La traduction et la localisation au service des entreprises

Par Elise Guilbert, étudiante M2 TSM

 

La semaine dernière était placée sous le signe de la localisation pour les M2 TSM.

La localisation, c’est le processus permettant d’adapter du contenu tel qu’un logiciel, un site Internet ou encore un jeu vidéo (si vous souhaitez en savoir plus sur la localisation de ce type de contenu, lisez cet article écrit par Léa Gonzalvez) aux spécificités linguistiques, culturelles et techniques d’un marché cible. Elle consiste à traduire du contenu en convertissant certaines données comme les adresses ou le format des heures pour que ces derniers correspondent à ceux utilisés dans le pays cible.

Dans cet article, l’accent sera plutôt mis sur les raisons pour lesquelles les entreprises décident de faire traduire et/ou de localiser leur contenu et quels en sont les bénéfices.

 

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Pourquoi traduire et/ou localiser du contenu ?

Aujourd’hui, avec la mondialisation, nous pourrions penser que la traduction est un passage obligé pour les entreprises. Mais ce n’est pas vraiment le cas : 57 % des sites Internet sont uniquement rédigés en anglais (alors que l’anglais est la langue maternelle de seulement 30 % des internautes) et 10 % sont traduits.

Pourtant, comme cela a été démontré dans le rapport « Can’t Read, Won’t Buy : Why language matters on Global Websites » publié en 2006 par Common Sense Advisory, localiser du contenu Internet s’avère être un atout pour les entreprises :

  • Les utilisateurs privilégient les sites Internet rédigés dans leur langue maternelle (52,7 % d’entre eux) pour effectuer des achats et s’ils ne parlent aucune des langues proposées sur le site, il y a six fois moins de chance qu’ils concrétisent leur visite par un achat.
  • Les internautes passent deux fois plus de temps sur un site rédigé dans leur langue maternelle. Plus un visiteur reste longtemps, plus il y a de chances qu’il finisse par acheter un produit ou un service et plus une entreprise propose de langues sur son site, plus son public cible sera large et ses ventes potentiellement plus importantes. 85 % des personnes interrogées indiquent même qu’elles n’achèteront pas sur un site qui n’est pas traduit dans leur langue.
  • À produit similaire, 72 % des clients choisissent celui pour lequel la description est rédigée dans leur langue maternelle. Si le produit en question est plus cher, 57 % des clients préféreront quand même acheter le produit accompagné d’une description dans leur langue.

Toujours dans ce rapport, on découvre que le potentiel économique de l’Internet s’élève à 54,9 milliards de dollars et que l’anglais représente 36,5 milliards de cette somme. Une raison de plus pour recourir à la traduction et/ou à la localisation si l’on souhaite se développer à l’étranger.

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Localisation : quels paramètres à prendre en compte ?

Au moment de localiser du contenu, il est très important de prendre en compte les préférences culturelles du public cible en plus de sa langue maternelle.

De nombreux éléments d’un site peuvent faire l’objet d’une localisation : c’est notamment le cas pour les images. Si une entreprise souhaite vendre ses produits sur un marché asiatique, il faudra par exemple que les personnes figurant sur les photographies soient asiatiques, si elle souhaite s’adresser à un public musulman, il faudra éviter les photos de femmes habillées de façon occidentale, etc.

Selon le public cible, les couleurs, arborées par un site Internet par exemple, devront aussi être modifiées. En effet, certaines couleurs n’ont pas la même signification d’un pays à un autre et pourraient choquer l’audience : c’est notamment le cas avec le rouge qui représente le danger, voire le mal dans la région du Moyen-Orient alors qu’en Chine, cette couleur symbolise la chance et le bonheur.

Le format des heures doit aussi faire l’objet d’une localisation : c’est le cas entre le format français et celui des pays anglophones. En Grande-Bretagne ou aux États-Unis, la journée est divisée en deux fois 12 heures alors qu’en France, on utilise un format de 24 heures.

La même chose s’applique pour les dates : en France, le format utilisé est jour/mois/année, le même qu’Outre-Manche alors qu’aux États-Unis, autre pays anglophone, les dates sont présentées de la façon suivante : mois/jour/année.

Enfin, au moment d’effectuer une commande, il est important pour le client de pouvoir payer ses achats avec une carte bancaire qui fonctionne dans son pays et qu’il puisse saisir sans problème son adresse.

 

Les bénéfices de la traduction et de la localisation

Les entreprises ont recours à la traduction et la localisation de leur contenu pour plusieurs raisons : reprendre des parts de marché à un concurrent, respecter les lois en vigueur dans un pays, faciliter les partenariats économiques, ou bien tout simplement augmenter leur chiffre d’affaires.

D’après le rapport « Translation at Fortune 500 companies » de Common Sense Advisory, seul 1 % du chiffre d’affaires des 500 plus grandes entreprises internationales est dédié à la traduction. Cette part du budget est comprise entre 0,25 et 2,5 % chez les entreprises ne faisant pas partie de ce classement. Les dépenses de traduction, et par conséquent de localisation, ne représentent donc qu’une infime partie du chiffre d’affaires réalisé par les entreprises.

Toujours d’après le rapport, les entreprises peuvent considérablement réduire leur budget, comme celui dédié au service d’assistance, grâce à la localisation, notamment pour leur site Internet.

Pour vous faire une petite idée des économies en jeu, voici une liste des coûts des divers moyens mis en place par les entreprises pour les services d’assistance :

  • Assistance téléphonique = 162 dollars par client,
  • Assistance par email = 77 dollars par client,
  • Assistance via une communauté (pages d’aide ou foires aux questions) = 0,06 dollar par client.

En plus de réduire leur budget assistance, la traduction et la localisation ont un impact sur le chiffre d’affaires des entreprises. En effet, celles qui augmentent leur budget traduction ont 2,5 fois plus de chances de voir leur profit croître d’une année à l’autre.

Il est même annoncé que, pour chaque dollar investit dans la localisation, une entreprise en gagnera 25.

 

Conclusion

Même s’il est difficile de trouver des données concernant l’impact de la localisation et de la traduction sur le chiffre d’affaires des entreprises, les informations recueillies montrent bien qu’elles ont un effet positif.

Toutefois, la traduction et la localisation ne sont pas une évidence pour tous. 60 % des firmes multinationales ont une stratégie de localisation et près de la moitié de ces entreprises ne localisent que vers 5 langues maximum.

 

 

Sources non introduites en hyperlien :

http://content.lionbridge.com/infographic-language-impacts-customer-experience-bottom-line/

http://content.lionbridge.com/infographic-website-localization/

http://www.sdltrados.com/fr/solutions/software-localization/

https://www.commonsenseadvisory.com/portals/_default/knowledgebase/articleimages/060926_r_global_consumer_preview.pdf

https://www.sajan.com/cost-opportunity-increase-translation-services-return-investment/

 

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Nouveau cap pour le secteur de la traduction : la post-édition

Article original en anglais The Latest Trend in the Translation Industry: PEMT rédigé par Nikki Graham et publié sur le blog de l’auteur My Words for a Change.

Traduction en français réalisée par Clovis Cerri, étudiant en M2, Master TSM à l’Université Lille3

 

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Avez-vous entendu parler de la dernière tendance sur le marché de la traduction ? Il s’agit de la PEMT, acronyme anglophone signifiant post-editing machine translation. En clair, les clients font appel à un programme pour traduire leur texte, lequel est ensuite envoyé à un traducteur chargé d’y apporter la touche finale. Certains d’entre eux utilisent des services de traduction automatique plus poussés que ceux disponibles en ligne. Néanmoins, l’expérience me prouve que Google Traduction est l’outil le plus populaire, et c’est donc celui auquel les clients ont le plus souvent recours pour obtenir leur traduction au coût d’une révision, soit environ 50 % du prix.

Excellente idée en apparence, n’est-ce pas ? Qui refuserait la perspective alléchante d’économiser quelques centimes sur le prix des biens qu’il achète ? Vous venez pourtant de commettre une première erreur. La traduction n’est pas un bien, c’est un service. Le prix ne porte pas uniquement sur le produit fini. Ce que vous payez, c’est le savoir-faire qui se cache derrière les étapes amenant au produit fini : une traduction efficace et naturelle, qui n’est ni littérale ni criblée de fautes, qui correspond à vos attentes et, comme disent certains, qui sonne bien.

la traduction n’est pas un bien, c’est un service

Penchons-nous tout d’abord sur les étapes caractérisant le processus de traduction, dont la complexité échappe parfois aux personnes qui ne sont pas familiarisées avec l’exercice.

La traduction humaine

  1. L’agence ou le client envoie un texte source à la traductrice.
  2. Elle étudie le texte source en langue originale.
  3. Elle réfléchit.
  4. Elle rédige une traduction.
  5.  Elle relit son travail avec une grande précaution.
  6. Elle le renvoie à l’agence ou à un(e) collègue pour la révision.
  7. Le texte est révisé.
  8. Tous les points litigieux font l’objet de discussions et de modifications.
  9. La traductrice et/ou le réviseur produit une version finale.
  10. La traduction est envoyée au client.

La PEMT (post-édition)

  1. Une machine traduit le texte.
  2. Le texte source obtenu est envoyé à un traducteur pour être édité.
  3. Le traducteur étudie le texte source.
  4. Il étudie le texte cible.
  5. Il réalise que de nombreuses erreurs sont présentes dans la traduction.
  6. Il réfléchit, mais il s’embourbe au milieu des traits de langage erronés, et il repère des termes et des expressions qui ne collent pas du tout au contexte donné.
  7. Il effectue des va-et-vient entre texte source et texte cible pour s’assurer que les modifications qu’il apporte sont cohérentes avec l’original, ce qui peut prendre un certain temps.
  8. À l’aide de sa souris, il doit mettre en évidence les mots et les expressions qu’il faudra supprimer ou couper-coller par la suite. Encore une fois, c’est une tâche chronophage. Il n’est d’ailleurs pas impossible qu’il décide, afin de gagner du temps, de supprimer la « traduction » de certains passages pour repartir de zéro.
  9. Il retourne au point de départ pour une vérification intégrale, les modifications étant si nombreuses qu’il est nécessaire de s’assurer de la bonne cohérence et de la qualité de l’ensemble.
  10. Il remet le texte cible à l’agence ou au client. Puisqu’il s’agit d’une étape d’édition, la traduction ne subira aucune autre vérification, à moins que le client n’en ait expressément fait la demande et qu’il ne soit disposé à payer.

Le scénario présenté ci-dessus s’applique aux cas de post-édition intégrale, ce qui signifie que l’éditeur est chargé d’éliminer toutes les erreurs et de produire un texte s’apparentant à une traduction humaine plutôt qu’à une traduction automatique. En d’autres termes, il doit faire passer une vessie pour une lanterne.

Le service de post-édition se décline également en une variante dite partielle. L’éditeur ne se concentre alors que sur les erreurs pouvant altérer le sens, les nombreuses autres étant délibérément laissées telles quelles pour des raisons de coût. Oui, vous avez bien lu. La rectification des erreurs dans le texte traduit par la machine n’est pas systématique, le client préférant faire des économies de bout de chandelle, et ce en dépit de l’image inévitablement négative que le texte imparfait donnera des produits et services du client. J’espère sincèrement que vous ne faites pas partie des clients de cette espèce. J’espère sincèrement que vous ne contribuez pas au massacre de notre langue en publiant les ignominies que peuvent produire les machines.

le dialogue fait partie intégrante du processus de traduction

Je dois également faire mention de la pré-édition. Cette étape est parfois nécessaire au préalable de la traduction automatique. Elle consiste à nettoyer le texte, à supprimer le jargon propre à l’entreprise, les fautes de frappe et de grammaire et à améliorer le style, pour faciliter la compréhension du texte par la machine et l’aider à produire un résultat plus intelligible. Évidemment, un traducteur humain comprendrait votre message de lui-même et la correction des erreurs ferait partie intégrante du service proposé. Et si un doute quelconque subsistait, il vous contacterait pour se renseigner. Le dialogue est souvent un élément essentiel du processus, qui profite tant au traducteur qu’au client et qui sert de base solide à des partenariats durables et profitables.

les traducteurs sont capables de repérer une traduction machine

pemt1Vous avez très certainement compris que la post-édition est un exercice laborieux et accablant qui demande énormément de temps. À de trop nombreuses reprises, des clients souhaitant réduire leurs frais m’ont dupée et m’ont envoyé des traductions automatiques à réviser. Depuis, j’ai donc établi des conditions de vente claires. Si je m’aperçois qu’un client a fait appel à une machine, ce qui ne risque pas de m’échapper, j’interromps la révision ou l’édition et je ne reprends pas le travail avant d’avoir obtenu un accord pour facturer selon mes tarifs de traduction habituels. Il va sans dire que le temps préalablement perdu sur l’édition sera également facturé. Utilisez Google Traduction et ses semblables à vos risques et périls. La balle est dans votre camp.

La terminologie technique : comment s’en sortir ?

Par Eduardo Sosa, étudiant M2 TSM

La terminologie est sans nul doute l’un des éléments clés de la traduction technique. Souvent précis et pointu, et d’une réelle richesse, le langage technique peut parfois susciter une sorte de « respect sacré » en raison de diverses difficultés qui lui sont propres. On peut ainsi imaginer les lourdes conséquences qu’un mauvais choix terminologique pourrait entraîner chez le lecteur d’un manuel d’utilisation d’une pelleteuse. Par contre, la terminologie représente entre 5 et 10 % du volume d’un texte technique.

Comment faire face aux obstacles liés à la terminologie des textes spécialisés ? Je tenterai de proposer des astuces pour y parvenir. Mais d’abord, il convient d’analyser ses caractéristiques pour l’aborder plus efficacement.

Caractéristiques du vocabulaire technique

Polysémie

Les cas de polysémie sont fréquents dans le langage technique. En général, la signification des termes peut varier selon deux critères :

La technologie ou le champ d’application : Un terme peut avoir divers équivalents selon son domaine (mécanique, électrotechnique, médical…) et selon la technologie particulière dont le terme fait partie (système de transmission d’un véhicule, circuits pneumatiques, tuyauterie…).

Exemple :

FR EN ?

carter

crankcase
case
casing
housing

Les collocations du terme :

Exemples :

FR EN
Moteur thermique Diesel engine
Moteur électrique Electric motor
ES EN
Pozo de decantación settling basin
Pozo de cateo Test pit/well

Manque d’uniformisation

Contrairement à ce que l’on peut croire, le vocabulaire technique ne fait pas toujours preuve d’univocité, même avec les efforts de normalisation effectués par certaines institutions comme la BSI ou l’AFNOR.

Par exemple, « diesel exhaust fluid » peut avoir comme traduction « fluide d’échappement diesel » et « liquide d’échappement diesel », même si le premier est un terme normalisé. Cette situation est encore plus fréquente dans les cas des matériaux à usage moins répandu pour lesquels on ne constate pas d’efforts d’uniformisation.

De plus, les termes peuvent varier selon le registre et le dialecte :

FR ES Remarque
Chariot élévateur Carretilla elevadora ES d’Espagne
Grúa horquilla ES de Chili
Montacargas ES de Pérou
Toro Registre moins soutenu

Inexactitudes dans le texte source

Synonymes : Il se peut que l’auteur ait utilisé par négligence plusieurs désignations pour un même référent, ce qui peut créer une confusion chez le traducteur.

Exemple : « pupitre de commandes » et « boîtier de commandes » dans une liste d’accessoires d’une machine qui font référence au même objet.

Mauvais choix de termes : Une terminologie incorrecte ou inexacte peut ralentir le travail du traducteur. En effet, il devra d’abord trouver le terme correct en langue source avant de trouver la traduction correcte.

Exemple : « cale de stabilité » au lieu de plaque de calage ou patin de calage (manuel d’utilisation d’une remorque)

Termes « coupés » : L’unité terminologique peut être abrégée soit dans un souci d’économie de langue soit parce que l’auteur peut supposer que le lecteur connaît le concept.

Exemple :

plataforma elevadora móvil de personal
plataforma elevadora de personal
plataforma móvil / elevadora
plataforma

Dans l’exemple ci-dessus, le terme « plataforma elevadora móvil de personal » (plateforme ou nacelle élévatrice de personnel) (normalisé d’ailleurs par la norme UNE EN 280:2014) a été coupé jusqu’à arriver au terme « plataforma ». Le défi pour le traducteur serait de savoir à quel type de « plataforma » ce terme renvoie s’il apparaît complètement isolé dans le document. En effet, en espagnol le mot « plataforma » peut designer aussi bien le panier d’une nacelle élévatrice que la machine elle-même. Et si le texte aborde encore plusieurs champs thématiques ou technologies, « plataforma » devient encore plus flou.

Termes maison

Les entreprises peuvent parfois employer leur propre terminologie, y compris des sigles ou des abréviations. Ces mots peuvent constituer une sorte de néologismes utilisés uniquement au sein d’un cercle restreint.

Maintenant que nous avons balayé certaines caractéristiques du lexique spécialisé, quelles stratégies pourrions-nous mettre en œuvre pour traduire correctement le vocabulaire technique ?

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Astuces pour mener à bien une recherche terminologique

Recherche thématique

Le traducteur devrait d’abord faire une recherche documentaire ponctuelle en langue source par rapport aux notions clés du document, identifiées au préalable lors de la première lecture. Cette action lui permettra d’identifier la nature du texte (registre, différences culturelles…), son intention, et de résoudre les problèmes de compréhension.

Exploiter les pistes du texte (diagrammes, bibliographie, glossaires…)

Je me souviens de la traduction d’un long document dont certains termes me posaient des problèmes… pour trouver plus tard un petit glossaire bilingue à la fin du même document expliquant ces termes !

Morale de l’histoire : avoir le bon réflexe de lire rapidement l’intégralité du document, et les documents connexes faisant partie du même projet, afin de retrouver la bibliographie, les glossaires et les diagrammes, s’il y en a. C’est là que l’on doit regarder d’abord, car ces ressources locales peuvent nous renvoyer aux mots-clés et nous aider à avoir une idée claire d’un concept ou d’une technologie.

Une autre stratégie pour arriver au même objectif consiste à traduire d’abord les parties descriptives (par exemple, la section expliquant le fonctionnement d’une machine ou les effets d’une technologie) ou le glossaire du document. Cette démarche nous aidera aussi à identifier le lexique clé (et à ne pas divaguer dans les termes techniques secondaires).

Circonscrire le domaine et la technologie englobant le terme 

Avant de lancer la recherche terminologique, il est important de bien cerner le champ sémantique du terme afin de mieux cibler la recherche, notamment pour réduire le nombre d’alternatives que nous pourrions trouver dans les ressources externes, et pour savoir quel type de ressource consulter (dictionnaire du génie civil, de l’électrotechnique…).

Recherche terminologique ponctuelle

Le premier réflexe chez beaucoup de traducteurs est de consulter les dictionnaires ou les glossaires bilingues comme point de départ. Quelquefois, cette démarche peut être la plus rapide et la plus efficace pour certains types de termes (on pourrait penser aux termes ayant une acception technique rigide, du type copper – cuivre) et si l’on a juste besoin de confirmer un terme dans un champ que l’on connaît. Par contre, nous devons procéder avec précaution, surtout si l’on n’est pas familiarisé avec l’emploi des acceptions proposés par le dictionnaire.

Dans la majorité de cas, il est essentiel de compléter cette démarche par une vérification du terme dans des encyclopédies ou des articles spécialisés monolingues en langue source et en langue d’arrivée (cela permet aussi de connaître le statut du terme ainsi que la fréquence d’usage ou la connotation…). Il est recommandable aussi de relever au préalable tous les termes problématiques afin de ne pas rechercher un terme à la fois. Par ailleurs, ce billet du blog offre de bonnes pistes de sites à consulter.

Dans certains cas, il se peut que nous ne trouvions pas le terme recherché dans une ressource spécialisé, ou que nous le retrouvions « partialement ». Par exemple, si nous recherchons « pre-stripping » (activité minière), mais que l’on trouve uniquement « stripping », nous pourrions faire la recherche avec ce dernier terme dans les domaines ou documents voisins qui peuvent partager des analogies en matière de fonction ou de forme.

Corriger les inexactitudes du texte source 

Comme nous l’avons vu ci-dessus, le texte source pourrait contenir des inexactitudes concernant la terminologie, comme un mauvais choix de termes ou des synonymes inutiles. Il est important d’en prendre conscience afin de trouver la traduction correcte, mais aussi pour ne pas induire en erreur le public cible de notre traduction. En effet, maintenir des synonymes désignant un seul terme pourrait faire penser le lecteur qu’il s’agit de composants différents.

Consulter le client ou le spécialiste 

Si nous ne parvenons pas à comprendre un terme ou un concept, en raison de l’absence de sources documentaires et de contexte, ou d’un possible erreur ou ambiguïté dans le document, il est recommandable de consulter le client, soit par téléphone, soit par courrier sous forme de navette de questions ou en tant que commentaire dans un outil de TAO. Si c’est une navette, elle doit contenir des champs pertinents (nom du fichier, numéro de page, contexte, question, réponse client…) afin de faire gagner du temps au client.

Il faut se rappeler que cet échange devrait aller au-delà d’une simple recherche d’équivalents (du type : « Monsieur le client, comment traduiriez-vous ce mot en français ? ») Cet échange doit être plutôt enrichissant sur le plan de la compréhension technique. Il faut donc étudier au préalable le sujet pour poser des questions pertinentes, démontrer que nous avons une connaissance générale du sujet, et savoir écouter ou lire attentivement sa réponse.

Valider et documenter les équivalents trouvés

Ah, le sentiment que nous éprouvons lorsque nous trouvons l’équivalent correct !  Mais la mémoire est faible. Il convient de documenter les termes sous forme de glossaire ou d’une entrée dans un logiciel TAO. Ces entrées devraient contenir des champs pertinents comme la définition, le champ, le contexte, des images, des notes techniques ou linguistiques pour encore plus de précisions, ou la source. Mais pas n’importe quelle source. La source doit être fiable (un spécialiste, des encyclopédies thématiques, des sites pertinents rédigés en langue source, des documents de normalisation, etc.). Pas d’« Alibaba », par exemple. Petite prévention : mettre le lien toujours « en cache » si jamais le site auquel il renvoie est mis hors ligne.

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Exemple d’entrée terminologique

 

Conclusion

La recherche terminologique peut parfois nous faire rappeler le travail d’un détective. Toutefois, n’oublions pas la valeur communicative du vocabulaire technique. Il faut donc ne pas se perdre dans le mot sans oublier pour autant le message du texte. Dans ce billet, j’ai essayé de donner quelques pistes non exhaustives pour mener à bien une recherche terminologique. Mais au fur et à mesure que l’on traduit un certain type de textes, ayant un type de terminologie récurrente, notre bagage augmentera et le travail de recherche sera plus efficace et moins chronophage. Ce qui nous rappelle l’importance pour les traducteurs de se spécialiser.

Sources :

NEWMARK, Peter. Manual de Traducción. Ediciones Cátedra, 2010. ISBN : 978-84-376-1091-7
BÉDARD, Claude. La Traduction technique : principes et pratique. Linguatech, 1986. ISBN : 2-920342-17-7
DURIEUX, Christine. Fondement didactique de la traduction technique. La maison du dictionnaire, 2010. ISBN : 9782856082324

Bien traduire pour son public cible : entre règles et usage

Par Audrey Duchesne, étudiante M2 TSM

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Dès le début des études en traduction, les enseignants habituent les étudiants à traduire pour un public cible précis. En effet, plusieurs facteurs sont à prendre en compte lors de la traduction. Dans ce billet de blog, j’ai donc choisi de traiter les facteurs qu’il faut toujours garder à l’esprit lors du processus de traduction.

La culture

D’abord, il est nécessaire de prendre en compte la culture du pays auquel est destiné le texte cible. En effet, on ne traduit pas de la même façon pour un public cible qui connaît la culture du texte source ou qui emploie des mots de cette langue source, et pour un public cible qui ignore totalement quelle est la culture de ce pays. En France, par exemple, si l’on traduit un texte source qui fait référence à la culture britannique et que le public cible ne comprend pas un mot d’anglais ou ne connaît pas cette culture, il est nécessaire d’expliquer ou d’adapter les points que le public cible pourrait ne pas comprendre. Si, au contraire, le public cible comprend l’anglais ou connaît la culture britannique, nul besoin de traduire car cela serait perçu comme une mauvaise connaissance de ce public cible et de l’usage qu’il fait de cette langue. Le traducteur joue un rôle de lien entre le lecteur source et le lecteur cible : l’information présente dans le texte source doit être comprise par le lecteur du texte cible.

L’Histoire

Le traducteur doit s’adapter à l’Histoire du pays. Par exemple, le mot « nazi » utilisé dans un texte source en anglais américain n’aura pas le même impact en France ou en Allemagne. Il est beaucoup moins choquant aux États-Unis étant donné que les répercussions que ce mot implique n’ont pas été les mêmes aux États-Unis et en Europe. Les mots ne sont pas connotés de la même façon dans toutes les régions du monde. C’est pour cela qu’il est très important d’avoir une bonne connaissance de l’Histoire du pays auquel est destiné le texte cible. Dans ce cas précis, il convient d’utiliser un autre mot en Europe pour ne pas choquer le public cible. De plus, certains événements qui ont eu lieu dans un pays peuvent être complètement inconnus dans un autre pays parce qu’ils n’ont pas eu de répercussions mondiales, par exemple. Dans ce cas, le traducteur doit traduire de façon à ce que le public cible comprenne quel a été cet événement précis et encore une fois, s’adapter à son public cible afin que l’information présente dans le texte source soit comprise par le lecteur du texte cible.

Un mot peut en cacher un autre…

Certaines traductions prêtent également à sourire ou révoltent de par les mots employés. Certains mots dans une langue peuvent signifier autre chose dans une autre langue. Le traducteur doit donc être conscient de cette différence de sens s’il veut laisser le mot source tel quel. Il ne doit pas choquer son auditoire car cela peut avoir des répercussions internationales. Prenons l’exemple d’une voiture de General Motors. Celle-ci portait le nom de « No Va ». Or, en espagnol, cela signifie « ne fonctionne pas ». L’effet marketing est donc totalement raté puisque la publicité était destinée à vanter les performances de la voiture et non à faire sourire.

Traduire vers sa langue maternelle pour en connaître l’usage

Il est plus pertinent de traduire vers sa langue maternelle. En effet, il est possible de très bien connaître une langue, ses règles et sa grammaire sans pour autant savoir traduire. Des manuels ou des dictionnaires ne suffisent pas pour traduire vers une langue, il faut également connaître l’usage de celle-ci. Pour ce faire, il faut connaître les subtilités ou les images employées par cette langue. Il est possible de connaître une langue sans pour autant en connaître l’usage. Le traducteur doit s’adapter à l’usage de la langue vers laquelle il traduit. Les langues évoluent sans cesse et le traducteur doit en être conscient pour traduire de la meilleure façon.

L’âge du public cible

On ne traduit pas de la même façon lorsqu’on s’adresse à des enfants ou à des adultes. Il est d’usage, en France du moins, de tutoyer les enfants lorsqu’on s’adresse à eux alors qu’on vouvoie les adultes. En effet, il n’est pas convenable et concevable de tutoyer les adultes qu’on ne connaît pas. Ces derniers pourraient trouver cela irrespectueux. De même, vouvoyer un enfant paraîtrait étrange pour le public cible. De plus, le tutoiement marque la proximité, ce qui attire l’attention de l’enfant et donc exprime une certaine connivence avec le public cible. Le traducteur doit déterminer une stratégie de traduction en fonction de son public. Il doit s’adapter de la meilleure façon au lecteur visé : il ne doit pas utiliser un style plus compliqué que le style source par exemple. Il doit respecter les normes de la langue cible lors de la traduction.

Le niveau de connaissance du domaine par le public cible

Le traducteur ne traduira pas de la même façon si le public cible est un public spécialisé dans le domaine du texte source ou s’il s’agit d’un public qui n’a aucune connaissance dans ce domaine. Pour l’un, il ne faut surtout pas expliciter les termes, les rendre plus généraux alors que pour l’autre, il faut rendre les termes du texte source plus généraux afin qu’ils soient compréhensibles pour le public cible. Si le traducteur traduit de façon trop générale pour un public cible qui connaît le domaine, ce dernier ressentirait cette traduction comme un affront et mettrait en péril la crédibilité du texte cible. Si au contraire, le traducteur traduit de manière trop spécialisée pour un public cible qui ne connaît pas le domaine de spécialité, ce public pourrait ne pas comprendre le texte cible et le traducteur aurait donc manqué à sa tâche de transmission de l’information présente dans le texte source.

Conclusion

Comme nous l’avons vu dans ce billet, il ne suffit pas de parler deux langues pour bien traduire. Le traducteur doit suivre l’évolution de sa langue et s’adapter à son public cible pour être certain de faire passer l’information du texte source au texte cible. S’il perd de vue son objectif de traduire pour un public cible précis, alors sa traduction ne sera pas complète. Évidemment, la liste des facteurs à prendre en compte que j’ai effectuée n’est pas exhaustive. Cependant, ce sont, pour moi, les principaux facteurs à prendre en compte lorsqu’on traduit.

 

 

Liens :

22 nouvelles raisons pour lesquelles une agence peut cesser de faire appel à vous

Article original en anglais 22 more reasons why an agency might stop working with you rédigé par Nikki Graham et publié sur le blog de l’auteur My Words for a Change.

Traduction en français réalisée par Clothilde Radisson, étudiante en M2, Master TSM à l’Université Lille3

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Ce billet a été récompensé dans le cadre des 2017 ProZ.com community choice awards.

 

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En octobre 2014, j’avais publié sur mon ancien blog un billet concernant les raisons pour lesquelles une agence pourrait décider de mettre fin à sa collaboration avec vous. Le billet original ainsi que sa version republiée sur ce blog WordPress « My Words for a Change » ayant suscité beaucoup d’intérêt et de commentaires, j’ai décidé d’énumérer ci-dessous quelques raisons supplémentaires pour lesquelles une agence pourrait tout à coup cesser de vous contacter par e-mail ou par téléphone. Ces raisons sont fondées sur votre feedback et sur quelques-unes de mes propres observations.

Bien que cet article et le précédent concernent principalement vos collaborations avec des agences, certains des points abordés s’appliquent également à vos collaborations avec des clients directs. J’espère qu’ils vous seront utiles.

Un grand merci à toutes les personnes qui ont pris le temps de répondre au billet original et de partager leurs expériences (Allison Klein Krüter, Allison Wright, Rose Newell, BJ Translation Ltd., Claire Cox, Galina Green, Igor Vesler, Alison Penfold et tous les autres qui n’ont pas donné leur nom complet ou leur vrai nom). Ce deuxième billet n’existerait pas sans vous.

Raison n° 1. Vous exigez un paiement sous 7 ou 14 jours alors que l’agence, elle, reçoit son paiement sous 30 jours. Je sais que les traducteurs peuvent établir leurs propres conditions, mais exiger un paiement plus tôt que les 30 jours habituels peut engendrer des problèmes de trésorerie, en particulier pour les petites agences et lorsque des sommes importantes sont concernées. Il s’agit vraiment d’une condition que les traducteurs doivent mentionner et faire approuver avant d’accepter un projet, plutôt que de bondir sur le client au moment de la facturation.

Raisons n° 2 et 3. L’agence décide de focaliser son activité sur une combinaison de langues et/ou une spécialisation différente. Cela peut signifier qu’elle se tourne vers un marché haut de gamme et que vos compétences ne correspondent plus à leurs besoins. Ou alors que leurs besoins diminuent dans votre champ de spécialité et qu’ils préfèrent favoriser d’autres fournisseurs avec lesquels ils travaillent depuis plus longtemps, ce qui explique pourquoi ils ne vous contactent plus.

Si vous avez l’habitude de recevoir beaucoup de travail de la part d’une agence et que cela cesse soudainement, cela vaut la peine de leur envoyer un mot ou de les appeler pour en connaître la raison.

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Raisons n° 4 et 5. Vous laissez trop de problèmes de terminologie que le réviseur doit ensuite corriger. Nous travaillons tous principalement avec des délais serrés. Livrer une traduction avec de nombreuses questions sur des termes et/ou sur la structure ou le sens d’une phrase peut semer la pagaille et causer énormément de stress au réviseur et au PM. Si vous trouvez un texte difficile, peut-être parce que l’auteur n’a pas été très clair en premier lieu, et avez besoin d’aide concernant le vocabulaire, il est préférable d’en informer l’agence avant la livraison afin d’avoir plus de temps pour résoudre les problèmes.

Toutefois, il est également important de ne pas poser trop de questions qui feraient perdre du temps au PM, en particulier si la plupart des réponses se trouvent dans les instructions que vous avez reçues (et que vous n’avez visiblement pas lues correctement).

Raisons n° 6 et 7. Autre chose à éviter : ne jamais répondre au PM pour accuser bonne réception des fichiers, des instructions, des délais, des prix, etc. Pas besoin d’écrire un roman, une simple confirmation suffit, mais vous devez répondre et le plus rapidement possible.

Pour les agences, les réponses rapides sont particulièrement importantes lorsque vous ne pouvez pas prendre en charge un projet, afin qu’elles puissent trouver quelqu’un d’autre. Si vous mettez des siècles à répondre, votre nom va certainement chuter dans leur liste de contacts.

Raison n° 8. Malentendus. Assurez-vous de vous exprimer de façon claire et de vous expliquer correctement. Avec un peu de chance, l’agence aura fait de même, mais si vous avez des doutes et que vous le pouvez, prenez votre téléphone ou appelez votre client sur Skype pour vous assurer que tout est clair d’entrée de jeu. Étant donné que les PM peuvent généralement choisir dans une grande base de données de fournisseurs, vous ne voulez pas que votre nom en soit supprimé pour une raison qui aurait facilement pu être évitée.

Raison n° 9. En matière de communication, assurez-vous d’adopter une approche professionnelle. Les réponses contenant un seul mot peuvent être considérées comme impolies. De la même manière, inclure des détails de votre vie personnelle peut paraître inapproprié si vous n’avez pas encore bâti de relation avec le PM.

Raisons n° 10 et 11. L’agence vous demande de recommander des collègues afin de former une équipe pour un gros projet. Lorsque tout est terminé, le PM se rend compte qu’il possède les noms de traducteurs indépendants ayant fait leurs preuves et qui proposent un tarif plus bas que le vôtre. Pour éviter cette situation, il est préférable de communiquer votre tarif aux collègues que vous recommandez et de leur demander au minimum de s’adapter à votre tarif. (Franchement les gars ! Casser les tarifs de vos collègues de cette façon, en particulier quand ceux-ci vous ont recommandés, ça ne se fait pas. Et sur le long terme, ça n’apportera rien de bon ni à vous ni à la profession.)

La situation mentionnée ci-dessus n’est pas la seule qui puisse mener à la fin de votre collaboration avec une agence, puisque celles-ci sont sans cesse bombardées de CV et d’e-mails de la part de nouveaux fournisseurs potentiels qui cherchent à se faire une place sur le marché. Si les PM testent un nouveau traducteur, ils peuvent se rendre compte qu’ils sont plus intéressants que vous, en particulier si la qualité de leurs traductions et leurs tarifs sont plus avantageux que les vôtres.

Raison n° 12. En ce qui concerne les tarifs, si les vôtres sont plutôt élevés pour l’agence en question, le niveau de votre travail doit, de leur point de vue, correspondre au montant qu’ils payent. De nombreuses agences seront prêtes à débourser plus pour des textes compliqués, mais vous devez vous assurer de livrer la qualité nécessaire et requise.

Raison n° 13. Vous refusez de revoir votre tarif et de négocier. C’est de bonne guerre. Après tout, nous sommes des traducteurs indépendants et nous pouvons établir nos propres conditions. Mais une agence lance parfois un projet avec un budget serré et doit vous demander de baisser un peu votre tarif ou de renoncer à votre tarif minimal dans ce cas particulier. Avec un peu de chance, ce type de situation ne se produira pas trop souvent, mais si cela arrive, l’agence saura se souvenir des traducteurs qui ont apporté leur aide et les récompensera avec plus de travail. Et ceux qui n’ont pas apporté leur aide seront peut-être rayés définitivement de sa liste de contacts.

Raison n° 14. Vous quittez le pays dans lequel l’agence se trouve et une clause de sa politique stipule qu’elle ne travaille qu’avec des traducteurs vivant dans le même pays. Il y a quelques années, lorsque je suis retournée en Angleterre après avoir travaillé en Espagne, certaines de mes agences clientes étaient réticentes à l’idée de poursuivre notre collaboration.

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Raison n° 15. Vous partez en congé maternité et découvrez que vos services ne sont plus requis quand vous en revenez. Lorsque ma fille est née, peu de temps avant mon retour ici, je n’ai pas arrêté de travailler complètement très longtemps, seulement trois mois environ. Après ça, j’ai travaillé quelques heures chaque jour, ce qui m’a permis de conserver les clients que je souhaitais le plus garder. Bien sûr, chaque bébé est différent, mais je me suis rendue compte que je pouvais tout à fait m’asseoir à mon bureau et réaliser quelques traductions pendant qu’elle dormait.

Raisons n° 16 et 17. L’agence décide que tous leurs fournisseurs doivent utiliser un outil de TAO spécifique (Trados, MemoQ, etc.), au mépris de toute compatibilité avec celui que vous possédez, et se sépare de vous si vous n’achetez pas ledit outil de TAO.

De la même manière, l’agence peut décider de commencer à utiliser un outil de TAO basé sur le cloud et, si vous refusez d’alimenter leurs mémoires de traduction plutôt que les vôtres, vous serez bien rapidement jeté aux oubliettes.

Raison n° 18. L’agence décide qu’il est temps de se tourner vers un marché plus bas de gamme et emprunte le chemin de la traduction machine, et vous refusez d’effectuer des tâches de post-édition.

Raison n° 19. Vous ne soignez pas suffisamment votre propre marketing, et l’agence oublie tout simplement votre existence. Si certaines agences ne vous proposent que quelques projets par an dans vos combinaisons de langues et domaines de spécialisation, il est important de leur rappeler que vous êtes toujours disponible en leur envoyant régulièrement des messages, en particulier si vous vous trouvez dans une période creuse et que vous avez du temps.

Raison n° 20. Vous n’avez pas de police d’assurance. S’il s’agit là d’une condition obligatoire, elle est généralement précisée dans le contrat ou dans l’accord de confidentialité que l’on vous demande de signer au début de la collaboration.

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Raison n° 21. Votre traduction comporte une erreur que vous ne remarquez qu’après l’avoir livrée, donc vous la livrez à nouveau. Et vous la renvoyez peut-être encore une fois après avoir remarqué une autre erreur. Ce n’est pas comme ça que l’agence aura confiance en vos aptitudes. Et s’ils n’ont pas révisé votre travail et l’ont déjà envoyé au client final, ils pourraient se retrouver dans une situation compromettante, à devoir expliquer pourquoi ils fournissent une nouvelle version de la traduction au client.

Raison n° 22. Vous tenez publiquement sur les réseaux sociaux des propos qu’ils n’apprécient pas. Même si cela n’a pas forcément de rapport avec eux ou la traduction, ils peuvent s’indigner de vos opinions concernant la politique, la religion mais aussi, dans mon cas, le réchauffement climatique, les questions environnementales, la défense des animaux… C’est pourquoi nombreux sont les collègues qui refusent d’alimenter leurs profils publics sur les réseaux sociaux avec des publications controversées et hors-sujet, ce qui paraît être une décision sage et justifiée.

Cependant, vous devez également faire attention à ce que vous dîtes dans le cadre de groupes fermés, tels que Things Translators Never Say et Watercooler sur Facebook (le groupe The League of Extraordinary Translators est public). Vous ne pouvez jamais savoir qui va lire vos plaintes au sujet d’une agence et l’en informer. Bien sûr,  nous avons tous besoin de relâcher la pression de temps en temps, et la plupart d’entre nous n’ont pas l’occasion de râler au bar avec les collègues en fin de journée : c’est pourquoi nous le faisons en ligne. Mais, s’il vous plaît, faites de votre mieux pour vous assurer que les personnes dont vous parlez ne soient pas reconnaissables si vous souhaitez garder votre client.

La révision : un sujet épineux

Article original en anglais The Thorny Subject of Revisions rédigé par Nikki Graham et publié sur le blog de l’auteur My Words for a Change.

Traduction en français réalisée par Théo Dujardin, étudiant en M2, Master TSM à l’Université Lille3

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Personne n’aime récupérer une de ses traductions truffée de modifications et de commentaires, car cela indique surtout que le client n’est pas satisfait du travail fourni. Une erreur est une erreur ; il faut l’admettre et la corriger. C’est en apprenant de ses fautes que l’on s’améliore et que l’on apprend à ne plus retomber dans les mêmes pièges. Il faut aussi croiser les doigts que les conséquences ne soient pas trop graves et que la relation avec le client ne s’en trouve pas compromise.

Lorsqu’il n’y a, en revanche, aucun problème à signaler, et que le rouge ne met en évidence que des divergences d’opinions subjectives entre traducteur et réviseur, c’est une autre histoire. L’échange qui s’ensuit peut vite se transformer en une joute verbale pour déterminer qui a raison et qui a tort. Au final, comme dans un match de tennis de table, même si l’un des deux camps finit par remporter la victoire, chacun peut tout de même marquer des points au cours de l’échange.

Depuis longtemps, la révision a été un sujet délicat. C’est pour cela que les forums grouillent de messages de traducteurs mécontents qui grincent des dents après que leurs textes ont été édités sans raison valable et auxquels on a apporté des « modifications injustifiées ». J’ai souvent été amenée à travailler d’un côté comme de l’autre, et en tant que réviseur, des « modifications injustifiées », j’en ai faites un certain nombre, car mon but a été et sera toujours de fournir au client final le meilleur rendu possible de son texte. Pour ce faire, il est parfois nécessaire de modifier quelques éléments çà et là pour que le texte soit plus fluide.

La révision devrait être appréhendée comme un travail collaboratif

Il est infiniment préférable que ces modifications aient lieu dans un esprit de coopération. L’agence devrait envoyer une copie du texte révisé au traducteur original, qui serait libre d’approuver (ou non) les modifications avant d’envoyer la traduction au client final. Or de nos jours, nombreuses sont les agences à sauter entièrement cette étape ; elles se contentent de donner au traducteur une copie révisée à titre purement informatif, ou pour justifier qu’il sera moins payé après que le texte a été livré au client final et qu’il est trop tard pour donner son avis quant aux modifications apportées.

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Je peux comprendre pourquoi certaines agences ne laissent pas le traducteur donner son opinion quant à la révision. Parfois, il n’y a malheureusement pas le temps pour que traducteur et réviseur se renvoient la balle. Dans d’autres cas, la révision n’est qu’une étape que l’on sous-traite histoire de pouvoir cocher la case « contrôle qualité » d’une check-list, sans se préoccuper véritablement du résultat final. Autre possibilité : certaines agences sont peut-être lasses d’avoir affaire à des traducteurs grognons incapables d’accepter l’idée que le fruit de leur travail puisse être amélioré et qui estiment qu’ils doivent contester la moindre modification qu’apporte le réviseur afin de prouver leur valeur. Malheureusement, ce comportement est souvent la conséquence directe du fait que certaines agences vont les payer moins si une « erreur » est repérée dans un texte. C’est un cercle vicieux.

La langue est telle qu’une seule et même personne ne peut avoir toutes les réponses

Si une agence ne donne pas de droit de regard au traducteur quant aux modifications, elles placent toute leur confiance en une seule personne. Cependant, la langue est telle qu’une seule et même personne ne peut détenir toutes les réponses. Une erreur ou une phrase un peu bancale ne signifie pas pour autant que le texte entier soit mauvais, ni que l’avis du traducteur (qui a une bien meilleure connaissance du texte après le travail de recherche qu’il a dû effectuer pour pouvoir traduire) ne compte plus.

D’une part, lorsque je mets ma casquette de réviseur, j’indique souvent aux agences que j’estime que le traducteur a fait du bon travail, quand bien même j’y ai apporté des modifications. La principale raison est que je n’ai pas envie qu’elles aient une mauvaise impression sur cette personne et ne fassent plus appel à elle à l’avenir. D’autre part, lorsque je reçois une de mes traductions révisées, j’accepte généralement tous les changements sans chercher à me plaindre, sauf dans les cas où la qualité du texte s’en est retrouvée appauvrie. La vie est trop courte, il faut accepter que chacun a son propre style, que l’on affectionne particulièrement certaines phrases et expressions tandis que l’on évite coûte que coûte d’utiliser certaines autres ; en d’autres termes, que chacun dispose de ses propres critères qui déterminent qu’un texte sonne bien ou non.

L’objectif devrait être de satisfaire le client

L’objectif commun de tous les acteurs du projet, à savoir l’agence, le PM, le traducteur, le réviseur, le deuxième éditeur (le relecteur, s’il y en a un), le département de la DTP, etc., devrait être axé sur la satisfaction du client, ce qui implique généralement de fournir la meilleure traduction possible de leur texte dans la langue source. D’après moi, c’est uniquement en travaillant de concert qu’il est possible d’atteindre cet objectif ; en d’autres termes, être une équipe plutôt que des individus qui cherchent sur qui rejeter la faute dès que quelque chose tourne mal.

 

Si vous souhaitez en lire davantage à ce sujet, vous pouvez accéder à une liste d’autres articles depuis la page Revisions

Ce billet a initialement été publié sur un blog de Nikki Graham le 14/11/2013.

 

La valeur des mots

Par Youssef Dine, étudiant M2 TSM

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Il existe de nombreuses manières de deviser un projet de traduction : le traducteur ou l’agence de traduction peut facturer au nombre de pages, de caractères et plus rarement à l’heure. Mais c’est bien entendu la facturation au mot source qui reste la plus répandue, et c’est très souvent un point de discorde entre client et fournisseur. De nombreuses questions se posent : comment déterminer le nombre de mots ? Que faire des 100 % match ? Faut-il les facturer au client ? Une agence de traduction doit-elle payer les traducteurs pour ces segments ?

Je tenterai de répondre à ces questions à travers ce billet.

 

Le décompte :

Tout d’abord, qu’est ce qu’un mot ? Cette question peut paraître étrange mais un client peut se la poser. Un nom propre est-il considéré comme un mot en traduction ? Qu’en est-t-il des chiffres ou d’un « l’ » ? Un mot composé comme « swimming pool » par exemple, est-il considéré comme 1 ou 2 mots ? Si l’on pose cette question à des traducteurs professionnels, ils répondront très certainement que tous les mots ont leur importance et devront par conséquent être comptabilisés. D’ailleurs un traducteur ne traduit pas une série de mots mais bien un texte dans sa globalité, le nombre de mots n’est qu’une manière de quantifier son travail.

Ce qui nous amène à la question suivante : comment quantifier ce travail ?

 

En général, les traducteurs et les agences travaillent avec des outils de TAO qui disposent d’un outil d’analyse permettant de décompter les mots. Bien entendu, si le document est sous format Word, le décompte de mots est également disponible. D’autres outils permettant de compter les mots existent, certains sont payants comme PractiCount ou AnyCount mais d’autres comme Word Count Tool ou Countofwords sont gratuits et ont l’avantage d’être en ligne. Mais chacun de ces outils ne dispose pas du même algorithme de comptage, et leurs résultats peuvent être très différents. À noter que pour les outils gratuits, ils ne fonctionnent qu’en copiant-collant le texte à traduire, ce qui n’est pas toujours pratique pour des documents complexes.

Pour avoir une idée, j’ai décidé de faire un test avec un texte assez long que j’ai rédigé il y a quelques années dans le cadre de mes études. Si l’on part du principe que tous les mots sont nouveaux et que le tarif du traducteur est de 0,08 €/mot, nous obtenons les résultats suivants :

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Décompte de mots sur 5 outils différents pour un même document

 

On voit bien que les résultats obtenus varient selon l’outil utilisé et bien que la différence de prix ne soit pas très élevée, sur la durée et sur plusieurs projets, ce sont des centaines d’euros qui peuvent être économisés ou perdus chaque mois.

 

Si l’on se place du point de vue d’une agence de traduction, il est clair que le devis envoyé au client prendra en compte le décompte de Word étant donné qu’économiquement il lui est favorable et qu’il est peu probable que le client ait à sa disposition un outil de TAO. Mais surtout va-t-elle comptabiliser le même nombre de mots au moment de payer le traducteur ? Là encore, il est fort probable qu’elle utilise le décompte de Trados pour maximiser son profit. D’où l’obligation pour le traducteur d’effectuer sa propre analyse et d’en discuter directement avec l’agence pour se mettre d’accord sur le nombre exact de mots à traduire.

 

Autre point de discorde : les 100 % match. Sont-ils déduits des devis faits au client ? Les agences payent-elles les traducteurs pour ces segments ? Et si oui, à quel prix ?

Que faire des 100 % match ?

Il n’y a pas de réponse définitive à cette question. Comme pour n’importe quelle question relative à la gestion de projets, la réponse est : « cela dépend ». De quoi me direz-vous ? Bien entendu, cela dépend du projet, du client, de son budget, de ses connaissances en TAO mais bien sûr du traducteur, de ses tarifs et de sa relation avec les agences. Après avoir interrogé plusieurs professionnels du milieu sur cette question, je me suis rendu compte que les pratiques n’étaient pas les mêmes d’une agence à une autre. Il arrive que celles-ci ne payent pas les traducteurs pour les 100 % match et les Context match, et ce, pour plusieurs raisons :

  • le client a des connaissances en TAO, il sait ce qu’est une mémoire de traduction et ce qu’est un 100 % match. L’agence choisit de ne pas les facturer au client et ne paye donc pas le traducteur pour ces segments afin d’assurer une bonne marge au projet.
  • l’agence part du principe que ces segments ne sont pas à relire, que les projets sont similaires et qu’en général, ce sont toujours les mêmes traducteurs qui travaillent sur les mêmes types de projets, ces segments ne sont donc pas payés au traducteur.
  • pour de pures raisons économiques : en effet, si l’on fait payer des 100 % match au client qui ne connaît pas le principe d’une TM et qu’on ne les paye pas au traducteur, notre marge sur le projet sera plus grande.

 

Mais alors, dans ce cas précis, la qualité de la traduction risque d’être impactée. Comme le montre ce billet de blog publié sur le site internet de l’agence de traduction russe Velior, les 100 % match devraient toujours être relus et donc facturés. En effet, partir du principe que le fruit d’une mémoire de traduction est forcément correct est une erreur. Parfois, ces dernières sont mal segmentées ou contiennent des erreurs que le chef de projet n’aura jamais remarquées. De plus, d’un document à un autre, il est possible que le même segment puisse se traduire autrement selon le contexte. Pour toutes ces raisons, il est très important de toujours les relire.

Reste à savoir si l’agence privilégie la qualité ou la marge…

Heureusement, plusieurs agences de traduction payent les traducteurs pour les 100 % match selon leur grille de tarifs. En général, leur prix varie entre 10 et 30 % du tarif normal. Bien entendu, pour certains types de projets, ces segments seront toujours corrects et n’auront pas forcément besoin d’être relus mais ne pas y prêter attention demeure risqué. D’ailleurs, qu’il soit payé ou non, un traducteur professionnel relira forcément tout le texte et donc tous les segments (100 % match compris) afin de traduire de façon optimale. N’est-il donc pas plus juste de rémunérer ce travail de relecture, aussi minime soit-il ?

N’hésitez à me dire ce que vous en pensez en commentaire !

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Ainsi, nous l’avons vu, deviser un projet n’est pas aussi simple que l’on croit, plusieurs facteurs entrent en jeu et aucun projet ne ressemble exactement à celui qui le précède. C’est du cas par cas. Certaines agences choisissent l’option qui leur permet d’avoir la meilleure marge au détriment de la qualité de la traduction, ce qui n’est pas toujours le bon choix. D’autres au contraire, préfèrent jouer la carte de la transparence avec leur client et de les « éduquer » sur le monde de la traduction et les outils de TAO, quitte à faire moins de marge sur un projet.

 

Au final, le plus important est que chaque acteur y trouve son compte, que la qualité de la traduction soit au rendez-vous et que chacun soit rémunéré de la manière la plus honnête et la plus transparente possible.

 

Liens utiles :

https://www.onehourtranslation.com/translation/blog/translation-billing-word-hour-or-project

http://www.nwiglobal.com/blog/translation-pricing-how-does-it-work/

https://www.proz.com/forum/money_matters/202937-translation_memory_100_matches_and_billing.html?text=translation%20memory%20100%25%20matches%20and%20billing%20(Money%20matters