Les langues fictives

Par Saona Truchassou, étudiante M1 TSM

Game of Thrones, Avatar, Star Trek… ces œuvres cinématographiques aux univers fantastiques plus envoûtants les uns que les autres ont toutes un point commun : une langue a été créée spécialement pour chacune d’entre elles, que l’on appelle « langue fictive ».

Qu’est-ce qu’une langue fictive ?

Avant de les qualifier de fictives, on parle surtout de langues dites « construites », car n’étant pas nées naturellement au fil du temps mais plutôt d’une véritable volonté de créer une langue de toute pièce, on ne peut pas les mettre au même niveau que le français, l’espagnol, l’anglais ou toute autre langue dite naturelle. Pour faire court, leur origine n’est tout simplement pas la même. On parle alors de langue fictive dans le cadre d’une langue construite créée dans le but d’être utilisée dans un univers de fiction.

À quand remontent les premières langues fictives ?

On désigne J.R.R. Tolkien comme le premier à avoir créé une langue fictive : philologue et écrivain à qui l’on doit la trilogie du Seigneur des anneaux, Tolkien invente au cours de sa vie bon nombre de langues fictives, dont les langues elfiques telles que le quenya, dont la création remonte à 1915 dans le but d’être intégrée à l’univers de son livre la Terre du Milieu. Le quenya est considéré comme la première langue fictive, et elle n’aura cessé d’évoluer et de se construire tout au long de la vie de l’écrivain.

Quelques exemples concrets

Parmi les plus populaires, on retrouve ces 3 langues fictives :

Le Dothraki

Créée par David J. Peterson pour l’univers de Game of Thrones, le linguiste s’est inspiré des quelques mots de Dothraki déjà présents dans les livres dont la série est adaptée et s’est basé sur le turc, le russe, l’estonien et le swahili pour construire cette langue. Aujourd’hui, on compte environ 4 000 mots officiels de Dothraki, ce qui est déjà conséquent pour une langue aussi récente. Si vous souhaitez apprendre cette langue dont les règles sont relativement faciles à assimiler, vous pouvez vous procurer le livre « Living Language Dothraki » de son inventeur David J. Peterson ou (si vous préférez économiser) consulter le dictionnaire de Dothraki où sont recensés pas loin de 1 500 termes.

Quelques exemples de Dothraki :

Shieraki gori ha yeraan ! = Les étoiles veillent sur toi

Fini hazi ? = Qu’est-ce que c’est ?

Anha efichisak haz yeroon ! = Je ne suis pas d’accord

Anha vaddrivak yera m’asikthtek khadokh ! = Je vais te tuer et cracher sur ton corps

(Les Dothrakis peuvent se montrer assez… violents)

Le Na’Vi

Créée en 2005 par le linguiste Paul Frommer, le Na’Vi est la langue parlée par ces fameuses créatures extraterrestres à la peau bleutée du film Avatar. C’est une langue relativement simple à apprendre, surtout si vous parlez arabe, les deux langues étant assez similaires au niveau de certaines prononciations. Aujourd’hui, le Na’Vi contient 1 500 mots et continue d‘évoluer grâce à son créateur mais également grâce aux fans du film passionnés par cette langue. Un dictionnaire de Na’Vi est par ailleurs disponible sur le site learnnavi.org qui regroupe toutes les ressources nécessaires à quiconque souhaite se lancer dans l’apprentissage de cette langue. On y retrouve aussi un lien vers le serveur Discord de la communauté où tous les passionnés se rejoignent pour apprendre ensemble et débattre de la traduction de mots nouveaux. Génial, non ?

Quelques exemples de Na’Vi :

oel ngati kameie = Je te vois

irayo = Merci

kaltxì = Bonjour

zola‘u nìprrte’ = Bienvenue

nga yawne lu oer = Je t’aime

Le Klingon

Créée par Mark Okrand, linguiste américain, pour le film « Star Trek III : à la recherche de Spock » sorti en 1984, cette langue fictive est l’une des plus complexes à maîtriser à cause de sa syntaxe qui ne ressemble en rien à celle du français. Pour rajouter de la complexité, le klingon possède son propre alphabet (voir image ci-dessus). Son inventeur tire son inspiration du français, de l’espagnol et des langues amérindiennes, mais son but était, comme tout linguiste dont le but est d’inventer une nouvelle langue, qu’elle ne ressemble à aucune autre.

Quelques exemples de klingon :

tlhIngan Hol Dajatlh’a’ = Parlez-vous Klingon ?

bIjeghbe’chugh vaj bIHegh = Rends-toi ou meurs !

HIja’ ou HISlaH = oui

ghobe’ = non

Comment créer une langue ?

Si la lecture de ce billet de blog vous a donné l’envie soudaine de créer votre propre langue, à l’instar du Na’Vi ou du Klingon, alors prévoyez 30 bonnes années devant vous (et engagez un bon linguiste), car il ne s’agit en rien d’un processus simple (je sais, décevant). En effet, la langue fictive parlée dans l’univers de Stark Trek, le klingon, a mis près de 30 ans à se perfectionner et plus de 10 ans après sa création, le Dothraki est toujours en cours de construction. En revanche, rien ne vous empêche de vous amuser à votre échelle en essayant de créer votre propre alphabet en dessinant quelques sigles sur un bout de papier ou de constituer un mini dictionnaire regroupant quelques termes tous droits sortis de votre imaginaire !

Bibliographie

A., Mathilde. « Une langue inventée ? 5 langues fictives inventées pour le cinéma ». beelingwa (blog), 16 avril 2022. https://beelingwa.com/fr/blog/une-langue-inventee-au-cinema.

Castro, Vic. « Elfique, klingon, dothraki, na’vi : à la découverte des langues fictives ». numerama, 22 décembre 2016. https://www.numerama.com/pop-culture/217638-elfique-klingon-dothraki-navi-a-la-decouverte-des-langues-fictives.html.

Chernavina, Kate. « Guide de survie chez les Dothraki ». HI-COME (blog), 22 avril 2019. https://www.hicom-asia.com/fr/guide-de-survie-chez-les-dothraki/#les-phrases-utiles.

Hirtauteur, Julien. « Inventer un langage ». Le Fictiologue (blog), 6 mars 2019. https://julienhirtauteur.com/2019/03/06/inventer-un-langage/.

Littérature Portes Ouvertes. « Inventer une langue ». Consulté le 29 juin 2022. https://litteratureportesouvertes.wordpress.com/2015/12/05/inventer-une-langue/.

Memory Alpha. « Klingon (langue) ». Consulté le 30 juin 2022. https://memory-alpha.fandom.com/fr/wiki/Klingon_(langue).

Zeste de Savoir. « Le quenya, haut-elfique », 8 septembre 2018. https://zestedesavoir.com/tutoriels/2385/les-langues-dans-le-seigneur-des-anneaux/les-langues-elfiques/le-quenya-haut-elfique/.

learnnavi.org. « learnnavi.org ». Consulté le 26 juin 2022. https://learnnavi.org/.

Linguisticae. Le Dothraki de Game of Thrones (David J. Peterson) – LF#1. Consulté le 28 juin 2022. https://www.youtube.com/watch?v=OyBBzEglTFI.

Littauer, Richard. « The Dothraki Language Dictionary (ver 3.11) », 23 janvier 2016. https://docs.dothraki.org/Dothraki.pdf.

Miller, Mike. « NA’VI – ENGLISH DICTIONARY v. 15.4.3 », 19 janvier 2022. https://eanaeltu.learnnavi.org/dicts/NaviDictionary.pdf.

Guiness World Records. « Most widely spoken fictional language ». Consulté le 28 juin 2022. https://www.guinnessworldrecords.com/world-records/82137-most-widely-spoken-fictional-language.

WIRED. How to Create a Language: Dothraki Inventor Explains | WIRED. Consulté le 29 juin 2022. https://www.youtube.com/watch?v=vDD7bQTbVsk.

Omniglot. Consulté le 2 juillet 2022. https://omniglot.com/conscripts/nav.htm.

Traduire une grande saga littéraire : le cas d’Harry Potter

Par Lisa Michel, étudiante M1 TSM

Tout le monde connaît Harry Potter, que ce soit au travers des livres, des films ou du bouche-à-oreille. Côté livres, il s’agit de l’une des sagas les plus connues, vendue à 450 millions d’exemplaires à l’international et créant une énorme communauté de fans. Côté cinéma, la franchise Harry Potter est la plus lucrative de l’histoire. Un tel succès a forcément mené à effectuer de nombreuses traductions, jusqu’à environ 80 langues (et bien plus si l’on compte les traductions non officielles), y compris dans des langues régionales comme le breton, le basque ou le galicien, mais aussi dans des langues mortes comme le grec ancien ou le latin. De nombreuses différences peuvent être relevées dans toutes ces traductions, mais quelles sont-elles, et comment les traducteurs se penchent-ils sur une telle œuvre, avec tant d’attente ?

La traduction française

Intéressons-nous tout d’abord à la traduction des cinq termes et noms propres suivants : Serdaigle, Severus Rogue, Poudlard, Moldu et Sectumsempra. Le premier mot, Serdaigle, vient de l’anglais Ravenclaw. D’après l’une de ses interviews, Jean-François Ménard, le traducteur français de la saga, s’est concentré sur l’aspect esthétique du terme : « Pour Serdaigle, Ravenclaw voulait dire serre de corbeau et je trouvais ça moins beau, j’ai donc changé pour un aigle. Cela tombait bien, car c’est le symbole de la maison. »

Tous ces cheminements de pensées peuvent s’observer avec les autres termes. Par exemple, concernant le personnage emblématique de Severus Rogue (Severus Snape en anglais), le traducteur a voulu conserver le sens du verbe snape, signifiant casser, moquer. C’est pourquoi son choix s’est porter sur rogue, un terme désuet pour qualifier une personne sournoise et arrogante.

Quant au terme Poudlard, son équivalent d’outre-Manche est Hogwarts, verlan de warthog signifiant phacochère. Littéralement, il signifie cochon qui a des verrues. Il fallait donc un terme lié au cochon, et un autre lié à quelque chose de dégoûtant. C’est comme cela que Jean-François Ménard est arrivé à Pou de lard, puis Poudlard.

Moldu, en anglais Muggle, est un terme inventé par J.K Rowling pour nommer les êtres humains sans pouvoirs magiques. Inspiré de l’adjectif Muggy qui décrit une chose lourde et molle, il fallait également un terme qui indique qu’il manquait quelque chose à ces gens, en l’occurrence la magie. Le traducteur en est donc venu à « Mou du cerveau », puis « Mou du bulbe », qui s’est finalement transformé en Moldu.

Nous pouvons aussi noter que l’ensemble des termes latins utilisés notamment pour les sortilèges et les maléfices, restent en latin en français. C’est le cas du sort Sectumsempra, qui allie les mots latins Sectus (couper, amputer) et Semper (toujours).

Nous observons donc avec ces éléments que la transcréation a été essentielle pour traduire la saga Harry Potter. Il a fallu user d’imagination, d’inventivité et d’ingéniosité pour réussir à rendre le sens, l’humour et les références du monde d’Harry Potter.

Parallèlement, on relève de nombreuses omissions dans la traduction française, qui ne portent évidemment pas préjudice à la trame principale mais plutôt sur certaines descriptions, certains monologues aidant à construire le caractère d’un personnage, ou décrivant le cadre d’un lieu avant qu’une action s’y déroule. Il y a également une volonté d’adoucir le texte, en retirant parfois des passages évoquant le mauvais traitement des animaux ou bien des termes comme « entrailles d’oiseaux », remplacés par « marc de café », ou encore la suggestion des frères Weasley de contrefaire une signature. Un autre élément oublié par les traductions étrangères est l’accent du personnage de Hagrid. Dans les livres, son accent est très fort et montre qu’il vient d’un milieu populaire, or il n’est que très légèrement présent dans les films. Les traductions françaises des livres et des films, quant à elles, ne font absolument pas état de cet accent. Selon Franck Ernould dans son livre « Harry Potter, ange ou démon ? », il est possible que les clichés découlant de cet accent portent atteinte aux lecteurs, c’est pourquoi on ne le retrouve pas dans les traductions.

Finalement, une difficulté lorsque l’on traduit une grande saga comme Harry Potter qui dure des années est de créer un glossaire qui sera utile et cohérent pendant toute cette période. Non seulement il faut prendre des décisions dès le premier tome, mais en plus il faut que ce terme reste cohérent dans son utilisation jusqu’au tout dernier tome. Dans ce cas, l’une des difficultés étant que la saga Harry Potter a débuté comme une saga pour enfants, et s’est fortement assombrie au fil des années pour donner le rendu d’une ambiance très lourde et pesante. Les termes parfois enfantins du début ont donc dû être réutilisés par la suite dans des situations « plus adulte », il a donc fallu adapter les phrases pour rendre crédible le terme.

Nous pouvons voir à quel point les glossaires sont importants en observant les erreurs commises par les traducteurs italiens, et qui ont parfois mené à la colère des lecteurs.

La traduction italienne

Établir le glossaire d’une saga de plusieurs tomes est donc difficile, mais encore plus lorsqu’une erreur est commise dès le premier tome. En effet, la première traductrice italienne d’Harry Potter, Marina Astrologo, a été énormément critiquée pour sa traduction de Ravenclaw (Serdaigle), soit Pecoranera. Signifiant « mouton noir », cette expression est très négativement connotée en Italie car elle constitue un équivalent virulent de l’expression « mauvaise graine ». En plus d’utiliser ce terme insultant, il n’y a strictement aucun rapport avec la maison Serdaigle, dont l’emblème est un oiseau. Dans les traductions qui ont suivi, le terme pecora (mouton) a judicieusement été mis de côté pour reprendre l’emblème de la maison, le corbeau, Pecoranera devenant Corvonero, soit « corbeau noir ».

Pour la traduction des autres mots, le terme muggle (moldu) a été traduit par babbano. Il fallait en effet une parole simple à prononcer, donnant un air un peu bête aux désignés à qui il manque quelque chose, la magie. De plus, il s’agit d’un dérivé de babbeo, signifiant « idiot, crétin, pigeon ». Babbano a permis de conserver le sens ironique et moqueur du terme. Quant à Severus Snape (Severus Rogue), il a été traduit en italien par Severus Piton, ce qui est cohérent avec le caractère du personnage. Le serpent est un animal ayant une mauvaise connotation en Europe de l’Ouest, et  figure également sur l’emblème de la maison Serpentard. Tout comme en français, le sort sectumsempra reste intact, comme la majorité des expressions latines.

Finalement, concernant l’école Poudlard, soit Hogwarts, la traductrice italienne a choisi de conserver l’anglais. C’est l’une des différences majeures entre les traductions françaises et italiennes, mais également entre la langue française et la langue italienne. En effet, les italiens sont bien plus à l’aise avec les anglicismes que les français, et seul 20 % des noms originels ont été traduits en italien alors que les français en ont traduit la totalité.

D’autres traductions selon les variétés d’anglais

On remarque également une forme de « traduction » de l’anglais britannique vers l’anglais américain dans Harry Potter. En effet, de nombreuses différences existent entre les différentes variétés de l’anglais selon les zones géographiques, et la traduction vers l’anglais américain a, à l’époque, fait l’objet d’une polémique, reliant cet acte à l’impérialisme américain. L’exemple le plus flagrant dans la traduction de la saga est celle du titre du premier tome. Le titre original, en anglais britannique est Harry Potter and the Philosopher’s Stone, mais a été jugé comme trop « savant » pour les américains et notamment pour les enfants, c’est pourquoi il a été modifié en Harry Potter and the Sorcerer’s Stone par les maisons d’édition étasuniennes. Ensuite, les différences habituelles entre les deux variétés ont été remarquées, telles que football et soccer, neighbours et neighbors ou mum et mom, ainsi qu’une adaptation vers un vocabulaire plus simple à comprendre pour les lecteurs américains, tel que brilliant traduit en wonderful.

Ainsi, Harry Potter a été une œuvre très compliquée à traduire au vu de la quantité de termes sortis tout droit de l’imagination de J.K Rowling, des diverses références à l’Histoire ou aux différentes cultures. Il a donc souvent fallu localiser ces termes, notamment les noms propres. D’ailleurs, selon les pays, ces mêmes noms propres ont parfois tous été traduits, parfois partiellement ou parfois pas du tout. La tâche des traducteurs littéraires de sagas aussi populaires, qui durent autant dans le temps est très ardue, menant parfois à certaines erreurs de traduction qui perdurent encore aujourd’hui. Concernant la traduction française de Jean-François Ménard, nous pouvons dire qu’elle a été effectuée avec grand talent, et a énormément facilité la compréhension du lecteur concernant les sous-entendus ou les références historiques et culturelles. Par ailleurs très peu de débats existent sur cette traduction, qui a été parfaitement intégrée par les fans du monde des sorciers !

Da Nang, Vietnam. Original public domain image from Wikimedia Commons

Bibliographie

  • Gouanvic J.-M. Sociologie de la traduction : La science-fiction américaine dans l’espace culturel français des années 1950 [En ligne]. Arras : Artois Presses Université, 2020. 196 p.(Traductologie). Disponible sur : < http://books.openedition.org/apu/6046 > (consulté le 9 mars 2022) ISBN : 978-2-84832-452-4.

La traduction au Moyen Âge 

Par Léa Nichele, étudiante M1 TSM

Le Moyen Âge est en Occident la période qui s’étend du Ve au XVe siècle. Il peut être divisé en deux ou trois grandes parties selon les historiens et les archéologues. Cette période commence lorsque l’Empire Romain est dissous en 476. À l’époque, la population est essentiellement rurale et les personnes sachant lire n’en représentent qu’une infime partie. On ne constate pas vraiment d’évolution importante pour l’humanité à ce moment, le Moyen Âge est plutôt une période de stagnation.

L’évolution de la traduction au Moyen Âge

Au VIIIe siècle dans l’Empire Arabe à Bagdad apparaît un centre de traduction d’œuvres scientifiques du grec ancien vers l’arabe, la «Maison de la Sagesse». C’est donc à ce moment-là que la traduction commence à se développer. Des penseurs tels qu’Aristote, Platon ou encore Hippocrate sont traduits, c’est ce qu’on appelle le mouvement de traduction gréco-arabe.

En Europe, le latin reste la lingua franca, les traductions vers des langues vernaculaires comme le français, l’anglais ou encore l’espagnol se font rares. Au IXe siècle, grâce au roi des anglo-saxons Alfred le Grand, les ouvrages la Consolation de Philosophie de Boèce ainsi que l’Histoire ecclésiastique du peuple anglais de Bède le Vénérable sont traduits du latin vers l’anglais.

En 1085, la ville de Tolède est conquise par Alphonse VI et les conquérants sont surpris par la multiculturalité et le multilinguisme de cette ville arabe, et ce grâce à la Maison de la Sagesse. Aux XIIe et XIIIe siècles après que Tolède est devenue la capitale culturelle de l’Europe chrétienne, la grande bibliothèque a attiré des érudits qui ont travaillé sur des textes de différents genres en hébreu, grec ancien et arabe et les ont traduit en castillan.

Ces traductions ont permis aux langues anglaise et espagnol d’évoluer et de devenir ce qu’elles sont aujourd’hui.

C’est 200 ans plus tard que les compétences de base de la traduction sont évoquées par le philosophe et savant Roger Bacon. Ce dernier écrit que pour savoir traduire il est nécessaire de très bien connaître la langue source et la langue cible ainsi que le sujet du texte. Ce sont des compétences qui sont toujours d’actualités.

Pourquoi traduire à cette époque?

 La traduction n’est vraiment pas un automatisme et peut être considérée comme « problématique » et « critiquable » selon Carlos Heusch. Apprendre la langue dans laquelle le texte est écrit est sûrement la meilleure solution afin de pouvoir le comprendre.

Cependant,il était nécessaire de traduire afin de transmettre la connaissance des différentes sciences comme l’astronomie, l’astrologie, l’algèbre ou encore la médecine. Un des autres aspects importants était la religion, il faut donc permettre à toutes les personnes sachant lire d’avoir accès aux textes sacrés traduits. En Grande-Moravie (territoire correspondant actuellement à des parties de l’Europe centrale et de l’est), au IXe siècle, les chrétiens avaient pour but de répandre la foi chrétienne et pour ce faire ils ont entrepris la traduction de parties de la Bible du grec au vieux-slave. La langue étant difficile à rédiger, ils ont créé un nouvel alphabet : l’alphabet glagolitique.

C’est aussi l’apparition de la traduction des actes diplomatiques qui reste ponctuelle mais qui existe tout de même et elle s’est développée à l’époque moderne lorsque l’usage du latin s’est perdu. Le but de ces traductions étaient d’être valables devant la justice. Il existe l’exemple d’un cartulaire de l’Abbaye du Val-Saint-Lambert (la version en latin est consultable en ligne) qui fut repris par des moines et où 96 actes rédigés en latin sont traduits vers le vieux français.

Les difficultés rencontrées par les traducteurs

On remarque une hiérarchisation des langues, c’est-à-dire que le latin est considéré comme « supérieur » et les langues vernaculaires « inférieures ». Traduire relève donc d’un défi car la traduction est considérée comme une copie qui ne se situe pas au même niveau que l’original. La meilleure traduction est celle qui traduit les mots et non le sens ce qui nous rappelle le concept proposé par Cicéron dans De optimo genere oratum de « mot pour mot, sens pour sens ». Concept repris plus tard par Saint-Jérôme qui le décrit dans Lettre à Pammaque au Ve siècle, ce qui prouve que même avant cette période, traduire présentait déjà des problématiques. Cependant traduire un texte de cette manière ne permet pas une compréhension aisée. Ainsi, apparaît donc le « surtexte », ce sont des gloses et des commentaires dans les marges du texte.

Les contraintes de traduction étaient différentes à l’époque, mais comme aujourd’hui, le but est de s’adapter à la culture de la langue cible. La religion étant l’un des aspects importants, il fallait donc faire attention à tous les éléments présents, ce qui était explicite et ce qui était implicite. Implicitement la relation entre le spirituel et le divin est constamment présente.

La traduction était donc considérée comme réussie si le message entre les lignes est retranscrit. Elle permet de révéler clairement les orientations politiques, philosophiques et religieuses. Les textes pouvaient être soumis à la censure s’ils ne respectaient pas les aspects importants de cette époque.

 Au XIXe siècle, John Wyclif a entrepris la traduction de la Bible du latin à l’anglais sans l’accord de l’Église, il fut condamné post-mortem et considéré comme hérétique. Son corps fut exhumé et brûlé, tout comme ses œuvres incluant les traductions.

 Les traducteurs médiévaux devaient également faire face à des documents très mal écrits à la main et donc difficiles à comprendre ce qui a pu mener à des erreurs de compréhension donc de traduction. Le fait de rédiger dans la langue cible était d’autant plus compliqué car les langues vernaculaires étaient toutes marquées par des dialectes et pouvaient s’éloigner les unes des autres. Il était alors nécessaire de s’adapter. Les personnes sachant lire étant très peu répandues, les textes étaient souvent lus à l’oral et devaient donc se prêter à l’exercice.

Conclusion

Les avancées en traduction au Moyen Âge ne sont pas nombreuses mais traduire a permis l’évolution des langues vernaculaires. Celles-ci sont telles qu’on les connaît aujourd’hui grâce à la traduction. Les traducteurs n’avaient pas le même but et les mêmes contraintes que l’on rencontre aujourd’hui. Ils ont ouvert la voie de tous ceux après eux et ont posé les bases de la pratique.

Sources

Admin. « The History of Translation Part 2: Medieval Times ». In : MI Translations [En ligne]. [s.l.] : [s.n.], 2020. Disponible sur : < https://mitranslations.com/history-of-translation-middle-ages/ >

Heusch C. « Penser la traduction au Moyen Âge. Problèmes et perspectives ». Cahiers detudes hispaniques medievales. 2018. Vol. 41, n°1, p. 9‑21.

Marco. « Storia della traduzione [Medioevo] ». In : Lionspeech [En ligne]. [s.l.] : [s.n.], 2020. Disponible sur : < https://www.lionspeech.com/2020/07/10/storia-della-traduzione-medioevo/ >

Moulinier-Brogi L. « Traduire au Moyen Âge, traduire le Moyen Âge ». Médiévales. Langues, Textes, Histoire. 15 octobre 2018. Vol. 75, n°75, p. 5‑10.

754: The Graeco-Arabic translation movement [En ligne]. Free Speech History. Disponible sur : < https://www.freespeechhistory.com/timeline/754-775-al-mansur-and-the-graeco-arabic-translation-movement/ >

« La traduction des actes au Moyen Âge. Quelques pistes de réflexion à partir du dossier du Val-Saint-Lambert (XIIIe–XIVe siècles) [1] | Cairn.info ». [s.l.] : [s.n.], [s.d.]. Disponible sur : < https://www-cairn-info.ressources-electroniques.univ-lille.fr/revue-le-moyen-age-2018-1-page-47.htm >

« L’histoire de la traduction – HISPAFRA ». [s.l.] : [s.n.], [s.d.]. Disponible sur : < https://hispafra.wordpress.com/2014/01/28/lhistoire-de-la-traduction/ >

Maison de la Sagesse – [En ligne]. Disponible sur : < https://icm.catholique.fr/recherches/maison-de-la-sagesse/ >

« Une histoire de la traduction au fil des siècles. Partie 2. Moyen Âge ». In : ActuaLitté.com [En ligne]. [s.l.] : [s.n.], [s.d.]. Disponible sur : < https://actualitte.com/article/101892/reportages/une-histoire-de-la-traduction-au-fil-des-siecles-partie-2-moyen-age >

Les langues à grande variabilité géographique et les difficultés qu’elles posent en traduction

Héloïse Goubin, M1 TSM

“Tu sais me passer le sel ?”

Question étrange. Une compétence rarement remise en question.

Sauf que ce n’était en rien le but le la question. C’est en revanche un bel exemple de variabilité géographique des langues. La question ne nous est pas étrangère : le français, comme l’anglais, ou toute autre langue parlée dans plusieurs pays, présente plusieurs variantes, plus ou moins différentes les unes des autres en fonction de leur éloignement géographique, du contexte culturel, historique… D’ordinaire on s’en préoccupe peu, mais en tant que traducteur.ice.s, être expert.e.s dans nos langues de travail dans toutes leurs subtilités est au cœur de notre travail. Les nombreux dialectes que la plupart de celles-ci comportent sont un élément non négligeable à prendre en compte afin d’appréhender correctement un projet de traduction, peu importe notre rôle au sein du processus.

Quelques exemples pratiques :

Exemple du portugais:

“J’ai vu que vous parliez portugais ?” m’a-t-on demandé lors de mon dernier entretien téléphonique, ce à quoi je me suis empressée de répondre “Du Brésil !”.

La majorité des lusophones de France parlant le portugais du Portugal, je prends toujours le soin de le préciser afin d’éviter toute confusion. En effet, parmi tous les dialectes que compte cette langue, celui du Brésil est probablement l’un des plus éloignés de celui que nous connaissons en Europe. Il en est même si différent que beaucoup le considèrent comme une langue à part entière. Le portugais du Brésil possède même ses propres dialectes, avec des différences d’accent, de vocabulaire, et même de grammaire, mais ceux-ci restent plus apparentés entre eux qu’ils ne le sont à la variante européenne.

La différence la plus frappante se remarque à l’oral. De manière générale, les Brésiliens tendent à élonguer leurs voyelles, tandis que les Portugais les raccourcissent, et selon la région, les lettres “s”, “t”, “d” et “r” seront prononcées très différemment.

En termes de vocabulaire, le portugais du Brésil se dénote par l’utilisation bien plus importante de mots empruntés à l’anglais, comme “notebook” (PC), et de verbes créés à partir de l’anglais, comme “postar” (poster une photo) ou “logar” (se connecter à un site internet), ou encore de mots issus des langues autochtones, comme “abacaxi” (ananas) ou “maracuja” (fruit de la passion).

Dernière différence notable, et non des moindres : la grammaire, et en particulier l’utilisation des pronoms et la conjugaison des verbes. En portugais européen par exemple, le pronom “tu” se traduit par “tu” et, comme en français, est suivi d’un verbe conjugué à la deuxième personne du singulier. En portugais du Brésil, “tu” se traduit généralement par “você” et est suivi d’un verbe conjugué à la troisième personne du singulier. “Tu vas” se traduirait donc par “tu vais” en portugais européen et pas “você vai” en portugais du Brésil.

En somme, lorsque l’on me parle en portugais du Portugal, je ne comprends pas grand chose.

Exemple du coréen:

Ces réflexions m’ont poussée à m’interroger sur les difficultés que je pourrais rencontrer dans la dernière langue à laquelle j’ai entrepris de me consacrer : le coréen.

Le cas du coréen m’intéressait particulièrement car, si l’évolution respective du portugais européen et du portugais du Brésil s’est faite au fil des siècles avec la colonisation Portugaise du XVe au XXe siècles, la division de la Corée en deux pays différents ne date que de 1945. Une séparation récente donc, mais plus radicale, les échanges entre les habitants des deux pays étant depuis presque impossibles, ce qui a pu engendrer là aussi un éloignement des dialectes parlés dans le Nord et dans le Sud de la péninsule.

Déjà avant la Deuxième Guerre mondiale, le coréen comportait de nombreux dialectes, principalement en raison de la géographie montagneuse du pays qui rendait les échanges difficiles entre les populations avant l’invention des moyens de transport modernes. Le Coréen Standard parlé au Sud et le Coréen Standard du Nord sont respectivement basés sur deux dialectes appartenant tous deux au dialecte Central : le dialecte de Gyeonggi-Séoul au sud et le dialecte de Hwanghae au Nord. Ils sont donc, sur le papier, largement mutuellement intelligibles.

Dans les faits, on observe de nombreuses différences, non seulement dans le vocabulaire, mais également dans la grammaire.

Un exemple frappant de ces différences se remarque dans la présence ou l’absence de mots d’origine étrangère dans les deux dialectes, principalement en ce qui concerne les mots empruntés à l’anglais. Du fait de l’influence américaine très marquée en Corée du Sud depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, le coréen parlé au Sud en comporte de nombreux, comme 케이크 (keikeu – de “cake”) ou 아파트 (apateu – de “apartment”). Ce genre d’influence étrangère a été balayée par l’ancien dirigeant Nord-coréen Kim Il-Sung, qui imposa la création de nouveaux mots coréens afin de remplacer les mots d’origine anglaise, tels que 손전화 (sonjeonhwa, smartphone), qui remplace 핸드폰 (haendeupon – pour “hand-phone”, soit smaprtphone).

Concrètement, quels problèmes cela pose-t-il en traduction ?

En tant que traducteur.ice.s, la déontologie veut que nous ne traduisons que vers notre langue maternelle. Inutile donc de maîtriser toutes les variations grammaticales possibles de nos langues de travail. Les différences de grammaire, d’orthographe ou de vocabulaire ne posent donc pas nécessairement de difficultés tant que nous parvenons à comprendre correctement notre document source. Le principal défi réside dans les nuances historiques, politiques, les références culturelles ou encore les expressions idiomatiques. Chaque choix de traduction doit prendre en compte le contexte dans lequel il a été écrit, et ce n’est donc pas tant à la grammaire d’un dialecte particulier qu’il nous faut nous adapter, mais bien à ses locuteurs eux-mêmes.

Sources

  • Côté M.-H., Knooihuizen R., Nerbonne J., Nagy N., Ghyselen A.-S., Naya A. L., Pickl S., Mathussek A., Montemagni S., Wieling M., Brun-Trigaud G., Solliec T., Dû J. L., Bloem J., Kendall T. et al., 2016. – The future of dialects. Language Science Press doi : 10.17169/langsci.b81.78.
  • 2013. – Front Matter. Dans : The Handbook of Language Variation and Change. John Wiley & Sons, Ltd, p. i‑16. doi : 10.1002/9781118335598.fmatter.
  • Kim H.-J., 2015. – After 70 years of division, North and South Koreans losing shared language. The Globe and Mail, .
  • 2020. – The Korean Language: The Key Differences Between North and South. Legal Translations, .
  • Variações linguísticas: o que são, tipos, exemplos. Mundo Educação, https://mundoeducacao.uol.com.br/gramatica/variacoes-linguisticas.htm Consulté le 23/3/2022.
  • Smith D., 2017. – Do North and South Korea speak the same language? Yes, but not quite. The Guardian, .

Métiers de la traduction : lutter contre la sédentarité

Par Clémence Logier, étudiante M1 TSM

Nous sommes nombreux à avoir conscience de la place importante que la sédentarité représente dans nos vies quotidiennes ainsi que des risques qui en découlent, ne serait-ce que pour avoir vécu le confinement lié à la pandémie de la Covid-19 ou par le biais de la campagne « manger bouger » du gouvernement français. Mais qu’est-ce que la sédentarité ? Son étymologie vient du latin classique sedere qui signifie « être assis » ou encore, plus proche de notre sujet de réflexion, du latin impérial sedentarius qui se traduit par « travailler assis ». Il est important de préciser que lutter contre la sédentarité est différent de promouvoir l’activité physique, car il s’agit surtout de réduire le temps passé assis dans une journée. En effet, l’être humain a besoin de dépenser un minimum d’énergie de manière quotidienne, et nos ancêtres répondaient à ce besoin pour en satisfaire d’autres (notamment chasser pour manger). De nos jours, avec notre mode de vie moderne et ses multiples technologies, nous avons tendance à passer une très grande partie de notre temps en position assise ou allongée, et cela même si l’on pratique une activité physique régulière. Cette vérité s’applique aux différents domaines de notre vie, que ce soit durant les loisirs (lecture, écrans…), les temps de transports dans lesquels nous sommes souvent assis ou inactifs, et même au travail lorsque l’on exerce des métiers dits sédentaires, tels que ceux qui nécessitent de rester derrière un ordinateur. C’est le cas de la plupart des professions de la traduction, avec un facteur supplémentaire pour les indépendants qui pratiquent depuis chez eux sans avoir de trajet à effectuer vers leur lieu d’activité.

Quels sont les dangers de la sédentarité ?

Pour la plupart d’entre nous, « lutter contre la sédentarité » rime surtout avec « prévenir l’obésité », et c’est en effet en partie le cas. Mais l’inactivité présente des risques de développer également d’autres maladies chroniques telles que le diabète de type 2, certains cancers (endomètre, sein, colon), ou encore les maladies cardiovasculaires. La Fondation Cœur et Artères précise que ces dernières sont la première cause de mortalité dans le monde, et que la sédentarité fait partie des sept facteurs contre lesquels nous pouvons lutter. L’immobilité peut également provoquer des troubles musculo-squelettiques, favoriser l’hypertension, accélérer le vieillissement, tant d’un point de vue physique avec de la perte musculaire, que neurologique avec une diminution des performances cognitives, mais aussi jouer sur le bien-être. (mangerbouger.fr)

Quelles solutions ?

Tout d’abord, nous pouvons commencer par profiter du trajet entre le domicile et le lieu de travail pour mettre en pratique les conseils que nous connaissons tous comme utiliser les escaliers plutôt que les escalators ou l’ascenseur, prendre les transports en commun à la place de la voiture et rester debout le plus possible. Si l’on travaille à la maison, le temps gagné sur le trajet peut être mis à profit pour activer le corps d’une autre manière, en planifiant une séance de yoga et/ou de sport par exemple. Nous pouvons prendre régulièrement des pauses de quelques minutes toutes les heures afin de dégourdir le corps. Pour cela, la technologie, qui semblait plutôt nous desservir, peut s’avérer utile. En effet, je dispose moi-même d’une montre connectée qui m’alerte lorsque je reste trop longtemps inactive et qu’il serait bienvenu de me mouvoir ou de m’étirer. Il peut donc s’agir de s’étirer, d’aller chercher une boisson chaude (ou froide), de prendre l’air à la fenêtre ou d’aller discuter avec des collègues. Il est également possible de profiter des pauses déjeuner pour pratiquer une activité physique comme aller à la piscine ou participer aux séances de yoga parfois proposées dans les entreprises.

Il existe également divers dispositifs qui permettent d’apporter de la mobilité dans la pratique des métiers à tendance sédentaire. C’est en écoutant un podcast de Translucides animé par Orane Desnos sur un tout autre sujet que j’ai entendu parler pour la première fois des vélos de bureau. Il s’agissait de l’épisode intitulé « Isabelle Meurville : Écriture inclusive et droits humains » à la fin duquel l’invitée conseille cet outil au « tradupreneurs et tradupreneuses » pour prendre soin de leur santé pendant les heures de travail. Par la suite, j’ai eu l’occasion de tester le bureau « assis-debout » sur mon lieu de stage. Comme son nom l’indique, il permet de passer de la position assise à la position debout au besoin. Lorsque je me suis essayé au travail en position debout, j’ai très vite ressenti l’envie de marcher, ce qui a mené à une discussion avec ma tutrice de stage au sujet d’un autre instrument que je ne connaissais pas : le tapis roulant de bureau.

Ces différents « bureaux actifs » n’ont pas pour seul avantage de garder le corps en mouvement, ils procurent non seulement un sentiment de bien-être aux utilisateurs, mais auraient aussi des vertus intellectuelles. En effet, une étude du laboratoire Tech3lab de Montréal et du Price College of Business de l’Université d’Oklahoma aux États-Unis suggère que l’utilisation d’un bureau à tapis roulant améliore la concentration et la mémoire de manière différée, c’est-à-dire après la marche. Plus intéressant encore, la société Tek Active, fabricante de vélos bureaux, présente sur son site internet quatre études universitaires indiquant les bienfaits intellectuels apportés par le fait de pédaler en travaillant. Il est question d’amélioration de concentration et de raisonnement (Université d’Akron), de mémorisation (Université de Francfort), de « fonctions cognitives stimulées à long terme » (Université de Milan) et d’optimisme (Université de Clemson).

En conclusion

Lutter contre la sédentarité est plus qu’une question de surpoids, il s’agit de prolonger l’espérance de vie et d’en améliorer les conditions, tant sur le plan physique que mental. Aujourd’hui tout est mis en œuvre pour y parvenir, avec ou sans moyens financiers. Alors, prenez soin de vous ! 😉

Bibliographie

Bouger M. « Réduire le temps passé assis ». In : Manger Bouger [En ligne]. [s.l.] : [s.n.], [s.d.]. Disponible sur : < https://www.mangerbouger.fr/l-essentiel/les-recommandations-sur-l-alimentation-l-activite-physique-et-la-sedentarite/reduire/reduire-le-temps-passe-assis > (consulté le 8 juin 2022)

Étymologie de « sédentaire ». Antidote.

Grosclaude M. « Les bienfaits de l’activité physique (et/ou les méfaits de la sédentarité) ». Revue Médicale Suisse. 2010. p. 4.

« Accueil ». In : Fondation Coeur et Artères [En ligne]. [s.l.] : [s.n.], [s.d.]. Disponible sur : < https://www.fondacoeur.com/ > (consulté le 8 juin 2022)

Orane Desnos. Isabelle Meurville : Ecritures inclusives et droits humains.

Bonafede L. Discussion informelle. avril 2022.

« Les bienfaits du vélo bureau : pédaler en étudiant aide à canaliser son attention ! ». In : Formations Réussirmavie et Méthodo Campus [En ligne]. [s.l.] : [s.n.], 2017. Disponible sur : < https://www.methodocampus.com/article/les-bienfaits-du-velo-bureau-pedaler-aide-a-se-concentrer/ > (consulté le 9 juin 2022)

Torbeyns T., De Geus B., Bailey S., Decroix L., Meeusen R. « The potential of bike desks to reduce sedentary time in the office: a mixed-method study ». Public Health [En ligne]. 1 mars 2017. Vol. 144, p. 16‑22. Disponible sur : < https://doi.org/10.1016/j.puhe.2016.11.006 >

Labonté-LeMoyne É., Santhanam R., Léger P.-M., Courtemanche F., Fredette M., Sénécal S. « The delayed effect of treadmill desk usage on recall and attention ». Computers in Human Behavior [En ligne]. 1 mai 2015. Vol. 46, p. 1‑5. Disponible sur : < https://doi.org/10.1016/j.chb.2014.12.054 >

« Transformer le mobilier de bureau classique en mobilier actif ». In : Velo-bureau [En ligne]. [s.l.] : [s.n.], 2021. Disponible sur : < https://www.velo-bureau.fr/investissez_dans_du_mobilier_actif_pour_une_plus_grande_rentabilite/ > (consulté le 10 juin 2022)

Torbeyns T., Geus B. De, Bailey S., Pauw K. D., Decroix L., Cutsem J. V., Meeusen R. « Cycling on a Bike Desk Positively Influences Cognitive Performance ». PLOS ONE [En ligne]. 2 novembre 2016. Vol. 11, n°11, p. e0165510. Disponible sur : < https://doi.org/10.1371/journal.pone.0165510 >

Pilcher J. J., Baker V. C. « Task Performance and Meta-Cognitive Outcomes When Using Activity Workstations and Traditional Desks ». Frontiers in Psychology [En ligne]. 2016. Vol. 7,. Disponible sur : < https://www.frontiersin.org/article/10.3389/fpsyg.2016.00957 > (consulté le 10 juin 2022)

Liu F., Sulpizio S., Kornpetpanee S., Job R. « It takes biking to learn: Physical activity improves learning a second language. » PLOS ONE [En ligne]. 18 mai 2017. Vol. 12, n°5, p. e0177624. Disponible sur : < https://doi.org/10.1371/journal.pone.0177624 >

Le taux de foisonnement : quels problèmes pose-t-il et comment y remédier ?

Par Romain Guyot, étudiant M1 TSM

Tout d’abord, le taux de foisonnement, c’est quoi ? On entendra également parler de « coefficient de foisonnement ». C’est une notion avec laquelle les traducteurs sont très familiers. Il s’agit du pourcentage d’augmentation (ou de réduction) du nombre de mots après le processus de traduction. Comme vous le savez sûrement, dans la grande majorité des cas, un texte au contenu identique s’avère être plus long en français qu’en anglais. C’est un phénomène qu’il est difficile de contrer lorsque l’on traduit, et parfois, ce n’est pas sans poser souci ! Dans ce billet, je vais donc vous montrer les problèmes liés au taux de foisonnement et je tenterai de vous donner quelques astuces pour y remédier.

À quoi le phénomène est-il dû ?

Prenons l’exemple de l’anglais et de l’allemand, qui sont deux langues que je pratique. Lorsque l’on traduit depuis ces langues vers le français, le taux de foisonnement est, la plupart du temps, positif. Autrement dit, le français est plus long. Cela s’explique par le fait que l’anglais et l’allemand sont des langues d’origine germanique. Par définition, elles sont donc concises et permettent l’usage de structures impossibles à former en français. Elles présentent notamment d’importantes similitudes sur le plan syntaxique. En effet, la langue française, d’origine romane, se construit différemment. Ainsi, un francophone aura besoin de plus de mots qu’un anglophone ou un germanophone pour exprimer une même idée. J’ai tenté de dénicher pour vous quelques exemples concrets pour illustrer mes propos.

Bien sûr, il s’agit là d’une liste non exhaustive. L’objectif est simplement de vous montrer que l’allemand et l’anglais ont tendance à être des langues plus compactes que le français. J’ai volontairement choisi des structures composées, qui sont des structures largement utilisées en anglais et en allemand. De l’autre côté, on voit qu’en français, il est nécessaire d’avoir recours à des prépositions telles que « à » ou « de ». Ici, la différence n’est que de quelques caractères, mais lorsqu’il s’agit de textes de plusieurs milliers de mots, l’écart finit par se creuser de manière non négligeable. Comme vous pouvez vous en douter, l’anglais et l’allemand ne sont pas les seules langues à poser ce problème dans le cas de traductions vers le français. J’ai donc tenté de dénicher les taux de foisonnement fréquemment observés en fonction de différentes langues sources. Voici, en règle générale, les résultats auxquels on peut s’attendre :

Attention, ces chiffres ne sont que des estimations et le taux de foisonnement pourra également varier selon les domaines. En effet, les taux de foisonnement observés en traduction littéraire, scientifique, économique, ou encore technique ne sont pas les mêmes. Il est finalement assez difficile de faire des prédictions à ce sujet, et les résultats peuvent parfois être surprenants. D’ailleurs, je vous invite à consulter cet autre billet de blog qui traite également de la question. Vous verrez notamment que, dans certains cas, le taux de foisonnement peut tout aussi bien être positif lorsque l’on passe du français à l’anglais. Ce n’est bien sûr pas le résultat auquel on pourrait s’attendre lorsque l’on s’attarde sur ce tableau.

Finalement, quels problèmes peut poser un taux de foisonnement positif ?

Après tout, on pourrait simplement se dire que ce n’est pas grave et que notre texte d’arrivée sera simplement plus long que notre texte de départ, mais cela va beaucoup plus loin… En effet, la qualité de la langue n’est pas la seule chose qui compte aux yeux de vos clients. La plupart du temps, il leur importe également de retrouver leurs documents traduits dans leur mise en page d’origine. Vous voyez où je veux en venir ? Lorsqu’il s’agit de documents texte (de type Word) à la mise en page simple, nous serons tous d’accord pour dire que le taux de foisonnement ne pose pas de problèmes majeurs. Si votre client ne vous donne aucune consigne particulière concernant la longueur du texte, vous pouvez tout à fait vous permettre de lui rendre un document cible comprenant une ou plusieurs pages supplémentaires.

Les choses se compliquent lorsqu’il s’agit de projets à la mise en page plus complexe. J’ai bien sûr nommé les présentations de type Powerpoint, les brochures, les publicités, ou encore les sites Web. Comme vous pouvez vous en douter, après traduction, il arrive fréquemment que le texte ne rentre plus dans les zones prévues à cet effet. Plusieurs solutions sont alors envisageables pour pallier le problème. Si votre traduction n’est que légèrement plus longue que le texte original, vous pouvez tout simplement tenter de modifier légèrement la taille de la police ou de déplacer certains éléments de quelques centimètres (si votre client vous y autorise, bien entendu). Dans ce cas, veillez tout de même à conserver une mise en page conforme au document original ! Vous pouvez aussi opter pour une autre traduction, plus concise. Vous risquez cependant de perdre en qualité. Si aucune solution ne s’offre à vous et que cela dépasse vos compétences, faites le savoir au chef de projet. Il ou elle pourra demander de l’aide à un graphiste, par exemple. C’est une solution comme une autre, mais il est important de garder en tête qu’elle allongera possiblement le délai de livraison et fera augmenter les coûts ; tout dépendra de l’ampleur de la tâche à réaliser. Même si chaque problème trouve sa solution, il existe un bon moyen de limiter les soucis de mise en page liés au taux de foisonnement : « éduquer » les clients. En effet, ces derniers n’ont pas forcément conscience de ce phénomène et n’en tiennent donc pas compte lors de la création de leurs contenus. Les zones de texte sont donc souvent prévues pour accueillir le texte original, mais pas une traduction potentiellement plus longue. Leur faire comprendre l’intérêt de créer des documents à la mise en page plus flexible peut s’avérer être un bon point de départ pour éviter d’avoir à se transformer en graphiste.

En traduction de jeux vidéo ou audiovisuelle, le taux de foisonnement est également l’ennemi juré des traducteurs. En effet, les traducteurs spécialisés dans ces secteurs sont tenus de respecter des limites de caractères. En traduction de jeux vidéo, cela s’explique par le fait que les développeurs vont devoir incruster le texte traduit à des endroits bien précis du jeu. Pour des raisons esthétiques, il est évidemment préférable que le texte soit ajusté. Aussi, le confort du joueur est très important. Il doit pouvoir distinguer les différentes commandes du jeu et lire les éventuels dialogues avec aisance. En traduction audiovisuelle, et plus particulièrement en traduction de sous-titres, c’est également le confort du lecteur que l’on va mettre en péril si l’on ne respecte pas les limites de caractères imposées. Pour vous donner une idée, parlons un peu des métriques : un lecteur moyen lit 12 caractères par seconde, espaces comprises. De plus, il est préférable qu’une ligne de sous-titres ne dépasse pas les 35-40 caractères. En fonction de la durée de la réplique, il sera donc demandé au traducteur de ne pas dépasser un certain nombre de caractères. Nous l’avons constaté, en traduisant vers une langue telle que le français, il y a de fortes chances pour que cette limite soit dépassée… Alors, que faire ? C’est le moment pour le traducteur de mobiliser ses compétences linguistiques pour alléger son texte, sans perdre d’éléments de sens ! Même s’il est parfois nécessaire de se creuser les méninges pendant de longues minutes avant de trouver la traduction qui paraisse la plus appropriée, des solutions existent. Dans les cas les plus simples, opter pour un synonyme ou modifier légèrement une tournure peut suffire à respecter la limite de caractères. Lorsqu’il devient inévitable de supprimer des mots, il est alors préférable de commencer par les synonymes. En effet, dans la plupart des cas, ce ne sont pas des éléments essentiels à la compréhension. Aussi, il peut être utile de se fier aux images qui apparaissent à l’écran en même temps que le texte, car elles sont susceptibles d’apporter du contexte. Il devient alors possible de supprimer des mots sans pour autant perdre le lecteur. Les traducteurs de sous-titres peuvent s’aider de la vidéo, qui leur est normalement fournie. En traduction de jeux vidéo, il est toujours envisageable de demander des captures d’écran du jeu au client.

Le taux de foisonnement, c’est donc un phénomène naturel qui s’explique par les origines et les constructions de chaque langue. Certains avancent même que c’est le processus de traduction lui-même qui favoriserait le phénomène. Quoi qu’il en soit, comme nous l’avons vu, cela pose parfois de sérieux problèmes. Or, qu’elles soient simples, complexes, coûteuses, ou encore chronophages, des solutions existent. Certains traducteurs en quête de challenge chercheront à proposer la traduction la plus courte possible tandis que d’autres seront frustrés à l’idée de ne pas pouvoir proposer leur meilleure traduction à cause d’une limite de caractères ou parce que cela débouche sur de gros soucis de mise en page. Quoi qu’il en soit, le taux de foisonnement est une règle du jeu et chacun doit trouver son moyen de le faire passer inaperçu. Des solutions, il y en a à foison !

Bibliographie :

Aubert J.-P., Marti M., De Nice U. « Quelques conseils pour le sous-titrage ».

Cochrane G. « Le foisonnement, phénomène complexe ». ttr [En ligne]. 23 février 2007. Vol. 8, n°2. Disponible sur : < https://doi.org/10.7202/037222ar >

Durieux C. « Le foisonnement en traduction technique d’anglais en français ». meta [En ligne]. 1990. Vol. 35, n°1. Disponible sur : < https://doi.org/10.7202/002689ar >

Ishida R. « La taille des textes dans les traductions ». [s.l.] : [s.n.], [s.d.]. Disponible sur : < https://www.w3.org/International/articles/article-text-size.fr > (consulté le 23 mai 2022)

Laget L. « Des mots à foison ». In : Laurent Laget [En ligne]. [s.l.] : [s.n.], 2009. Disponible sur : < https://www.anothertranslator.eu/des-mots-a-foison/ > (consulté le 23 mai 2022)

Malblanc Alfred. Stylistique comparée du français et de l’allemand: essai de représentation linguistique comparée et étude de traduction. 5e édition revue. Paris : Didier, 1968. 353 p. (Bibliothèque de stylistique comparée). ISBN : 978-2-278-00570-3.

Rouleaum. Stylist. comparée 12- Foisonnement [En ligne]. La langue française et ses caprices. 7 avril 2014. Disponible sur : < https://rouleaum.wordpress.com/2014/04/07/stylist-comparee-12-foisonnement/ > (consulté le 27 mai 2022)

Vinay Jean-Paul, Darbelnet Jean. Stylistique comparée du français et de l’anglais : méthode de traduction. Nouvelle édition revue et corrigée. Paris : Didier, 1960. 331 p. (Bibliothèque de stylistique comparée). ISBN : 978-2-278-00894-0.

Langue : quel est le coefficient de foisonnement d’une traduction de l’arabe vers le français ? [En ligne]. Eurêkoi. 15 février 2020. Disponible sur : < https://www.eurekoi.org/langue-quel-est-le-coefficient-de-foisonnement-dune-traduction-de-larabe-vers-le-francais/ > (consulté le 1 juin 2022)

Qu’est-ce que le foisonnement et pourquoi faut-il en tenir compte ? [En ligne]. Scriptis. 26 avril 2021. Disponible sur : < https://scriptis.com/fr/foisonnement/ > (consulté le 28 mai 2022)

Taux de foisonnement en traduction [En ligne]. Agence de traduction Lyon Version internationale. 24 juin 2018. Disponible sur : < https://www.versioninternationale.com/taux-de-foisonnement-en-traduction/ > (consulté le 30 mai 2022)

« Traduction et mise en page | Over the Word : Agence de traduction Lyon ». [s.l.] : [s.n.], [s.d.]. Disponible sur : < https://overtheword.com/traduction-et-mise-en-page-une-liaison-dangereuse/ > (consulté le 31 mai 2022)

Comment éviter les mauvaises traductions ?

Par Tifanny Cattez, étudiante M1 TSM

L’objectif premier d’une traduction étant bien souvent d’être invisible, de façon à ce que le lecteur ne se doute de rien, dès lors qu’une erreur apparaît, elle peut alors facilement passer à la trappe, et de ce fait, avoir des conséquences plus ou moins dramatiques selon la gravité de l’erreur et le domaine de traduction. Au cours de l’histoire on a d’ailleurs pu voir que certaines mauvaises traductions avaient eu de terribles répercussions (ma collègue Audrey Duchesne en a d’ailleurs traité quelques-unes en 2017, dans son billet de blog : ces erreurs de traduction qui ont (dé)fait l’Histoire).

Tous les traducteurs commettent des erreurs au cours de leur carrière, en particulier à leurs débuts, mais même après, et si cela peut en effrayer plus d’un, ces erreurs permettent généralement au traducteur d’apprendre et de s’améliorer. On peut alors s’interroger sur la cause de mauvaises traductions, qui peuvent être bien plus nombreuses que l’on ne le pense.

La spécialisation du traducteur

Tout d’abord, la traduction est présente partout autour de nous. On la retrouve dans les notices de nos appareils, dans les livres et les articles que l’on lit, dans des rapports très pointus ou encore sur nos réseaux sociaux.
Ainsi, si le champ des possibilités est assez large, chaque secteur dispose de ses propres caractéristiques et traduire un rapport financier n’aura rien à voir avec la traduction d’une brochure touristique. C’est pour cette raison que la plupart des traducteurs se spécialisent souvent dans un ou plusieurs domaines en particulier. En effet, la spécialisation permet d’acquérir de solides connaissances et d’avoir plus de facilité à traiter des projets assez complexes. Le traducteur spécialisé aura ainsi moins de chances de commettre des erreurs notamment liées à la terminologie, qui est souvent subtile et pointilleuse. Le vocabulaire médical par exemple regorge de termes et d’expressions complexes, et il est facile de proposer une mauvaise traduction lorsque l’on ne dispose pas de suffisamment d’expertise. Il en va de même pour tous les secteurs, même les plus petits et les plus méconnus, qui possèdent leur propre terminologie et où les erreurs sont souvent la conséquence de l’ignorance du traducteur. Le traducteur spécialisé sera moins enclin à commettre des erreurs car au fil de l’expérience et du temps, il accumulera des connaissances concernant son domaine, qui lui offriront un solide bagage pour améliorer sa productivité et avoir plus de facilité à traduire des sujets complexes, qui seraient complètement obscurs pour un traducteur novice dans le secteur, qui devra faire de nombreuses recherches très chronophages, sans aboutir à la fluidité et à la fidélité d’un spécialiste.

La communication avec le client

Parfois, vouloir respecter religieusement les souhaits de son client peut également amener à des soucis de traduction. Si, en théorie ce sont les consignes du client qui doivent primer la plupart du temps, c’est un peu plus complexe dans la pratique. Comme les professionnels ont l’habitude de le dire, il faut bien souvent « éduquer le client ». En effet, ceux qui ne sont pas familiers avec la traduction peuvent être très vagues sur l’objectif de leur projet ou au contraire fournir une foule de consignes parfois impossible à respecter. Il est donc nécessaire de bien communiquer avec le client, toujours dans la plus grande bienveillance pour demander des informations supplémentaires ou pour expliquer l’impossibilité de suivre certaines instructions pour le bon déroulement du projet. Le client préfèrera bien souvent un traducteur qui remet en question certaines de ses directives et qui n’hésite pas à échanger au besoin, qu’un autre qui se contentera de traduire avec les données qu’il dispose sans jamais rien contester, et qui livrera un travail ne correspondant pas du tout aux attentes réelles de son client et où les erreurs peuvent être nombreuses.

Se conformer absolument au glossaire fourni en est d’ailleurs un exemple concret. Même s’il est d’une aide précieuse pour le traducteur, ce dernier peut tout autant se révéler problématique dans certains cas. En effet, il sera parfois impossible ou étrange de traduire par le terme imposé car s’y plier n’aura pour effet que de provoquer l’incompréhension voire une réelle méprise. C’est pourquoi en tant que professionnel il est de notre devoir d’aller parfois à l’encontre des consignes, toujours en argumentant et en défendant les choix effectués. Si malgré tout le client n’accepte pas les changements, le traducteur devra s’y soumettre, mais au moins il l’aura prévenu des risques, même si le résultat peut parfois faire grincer des dents et présenter quelques incohérences. Les désirs du client peuvent donc être à l’origine de traductions pas entièrement satisfaisantes pour le professionnel, même si son rôle ne consiste pas à suivre aveuglément les consignes, mais à se poser des questions, à s’interroger sur l’objectif de la traduction et la cible visée, afin de déterminer si les consignes sont en adéquation avec ces critères.

Savoir utiliser la traduction automatique

De même, en ce qui concerne les erreurs de traduction, la traduction automatique (sans aucune intervention humaine ultérieure) triomphe haut la main. En dépit du fait que les traducteurs en ligne ont désormais une importance notable dans le milieu de la traduction, ils doivent être utilisés avec précaution au risque d’aboutir à des absurdités. En effet, qui n’est pas déjà tombé sur une phrase qui semblait faire tache dans son contexte, ou sur un terme qui détonnait avec le sens de la phrase. Un mot pouvant avoir plusieurs traductions possibles et le traducteur automatique ne prenant pas en compte le contexte de la phrase, un faux-sens peut vite arriver. Par exemple, sur les réseaux sociaux on a pu apprécier des traductions assez loufoques comme celle de « François Hollande » par « François Pays-Bas ». Et si certaines erreurs peuvent faire sourire, d’autres peuvent être lourdes de conséquences comme en 2008 où le groupe bancaire HSBC avait choisi comme slogan de sa nouvelle campagne publicitaire « Assume Nothing », signifiant « ne supposez rien ». Toutefois, dans certains pays la formule avait été transformée en « Do Nothing », littéralement « ne faites rien ». Moins vendeur en effet, et cette erreur a coûté pas moins de 10 millions de dollars à l’entreprise.
Néanmoins, le recours à la traduction automatique n’est pas forcément à proscrire tout le temps, elle peut même très bien fonctionner pour certains projets, à condition d’y trouver derrière un traducteur professionnel qui pourra vérifier l’exactitude de la traduction et corriger les fautes les plus importantes. À l’inverse, la traduction automatique sera à bannir pour des documents très spécialisés, nécessitant une terminologie et une phraséologie pointues, que la machine ne sera pas en mesure de fournir.

En conclusion, la traduction est un domaine bien plus complexe et plus vaste qu’il n’y paraît au premier abord. Il ne suffit pas d’être bilingue pour être en mesure d’être un bon traducteur. Il faut avant tout connaître son sujet, savoir analyser son projet et communiquer efficacement avec ses clients, se remettre très souvent en question, avoir une bonne utilisation des outils informatiques, et j’en passe. C’est pourquoi, aujourd’hui à l’heure où la traduction n’est toujours pas une profession règlementée et où quiconque peut se décréter traducteur, il est important de faire appel à un traducteur professionnel et qualifié, pour s’assurer d’obtenir une traduction de qualité et sérieuse qui satisfera toutes les parties.

Bibliographie

Barège, Thomas, Cristina Castellani, Laurence Chamlou, Asma Mejri Chaudey, Isabelle Chauveau, Isabelle Collombat, Laurence Denooz, et al. L’erreur culturelle en traduction. Presses universitaires du Septentrion, 2020. https://doi.org/10.4000/books.septentrion.88293.

« Erreur de traduction : 10 fautes qui ont coûté de l’argent ! | Beelingwa – société de traduction basé à Bruxelles ». Consulté le 29 avril 2022. https://beelingwa.com/fr/blog/erreur-de-traduction-10-exemples.

Cultures Connection. « Les erreurs de traduction automatique », 12 août 2016. https://culturesconnection.com/fr/les-erreurs-de-traduction-automatique/.

Les abréviations et le franglais dans le monde « corporate » : le langage de demain ?

Par Alysée Baudin, étudiante M1 TSM

« On se fait une conf call ASAP » ; « EOB pour la deadline » : voilà des expressions que vous avez peut-être déjà entendues ou que vous utilisez peut-être vous-même. Si c’est le cas, c’est très probablement dans le cadre du travail en entreprise, dans le cadre d’un travail « corporate ». Mais savez-vous d’où viennent ses abréviations et pourquoi elles sont utilisées ?

Les langues sont, et ont toujours été, en constante évolution : les langues anciennes comme le latin ou le grec se sont transformées aux cours des siècles pour finalement faire place au français, pour le latin, et au grec dit moderne, pour le grec ancien. S’il n’est donc pas anormal que les langues changent, de nos jours la langue française continue son évolution, mais d’une toute autre manière : elle emprunte des mots à d’autres langues, et notamment à la langue anglaise. Ainsi, des mots comme « parking », « week-end » ou même « sandwich » sont aujourd’hui totalement entrés dans la langue française et ne nous apparaissent plus comme des mots étrangers. D’abord utilisés dans le langage quotidien, certains écrivains s’en emparent et les rendent populaires, la population reprend alors ses mots ou expressions qui font finalement leur entrée dans le dictionnaire. C’est par exemple le cas pour le mot « spleen », largement popularisé par le poète Baudelaire et son recueil Spleen de Paris ainsi que son poème « le Spleen ». Ce mot emprunté à l’anglais se retrouve même de nos jours souvent qualifié comme « spleen baudelairien », une belle preuve qu’en effet, un mot étranger peut prendre une place très importante dans une autre langue. Le « franglais » donc, n’est pas nouveau. Et son utilisation n’est pas incohérente avec l’évolution de la langue. Si ce sujet vous intéresse et que vous souhaitez en savoir plus sur le franglais, son utilisation, et toute la mécanique derrière je vous conseille le billet de blog de Tiffany Desmaret qui s’intitule : Le franglais : menace ou opportunité ?.

Le « corporate », qu’est-ce que c’est ?

Aujourd’hui nous allons, pour notre part, nous intéresser à l’utilisation d’un franglais bien particulier qu’il faut distinguer des mots aujourd’hui bien intégrés dans la langue française : celui de l’entreprenariat, c’est-à-dire le franglais « corporate ». Pour comprendre l’utilisation de ce franglais, il faut comprendre ce que c’est qu’être « corporate ». Littéralement, le mot « corporate » signifie « de l’entreprise », il englobe donc tout ce qui se rapproche de près ou de loin au monde de l’entreprise. De nos jours, ce mot contient une autre connotation : elle fait référence à un certain état d’esprit, celui d’avoir le sentiment d’appartenir à une grande équipe de travail, à une entreprise. C’est donc un peu à l’américaine que ce mot est entré dans le langage français : un dynamisme qui se veut tourné vers l’avenir pour accomplir les objectifs de l’entreprise et de ses salariés. Quoi de plus dynamique et « corporate » donc que d’utiliser des abréviations ? Eh bien, utiliser des abréviations anglaises ! Aussi, il est devenu courant dans les entreprises d’utiliser des abréviations anglaises, que ce soit par mail, par téléphone ou même de vive voix, pour communiquer entre collègues. En effet, bien que des expressions anglaises aient déjà pris place dans la langue française comme le mot « business » ou même « job », les abréviations anglaises, elles, ne sont apparues dans la langue française qu’assez récemment. C’est surtout dans les années 2010 qu’elles sont apparues, et après 2015 qu’elles se sont vraiment imposées dans le monde « corporate », avec l’évolution de l’internationalisation des entreprises et des flux d’informations.

Les craintes liées au franglais « corporate » : comment comprendre l’évolution de la langue ?

Force est de constater que cette utilisation du franglais se fait de plus en plus importante, et est souvent critiquée. En effet, certaines personnes sont contre cette utilisation qu’ils qualifient « d’excessive » des termes et abréviations anglaises. Pourquoi ? Peut-être par peur de voir l’anglais prendre le dessus sur le français ? C’est ce que Paul Bogaards essaye de comprendre dans son ouvrage On ne parle pas franglais publié en 2008. Il explique que cette peur vient certainement du fait que le franglais semble se démocratiser et donc devenir une langue à part entière. Ce qui n’est finalement pas fondé puisque, s’il est vrai que le latin a remplacé les dialectes gaulois, c’était surtout pour une question d’évolution entre les différents pays gréco-latins et la Gaule, or, la différence d’évolution entre les pays anglo-saxons et la France n’est pas aussi importante. Ainsi, il dit : « Aussi n’est-il pas surprenant de pouvoir constater […] que le franglais se manifeste surtout dans la partie la plus perméable et la moins structurée de la langue : le lexique. […] s’il fallait décrire le franglais comme une langue, il s’agirait d’une langue sans syntaxe, ce qui constitue manifestement une contradiction ».

Et en effet, c’est le cas ici : le franglais corporate se retrouve surtout dans les abréviations et les expressions, mais se trouve toujours entouré de français. Ainsi, ces mots ne sont que du vocabulaire, et les phrases ne se forment pas autour de ceux-là. Le franglais corporate n’est donc pas une langue à part entière, mais bien un simple mélange de deux langues que les employés corporate aiment employer par soucis de popularité, ou d’utilisation plus régulière avec l’importante internationalisation des entreprises. En effet, c’est peut-être plus par la domination de la langue anglaise dans le monde de l’entreprise et du travail que le franglais gagne sur le français que par sa domination culturelle que le franglais gagne sur le français dans le monde du travail. Que ce soit dans la finance, dans l’économie, ou dans la communication, l’anglais domine dans les conversations, même s’il ne fait pas toujours l’unanimité. En effet, certaines personnes estiment que l’utilisation d’abréviation comme « ASAP » ou « BRB » n’est pas naturelle en France et qu’il existe des abréviations françaises qu’il est possible d’utiliser, donc pourquoi continuer à utiliser les expressions anglaises ?

Ainsi, en 1994 le ministre de la Culture Jacques Toubon instaure « la loi relative à l’emploi de la langue française », plus connue sous le nom de Loi Toubon. Cette loi se veut protectrice de la langue française en entreprise et donc de la langue française comme « langue de la République ». Aussi, cette loi demande aux chefs d’entreprises de transmettre des documents en français à leurs salariés et au minimum de toujours traduire les textes dans deux langues et non pas seulement en anglais. Cette loi, dans la forme, fait donc en sorte d’obliger les salariés et les patrons à parler en français et donc d’abandonner l’utilisation du « franglais ». Cependant, la langue anglaise est toujours bien présente, et son utilisation de plus en plus importante, surtout dans les professions de la mondialisation et de l’internationalisation. Cette loi est donc la preuve qu’il existe un refus très important du franglais par beaucoup, mais que pourtant celui-ci arrive toujours à se trouver une place. Bien sûr, toutes les entreprises n’utilisent pas le franglais, et cette utilisation se limite toujours à une utilisation entre collègues dans les échanges et non pas dans les documents officiels ou durant les réunions.

Comment être l’employé corporate parfait ?

Alors, si pour vous le franglais « corporate » est encore un mystère, voici une liste (non-exhaustive) des abréviations anglaises à connaître absolument pour être le parfait employé corporate :

ASAP : c’est l’abréviation de l’expression “as soon as possible”, qui signifie « dès que possible », « dans les plus brefs délais ». Il s’utilise beaucoup à la fin de mail par exemple pour exprimer le besoin d’obtenir une réponse rapidement.

AKA : c’est l’abréviation de “also known as”, qui signifie “également connu sous le nom ». Son synonyme français pourrait être « alias ».  

BTW : c’est l’abréviation de “by the way”, qui signifie « soit dit en passant ».

FYI : c’est l’abréviation de “for your information », qui signifie « pour votre information/gouverne ». Ce terme n’a pas la même connotation un peu passive-agressive qu’en français. Vous pouvez par exemple l’utiliser pour dire quelque chose à un collègue alors que vous ne faites que passer : « FIY je pars à 17h ce soir »

EOD : c’est l’abréviation de “end of the day” qui signifie « à la fin de la journée ». Cette abréviation s’utilise toujours pour exprimer une « deadline » à un collègue : « j’ai besoin de ce doc EOD ».

EOB : c’est l’abréviation de « end of business day », qui signifie “à la fin de la journée ouvrable ». Comme pour EOD, elle est utilisée pour exprimer une deadline par exemple : « c’est pour le 27 octobre EOB », c’est-à-dire vers 18h.

TBC : c’est l’abréviation de « to be confirmed » qui signifie « à confirmer », qu’on peut par exemple utiliser pour une prise de rendez-vous : « RDV à 15h avec M. X ? » « TBC ».

WIP : c’est l’abréviation de “work in progress”, qui signifie « travail en cours », surtout utilisé dans le contexte d’une « to-do-list » ou dans un rapport de mission.

CONF-CALL : c’est l’abréviation de “conference-call” qui signifie « conférence téléphonique ».

RSVP : c’est l’abréviation de « répondez s’il vous plait », celle-ci est un peu particulière puisqu’elle vient du français, mais elle est très utilisée par les anglophones, alors peut-on aussi parler de franglais inversé ?

Et vous, qu’en pensez-vous ? Vous êtes plutôt « répondez ASAP » ou « RSVP » ?

Bibliographie :

OUVRAGES :

  • Bogaards P. On ne parle pas franglais. La langue française face à l’anglais [En ligne]. Louvain-la-Neuve : De Boeck Supérieur, 2008. 208 p.(Entre guillemets). Disponible sur : https://www.cairn.info/on-ne-parle-pas-franglais–9782801114179.htm ISBN : 978-2-8011-1417-9.
  • Gilder A. En vrai français dans le texte : dictionnaire franglais-français. Paris : Le Cherche-Midi, 1999. 371 p. ISBN : 978-2-86274-663-0.

SITES WEB :

ARTICLES DE PERIODIQUE :

BILLETS DU BLOG TSM QUE JE CITE DANS L’ARTICLE :

Comment bien utiliser la traduction automatique ?

Par Yohann Tsangue, étudiant M1 TSM

Inutile de se cacher, en 2022, et depuis de nombreuses années déjà, l’utilisation de la traduction automatique s’est démocratisée. Que ce soit pour traduire un tweet dans une langue que l’on ne maîtrise pas à l’aide d’un simple bouton, ou bien pour chercher la traduction d’un simple mot, tout le monde a déjà fait usage d’un outil de traduction automatique.

Mais c’est bien connu, cette technologie reste imparfaite malgré ses progrès ces dernières années. Avant que je ne vous donne quelques conseils pour exploiter au mieux cette technologie, laissez-moi faire un petit historique des technologies de traduction automatique.

La Rule-Based Machine Translation (RBMT)

Comme son nom l’indique, cette technique s’appuie sur un ensemble de règles linguistiques, ainsi qu’un dictionnaire. Apparue au début des années 1970, elle fut la première méthode de traduction automatique. Le processus de traduction de la machine se fait en trois étapes.  Pour plus d’informations sur l’évolution de la traduction automatique avant les années 1970, je vous invite à cliquer juste ici.

L’analyse : la machine examine la phrase source et produit une analyse syntaxique de cette dernière, sous la forme d’un arbre syntaxique.

Le transfert :  l’arbre syntaxique de la langue source est converti dans la langue cible.

La sortie : l’arbre syntaxique de la langue cible est converti en une phrase en langue cible.

Pour chaque paire de langue, cet algorithme est utilisé avec un dictionnaire qui contient des mots et des phrases avec des informations grammaticales détaillées, telles que la classe grammaticale d’un mot.

Lors de la traduction, pour chaque phrase source, la machine va étiqueter tous les mots, c’est-à-dire leur associer la classe grammaticale correspondante et les règles auxquels ils obéissent (ex : sujet, verbe, doit s’accorder ou pas en genre et en nombre, etc.). La machine va ensuite chercher la traduction de tous les mots étiquetés qui seront placés dans le bon ordre grâce à l’arbre syntaxique cible généré par la machine.

Cette technique présente certains avantages, elle permet un haut niveau de contrôle de la terminologie et des règles grammaticales.

Cependant, elle est très chronophage car il faut établir un ensemble de règles et un dictionnaire pour chaque paire de langue. Étant donné qu’il existe environ 6 000 langues vivantes sur Terre, il y a encore beaucoup de chemin à faire ! De plus, certaines règles grammaticales s’appliquent seulement dans certains contextes, tandis que d’autres sont ambigües. Bien que les phrases générées soient toujours grammaticalement correctes, elles peuvent manquer de fluidité.

Statistical Machine Translation (SMT)

Cette approche consiste en l’analyse statistique d’un volume important de données déjà traduites. Voici son fonctionnement : une base de données de segments alignés (phrases sources avec leurs traductions en langue cible) sert d’entrée à un système d’apprentissage statistique. La machine apprend à traduire en se basant sur les relations statistiques entre les données sources et cibles. Cette base de données, que l’on peut appeler corpus bilingue, peut contenir des millions de mots traduits. En analysant ce corpus, la machine établit la traduction la plus probable pour un segment donné, c’est-à-dire celle qui revient le plus souvent dans le corpus. Par exemple, dans un corpus de langue générale d’anglais vers le français le mot “power” est plus souvent traduit par “pouvoir” que par “électricité”.

Cette analyse statistique marche pour l’aspect terminologique mais aussi pour la grammaire, la machine déduit également l’ordre des mots le plus probable dans la langue cible grâce aux données. La qualité de la traduction dépend donc de la qualité du corpus (pas forcément de sa taille) et du niveau d’entraînement de la machine d’apprentissage.

Contrairement à la RBMT, il n’y pas besoin d’analyser grammaticalement les phrases sources à l’aide d’arbres syntaxiques, les phrases sources sont découpées en segments et la machine utilise les données statistiques sur la probabilité d’une traduction et l’ordre des mots pour déterminer le meilleur candidat pour la sortie de la traduction.

Cette méthode produit des phrases fluides et relativement sensibles au contexte. Cependant, elle requiert des larges bases de données et offre peu de contrôle sur la terminologie.

La traduction neuronale

La traduction neuronale est la plus récente des méthodes de traduction automatique. Elle utilise l’intelligence artificielle et un réseau de neurones artificiels qui sont associés à des outils sophistiqués. Elle est capable de comprendre les mots mieux que les technologies précédentes, en les replaçant dans leur contexte afin de choisir le sens correct. La marge d’erreur est réduite car la traduction neuronale apprend en continu de ses erreurs. Et ce, dans un laps de temps relativement court.

On peut voir que l’outil de Google s’est amélioré en l’espace de quelques années. Dans sa vidéo de 2016 sur Google traduction, le youtubeur Linguisticae montre les limites de l’outil face à la phrase ambigüe suivante : “Do British people drive on the right side?”. L’ambiguïté porte sur “right side” qui peut autant vouloir dire “côté droit” que “bon côté”. Au moment de la sortie de la vidéo, Google proposait comme unique traduction “Les gens britanniques en voiture sur le côté droit ?”, cette confusion liée à l’ambiguïté de la phrase donne un résultant peu satisfaisant. Mais aujourd’hui l’outil a évolué, pour ce même exemple il propose deux possibilités de traduction.

Cela ne résout toujours pas l’ambiguïté de la phrase mais c’est un bon début. DeepL fait mieux et propose plusieurs traductions possibles en cliquant sur un mot, ce qui va affecter le reste de la phrase.

En cliquant sur “côté” une liste apparaît et propose d’autres traductions de ce mot, lorsque l’on clique sur une de ces propositions, l’outil va automatiquement changer le reste de la phrase pour garder un résultat cohérent (ici en supprimant le mot “droit”).

Toutefois ce système n’est pas infaillible et peut présenter des problèmes de confidentialité. À moins de payer un abonnement, les outils de traduction automatiques en ligne se nourrissent des données que vous leur fournissez pour améliorer leurs algorithmes.

Conseils

Ne pas l’utiliser comme dictionnaire. Si vous demandez à un traducteur la traduction d’un mot il vous répondra certainement “ça dépend”. En effet un mot peut se traduire de différentes manières suivant le contexte dans lequel il est utilisé, ainsi, “way” peut être rendu par “chemin”, “manière”, voire “sens”. Mieux vaut passer par un dictionnaire, papier ou en ligne, lorsque l’on cherche simplement la traduction d’un seul mot. Il est préférable de rentrer une, voire plusieurs phrases à la fois dans un outil de traduction automatique.

La traduction automatique peut se révéler utile dans l’apprentissage d’une langue. Il m’arrive d’utiliser le bouton “Écouter” de Google traduction pour déchiffrer la prononciation de certains mots. Cette fonctionnalité est particulièrement utile pour des langues comme le mandarin et le japonais qui utilisent des caractères chinois, qui doivent être mémorisés un à un. La prononciation de certains caractères peut varier selon le contexte (en particulier avec le japonais). C’est notamment le cas du caractère 日 qui veut dire “jour” ou “soleil”. Dans l’exemple ci-dessous, 日 est utilisé trois fois pour autant de prononciations différentes, respectivement “hi”, “nichi” et “bi”.

Savoir reconnaître les erreurs de la traduction automatique. Humains comme machine, nous faisons tous des erreurs lorsque nous traduisons. Grâce aux progrès technologiques, la traduction automatique est capable de générer des phrases très fluides et crédibles à première vue, mais des erreurs peuvent très bien s’y cacher. Souvent, il n’y a pas d’erreur à proprement parler mais un défaut de style. Cette notion importera plus aux professionnel·le·s de la traduction qu’au grand public, car le style est un des indicateurs de la qualité d’une traduction. Par exemple, pour “the above modifications” un outil de traduction automatique donne “les modifications ci-dessus » mais selon le registre ou le type du texte, mieux vaut employer “les modifications susmentionnées”. C’est ce genre de détail qui fait la différence entre une traduction machine et une traduction humaine.

Conclusion

Malgré les progrès notables de la traduction automatique années après années, l’intervention humaine reste toujours d’actualité. Les projets de traductions professionnelles ayant recours à la traduction automatique font souvent appel à des post-éditeurs, des traducteurs humains formés à reconnaître les erreurs de la machine et qui savent les corriger selon le projet. La valeur ajoutée du traducteur humain est sa capacité à comprendre les nuances de la langue, les aspects culturels et à les rendre fidèlement dans sa langue maternelle. Ainsi la traduction automatique se prête bien à la traduction de textes techniques (juridiques, spécialisés, etc.) mais pas à la traduction de textes créatifs (littéraires, transcréation, etc.).

Bibliographie

Aslan E. « La Place de la Traduction Automatique dans l’Enseignement de la Traduction ». HUMANITAS – Uluslararası Sosyal Bilimler Dergisi [En ligne]. 15 octobre 2021. Vol. 9, p. 16‑32. Disponible sur : < https://doi.org/10.20304/humanitas.944629 >

Écormier-Nocca F. « Thierry POIBEAU, Babel 2.0 : où va la traduction automatique ?, Paris, Odile Jacob, 2019, 216 p. » Reseaux. 31 juillet 2020. Vol. 222, n°4, p. 199‑204.

Européennes C. La traduction automatique met-elle réellement en danger le métier de traducteur ? [En ligne]. Communications Européennes. 9 juin 2021. Disponible sur : < https://communications-europeennes.fr/la-traduction-automatique-met-elle-reellement-en-danger-le-metier-de-traducteur > (consulté le 23 mars 2022)

Hearne M., Way A. « Statistical Machine Translation: A Guide for Linguists and Translators ». Language and Linguistics Compass [En ligne]. 2011. Vol. 5, n°5, p. 205‑226. Disponible sur : < https://doi.org/10.1111/j.1749-818X.2011.00274.x >

Ibanez F. « Traduction Neuronale : Ce Que Vous Devez Savoir ». In : Alphatrad [En ligne]. [s.l.] : [s.n.], 2020. Disponible sur : < https://www.alphatrad.fr/actualites/savoir-traduction-neuronale > (consulté le 23 mars 2022)

Kadiu S. « Human vs. Machine Translation: Henri Meschonnic’s poetics of translating ». In : Reflexive Translation Studies [En ligne]. [s.l.] : UCL Press, 2019. p. 71‑94. Disponible sur : < https://doi.org/10.2307/j.ctv6q5315.9 > (consulté le 23 mars 2022)ISBN : 978-1-78735-252-0.

Loffler-Laurian A.-M. La traduction automatique [En ligne]. [s.l.] : Presses universitaires du Septentrion, 1996. Disponible sur : < https://doi.org/10.4000/books.septentrion.74824 >ISBN : 978-2-85939-502-5.

Mazet F., Mikic J. « Traducteurs automatiques et apprentissage des langues ». p. 8.

Yvon F. « Les deux voies de la traduction automatique ». Hermes, La Revue. 28 novembre 2019. Vol. 85, n°3, p. 62‑68.

« What is Machine Translation? Rule Based vs. Statistical | SYSTRAN ». [s.l.] : [s.n.], [s.d.]. Disponible sur : < https://www.systransoft.com/systran/translation-technology/what-is-machine-translation/ > (consulté le 6 mai 2022)

Transcréation : quand traduction rime avec imagination

Par Simon Tournel, étudiant M1 TSM

La traduction est un processus qui fait appel à de nombreuses capacités chez les traducteurs qui y consacrent leurs carrières. Outre les connaissances linguistiques évidentes, le traducteur doit également faire preuve, la plupart du temps, d’imagination afin de restituer au mieux l’information depuis la langue source jusqu’à la langue cible, car le transfert linguistique n’est pas une science exacte, et il incombe au traducteur de faire des choix, car il arrive que la langue cible ne possède, par exemple, pas d’équivalent exact du terme ou de l’expression de la langue source.

Ces choix, bien que motivés par les connaissances linguistiques des traducteurs, restent cependant subjectifs, et de nombreux traducteurs ont notamment théorisé sur ces derniers, comme Eugene Nida qui avançait sa théorie de l’équivalence « formelle » et de l’équivalence « dynamique ». Le marché actuel s’orientant désormais davantage vers un idéal d’équivalence dynamique (ou fonctionnelle), le traducteur est plus que jamais amené à user de créativité dans son travail de traduction, d’où l’émergence d’un nouveau terme pour qualifier cette traduction d’un nouveau genre : la transcréation.

La transcréation, qu’est-ce que c’est ?

Le mot « transcreation » (synthèse de « traduction » et « création » en anglais) est apparu dans les années 1960 -1970, et désigne un processus de traduction créatif qui vise à non plus seulement retranscrire un message depuis une langue source vers une langue cible, mais à véritablement adapter son contenu à un public ou une culture cible, afin que sa réception soit optimale. Cela ne veut évidemment pas dire qu’une traduction « standard » ne fait preuve d’aucune créativité, mais la transcréation aborde le processus de traduction d’une autre manière : elle permet une plus grande liberté, notamment car elle peut davantage s’écarter du texte source, si une reformulation dans la langue cible paraît plus adaptée à la demande. En cela, la transcréation est très proche de la localisation, qui est également l’adaptation d’un contenu non pas seulement vers une langue mais vers une culture cible : la localisation est en quelque sorte l’étape intermédiaire entre une traduction « standard » et une véritable transcréation. Une localisation ne pourra pas altérer le message original ni même modifier sa mise en page, là où une transcréation en sera capable si l’on juge cela nécessaire.

Bien qu’elle tire ses origines de la traduction littéraire, la transcréation est aujourd’hui utilisée majoritairement pour des contenus publicitaires ou marketing. Elle sert notamment à traduire des titres, des slogans, mais aussi des publications sur les réseaux sociaux ou encore des contenus de sites web. Les expressions idiomatiques, les rimes ou encore la musicalité sont des éléments qui nécessitent une attention toute particulière lors de leur traduction, car il en va de la réussite de la stratégie marketing employée.

Un exemple réussi serait par exemple la traduction du slogan de la marque de sucreries allemandes Haribo :

“Haribo macht Kinder froh, und Erwachsene ebenso“ qui, traduit littéralement, donnerait « Haribo rend les enfants heureux, et les adultes aussi ». La traduction française s’est cependant légèrement éloignée du texte original, et ce afin de respecter un point crucial : la musicalité.

En effet, le slogan est chanté dans les publicités, aussi il était nécessaire d’en faire de même en français, et par conséquent de conserver une rime, ce qui a donné : « Haribo c’est beau la vie, pour les grands et les petits ».

Crédits : © 2022 HARIBO GmbH & Co. KG

Au-delà d’une simple adaptation réussie, la transcréation permet d’ancrer un produit ou un service dans le pays ou la culture cible, de l’intégrer au paysage culturel afin que les clients aillent jusqu’à oublier la traduction, et à la percevoir comme l’originale.

De nouvelles applications de la transcréation : le jeu vidéo

En effet, depuis son émergence vers la fin du XXème siècle, le jeu vidéo est devenu un médium extrêmement populaire et lucratif, en témoignent les 174 milliards de dollars de bénéfice engendrés par le secteur en 2020, loin devant le cinéma ou la musique. Ce divertissement mondial génère donc naturellement de l’activité dans le secteur linguistique, car il dispose d’énormément de ressources à traduire ou adapter : que ce soit le contenu en jeu (dialogues, titres, noms, descriptions…) ou les ressources plus standard (marketing, communication, conférences…). Ce contenu pouvant être de nature créative, il nécessite un soin particulier dans son adaptation auprès des différentes langues vers lesquelles il s’exporte, ainsi la localisation et la transcréation lui sont essentielles.

Ainsi la transcréation dans le jeu vidéo revient à la base même du terme et fait appel à la créativité des traducteurs, tout comme peut l’être la traduction littéraire : il peut s’agir de difficultés de traductions, de limitations techniques (limites de caractères), ou tout simplement de néologismes propres au jeu en question qui nécessitent une adaptation non pas forcément fidèle à l’originale mais juste, en vue d’une compréhension par le joueur dans la langue cible.

Prenons par exemple la série de jeux la plus lucrative de l’histoire : Pokémon.

Celle-ci dispose d’un défi de taille quant à sa traduction : chaque créature porte un nom, nom qu’il va falloir adapter. Pire encore : lesdits noms ont un sens, puisqu’ils qualifient les Pokémon selon différents critères (Élément du Pokémon, animal dont il s’inspire, etc.).

Voici un exemple : dans le premier jeu, il existe trois oiseaux légendaires.

Crédits : ©2022 Pokémon. ©1995 – 2022 Nintendo/Creatures Inc./GAME FREAK inc. TM, ®Nintendo.

Et voici leurs noms japonais :

  • フリーザー (qui se prononce « Freezer »), l’oiseau de glace
  • サンダー (qui se prononce « Thunder »), l’oiseau de foudre
  • Et enfin ファイヤー (qui se prononce « Fire »), l’oiseau de feu

Voici à présent leurs noms anglais :

  • Articuno
  • Zapdos
  • Moltres

On note déjà qu’il y a eu transcréation lors du passage du japonais à l’anglais : les noms possèdent des « préfixes » en rapport avec leurs éléments respectifs, ainsi que des « suffixes » qui eux font échos à leur nature de trio grâce aux chiffres « un », « deux » et « trois » écrits en espagnol « un », « dos », « tres ».

Enfin, voici leurs noms en français :

  • Artikodin
  • Électhor
  • Sulfura

C’est donc un autre exemple de transcréation, qui bien que similaire à la version anglaise (notamment avec le même principe de préfixe désignant l’élément associé), fait quant à lui le choix d’associer le suffixe avec des noms de divinités (Odin, Thor et) afin de faire écho à la nature « légendaire » de ces créatures.

Le choix fait ici ne tenait pas tant du rapprochement culturel (en effet tous les enfants jouant au jeu à l’époque n’étaient pas forcément des amateurs de mythologie nordique ou égyptienne), sinon du besoin de représentation : il fallait que le nom de ces Pokémon fasse écho à leur apparence afin de leur créer une identité propre, comme c’était déjà le cas dans la version japonaise originelle.

Pokémon n’est pas un cas isolé, puisque bon nombre de jeux ont recours à ce genre de choix de traductions, qui servent un but précis dans la compréhension du jeu par le public cible. Ainsi, la transcréation est indispensable au secteur du jeu vidéo, et le traducteur doit user de sa créativité pour fournir un travail à la fois naturel et compréhensible. Deux caractéristiques qui font encore défaut à un type de traduction qui prend de plus en plus d’ampleur…

La transcréation : un rempart face à la traduction machine ?

Tout traducteur le sait, le secteur de la traduction se développe peu à peu autour de ce que l’on appelle la « traduction machine » ou « traduction automatique » (TA). Celle-ci s’utilise selon trois modèles couramment utilisés, en fonction des besoins du projet de traduction. Tout d’abord, la traduction automatique à base de règles (Rule-based MT), qui effectue un transfert linguistique simple grâce à l’utilisation de règles linguistiques, ainsi de millions d’entrées de dictionnaires pour chaque paire de langues. Ensuite, la traduction automatique dite « statistique » (SMT), qui elle utilise des modèles statistiques préétablis à l’aide de corpus monolingues et bilingues. Enfin, la traduction automatique la plus poussée, bien qu’encore incomplète, la traduction automatique neuronale, qui utilise le deep learning, suivant donc le principe de l’intelligence artificielle, afin de produire des traductions proches de celles réalisées par des traducteurs humains. La traduction machine est notamment utilisée car elle fournit un gain de temps considérable, bien qu’elle nécessite une relecture de la part d’un traducteur humain.

Avec de telles avancées dans le domaine des technologies, on pourrait facilement croire que le métier de traducteur est voué à disparaître dans un avenir proche, mais comme le démontrait déjà un ancien billet de ce blog, la traduction machine possède encore certaines faiblesses, et notamment une de taille : un ordinateur n’est pas (encore) en mesure de répliquer le processus de transcréation. Rimes, jeux de mots, subtilité et sous texte : tant de paramètres qu’une machine n’est pas capable d’intégrer dans une traduction, car ceux-ci relèvent des émotions et de la perception humaine qui, à l’heure actuelle, n’ont pas encore pu être codés en 1 et en 0.

Conclusion

L’imagination est au cœur du processus de transcréation, et sans elle les traducteurs du monde entier seraient voués à l’obsolescence face à la traduction automatique qui ne cesse de s’améliorer et de prendre du terrain. La transcréation sert évidemment d’autres spécialisations que celles citées dans ce billet : chaque traducteur est amené à l’utiliser, consciemment ou non, pour contourner des difficultés de traduction, et ainsi il appose une sorte de signature sur son travail sans pour autant briser l’invisibilité du traducteur, dont le rôle reste celui intermédiaire entre deux langues.

Bibliographie

BÉRIDOT N. La créativité en traduction [En ligne]. MasterTSM@Lille. 4 juillet 2021. Disponible sur : < https://mastertsmlille.wordpress.com/2021/07/04/la-creativite-en-traduction/ > (consulté le 9 mars 2022)

DABI-SCHWEBEL G. C’est quoi la Transcréation ? Explication [En ligne]. Disponible sur : < https://www.1min30.com/dictionnaire-du-web/transcreation > (consulté le 22 mars 2022)

« Traduction créative – Revue – Élisabeth Chevillet Rédactrice ». Élisabeth Chevillet – Rédactrice [En ligne]. 6 octobre 2014. Disponible sur : < https://elisabethchevillet.com/transcreation-la-traduction-creative-en-pratique/ > (consulté le 22 mars 2022)

« Infographie: Le jeu vidéo, plus que jamais roi du divertissement ». In : Statista Infographies [En ligne]. [s.l.] : [s.n.], [s.d.]. Disponible sur : < https://fr.statista.com/infographie/22382/chiffre-affaires-mondial-industrie-du-divertissement-jeux-video-cinema-musique-enregistree/ > (consulté le 27 avril 2022)

Transcréation et traduction : quelles différences ? [En ligne]. 18 mai 2016. Disponible sur : < https://tradutec.com/blog/transcreation-une-strategie-de-traduction-pour-un-marketing-de-marque/ > (consulté le 9 mars 2022)

SHERMAN J. The Linguistic Art of Transcreation in Video Game Localization [En ligne]. Terra Localizations. 12 février 2021. Disponible sur : < https://terralocalizations.com/2021/02/12/the-linguistic-art-of-transcreation-in-video-game-localization/ > (consulté le 23 mars 2022)

Qu’est ce que la traduction automatique ? | SYSTRAN [En ligne]. Disponible sur : < https://www.systransoft.com/fr/systran/technologie/traduction-automatique/ > (consulté le 28 avril 2022)

Qu’est-ce que la traduction neuronale ? [En ligne]. AT Language Solutions. 30 novembre 2018. Disponible sur : < https://www.at-languagesolutions.com/fr/atblog/traduccion-neuronal/ > (consulté le 28 avril 2022)

GIROD P. Traduction marketing et transcréation, remparts contre la traduction machine [En ligne]. MasterTSM@Lille. 17 décembre 2017. Disponible sur : < https://mastertsmlille.wordpress.com/2017/12/17/traduction-marketing-et-transcreation-remparts-contre-la-traduction-machine/ > (consulté le 9 mars 2022)