J’ai testé pour vous : Faire son stage dans une agence de traduction suédoise

Par Justine Abdelkader, étudiante M2 TSM

L’année 2020, bien que chaotique, m’a tout de même permis de faire un stage d’un mois chez Språk&Co, une agence de traduction suédoise basée à Göteborg, sur la côte ouest de la Suède. À défaut d’avoir pu faire un rapport de stage sur cette très bonne expérience, je partage avec vous ce que j’y ai vécu et ce qui, je pense, ne serait arrivé qu’en Suède.

Manipuler une langue étrangère au travail

Malgré ma préparation sur le clavier Qwerty de mon téléphone, travailler avec un clavier suédois n’est pas de tout repos. Je n’arrête pas d’inverser le Q et le A en écrivant en suédois, et quand je passe au français, les accents me donnent du fil à retordre (mais où est donc passée cette cédille ?!). L’avantage, c’est que les caractères suédois, eux, sont très faciles d’accès. Plus besoin donc de recourir à toutes sortes de stratagèmes pour sortir un å (prononcez comme un o !).

Le ton des emails échangés est bien plus décontracté qu’en France. Pour dire bonjour, on dit Hej!, on s’appelle par son prénom et on tutoie même les inconnus. C’est la langue et la culture suédoises qui le veulent, et une agence de traduction ne déroge pas à la règle.

Être au cœur de la Scandinavie

En ce qui concerne la langue de communication, la situation est assez spéciale et je suis vite émerveillée par la façon dont toutes les langues scandinaves se mélangent. (Petit rappel : la Scandinavie désigne seulement trois pays, la Suède, la Norvège et le Danemark. À ceux-là s’ajoutent la Finlande et l’Islande quand on parle de « pays nordiques ».) Suédois, norvégien et danois se ressemblent beaucoup, notamment à l’écrit. Conséquence : communiquer devient très intéressant. Chacun utilise sa langue pour écrire des mails, voire parfois pour téléphoner, et pourtant, tout le monde se comprend. Je me suis ainsi retrouvée à lire des mails de traducteurs norvégiens ou danois… une expérience mémorable ! Je comprenais tout, même si parfois une deuxième lecture et une petite gymnastique de l’esprit étaient nécessaires, et pourtant je n’ai jamais étudié ces langues de toute ma vie.

L’agence est beaucoup sollicitée pour traduire en anglais, en allemand et dans les langues scandinaves. Mais ces dernières sont traitées un peu différemment. En effet, quand il s’agit d’obtenir une traduction norvégienne ou danoise pour un produit ou une liste d’ingrédients par exemple, on procède souvent à ce qu’ils appellent un « shampooinage ». Vous imaginez mon étonnement quand je commence mon stage et qu’on me parle de shampooing… En réalité, ce terme évoque la façon dont les trois langues sont mélangées pour donner une traduction quasi-unique valable dans les trois pays, mais élaborée à partir d’une des trois langues. C’est ainsi que vous verrez parfois, sur des emballages multilingues, l’inscription « SV/NO/DK », puis le texte où certains mots sont suivis d’un slash et d’une autre proposition. Par exemple : « Allergiinformation se forpakning. Må/får ikke/ej sælges/säljas stykvis/styckvis. » (en français, « Informations allergies : voir paquet. Ne pas vendre séparément. ») Les mots doublés voire triplés sont en fait des mots que les traducteurs norvégiens, danois et/ou suédois ont jugés trop difficiles à comprendre tels quels pour leurs compatriotes, ou pas assez naturels. Ils ont donc donné le mot adapté dans leur langue. Cela permet de gagner de la place sur les étiquettes en ne modifiant que certains mots. Ainsi, trois pays différents comprennent ce qui est inscrit. Il existe différents degrés de shampooinage, selon le souhait du client, l’espace disponible, la qualité attendue, etc. Bien évidemment, cette technique n’est pas utilisée systématiquement pour tous les textes, mais j’y ai beaucoup été confrontée pendant mon stage et j’ai trouvé ça fascinant de connaître les coulisses de ces inscriptions que l’on trouve sur certaines étiquettes et emballages de produits.

S’adapter à la vie professionnelle locale

L’agence se trouve dans un espace partagé où plusieurs entreprises différentes louent un bureau. En arrivant le matin, juchée sur mon vélo (quelle meilleure façon de s’intégrer dans un pays connu pour ses valeurs écologiques ?), je sais donc que je vais croiser des personnes qui exercent une activité tout à fait différente de la mienne. Ce fonctionnement est très intéressant, et la pause de midi donne l’occasion d’aborder des sujets qui n’ont rien à voir avec la traduction. Sans compter que plusieurs personnes amènent leur chien au travail, ce qui rend la pause d’autant plus divertissante… Quoiqu’il en soit, les espaces de coworking peuvent représenter la solution idéale pour celles et ceux qui voudraient s’installer à leur compte sans se passer de la présence d’autres êtres humains.

Dans mon cas, j’ai tout de même une collègue avec qui je peux échanger à ma guise. Avec une bienveillance infinie, elle a la patience de répondre à mes nombreuses questions tout au long du mois. Elle a entre autres l’occasion de me parler de son parcours universitaire, et de la façon dont les masters de traduction en Suède fonctionnent. D’après elle, ils ne préparent pas suffisamment les étudiants à la vie réelle d’un traducteur indépendant, ou même d’un gestionnaire de projets en agence. Les cours de traduction pure sont construits autour d’une discussion des propositions de traduction de chaque étudiant, ce qu’elle trouve enrichissant, mais aucun véritable cours technique avec manipulation d’outils n’est offert. Elle n’a eu accès qu’à une brève introduction à SDL Trados Studio par exemple. Elle a surtout appris sur le tas, en commençant à travailler comme stagiaire dans une agence, puis en étant employée là-bas, avant de se lancer en tant qu’indépendante et de finalement atterrir à Språk&Co. Le stage qu’elle a fait était d’ailleurs une démarche personnelle car sa formation n’en contenait pas.

La dernière semaine, pour finir le stage en beauté, la patronne de l’agence nous rend visite et nous apporte de quoi faire un petit fika. Véritable institution sociale là-bas, cette pause-café nous a permis de débriefer en toute tranquillité sur le mois qui s’était écoulé, et de voir ensemble quels aspects du milieu j’avais découverts ou démystifiés. Un stage à l’étranger qui m’aura donc beaucoup apporté, et c’est ainsi que je quitte l’agence le dernier jour, sans oublier mon vélo, heureuse d’avoir tant appris depuis le premier Hej jusqu’au dernier café.

Rendez-vous en terre inconnue : une semaine en immersion en agence de traduction néerlandaise

Par Baptiste Dargelly, étudiant M1 TSM

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Euro-com International B.V. est une agence de traduction néerlandaise, basée à Renkum, une commune de la province de Gueldre. Même si la société emploie une quarantaine de personnes sur trois bureaux différents (dont un au Caire), le bureau de Renkum est limité, tant par sa surface que par le nombre d’employés qui y travaillent au quotidien. C’est en son sein, en tant que traducteur et pour une durée de quatre mois, que j’effectue mon stage de première année de master TSM. Voici donc tout ce que vous avez toujours rêvé de découvrir sur le quotidien d’une agence de traduction !

Lundi : out of the way, it’s a busy day

Ici, le lundi, c’est jour de réunion. Tout le monde est présent au bureau, soit une dizaine de personnes, pour la plupart chefs de projet (Grace, Bart-Jan, Santiago, Anna…) mais aussi responsables administratifs (Lotte et Hanz), marketing (Yvonne), le directeur général (Eelco), son adjoint (Remco) et le stagiaire. La journée commence calmement, chacun arrive et s’installe à son poste de travail, les doux ronronnements de la machine à café se font entendre dans les couloirs. L’échelle réduite des locaux permet une très bonne entente entre collègues, qui travaillent souvent à quatre par pièce, et qui par conséquent échangent beaucoup durant la journée.

À dix heures, la réunion commence, animée par Misha, sales manager et happiness provider (en français : il s’occupe des contrats et fait beaucoup de blagues). Un large tableau blanc est accroché dans l’espace central, sur lequel chacun peut inscrire des remarques, questions, félicitations, pensées et autres nouvelles. Aujourd’hui, Misha nous présente deux nouveaux clients potentiels, ainsi que la possibilité d’une future collaboration avec une agence de traduction française. Les actualités de l’agence du Caire sont aussi exposées. Ces réunions durent rarement plus d’une demi-heure, et chacun retourne ensuite à son poste.

Aujourd’hui, je travaille sur la révision d’un projet de traduction pour un éditeur de jeux vidéo bien connu. Environ 10 000 mots ont été traduits par Bridget, traductrice, puis révisés par Stéphanie. Grace, la chef de projet, m’a confié la relecture de la révision : c’est inhabituel, mais c’est essentiellement parce que la suite du projet devrait arriver sous peu, et je pourrais me voir confier sa traduction. Un travail de préparation en quelque sorte. Il s’agit d’un projet SDL Studio, outil pour lequel nous avons été formés par notre professeure Nathalie Moulard en TSM, et avec lequel je suis par conséquent particulièrement à l’aise. La journée se termine à 17 h, mais la plupart des chefs de projet vont rester plus tard que ça.

Mardi : a song of ice and fire

La plupart d’entre nous, au bureau, suivent la célèbre série Game of Thrones, et nous avons décidé d’organiser un tournoi. Chacun pronostique qui, parmi les personnages principaux, va vivre ou mourir à la fin de la saison. Le gagnant se verra offrir un repas dans un restaurant proche de l’agence, j’utilise tous mes talents d’analyste pour remplir mon bulletin (la série est terminée à l’heure où je boucle ces lignes, j’ai gagné). C’est aussi ça, l’un des avantages de travailler dans une agence plutôt que depuis chez soi : les interactions sociales sont omniprésentes, ce qui n’est pas nécessairement le cas quand on travaille de chez soi. Bien sûr, cela va au-delà des discussions sur les séries : je bénéficie depuis le début du stage de l’aide précieuse de Grace notamment, qui ne rechigne jamais à répondre à mes questions (nombreuses au départ, de plus en plus rares maintenant) et à essayer de résoudre les problèmes que je rencontre. C’est l’un des autres avantages de travailler en agence, les personnes expérimentées qui m’entourent m’aident, et c’est réciproque : on m’appelle systématiquement quand il y a une incertitude ou un problème en rapport avec le français, et je suis ravi d’aider.

D’ailleurs, en parlant de « problème », le client du projet mentionné précédemment veut une nouvelle révision, en appliquant de nouvelles directives. Mais celles-ci sont floues, et le fichier à modifier que nous récupérons n’est plus compatible avec SDL. Pendant que Remco essaye d’en savoir plus, j’attaque la nouvelle révision, qui se révèle être assez fastidieuse, particulièrement de par le nouveau format du document, qui doit être modifié à l’aide de… Notepad. Je parviens à la moitié du document à midi, et juste avant de prendre une courte pause déjeuner (les Néerlandais n’accordent presque aucune importance à celle-ci : on travaille, on mange quand on a le temps, on débarrasse son assiette et on se remet au boulot), je reçois un e-mail de Remco. Il y a un problème avec le format du document, il faut recommencer la révision depuis le début. Calme et sérénité… La révision sera finalement bouclée juste avant la fin de la journée.

Mercredi-jeudi : I’m a legal alien

Être traducteur (stagiaire, en plus) chez Euro-Com dans les bureaux de Renkum, c’est un peu être un Englishman in New York (mais qui parlerait moins bien anglais, dans mon cas). Habituellement, aucun traducteur n’est présent dans les locaux, tous travaillent à distance. Cependant, aujourd’hui Brenda nous rend visite : elle est traductrice depuis plus de 20 ans, et travaille pour Euro-Com depuis près de 10 ans. Native des Pays-Bas, elle traduit de l’anglais vers le néerlandais. C’est l’occasion pour moi de récolter un maximum de conseils quant à mon futur métier, et Brenda semble ravie de pouvoir en discuter. Nous parlons notamment des tâches de révision de traduction automatique que nous devons souvent effectuer. Elle me confie que ce sont des projets de plus en plus courants, surtout avec les avancées récentes en matière de traduction automatique. Elle a dû, durant sa carrière, s’adapter aux changements technologiques : elle sourit en repensant à l’époque où elle traduisait avec l’aide d’un dictionnaire, sans aucun outil informatique. Elle s’est formée par elle-même à l’utilisation des CAT Tools (les outils de TAO, pour Traduction assistée par ordinateur). Aujourd’hui, elle aurait bien du mal à s’en passer.

En fin de matinée, je reçois un e-mail de la part de Wael, l’un des chefs de projet des bureaux du Caire. La nouvelle salve de fichiers à traduire pour l’éditeur de jeux vidéo est arrivée, et on m’en attribue la traduction. C’est une petite victoire, car il a été quelque peu difficile, au début, d’obtenir des projets. Il semble qu’après environ 1 mois de stage, je commence à bien être intégré dans la boîte : j’ai du travail au quotidien, alors qu’il y a eu quelques journées entières durant lesquelles j’étais désœuvré au début. La confiance s’installe !

Mais, en tant que traducteur, et français qui plus est, il faut bien râler un peu. Le projet est composé de plus de 30 000 nouveaux mots, et la deadline est prévue pour mercredi prochain. Même avec du café en perfusion, ça me paraît compliqué… Mais je ne veux pas que le projet m’échappe, je parlemente donc via e-mail avec Wael. Voilà autre chose que Grace m’a appris à faire : il faut négocier, ne pas hésiter à soulever les problèmes, avec l’art et la manière. Il revient vers moi peu de temps après avec une bonne nouvelle, la tâche a été partagée entre moi et Stéphanie, une autre traductrice anglais-français. Je m’attelle donc à la tâche avec enthousiasme, j’aurai du travail au moins pour les 5 prochains jours. La terminologie m’est maintenant familière, la traduction sera bouclée à temps. Le reste de la journée et le lendemain sont consacrés à cette tâche.

Un court projet pour une société leader du marché de l’audiovisuel m’est attribué dans la journée du jeudi, sur un outil que je ne connaissais pas encore : il s’agit de XTM, un logiciel de TAO. Le projet était si succinct que j’ai passé plus de temps à assimiler le fonctionnement du logiciel qu’à traduire.

Vendredi : Friday I’m in love

Un parfum de weekend flotte dans l’air. Le regain de motivation amène la plupart d’entre nous à travailler debout. En effet, ici chaque bureau est adaptable, c’est-à-dire que l’on peut y travailler debout ou assis, et Remco m’avait vanté les mérites du travail debout dès mes premiers jours à Euro-Com (j’étais cependant déjà au courant de ses bienfaits, puisque nous avons assisté plus tôt dans l’année à une conférence sur l’ergonomie, résumée ici par Jimmy Gabreau). Alors que je reprends la traduction du projet en cours, Marcia me demande un coup de main en urgence pour une révision d’un projet allemand-français. Mon allemand est aussi bien développé que mon néerlandais (je sais presque dire bonjour), mais Marcia m’explique qu’il s’agit essentiellement d’harmoniser la traduction française et de la modifier selon la base terminologique associée. Un jeu d’enfant, n’est-ce pas ? La progression est assez fastidieuse, mais les erreurs sont peu fréquentes. Certains mots posent problème en allemand, je sollicite alors mon équipe d’experts linguistiques germanistes, mes camarades de classe Julian et Jordan (vous pouvez retrouver le billet de Jordan portant sur le marché de la traduction en Allemagne ici), qui résolvent mes problèmes en un tour de main.

Il s’agit d’un client récent et très exigeant, on vérifie donc plusieurs fois que tout est en ordre. Des e-mails me parviennent une demi-heure plus tard, il faut apporter de nouveaux changements. Au moins 5 personnes travaillent en même temps sur ce même projet. Il sera finalement bouclé et envoyé en fin d’après-midi, après être repassé plusieurs fois entre mes mains. Malgré le nombre de participants, Marcia a réussi à maintenir le cap, à assurer la liaison entre le client et les traducteurs et à répartir les tâches tout au long de la journée sans jamais perdre le fil… Et tout ça en gardant le sourire. Le travail de chef de projet me semble parfois terriblement compliqué. La semaine s’achève avec un sentiment de travail accompli.

C’est la fin de cette semaine en immersion dans une agence de traduction néerlandaise, mais pas la fin de mon stage, qui a été jusqu’ici très riche d’enseignements. Je remercie chaleureusement toute l’équipe d’Euro-Com pour leur pédagogie et leur confiance, et je vous remercie de m’avoir lu ! Prettige dag verder !

La méthode Pareto en agence de traduction

Par BrandonDauvé, étudiant en M2 TSM.

Qu’est-ce que le principe de Pareto ?

Le concept doit son nom au sociologue et économiste italien de la fin du XIXe/début du XXe siècle, Vilfredo Pareto qui a analysé les données fiscales de plusieurs pays européens (France, Angleterre,Prusse, Russie…) et, suite à cette analyse, il a remarqué un phénomène similaire : en général, 80 % des richesses étaient détenues par 20 %de la population.


Vilfredo Pareto

Au fil du temps, ce concept a été réutilisé dans plusieurs domaines, notamment dans le management, pour signifier que 80 % des effets sont le produit de 20 % des causes.

Cette idée est devenue universelle car elle peut s’appliquer à n’importe quelle situation. Par exemple, 20 % des clients d’une entreprise représentent 80 % du chiffre d’affaires. Ou encore, 20 % des produits d’un supermarché vont représenter 80 % des ventes, etc.

Le principe de Pareto dans le monde professionnel

Outre la relation 20/80, il faut surtout retenir à travers ce principe, qu’une petite cause peut représenter la majorité des conséquences/effets.

En suivant ce concept, des entreprises peuvent axer leur réflexion sur leurs activités et sur leurs tâches afin de déceler celle qui est susceptible de provoquer le plus gros résultat ou atteindre au mieux l’objectif de l’entreprise ou d’un projet.

Afin d’y arriver, il faut faire un état des lieux de l’entreprise, prendre du recul en se posant ces questions :

Que faisons-nous, quelles sont nos activités ?
Quel est le produit que nous recevons avant la transformation et quelles sont les consignes ?
Quel est l’objectif de cette transformation ?
Quelles sont les tâches à effectuer afin de transformer le produit reçu en un produit fini qui va satisfaire au mieux notre client ?
Quelle tâche correspond le plus à l’objectif fixé par le client ?

Ces questions permettent de dresser un bilan de l’entreprise qui peut changer le fonctionnement en interne ou même déboucher sur une nouvelle stratégie adaptée pour un client/marché bien spécifique au même titre qu’une analyse SWOT par exemple (analyse des forces/faiblesses et des risques/opportunités avant d’envisager le lancement d’un projet).

En effet, on peut découvrir qu’une tâche qui était jusqu’alors peu prise au sérieux, peut avoir un rôle bien plus important dans le but de satisfaire l’objectif final.

Le principe de Pareto dans une agence de traduction

On peut appliquer ce principe à la gestion de projets dans une agence de traduction.

Le produit reçu correspond à une demande de traduction effectuée par un client.
Le produit reçu contient 1 ou plusieurs fichiers sources ainsi que des instructions.
Prenons un exemple : une traduction d’un document marketing d’un lieu touristique de l’anglais vers l’allemand, de 1 500 mots en 2 jours ouvrés, avec la consigne de ne pas traduire certains passages surlignés et de traduire des passages non-éditables sur des images sur un fichier Word à part.

Quel est l’objectif de ce projet ?
Il faut bien sûr satisfaire le client qui a fixé une deadline de 2 jours ouvrés (le délai), établi des consignes (faire le travail demandé) et qui attend un travail de qualité (choix du bon traducteur : généralement le traducteur a l’habitude de traduire pour ce client) en sachant que ce projet s’adressera à un public germanophone qui souhaite visiter une région bien précise (adopter le bon style avec les bonnes tournures). Ces 4 objectifs forment ce que l’on appelle la satisfaction client.

Les tâches à effectuer pour le PM sont les suivantes :

  • Ouvrir le fichier source et masquer les passages qu’il ne faut pas traduire
  • Recopier les phrases présentes sur les images non-éditables sur un autre fichier Word.
  • Créer le projet sur l’outil de TMS (Translation Management System)
  • Effectuer l’analyse
  • Confirmer la commande
  • Proposer le job à un traducteur(délai de 1 h avant la réponse) et créer les postes
  • Vérifier que le traducteur a livré en respectant la deadline imposée par le client
  • Relire le texte en gardant les consignes (marketing/tourisme/public germanophone) en tête
  • Démasquer les passages à ne pas traduire afin de rendre le fichier dans l’état escompté par le client
  • Procéder à la livraison des 2 documents cibles (le fichier source traduit ainsi que le fichier Word qui contient le texte des images non-éditables)
  • Être disponible pour tout retour positif ou négatif du client
  • Trouver des solutions en cas de mécontentement de la part du client (Identifier la source du problème et négocier avec le client)

Quelles tâches sont les plus susceptibles de satisfaire le client par rapport à ce projet ?

Pour ce projet, la satisfaction client c’est : le délai, le respect des consignes, la qualité et l’adaptation au public cible. Mais il faut trouver LA composante de la satisfaction client la plus importante.


– Le délai peut toujours être négociable avec ce client et ce n’est pas un projet urgent.
– Le respect des consignes est important, mais si les passages ont quand même été traduits, le client pourra toujours récupérer le passage source.
– La qualité est importante, mais si le texte n’est pas adapté au public cible,cela n’a pas de sens.
– Ici, l’objectif principal est le public cible.

Il faut donc trouver la tâche de gestion de projets qui permettra d’atteindre au mieux le public cible.

Parmi cet ensemble de tâche, il faut se concentrer sur une seule.
Pour ce projet, on peut estimer que la tâche primordiale afin d’atteindre le public cible est : l’attribution de la traduction au traducteur allemand adapté pour ce genre de demande (le choix du traducteur).

Avant de lancer ce projet, le PM doit donc cerner l’objectif principal de cette demande dans le but de satisfaire au mieux le client, et trouver la tâche qui sera primordiale afin d’atteindre l’objectif.

Pour reprendre la formule de Pareto, 20 % des tâches (l’assignation de la traduction au bon traducteur) va représenter 80 % de la satisfaction client (une traduction adaptée au public cible).

Pour citer un autre exemple : lorsque ce même client fait une demande urgente, le critère optimal de satisfaction sera le délai. La tâche principale sera la livraison rapide du projet,quitte à ce que la qualité soit un peu moins bonne que dans un projet non urgent.

Le principe de Pareto permet donc de prendre du recul sur un projet afin de bien définir l’objectif principal et,suite à cela, de trouver la tâche qui aura le plus de chance de satisfaire l’objectif principal, dans la théorie de la relation 20/80.

Stage en traduction : petite ou grande agence ?

Par Alvina Veillon, étudiante M2 TSM

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Le choix d’une agence pour y faire son futur stage peut s’avérer très difficile, surtout pour un tout premier stage dans le secteur de la traduction, qui est encore inconnu un étudiant.

Faire son stage dans une très petite agence ou dans une multinationale est sensiblement différent. Les deux tailles d’entreprise comportent des avantages et des inconvénients qu’il faut bien garder à l’esprit en postulant. Voici les points positifs de chacune pour vous aider dans votre choix.

 

Avantages d’une petite agence

 

La place du stagiaire au sein de l’entreprise

C’est l’une des différences majeures entre une petite entreprise et une multinationale. Pour un premier stage, une grande agence internationale peut faire peur, tandis qu’une petite agence à taille humaine peut être plus rassurante pour faire ses premières armes dans le monde de la prestation de services linguistiques. Ainsi, il y a moins cette impression de n’être qu’un « maillon de la chaîne », la pièce d’un immense puzzle. Dans le cas d’une agence internationale, des employés de bureaux nationaux différents travaillent dans la même agence, sans jamais se connaître.

Le processus de recrutement plus rapide

Trouver un stage dans une petite structure est souvent plus simple et plus rapide. La principale raison à cela est sa hiérarchie réduite, et donc plus souple qu’une grande agence. Pour cette dernière, il faut d’abord trouver LE bon interlocuteur à qui envoyer votre candidature. Ensuite, votre CV et votre lettre de motivation passeront sans doute entre les mains de plusieurs personnes dans la hiérarchie avant d’aboutir à une éventuelle réponse, ce qui ralentit fortement le processus de recrutement.

La situation géographique des clients

Une petite agence de traduction située dans une petite ville est plus à même d’attirer des clients proches, voire très proches géographiquement. C’est notamment intéressant pour le domaine du tourisme, par exemple. En faisant traduire des brochures touristiques de la ville pour de futurs visiteurs étrangers, l’agence participe, à sa manière, à la promotion du territoire local. Cette notion de proximité, perdue en traduisant pour de gros clients au sein d’une agence multinationale, peut être assez séduisante pour un stagiaire.

Un seul chef de projets dédié à un projet

Dans une petite agence, chaque projet n’est géré que par un seul chef de projets. Il y a donc un interlocuteur unique qui suit le projet de A à Z ; le suivi est ainsi plus personnalisé. Dans une grande agence, à l’inverse, la gestion des nombreux projets simultanés a plus tendance à se faire « à la chaîne », les différentes étapes du projet étant traitées par le chef de projets qui est disponible sur le moment. Dans ce cas de figure, il arrive souvent au traducteur d’interagir avec plusieurs chefs de projets différents (certains chefs de projets n’ayant pas les mêmes horaires de travail, pour des raisons de fuseaux horaires, par exemple).

 

Avantages d’une grande agence

 

Plus d’outils et de ressources

Pour des raisons de coûts, une grande agence est plus susceptible d’avoir plus de ressources : outils de TAO, plateforme de gestion de projets, logiciels de PAO… C’est bien sûr un énorme avantage pour un stagiaire. En testant plusieurs logiciels de TAO, il peut avoir une meilleure idée de ce qui est proposé sur le marché, et de ce qui est le plus utilisé par les agences et les clients. Si le stagiaire souhaite ensuite devenir traducteur indépendant, il pourra mieux choisir l’outil de TAO avec lequel il comptera travailler.

Plus de domaines couverts, et des domaines plus spécialisés

En général, un étudiant en traduction n’est pas sûr à 100 % de ses futurs domaines de spécialité, et c’est justement le stage qui va s’avérer déterminant pour ce choix. Dans une grande agence, le stagiaire pourra découvrir des secteurs beaucoup plus variés ; automobile, mode, luxe, environnement, immobilier, aéronautique… il y a l’embarras du choix !

Travailler sur de (très) gros projets, pour de (très) gros clients

Une grande agence a plus de chances de compter parmi ses clients des leaders de leur secteur, notamment parce que ces clients ont souvent des projets avec des volumes importants et/ou réguliers qu’une petite agence ne pourrait pas absorber.

Pour un traducteur en herbe qui est encore sur les bancs de la fac, travailler pour de tels clients peut faire peur, mais c’est en réalité très formateur. Être traducteur, c’est aussi savoir gérer et respecter les instructions du client, et les « gros » clients sont typiquement ceux qui ont le plus d’exigences (outil de TAO imposé, guides de style de centaines de pages, accords de non-divulgation…).

Volumes suffisants pour occuper un stagiaire à temps plein

Les volumes de traduction plus importants d’une grande agence permettent d’occuper un stagiaire à temps plein, et surtout sur de vrais projets ; les traductions du stagiaire (après relecture, bien entendu !) seront utilisées par les clients. C’est beaucoup plus gratifiant que de traduire des documents d’anciens projets juste pour s’entraîner. Et puis… quelle fierté de retrouver ses traductions sur le site d’une grande marque !

stage-agence-experience

Voilà quelques pistes pour les futurs stagiaires qui sont un peu perdus. Une dernière petite astuce, pour ceux qui hésitent encore entre petite et grande agence : il est parfois possible de trouver un stage dans le bureau local d’une très grande agence internationale. En effet, les stages ne se réalisent pas toujours au siège de l’entreprise ; travailler dans l’un des autres bureaux de taille plus réduite peut permettre de bénéficier en partie des avantages d’une petite structure (bureau à taille humaine), tout en profitant des avantages d’une multinationale (gros clients, plus d’outils à disposition).

Le stage peut s’avérer très déterminant pour une future carrière dans le domaine de la traduction ; bien le choisir est donc crucial !

#JMT2018 : Retour sur la Journée mondiale de la traduction à l’Université de Lille

Par Rudy Loock, responsable de la formation TSM

 

Depuis 1953, à l’initiative de la Fédération internationale des traducteurs (FIT), nous célébrons chaque 30 septembre la Journée mondiale de la traduction (JMT), journée reconnue officiellement par l’ONU depuis l’an dernier. Pourquoi le 30 septembre ? Nous célébrons ce jour-là saint Jérôme, saint patron des traducteurs et des bibliothécaires.

À cette occasion, de nombreux événements visant à promouvoir les métiers de la traduction sont organisés un peu partout dans le monde. En France, la Société Française des Traducteurs (SFT) et un certain nombre de formations universitaires en traduction (voir par exemple les formations membres de l’Association française des formations universitaires aux métiers de la traduction), parfois en collaboration, ont proposé cette année toute une série de manifestations entre fin septembre et mi-octobre (voir ici le calendrier des manifestations SFT).

À l’Université de Lille, c’est le vendredi 28 septembre qu’a été célébrée la JMT2018 sur le site de Villeneuve d’Ascq, en collaboration avec la SFT et en présence des étudiants en traduction de l’université (parcours MéLexTra et TSM), de membres de la SFT, ainsi que de traducteurs et traductrices de la région.

Le matin, la SFT a animé une table ronde très intéressante sur une question cruciale pour les étudiants s’apprêtant à s’installer comme travailleurs indépendants : Comment travailler avec les agences de traduction ? Avec Dominique Durand-Fleischer en modératrice, Charles Eddy, Jackie McCorquodale, Sophie Dzhygir et Christèle Blin ont proposé une réflexion sur les enjeux et parfois les difficultés d’une telle collaboration : comment être recruté, entretenir de bonnes relations professionnelles, bien comprendre le fonctionnement des agences, négocier les tarifs… soit tout un ensemble de questions très importantes lorsque l’on sait que 50% des traducteurs/traductrices travaillent régulièrement avec des agences (source : enquête SFT 2015 sur les pratiques professionnelles en traduction). La table ronde a ensuite laissé place à un déjeuner, où traducteurs/traductrices et étudiants ont pu échanger en toute convivialité.

 

L’après-midi a été consacré à la traduction culinaire. Dans le cadre d’une « Carte blanche », deux traductrices spécialisées dans ce domaine, Rachel Doux et Marion Richaud, ont expliqué leur façon de travailler et les enjeux d’une telle spécialisation, qui les poussent parfois à passer en cuisine afin de tester les recettes qu’elles traduisent ! Les deux traductrices ont ensuite été rejointes par Kilien Stengel, auteur gastronomique et chercheur en sciences de l’information et de la communication, pour des exposés plus formels sur les questionnements autour de ce type de traduction spécialisée. Comment en effet gérer l’instabilité sémantique de termes apparemment aussi simples que « sucré » ou « salé », dont le sens change en fonction des époques, mais aussi des cultures ? Comment gérer l’absence d’équivalences entre la langue source et la langue cible ? Faut-il traduire par exemple « Mac & Cheese » par « gratin de pâtes » ? La traduction culinaire amène par ailleurs à prendre en compte des phénomènes parfois très subtils : tout jambon espagnol n’est pas ibérique, « pâte d’amande » peut se traduire différemment en fonction du taux de sucre, certains morceaux de viande n’ont aucun équivalent comme le « porterhouse steak » en français.

En la matière, l’objectif est donc selon les intervenants le pragmatisme : il convient de traduire en imaginant les lecteurs en train de préparer les plats en question, ce qui nécessite parfois de recourir à la visualisation des ingrédients ou des ustensiles sur internet afin de traduire au plus près tout en effectuant des adaptations qui permettront aux lecteurs en langue cible d’effectivement réaliser les recettes. La traduction peut alors aller jusqu’à une transformation complète de la recette de départ, illustrations comprises, voire jusqu’à la suppression complète d’une recette donnée lorsque celle-ci ne peut être réalisée !

JMT2018_4

 

La JMT2018 à l’Université de Lille fut donc placée sous le signe de la professionnalisation et de la sensibilisation à des questions très importantes comme la spécialisation, les différences interculturelles, ou encore le travail en collaboration avec les agences de traduction. À l’année prochaine pour la JMT2019 !