine, il s’agit donc d’un texte qui nécessite d’être traduit dans d’autres langues par des gens qui ont une oreille et une voix le permettant. Ces gens peuvent être blancs, noirs, femmes, hommes… Le danger serait de dire qu’une femme ne pourrait être traduite que par une femme, un homme seulement par un homme, un personne transgenre seulement par une personne transgenre. Ce serait l’impossibilité totale de faire voyager les mots et les langues à travers les vecteurs que sont les traducteurs. »

En France, la jeune chanteuse et mannequin belgo-congolaise Lous and the Yakuzas a été choisie pour traduire Amanda Gorman, marquant de la part des éditeurs une volonté d’être proche de la figure de l’auteur. Un traducteur doit-il avoir des accointances avec l’auteur qu’il traduit ? Mme Zenatti réagit :

« C’est étrange, car la question ne s’est jamais posée pour Barack Obama. Personne n’a demandé que les traducteurs d’Obama soient à la fois noirs et présidents. On ne sait plus quelles sont les limites de ces demandes. »                  

Pour Valérie Zenatti, c’est le symbole politique de la lecture d’Amanda Gorman le jour de l’investiture de Joe Biden qui a joué dans la contestation du choix de la traductrice néerlandaise. La traductrice regrette que le débat ne se soit pas orienté vers l’essence de la traduction, qu’elle définit comme un lieu à la fois de lutte et d’union. A cette polémique, Mme Zenatti aurait préféré l’inventivité de certains festivals dédiés à la traduction (Les Assises de la traduction, Festival VO/VF) où sont organisés des battles de traduction. Selon elle, ces événements constituent une plateforme de discussion dont auraient pu bénéficier les éditeurs néerlandais d’Amanda Gorman. L’opportunité pour chacun de rendre compte du texte à sa manière, sans jamais barrer la route à celui ou celle qui mettrait ses compétences, son écoute et sa sensibilité personnelles au service du texte original.

« Une traduction n’est jamais gravée dans le marbre et peut toujours être remise en question. Non pas par rapport à l’âge, la couleur de peau, la nationalité, la religion de l’auteur et du traducteur, mais au contraire parce que la traduction est un lieu de doute et d’incertitude. »

Le risque de l’automatisation ?

La poétesse Amanda Gorman avait validé le choix de Marieke Lucas Rijneveld comme traductrice. C’est cette dernière et sa maison d’édition qui ont préféré revenir sur cette décision, notamment sous la pression de contestations sur les réseaux sociaux. Cette polémique ne serait-elle pas aussi une opportunité de reconnaître l’importance du métier de traducteur et sa place centrale dans le processus de l’édition ? Selon Valérie Zenatti, si ce débat est en effet un moyen de mieux faire connaître les enjeux de la traduction, un autre danger guette cette activité : la traduction automatique. Différents logiciels proposant des traductions automatiques, à mesure qu’ils progressent en termes de performance, menacent l’existence même des traducteurs.

« Ce serait terrible, car demain un logiciel pourra faire le passage d’une langue à l’autre, mais aussi intégrer des données telles que l’âge et l’origine de l’auteur pour traduire en adéquation avec ces informations. Mais alors, comment faire passer tout ce qui est du ressort de l’âme ? Un traducteur traduit aussi avec son intériorité, sa vision du monde, sa connaissance de l’autre et de la littérature. Ce n’est pas une machine, c’est un lecteur qui dialogue avec la littérature. »

Citant le traducteur Olivier Cadiot, Valérie Zenatti rappelle qu’un traducteur utilise des outils qui lui sont propres aussi bien que sa connaissance de la littérature, ce que les machines ne peuvent (pas encore) faire. 

« Une position aussi radicale que celle qui demande que le traducteur soit personnellement, physiquement, politiquement et socialement l’équivalent de l’auteur, c’est aller vers la traduction automatique. C’est un danger qui vide la traduction de son pouvoir aussi ambitieux que modeste, mais surtout généreux, car c’est une démarche qui permet à ceux qui ne connaissent pas une langue de la lire néanmoins. »

To be or not to be, nouvelles idéologies et traduction

Le traducteur « sous influence », où est le libre arbitre ?

Une journaliste noire, Janice Deul, a fait savoir qu’il aurait été plus adapté de confier cette tâche à une auteure noire plutôt qu’à une traductrice blanche et non binaire.

Partant de ce principe, il aurait donc suffi à Marieke d’être née noire pour pouvoir traduire le poème d’Amanda. Est-ce donc l’identité de femme noire qui permet ou non une traduction ? De la même façon donc, si on inversait ce principe de valeur, une traductrice noire ne pourrait donc pas travailler sur un roman écrit par un blanc. Si on pousse le raisonnement encore plus loin, est-ce que le travail des traducteurs sera sélectionné en fonction de ses origines ?

Face aux nombreux commentaires sur les réseaux sociaux, André Markowicz, écrivain et traducteur de Dostoïevski dans une tribune au « Monde » s’insurge : « Personne n’a le droit de me dire ce que j’ai le droit de traduire ou pas ».

L’identité au cœur des débats…

André Markowicz raconte qu’il a fait l’objet de critiques allant dans ce sens, il raconte qu’un critique russe orthodoxe avait remis en question ses traductions de Dostoïevski parce qu’il n’était pas orthodoxe – or seul un orthodoxe peut comprendre un orthodoxe. Il ne le disait pas ouvertement mais c’était clair, le fond de la question était qu’un juif, même russe, ne peut pas rendre compte de « l’âme russe ».

Michel Volkovitch, auteur et traducteur littéraire et lauréat de plusieurs prix de traduction, notamment d’œuvres poétiques répond aussi à ce propos :

« Je trouve indigne que l’on veuille interdire à quelqu’un de traduire à cause de son sexe ou de sa couleur. Un tas de livres écrits par des hommes ont été traduits par des femmes, qui sont d’ailleurs majoritaires dans la profession, par exemple. » 

« L’ouverture d’esprit n’est pas une fracture du crâne » disait Desproges.

Les idéologies consistant à stigmatiser les hommes en fonction de leur couleur de peau, de leur race ne limitent-elles pas la créativité et l’échange ? Est-ce qu’on ne cultive pas ainsi les différences au lieu de les dépasser ? La traduction, qui est avant tout un travail de « passeur » doit dépasser ces contraintes idéologiques. Traduire c’est donner une visibilité à un auteur. Il faut travailler et recommencer de multiples fois, faire appel à ses lectures, puiser dans sa culture, enquêter, s’informer jusqu’à la réalisation d’un texte recevable par tous. Ce n’est pas juste recopier à l’identique dans une autre langue. Il faut faire ressortir la sensibilité d’un texte et les échanges entre traducteur, réviseur, éditeurs participent à cet essai de perfection.

Quel que soit son domaine de spécialité, le traducteur travaille différemment en fonction de qui il est et des influences qu’il a connues. On peut constater qu’une traduction d’un même texte peut varier, ce qui ne remet pas en question les compétences du traducteur, toutes seront bonnes si le savoir-faire est là et a été acquis que le traducteur soit blanc, noir, femme, homme, religieux ou agnostique.

Comme le précise Bérengère Viennot, traductrice : l’affaire du poème d’Amanda Gorman n’a rien à voir avec la traduction mais plutôt avec des mouvements idéologiques.

Faut-il être aveugle et sourd pour traduire Helen Keller, homosexuel pour traduire Oscar Wilde, voire mort pour traduire du latin ?

Sources :

https://www.franceculture.fr/emissions/affaire-en-cours/affaires-en-cours-du-vendredi-05-mars-2021

https://daardaar.be/rubriques/opinions/le-poeme-damanda-gorman-doit-il-absolument-etre-traduit-par-une-femme-noire/

https://www.franceculture.fr/societe/amanda-gorman-plus-jeune-poetesse-jamais-invitee-a-une-ceremonie-dinvestiture-dans-lhistoire-des

https://www.lemonde.fr/livres/article/2021/03/11/andre-markowicz-traducteur-sur-l-affaire-amanda-gorman-personne-n-a-le-droit-de-me-dire-ce-que-j-ai-le-droit-de-traduire-ou-pas_6072706_3260.html

https://www.courrierinternational.com/article/litterature-amanda-gorman-peut-elle-etre-traduite-en-neerlandais-par-une-personne-blanche

https://www.marianne.net/culture/litterature/evincee-de-la-traduction-dune-poetesse-noire-car-blanche-marieke-lucas-rijneveld-repond-en-poesie

Optimiser le travail du traducteur : le poste de travail au cœur du compromis efficacité/confort

Par Clément Brulé, étudiant M2 TSM

Au sortir du master TSM, nombreux sont les futurs traducteurs dont l’équipement informatique (hardware) n’est pas assez puissant pour faire tourner Trados, 23 onglets Chrome, les documents de référence et les autres éléments indispensables au bon déroulement du travail de traduction. Seul, armé de son pad tactile et n’hésitant pas à faire usage d’un Alt +Tab déjà fatigué sur son petit ordinateur portable, le jeune diplômé s’apprête à affronter le monde dans de mauvaises conditions. La traduction, comme tout métier, doit idéalement se faire dans les règles de l’art.

L’ergonomie, déjà plusieurs fois abordée sur le blog du master TSM, est justement la discipline qui étudie cet aspect. Une discipline que l’International Egonomic Association définit comme suit : « L’ergonomie (ou Human Factors) est la discipline scientifique qui vise la compréhension fondamentale des interactions entre les humains et les autres composantes d’un système et la profession qui applique principes théoriques, données et méthodes en vue d’optimiser le bien-être des personnes et la performance globale des systèmes. » (Lancry, 2009, p. 20). Dans notre cas, l’ergonomie consiste donc en l’observation des interactions entre le traducteur et sa machine (hardware), ses logiciels « outils » (software) et les autres acteurs du monde de la traduction (clients, donneurs d’ordre, pairs) pour identifier des comportements et apporter des solutions aux éventuels problèmes.

Le traducteur se place donc dans un tout, à la fois sociétal, cognitif et spatial. Ce tout spatial est l’environnement de travail physique du traducteur : le lieu même où il exerce l’action de traduction. Cet espace est modifié, voire créé dans la mesure du possible par le traducteur, mais ce dernier est en retour restreint par son environnement et par les habitudes de travail que ce lieu lui permet d’adopter. Un sujet large dont il nous faut réduire l’échelle. Portons notre attention sur le poste de travail « matériel » du traducteur (hors logiciels donc).

Entrons dans le détail et étudions le poste de travail. Nous pourrions le définir ici comme l’équipement nécessaire à l’accomplissement de la tâche commandée par le client. Celui-ci doit concilier idéalement les deux piliers de l’ergonomie : productivité et bien-être. Un élément dit ergonomique doit donc allier praticité, efficacité et simplicité d’usage (toute relative) afin de maximiser sa valeur sur une « échelle ergonomique » hypothétique, où chaque élément prendrait une valeur positive ou négative en fonction de son impact sur la vitesse de travail et sur le confort du professionnel. En bref, le poste de travail idéal optimise la rentabilité, maximise la qualité du produit, diminue au minimum les efforts et concentre tout en un point central : l’ordinateur.

Les meubles

Arrêtez de travailler sur la table du salon avec pour seul siège le tabouret en paille de la cuisine. Les meubles sont des éléments centraux, mais trop souvent négligés. Véritables « fondations » du poste de travail, ils sont les éléments les plus imposants, mais les moins visibles. Ils influent directement sur la posture du traducteur et choisir le matériel adapté (comprendre à la bonne taille) est la clé pour éviter certaines douleurs et parfois même certains troubles musculosquelettiques (TMS).

La chaise

Choisissez une chaise :

1) avec des roulettes (adaptées au sol) pour ne pas avoir à la porter ;
2) réglable en hauteur de sorte à avoir les genoux pliés à 90°;
3) avec des accoudoirs réglables eux aussi pour obtenir un angle bras/avant-bras d’un peu plus de 90° et permettre de détendre les épaules (à noter qu’un bureau réglable peut aussi faire office d’accoudoir) ;
4) avec un appui lombaire réglable afin que la courbure du dossier épouse celle de vos lombaires ;
5) (optionnel) pour les personnes de petite taille, équipez-vous d’un repose-pied afin d’ajuster votre position sans pour autant modifier de manière drastique l’aménagement de votre bureau.

Astuce : Pourquoi ne pas alterner l’utilisation d’une chaise avec celle d’une Swiss ball ? Tout en respectant les mêmes règles que précédemment, la Swiss ball vous fera travailler les muscles qui entourent la colonne vertébrale.

La table

Évitez le bureau de la petite sœur et choisissez-en un assez large comme indiqué dans le Code du travail qui conseille « une profondeur de 80 cm et une largeur minimum de 120 cm ». Enfin, pour respecter les bonnes pratiques indiquées ci-dessus et comme la position statique est l’un des grands ennemis du travailleur sédentaire, pensez au bureau réglable en hauteur ! Une fois muni de tous ces éléments, alternez chaise, position debout et Swiss ball.

Travailler en marchant ?

Pour les perfectionnistes, pour ceux qui ne veulent pas sortir car il fait trop chaud ou trop froid et pour les intéressés bien sûr, quid d’un tapis de marche ? C’est évidemment l’un des derniers achats à envisager, mais les traducteurs peu sportifs pourraient tirer grand bénéfice d’un tel investissement.

La machine

Peut-être le point le plus important et qui préoccupe aussi le plus les futurs traducteurs. Contrairement à Stradew Valley qui pourrait sans aucun doute tourner sur un grille-pain, Trados, Abby FineReader ou même 3 onglets Chrome sont un peu plus exigeants niveau ressources.

Pour ne pas tourner autour du pot, les besoins matériels dépendent majoritairement des besoins du traducteur. Pour des traductions sur Word, mettre plus de 400€ dans un ordinateur portable serait tout bonnement ridicule. Plutôt que d’étudier une à une les configurations minimales requises par les logiciels que j’utilise, j’ai préféré lancer un sondage à destination des traducteurs professionnels. Ce sondage, mené début mars 2021 auprès de 44 traducteurs nous donne les informations suivantes :

  • la puissance des composants présents dans les machines de travail des personnes interrogées ;
    • le degré de satisfaction apporté par les performances globales de leur système hardware ;
    • le prix de la machine.
  • Processeur :
    Cerveau de l’ordinateur qui traite et exécute les instructions de l’utilisateur. Gère et coordonne les différents programmes. Puissance moyenne de base (hors mode Boost) : 2,66 GHz
  • RAM/Mémoire vive :
    Plus la RAM est importante, plus les programmes se lancent rapidement et plus la machine pourra exécuter de programmes simultanément.
    RAM moyenne : 10,2 Go (à noter que les valeurs de la RAM sont aujourd’hui toujours des puissances de 2)
  • Stockage :
    La plupart des personnes sondées possèdent des SSD (plus rapide que les disques durs). Certaines combinent les deux systèmes en sauvegardant leurs applications sur un SSD afin de les lancer plus rapidement et stockent le reste sur un ou plusieurs disques durs grande capacité (bien moins onéreux).

Quelques résultats supplémentaires :

  • la moitié des répondants travaillent avec 2 écrans, l’autre avec un seul ;
  • 76 % se déclarent satisfaits de leur machine (les 24 % restants se plaignent d’un ordinateur vieillissant) ;
  • le prix moyen de la machine s’élève à 946,05 €.


Il est intéressant de noter que 47,7 % des personnes interrogées travaillent sur ordinateur portable, 29,6 % sur fixe et 22,7 % sur les deux. Une tendance nomade qui n’est pas sans incidence sur le prix, mais aussi sur les composants des ordinateurs. Miniaturisés, les composants sont plus chers à puissance égale ou moins performants à prix égaux. Les composants des ordinateurs portables souffrent souvent de limitations plus importantes, par exemple liées à la gestion de la surchauffe.

Avec cette machine moyenne, les traducteurs sondés ont déclaré utiliser des logiciels de TAO (Trados, MemoQ), de traitement de texte (la suite Office en général), des ressources terminologiques en ligne (donc utilisation de navigateurs web), des outils de correction orthographique (type Antidote), des outils de communication (Slack ou Discord), mais aussi des lecteurs PDF (Adobe Acrobat) et des logiciels de reconnaissance vocale (Dragon Naturally Speaking). Rien de très dépaysant donc pour les étudiants du master TSM.

Une question reste cependant en suspens : toutes les personnes interrogées s’y connaissent-elles vraiment en matériel informatique ? Ont-elles choisi les composants les plus adaptés à leur travail ou sont-elles allées chercher un ordinateur déjà construit à la Fnac en précisant au vendeur que leurs logiciels de travail étaient « exigeants » ? La puissance et donc le coût de la machine sont-ils justifiés ou au contraire optimisables ?

Cet article ne vous apportera volontairement aucune réponse, mais plus des pistes de réflexion et des indices. Toutefois, avant d’acheter votre machine, regardez la configuration minimale nécessaire de vos logiciels les plus gourmands et avisez en fonction. Demandez conseil à un spécialiste, à un ami, consultez des forums et effectuez des recherches. Adaptez votre machine aussi bien à votre budget qu’à vos besoins pro et perso (logiciels de PAO, montages photo, jeux, etc.). Enfin, profitez des bonnes occasions : soldes en tous genres et sorties de nouveaux produits (donc rabais sur les anciens stocks) sont vos amis !

Rappel : si vous décidez de faire votre propre Translation Machine 3000, n’oubliez pas de prendre une alimentation et une carte-mère adaptées aux composants ! Et surtout rappelez-vous de ne jamais négliger le refroidissement de votre système. La chaleur générée par les composants peut affecter les performances. Une fois une certaine température atteinte (qui dénote une insuffisance du système de refroidissement), le système déclenche un mécanisme qui va réduire les performances pour éviter une détérioration des composants. Alors fini le vacarme des avions à réaction, entrez dans le monde d’après.

Les périphériques

Véritables extensions de l’ordinateur, les périphériques sont eux aussi « optimisables » d’un point de vue ergonomique. Tout comme la table et la chaise, ils ont un impact notable sur la santé du traducteur !

Les écrans

Une interface généralement de la machine vers l’homme, mais aujourd’hui de plus en plus de l’homme vers la machine (écrans tactiles par exemple), la bonne utilisation des écrans ne coule pas de source. Voici quelques conseils pour optimiser leur usage et maîtriser certains effets néfastes.

  • Le moniteur doit, en plus d’être idéalement positionné (haut de l’écran à la hauteur des yeux, placé à une distance moyenne de 50-70 cm des yeux), être inclinable (une inclinaison de 10° est recommandée pour éviter de se pencher). Pour maintenir le confort visuel malgré la distance, pensez à ajuster la taille des polices d’écriture ainsi que des interfaces (souvent grâce à un simple Ctrl + molette). À noter que la netteté influe aussi sur la distance à laquelle placer l’appareil : moins la résolution de votre moniteur est importante, moins le contraste entre les caractères est important et plus il est nécessaire d’éloigner l’écran.
    • Vous en avez assez de ces Alt + Tab incessant. Fatigué de vous perdre entre vos 15 fenêtres ouvertes simultanément ? Munissez-vous d’un deuxième moniteur de bonne taille ! Travailler sur au moins deux écrans permet à la fois d’améliorer productivité et clarté. Posséder une carte graphique dédiée est néanmoins la condition sine qua non pour pouvoir enfin accéder à cette nouvelle étape de l’évolution. Que ce soit via un port HDMI, VGA, etc. une fois un nouvel écran branché à votre ordinateur, vous ne pourrez plus vous en passer.
    • Enfin se pose la question de la lumière.

Pour la lumière « naturelle » tout d’abord, placez votre écran à 90° des sources de lumière pour éviter reflets et contre-jours.

Viennent ensuite les lumières « bleues », les grandes méchantes de notre société moderne. Il existe plusieurs méthodes pour minimiser leurs effets (en dehors de faire des pauses). Des solutions « physiques » : soit apposer un filtre anti-lumière bleue sur vos écrans, soit opter pour des lunettes anti-lumières bleues que vous pouvez trouver chez de nombreux opticiens ou sur certains sites spécialisés (Gunnar par exemple). Bien qu’ici hors-sujet, les solutions logicielles représentent une option facile d’installation et souvent gratuite comme F.lux qui adapte la « chaleur » de votre écran en fonction du moment de la journée.

Bien travailler avec les écrans c’est donc : en avoir au moins deux, de bonne taille, avec une résolution suffisante et bien les placer.

Le clavier

Tendinites, syndrome du canal carpien, et autres TMS liés aux articulations proviennent en partie de l’utilisation du clavier et de la souris. Sur nos claviers classiques, les poignets mais aussi les doigts subissent des contraintes qui peuvent être évitées !

  • Dans le but de réduire les tensions au niveau des poignets il est bon de choisir un clavier avec un faible degré d’inclinaison (ou de prendre un support pour les poignets). L’angle avant-bras/main est aussi un problème sur les claviers ordinaires. Les poignets doivent conserver un angle naturel (axe dans le prolongement de l’avant-bras). Il est donc bon d’opter pour un clavier courbé et même mieux : « splitté » (clavier qui se présente en deux parties).
  • Quid de la disposition des touches ? Celle-ci a initialement été conçue de sorte à ralentir le processus dactylographique pour éviter que les tiges des machines à écrire ne se coincent entre elles. Ingénieux, non ? Oui, sauf que la « keymap » des claviers (disposition des touches) n’a au final que très (trop) peu changé, et ce malgré les avancées technologiques… Comme mentionné précédemment sur ce blog, il existe d’autres dispositions de clavier (bépo, dvorak, etc.) bien plus optimisées en ce qui concerne la vitesse de frappe et l’équilibre mains/doigts et qui simplifient la frappe en général. Il est même possible de créer sa keymap personnalisée !
  • Un détail qui mérite d’être mentionné : le poids nécessaire pour activer les touches du clavier. Un aspect d’apparence innocent, mais il faut savoir que les doigts d’un traducteur déplaceraient un poids phénoménal proche d’une tonne par jour ! (Pineau, 2011) Alors si vous êtes en quête du clavier ultime, faites aussi attention aux switchs de votre clavier.

La souris

Dernier membre de ce triumvirat, la souris doit à la fois respecter l’inclinaison naturelle du poignet, mais aussi limiter les déplacements de la main. Réfléchissez à l’acquisition d’une souris inclinée dite ergonomique, à la sensibilité réglable et munie de boutons configurables associés aux fonctions Retour et Retour avant par exemple afin de diminuer les mouvements nécessaires (c’est bien LA fonction dont je ne pourrais plus me passer). En l’absence d’une souris ergonomique, un simple tapis de souris ergonomique permettant une surélévation des poignets aidera à diminuer la charge de travail qui pèse sur vos articulations.

Mentions honorables

J’aimerais enfin mentionner deux périphériques bien utiles auxquels je ne peux consacrer plus de temps, mais qui rentrent parfaitement dans cet objectif d’adaptation de l’environnement au traducteur : les systèmes de sauvegarde de données (serveurs, NAS, disques durs externes, cloud, etc.) et le micro comme substitut au combo clavier-souris.

Tout le reste

En guise d’aparté et en dehors d’une simple amélioration de la productivité, il est tout aussi primordial de rendre son environnement de travail le plus agréable possible. Un aspect que j’ai retrouvé dans les réponses de mon sondage à la question « Quels sont, selon vous, les éléments matériels qui facilitent grandement la vie professionnelle du traducteur, mais que beaucoup auraient tendance à négliger ? » Les réponses vont d’un environnement calme à un bon système audio en passant par un joli set de tasses et l’importance de prendre régulièrement des pauses dans la journée. L’aspect ergonomique s’étend donc hors du poste de travail avec des éléments à l’impact tantôt supérieur (contrôle du bruit et de la température) tantôt moindre (une tasse avec la devise de votre entreprise).

Nous l’avons vu, faire attention au choix de son matériel permet de prendre soin de sa santé physique et mentale en diminuant les charges physiques et cognitives. Un investissement conséquent et dont le retour sur investissement semble assez faible de prime abord. Ces achats vont pourtant durer plusieurs années et empêcheront peut-être l’apparition de troubles ou d’épisodes d’arrêt de travail pénalisants (surtout chez les traducteurs freelance). Alors, prenez soin de vous, prenez votre temps avant de faire l’acquisition de fournitures et d’équipements parfois coûteux et inadaptés à vos besoins. Faites-vous plaisir, c’est pour le travail !

En écoutant aussi bien vos besoins professionnels (machine assez puissante par exemple), mais aussi vous besoins physiques et cognitifs personnels, investir dans un poste de travail le plus ergonomique possible influencera de manière positive productivité et confort. Confort qui entraîne bien-être au travail et évite un débordement trop important des tensions professionnelles dans la vie privée. Un problème pour nombre de traducteurs indépendants dont lieu de vie et bureau se confondent et dont l’équilibre pro/perso peut rapidement devenir instable.

Un grand merci aux professionnels interrogés d’avoir pris le temps de répondre à mon enquête. Une collecte des données sûrement biaisée, mais qui a permis d’apporter un angle plus descriptif et pratique à cet article.

Bibliographie

Baille, Nicolas. « Ergonomie et productivité : comment optimiser son clavier ? » MasterTSM@Lille (blog), 18 février 2018. https://mastertsmlille.wordpress.com/2018/02/18/ergonomie-et-productivite-comment-optimiser-son-clavier/.

Brien, Sharon, et Maureen Ehrensberger-Dow. « Ergonomics of the Translation Workplace: Potential for Cognitive Friction ». Translation Studies 4 (1 octobre 2015): 98‑118. https://doi.org/10.1075/ts.4.05ehr.

Carcassès, Marie. « La reconnaissance vocale, future meilleure amie du traducteur ? » MasterTSM@Lille (blog), 12 mai 2021. https://mastertsmlille.wordpress.com/2021/05/12/la-reconnaissance-vocale-future-meilleure-amie-du-traducteur/.

Dainoff, Marvin J., éd. Ergonomics and Health Aspects of Work with Computers: International Conference, EHAWC 2011, Held as Part of HCI International 2011, Orlando, FL, USA, July 2011. Proceedings. Berlin, Heidelberg, Allemagne: Springer Berlin Heidelberg, 2007. (disponible depuis Lilocat)

Elevated Systems. $250 Home Office PC – Complete Build Guide 2020, 2020. https://www.youtube.com/watch?v=QhXwZbGByM8.

Gabreau, Jimmy. « L’ergonomie au bureau ». MasterTSM@Lille (blog), 27 janvier 2019. https://mastertsmlille.wordpress.com/2019/01/27/lergonomie-au-bureau/.

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IRNS. « Eclairage artificiel au poste de travail – Brochure – INRS ». Consulté le 24 juin 2021. https://www.inrs.fr/media.html?refINRS=ED%2085.

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Massey, Gary, et Maureen Ehrensberger-Dow. « Technical and Instrumental Competence in the Translator’s Workplace: Using Process Research to Identify Educational and Ergonomic Needs ». ILCEA. Revue de l’Institut Des Langues et Cultures d’Europe, Amérique, Afrique, Asie et Australie, no 14 (30 juin 2011). https://doi.org/10.4000/ilcea.1060.

Pacinella, Quentin. « J’ai testé pour vous : la disposition BÉPO ». MasterTSM@Lille (blog), 16 octobre 2016. https://mastertsmlille.wordpress.com/2016/10/16/jai-teste-pour-vous-la-disposition-bepo/.

Pacte. « Building a Translation Competence Model ». In Benjamins Translation Library, édité par Fabio Alves, 45:43‑66. Amsterdam: John Benjamins Publishing Company, 2003. https://doi.org/10.1075/btl.45.06pac.

Pineau, Martine. « La main et le clavier : histoire d’un malentendu ». ILCEA. Revue de l’Institut des langues et cultures d’Europe, Amérique, Afrique, Asie et Australie, no 14 (30 juin 2011). https://doi.org/10.4000/ilcea.1067.

Roquelaure, Yves, Annette Leclerc, Fabien Coutarel, René Brunet, Sandrine Caroly, et François Daniellou. 8. Comprendre et intervenir : enquêtes épidémiologiques et approches ergonomiques à propos des troubles musculosquelettiques des membres supérieurs. Risques du travail, la santé négociée. La Découverte, 2012. https://www-cairn-info.ressources-electroniques.univ-lille.fr/risques-du-travail-la-sante-negociee–9782707173089-page-173.htm.

Serra, Marie. « Ergonomie et bien-être du traducteur : petit guide des bonnes pratiques ». MasterTSM@Lille (blog), 11 décembre 2016. https://mastertsmlille.wordpress.com/2016/12/11/le-saviez-vous-ergonomie-et-bien-etre-du-traducteur-petit-guide-des-bonnes-pratiques/.

Toudic, Daniel, et Guillaume de Brébisson. « Poste du travail du traducteur et responsabilité : une question de perspective ». ILCEA. Revue de l’Institut des langues et cultures d’Europe, Amérique, Afrique, Asie et Australie, no 14 (30 juin 2011). https://doi.org/10.4000/ilcea.1043.

La créativité en traduction

Par Nicolas Béridot, étudiant M1 TSM

Traduire, c’est rester assis à son bureau toute la journée et retranscrire vers une langue B des mots écrits par d’autres personnes dans une langue A. À première vue, il n’y a rien de bien créatif là-dedans. Mais doit-on réellement dire adieu à la créativité lorsque l’on choisit de se lancer dans une carrière qui consiste à traduire les mots de quelqu’un d’autre ?

Tout d’abord : qu’est-ce que la créativité ?

Bien qu’il fasse partie intégrante du fonctionnement de notre cerveau, il demeure difficile de bien définir le concept de créativité. D’après le CNTRL, il s’agit de « la capacité ou le pouvoir qu’a un individu de créer, c’est-à-dire d’imaginer et de réaliser quelque chose de nouveau. »

Ce « quelque chose » peut être un objet, un concept ou, dans le cas de la traduction, des phrases et formulations. Ainsi, dans le contexte de ce billet de blog, il s’agit d’utiliser le contenu d’un texte écrit dans une langue étrangère (la langue source), et de le transformer dans le but de créer un texte cible adapté aux normes de la langue vers laquelle on traduit (la langue cible).

La traduction est-elle une activité créative ?

Ça dépend.Tout dépend du type de texte et de son public cible. La créativité jouera un rôle bien plus important dans une traduction publicitaire, littéraire ou encore audiovisuelle que dans la traduction d’une notice de four à micro-ondes ou d’un catalogue de références techniques, par exemple. Le traducteur disposera toujours d’une certaine marge de manœuvre dans son travail étant donné qu’il doit trouver des formulations adaptées dans la langue cible. Peu de projets font exception à la règle : de manière générale, seuls les projets très techniques, et certains projets juridiques ou institutionnels requerront des traductions particulièrement littérales et respectueuses des spécificités du texte source.

« La traduction transforme tout pour que rien ne change. »

– Günter Grass

En effet, un degré plus ou moins élevé de créativité est nécessaire afin de parvenir à transmettre un message d’une langue vers une autre. C’est tout du moins ce que l’on attend des traducteurs et traductrices aujourd’hui, bien que cela n’ait pas toujours été le cas ; en témoigne le débat qui a longtemps divisé la profession. Une traduction doit-elle être créative ou littérale ? Est-il acceptable de s’éloigner du texte source afin d’adapter le contenu à la culture cible, et de transmettre ainsi le message original (jeux de mots, expressions, références, etc.), ou doit-on, au contraire, lui rester fidèle au risque de ne pas se faire comprendre par le lecteur ? Eugène Nida recommandait d’opter, si possible, pour « l’équivalent naturel le plus proche du message de la langue source ». Lawrence Venuti qualifiait quant à lui ce choix de manque de respect envers le texte original et son auteur, et affirmait même qu’il s’agissait d’ethnocentrisme et de narcissisme culturel.

Certains secteurs poussent parfois les traducteurs à faire preuve d’un haut niveau de créativité dans leur travail : les traductions littéraires et audiovisuelles en sont de bons exemples. Comme cela a pu être abordé plus en détail dans un précédent billet disponible sur ce blog, le traducteur peut faire le choix de traduire des termes fictifs tels que des noms propres. Un cas particulièrement marquant du fait de sa popularité est celui de la série de livres Harry Potter dans laquelle « Hogwarts » a été traduit par « Poudlard », « Muggle » par « Moldu », ou encore « Hufflepuff » par « Poufsouffle », le but étant de conserver l’impression donnée par l’original tout en donnant une sonorité française au terme qui soit facile à comprendre et à prononcer.

Les traducteurs ont-ils besoin de créativité ?

Qu’il s’agisse d’audiovisuel, de tourisme, de mode, de jeux vidéo, de romans, de bandes dessinées ou encore de chansons, la majorité des domaines qui intéressent le plus les traducteurs aujourd’hui ont une chose en commun : la créativité. Mais pour quelles raisons est-elle si importante ? Comment expliquer que, malgré le casse-tête que peut représenter une traduction créative, celle-ci demeure aussi prisée des traducteurs ?

Pour répondre à ces questions, il est nécessaire d’en aborder une autre : peut-on se contenter de traduire littéralement toute sa vie ? Chacun et chacune aura sans doute une opinion différente à ce sujet, mais il est indéniable que la traduction littérale n’est pas la plus enrichissante des traductions. Nous apprécions tous une certaine part de défi dans notre travail : un défi rend toute activité plus intéressante et stimulante. Il donne d’une part un objectif à atteindre, et d’autre part une opportunité d’apprendre de nouvelles choses, de découvrir de nouvelles formulations et de développer sa confiance en soi. En traduction, ce défi est bien souvent incarné par la créativité qui peut ainsi transformer une tâche difficile telle que la traduction de jeux de mots en une activité réellement plaisante et enrichissante. Grâce à cette stimulation, un métier peut devenir une véritable passion pour celui ou celle qui l’exerce tandis que, en ne demandant que des recherches terminologiques et en n’exigeant qu’un faible degré de réflexion et de créativité, une traduction littérale peut parfois diminuer l’intérêt du traducteur pour son travail. Bien que son importance varie en fonction des goûts de chacun, la créativité est donc omniprésente pour les traducteurs et leur permet d’être toujours surpris par leur travail, chaque jour apportant son lot de nouveautés et ses propres défis.

L’objectif premier du traducteur est de passer inaperçu, et cela devient plus facile avec le temps : plus un traducteur maîtrise un domaine et entretient une relation de confiance avec son client, plus il est à l’aise et commence à prendre des libertés, à rédiger des phrases plus fluides et moins littérales afin d’offrir un texte qui semble « naturel » au lecteur. Cet aspect de la traduction, qui démontre la place que prend la créativité, fait toute la différence entre un traducteur humain et un ordinateur : en traduisant trop littéralement, sans adaptation et sans créativité, le traducteur perdrait la qualité qu’il apporte par rapport à la traduction machine.

La créativité, une sécurité pour les traducteurs ?

Quand on parle de l’avenir de la traduction, le sujet de la traduction automatique (ou traduction machine) est bien souvent évoqué du fait des améliorations significatives que cette technologie a connues depuis quelques années. Cette constante évolution peut mettre le travail du traducteur en danger dans des secteurs très techniques qui nécessitent des traductions plus littérales car, à terme, il aura plus de chances d’être remplacé par la machine. Le travail du traducteur reste néanmoins indispensable dans certains domaines tels que le littéraire ou le marketing, et cela pour une raison principale : le cerveau humain, contrairement à la machine, est doté de créativité. Là où l’humain pourra reformuler les phrases afin de faciliter leur compréhension par le public cible, la machine traduira mot à mot et produira un résultat parfois difficile à comprendre. Déjà cités précédemment, les jeux de mots et les références culturelles, qui illustrent parfaitement la nécessité d’être créatif en traduction, peuvent être importants dans certains secteurs (audiovisuel, publicitaire, jeux vidéo, etc.) et ne peuvent à ce jour être traduits par un ordinateur. Cette capacité à la réflexion et à la créativité est ainsi un réel atout pour les traducteurs humains et leur assure une sécurité dans leur travail.

Si vous souhaitez en savoir plus sur le sujet des difficultés rencontrées par la traduction automatique face à la traduction créative, je vous conseille fortement la lecture d’un précédent billet publié sur ce blog : Traduction marketing et transcréation, remparts contre la traduction machine.

Bibliographie

ANON (CNTRL). CRÉATIVITÉ : Définition de CRÉATIVITÉ [En ligne]. Disponible sur : < https://www.cnrtl.fr/definition/cr%C3%A9ativit%C3%A9 > (consulté le 26 juin 2021)

BINKS A. Creative translation – can we really call it an art form? [En ligne]. Albion Languages. 16 janvier 2019. Disponible sur : < https://albionlanguages.com/creation- creation-creation-is-translation-really-a-creative-art/ > (consulté le 7 mars 2021)

COUPAMA M. Traduire les noms propres… Oui ? Non ? Peut-être ? [En ligne]. MasterTSM@Lille. 2 mai 2021. Disponible sur : < https://mastertsmlille.wordpress.com/2021/05/02/traduire-les-noms-propres/ > (consulté le 1 juillet 2021)

GIROD P. Traduction marketing et transcréation, remparts contre la traduction machine [En ligne]. MasterTSM@Lille. 17 décembre 2017. Disponible sur : < https://mastertsmlille.wordpress.com/2017/12/17/traduction-marketing-et-transcreation-remparts-contre-la-traduction-machine/ > (consulté le 29 juin 2021)

MORR K. Qu’est-ce que la créativité ? Le guide ultime pour comprendre cette aptitude indispensable. In : 99designs [En ligne]. 2019. Disponible sur : < https://99designs.fr/blog/pensee-creative/creativite-le-guide-ultime/ > (consulté le 27 juin 2021)

NIDA E. Toward a science of translating: with special reference to principles and procedures involved in Bible translating. E.J. Brill, 1964. ISBN : 978-90-04-13281-8.

VENUTI L. The Translator’s Invisibility: A History of Translation. London New York : Routledge, 1995. (Translation studies). ISBN : 978-0-415-11537-7.

VEZZARO C. « Being Creative in Literary Translation: A Practical Experience » [En ligne]. 2010. Disponible sur : < https://jyx.jyu.fi/bitstream/handle/123456789/26849/VezzaroCreativeTranslation.pdf?sequence=1 > (consulté le 10 mars 2021)

Live ops, mises à jour et extensions : quelle influence sur la localisation de jeux vidéo ?

Article original en anglais Live ops, updates and extensions: Impact on game localization rédigé par Sandrine Guyennet et publié sur le site de la traductrice TheFrenchalizer.
Traduit de l’anglais par Jérémie Durand, étudiant M1 TSM.

Il n’y a pas longtemps, j’ai eu la chance de participer en tant que jury à une compétition de traduction de jeux vidéo. Se trouvait à la fin du fichier texte la chaîne de caractères suivante :

[“WIP”, “WIP”],

Une équipe a décidé de conserver la chaîne en anglais parce que « Nous avons terminé le jeu et elle n’y apparaît pas ».

De nos jours, quand on achète un jeu, il ne s’agit pas de se procurer une version sur CD (ou sur quelques disquettes si vous êtes aussi âgés que moi), version qui offrirait exactement la même expérience, pour toujours. Aujourd’hui, nous pouvons installer des mises à jour. Parfois, nous n’avons pas le choix : il est impossible de lancer le jeu sans passer par cette étape. Nous avons également la possibilité de télécharger du contenu additionnel comme de nouveaux niveaux, des personnages jouables supplémentaires ou une toute nouvelle histoire.

Et donc, comment les traducteurs de jeux vidéo travaillent-ils dans un nouvel environnement dynamique comme le live ops ? Lorsque l’on traduit un jeu, on se réserve alors un peu de temps chaque semaine pour traduire les petites mises à jour régulières que l’on recevra sans doute dans le futur. Il peut s’agir de chaînes que le développeur a oublié d’ajouter dans le lot original, du nouveau contenu saisonnier comme des packs Halloween, des tenues de Noël, des nouveaux niveaux chaque mois, une planète supplémentaire, etc. Et ce, jusqu’au jour où le jeu ferme ses portes. On peut aussi être amené à traduire des nouvelles quantités de texte plus importantes avec des extensions de jeu complètes.

Pour que la traduction reste réalisable et puisque les développeurs s’attendent seulement à ce que l’on travaille sur les nouvelles chaînes sans toucher aux anciennes, on doit s’assurer que la traduction initiale ne puisse être (trop) affectée par des mises à jour ultérieures.

Ce qui me ramène à la chaîne « WIP » que j’ai mentionnée au départ : l’équipe a affirmé qu’elle n’apparaît pas en jeu. D’accord, et si elle est ajoutée à l’avenir ? Les développeurs peuvent décider d’allonger le jeu et d’ajouter un nouveau lieu qu’ils n’avaient pas encore totalement développé. En guise de teaser, ils commencent par ajouter la chaîne « WIP » au jeu (ou « Nouveaux contenus prochainement », ou encore « Disponible en mai », etc.).

Quand on reçoit un fichier de jeu, on devrait traduire toutes les chaînes de caractères qu’il contient. Combien de fois ai-je demandé davantage de contexte à propos d’une chaîne ambiguë pour que le développeur me réponde « Ignorez celle-ci, elle ne fait pas partie du jeu » et que 2 semaines plus tard, je retrouve cette même chaîne dans la première mise à jour ? Bien trop souvent, si vous voulez mon avis.

Désormais, je traduis toujours l’ensemble des chaînes de caractères. Gardez à l’esprit que surtraduire, c’est-à-dire, traduire une chaîne qui n’apparaîtra pas en jeu, ne fait pas de mal. Si la chaîne n’est jamais intégrée au jeu, alors le fait de l’avoir traduite n’aura aucune conséquence. Peut-être que l’on a pris quelques minutes de plus de notre temps pour traduire une chaîne supplémentaire, mais dans un cas normal, tous les mots envoyés pour être traduits sont payés de toute manière, il est donc naturel de tous les travailler.

Un autre problème est engendré par des personnages jouables genrés. En français, presque tous les mots doivent prendre le genre du nom : pronoms, participes passés, adjectifs, etc. Imaginez donc cette situation : je suis en train de traduire un MMORPG avec de nombreuses répliques de PNJ s’adressant au joueur :

“[Player], you are dead!”, “[Player], you sure are strong”, “[Player], are you tired?”

J’interroge les développeurs sur le sexe des personnages jouables. Ils me répondent « Nous avons trois hommes : un orc, un paladin et un magicien ». D’accord, je peux tout traduire au masculin. Puis-je vraiment ? Non, parce que si deux mois plus tard les développeurs reviennent vers moi pour me demander : « Dites, êtes-vous disponible pour traduire cette nouvelle mise à jour ? Nous avons ajouté une sorcière, une guerrière et une reine des glaces ! ».

Afin d’éviter de consacrer du temps à corriger un trop grand nombre de chaînes du contenu d’origine plus tard, tout en gardant à l’esprit qu’il n’est jamais judicieux de modifier du contenu ayant déjà été publié et lu par les joueurs (dans le cas où ils le remarqueraient !), on doit supprimer au maximum le genre des chaînes, « juste au cas où ». Pensez à employer :

“[Player], votre puissance m’impressionne !”  à la place de “[Player], vous êtes si puissant !”.

N’écoutez jamais les développeurs lorsqu’ils affirment que « Nous n’ajouterons aucun personnage féminin » ou « Cela ne figurera pas en jeu » ou encore « Les orcs sont tous des femmes ». Au contraire, ayez confiance en votre instinct et en votre expérience. Souvent, les développeurs ne parlent pas du tout votre langue maternelle et ne se rendent même pas compte que leurs modifications et ajouts peuvent entraîner d’éventuels problèmes. On ne peut pas s’attendre à ce qu’ils connaissent les particularités de l’ensemble des langues du monde ou d’avoir eu affaire à tous les problèmes de localisation. C’est là qu’entrent en jeu les professionnels de la localisation.󠀠

Un autre incident m’est arrivé récemment avec un jeu de simulation économique de livraison que j’ai traduit il y a deux ans. Le jeu comprend des cars et des bus, j’ai donc traduit « fuel » par « essence », qui est le type de carburant utilisé par les véhicules terrestres. Le mois dernier, le jeu a été mis à jour et des navires de charge ont été ajoutés. Bien entendu, les développeurs avaient promis au départ que cela ne se produirait jamais.

En français, les navires de charge utilisent du « fioul » comme carburant, je devais donc expliquer que toutes les chaînes contenant le mot « fuel » devaient être dupliquées (par exemple : « Fuel remaining: XXL ») pour que l’on ait une chaîne pour les véhicules terrestres et une autre pour les navires de charge. Autre solution : remplacer le mot « essence » par « carburant » (un terme plus général) dans l’ensemble des chaînes.
Anticipant un autre problème, j’ai précisé qu’un rechercher et remplacer ne ferait pas l’affaire puisque « essence » est un mot féminin tandis que « carburant » est masculin. Tous les mots associés doivent s’accorder sur le genre. Aaah, les joies de la grammaire française.

Les jeux d’aujourd’hui ne sont plus gravés dans la pierre, ils sont dynamiques et évoluent sans cesse.

On ne peut pas attendre des développeurs qu’ils devinent quels problèmes leurs ajouts et modifications peuvent créer en vietnamien, en russe ou en portugais brésilien. Il est de notre devoir en tant que traducteurs de jeux vidéo d’en minimiser les conséquences. C’est en fait très intéressant, car on doit apprendre à s’adapter rapidement aux changements et prévoir avec efficacité les problèmes potentiels pour les contourner. Ainsi, les répercussions sur le contenu existant seront minimes et nous n’aurons pas à dépenser du temps (et l’argent du développeur) pour corriger les erreurs. Cela signifie également que les choix de traduction pour chaque chaîne dans le contenu original doivent être effectués après mûres réflexions. On ne peut utiliser des traductions maladroites ou étranges pour une chaîne en pensant que « ça fera l’affaire, personne ne la lira de toute manière », car on ne sait jamais si elle viendra nous hanter à nouveau dans une mise à jour future.

Je tiens à remercier Sandrine Guyennet pour m’avoir permis de traduire son article. Si vous êtes intéressés par la localisation de jeux vidéo (ou êtes tout simplement curieux), n’hésitez pas à consulter ses autres articles sur son blog, ils sont vraiment intéressants !

Le casse-tête de la traduction de mangas

Par Sara Quintin, étudiante M1 TSM

C’est quoi un manga ? Les mangas sont une sorte de bande dessinée d’origine asiatique en noir et blanc, qui se lisent de droite à gauche. Au Japon, les mangas sont considérés comme des objets de grande consommation. Il existe de nombreux genres, les plus connus sont les shonen qui sont destinés aux jeunes garçons, les shojo pour les jeunes filles, les seinen pour les hommes et les josei pour les femmes etc. La France est la deuxième plus grosse consommatrice de mangas au monde.

La culture japonaise est très différente de la culture française ou même occidentale et on le ressent quand on lit des mangas. Il y a bien souvent de nombreuses références dans les mangas, que ce soient des références culturelles, historiques ou religieuses et quand cela arrive les termes ne sont généralement pas traduits et suivis d’un astérisque et d’une explication. Dans le manga Noragami, par exemple, qui porte sur les divinités japonaises il y a de nombreuses références culturelles inconnues des Occidentaux comme les dates de visite des temples et pourquoi il faut aller au temple à cette date précise, des références religieuses avec les nombreuses divinités japonaises qui sont mentionnées dans le manga.

La traduction des onomatopées est un des éléments qui posent le plus de problèmes de traduction. Au Japon, les onomatopées sont utilisées aussi bien à l’écrit qu’à l’oral, on trouve la plupart dans les dictionnaires mais elles ne s’y trouvent pas toutes. En japonais il en existe 3 sortes (Les giongo imitent des sons, les giseigo traduisent les voix, ils sont beaucoup utilisés dans les mangas et les gitaïgo sont des mots imitant l’état) et il n’y a pas toujours d’équivalent en français. Bien souvent, les onomatopées ne sont pas traduites, puisque très chronophage et, comme les références culturelles, historiques et religieuses, sont suivies d’un astérisque pour expliquer la signification de cette dernière ou alors elles ne sont pas traduites à la demande de l’éditeur japonais pour garder le style de l’auteur. Il est parfois même impossible de les traduire si l’onomatopée est trop liée au dessin, on rajoute alors la traduction en plus petit à côté de l’onomatopée japonaise. Elles servent à exprimer une sensation, un sentiment, une situation ou une idée. En France, les onomatopées sont considérées comme étant plutôt le mode d’expression des enfants, là où au Japon elles sont utilisées dans le langage courant. Les mangas pour filles sont considérés comme étant les plus créatifs en matière d’onomatopées. Quelques exemples d’onomatopées : kyaa est l’onomatopée correspondant aux cris d’une femme, le chat ne fait pas miaou mais nyaa nyaa, un cœur qui bat la chamade doki doki etc. Certains mangakas vont plus loin et créent même des onomatopées. Un exemple assez connu serait le zukyûûûn de Araki Hirohiko, l’auteur de Jojo’s Bizarre Adventure qui est l’onomatopée du baiser spontané.

Une autre difficulté de traduction liée aux onomatopées est le foisonnement. On n’a pas toujours d’équivalent français d’onomatopées japonaises et donc il n’y a pas d’autre choix que d’étoffer. Néanmoins, il y a une place limitée dans les cases des mangas ce qui amène à omettre certains détails.

Au Japon, il existe quelque chose que l’on n’utilise pas en France, il n’y a donc pas d’équivalent. Ce sont les suffixes honorifiques comme san qui est le plus connu, kun, chan, senpai, sensei, sama et dono. Ces suffixes indiquent la plupart du temps la relation entre plusieurs personnes et sert à exprimer la politesse. On les place après le nom de l’interlocuteur : Onizuka-sensei, Inumaki-senpai, Yuji-kun

San est traduit le plus souvent par monsieur ou madame pour quelqu’un dont on n’est pas très proche. Il est souvent associé avec le nom de famille.

Kun est utilisé pour un ami ou un camarade garçon, il n’est utilisé pour une fille qu’en cas de proximité.

Chan est l’équivalent de kun pour les filles, c’est très affectif.

Senpai est utilisé pour quelqu’un qui a plus d’expérience ou qui est plus âgé que ce soient des collègues ou des camarades de classe.

Sensei est le professeur, le médecin, l’artiste… il s’utilise après le nom de famille ou seul.

Sama désigne les personnes haut placées ou de grande valeur, c’est un signe de grand respect. Il est utilisé pour désigner Dieu : Kami-sama.

Et enfin dono qui est très peu utilisé de nos jours se situe entre san et sama. Il était beaucoup utilisé du temps des samouraïs.

Il existe d’autres suffixes honorifiques mais ceux-ci sont les plus fréquents. Mis à part san et sensei les autres suffixes ne sont généralement pas traduits car il n’existe pas de terme équivalent en français. Ces suffixes sont très utilisés au Japon puisqu’ils créent une sorte de hiérarchie qui est très importante pour les japonais.

Et pour ce qui est des noms des attaques ou des armes ? Dans certains mangas les attaques et les armes gardent leur nom japonais, par exemple, dans One Piece d’Eiichiro Oda, les 3 katanas de Roronoa Zoro sont Enma, Sandai Kitetsu et Wado Ichimonji que ce soit dans la version japonaise ou française, dans Bleach de Tite Kubo, les armes, appelés les Zanpakutô gardent également leurs noms japonais. Les attaques comme le Bankai pour n’en cité qu’une ne sont pas traduites mais suivies d’un astérisque et de leur signification tout comme pour les onomatopées. Parfois, quand les attaques sont traduites, c’est la traduction anglaise qui reste même dans la version française. Les noms d’attaques de la version originales peuvent même parfois être en anglais comme la Room ou le Shambles de Law (One Piece) ou encore le Bound Man de Luffy (One Piece) et dans ce cas elles restent en anglais dans la version française.

C’est la même chose pour les êtres ou créatures propres à leur manga. Dans Noragami, dans la version originale et française, ils sont appelés ayakashi, dans Bleach ce sont les hollow et les shinigami… Certains mangas traduisent ce genre de choses, d’autres non, tout dépend des éditeurs et de l’auteur.

Les traducteurs font face à de nombreux problèmes concernant la traduction des mangas, il en existe d’autres mais ceux-ci sont des exemples de la difficulté du métier dû à la grande différence culturelle entre autres. 

Ressources documentaires :

https://www.koomeo.com/fr/traducteur-de-mangas-et-animes/
https://www.msn.com/fr-fr/actualite/technologie-et-sciences/traduire-des-mangas-un-d%C3%A9fi-%C3%A0-l-heure-des-scantrads-les-traductions-pirates/ar-BB1f330r
http://konishimanga.fr/2017/10/11/interview-xavier-hebert/
https://www.japoninfos.com/quelques-suffixes-japonais-san-kun.html
Poupée, Karyn. Histoire du manga. Tallandier, 2014
Nouhet-Roseman, Joëlle. Les mangas pour jeunes filles, figures du sexuel à l’adolescence. Érès, 2011.
Nouhet-Roseman, Joëlle. « Maji maji, regard sur les onomatopées ». Cliniques mediterraneennes n° 81, n°1 (18 juin 2010): 167-79.

La langue des signes française, une langue enfin (re)connue ?

Par Chloë Tanguy, étudiante M1 TSM

Tandis qu’elle a reçu officiellement le statut de « langue à part entière » en 2005, la langue des signes française (ou LSF) gagne de plus en plus en visibilité, en particulier depuis le début de la crise sanitaire. La traduction des allocutions officielles en langue des signes a notamment permis une réelle prise de conscience quant au manque d’accessibilité de l’information et à la reconnaissance insuffisante de la communauté Sourde.

Ainsi, face aux diverses actions mises en place à l’échelle nationale et internationale, un certain intérêt pour cette langue s’est développé. C’est pourquoi, aujourd’hui, je vais vous présenter la langue des signes (française principalement), une langue encore trop peu (re)connue aux yeux de la société.

Un grand merci à Pénélope Houwenaghel, interprète FR/LSF et fondatrice de la SCOP Via, pour avoir pris de son temps afin de m’aider mais également pour ses précieux conseils.

Lettres L, S et F en langue des signes française


Un peu d’histoire pour commencer

Selon plusieurs études, l’origine des langues des signes (ou LS) serait aussi ancienne que l’humanité. En effet, certains estiment que les personnes qui ne pouvaient pas parler utilisaient une forme de communication gestuelle afin de s’exprimer. Au cours de l’Antiquité, les sourds alors perçus comme « simples d’esprit » étaient isolés et n’avaient pas accès à l’éducation. Ne pouvant pas développer la langue des signes telle que nous la connaissons aujourd’hui, ils ne se contentaient que d’un nombre de signes bien plus limité.

Ce n’est qu’au milieu du XVIIIe siècle, grâce à l’abbé Charles-Michel de l’Épée, que nombre d’enfants sourds ont eu un accès gratuit à l’éducation. Avant cela, seuls ceux qui étaient issus de familles riches avaient les moyens de payer un précepteur (qui, par ailleurs, ne leur enseignait pas la langue des signes mais les éduquait oralement). Après avoir inventé quelques gestes (qui n’ont rien à voir avec la LSF) auxquels il ajouta quelques notions grammaticales spécifiques à la langue française, l’abbé de l’Épée créa, à Paris, la première école accueillant des enfants sourds. C’est grâce à cet établissement que les premiers Instituts pour jeunes sourds ont été créés, permettant ainsi l’émergence de la LSF au fil des générations.

Estimant toutefois que la LSF n’est pas une « vraie langue » ou qu’elle « favoriserait le développement de tuberculoses » (puisqu’on pensait que signer empêchait de bien respirer), il fut décidé, en 1880, lors du Congrès de Milan, de privilégier la méthode orale dans l’éducation des enfants sourd. Le résultat ? La LSF a été proscrite pendant près d’un siècle, et ce, jusqu’en 1975, année durant laquelle un mouvement a été lancé : le Réveil Sourd. Ce mouvement est né d’une forte volonté de la communauté sourde de s’émanciper sur le plan social, culturel et linguistique. Ce n’est qu’après plus de 30 ans de revendications pour la reconnaissance de la LSF qu’elle devient finalement, le 11 février 2005, une langue à part entière aux yeux de la loi française. Depuis 2008, il est d’ailleurs possible de choisir la LSF comme option au Bac ou encore, depuis 2010, de passer un CAPES de LSF.

En février 2020, dans le cadre des 15 ans de la loi n° 2005-102 du 11 février 2005, s’est tenue la 5e Conférence nationale sur le handicap. Lors de cet évènement, le gouvernement français a décidé d’intensifier les campagnes de sensibilisation, mais aussi de renforcer l’accompagnement des personnes en situation de handicap sur divers points : l’accès à l’éducation, à la formation, à l’emploi, ou encore l’accès à l’information (en traduisant par exemple l’ensemble des allocutions gouvernementales en LSF).

La langue des signes, c’est quoi exactement ?

Tout d’abord, il faut savoir que l’ensemble des LS s’appuient sur plusieurs paramètres :

  • La position/configuration des doigts, ainsi que les mouvements et l’orientation des mains ;
  • Les expressions du visage : les expressions faciales (ou encore le mouvement des épaules) permettent d’accentuer les nuances du discours.

La LSF ne « traduit » pas littéralement le français parlé. Comme n’importe quelle autre langue, elle possède sa propre structure, à savoir : temps + lieu + sujet + action. Il faut savoir aussi que chaque langue des signes possède son propre lexique et, accessoirement, son alphabet dactylologique (il retranscrit gestuellement chaque lettre de l’alphabet ; cet alphabet n’est utilisé que pour épeler certains noms propres ou lieux inconnus). Selon les pays, l’alphabet s’effectue avec une main (la main droite pour les droitiers ou la gauche pour les gauchers) mais certains utilisent les deux mains (notamment en langue des signes britannique, néo-zélandaise ou encore australienne).

D’ailleurs, en parlant de prénoms, saviez-vous qu’il est courant, au sein de la communauté sourde, de donner des surnoms ? Il se compose généralement de la première lettre du prénom suivi d’un signe attribué selon une caractéristique physique ou morale, une particularité, un matricule, etc. qui distingue la personne.

En plus de ces signes dactylologiques, trois autres types de signes constituent la LSF :

  • Il existe des signes iconiques : le signeur mime un objet ou une action (comme pour les termes « manger », « boire », « maison », etc.) ;
  • À la différence des signes iconiques, certains signes sont moins concrets : ils permettent de parler d’un concept ou d’une idée plus abstraite (même s’il est possible d’utiliser un signe iconique dans une métaphore, une expression idiomatique, etc.) ;
  • On retrouve aussi des signes issus des langues vocales : le signeur utilise la première lettre dactylologique du mot suivi du reste du signe (mouvement ou position de la main/des doigts). Certains signes sont également issus des LS étrangères, tout comme on pourrait retrouver des emprunts aux langues étrangères dans les langues vocales.

Malgré ce que l’on pourrait penser, non, la langue des signes n’est pas universelle. Eh oui, les signes peuvent différer d’un pays à l’autre, voire même d’une région à une autre (on en recense près de 121 à travers le monde). Même si la base grammaticale est la même, chaque pays (ou région) possède une culture, un accent et un vocabulaire différent. Comme vous avez pu le remarquer un peu plus haut, j’évoque la LS britannique, néo-zélandaise et australienne. Ces trois langues font partie de la même « famille » du fait de leur similarité, toutefois, chacune conserve une certaine singularité. De plus, à l’instar des langues vocales, les LS ont, elles aussi, tendance à évoluer au fil du temps.

Après la Seconde Guerre mondiale, la Fédération mondiale des Sourds a tenté de créer une langue universelle : le gestuno (d’ailleurs si le sujet des langues universelles vous intéresse, je vous conseille un billet sur l’espéranto rédigé en 2020 par Gabriel Lacroix). Cependant, il existe à ce jour une langue des signes internationale (LSI également appelée Signes Internationaux) La LSI est principalement employée afin de faciliter la communication et la compréhension entre plusieurs Sourds qui ne sont pas de la même nationalité ou lors d’évènements internationaux (colloques, échanges transnationaux, etc.).

Traduction ou interprétation ?

Pour les langues orales, il ne faut pas confondre la traduction et l’interprétation et pour la langue des signes, c’est pareil ! Enfin… à quelques détails près. Vous me direz donc « Oui, mais on ne peut pas écrire la langue des signes, alors où est la différence ? ». Eh bien, la différence est que la traduction en langue des signes s’effectue d’un format écrit vers un format vidéo (que certains appellent LS-vidéos), tandis que l’interprète va transposer oralement un discours depuis ou vers la LSF, voire entre deux langues des signes.

Saviez-vous que les interprètes en LSF sont (en théorie) les seuls à transposer un discours vers une langue qui n’est pas leur langue maternelle ?

Comme on peut souvent l’entendre : « ceux qui connaissent le mieux une langue sont ceux qui la pratiquent depuis l’enfance », et cela vaut pour toutes les langues. En effet, il est plus naturel de traduire vers sa langue maternelle, parce qu’on en maîtrise bien mieux les subtilités et les nuances qu’un traducteur/interprète non-natif.

Néanmoins, cette exception qui confirme la règle se justifie à deux titres :

  • La langue des signes n’est pas la langue naturelle[1] de tous les sourds, car beaucoup d’entre eux ne l’utilisent pas (pour ceux qui le sont devenus à un grand âge, dans ce cas, les sous-titres seront privilégiés[2]). On remarque d’ailleurs qu’une grande partie des personnes qui maîtrisent la langue des signes sont entendants ;
  • L’interprétation en LSF s’effectue majoritairement depuis un discours oral, vers la langue des signes (et vice-versa).

La demande en traduction et interprétation FR/LSF est assez variée. En effet, elle peut aussi bien être effectuée pour un particulier, que pour un professionnel ou une association, et elle peut être formulée dans le cadre d’une réunion, d’une formation, voire d’un rendez-vous (médical, bancaire, judiciaire, etc.), d’un entretien professionnel ou encore, dans le cadre d’évènements : conférences, colloques, etc.

Ces dernières années, on observe également le développement de la « visio-interprétation » : l’interprète traduit à distance depuis et vers la LSF un appel téléphonique, un rendez-vous, un entretien, etc. et ce, entre au moins une personne entendante et une personne sourde.

En ce qui concerne les traductions en LSF dans le format vidéo, il sera plus approprié de faire appel à un traducteur dont la langue naturelle (ou première langue) est la LSF. Ce genre de vidéos, on peut par exemple en retrouver, depuis 2018, sur 6Play. En effet, le groupe M6 a mis en place sur sa plateforme web « le 10 minutes », un magazine d’actualité présenté de bout en bout par des traducteurs en LSF. Contrairement aux programmes d’informations quotidiens (comme le journal télévisé), son contenu est adapté à un public sourd ou malentendant. Par ailleurs, des journalistes et traducteurs sourds publiaient des articles, des reportages, des journaux télévisés etc. au format vidéo sur le site Websourd, et ce, jusqu’à sa fermeture en 2015. Websourd était une société coopérative qui avait pour activité : un service de traduction, un service de visio-interprétation, un site d’information à destination des sourds signeurs.

On remarque également un développement de l’accessibilité dans le secteur culturel. En effet, de plus en plus de musées et galeries d’art font appel à des traducteurs et interprètes afin de traduire leur contenu visuel et retranscrire les explications des guides dans le cadre des visites. Au Louvre-Lens, par exemple, des visites guidées sont proposées en LSF et un parcours en totale autonomie en LSF a été mis en place par le biais d’un Guide multimédia.

Et les nouvelles technologies dans tout ça ?

Ces dernières années, plusieurs applications et sites internet ont été mis en place afin de faciliter la compréhension, l’échange et l’intégration de la communauté sourde. De ce fait, je vais, dans cette dernière partie, vous présenter deux applications qui permettent de traduire vers la langue des signes.

La première que je souhaite mettre en avant est Elix. Créé en 2010, Elix est un dictionnaire bilingue FR/LSF. Son utilisation est assez simple : comme pour tout dictionnaire bilingue, on tape un terme dans la barre de recherche puis apparaît, non seulement la définition, mais aussi une vidéo sur laquelle un traducteur signe le terme recherché et/ou sa définition vers la LSF. Au total, ce dictionnaire recense plus de 15 000 signes et plus de 22 000 définitions traduites en LSF. Néanmoins, même si ce dictionnaire est constamment en développement, il arrive que certains signes ou définitions ne soient pas encore traduits.

La seconde application qu’il me semblait intéressant de présenter est Hand Talk. À la différence d’Elix, il s’agit ici d’un traducteur, et non pas d’un dictionnaire. Ainsi, comme sur Google Traduction ou DeepL, il est possible de traduire plusieurs phrases (à une limite de 140 caractères) qu’Hugo ou Maya, des traducteurs virtuels, transposeront vers la langue des signes. Cette application n’est toutefois pas disponible en FR/LSF mais en EN(US)/ASL ainsi qu’en PT/LSB (langue des signes brésilienne également connue sous le nom de Libras) puisque Hand Talk a été créé par Acesso para todos, une entreprise brésilienne dont l’objectif est de créer un web plus innovant et accessible à tous. En plus d’une application, Hand Talk met à la disposition des entreprises une fonction « traduction de texte et d’images ». Cette fonctionnalité permet de traduire en Libras le texte ou les images disponibles sur le site internet de l’entreprise, afin de le rendre plus accessible aux Sourds signeurs.

Pour conclure

La LSF est une langue riche culturellement et ne cesse d’évoluer. Grâce aux diverses actions nationales et internationales, nous aurons de plus en plus l’occasion de découvrir cette langue, favorisant une évolution de la demande et du nombre de traducteurs et interprètes en LSF, et facilitant ainsi l’inclusion de la communauté sourde au sein de la société.

J’espère que ce billet vous aura permis d’en savoir plus sur la langue des signes. Si ce sujet vous intéresse et que vous souhaitez en savoir plus, n’hésitez pas à consulter aussi des chaînes YouTube dédiées à la LSF (je vous conseille celles de Aymeline LSF et de MélanieDeaf qui donnent toutes les deux des conseils quant à l’apprentissage de la LSF et vous permettront d’en savoir plus sur la culture sourde).

Bibliographie

‘AFILS : Association française des interprètes et traducteurs en langue des signes’ <http://www.afils.fr/&gt;

Delaporte, Yves, ‘Des noms silencieux. Le système anthroponymique des sourds français’, Homme, 38.146 (1998), 7–45 <https://doi.org/10.3406/hom.1998.370454&gt;

Fusellier-Souza, Ivani, ‘Sémiogenèse Des Langues Des Signes. Etude de Langues de Signes Emergentes (LSE) Pratiquées Par Des Sourds Brésiliens’ (unpublished Theses, Université Paris 8 – École Doctorale ”Cognition, Langage, Interaction” (ED 224), 2004) <https://hal.archives-ouvertes.fr/tel-01701214>

‘Handicap sensoriel : déficience auditive’, Louvre-Lens <https://www.louvrelens.fr/informations-pratiques/accessibilite/handicap-auditif/>

‘HCDH | Convention Relative Aux Droits Des Personnes Handicapées’ <https://www.ohchr.org/fr/professionalinterest/pages/conventionrightspersonswithdisabilities.aspx>

‘Histoire de la langue des signes’, Signes & Formations <https://www.signesetformations.com/cours-langue-des-signes/histoire-de-la-langue-des-signes/>

Langues, Publié par Éditions Assimil | 20 Mai 2016 |, and Mondes | 0 |, ‘La langue des signes n’est pas universelle – Assimil’, 2016 <https://blog.assimil.com/non-la-langue-des-signes-nest-pas-universelle/, https://blog.assimil.com/non-la-langue-des-signes-nest-pas-universelle/>

‘Le Dico Elix – Le dictionnaire vivant en langue des signes française (LSF)’, Le Dico Elix <https://dico.elix-lsf.fr/&gt;

Leroy, Élise, Aurélia Nana Gassa Gonga, Gaëlle Eichelberger, and Alain Bacci, ‘Traduire vers la langue des signes française : plein phare sur la formation’, Traduire. Revue française de la traduction, 241, 2019, 19–30 <https://doi.org/10.4000/traduire.1812&gt;

‘Qu’est-ce que la langue des signes française ?’ <https://www.surdi.info/langue-des-signes-francaise-lsf/langue-des-signes-francaise/>

Séguillon, Didier, ‘Du langage des Signes à l’apprentissage de la parole ou l’échec d’une réforme’, Staps, no 58.2 (2002), 21–34

Todos, Acesso para, ‘Hand Talk’ <https://handtalk.me/>


[1] Pour la population sourde, il sera plus approprié d’utiliser le terme « langue naturelle » que « langue maternelle ».

[2] Toutefois, il sera plus compliqué (mais pas impossible) pour une personne sourde de naissance de lire des sous-titres puisque l’apprentissage de la lecture s’effectue par le biais de la sonorité, c’est pour cela qu’une traduction en LSF et l’ajout de sous-titres sera favorisée.