Interview de Maja Bednarek, gestionnaire de projet pour TranslateMedia en Pologne

Par Emmanuelle Dutreuil, étudiante M1 TSM

 

Aujourd’hui, je vous propose une interview de Maja Bednarek, gestionnaire de projet de traduction, basée à Łódź, en Pologne. J’ai rencontré Maja au début du stage que j’effectue actuellement en assurance qualité chez TranslateMedia, une agence de traduction à Londres, qui possède des bureaux aux États-Unis, en Chine et en Pologne.

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– Tout d’abord, peux-tu me parler un peu de tes études ? Qu’as-tu étudié ? Quelles langues parles-tu ?

J’ai effectué une licence de philologie française, avec une UE de philologie anglaise (spécialité enseignement du français comme langue étrangère) à l’Université de Łódź, en Pologne. Je suis sur le point de terminer mon Master en philologie française spécialité traduction.

Je parle couramment anglais et français, j’ai un niveau intermédiaire en turc et j’ai les bases en italien. J’ai aussi appris l’allemand jusqu’au collège. Ces connaissances m’aident beaucoup au quotidien.

 

– Pourquoi as-tu décidé de devenir gestionnaire de projet ?

C’est en quelque sorte une coïncidence. J’ai postulé dans beaucoup d’agences et j’étais à la recherche d’un emploi dans le milieu des langues. Je suis tombée sur l’annonce de TranslateMedia pour un poste de gestionnaire de projet à Zduńska Wola auquel j’ai immédiatement postulé. Je pensais que ce serait le parfait point de départ de ma carrière professionnelle. C’était mon tout premier entretien et j’ai été prise.

 

– Depuis combien de temps travailles-tu chez TranslateMedia ?

Ça fera un an le 8 août. Le temps file à une vitesse…

 

– Qu’est-ce qu’une journée typique pour toi ?

Le point positif de ce travail, c’est que les jours ne se ressemblent pas. Le marché français est très particulier et je ne sais jamais à quoi m’attendre quand j’arrive le matin. Il est possible qu’un jour je ne fasse que des QA et que le lendemain je sois occupée à attribuer des projets très urgents à des traducteurs.

 

– Y a-t-il un projet « typique » ?

Comme je l’ai dit précédemment, il n’y a pas de projet « typique » car j’ai plusieurs clients avec des besoins et spécialités différents. S’il fallait vraiment que je donne une réponse, je dirais FR>EN, 1 000 mots en marketing.

 

– Pour les clients réguliers, utilises-tu toujours les mêmes linguistes ?

Je n’ai que quelques clients réguliers. Pour ceux-ci, nous avons une équipe de linguistes qui travaille sur ce compte. Parfois, il est suffisant de mettre le projet sur « Auto » (les linguistes reçoivent des alertes par email et peuvent s’attribuer la traduction). Cependant, il est primordial que les traducteurs connaissent le client, la terminologie appropriée, qu’ils aient un brief entre les mains et qu’ils aiment travailler avec ce client.

 

– Quels sont les aspects les plus compliqués de ton travail ?

Je dirais les projets complexes, notamment ceux qui ont un délai très court, quand il n’y a pas de linguiste disponible et que le client souhaite recevoir ses traductions le plus rapidement possible. Il est également compliqué de gérer les situations dans lesquelles un client modifie le fichier source alors que le projet a déjà été lancé ou lorsqu’il envoie d’autres phrases à traduire pour ce même document alors que le projet est terminé.

 

– Quel est l’aspect le plus gratifiant de ton travail ?

Je trouve cela très gratifiant quand les traducteurs me disent qu’ils ont aimé travailler avec moi ou quand ma supérieure me dit que j’ai fait du bon travail, surtout lors de projets très complexes. C’est aussi très gratifiant et motivant quand je rends possible un projet qui paraissait impossible au départ.

 

– Comment gères-tu les délais très courts, les plaintes des clients ou les problèmes avec les linguistes ?

C’est très stressant. Heureusement pour moi, j’ai de bonnes qualités relationnelles et je parviens, la plupart du temps, à faire que tout fonctionne comme il faut.

En ce qui concerne les délais très courts, j’ai une excellente équipe de linguistes avec qui j’ai une très bonne relation. En cas d’urgence, je les appelle et leur demande leur aide.

Pour les plaintes des clients, c’est une question sensible. Parfois, il suffit de parler aux traducteurs et leur traduction est retravaillée. Parfois, c’est un peu plus compliqué.

 

– Tout au long de notre Master 1, on nous a enseigné l’importance de la présence sur les réseaux sociaux (LinkedIn, Viadeo, Facebook, Twitter, etc.). Qu’en penses-tu ? Où trouves-tu tes linguistes ?

Je pense en effet que c’est très important ! Nous avons une base de données importante (de l’ordre de 6 000 linguistes) et la plupart du temps, nous faisons appel à des linguistes qui sont enregistrés chez nous.

Si jamais nous avons besoin d’un nouveau traducteur, personnellement, je regarde sur Proz et LinkedIn. Nous avons une équipe de recrutement qui se charge de recruter des linguistes tous les jours et ils les trouvent en général sur les réseaux sociaux.

 

– Tu es spécialisée dans le marché français, mais tu travailles également avec d’autres langues. J’imagine que pour certaines langues, il est plus compliqué de trouver des linguistes. Comment procèdes-tu dans ce cas ?

Je travaille avec beaucoup de clients parlant français mais pour ceux-ci nous n’effectuons pas seulement des projets EN>FR ou FR>EN. Ils peuvent tout à fait faire appel à nous pour d’autres langues. Comme je l’ai mentionné plus haut, nous avons une très grande base de données pour presque toutes les langues : pour les langues les plus demandées comme l’anglais ou l’espagnol, mais aussi pour les dialectes en Inde comme l’ourdou ou le bengali.

Récemment, j’ai eu un projet en occitan, une langue très peu demandée, parlée notamment dans le sud de la France, à Monaco et dans certaines parties de l’Italie et de l’Espagne. Avec l’équipe de recrutement, nous avons réussi à trouver un excellent traducteur qui est désormais dans notre base de données.

 

– Quels outils de TAO utilisent vos linguistes pour traduire ?

Nous avons notre OnlineEditor, qui est l’outil de TAO de TranslateMedia intégré à notre système. Nous encourageons nos linguistes à travailler sur celui-ci puisqu’il nous aide à gérer le flux de travail et les aspects techniques du projet. Environ 80 % de nos linguistes trouvent que l’OE est facile à utiliser et choisissent de s’en servir. Cependant, si l’un d’entre eux insiste pour travailler avec son propre outil de TAO, nous lui envoyons le fichier source en format .xlf ou .rtf ainsi que la mémoire de traduction et les documents de référence.

 

– Selon toi, quelles sont les qualités les plus importantes pour être un bon gestionnaire de projet ?

Être capable de faire plusieurs choses à la fois ! C’est primordial. Parfois, il arrive que je doive attribuer des projets, faire un devis pour un client, répondre à des questions des linguistes et faire un QA, tout cela à la fois. Je dirais aussi qu’il faut savoir bien gérer son temps. Je pense qu’il est également important d’avoir de bonnes compétences relationnelles pour avoir un bon contact avec les traducteurs. Aussi, je dirais qu’être minutieux est un très gros avantage pour les QA.

 

Je te remercie Maja d’avoir pris le temps et d’avoir eu la gentillesse de répondre à toutes mes questions.

Pourquoi accueillir un stagiaire dans son agence de traduction ? Un entretien convaincant

Par Lucie Lambert, étudiante M1

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Dans le monde de la traduction, le stage apparaît aujourd’hui comme une étape essentielle, voire déterminante pour les étudiants. Lors des recherches de stage, nombreuses sont les agences de traduction, petites ou grandes, qui déclarent ne pas être intéressées par un stagiaire. Mais alors pourquoi d’autres agences se lancent-elles dans cette aventure ?

Maura Bottazzi, associée-gérante de l’agence de traduction STUDIO TRE Traduzioni, a accepté de partager son point de vue.

[Interview retranscrite de l’italien]

 

L’agence a été fondée il y a 38 ans, depuis combien de temps accueille-t-elle des stagiaires ?

Cela fait maintenant de très nombreuses années, nous l’avons fait dès que cela a été possible. Nous avons débuté avec l’École Supérieure pour Interprètes et Traducteurs de Forlì [Université de Bologne, Ndr], avec laquelle nous collaborons par le biais d’une convention. De là, nous nous sommes rendus compte que les étudiants qui sortaient de cette école étaient très bien préparés au métier de traducteur/interprète. C’est grâce à cette convention que nous avons pu connaître des étudiants qui recherchaient un stage d’études.

 

Avez-vous de nombreuses conventions comme celle-ci ?

Nous avons par la suite débuté des collaborations avec d’autres universités en Italie, mais également à l’étranger. Je les ai contactées moi-même pour savoir si elles pouvaient être intéressées et nous envoyer des stagiaires. J’en voudrais encore plus mais malheureusement je n’ai pas eu beaucoup de réponses de l’étranger : nous avons par exemple reçu beaucoup de stagiaires français, un stagiaire allemand mais jamais de stagiaire britannique, et ce pour des raisons géographiques et financières que je peux comprendre. Je reçois également des dossiers directement des universités.

 

Est-ce que ces conventions rendent le processus d’accueil plus facile ?

Avec cette façon de fonctionner, nous savons de quelle université et de quelle formation viennent les stagiaires. Cela nous permet de faire un choix plus adapté et ciblé. Je peux demander des étudiants ayant des combinaisons particulières.

 

Quelles étaient les attentes et l’intérêt de l’agence dans un premier temps ?

Le premier objectif était de connaître des étudiants qui avaient fait un certain type d’études universitaires et qui pouvaient ensuite faire partie de nos futurs collaborateurs. Nous voulions également évaluer leurs compétences. Ces collaborations nous permettent de comprendre si les stagiaires qui viennent chez nous pourront ensuite faire partie de l’équipe. En plus des compétences qui sont fondamentales, nous portons une attention particulière aux valeurs humaines et au travail de groupe : l’accueil de stagiaires nous donne ainsi l’occasion de les connaître mieux en tant que personne mais également en tant que travailleur.

 

La période de stage profite-t-elle aussi bien au stagiaire qu’à l’agence ?

Les stagiaires viennent avec des compétences et des connaissances variées. C’est enrichissant pour l’agence. Une des choses importantes que nous souhaitons offrir aux stagiaires est la possibilité de voir concrètement comment le travail se fait, ou comment nous aimerions qu’il soit fait, en effectuant réellement les tâches d’une agence de traduction. En résumé, parler de ce que signifie travailler avec la précision, la vitesse, l’urgence, les délais, toutes ces caractéristiques qui font mieux comprendre le métier de traducteur/interprète.

Par exemple, à la fin de sa formation en interprétation, une employée n’avait pas assez d’expérience. Nous l’avons donc suivie dans son intégration professionnelle en lui offrant des occasions. J’ai maintenant entièrement confiance en elle car je sais précisément ce dont elle est capable. Il est évident que la formation des stagiaires doit exister afin de leur montrer le sérieux et la responsabilité dont nous avons besoin. Le stagiaire doit également demander, s’informer et essayer.

L’aspect humain est aussi fondamental pour nous : un bon traducteur qui ne partage pas nos valeurs ne pourra pas travailler correctement dans et pour notre agence. C’est pour cela que nous organisons des journées de formation et de réflexion pour nos employés sur le thème du travail de groupe.

 

L’agence a-t-elle des critères pour choisir ses stagiaires ?

Pour les universités avec lesquelles nous avons des conventions, nous donnons des caractéristiques : lorsque nous recevons une offre, nous avons accès au parcours, à la spécialisation et aux langues. En ce qui nous concerne, si aujourd’hui nous devons faire un choix entre un étudiant faisant anglais-espagnol et un autre faisant anglais-allemand, au vu de nos besoins, c’est celui qui fait allemand qui sera choisi. Le choix se limite d’abord à la langue car les autres caractéristiques se vérifient lorsque la personne vient en stage. Sur le curriculum vitae, les informations sont souvent trop génériques pour comprendre quel genre de personne se cache derrière.

 

Est-ce que l’utilisation des outils de TAO fait également partie de ces critères ?

C’est aujourd’hui fondamental pour nous. Autrement, cela devient difficile : durant la période de stage, le stagiaire utilise très souvent ces outils. S’il a déjà les bases, il réussit à travailler dans de meilleures conditions dès son arrivée.

 

Plutôt stagiaire en traduction ou en gestion de projet ?

Je dirais que pour le moment, ce n’est pas un élément de sélection. Lorsque nous échangeons avec les stagiaires, nous nous rendons compte d’une chose : c’est en étant au cœur du sujet qu’ils s’aperçoivent de comment fonctionne le monde du management et celui de la traduction, et se rendent forcément compte de leur préférence. La plupart du temps, les stagiaires n’ont aucune idée de ce que signifie être gestionnaire de projet dans une agence de traduction. Certains découvrent que ce n’est pas fait pour eux car ils n’arrivent pas gérer le stress et l’urgence ; ils préfèrent traduire dans une certaine tranquillité, le stress est moins important que celui d’un gestionnaire de projet. En revanche, d’autres découvrent un travail très différent et varié : ils mettent de côté la traduction pure pour gérer des projets en faisant des contrôles, des mises en pages et en prenant contact avec les traducteurs. C’est quelque chose qui se découvre grâce au stage.

 

Quelles sont les avantages et les inconvénients d’avoir des stagiaires en agence ?

Les avantages seraient la collaboration, le travail de groupe, et le fait de former nos potentiels futurs collaborateurs, c’est ce qu’il y a de plus important. C’est comme dans le football : les futurs grands joueurs sont choisis dans les équipes composées de jeunes talents. C’est un peu la même chose avec nous : il s’agit de créer cette base dans laquelle nous viendrons choisir nos collaborateurs.

Un inconvénient serait le temps que je perds dans la gestion administrative. Avant de recevoir les stagiaires, il faut échanger, rassembler les documents et respecter certains délais. Durant le stage, je dirais que c’est le temps dédié à expliquer et à former. Ce n’est cependant pas vraiment un inconvénient puisque c’est du temps dédié utilement, de façon à se projeter dans l’avenir. Il s’agit d’un investissement. Cela fait partie de la construction de notre grand réseau de collaborateurs et c’est un choix que nous avons fait. Nous n’avons jamais considéré le stagiaire, comme le font de nombreuses agences et entreprises, comme un travailleur à bas coût. Ces agences n’ont pas l’objectif de les former en vue d’une future collaboration.

 

S’il y a une opportunité, est-il possible de décrocher un poste interne ?

S’il y a un poste de libre et que la personne correspond à nos exigences, alors oui nous pouvons y penser. Actuellement, trois anciennes stagiaires sont employées chez nous. Il est cependant plus facile de devenir un collaborateur freelance externe : c’est le cas de beaucoup de nos anciens stagiaires avec qui nous collaborons toujours.

 

Conseilleriez-vous aux autres agences de traduction d’avoir recours à des stagiaires ?

Oui, absolument. Je pense que ceux qui ont suivi une formation en traduction et un approfondissement linguistique ont besoin de comprendre davantage comment le travail fonctionne au sein d’une agence de traduction, surtout par rapport à une entreprise quelconque. C’est un moyen pour l’agence de s’assurer de bons collaborateurs pour la suite. Nous sommes très fiers d’accueillir des stagiaires, en espérant qu’ils soient également satisfaits de l’expérience vécue, tant au niveau professionnel qu’humain. Diffuser notre façon de penser et de travailler est l’un de nos objectifs pour continuer à avancer dans ce secteur.

 

Merci à Maura Bottazzi pour sa participation.

 

 

Portrait : Interview d’Émilie Tomczak, une ancienne étudiante TSM aujourd’hui chef de projets de traduction freelance

Par Mélissa Launay, étudiante M2 TSM

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J’ai rencontré et travaillé avec Émilie Tomczak lors de mon stage de Master 1 que j’ai effectué en gestion de projet, dans une agence de traduction à Bruxelles. Et oui ! Le réseau TSM est un grand réseau qui s’étend par-delà les frontières !

Depuis plusieurs mois, Émilie s’est lancée dans le monde du travail en freelance et a accepté de nous parler de son parcours au sein du Master TSM ainsi que de ses expériences professionnelles.

 

– Émilie, peux-tu nous décrire ton parcours avant le Master TSM ?

J’ai suivi une Licence LEA, parcours anglais-espagnol, à Roubaix (dans notre ancien bâtiment ! Place Bodart Timal). Au cours de la troisième année, je suis partie étudier un semestre à Manchester où je suivais notamment des cours de traduction. Ensuite, j’ai décidé de partir en assistanat dans la région de Manchester car j’avais adoré cette ville lors de mon séjour Erasmus. En revenant, en 2011, j’ai intégré la première année du Master TSM.

Tu es partie entre ta Licence et ton Master parce que tu n’étais pas sûre de vouloir intégrer notre Master ?

Non, j’avais d’ores et déjà l’intention de passer le test d’entrée de première année, mais l’occasion de repartir à Manchester s’est présentée et je n’ai pas hésité. Cela me permettait de faire un « break » avant de commencer mes deux dernières années d’études. Cette opportunité m’a permis de découvrir un domaine que je n’avais jusque-là jamais envisagé (l’éducation), tout en continuant à perfectionner mon anglais et à approfondir ma connaissance de la culture britannique.

– Pourquoi as-tu choisi ce Master ?

Il faut savoir que les différents Master TSM de France n’offrent pas forcément le même programme.

Par chance, le Master de Lille 3 est celui dont le programme m’attirait le plus, je n’ai donc pas hésité très longtemps. Ce Master, qui fait partie du réseau EMT, garantit un certain niveau de qualité de l’enseignement fourni.

Intégrer le Master TSM de Lille signifiait aussi fréquenter un environnement que je connaissais déjà, que ce soit les locaux ou l’équipe enseignante. Cet aspect-là était aussi rassurant. Vraiment, le choix du Master n’a pas été très difficile à faire !

– Tu as été diplômée en 2013, que souhaitais-tu voir améliorer pour les futurs étudiants ?

Au niveau des programmes et matières enseignés, j’aurais aimé approfondir mes connaissances des différents outils de traduction. Il y a quelques années, nous nous concentrions essentiellement sur SDL Trados Studio. Certes, cet outil couvre une majeure partie du marché de la traduction, mais d’autres outils sont aussi largement utilisés. Bien sûr, le stage est un bon moyen d’approfondir ses connaissances à ce niveau mais j’aurais aimé être mieux préparée et avoir déjà une maîtrise plus avancée de ces outils.

Nous nous sommes rencontrées dans l’entreprise où tu avais effectué ton stage de M2 et dans laquelle tu avais obtenu un poste, peux-tu nous en dire plus sur ton stage de M1 (le lieu, la durée, les tâches) ?

J’ai également effectué mon stage de première année en gestion de projet dans une agence sur Paris. C’était un stage long qui a duré 6 mois. Concernant les tâches qui m’étaient confiées, j’avais les mêmes missions qu’un chef de projet : le contact avec les clients, la préparation des fichiers et l’élaboration d’un devis dans un premier temps. Puis, lorsque le projet était lancé, je prenais contact avec les fournisseurs (c’est-à-dire le ou les traducteurs, le réviseur, le DTPiste…) afin d’établir un planning de livraison. Tout au long du projet, le gestionnaire de projet reste l’intermédiaire privilégié entre les clients et les fournisseurs. Une fois les traductions terminées, je m’occupais parfois de la relecture des traductions avant de livrer les fichiers finaux au client. J’étais également en charge du suivi post-mortem des projets et de la gestion de bases de données terminologiques.

Pour le M2, j’ai fait mon stage en gestion de projet à nouveau, à Bruxelles. Les tâches étaient sensiblement similaires. À la suite de ce stage de 6 mois, j’ai été embauchée et je suis restée à ce poste pendant près de 3 ans.

Il faut savoir que les missions confiées au gestionnaire de projet peuvent varier selon les entreprises. Par chance, j’ai effectué deux stages très complets qui m’ont permis d’aborder, en plus de la gestion de projet en elle-même, les aspects commerciaux ou techniques des projets de traduction.

– Lors de la recherche de nos stages, il nous est conseillé, d’essayer le domaine de la traduction et celui de la gestion de projet, était-ce ton choix de rester en gestion de projet ?

Lors du choix de stage de fin d’année, deux options s’offrent généralement à nous : la traduction ou la gestion de projet. J’ai remarqué qu’en première année, nous étions assez réticents à l’idée de choisir la gestion de projet, car l’enseignement de cette matière consistait en seulement quelques heures de cours par semaine ; il s’agissait d’une initiation. Nous avions donc peut-être l’impression de ne pas être assez préparés à affronter cela si tôt dans le cadre d’un stage en entreprise, même si les quelques heures de cours dispensées nous avaient déjà apporté de solides bases.

Malgré tout, j’ai voulu découvrir ce métier dès la première année et j’ai tout de suite compris que c’était ce qui me plaisait. C’est d’ailleurs pour cela qu’en deuxième année, j’ai également choisi un stage en gestion de projet. Cela m’a permis d’approfondir les connaissances acquises lors du premier stage, tout en découvrant une nouvelle entreprise et sa façon de travailler.

– Cette première expérience t’a-t-elle ensuite aidée pour les cours de gestion de projet en M2 ?

Oui, l’expérience et les connaissances acquises lors du stage de M1 m’ont clairement permis d’appréhender le programme de M2 plus sereinement, notamment dans la manière d’aborder un projet et grâce à certains automatismes acquis lors du stage.

Il nous est enseigné que la visibilité sur les réseaux professionnels est très importante, qu’en penses-tu (que ce soit en tant qu’étudiant ou jeune travailleur) ?

Je suis complètement d’accord ! Le seul réseau professionnel que j’utilise à l’heure actuelle est LinkedIn, mais j’ai longtemps été réticente à l’idée de créer un profil. Puis je me suis finalement lancée. Au fur et à mesure que mon réseau professionnel s’agrandit, je me rends compte à quel point il est important de savoir développer et entretenir son réseau professionnel et sa visibilité sur ce type de sites. La moindre activité (publication, commentaire, « like ») peut être visible par tous et cela permet parfois d’être repéré par des personnes qui sont susceptibles d’être intéressées par notre profil. Je pense que c’est grâce à cela que j’ai plusieurs fois été contactée par des chefs d’entreprise, ou des directeurs de ressources humaines, qui étaient intéressés par mon profil et me proposaient des entretiens pour des postes (en traduction ou gestion de projets).

–  Le Master TSM est aussi un réseau important, es-tu en contact avec tes camarades de Master TSM ?

En effet, le réseau du Master TSM est assez important, mais surtout très actif. Cela m’a tout d’abord été utile pour la recherche de stage. Les étudiants d’anciennes promotions n’hésitent pas à nous transmettre l’information, dès qu’un stage est proposé dans l’entreprise où ils travaillent. C’est d’ailleurs grâce aux offres postées par les anciens étudiants sur le forum TSM que j’ai trouvé mes deux stages.

Comme je le disais précédemment, il est important d’entretenir son réseau et je suis bien sûr encore en contact avec plusieurs étudiants de ma promotion. Maintenant que nous sommes dans la vie active, nous n’hésitons pas à partager nos « bons plans » professionnels. Une entreprise qui recherche un traducteur en interne, une agence qui propose un poste de gestionnaire de projet, etc., ces informations sont vite partagées. Il n’est pas rare de recroiser d’anciens étudiants ou camarades de promotion au cours de notre parcours professionnel, que ce soit lors d’entretiens ou une fois en poste !

Après 2 stages de 6 mois et plus de 2 ans à travailler en agence, tu es chef de projets de traduction freelance. Penses-tu que l’expérience en agence est primordiale ?

Personnellement, je ne me serais pas sentie capable de me lancer directement en freelance sans avoir acquis de l’expérience en agence au préalable. De mon point de vue, le travail en agence promet certes moins d’indépendance et d’autonomie, mais il impose un certain « cadre », qui, en tant que débutante, m’avait rassurée. Le fait d’avoir des collègues autour de soi permet aussi de se sentir soutenu et d’être plus confiant face aux problèmes qui pourraient survenir pendant un projet. Au fil du temps, cette façon de travailler me convenait de moins en moins, et j’ai donc pensé au travail en freelance.

– Comment t’es-tu préparée ? As-tu suivi une formation ou autre ?

Il est vrai qu’avant de me lancer en freelance, j’ai beaucoup hésité. Pour moi, « créer son entreprise » était quelque chose au-dessus de mes capacités. Finalement, l’installation en freelance s’avère beaucoup plus simple que prévue ! Je ne m’y suis pas réellement préparée et je n’ai pas suivi de formation particulière. Le métier reste fondamentalement le même, à quelques détails près. Chaque entreprise, chaque client a sa propre manière de travailler et ses spécificités en interne. C’est surtout la façon de gérer son quotidien qui est différente. À ce niveau, j’essaie de m’imposer des horaires « de bureau » mais je reste malgré tout assez libre de remplir mon emploi du temps de la journée comme je le souhaite et de m’accorder des plages de temps libre. Par exemple, contrairement au travail en agence, je ne suis pas contrainte de rester devant mon ordinateur si l’activité est réduite.

Aussi, en tant que freelance, ce qui peut paraître contraignant est l’aspect administratif. Mais au bout de quelques mois, on s’y habitue très vite…

– Les débuts en freelance peuvent s’avérer difficiles, comment t’en sors-tu ?

Cela fait 3 mois que j’ai débuté ma carrière de freelance et tout va pour le mieux. On ne cessera de répéter l’importance du réseau (professionnel, universitaire, personnel) mais c’est vraiment cela qui m’a permis de trouver rapidement mes premiers clients.  Les premiers mois d’activité en tant que freelance peuvent être difficiles (peu de clients, activité réduite) mais pour ma part, j’ai très vite trouvé mon rythme de travail. Aujourd’hui, je suis autonome dans la manière de gérer mon emploi du temps et j’ai su trouver l’équilibre entre temps de travail et temps libre.

– Pour terminer, as-tu des conseils pour ceux qui souhaitent se lancer dans l’aventure de la gestion de projet ? Quelles sont les qualités à avoir selon toi ?

Je dirais qu’il ne faut pas hésiter à tenter la gestion de projet dès le stage de M1. Même si cela peut paraître assez peu concret et flou après les quelques heures de cours dispensées à l’université, en pratique on se rend vite compte si ce métier est fait pour nous ou non. Pour beaucoup, le stage de M1, qu’il soit fait en gestion de projet ou en traduction, est un bon moyen d’orienter son choix de carrière.

Concernant les compétences d’un gestionnaire de projet, il doit être polyvalent, organisé, proactif car il doit être en mesure de gérer les imprévus. Un chef de projet doit évidemment savoir travailler sous pression :  gros volumes à traduire, délais serrés, tout gestionnaire de projet a déjà connu cela ! C’est ce qui me motive dans ce métier pour ma part ! Avoir des compétences avancées en informatique peut aussi s’avérer être un réel atout.

Il est aussi important d’être au fait de l’actualité du monde de la traduction. C’est un domaine très vaste, le marché évolue très vite et il est toujours bon de se tenir au courant de ce qui s’y passe.

– Merci beaucoup Émilie pour avoir partagé toutes ces informations sur le Master TSM et sur l’après TSM. Je tiens également à te remercier pour ton aide au cours de mon stage.