Traduire la publicité

Par Matthieu Lozay, étudiant M2 TSM

La publicité représente une branche très particulière du secteur de la traduction. Elle mêle différentes compétences spécifiques, comme la créativité, une capacité d’adaptation et de localisation ou encore des connaissances en marketing et en communication. La traduction littérale est ici la plupart du temps proscrite, car une formulation propre à une langue n’aura certainement pas le même impact dans une autre. L’effet produit chez le consommateur « source » doit être au mieux similaire chez le consommateur « cible ». À cet égard, il est certain que la balance penche beaucoup plus vers la fluidité que vers la fidélité pure. Toutefois, l’objectif initial doit tout de même être respecté, d’où la complexité de la tâche.

Comme le résume Mathieu Guidère dans la revue Meta, dans ce secteur, « ce qui est à traduire, c’est la persuasion qu’exerce le texte sur le destinataire ». Il définit par ailleurs la localisation publicitaire comme étant l’adaptation d’une « communication commerciale à un locus (province, pays, région, continent) en prenant en charge la totalité du processus d’adaptation textuelle et iconographique. Cela signifie que le traducteur est maître d’œuvre pour l’intégralité du message et qu’il est responsable à la fois de la traduction du texte, des retouches éventuelles des images qui l’accompagnent, mais également de la mise en forme finale de la communication publicitaire : ajustements éventuels du texte et de l’image, choix des couleurs, adaptation des symboles, etc. ». On distingue quatre évolutions majeures dans ce secteur :

Les premiers cas de traduction publicitaire restaient très proches du texte source, et les traducteurs misaient beaucoup sur la fidélité (au détriment de la fluidité). Puis, avec l’évolution du secteur ainsi que de nos modes de consommation qui nous a mené à l’omniprésence croissante de la publicité dans nos vies, les traducteurs se sont davantage penchés sur la question et ont réalisé que la fidélité n’était que secondaire dans ce domaine. C’est ici qu’est née l’adaptation dans le milieu de la traduction publicitaire.

Puis, les traducteurs ont été amenés à s’interroger sur l’objectif de ce type de travail. Ils se sont petit à petit mis à la place de la cible de leur traduction, et ont cherché des formulations et des styles qui suscitent un effet chez le consommateur cible. Le point de vue s’est ainsi déplacé de la source à la cible. C’est en quelque sorte la naissance de la localisation dans ce secteur spécifique de la traduction.

Par la suite, les publicitaires ont commencé à transmettre aux traducteurs les visuels sur lesquels les traductions apparaitraient. Cela a également grandement amélioré la qualité des traductions, afin d’encore une fois se mettre à la place de la cible. L’objectif est par ailleurs de se rendre compte de l’impact visuel procuré par les effets stylistiques cités dans le deuxième point. Tous ces éléments ont pour finalité d’accroître l’efficacité des contenus publicitaires traduits.

Enfin, les progrès technologiques et informatiques ont également chamboulé ce domaine, avec entre autres les logiciels de retouche d’image qui ont permis d’encore mieux se rendre compte du visuel des publicités traduites. Les outils d’aide à la traduction ont de même grandement participé à l’amélioration et à l’optimisation du milieu. Les traducteurs pouvaient ainsi vendre non seulement leurs compétences de traduction et d’adaptation, mais aussi leurs savoir-faire techniques, c’est-à-dire la maitrise des outils précédemment mentionnés.

Les agences spécialisées dans la traduction publicitaire réalisent des tâches très diverses et variées. Mathieu Guidère en cite un certain nombre dans son article : « l’adaptation des argumentaires de vente, des manuels d’identité visuelle, des chartes graphiques et des styles rédactionnels, des brochures internes à l’entreprise, des communiqués de presse et de relations publiques, des dossiers de presse, des annonces et des courriers publicitaires, des campagnes de lancements de produits, des prospectus de présentation des services, des slogans de marque et de produit, des affiches publicitaires, des textes de promotion sur les sites web, des spots publicitaires pour la télévision et la radio, des emballages et des étiquettes destinés à l’export. » Cette grande diversité de tâches fait de la traduction publicitaire un secteur à la fois complexe et intéressant, qui plus est en perpétuelle évolution.

Comme je l’ai cité précédemment, il est évident que l’aspect communication et marketing est intrinsèque à cette branche de la traduction. Les objectifs sont les mêmes que la publicité initiale : vendre un produit ou un service, mettre en avant la marque, etc.

Pour ce qui est de l’adaptation et de la localisation, l’invisibilité de la traduction doit être parfaite dans ce domaine : il ne faut pas se rendre compte qu’il s’agit d’une traduction. Il est par ailleurs nécessaire de trouver des expressions de la langue qui semblent le plus naturel possible, et d’adapter bien souvent le message à la cible du produit. En outre, le travail d’adaptation du texte à la population à laquelle on s’adresse (que ce soient les références, les différences culturelles, géographiques, etc.) est indispensable.

Il est également nécessaire que la traduction soit cohérente avec la communication de la marque, ainsi qu’avec son style rédactionnel et de relation-client. Par ailleurs, il faut prendre en compte la grande diversité des supports publicitaires existants : affiches, spots à la télévision, à la radio ou sur Internet, communiqués, prospectus, courriers, brochures, etc. La traduction doit être « agréable » à lire ou à entendre et aisément insérable dans un encart publicitaire par exemple. Cela explique pourquoi les traducteurs dans ce domaine ont bien souvent accès au potentiel visuel afin de se rendre compte du champ de leurs possibilités.

Par ailleurs, à notre époque, la publicité est partout autour de nous : que ce soit sur Internet, dans les transports, dans notre boîte aux lettres, dans la rue, en regardant la télévision, en écoutant la radio, etc. La mondialisation est à l’origine de ce phénomène. Nous n’y faisons presque même plus attention : selon certaines études, nous voyons près de 1200 publicités par jour (parfois sans y prêter garde).  Il s’agit là d’un défi supplémentaire à relever pour un traducteur spécialisé dans la publicité : il faut que son travail se démarque et interpelle les cibles de la publicité en question. En fonction du secteur d’activité de la marque, la concurrence peut être parfois très rude. Il faut donc respecter l’identité de la marque tout en se détachant des concurrents.

Certains traducteurs créent par ailleurs une frontière au sein même de la traduction dans le secteur de la publicité. Ainsi, ne seraient « publicitaires » seulement les messages ayant pour but d’inciter à l’achat. Les slogans en sont le meilleur exemple. C’est pour ce genre de textes que la créativité est la plus mise à profit. Il existe à contrario d’autres activités dans ce secteur qui n’ont pas pour but intrinsèque de pousser à l’achat, mais qui sont tout de même rattachées à la branche principale.

La traduction publicitaire se situe donc entre trois branches pourtant très diverses : la traduction spécialisée ; la traduction littéraire ; la communication/rédaction.

L’adaptation consistera ainsi à écrire sur la trame suggérée par l’annonce originale un nouveau texte répondant aux exigences que nous avons citées. Là, il ne sera pas question de respecter scrupuleusement la pensée de l’auteur, ni même son style. Il s’agira plutôt d’atteindre le but recherché avec l’annonce originale, et la voie pour rejoindre ce but pourra s’écarter sensiblement de celle suivie par le concepteur. L’adaptateur pourra donc présenter sans rougir une de ces belles infidèles tant décriées dans d’autres domaines. Ainsi libéré, il aura la partie facile, pensera-t-on. Pas tellement car, plus qu’une belle infidèle, son adaptation devra être une belle efficace. – Robert Boivineau, 1972

Sources :

https://www.erudit.org/fr/revues/meta/2009-v54-n3-meta3474/038306ar/

https://www.franceculture.fr/emissions/hashtag/les-techniques-publicitaires-sont-beaucoup-plus-agressives-et-intrusives-quauparavant

https://www.9h05.com/defis-lies-a-traduction-publicitaire/

https://www.persee.fr/doc/equiv_0751-9532_1972_num_3_1_922

https://journals.openedition.org/traduire/875

https://www.scienceshumaines.com/publicite-et-traduction_fr_1286.html

https://www.matthieu-tranvan.fr/publicite/traduction-publicite-international.html

https://idem.ca/decouvrez-les-techniques-de-traduction-publicitaire-les-plus-utilisees/

https://www.paralleles.unige.ch/files/6115/2839/0410/Paralleles_27-2_2015_comitre.pdf

Il était une fois la traduction dans l’univers Disney

Par Margaux Mackowiak, étudiante M1 TSM

Walt-Disney-Pictures

Depuis ma prime enfance, j’ai toujours été une grande adepte des films Disney. Les années filent, je suis devenue une adulte, et pourtant, je passe un moment toujours aussi agréable à regarder ces œuvres cinématographiques. Ce doit sûrement être ça, le syndrome millennial. Avec le confinement et la sortie tant attendue de la plate-forme de streaming Disney + en France, j’ai notamment pu m’échapper de la réalité et me replonger dans les grands classiques, certains films mais aussi des séries qui m’ont rendue nostalgique, m’ont fait replonger en enfance, royaume de la bienveillance et de l’insouciance. En outre, étant donné que la plate-forme permet de regarder le contenu en VO ou dans une autre langue étrangère, je me suis dit : mais pourquoi ne pas rédiger un billet de blog pour tenter de percer les mystères de la traduction dans cet univers ?

À vrai dire, c’est une question que je me pose depuis longtemps. Je me suis souvent questionnée sur le procédé que suivent les professionnels de l’entreprise – s’ils doivent en suivre un – pour localiser les images, ainsi que pour traduire et adapter les titres des films, les chansons, les répliques, les phrases cultes. Tous ces mots qui ont entre autres bercé notre enfance et qui sont, j’en suis sûre, encore bien ancrés dans notre esprit à l’heure actuelle. Rares sont celles et ceux qui ont connaissance de tous les processus entrepris pour passer de la version originale à la version française, idem pour le fonctionnement de la traduction dans leurs parcs à thème. C’est pourquoi, aujourd’hui, je vais tenter d’élucider ce mystère pour vous, en me focalisant sur les Classiques d’animation de leurs studios. Accrochez bien votre ceinture, nous partons en voyage dans un pays de rêves et de magie, et il risque d’y avoir de la poussière de fée en chemin.

Un groupe au sommet

Avant toute chose, il faut savoir que depuis plusieurs décennies, Disney est l’une des sociétés les plus traduites au monde. D’après l’Index Translationum de l’UNESCO, une base de données complète des œuvres traduites dans le monde, de 1960 à 1980, Walt Disney Productions s’est régulièrement classée parmi les cinq « auteurs » les plus fréquemment traduits dans le monde. Entre 1980 et 2011, l’entreprise s’est même hissée plusieurs fois en haut du classement, détrônant Agatha Christie, Jules Verne, ou encore William Shakespeare. Il existe une véritable « culture » Disney au sein de notre société ; les valeurs du groupe s’adaptent aux changements d’époque, et les stratégies marketing évoluent. Bien que les premiers Classiques d’animation soient des adaptations plus « enfantines » des contes traditionnels des frères Grimm par Walt Disney, ces dessins animés sont incontestablement intergénérationnels.

Pour m’aider à la rédaction du présent article, j’ai créé un questionnaire auquel les internautes ont été très nombreux à répondre, puisque 717 personnes ont accepté d’y contribuer. Parmi les participants figuraient même des Cast Members (le nom donné aux employés des parcs Disney) et un traducteur de livres Disney. À noter que près de 5 % des participants ont déclaré avoir moins de 18 ans, 69 % entre 18 et 30 ans, et environ 26 % plus de 30 ans. Statistique qui appuie ce que j’ai écrit précédemment, 98,9 % considèrent que les films et les chansons Disney ne sont pas exclusivement destinés aux enfants. Tout au long de ce billet, j’analyserai les résultats et je vous révélerai ce qu’il en est réellement en fonction du thème donné. Des contributeurs et contributrices m’ont rapporté qu’ils avaient remarqué que certains titres des longs-métrages étaient totalement différents en français et en VO, nombre d’entre eux m’ont signalé avoir trouvé que certaines répliques de films étaient très distinctes, et la majorité m’a écrit que c’était la traduction des chansons qui les avait le plus frappés. Découvrons ce qu’il s’est produit dans les coulisses de l’entreprise pour arriver aux versions que nous connaissons tous.

Once upon a dream

Pour commencer, abordons le sujet des titres des grands Classiques d’animation Disney et des longs-métrages incluant leurs collaborations avec les studios Pixar. Certains sont traduits, d’autres pas, contrairement au Québec où la législation en vigueur oblige à fournir une traduction francophone pour chaque titre de film. C’est pourquoi chez nos amis canadiens, Toy Story est devenu Histoire de jouets, et Cars s’est transformé en Les Bagnoles. En France, certains titres de films ont été traduits littéralement : The Little Mermaid en La Petite Sirène, The Lion King en Le Roi lion ou encore The Jungle Book en Le Livre de la jungle. Néanmoins, certains ont hérité d’un tout autre nom. C’est notamment le cas pour Sleeping Beauty qui est devenue La Belle au bois dormant en adéquation avec le conte de Perrault, tout comme Frozen qui a donné La Reine des neiges pour rester fidèle au conte d’Andersen. The Rescuers et The Black Cauldron, que l’on pourrait littéralement traduire par « Les sauveteurs » et « Le chaudron noir », sont respectivement devenus Les Aventures de Bernard et Bianca et Taram et le Chaudron magique afin de rendre les titres plus accrocheurs en français, langue pour laquelle il est coutume d’inclure les noms des héros directement dans les titres des films. Plus récemment, le film Moana a dû complétement faire peau neuve et emprunter un autre nom d’héroïne en français, donnant naissance au titre Vaiana, la Légende du bout du monde. En effet, Moana est une marque déjà déposée au sein de l’Union européenne, et il existe même une quarantaine de marques déposées à ce nom en France, comme en témoigne le site de l’Institut national de la propriété industrielle. À priori, il n’y a donc pas de règle préétablie concernant la traduction des titres de films Disney. Quelques-uns ne sont pas traduits, d’autres le sont littéralement, d’autres encore respectent les œuvres dont ils proviennent et certains peuvent hériter d’une toute autre traduction en fonction de l’histoire du film, phénomène que l’on appelle d’ailleurs la transcréation.

D’aucuns des internautes qui ont répondu à mon questionnaire ont trouvé que la traduction des dialogues n’était pas littérale, donnant un tout autre sens aux répliques. Pour certains cela ne change pas la signification dans le fond, mais d’autres sont conscients qu’il faut localiser les blagues, les jeux de mots, les devises, ce qui n’est pas nécessairement possible ou peut ne pas transmettre le même rendu qu’en VO. Il faut savoir que suite à la demande importante en traduction pour les films Disney en langues étrangères, les Walt Disney Studios ont très vite développé un système centralisant l’ensemble des auditions des acteurs dans le monde sur une même plate-forme, ce qui a d’ailleurs valu à la Walt Disney Company de remporter le 2017 Technology and Engineering Emmy Awards, prix honorant le développement et l’innovation dans le domaine des technologies de la radiodiffusion. La traduction et le doublage des productions Disney sont ainsi les principales fonctions de cette division de la société Walt Disney Company, créée en 1988 et nommée Disney Character Voices International. Pour évoquer quelques chiffres, 22 langues font partie de ce département, les films d’animation Disney typiques sont doublés pour 39 à 43 territoires, et concernant les films Disney en live action, ils sont en général distribués dans 12 à 15 langues, voire nettement plus en fonction de l’attente et du succès à l’échelle globale, comme en témoigne le premier opus de la franchise Pirates des Caraïbes qui a été traduit en pas moins de 27 langues. Les attentes du marché évoluent au fil des décennies : Le Roi lion, sorti en 1994 par exemple, avait été traduit et doublé dans 15 langues, alors que La Reine des neiges, datant de 2013, compte 41 langues différentes, soit presque le triple en un peu moins de vingt ans. L’origine du doublage des films Disney remonte au tout premier Classique d’animation des studios, à savoir Blanche-Neige et les Sept Nains en 1938, doublage d’ailleurs dirigé par Walt Disney en personne. Dans un premier temps, le casting était composé de voix « inconnues » ou peu connues, et c’est à la fin des années 1990 qu’est apparue la stratégie du star-talent, exerçant un monopole au 21e siècle en France pour la sortie des films d’animation. Nous retrouvons entre autres Muriel Robin à l’affiche de Tarzan (1999), Franck Dubosc dans Le Monde de Nemo (2003), Charles Aznavour dans Là-Haut (2009) ou encore Anthony Kavanagh dans Vaiana, la Légende du bout du monde (2016). Des personnalités sont alors engagées pour satisfaire les stratégies marketing, notamment dans l’hexagone, ce qui ne fait pas forcément l’unanimité auprès du public. Le véritable défi de Disney Character Voices International, c’est de faire en sorte que le doublage soit occulté, fluide, et de plus en plus en accord avec les lèvres des personnages dû au réalisme des animations.

Walt-Disney-Mickey

Lors d’une interview avec Jérémie Noyer, auteur du blog Media Magic, le directeur artistique chargé de superviser et de caster le doublage français Boualem Lamhene s’est confié sur sa collaboration avec les plus grands traducteurs du groupe. Il a notamment évoqué son travail aux côtés de Philippe Videcoq-Gagé, adaptateur de dialogues et de chansons de films Disney tels que Pocahontas, une légende indienne ou encore La Princesse et la Grenouille. Il raconte que lorsqu’il lui a demandé d’écrire La Planète au Trésor : Un nouvel univers, sa directive était de créer un maximum autour des dialogues, des personnages, afin de transmettre un humour à la française et de faire voyager les enfants, ce qui n’aurait pas été possible en calquant la version originale. Il semble donc que les traducteurs des films aient plutôt carte blanche en ce qui concerne l’adaptation des dialogues en version française, mais quid des chansons ?

Des chansons forgeant un héritage

Lorsque j’ai demandé aux internautes si un élément du film les avait frappés en comparant la version française et la version originale, la réponse la plus donnée a incontestablement été la différence évidente des paroles de chansons. En effet, la plupart n’ont tout simplement plus rien à voir avec les originales. Quelques-uns des participants ont évoqué la prosodie, une traduction non-littérale pour garder le rythme, au détriment parfois des actions qu’effectuent les personnages et qui ne collent plus avec les mots prononcés.

Voici quelques avis qui m’ont été envoyés :

« Dans la Reine des neiges 2, la traduction de la chanson d’Elsa « Show yourself » a été complètement bâclée et la phrase super libératrice et qui fait le sens de tout le film « I am found » a donné « Rien ne meurt », Elsa complète juste la berceuse de sa mère. Pour moi ça a gâché non seulement la chanson et son but mais le film complet car c’est THE PHRASE, the moment. Étant polyglotte je connais aussi les versions castillane et coréenne. Dans ces langues un équivalent tout aussi porteur de sens a été trouvé pour montrer le sentiment d’appartenance d’Elsa. » (réponse 667)

« Mieux vaut une chanson traduite retravaillée pour mieux sonner à l’écoute quitte à modifier légèrement le texte plutôt que de vouloir à tout prix coller à la réalité comme certaines versions québécoises où, du coup, ça sonne moins bien et ce n’est pas aussi agréable à écouter. » (réponse 513)

Si l’on sait que certaines chansons sont interprétées par le même chanteur, comme c’est le cas pour Phil Collins qui a, en plus de l’anglais, repris les œuvres musicales de Tarzan en quatre autres langues, les paroles ne sont pas similaires pour autant. « Strangers like me » a ainsi donné « Je veux savoir » en français, « Lo extraño que soy » (Comme je suis étrange) en espagnol, « Al di fuori di me » (En dehors de moi) en italien, et « Fremde wie ich » (Des étrangers comme moi) en allemand. Autre exemple évident de cette dissemblance, celui de « Ce rêve bleu », célèbre chanson tirée d’Aladdin. Voyez par vous-même le refrain en anglais, une proposition de traduction littérale, et sa réelle version français ci-après :

Refrain en anglais :

A whole new world
A new fantastic point of view
No one to tell us « No »
Or where to go
Or say we’re only dreaming
A whole new world
A dazzling place I never knew
But when I’m way up here
It’s crystal clear
That now I’m in a whole new world with you

Proposition de traduction en français:

Un tout nouveau monde
Un nouveau point de vue fantastique
Personne pour nous dire « Non »
Ou bien où aller
Ou dire que nous ne faisons que rêver
Un tout nouveau monde
Un endroit éblouissant que je n’ai jamais connu
Mais quand je suis tout là-haut
C’est clair comme de l’eau de roche
Que maintenant je suis dans un tout nouveau monde avec toi

Refrain en français :

Ce rêve bleu
C’est un nouveau monde en couleurs
Où personne ne nous dit
C’est interdit
De croire encore au bonheur
Ce rêve bleu
Je n’y crois pas c’est merveilleux
Pour moi c’est fabuleux
Quand dans les cieux
Nous partageons ce rêve bleu à deux

Nous nous apercevons évidemment qu’une traduction littérale est impossible, éliminerait les rimes et entraverait le rythme de la chanson. C’est la raison pour laquelle, souvent, comme c’est le cas ici, les paroles sont entièrement réécrites afin de sonner juste en français et de convenir au public. Lors d’un autre entretien avec Philippe Videcoq-Gagé, cette fois réalisé par Antoine Guillemain, traducteur de profession, sur son site Le Tradapteur, l’adaptateur a révélé qu’il n’y avait pas vraiment de règle pour procéder à l’adaptation d’une chanson. Le principal enjeu est de faire exprimer aux personnages les mêmes émotions que dans la version originale. La liberté pour la traduction des chansons est donc supérieure à celle des dialogues, laquelle peut se révéler contraignante, cependant, la tâche n’en est pas moins difficile pour autant. Prosodie, rime, fluidité et synchronisme doivent être au rendez-vous, ce qui n’est pas une tâche simple étant donné qu’il faut presque réécrire une toute nouvelle chanson. Sans compter que c’est un exercice encore plus ardu de nos jours avec les mouvements des lèvres de plus en plus travaillés et le synchronisme labial qui doit être pris en compte, tout comme les syllabes accentuées, comme cela a été le cas pour La Princesse et la Grenouille de 2009, qui a exigé autant de synchronisme que les films traditionnels. Certaines paroles ne sont parfois pas acceptées et il faut les retravailler, mais selon l’adaptateur, le mot-clé, c’est la « chantabilité ».

Pour en revenir à l’interview de Boualem Lamhene mentionnée plus tôt dans l’article, celui-ci a également évoqué ses collaborations avec le traducteur Luc Aulivier, qui a notamment adapté les paroles des chansons d’Aladdin, du Roi lion ou encore de Hercule. Le directeur créatif raconte qu’il fait appel à l’adaptateur pour les chansons complexes car il sait que son collègue trouvera les mots justes pour une interprétation rythmée et fluide, donnant l’impression qu’il n’y a pas de version originale derrière, mais tout en respectant le sens de celle-ci.

Ainsi, les traducteurs n’ont d’autre choix que de recourir à la transcréation pour qu’un spectateur français puisse ressentir la même émotion qu’un spectateur de la VO à l’écoute d’une chanson. Néanmoins, même si les chansons doublées s’éloignent fortement des originales, les versions traduites sous-titrées collent davantage au texte original puisque le synchronisme labial n’entre plus en jeu.

L’adaptation culturelle, essence des nouveaux films

Penchons-nous à présent sur la localisation des images et du contenu audio. Comme certains des participants à mon questionnaire l’ont remarqué, certaines scènes des versions françaises et originales voire étrangères sont différentes. C’est notamment le cas pour le Disney-Pixar Vice-Versa sorti en 2015. Ce film étant axé sur les émotions, il est primordial que les spectateurs de chaque pays s’identifient au contenu. Ainsi, aux États-Unis, le film d’animation offre un passage montrant les émotions du père de Riley face à une scène de hockey alors qu’en France, le sport en question est le football, ce dernier étant beaucoup plus représentatif pour les spectateurs français.

Vice-Versa-scene-hockey

Source : Walt Disney et Pixar Animation Studios – Copyright Disney et Disney•Pixar

En outre, ce n’est pas la seule adaptation régionale du film, puisqu’en France, on peut apercevoir une scène où Riley enfant refuse de manger des brocolis, tandis qu’au Japon, ce légume a été substitué par des poivrons verts qui inspirent davantage le dégoût pour les enfants japonais.

Vice-Versa-scene-brocoli

Source : Walt Disney et Pixar Animation Studios – Copyright Disney et Disney•Pixar

Ce ne sont là que des exemples parmi la multitude d’« Easter eggs » qui s’est glissée au sein des différents pays dans lesquels le film a été distribué. Autre exemple frappant : la scène du journal télévisé extraite du film Zootopie, sorti en 2016. Cette fois, dans l’hexagone, nous retrouvons le même personnage qu’aux États-Unis et au Canada, à savoir un élan appelé Peter Moosebridge. Toutefois, à la place, la Chine s’est vue dotée d’un panda, le Japon d’un takuni, le Brésil d’un jaguar et l’Australie d’un koala, tous nommés différemment, pour représenter les animaux emblématiques de ces régions géographiques.

Zootopie-presentateur

Source : Walt Disney Animation Studios – Copyright Disney et Disney•Pixar

Ces changements cruciaux ne s’arrêtent pas aux images, le son étant un élément tout aussi important. C’est pourquoi dans Le Monde de Dory sortie la même année, par exemple, c’est Claire Chazal qui a été choisie pour faire une apparition homonyme en tant que représentante de l’Institut de biologie marine dans le film. Présentatrice du journal télévisé de TF1 pendant plus de 20 ans, l’ensemble des Français est habitué à sa voix et son cameo ne pouvait que susciter des réactions auprès du public, contrairement à Sigourney Weaver dans la VO, nom qui n’aurait pas parlé à la totalité des spectateurs.

Toutefois, les studios Disney vont encore plus loin dans leur souci du détail : si vous tendez attentivement l’oreille en regardant leurs films d’animation, comme c’est le cas pour le Disney-Pixar Monstres et Cie de 2001, même les bruits de fond sont traduits et doublés, notamment la scène du restaurant dans laquelle Bouh est à visage découvert et terrifie les monstres de l’établissement.

Vous l’aurez compris, chez Disney, tout doit être traduit, adapté culturellement, voire être l’objet de la transcréation pour satisfaire le « skopos » et transmettre un message ainsi que des émotions identiques aux publics de tous les horizons.

It’s a small world after all

Alors oui, tous les moyens sont mis en œuvre dans les films. Dialogues, paroles, images, rien n’est laissé au hasard. Peut-on toutefois en dire autant pour les parcs du groupe présents aux quatre coins du globe ? J’ai recueilli à travers mon formulaire les avis des internautes à ce sujet. Premièrement, parmi les 717 participants, 92,2 % ont révélé s’être déjà rendus dans un ou plusieurs complexes de loisirs Disney en France et/ou à travers le monde. Ci-joint un graphique des parcs que les internautes ont déclaré avoir visités :

Graphique-parcs-Disney

Graphique réalisé via Google Forms

En France, nous avons la chance d’avoir l’un des complexes présent dans notre pays. Pourtant, le parc, qui s’appelait EuroDisney à l’ouverture en 1992, a bien failli être implanté en Espagne pour des raisons climatiques. À Paris, certains spectacles et attractions sont proposés en français comme en anglais, et certains shows sont même présentés dans les deux langues lors d’une même représentation. Parmi les personnes ayant visité Disneyland Paris, 65,1 % m’ont avoué préférer lorsque les attractions et les spectacles sont en français, 1,8 % lorsqu’ils sont en anglais, et 33,2 % ont déclaré que cela leur importait peu. Dans nos parcs à thème, on retrouve notamment des cartes et des dépliants de programmes hebdomadaires en plusieurs langues, des attractions et des spectacles en anglais comme je viens de vous le mentionner, mais également des Cast Members polyglottes (aussi bien le personnel des hôtels que celui des restaurants, les opérateurs animateurs d’attraction comme l’équipe « Guest Flow » ou encore les personnages que l’on peut rencontrer). N’en déplaise à certains visiteurs français qui trouvent que l’anglais prend le dessus. D’autres, en revanche, reconnaissent la place essentielle des langues étrangères, notamment de l’anglais, au sein du complexe, Disneyland Paris étant la destination de touristes internationaux et l’unique parc européen.

À ce propos, j’ai eu le plaisir de m’être entretenue oralement avec un ancien copywriter et traducteur pour le site de Disneyland Paris, qui a accepté d’échanger avec moi sur le sujet. Je lui ai demandé de m’en dire davantage sur son métier, et voici le fruit de notre échange :

« Je suis arrivé à un moment assez spécial pour tout le contenu de Disney concernant ce qu’on trouve sur le site, les réseaux sociaux, l’application, etc. Jusqu’à il y a environ deux ans, le contenu venait des États-Unis, puis c’était traduit. Disney US a ensuite décidé de donner plus d’autonomie à la France afin que Disneyland Paris produise son contenu. Avant l’épisode du COVID-19, ils étaient même en train de créer une énorme équipe digitale.

Avec les autres traducteurs, on doit avoir la « double casquette » : nous sommes traducteurs mais aussi rédacteurs. Ce que l’on fait, c’est qu’on écrit du contenu, on travaille en binôme avec par exemple un francophone ou un anglophone, et on traduit le contenu qui a été créé en français, ou inversement. Nous sommes donc copywriters et traducteurs, ou comme on l’appelle dans le jargon, des transcreators. Ce qui est important à savoir, c’est que le contenu était traduit en anglais du Royaume-Uni et non en anglais des États-Unis, puisque le marché britannique est important. »

Lorsque vient le moment de parler de son rôle de traducteur, il évoque une nuance à ne pas prendre à la légère :

« Soit je créais du contenu, soit le contenu était créé dans une autre langue puis traduit. Je faisais vraiment partie intégrante de leur monde digital. On peut produire du contenu, et ça doit être référencé. D’ailleurs, on faisait les traductions avec les recommandations SEO [Search Engine Optimization, à savoir l’optimisation pour les moteurs de recherche]. Mais il est aussi important de mettre cette nuance en avant : ce n’était pas réellement de la traduction, nous sommes plus dans la transcréation. Le sujet de l’univers de Disney est particulier, il faut connaître cet univers que j’ai dû apprendre. Il s’agit donc de vraiment nuancer la traduction de l’adaptation et de la transcréation, puisque dans mon cas, le terme de traduction n’était pas adapté. Ici, on adapte, c’est-à-dire qu’on « traduit » d’une culture à une autre, ce qui s’applique également au monde graphique. À titre d’exemple, au Sri Lanka, le blanc est la couleur du deuil, alors que chez nous, c’est tout le contraire. En français, on dit « il pleut des cordes » alors qu’en anglais, on dit « it’s raining cats and dogs ». Il existe une vraie histoire derrière ces coutumes, ces expressions et il faut pouvoir la retransmettre, tout en donnant l’impression que le contenu n’a pas été traduit, la traduction ne doit pas se voir. »

Quant aux logiciels de traduction spécifiques à l’entreprise, que nenni :

« Autre chose à savoir, on n’utilise pas de logiciel pour traduire le site de Disneyland Paris. La compagnie n’a pas créé de logiciel spécifique pour traduire le contenu. Puisqu’il faut vraiment adapter, que le contenu doit être nuancé, ça n’aurait pas de sens d’utiliser des logiciels. Il ne s’agit pas là de gros blocs de texte que l’on peut mettre sur Google Translate pour ensuite les éditer. La post-édition n’est juste pas concevable, on est vraiment à l’opposé chez Disney. »

 

Ainsi, comme vous pouvez le constater via le site Web qui est proposé en une dizaine de langues, le multilinguisme est la priorité au sein du complexe touristique. D’après les réponses à mon sondage, c’est un pari réussi puisque relativement aux langues étrangères dans les parcs Disney, 83,5 % trouvent qu’elles sont bien mises en avant, 10,2 % estiment qu’elles ne le sont pas suffisamment, et seulement 6,3 % pensent qu’elles ne le sont tout simplement pas. Toutefois, peut-on en dire autant pour les cinq autres parcs ?

Du côté de la Californie et de la Floride, les cartes des parcs à thème sont disponibles dans de nombreuses langues. En outre, au Walt Disney World Resort, il existe des dispositifs de traduction pour les visiteurs dont la maîtrise de l’anglais est limitée. Parmi les personnes que j’ai interrogées, 73,6 % n’avaient pas connaissance de ces dispositifs. Sur certaines attractions, ces derniers mettent à la disposition des guests (le nom donné aux visiteurs des parcs Disney) une traduction de l’expérience à choisir parmi le français, l’allemand, le japonais, le portugais et l’espagnol. Ces appareils, appelés « Ears to the World, Disney’s Show Translator » sont disponibles pour les quatre parcs à thème du complexe floridien. Néanmoins, le site de celui-ci n’est disponible qu’en anglais, et celui de Californie ne l’est qu’en anglais et en japonais. Idem pour le site de Shangai Disney Resort qui n’est accessible qu’en anglais et en chinois simplifié. Le site Web de Tokyo Disney Resort peut quant à lui être visité en anglais, en chinois simplifié, en chinois traditionnel, en japonais ainsi qu’en coréen, et enfin, celui de Hong Kong Disneyland Resort compte huit langues à son actif : l’anglais, le japonais, le chinois simplifié, le chinois traditionnel, le coréen, le thaï, l’indonésien mais aussi le malais.

Pour en savoir davantage sur l’un des parcs d’Asie, j’ai eu la chance de converser avec Yang Liu, gestionnaire de projets de traduction qui a travaillé pour Shangai Disney Resort. Elle m’a raconté son rôle d’interprète au sein du parc : son travail consistait à interpréter pour les ingénieurs étrangers lorsque le parc était en construction, puis à interpréter pour les membres de la troupe lorsqu’ils avaient des répétitions pour les spectacles, de l’anglais vers le mandarin. Pour ce qui est des langues parlées dans le parc, les brochures et les cartes sont en anglais et en chinois simplifié, et pour les spectacles, des artistes chinois et étrangers sont engagés puisque le public cible est d’origine chinoise. Ainsi, la plupart du temps, les spectacles sont en mandarin, mais presque toutes les chansons sont en anglais, seules quelques-unes sont en chinois (comme celles de La Reine des neiges qui elles ont été adaptées dans leur langue). Donc même si les chansons sont en anglais, le public les connaît et peut les chanter sans problème. En outre, les Cast Members étrangers doivent parler le mandarin pour certains spectacles, tels que le « Frozen Singalong », et suivre des cours pour être capables de prononcer quelques phrases simples. Selon Yang, la traduction occupe une place prépondérante au sein du parc, aussi bien lors des réunions que lors des formations et des répétitions, afin d’assurer le bon déroulement des activités.

« Je suis Cast Member à Disneyland Paris, et je tiens à préciser que l’anglais n’est pas obligatoire mais conseillée. De plus, on doit être l’un des rares parcs à proposer différentes langues pour nos plans. Par exemple à Tokyo Disney Resort, les Casts ne parlent pas anglais, et seuls les plans sont en anglais (je n’ai pas fait attention aux panneaux des attractions). » (réponse 263)

Il semblerait donc que la diversité des langues proposées occupe une place plus importante sur notre sol et le continent américain qu’en Asie pour le moment, comme l’appuie le témoignage ci-dessus. Concernant les sites web des complexes, Disneyland Paris se place loin devant les autres avec une multitude de langues mises en avant contre une à huit pour le reste.

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                Source : Site officiel de Disneyland Paris – Copyright Disney et Disney•Pixar

And they lived happily ever after

Pour clore ce billet, j’ai réalisé un classement des 10 films et chansons Disney qui sont le plus souvent revenus dans mon questionnaire.

Classement de vos 10 films préférés :

1. Le Roi lion : 117 votes
2. La Belle et la Bête : 98 votes
3. La Petite Sirène : 42 votes
4. Peter Pan : 41 votes
5. Raiponce : 39 votes
6. Mulan : 31 votes
7. Aladdin : 25 votes
8. Lilo et Stitch : 23 votes
9. Cendrillon : 22 votes
10. Pocahontas : 19 votes

Classement de vos 10 chansons préférées :

1. Histoire éternelle, La Belle et la Bête : 58 votes
2. Comme un homme, Mulan : 51 votes
3. Hakuna Matata, Le Roi lion : 49 votes
4.L’air du vent, Pocahontas : 41 votes
5.Ce rêve bleu, Aladdin : 39 votes
6. Partir là-bas, La Petite Sirène/L’histoire de la vie, Le Roi lion : 30 votes
8. L’amour brille sous les étoiles, Le Roi lion : 29 votes
9. Libérée délivrée, La Reine des neiges : 23 votes
10. Je te cherche, La Reine des neiges 2 : 21 votes

Même si l’âge des contributeurs a pu jouer sur les réponses données, il est clair que ce sont les Disney du siècle dernier qui alimentent ce classement, Le Roi lion étant le grand gagnant. À priori, l’authenticité de ces œuvres par rapport à leur version originale prime dans vos cœurs, même si un choix entre les anciens et les nouveaux s’avérerait complexe. Voici des réponses que j’ai récoltées à ce sujet :

« Entre les Disney du siècle dernier et les plus récents, mon cœur balance. Les plus anciens sont des classiques mais dans les plus récents on y retrouve des personnages (notamment féminins) plus forts et indépendants. » (réponse 6)

«  Je ne sais pas choisir entre les films plus anciens et les films récents car ils sont tous bien pour leur époque. J’adore les films anciens pour leurs histoires et leur authenticité. J’aime beaucoup les films plus récents pour leur graphisme et leurs couleurs (Vaiana en est sûrement l’un des plus beaux exemples : les couleurs sont sublimes dans certaines scènes). » (réponse 45)

Notons que ce genre de discours ne serait peut-être pas le même pour les moins de 10 ans qui ont grandi avec La Reine des neiges, qui sont habitués à l’animation 3D et pour qui nos favoris ont sûrement un peu vieilli.

Ainsi, comme vous avez pu le lire tout au long de mon billet, il n’existe pas vraiment de règle concernant la traduction dans l’univers Disney. Les employés disposent d’une grande liberté afin de retransmettre les émotions en adaptant et en localisant culturellement pour un public donné. Les traducteurs font donc usage de la transcréation à ces fins. Par conséquent, c’est grâce à tous ces professionnels qui agissent dans l’ombre si tous ces films, chansons et personnages ont eu un tel impact qui continue d’ailleurs d’être transmis dans notre pays de génération en génération. Pour conclure sur une note féérique, je vous laisse sur ces quelques mots porteurs d’espoir de notre regretté Walt Disney.

Walt-Disney-citation

 

Un immense merci aux nombreuses personnes qui ont répondu à mon questionnaire, ainsi qu’aux employés qui m’ont aidée à éclairer mes interrogations, sans oublier l’ancien copywriter pour Disneyland Paris et Yang Liu qui ont accepté de se confier à moi à propos de leur travail au sein de l’entreprise.

 

Sources :

Acuna, Kirsten. « Disney changed a minor character in “Zootopia” for foreign audiences ». Business Insider. https://www.businessinsider.com/zootopia-for-foreign-audiences-2016-4

Ancien copywriter/traducteur pour Disneyland Paris. Interview téléphonique sur la traduction du site Web, le 19 mai 2020.

Brandy, Grégor. « «Vice-Versa» s’est adapté aux publics étrangers en modifiant légèrement certaines scènes ». Slate.fr, 25 juillet 2015. http://www.slate.fr/story/104774/pixar-adaptations

Bruno, Pierre. « Existe-t-il une « culture » Disney ? » Le francais aujourd’hui n° 134, no 3 (2001) : 109‑16.

« Disneyland® Official Site ». https://disneyland.disney.go.com/

Walt Disney World Resort. « Dispositifs de traduction du parc | FAQ | Walt Disney World Resort ». https://disneyworld.disney.go.com/fr-ca/faq/parks/translations-park/

Los Angeles Times. « “Frozen”: Finding a Diva in 41 Languages », 24 janvier 2014. https://www.latimes.com/entertainment/movies/la-xpm-2014-jan-24-la-et-mn-frozen-how-disney-makes-a-musical-in-41-languages-20140124-story.html

Guillemain, Antoine. leTradapteur, janvier 2012. http://website.letradapteur.fr/pages/55f754cc6bb0800300a4001a

« Hong Kong Disneyland Resort | Official Site | Hong Kong Disneyland Hotels ». https://www.hongkongdisneyland.com/

« INPI – Service de recherche marques ». https://bases-marques.inpi.fr/

DisneyPixar.fr. « Le doublage Disney sur DisneyPixar.fr ». https://www.disneypixar.fr/decouvrir/dossiers/1-le-doublage-disney

ONU Info. « L’Index Translationum de l’UNESCO a 75 ans », 29 novembre 2007. https://news.un.org/fr/story/2007/11/121152-l39index-translationum-de-l39unesco-75-ans

Liu, Yang. Interview via LinkedIn sur les métiers de la traduction à Shangai Disney Resort, le 18 mai 2020.

Noyer, Jérémie. « MEDIA MAGIC: DISNEY CHARACTER VOICES INTERNATIONAL: Entretien avec le directeur créatif Boualem Lamhene ». MEDIA MAGIC (blog), 9 juin 2009. http://media-magic.blogspot.com/2009/06/disney-character-voices-international.html

« [Official]Tokyo Disney Resort Official WebSite|Tokyo Disney Resort ». https://www.tokyodisneyresort.jp/en/index.html

« Séjour Disney, Réservation, Billet, Parc d’Attraction | Disneyland Paris ». https://www.disneylandparis.com/fr-fr/

« Shanghai Disney Resort Official Site ». https://www.shanghaidisneyresort.com/en/

Siegel, Tatiana, Scott Roxborough, Rhonda Richford, et Clarence Tsui. « Inside the Weird World of International Dubbing ». The Hollywood Reporter, 14 mars 2013. https://www.hollywoodreporter.com/news/argo-django-unchained-inside-weird-427453

« Technology & Engineering Emmy® Awards – The Emmys ». https://theemmys.tv/tech/

Venuti, Lawrence. The Scandals of Translation: Towards an Ethics of Difference. Routledge Library Editions, 1998.

Venuti, Lawrence. Translation Changes Everything: Theory and Practice. Routledge Library Editions., 2012.

Ils sont fous ces traducteurs ! La traduction de bande dessinée

Par Anaïs Wisniewski, étudiante M1 TSM

 

Remettons les choses dans leur contexte : afin de passer le temps durant le confinement, j’avais décidé de me replonger dans les bandes dessinées Astérix que je possédais chez moi et que je n’avais pas relues depuis des années. Tout au long de ma lecture, la future traductrice qui est en moi ne pouvait s’empêcher de se demander si la personne chargée de la traduction de ces albums et en particulier de tous les noms des personnages était encore saine d’esprit ou si elle s’était arraché les cheveux sur ces magnifiques chefs-d’œuvre. Cela m’a donc donné l’idée d’effectuer des recherches sur la traduction des bandes dessinées et plus particulièrement sur celle de nos gaulois préférés. Mesdames et Messieurs voici pour vous les 5 challenges (ou défis pour calmer l’urticaire des académiciens) que le traducteur de bande dessinée se doit de relever.

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Challenge n°1 : Ne pas faire éclater les bulles

À force de grossir, une bulle ça éclate. Les bulles de bande dessinée n’échappent pas à la règle. Étant donné que l’espace dédié au texte a été défini en fonction de la langue source, le traducteur doit faire avec ce même espace et y insérer sa traduction coûte que coûte. Bien évidemment la restitution du sens et la lisibilité ne doivent pas être altérés et même si le graphiste peut aider en diminuant légèrement la police, c’est au traducteur de réaliser ce miracle. Un miracle en effet car c’est à ce moment que le foisonnement fait son entrée. Foisonnement, un mot qui fait rouler les yeux des traducteurs trois tours en arrière : d’une langue à une autre, le volume du texte peut augmenter, ce qui est le cas de l’anglais au français où le volume augmente d’environ 15 %.

La traduction doit donc rendre le sens du texte source, être concise mais pas trop, avec parfois en bonus des mots qui ne se trouvent pas dans la bulle mais directement dans l’illustration (et qui ne doivent pas altérer les éléments du dessin).

Challenge n°2 : Traduire les sons

Ici je parle bien sûr des onomatopées. Les sons étant pour moi universels, je pensais qu’elles l’étaient aussi. Que nenni. Pour la traduction des onomatopées, le traducteur doit là encore s’adapter aux restrictions de l’espace et de l’image. Il ne faut pas attribuer une même onomatopée à deux sons différents mais utiliser les mêmes tout au long de la bande dessinée et des albums pour ne pas perturber le lecteur. Le traducteur a souvent le choix entre 3 options :

– Conserver l’onomatopée originale

– La garder en francisant la phonétique (« click » devient « clic »)

– La modifier complètement

Petit bonus : lorsque l’onomatopée est dessinée avec de petits effets d’écriture (le mot « crac » écrit et dessiné avec des effets de fissure par exemple), il faut recréer ces mêmes effets ce qui prend évidemment davantage de temps et coûte plus d’argent, bref, tout ce que le traducteur adore.

Challenge n°3 : Faire la paix avec les images

L’image n’a (justement) pas une bonne image dans le monde de la traduction, la preuve en est le traitement de cette dernière souvent effectué par un intermédiaire et non par le traducteur. Pourtant le visuel a la même importance que le texte. Dans l’univers de la bande dessinée l’image n’est pas seulement une addition au texte mais se révèle être complémentaire et guide le traducteur tout au long de la traduction. C’est pour cette raison que le traducteur ne doit pas mettre les illustrations de côté. Il ne doit pas seulement traduire le texte mais aussi tous les éléments dits « paratextuels » car ils forment l’imaginaire de la bande dessinée. « Mot et image, c’est comme chaise et table : si vous voulez vous mettre à table, vous avez besoin des deux. » (Jean-Luc Godard, cité par Martine Joly)

Challenge n°4 : Pas touche aux sangliers

S’il y a bien une chose à laquelle le traducteur ne peut pas toucher, c’est l’imaginaire de la bande dessinée. Transformez les sangliers d’Obélix en cochons, le gui de Panoramix en houx, mettez de l’ananas sur les pizzas tant qu’on y est et le monde courra à sa perte.

Le traducteur doit trouver le juste milieu entre le transfert linguistique pur et simple et l’adaptation de la bande dessinée sans bien évidemment altérer l’univers d’un des plus grands classiques de la bande dessinée.

Certains éléments propres à l’imaginaire d’Astérix sont aussi très compliqués à traduire, comme le nom des camps retranchés entourant le village de gaulois qui sont composés de jeux de mots (français) qui n’ont de sens que si vous les prononcez à la manière d’un mot latin : Aquarium, Babaorum, Laudanum et Petibonum. On retrouve cette difficulté dans la traduction des noms des personnages. Je ne voudrais pas être à la place de celui ou celle qui a dû trouver l’équivalent du nom de Ocatarinetabellatchitchix ou encore Assurancetourix.

Challenge n°5 : Ne pas prendre des vessies pour des lanternes

La traduction n’est pas comme la plupart des gens le pensent un simple transfert linguistique mais demande souvent une adaptation, une localisation et cela s’applique également à la bande dessinée. Le traducteur doit donc faire preuve de créativité et créer une version adaptée d’un point de vue culturel au public cible pour qu’il puisse s’identifier à l’œuvre. Pour bien comprendre l’image il faut avoir les mêmes codes culturels que le public cible ou avoir les compétences culturelles suffisantes, sans quoi l’information ne sera pas comprise.

Le traducteur doit donc faire un choix entre deux propositions :

– adapter le texte source à la culture cible

– trouver un moyen de faire accepter la culture de l’œuvre sans heurter les sensibilités de chacun.

De plus, traduire du contenu humoristique peut s’avérer difficile culturellement parlant puisque ce qui est perçu comme amusant pour une culture peut être offensant dans une autre.

Et là vous allez me dire : « Mais quel est le rapport avec le titre ? ». Asseyez-vous, je vais vous raconter une petite histoire : l’histoire du pouce !

Dans l’album Astérix en Hispanie à la page 11, un groupe de légionnaires veulent faire prisonnier le petit garçon Soupalognon y Crouton (on ne choisit pas son prénom, soyez gentils) qui veut jouer à cache-cache.

Le plus naïf des légionnaires commence à compter avant de se faire gronder par son chef auquel il répond « Mais puisque ça ne vaut pas ! ». Le « jeu » s’interrompt ensuite car Astérix et Obélix arrivent pour défendre Soupalognon et commencent une bagarre avec les légionnaires qui ne font pas le poids, comme d’habitude. On aperçoit à la dernière case de la page le fameux légionnaire naïf assommé et étourdi par les coups des gaulois en train de lever le pouce. Ce pouce va être sujet à interprétation et créer un véritable problème de compréhension au sein des traducteurs.

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Dans la version originale (francophone) de la bande dessinée, le légionnaire lève son pouce pour signaler une « trêve » durant le jeu de cache-cache comme le font les enfants en France.

Mais le geste du pouce pour signaler une pause dans le jeu n’est pas universel, en Allemagne par exemple on lève la main paume vers l’avant. Les traducteurs étrangers ont alors interprété le geste du pouce levé comme étant une référence aux anciens Romains qui, pendant les combats de gladiateurs, levaient le pouce lorsqu’ils voulaient épargner le combattant (c’est par ailleurs une idée reçue, personne ne faisait ça au temps des Romains, pardon d’avoir brisé vos illusions).

Et comme un problème n’arrive jamais seul, devinez dans quelle situation lève-t-on son pouce en Grèce, au Moyen-Orient et dans d’autres régions d’Afrique et d’Amérique du Sud :

  1. Pour appeler un taxi
  2. Pour signaler une envie pressante
  3. Pour faire un doigt d’honneur
  4. La réponse D

C’est bel et bien la réponse C ! Dans ces régions du monde le pouce levé est l’équivalent du doigt d’honneur en France. Un geste a priori banal dans une bande dessinée humoristique a pu offenser une partie des lecteurs dans le monde et les traducteurs ne se sont rendus compte de rien.

Si vous êtes intéressés par cette histoire je vous conseille vivement de lire ce document écrit par Yuste Frias qui traite de la traduction de l’image dans les albums d’Astérix.

Cet exemple démontre qu’en plus de la traduction, le traducteur doit penser à l’interprétation de l’image dans la culture cible et ne peut la négliger.

 

Les cinq challenges dont j’ai parlé dans ce billet ne représentent qu’une partie du travail de traducteur dans le milieu de la bande dessinée et dans la traduction en général. En effet beaucoup de difficultés rencontrées au cours de la traduction de bande dessinée sont également présentes dans les autres domaines de la traduction.

On oublie bien souvent que le traducteur, outre le transfert linguistique est chargé de transporter l’imaginaire de nos œuvres préférés dans des cultures très différentes sans se faire remarquer et doit donc se poser les bonnes questions qui ne viendraient même pas à l’esprit du lecteur qui lit innocemment son album.

 

Sources :

-Frías, José Yuste. « Signe et symbole en traduction III ». Sur les seuils du traduire, https://seuils.hypotheses.org/428

-Traduire l’image du pouce levé dans « Astérix en Hispanie » II ». Sur les seuils du traduire, https://seuils.hypotheses.org/270

-Khelil, Lamia. « Bandes dessinées : le double défi de la langue et de la culture ». Traduire. Revue française de la traduction, no 239, décembre 2018, p. 87‑94, https://journals.openedition.org/traduire/1586.

-Traduction de bandes dessinées – EVS Translations, https://evs-translations.com/blog/fr/traduction-bandes-dessinees-humour/

-Traduire chris ware. http://neuviemeart.citebd.org/spip.php?article964

-Ylä-Outinen, Laura. L’influence des onomatopées anglaises sur les onomatopées françaises et finnoises dans la bande dessinée. 2009, https://jyx.jyu.fi/bitstream/handle/123456789/19655/Laura_Yl%C3%A4-Outinen.pdf?sequence=1

-YUSTE FRÍAS J. Traduire l’image dans les albums d’Astérix. À la recherche du pouce perdu en Hispanie. 2011, http://www.joseyustefrias.com/docu/publicaciones/Tour-du-Monde-Asterix/JoseYusteFrias2011_Traduire_Image_Asterix.pdf

Le juste titre

Par Youssef Dine, étudiant M1 TSM

 

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Le cinéma américain nous a offert des scènes mythiques qui resteront à jamais gravées dans nos mémoires. On peut citer comme exemple la scène où le grand requin blanc fait sa première apparition dans le chef d’œuvre de Steven Spielberg « Mâchoires », ou encore celle de la roulette russe dans « Le chasseur de cerf » avec Robert De Niro.

Quoi ? Ces films ne vous disent rien ? C’est normal…

Si je vous parle maintenant des « Dents de la mer » ou de « Voyage au bout de l’enfer », c’est beaucoup plus clair, n’est ce pas ? Vous l’aurez compris, j’ai délibérément choisi de traduire littéralement les titres de ces grands classiques des années 1970 pour vous montrer à quel point la traduction des titres a son importance pour assurer leur succès outre-Atlantique.

Dans ce billet, je propose une réflexion sur les différents cas de figure qui se posent au moment de traduire un titre de film ou de livre dans le cas où il s’agirait d’une adaptation (ce qui n’affecte guère la problématique initiale).

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Lorsque la traduction est inutile

Quand le titre en anglais fait référence au personnage principal, à l’environnement du film ou au lieu dans lequel il se déroule, il n’est en général jamais traduit. Ainsi, Forrest Gump, King Kong, Rocky, Casablanca, ou encore Chinatown n’ont pas changé de titre à leur sortie en France.

Il en va de même pour des séries télévisées comme Dexter, Twin Peaks, Sherlock, Broadchurch et bien d’autres.

 

Lorsqu’il est préférable de ne pas traduire

Bien souvent le titre en français reste le même, bien qu’il ne fasse pas référence au personnage principal ou au lieu dans lequel il se déroule. Contrairement à nos amis québécois qui nous offrent des traductions littérales souvent risibles, des films comme Pulp Fiction, Apocalypse Now, Dirty Dancing, Scarface, Ghost, Trainspotting, Raging Bull, Braveheart, Full Metal Jacket, Fight Club, Requiem for a Dream ou Taxi Driver, pour ne citer qu’eux, n’ont pas été traduits en France. Il faut bien avouer que « Fiction pulpeuse », « Danse lascive », « Ferrovipathe » ou « Mon fantôme d’amour » n’auraient sûrement pas fait le même carton au box office…

Alors pourquoi ne pas traduire ces titres ? Evidemment l’aspect commercial est primordial pour comprendre ce phénomène. Un film est avant tout caractérisé par son titre, un mauvais titre peut nuire au succès de celui-ci. En ce qui concerne les exemples cités plus haut, on peut noter qu’ils ont tous un point commun : ils ont un impact sonore suffisamment efficace pour rendre toutes traductions futiles. Même pour un public français qui ne maîtrise pas la langue de Shakespeare, ces titres sont accrocheurs et donnent envie de regarder le film. Et en plus, leur prononciation est plutôt facile, même pour les plus mauvais d’entre nous. On peut aussi ajouter que sans être bilingues, ces titres sont à peu près compréhensibles. En effet, on devine que Braveheart fait référence à un personnage courageux, que Dirty Dancing parle de danse ou que le personnage principal de Taxi Driver est chauffeur de taxi.

On peut ajouter que l’anglais a pris une place tellement importante aujourd’hui, que certains traducteurs français choisissent de changer le titre original en anglais pour un autre… EN ANGLAIS ! Ainsi The Hangover a été « traduit » par Very Bad Trip et Silver Linings Playbook par Happiness Therapy, par exemple.

 

Lorsqu’une traduction littérale est acceptable

Il est bien sûr plus simple de traduire littéralement un titre quand cela est possible. Comme je l’ai dit précédemment, la sonorité est primordiale. Alors, lorsqu’une traduction littérale permet d’obtenir un titre de film dont l’impact sonore est le même qu’en anglais, pourquoi s’en priver ? Ainsi, The Godfather a été traduit par Le Parrain, Schindler’s List par La Liste de Schindler, Saturday Night Fever par La fièvre du samedi soir, ou Singin’ in the Rain par Chantons sous la pluie. On voit bien qu’en français, ces titres sont tout aussi accrocheurs que leur version originale.

Dans certains cas, traduire littéralement n’est pas une solution car cela aboutit à des titres loufoques qui n’auraient pas de sens en français. Cependant une traduction est tout de même nécessaire car le titre en anglais ne parlerait pas à un public francophone. On parle alors de transcréation. Cela nous amène à notre dernier cas.

 

Lorsque la transcréation est nécessaire

Comme nous l’avons vu en cours de traductologie, il est souvent nécessaire d’aller au delà de la traduction pour produire un titre digne de ce nom. Un véritable effort créatif doit être réalisé et cela engendre des titres en français parfois meilleurs que les originaux. Ainsi un classique du Western High Noon est devenu l’un des titres les plus immédiatement identifiables du cinéma américain : Le train sifflera trois fois.

Les films d’Alfred Hitchcock constituent également un bon exemple. Bien que des films comme Psychose ou Les Oiseaux aient été traduits littéralement, pour d’autres, il a vraiment fallu s’éloigner du titre original. Par exemple, Dial M for Murder, qui raconte l’histoire d’un crime qui se veut parfait, est devenu tout naturellement Le crime était presque parfait. On peut également citer North by Northwest qui a été traduit par La Mort aux trousses, ou encore Vertigo par Sueurs froides.

Pourquoi aller aussi loin ? Là encore pour des raisons commerciales. Qui serait aller voir un film qui se serait appelé « Midi » ou « Faites le M pour meurtre » ? Il en va de même pour la célèbre saga Die Hard où chacun des films a été traduit différemment (Piège de cristal, 58 minutes pour vivre, Une journée en enfer et Retour en enfer) pour éviter d’avoir recours à un étrange « Mourir durement »… De la même manière, la série de films parodiques Airplane! est devenu Y a-t-il un pilote dans l’avion ? au lieu de « Avion ! ».

De plus il est important de s’adapter au public cible, ainsi le premier livre de la saga Harry Potter, Harry Potter and the Philosopher’s Stone n’a pas été traduit par « Harry Potter et la pierre philosophale » mais par Harry Potter à l’école des sorciers, beaucoup plus vendeur pour les enfants français qui peuvent plus facilement s’identifier au personnage.

 

Mais les auteurs ne prennent-ils pas parfois trop de liberté avec leur traduction ?

Quand The Shawshank redemption devient Les Evadés en français, ne serait-ce pas un spoiler par hasard ? Le titre français gâche un peu le twist final qui rend ce film si spécial.

De la même manière, revenons à la traduction de The Deer Hunter, qui est devenu Voyage au bout de l’enfer en français. Alors que le titre original préfère se focaliser sur le groupe d’amis sidérurgistes et amateurs de chasse, le titre français fait plus référence à l’ « enfer » qu’ils vont vivre au Vietnam pendant la guerre (45 minutes sur 2h55 au total). Encore une fois, ce choix relève plus du marketing qu’autre chose, appeler un film « Le chasseur de cerf » tout en précisant qu’il s’agissait d’un film sur la guerre du Vietnam aurait prêté à confusion.

 

On peut conclure de tous ces exemples, qu’à l’heure de traduire un titre, l’aspect commercial et sonore, en plus de la prise en compte du public cible, est tout aussi important (voire plus important) que la fidélité au titre original. Il est parfois compliqué de combiner les deux. Le traducteur doit donc faire un choix et on en revient donc au débat éternel entre fluidité et fidélité, sauf que dans ce cas là on pourrait le reformuler ainsi : fidélité vs. sonorité.

 

Liens :

http://www.topito.com/top-des-titres-de-films-mal-traduits

http://www.jprissoan-histoirepolitique.com/la-vie-de-l-esprit/critiques-de-films/thedeerhuntervoyageauboutdelenfercimino1978

http://www.allocine.fr/diaporamas/cinema/diaporama-18642113/

http://www.lexpress.fr/culture/cinema/pourquoi-traduire-les-titres-de-films-anglais-en-anglais_1575343.html