Le recrutement des traducteurs en agence de traduction

Par Marie Castel, étudiante M2 TSM

Le recrutement par les agences de traduction peut s’avérer particulièrement important, notamment pour un traducteur fraîchement diplômé qui ne bénéficie pas d’un panel de clients suffisant pour vivre de sa profession. J’ai décidé de me pencher sur le sujet et de revenir avec vous sur les différentes étapes et exigences à l’heure actuelle du recrutement des traducteurs.

Il convient de préciser que je me suis appuyée sur mon expérience personnelle (au sein de l’agence de traduction Intertranslations à Athènes où j’ai effectué mon stage lors de ma première année de master) pour rédiger cet article. Et comme un retour sur mon unique expérience personnelle ne saurait être généralisé à toutes les agences de traduction, j’ai également mené ma petite enquête en réalisant un sondage* auprès de différentes agences de traduction (françaises ou non) où j’ai récolté une soixantaine de réponses.
Notez que les agences interrogées se répartissent comme suit :

  • 44 % d’agences employant moins de dix personnes ;
  • 24 % d’agences employant dix à trente personnes ;
  • 32 % d’agences employant plus de trente personnes.

Le recrutement d’un traducteur n’est pas toujours une tâche facile. Dans le cadre d’un développement, les agences de traduction vont se mettre en quête de nouveaux profils afin de proposer à leurs clients des contenus de qualité optimale. Seulement, plusieurs questions se posent quant au recrutement des traducteurs. Quelles sont les exigences des agences ? Les agences s’appuient-elles uniquement sur les diplômes du traducteur et/ou son expérience ? Faut-il d’autres compétences ?

Mais commençons notre tour d’horizon des conditions de recrutement en agence par quelques généralités sur le sujet.

Quelques généralités

Dans une grande majorité des cas, il est nécessaire pour un traducteur de posséder certaines compétences et d’avoir bénéficié d’une formation initiale pour s’assurer de meilleures chances de recrutement. Sachez ensuite que pour pouvoir répondre au mieux à tous les divers projets qui pourraient leur être proposés, les agences de traduction doivent disposer d’une base de données complète recensant aussi bien les traducteurs in-house que les freelances. Cette base de données, propre à chaque agence, comprendra pour chaque traducteur ses combinaisons linguistiques, ses expériences, ses éventuels domaines de prédilection ainsi que sa (ses) formation(s).
La base de données doit être suffisamment riche, car il est toujours possible qu’un traducteur ne soit pas disponible pour un projet. Il est également important que cette base soit complète, qu’elle comprenne toutes les informations nécessaires à l’agence pour traiter les projets au mieux. Plus elle sera riche et complète, plus il sera facile à l’agence de traduction de remplacer rapidement un traducteur indisponible par un autre disposant des mêmes compétences. Il peut donc être intéressant pour une agence de maintenir cette base de données à jour et de l’enrichir avec de nouveaux traducteurs. En effet, cela permettra à l’agence de ne pas prendre de retard sur les projets qui lui seront confiés par un client.

Le niveau de diplôme

Pour un traducteur qui souhaite travailler avec une agence française, le niveau de diplôme recommandé reste, en règle générale, le master. 70 % des agences situées en France ayant répondu au sondage le confirment. En ce qui concerne celles ayant leur siège à l’étranger, 69 % des agences interrogées se contentent d’un niveau licence.

Il faut savoir que même si des diplômes de l’enseignement supérieur seront grandement appréciés par les agences, celles-ci tiendront également compte de l’expérience au niveau de la pratique professionnelle des candidats. En effet, pour certaines agences, l’expérience est fondamentale et elles ne travaillent donc qu’avec des traducteurs ayant fait leurs preuves et disposant de plusieurs années d’expérience. Cela va témoigner de la capacité à traiter diverses situations et divers projets, mais aussi de l’enrichissement personnel qui en résulte.

Des agences françaises ont indiqué se fier aux critères de la norme ISO 17100, qui nécessite soit un diplôme, soit une expérience suffisante.
Un participant travaillant dans une agence mexicaine précise que sa méthode de recrutement est conforme à la réglementation légale du Colegio de Traductores, Intérpretes y Peritos del Estado de Tabasco.

Le niveau de langue

En France, les agences exigent la plupart du temps un niveau de langue C1/C2 (selon l’échelle du CECRL) pour les traducteurs concernant la langue source. Avoir une bonne maîtrise et une bonne méthodologie est primordial. Parfois, les tests suffiront à indiquer le niveau de compréhension de la langue source (sujet abordé ci-dessous).

Pour ce qui est des réponses des agences situées hors de l’Hexagone, certaines ont un système d’évaluation interne. Par ailleurs, un répondant de la Nouvelle-Zélande a indiqué qu’il évaluait les compétences en anglais (langue cible) à l’aide des scores de l’IELTS et qu’il préfère que les traducteurs soient titulaires d’un diplôme de traduction ou bien qu’ils soient membres de NZSTI ou de NAATI, si possible.

Les domaines de spécialisation

Concernant les domaines de spécialisation, les avis restent mitigés : environ la moitié des agences ayant répondu au sondage n’en exige pas nécessairement, tandis que l’autre moitié estime que cela reste essentiel pour un traducteur. Cela dépendra des exigences du projet/client pour lequel le traducteur sera recruté.

Ensuite, si vous êtes traducteur, lorsque vous précisez vos domaines de spécialisation, veuillez indiquer uniquement les domaines dans lesquels vous êtes sûr de garantir une traduction parfaite, et ce, quelle que soit la difficulté du document source.

Attention : si un traducteur annonce qu’il a plusieurs domaines de spécialisation, cela risque de paraître suspect au recruteur qui pourrait avoir des doutes quant à la qualité et la véracité de ce qu’affirme le candidat.

Les compétences techniques essentielles

En raison de l’informatisation croissante du métier, les traducteurs qui veulent réussir à s’intégrer devront absolument maîtriser les outils de suite bureautique comme Word, Excel et PowerPoint (60 % des agences le confirment). Effectivement, des connaissances informatiques de base vont être nécessaires et même essentielles. Pour se démarquer, la maîtrise d’autres logiciels (comme InDesign et Photoshop) sera un avantage certain.

Une autre compétence primordiale pour le traducteur et de plus en plus demandée aujourd’hui par les agences est la maîtrise et l’utilisation d’un ou plusieurs logiciels de TAO (77 % des agences le confirment). Elle permet d’optimiser la productivité pour les missions de traduction.

Néanmoins, certaines agences ont précisé que même si une expérience avec les outils de TAO est préférable, le plus important reste avant tout la qualité du travail d’un candidat qui sera constatée grâce aux tests. Ces agences ont donc déclaré être prêtes à s’adapter si le traducteur est très bon. Elles sont convaincues que ces compétences peuvent s’acquérir assez rapidement si le traducteur est motivé et un peu débrouillard.

Les compétences supplémentaires

En revanche, un traducteur ne sera pas obligé de disposer de compétences en gestion de projets. Quasiment toutes les agences sondées ont répondu qu’un traducteur n’en a pas besoin. Toutefois, s’il n’y a pas d’exigence particulière à ce sujet, un traducteur désorganisé dans sa gestion fera perdre du temps à l’entreprise (retard sur les livraisons, erreurs sur la facturation…).

Le traducteur doit avoir entre autres les qualités suivantes :

  • Autonomie ;
  • Capacité à gérer son stress ;
  • Capacité d’organisation et d’adaptation…

Un autre aspect intéressant à mettre en valeur lors d’une candidature sont les soft skills. Si vous êtes traducteur et que vous souhaitez que votre contrat dure au sein d’une agence et que la collaboration se passe bien, ils sont fondamentaux.
Tout d’abord, on y retrouve les compétences sociales et humaines (il est nécessaire d’avoir une certaine capacité à travailler en équipe). L’intelligence émotionnelle en fait aussi partie (elle sera essentielle notamment lors d’un feedback). Des compétences en matière de gestion du temps et une grande réactivité sont indispensables. De plus, vous devrez savoir vous montrer débrouillard et être capable de résoudre seul les problèmes techniques.
Une bonne communication et le sérieux seront un vrai plus (il est important d’indiquer ses disponibilités aux gestionnaires de projets, de les avertir lorsque l’on est absent, etc.).

Selon les projets, l’agence pourra exiger d’autres critères : des connaissances en SEO, des capacités en copywriting, en transcription ou dans la manipulation de fichiers de sous-titres… Si vous disposez de compétences additionnelles (telles que la révision, PAO, localisation, etc.), n’oubliez pas de les mentionner.

En outre, vous pouvez lister certains documents sur lesquels vous avez travaillé, sans rentrer dans les détails pour ne pas enfreindre les clauses de confidentialité.

Enfin, une dernière étape et pas des moindres, sera de veiller à la qualité de son expression écrite qui est le cœur du métier de traducteur. Votre candidature doit être rédigée dans une langue irréprochable avec une grammaire parfaite. Montrez votre rigueur, votre précision et que vous maîtrisez la langue.

La candidature spontanée

Un autre cas de figure peut se présenter, vous êtes traducteur et vous avez repéré l’agence pour laquelle vous voulez à tout prix travailler. Cependant, ladite agence semble ne chercher aucun traducteur. Je n’ai qu’une chose à vous conseiller : osez proposer vos services à cette agence qui vous fait de l’œil ! En effet, 80 % des agences ayant répondu au sondage ont déclaré accepter les candidatures spontanées. Alors lancez-vous en envoyant votre CV optimisé pour le poste que vous souhaitez occuper dans l’agence et en rédigeant une lettre de motivation soignée pour l’accompagner. S’il est vrai que cette dernière n’est plus obligatoire partout, faire l’effort supplémentaire d’en rédiger une ne pourra qu’augmenter vos chances de faire bonne impression auprès de l’agence.

Pour éviter que votre mail soit placé directement dans la corbeille à son arrivée, il est essentiel de soigner l’objet de celui-ci. Il vous faudra être concis, direct et précis. Avant de l’envoyer, mettez-vous à la place du recruteur et demandez-vous si l’objet donne envie de consulter le contenu du mail.

Un bon moyen de se démarquer lorsque vous présentez votre candidature serait de le faire par téléphone, voire en personne. Effectivement, le métier de traducteur repose principalement sur une communication par e-mails, c’est pourquoi très peu de traducteurs prennent la peine d’appeler l’agence de leur choix pour candidater. C’est assez dommage, car dans l’agence où j’ai effectué mon stage, le Vendor Manager m’avouait que « le fait de pouvoir mettre une voix sur un traducteur et d’avoir un contact humain » peut avoir une influence positive sur les suites données à la candidature. De plus, cela prouve une certaine motivation.

Un point clé pour vraiment faire la différence est de se renseigner sur l’entreprise. Il vous faudra alors adapter votre candidature en fonction des spécificités de l’agence en question. La personne chargée du recrutement sera sensible à l’intérêt porté concernant les objectifs ainsi que le mode de fonctionnement de l’agence.

Un autre point important avant de candidater sera de s’informer sur le recruteur. D’une part, ce sera un gain de temps pour vous, et d’autre part, votre profil aura plus de chances d’être étudié. Il ne faut donc pas se précipiter sur le formulaire de contact qui se trouve sur le site Web de l’agence comme d’autres personnes le font. Ayez conscience qu’il existe bien souvent un Vendor Manager dans les grandes agences de traduction, qui se chargera de constituer un réseau de linguistes. Pour ce qui est des petites et moyennes agences, cette mission sera souvent confiée aux chefs de projets.

Le recours à des sites/réseaux professionnels

On nous vante souvent l’utilisation des sites et réseaux sociaux professionnels dans la recherche d’emploi. Les résultats du sondage le confirment : j’ai constaté qu’une grande majorité de ces entreprises les utilise pour rechercher des traducteurs, tandis que 16 % n’ont pas recours à cette méthode.

ProZ est la plate-forme la plus utilisée avec LinkedIn (elles sont utilisées respectivement par 68 % et 60 % des participants au sondage). Cependant, il existe d’autres sites où il est possible de rechercher des traducteurs : 39 % des agences utiliseront TranslatorsCafé, tandis qu’une seule agence sur 62 aura recours à Zoho. Je tiens toutefois à préciser que cette question autorisant un choix multiple, le pourcentage total est donc supérieur à 100 %. D’autres sites comme Translationdirectory, Translatorsbase, les sites associatifs de la SFT, l’ATA, CBTI, mais aussi Theopenmic peuvent également vous être utiles lors de votre intégration sur le marché de la traduction.

Voici quelques méthodes alternatives utilisées par nos collègues étrangers :

  • Se rendre sur les sites Web locaux de demande d’emploi ;
  • Aller sur Smartcat Marketplace ;
  • Parcourir Facebook ;
  • Rechercher des fournisseurs lors de conférences et d’évènements du secteur (dépendant du projet).

La fréquence du recrutement

En ce qui concerne la fréquence du recrutement, nous avons encore d’une part, les agences pour qui cette étape se fait « rarement » (35 %) et d’autre part, celles où cela se fait « souvent » (42 %). Il faut bien entendu tenir compte des vagues de candidatures qu’ils reçoivent. C’est ainsi que pour certaines agences, la fréquence de l’étape de recrutement variera selon la demande, en fonction des besoins de leur équipe.

Voici pour finir quelques-unes des réponses du sondage que j’ai souhaité partager avec vous en raison de leur singularité :

« Nous recrutons toujours pour répondre à un besoin […]. Le recrutement est assez rare pour notre part, car notre équipe de traducteurs est en place depuis de nombreuses années pour plusieurs raisons (parmi lesquelles figurent la confiance, la cohérence, le suivi client et la qualité bien entendu). » ;

« Je suis Vendor Manager et je recrute tous les jours ! » ;

« We don’t have a huge pool of translators. We nurture our vendor relationships and have a 99% retention rate (they are always available to take more projects on a daily basis). There is a logic behind it. For instance, we offer our clients handpicked professionals who can really express their message in a given language. If we have to take something really big, we ask for recommendations internally. ».

Un éventuel entretien/test

En fonction des qualifications des traducteurs, une première sélection sera effectuée. Il se peut alors que l’agence auprès de laquelle vous avez postulé vous contacte pour un éventuel entretien (environ 35 % des participants ont déclaré en mettre un en place). Il sera alors primordial de savoir convaincre en quelques minutes pour mettre toutes les chances de votre côté.

Après une sélection des profils, pour bon nombre d’agences (environ 80 % des agences interrogées), il se peut aussi que vous soyez soumis à un test avant d’avoir une chance d’être intégré à leur équipe. Ce dernier va avoir pour but d’évaluer un certain nombre de critères indispensables chez un traducteur (qualités stylistiques, réactivité, connaissances techniques et linguistiques, mais également sérieux et capacité à respecter les délais imposés). Il permettra donc de vérifier que vous serez capable de vous conformer aux attentes de l’agence et du client, notamment par le contrôle de la qualité du texte fourni (cohérence, fidélité à la source, fluidité…).

Par ailleurs, le recrutement peut parfois se faire sur recommandations ou par réseautage (60 % des agences confient avoir recours à cette méthode).
Notez également que certaines agences profitent des stages de fin de formation pour former les stagiaires afin de les recruter à l’issue de celui-ci.

Le début de la collaboration

Une fois toutes ces étapes passées, les candidats sélectionnés par l’agence seront intégrés à sa base de données et recevront par la suite des missions de traduction. Au début de la collaboration, il est nécessaire pour les agences de s’assurer et de contrôler le travail fourni des traducteurs. Certaines agences leur attribueront ainsi une note de départ. Ce système permet de savoir quels projets pourront leur être assignés grâce à un degré de complexité déterminé lors de la notation (qui évoluera après chaque projet). De plus, ce système permettra un suivi des traducteurs dans le temps.

Pour finir, ce qui comptera vraiment, ce sera le retour du client. Sa satisfaction doit être bien évidemment prise en compte pour évaluer le travail du traducteur. Cela lui permettra ainsi d’améliorer ses performances.

Je tiens à remercier les agences de traduction qui ont pris le temps de répondre à mes questions afin de m’aider dans la rédaction de cet article, mais aussi Intertranslations où j’ai beaucoup appris lors de mon stage.
Je remercie également Nancy Matis qui m’a gentiment aidée dans le partage du sondage.

*Il m’est possible de vous envoyer les résultats de ce sondage anonyme qui est composé d’une soixantaine de réponses (une partie en français, l’autre en anglais). Si tel est votre souhait, vous pouvez me contacter par mail : marie.castel.etu@univ-lille.fr.

Bibliographie

SFM TRADUCTION. Prospecter les agences de traduction : Interview avec Harmonie Blondel Henderson [en ligne]. (01/11/2020). <https://www.youtube.com/watch?v=CgG2OenGe74&feature=youtu.be>

HDMTRADUCTION. Prospecter les agences de traduction : quelques conseils clés [en ligne]. (01/11/2020). <http://www.hdmtraduction.com/prospecter-les-agences-de-traduction-quelques-conseils-cles/>

SOTRATECH. Sélection de traducteurs : comment faire le bon choix ? [en ligne]. (01/11/2020). <https://www.sotratech.com/sotratech/blog/70-selection-de-traducteurs-comment-faire-le-bon-choix.html>

ANYWORD. Recrutement des traducteurs professionnels : les critères d’Anyword [en ligne]. (01/11/2020). <https://www.anyword.fr/selection-des-traducteurs/>

Agences de traduction et traducteurs indépendants : des relations compliquées ?

Par Steffie Danquigny, étudiante M1 TSM

Il y a un peu plus d’un an, j’envoyais mon dossier de candidature pour le Master TSM. Depuis, j’ai appris énormément sur le monde de la traduction, que ce soit l’utilisation des mémoires de traduction, l’intérêt des corpus, ou encore la façon dont une bonne (ou mauvaise) recherche terminologique peut affecter une traduction technique. Je me suis également rendu compte du grand nombre de traducteurs indépendants dans ce secteur, mais aussi de la réputation des agences de traduction, qui n’est pas aussi bonne qu’on pourrait le croire.

Pour les personnes extérieures au métier, ces agences sont tout simplement des entreprises employant des dizaines de traducteurs et d’interprètes. Pourtant, ce portrait est loin de la réalité : la plupart des agences sont en fait des petites entreprises qui ne comptent que peu de salariés, qui sont souvent des gestionnaires de projets. Il est peu fréquent que ces agences emploient des traducteurs « in-house » : elles ont alors recours à des traducteurs indépendants. Mais alors, pourquoi les freelances voient-ils parfois d’un mauvais œil ces agences, alors qu’elles leur donnent du travail ?

Agences de traduction : que leur reproche-t-on ?

Pour commencer, leurs tarifs. On se rend compte en parcourant les forums de traduction que les traducteurs qui ne travaillent qu’avec des clients directs, et jamais avec des agences, reprochent à ces dernières de les payer à des tarifs très bas (par exemple : moins de 8 centimes au mot) et donc de faire de gros bénéfices, alors que selon eux, elles ne font que « transférer un e-mail du client au traducteur ».

Il est vrai que, la plupart du temps, si une agence reçoit le CV d’un très bon traducteur mais que celui-ci demande un tarif au mot trop élevé, elle risque de ne pas lui proposer de collaboration. En général, lorsqu’elle cherche de nouveaux traducteurs, l’agence commence par définir le tarif maximal qu’elle est prête à payer, cherche un traducteur correspondant au tarif et à la spécialisation, et idéalement, lui fait passer un test de traduction. Si celui-ci correspond à ses attentes, l’entreprise l’engage, parfois sans chercher à savoir si de meilleurs traducteurs sont disponibles sur le marché (ce système de recrutement est par ailleurs en opposition avec celui des organisations internationales, qui elles, essayent de recruter le meilleur traducteur possible et lui offrent un très bon salaire.) Bien évidemment, ce n’est pas le cas de toutes les agences : certaines d’entre elles travaillent avec les meilleurs traducteurs dans leur spécialisation, peu importe le prix. Mais c’est ce qui arrive souvent aux petites agences, ou aux plus grandes, qui veulent augmenter leur marge. Ainsi, les traducteurs (notamment les jeunes diplômés) en viennent parfois à baisser leurs tarifs auprès des agences, voire à les « brader » afin de rester compétitifs.

Ensuite, les délais. « Nombre de mots : 7 000. Livraison : Demain matin ».

Un traducteur traduit en moyenne 2 500 mots par jour, voire 5 000 mots pour les plus rapides. Malheureusement, les agences de traduction ont tendance à oublier ce détail lorsqu’elles nous envoient un texte à traduire, ou alors considèrent qu’un traducteur freelance a des horaires flexibles et travaille donc de nuit sur demande. Alors, que faire ? Travailler jusqu’à 3 heures du matin pour rendre une traduction probablement bâclée dont on ne sera  pas pleinement satisfait, ou refuser ce travail au risque de ne plus recevoir de projets de la part de cette agence ? De plus, alors qu’elles veulent recevoir la traduction le plus vite possible, c’est parfois après plusieurs mois et relances que les agences paient leurs traducteurs.

 

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Les agences méritent-elles toutes ces critiques ?

Si les traducteurs continuent de travailler avec les agences malgré cette réputation, ce n’est pas sans raison. En effet, bien que certaines agences malintentionnées se permettent de faire plus de 50 % de bénéfices sur le dos des traducteurs, et que d’autres leur demandent l’impossible (livraison pour hier, « révision » d’une traduction automatique, etc), ce n’est évidemment pas le cas de toutes les agences, fort heureusement ! Voici quelques détails sur le travail effectué par les agences qui pourraient changer l’opinion que vous portez sur ces dernières.

Tout d’abord, intéressons-nous à la gestion de projets. Il faut savoir que la remarque disant que les gestionnaires de projets ne font que « transférer un e-mail » se révèle fausse dans la plupart des cas. Alors qu’un traducteur indépendant ne s’occupe que de sa paire de langue (voire de deux paires de langues), l’agence – peu importe sa taille – peut recevoir des demandes de traduction vers plusieurs, voire beaucoup de langues. Lors de mon stage dans une toute petite agence (composée de moins de 5 salariés), le plus gros projet dont j’ai m’occuper comportait 32 langues. De ce fait, une ou deux journées étaient nécessaires avant même le lancement du projet : préparation de fichiers, création du projet dans le logiciel de TAO, vérification des mémoires de traduction, création des rapports, écriture du devis client, sélection des traducteurs, vérification de leurs devis, création d’un planning précis comportant toutes les étapes du projet, etc. Tout cela ne se fait pas en un claquement de doigts. Après réception des traductions, il faut également prévoir du temps pour la révision, la PAO, l’assurance qualité ainsi que la livraison.

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Ensuite, il ne faut pas oublier le marketing, qui occupe une place très importante dans le quotidien d’une agence de traduction. Être capable d’obtenir de nouveaux clients et de les garder est un élément crucial pour le bon fonctionnement d’une entreprise. Alors que certains traducteurs chanceux, après plusieurs années de service, reçoivent quotidiennement des projets de la part d’agences ou de clients directs et n’ont plus besoin de passer des heures à la recherche de nouveaux clients, une agence de traduction ne s’arrête jamais de prospecter, et emploie généralement une ou plusieurs personnes pour mener à bien cette mission. En plus de la recherche classique sur internet, à laquelle s’ajoutent des centaines d’appels, l’agence se doit de tenir un site web de qualité et régulièrement mis à jour, parfois agrémenté d’un blog et/ou d’une newsletter. Il lui arrive également de devoir se déplacer pour une réunion au cours de laquelle elle explique l’avantage de la TAO (avec démonstration en direct, par exemple), d’investir dans des dépliants et/ou emplacements publicitaires en ligne, de joindre des associations payantes, d’obtenir des certifications professionnelles, etc. Tout cela coûte du temps et de l’argent.

Enfin, l’agence de traduction doit avoir une e-réputation impeccable. Elle doit être présente sur les réseaux sociaux (notamment LinkedIn, Twitter, Facebook, …) et alimenter ces derniers quotidiennement, en prenant soin de proposer des contenus de qualité, qui intéressent à la fois ses clients, les clients potentiels ainsi que les traducteurs avec lesquels elle travaille. Il s’agit donc d’une présence virtuelle réfléchie, qui nécessite généralement l’emploi d’un spécialiste. Les réseaux sociaux sont un moyen pour l’entreprise d’acquérir de nouveaux clients, de garder ceux avec qui elle travaille déjà, de s’informer sur les traducteurs avec qui elle souhaite collaborer, et enfin, de se tenir informée de toutes les nouveautés de l’industrie de la traduction, et du secteur dans lequel elle se spécialise. La plupart des traducteurs indépendants sont eux aussi présents sur les réseaux sociaux, mais dans des proportions généralement moindres.

En résumé, il faut savoir que gérer une agence de traduction n’est pas une tâche aussi simple qu’on pourrait le croire. La gestion de projets, des réseaux sociaux et le marketing prennent une place très importante au sein de ce type d’entreprises, les bénéfices que font les agences ne vont donc pas directement dans leur poche puisque tout ce travail en interne doit être financé. De plus, il convient de préciser que les agences qui en demandent beaucoup aux traducteurs travaillent souvent elles-mêmes pour des clients très difficiles !

Sources :

« A Little Love for Agencies », Anthony Teixeira

« Les 5 mythes de l’agence de traduction », Translate Media

« Agences de traduction : le cauchemar des traducteurs », Cultures Connection

22 nouvelles raisons pour lesquelles une agence peut cesser de faire appel à vous

Article original en anglais 22 more reasons why an agency might stop working with you rédigé par Nikki Graham et publié sur le blog de l’auteur My Words for a Change.

Traduction en français réalisée par Clothilde Radisson, étudiante en M2, Master TSM à l’Université Lille3

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Ce billet a été récompensé dans le cadre des 2017 ProZ.com community choice awards.

 

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En octobre 2014, j’avais publié sur mon ancien blog un billet concernant les raisons pour lesquelles une agence pourrait décider de mettre fin à sa collaboration avec vous. Le billet original ainsi que sa version republiée sur ce blog WordPress « My Words for a Change » ayant suscité beaucoup d’intérêt et de commentaires, j’ai décidé d’énumérer ci-dessous quelques raisons supplémentaires pour lesquelles une agence pourrait tout à coup cesser de vous contacter par e-mail ou par téléphone. Ces raisons sont fondées sur votre feedback et sur quelques-unes de mes propres observations.

Bien que cet article et le précédent concernent principalement vos collaborations avec des agences, certains des points abordés s’appliquent également à vos collaborations avec des clients directs. J’espère qu’ils vous seront utiles.

Un grand merci à toutes les personnes qui ont pris le temps de répondre au billet original et de partager leurs expériences (Allison Klein Krüter, Allison Wright, Rose Newell, BJ Translation Ltd., Claire Cox, Galina Green, Igor Vesler, Alison Penfold et tous les autres qui n’ont pas donné leur nom complet ou leur vrai nom). Ce deuxième billet n’existerait pas sans vous.

Raison n° 1. Vous exigez un paiement sous 7 ou 14 jours alors que l’agence, elle, reçoit son paiement sous 30 jours. Je sais que les traducteurs peuvent établir leurs propres conditions, mais exiger un paiement plus tôt que les 30 jours habituels peut engendrer des problèmes de trésorerie, en particulier pour les petites agences et lorsque des sommes importantes sont concernées. Il s’agit vraiment d’une condition que les traducteurs doivent mentionner et faire approuver avant d’accepter un projet, plutôt que de bondir sur le client au moment de la facturation.

Raisons n° 2 et 3. L’agence décide de focaliser son activité sur une combinaison de langues et/ou une spécialisation différente. Cela peut signifier qu’elle se tourne vers un marché haut de gamme et que vos compétences ne correspondent plus à leurs besoins. Ou alors que leurs besoins diminuent dans votre champ de spécialité et qu’ils préfèrent favoriser d’autres fournisseurs avec lesquels ils travaillent depuis plus longtemps, ce qui explique pourquoi ils ne vous contactent plus.

Si vous avez l’habitude de recevoir beaucoup de travail de la part d’une agence et que cela cesse soudainement, cela vaut la peine de leur envoyer un mot ou de les appeler pour en connaître la raison.

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Raisons n° 4 et 5. Vous laissez trop de problèmes de terminologie que le réviseur doit ensuite corriger. Nous travaillons tous principalement avec des délais serrés. Livrer une traduction avec de nombreuses questions sur des termes et/ou sur la structure ou le sens d’une phrase peut semer la pagaille et causer énormément de stress au réviseur et au PM. Si vous trouvez un texte difficile, peut-être parce que l’auteur n’a pas été très clair en premier lieu, et avez besoin d’aide concernant le vocabulaire, il est préférable d’en informer l’agence avant la livraison afin d’avoir plus de temps pour résoudre les problèmes.

Toutefois, il est également important de ne pas poser trop de questions qui feraient perdre du temps au PM, en particulier si la plupart des réponses se trouvent dans les instructions que vous avez reçues (et que vous n’avez visiblement pas lues correctement).

Raisons n° 6 et 7. Autre chose à éviter : ne jamais répondre au PM pour accuser bonne réception des fichiers, des instructions, des délais, des prix, etc. Pas besoin d’écrire un roman, une simple confirmation suffit, mais vous devez répondre et le plus rapidement possible.

Pour les agences, les réponses rapides sont particulièrement importantes lorsque vous ne pouvez pas prendre en charge un projet, afin qu’elles puissent trouver quelqu’un d’autre. Si vous mettez des siècles à répondre, votre nom va certainement chuter dans leur liste de contacts.

Raison n° 8. Malentendus. Assurez-vous de vous exprimer de façon claire et de vous expliquer correctement. Avec un peu de chance, l’agence aura fait de même, mais si vous avez des doutes et que vous le pouvez, prenez votre téléphone ou appelez votre client sur Skype pour vous assurer que tout est clair d’entrée de jeu. Étant donné que les PM peuvent généralement choisir dans une grande base de données de fournisseurs, vous ne voulez pas que votre nom en soit supprimé pour une raison qui aurait facilement pu être évitée.

Raison n° 9. En matière de communication, assurez-vous d’adopter une approche professionnelle. Les réponses contenant un seul mot peuvent être considérées comme impolies. De la même manière, inclure des détails de votre vie personnelle peut paraître inapproprié si vous n’avez pas encore bâti de relation avec le PM.

Raisons n° 10 et 11. L’agence vous demande de recommander des collègues afin de former une équipe pour un gros projet. Lorsque tout est terminé, le PM se rend compte qu’il possède les noms de traducteurs indépendants ayant fait leurs preuves et qui proposent un tarif plus bas que le vôtre. Pour éviter cette situation, il est préférable de communiquer votre tarif aux collègues que vous recommandez et de leur demander au minimum de s’adapter à votre tarif. (Franchement les gars ! Casser les tarifs de vos collègues de cette façon, en particulier quand ceux-ci vous ont recommandés, ça ne se fait pas. Et sur le long terme, ça n’apportera rien de bon ni à vous ni à la profession.)

La situation mentionnée ci-dessus n’est pas la seule qui puisse mener à la fin de votre collaboration avec une agence, puisque celles-ci sont sans cesse bombardées de CV et d’e-mails de la part de nouveaux fournisseurs potentiels qui cherchent à se faire une place sur le marché. Si les PM testent un nouveau traducteur, ils peuvent se rendre compte qu’ils sont plus intéressants que vous, en particulier si la qualité de leurs traductions et leurs tarifs sont plus avantageux que les vôtres.

Raison n° 12. En ce qui concerne les tarifs, si les vôtres sont plutôt élevés pour l’agence en question, le niveau de votre travail doit, de leur point de vue, correspondre au montant qu’ils payent. De nombreuses agences seront prêtes à débourser plus pour des textes compliqués, mais vous devez vous assurer de livrer la qualité nécessaire et requise.

Raison n° 13. Vous refusez de revoir votre tarif et de négocier. C’est de bonne guerre. Après tout, nous sommes des traducteurs indépendants et nous pouvons établir nos propres conditions. Mais une agence lance parfois un projet avec un budget serré et doit vous demander de baisser un peu votre tarif ou de renoncer à votre tarif minimal dans ce cas particulier. Avec un peu de chance, ce type de situation ne se produira pas trop souvent, mais si cela arrive, l’agence saura se souvenir des traducteurs qui ont apporté leur aide et les récompensera avec plus de travail. Et ceux qui n’ont pas apporté leur aide seront peut-être rayés définitivement de sa liste de contacts.

Raison n° 14. Vous quittez le pays dans lequel l’agence se trouve et une clause de sa politique stipule qu’elle ne travaille qu’avec des traducteurs vivant dans le même pays. Il y a quelques années, lorsque je suis retournée en Angleterre après avoir travaillé en Espagne, certaines de mes agences clientes étaient réticentes à l’idée de poursuivre notre collaboration.

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Raison n° 15. Vous partez en congé maternité et découvrez que vos services ne sont plus requis quand vous en revenez. Lorsque ma fille est née, peu de temps avant mon retour ici, je n’ai pas arrêté de travailler complètement très longtemps, seulement trois mois environ. Après ça, j’ai travaillé quelques heures chaque jour, ce qui m’a permis de conserver les clients que je souhaitais le plus garder. Bien sûr, chaque bébé est différent, mais je me suis rendue compte que je pouvais tout à fait m’asseoir à mon bureau et réaliser quelques traductions pendant qu’elle dormait.

Raisons n° 16 et 17. L’agence décide que tous leurs fournisseurs doivent utiliser un outil de TAO spécifique (Trados, MemoQ, etc.), au mépris de toute compatibilité avec celui que vous possédez, et se sépare de vous si vous n’achetez pas ledit outil de TAO.

De la même manière, l’agence peut décider de commencer à utiliser un outil de TAO basé sur le cloud et, si vous refusez d’alimenter leurs mémoires de traduction plutôt que les vôtres, vous serez bien rapidement jeté aux oubliettes.

Raison n° 18. L’agence décide qu’il est temps de se tourner vers un marché plus bas de gamme et emprunte le chemin de la traduction machine, et vous refusez d’effectuer des tâches de post-édition.

Raison n° 19. Vous ne soignez pas suffisamment votre propre marketing, et l’agence oublie tout simplement votre existence. Si certaines agences ne vous proposent que quelques projets par an dans vos combinaisons de langues et domaines de spécialisation, il est important de leur rappeler que vous êtes toujours disponible en leur envoyant régulièrement des messages, en particulier si vous vous trouvez dans une période creuse et que vous avez du temps.

Raison n° 20. Vous n’avez pas de police d’assurance. S’il s’agit là d’une condition obligatoire, elle est généralement précisée dans le contrat ou dans l’accord de confidentialité que l’on vous demande de signer au début de la collaboration.

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Raison n° 21. Votre traduction comporte une erreur que vous ne remarquez qu’après l’avoir livrée, donc vous la livrez à nouveau. Et vous la renvoyez peut-être encore une fois après avoir remarqué une autre erreur. Ce n’est pas comme ça que l’agence aura confiance en vos aptitudes. Et s’ils n’ont pas révisé votre travail et l’ont déjà envoyé au client final, ils pourraient se retrouver dans une situation compromettante, à devoir expliquer pourquoi ils fournissent une nouvelle version de la traduction au client.

Raison n° 22. Vous tenez publiquement sur les réseaux sociaux des propos qu’ils n’apprécient pas. Même si cela n’a pas forcément de rapport avec eux ou la traduction, ils peuvent s’indigner de vos opinions concernant la politique, la religion mais aussi, dans mon cas, le réchauffement climatique, les questions environnementales, la défense des animaux… C’est pourquoi nombreux sont les collègues qui refusent d’alimenter leurs profils publics sur les réseaux sociaux avec des publications controversées et hors-sujet, ce qui paraît être une décision sage et justifiée.

Cependant, vous devez également faire attention à ce que vous dîtes dans le cadre de groupes fermés, tels que Things Translators Never Say et Watercooler sur Facebook (le groupe The League of Extraordinary Translators est public). Vous ne pouvez jamais savoir qui va lire vos plaintes au sujet d’une agence et l’en informer. Bien sûr,  nous avons tous besoin de relâcher la pression de temps en temps, et la plupart d’entre nous n’ont pas l’occasion de râler au bar avec les collègues en fin de journée : c’est pourquoi nous le faisons en ligne. Mais, s’il vous plaît, faites de votre mieux pour vous assurer que les personnes dont vous parlez ne soient pas reconnaissables si vous souhaitez garder votre client.

Pourquoi accueillir un stagiaire dans son agence de traduction ? Un entretien convaincant

Par Lucie Lambert, étudiante M1

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Dans le monde de la traduction, le stage apparaît aujourd’hui comme une étape essentielle, voire déterminante pour les étudiants. Lors des recherches de stage, nombreuses sont les agences de traduction, petites ou grandes, qui déclarent ne pas être intéressées par un stagiaire. Mais alors pourquoi d’autres agences se lancent-elles dans cette aventure ?

Maura Bottazzi, associée-gérante de l’agence de traduction STUDIO TRE Traduzioni, a accepté de partager son point de vue.

[Interview retranscrite de l’italien]

 

L’agence a été fondée il y a 38 ans, depuis combien de temps accueille-t-elle des stagiaires ?

Cela fait maintenant de très nombreuses années, nous l’avons fait dès que cela a été possible. Nous avons débuté avec l’École Supérieure pour Interprètes et Traducteurs de Forlì [Université de Bologne, Ndr], avec laquelle nous collaborons par le biais d’une convention. De là, nous nous sommes rendus compte que les étudiants qui sortaient de cette école étaient très bien préparés au métier de traducteur/interprète. C’est grâce à cette convention que nous avons pu connaître des étudiants qui recherchaient un stage d’études.

 

Avez-vous de nombreuses conventions comme celle-ci ?

Nous avons par la suite débuté des collaborations avec d’autres universités en Italie, mais également à l’étranger. Je les ai contactées moi-même pour savoir si elles pouvaient être intéressées et nous envoyer des stagiaires. J’en voudrais encore plus mais malheureusement je n’ai pas eu beaucoup de réponses de l’étranger : nous avons par exemple reçu beaucoup de stagiaires français, un stagiaire allemand mais jamais de stagiaire britannique, et ce pour des raisons géographiques et financières que je peux comprendre. Je reçois également des dossiers directement des universités.

 

Est-ce que ces conventions rendent le processus d’accueil plus facile ?

Avec cette façon de fonctionner, nous savons de quelle université et de quelle formation viennent les stagiaires. Cela nous permet de faire un choix plus adapté et ciblé. Je peux demander des étudiants ayant des combinaisons particulières.

 

Quelles étaient les attentes et l’intérêt de l’agence dans un premier temps ?

Le premier objectif était de connaître des étudiants qui avaient fait un certain type d’études universitaires et qui pouvaient ensuite faire partie de nos futurs collaborateurs. Nous voulions également évaluer leurs compétences. Ces collaborations nous permettent de comprendre si les stagiaires qui viennent chez nous pourront ensuite faire partie de l’équipe. En plus des compétences qui sont fondamentales, nous portons une attention particulière aux valeurs humaines et au travail de groupe : l’accueil de stagiaires nous donne ainsi l’occasion de les connaître mieux en tant que personne mais également en tant que travailleur.

 

La période de stage profite-t-elle aussi bien au stagiaire qu’à l’agence ?

Les stagiaires viennent avec des compétences et des connaissances variées. C’est enrichissant pour l’agence. Une des choses importantes que nous souhaitons offrir aux stagiaires est la possibilité de voir concrètement comment le travail se fait, ou comment nous aimerions qu’il soit fait, en effectuant réellement les tâches d’une agence de traduction. En résumé, parler de ce que signifie travailler avec la précision, la vitesse, l’urgence, les délais, toutes ces caractéristiques qui font mieux comprendre le métier de traducteur/interprète.

Par exemple, à la fin de sa formation en interprétation, une employée n’avait pas assez d’expérience. Nous l’avons donc suivie dans son intégration professionnelle en lui offrant des occasions. J’ai maintenant entièrement confiance en elle car je sais précisément ce dont elle est capable. Il est évident que la formation des stagiaires doit exister afin de leur montrer le sérieux et la responsabilité dont nous avons besoin. Le stagiaire doit également demander, s’informer et essayer.

L’aspect humain est aussi fondamental pour nous : un bon traducteur qui ne partage pas nos valeurs ne pourra pas travailler correctement dans et pour notre agence. C’est pour cela que nous organisons des journées de formation et de réflexion pour nos employés sur le thème du travail de groupe.

 

L’agence a-t-elle des critères pour choisir ses stagiaires ?

Pour les universités avec lesquelles nous avons des conventions, nous donnons des caractéristiques : lorsque nous recevons une offre, nous avons accès au parcours, à la spécialisation et aux langues. En ce qui nous concerne, si aujourd’hui nous devons faire un choix entre un étudiant faisant anglais-espagnol et un autre faisant anglais-allemand, au vu de nos besoins, c’est celui qui fait allemand qui sera choisi. Le choix se limite d’abord à la langue car les autres caractéristiques se vérifient lorsque la personne vient en stage. Sur le curriculum vitae, les informations sont souvent trop génériques pour comprendre quel genre de personne se cache derrière.

 

Est-ce que l’utilisation des outils de TAO fait également partie de ces critères ?

C’est aujourd’hui fondamental pour nous. Autrement, cela devient difficile : durant la période de stage, le stagiaire utilise très souvent ces outils. S’il a déjà les bases, il réussit à travailler dans de meilleures conditions dès son arrivée.

 

Plutôt stagiaire en traduction ou en gestion de projet ?

Je dirais que pour le moment, ce n’est pas un élément de sélection. Lorsque nous échangeons avec les stagiaires, nous nous rendons compte d’une chose : c’est en étant au cœur du sujet qu’ils s’aperçoivent de comment fonctionne le monde du management et celui de la traduction, et se rendent forcément compte de leur préférence. La plupart du temps, les stagiaires n’ont aucune idée de ce que signifie être gestionnaire de projet dans une agence de traduction. Certains découvrent que ce n’est pas fait pour eux car ils n’arrivent pas gérer le stress et l’urgence ; ils préfèrent traduire dans une certaine tranquillité, le stress est moins important que celui d’un gestionnaire de projet. En revanche, d’autres découvrent un travail très différent et varié : ils mettent de côté la traduction pure pour gérer des projets en faisant des contrôles, des mises en pages et en prenant contact avec les traducteurs. C’est quelque chose qui se découvre grâce au stage.

 

Quelles sont les avantages et les inconvénients d’avoir des stagiaires en agence ?

Les avantages seraient la collaboration, le travail de groupe, et le fait de former nos potentiels futurs collaborateurs, c’est ce qu’il y a de plus important. C’est comme dans le football : les futurs grands joueurs sont choisis dans les équipes composées de jeunes talents. C’est un peu la même chose avec nous : il s’agit de créer cette base dans laquelle nous viendrons choisir nos collaborateurs.

Un inconvénient serait le temps que je perds dans la gestion administrative. Avant de recevoir les stagiaires, il faut échanger, rassembler les documents et respecter certains délais. Durant le stage, je dirais que c’est le temps dédié à expliquer et à former. Ce n’est cependant pas vraiment un inconvénient puisque c’est du temps dédié utilement, de façon à se projeter dans l’avenir. Il s’agit d’un investissement. Cela fait partie de la construction de notre grand réseau de collaborateurs et c’est un choix que nous avons fait. Nous n’avons jamais considéré le stagiaire, comme le font de nombreuses agences et entreprises, comme un travailleur à bas coût. Ces agences n’ont pas l’objectif de les former en vue d’une future collaboration.

 

S’il y a une opportunité, est-il possible de décrocher un poste interne ?

S’il y a un poste de libre et que la personne correspond à nos exigences, alors oui nous pouvons y penser. Actuellement, trois anciennes stagiaires sont employées chez nous. Il est cependant plus facile de devenir un collaborateur freelance externe : c’est le cas de beaucoup de nos anciens stagiaires avec qui nous collaborons toujours.

 

Conseilleriez-vous aux autres agences de traduction d’avoir recours à des stagiaires ?

Oui, absolument. Je pense que ceux qui ont suivi une formation en traduction et un approfondissement linguistique ont besoin de comprendre davantage comment le travail fonctionne au sein d’une agence de traduction, surtout par rapport à une entreprise quelconque. C’est un moyen pour l’agence de s’assurer de bons collaborateurs pour la suite. Nous sommes très fiers d’accueillir des stagiaires, en espérant qu’ils soient également satisfaits de l’expérience vécue, tant au niveau professionnel qu’humain. Diffuser notre façon de penser et de travailler est l’un de nos objectifs pour continuer à avancer dans ce secteur.

 

Merci à Maura Bottazzi pour sa participation.

 

 

Le stage en agence, crucial pour l’étudiant en traduction

Par Brahim Ghoul, étudiant M2 TSM

Que vous soyez intéressé par des études de traduction ou que vous les ayez déjà débutées, il est d’une importance capitale pour vous de bien définir quels sont vos objectifs et priorités pour les stages obligatoires entrant dans votre formation (en agence ou auprès d’un traducteur indépendant).

Dans cet article, je me focaliserai sur les agences de traduction. Toutefois, je ne donnerai évidemment aucun nom d’étudiant, d’entreprise ou d’agence, car là n’est pas le but. Il s’agira plutôt de donner des pistes et des conseils de prudence que j’ai pu appliquer l’année dernière. Si les stages en entreprise en France sont très règlementés, il faut le plus souvent redoubler de vigilance en cas de stage à l’étranger.

Je me souviens de la discussion que j’ai pu avoir, il y a quelques mois, avec une étudiante de deuxième année du Master de Traduction Spécialisée Multilingue, à l’époque où j’étais étudiant de première année. Celle-ci m’avait raconté les mésaventures qu’elle avait vécues lors de sa période de stage. Elle avait effectué un stage qui s’était très mal passé, dans une agence de traduction anglaise. L’agence en question s’est révélée être une « usine à stagiaires », puisqu’on y comptait dix stagiaires pour seulement deux salariés. En outre, la convention de stage qui avait été signée était inexacte en ce qui concerne les tâches à effectuer : l’étudiante passait davantage de temps à répondre aux appels des clients qu’à traduire des documents spécialisés, alors que la traduction constituait la tâche principale inscrite sur la convention de stage ! On imagine donc que cette expérience n’a été bénéfique ni pour la stagiaire, qui n’a pas réellement amélioré les compétences visées par le Master, ni pour l’entreprise, qui a vu sa réputation en pâtir.

Quels sont les conseils que je pourrais donner aux futurs stagiaires en agence ? En me basant humblement sur mon vécu en ce qui concerne les stages de première année, trois points me paraissent importants :

  • La nature de votre stage : quelles compétences souhaitez-vous approfondir ? Ayez bien conscience que les tâches de traduction, de gestion de projet ou de localisation, bien que toutes liées au Master TSM, sont bel et bien différentes.
  • L’entreprise d’accueil : quelle est sa réputation, notamment sur les réseaux sociaux et professionnels ? Avez-vous précisément discuté des tâches à réaliser avec le recruteur ? Avec quel équipement informatique allez-vous travailler, cela concernant aussi bien les logiciels que les ordinateurs ? Combien de stagiaires l’entreprise a-t-elle l’habitude de recruter ? Selon la loi française, « Les entreprises de moins de 20 salariés peuvent accueillir 3 stagiaires maximum en même temps ».
  • La rémunération : la loi française oblige les employeurs à verser à leur stagiaire une gratification en cas de stage supérieur à deux mois. En effet, selon la loi, « Le taux horaire de la gratification est égal à 3,60 € par heure de stage». Cependant, en ce qui concerne les stages à l’étranger, la meilleure option consiste à se renseigner en amont, parce que le plus souvent il n’existe pas de règle.

 

Il est crucial pour vous de bien déterminer, à l’avance, ces trois points. Évidemment, il vous sera impossible de vous prémunir d’éventuels cas de force majeure qui pourraient impacter de manière négative votre stage, mais l’idée ici est de minimiser les risques et de permettre à l’agence de traduction comme à vous-même de sortir enrichi de cette aventure professionnelle.

Dans la capture d’écran qui suit, vous trouvez toute une liste d’informations susceptibles d’être pertinentes dans la sélection de votre stage. Le dernier encadré en rouge, dans le corps du courriel, est selon moi le plus important : dans quel sens allez-vous traduire ? Quels logiciels êtes-vous susceptible d’utiliser ? Quelles compétences allez-vous acquérir ? Pensez à éclaircir, avec le recruteur, tous ces détails.

De plus, petit aparté, n’hésitez pas à classer vos courriels en fonction des expéditeurs si vous souhaitez gagner en clarté et en organisation, dans le cadre de vos recherches de stage (voir le côté gauche de la capture d’écran).

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Malgré toutes vos précautions, votre stage reste susceptible de ne pas être à la hauteur de vos espérances, voire pire, de ne pas du tout correspondre à ce qui est exigé d’un stage en traduction spécialisée ou en gestion de projets. Dans ce cas, n’hésitez pas à agir et à rechercher toutes les solutions possibles pour rectifier le tir. Parlez-en à votre responsable de stage en entreprise ainsi qu’à votre tuteur de stage à l’Université.

Enfin, pensez à certains cas de figure peu réjouissants : et si, par exemple, l’agence dans laquelle vous effectuez un stage déposait tout simplement le bilan ? Dans ce cas, vous devrez réaliser un autre stage si vous souhaitez valider votre année. Même s’il est toujours possible d’envoyer des candidatures spontanées, n’hésitez pas, si vous devez absolument accélérer le processus, à faire jouer vos réseaux. Je pense notamment à un solide profil LinkedIn que vous alimenterez au fur et à mesure de votre progression dans le monde professionnel.

Tous ces conseils vous permettront, je l’espère, de rassembler un maximum d’informations sur votre futur stage en agence, et de gagner du temps au cas où une situation délicate se présenterait.

Où sont nos étudiant.e.s stagiaires ?

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Chaque année, les étudiant.e.s du Master TSM effectuent un stage au sein d’une agence de traduction, d’une entreprise spécialisée dans les services linguistiques, d’une organisation publique, ou encore auprès d’un traducteur/d’une traductrice indépendant.e selon certaines conditions. Le stage est d’une durée de 2 mois minimum en M1 et d’une durée de 6 mois en M2. Il donne lieu à la rédaction d’un rapport de stage et à une soutenance. Une Charte des Stages précise définit le cahier des charges à respecter afin d’assurer l’adéquation entre le stage sur le terrain et le diplôme visé.

Le marché de la traduction étant un marché mondialisé, l’un des deux stages se fait à l’étranger, et les étudiant.e.s TSM en profitent : cette année, plus de la moitié d’entre eux a choisi un stage à l’étranger (Espagne, Italie, Belgique, Pays-Bas, Allemagne, Royaume-Uni, Irlande, Hong Kong).