#JMT2018 : Retour sur la Journée mondiale de la traduction à l’Université de Lille

Par Rudy Loock, responsable de la formation TSM

 

Depuis 1953, à l’initiative de la Fédération internationale des traducteurs (FIT), nous célébrons chaque 30 septembre la Journée mondiale de la traduction (JMT), journée reconnue officiellement par l’ONU depuis l’an dernier. Pourquoi le 30 septembre ? Nous célébrons ce jour-là saint Jérôme, saint patron des traducteurs et des bibliothécaires.

À cette occasion, de nombreux événements visant à promouvoir les métiers de la traduction sont organisés un peu partout dans le monde. En France, la Société Française des Traducteurs (SFT) et un certain nombre de formations universitaires en traduction (voir par exemple les formations membres de l’Association française des formations universitaires aux métiers de la traduction), parfois en collaboration, ont proposé cette année toute une série de manifestations entre fin septembre et mi-octobre (voir ici le calendrier des manifestations SFT).

À l’Université de Lille, c’est le vendredi 28 septembre qu’a été célébrée la JMT2018 sur le site de Villeneuve d’Ascq, en collaboration avec la SFT et en présence des étudiants en traduction de l’université (parcours MéLexTra et TSM), de membres de la SFT, ainsi que de traducteurs et traductrices de la région.

Le matin, la SFT a animé une table ronde très intéressante sur une question cruciale pour les étudiants s’apprêtant à s’installer comme travailleurs indépendants : Comment travailler avec les agences de traduction ? Avec Dominique Durand-Fleischer en modératrice, Charles Eddy, Jackie McCorquodale, Sophie Dzhygir et Christèle Blin ont proposé une réflexion sur les enjeux et parfois les difficultés d’une telle collaboration : comment être recruté, entretenir de bonnes relations professionnelles, bien comprendre le fonctionnement des agences, négocier les tarifs… soit tout un ensemble de questions très importantes lorsque l’on sait que 50% des traducteurs/traductrices travaillent régulièrement avec des agences (source : enquête SFT 2015 sur les pratiques professionnelles en traduction). La table ronde a ensuite laissé place à un déjeuner, où traducteurs/traductrices et étudiants ont pu échanger en toute convivialité.

 

L’après-midi a été consacré à la traduction culinaire. Dans le cadre d’une « Carte blanche », deux traductrices spécialisées dans ce domaine, Rachel Doux et Marion Richaud, ont expliqué leur façon de travailler et les enjeux d’une telle spécialisation, qui les poussent parfois à passer en cuisine afin de tester les recettes qu’elles traduisent ! Les deux traductrices ont ensuite été rejointes par Kilien Stengel, auteur gastronomique et chercheur en sciences de l’information et de la communication, pour des exposés plus formels sur les questionnements autour de ce type de traduction spécialisée. Comment en effet gérer l’instabilité sémantique de termes apparemment aussi simples que « sucré » ou « salé », dont le sens change en fonction des époques, mais aussi des cultures ? Comment gérer l’absence d’équivalences entre la langue source et la langue cible ? Faut-il traduire par exemple « Mac & Cheese » par « gratin de pâtes » ? La traduction culinaire amène par ailleurs à prendre en compte des phénomènes parfois très subtils : tout jambon espagnol n’est pas ibérique, « pâte d’amande » peut se traduire différemment en fonction du taux de sucre, certains morceaux de viande n’ont aucun équivalent comme le « porterhouse steak » en français.

En la matière, l’objectif est donc selon les intervenants le pragmatisme : il convient de traduire en imaginant les lecteurs en train de préparer les plats en question, ce qui nécessite parfois de recourir à la visualisation des ingrédients ou des ustensiles sur internet afin de traduire au plus près tout en effectuant des adaptations qui permettront aux lecteurs en langue cible d’effectivement réaliser les recettes. La traduction peut alors aller jusqu’à une transformation complète de la recette de départ, illustrations comprises, voire jusqu’à la suppression complète d’une recette donnée lorsque celle-ci ne peut être réalisée !

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La JMT2018 à l’Université de Lille fut donc placée sous le signe de la professionnalisation et de la sensibilisation à des questions très importantes comme la spécialisation, les différences interculturelles, ou encore le travail en collaboration avec les agences de traduction. À l’année prochaine pour la JMT2019 !

 

 

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La traduction automatique : menace ou opportunité ? Retour sur la journée d’études #TQ2018 du 2 février 2018

Par Simon Watier, étudiant M1 TSM

 

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À l’occasion de la sixième édition de la journée d’études dédiée à la traduction, l’Université de Lille  et le laboratoire « Savoirs, Textes, Langage » (STL) du CNRS ont organisé le vendredi 2 février une série de conférences qui ont pour objectif de définir le lien entre la biotraduction et la traduction automatique. Afin de dresser un portrait exhaustif de cette thématique complexe mais néanmoins essentielle neuf intervenants ont apporté leurs réponses, fruit de plusieurs années de recherches et de réflexions : Emmanuel Planas, Rudy Tirry, Véronique Huyghebaert, Sandrine Peraldi, Stéphanie Labroue, Fleur Schut, Daniel Prou, Aljoscha Burchardt et Antonio Balvet.

Pour comprendre l’impact de la traduction automatique il convient de retracer l’évolution des outils de TAO (Traduction Assistée par Ordinateur) pour mieux appréhender leur incidence dans le secteur de la traduction. En effet, les premiers outils de traduction automatique remontent avant les années 40, notamment avec le linguiste italien Federico Pucci, véritable précurseur de la traduction automatique moderne. En revanche celle-ci  était davantage considérée comme un outil de décryptage et non comme un véritable acteur de la traduction. La traduction automatique neuronale (TAN) imite le fonctionnement du cerveau humain et créer des voies neuronales pour traduire une phrase dans sa totalité. Elle succède ainsi à la traduction statistique (TAS) qui utilisait également un corpus, découpé en unités de traduction auxquelles on attribuait un score de probabilité.

 

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Le triangle de Vauquois est le modèle de base de la traduction automatique.

 

La traduction automatique neuronale connait une véritable « hype » relayée, entre autre, par la presse. En effet la TAN ne se cantonne plus uniquement à la sphère professionnelle, elle fait désormais partie intégrante du quotidien (Google Translate, Facebook, Amazon, DeepL, les exemples sont légion). Pour mieux illustrer le propos, une opposition entre  la TAN et la TAS semble nécessaire afin d’exposer les avantages et les inconvénients de chacun. Le verdict n’en est que plus complexe car si la TAN assure une traduction plus fluide notamment au niveau de la syntaxe, la TAS est plus performante sur la terminologie, un point pourtant essentiel dans le travail du traducteur. Il ne faut pas omettre pour autant la post-édition qui est constituée de 3 niveaux : Full MTPE (Machine Translation Post-Editing) qui ne se distingue pas de la biotraduction, Light MTPE qui se concentre avant tout sur le sens et non sur l’approche stylistique et Focused MTPE qui examine des éléments spécifiques comme les nombres, les noms. Au final l’approche humaine demeure la clef de voûte de la traduction car si la technologie ne cesse de se perfectionner, celle-ci est incapable de retranscrire la créativité et la subtilité de l’Homme.

Heureusement les traducteurs ne sont pas en reste question ressources. Jonckers, une société de traduction créée il y a une vingtaine d’années et présente dans 10 pays a développé des outils afin de fluidifier la gestion de la post-édition, source de nombreux défis à relever. En effet différents maux liés au volume demandé peuvent affecter l’ensemble du processus (retards, client insatisfait, burn-out des traducteurs). Pour y remédier, l’entreprise a créé le Loclab, un centre de post-édition en interne qui a permis de favoriser l’échange et la proximité entre les traducteurs et les formateurs. L’aspect commercial est évidemment de mise puisque les ventes d’un produit peuvent directement dépendre d’une bonne traduction. Ainsi, un système de contrôle de qualité est instauré, 5 % du contenu est extrait puis vérifié, afin de transmettre le score obtenu au post-éditeur. La post-édition est basée sur un moteur de traduction automatique qui permet à la fois un gain de flexibilité et de productivité. Le plus important réside dans la compréhension et l’adaptation aux besoins du client.

 

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Désormais la traduction automatique est perçue de manière positive, elle ne représente plus une menace pour le traducteur mais bien une aide précieuse. Son implantation dans la formation des traducteurs constitue une preuve irréfutable. Paradoxalement peu d’articles ont été consacrés à ce sujet alors que plusieurs auteurs se sont penchés sur la question d’un point de vue épistémologique. 85 % des formations privilégient les outils les plus utilisés sur le marché, ce choix est directement lié aux pratiques des traducteurs.

Cependant plusieurs études consacrées à l’intégration des outils de TAO ont montré que la plupart des formations privilégiaient l’apprentissage de l’outil sur l’acquisition de véritables compétences en conditions de travail réelles. Il convient de prendre en considération deux aspects : la dimension professionnalisante qui désigne la compréhension des difficultés inhérentes au déploiement d’un nouvel outil dans le travail et la dimension cognitive, liée à la gestion des émotions des traducteurs face aux nouvelles technologies qui peuvent les déstabiliser. De même, l’automatisation d’une partie du processus peut perturber des stratégies de traduction (éloignement du texte source, multiplication des efforts cognitifs). Ainsi les émotions jouent une place prépondérante dans la perception mais aussi dans la performance des outils.

 

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Divers outils comme Euramis (base de données des traductions effectuées dans les institutions européennes), MT@EC (moteurs statistiques avec 79 paires de langues directes), et eTranslation (moteurs neuronaux avec 6 paires de langues) sont quant à eux davantage destinés aux traducteurs de la Commission européenne. La TA peut être utilisée de deux manières : par segment entier ou par fragments successifs. De même la traduction automatique est plus efficace avec certaines langues que les moteurs statistiques, notamment l’estonien.

Systran, qui n’est autre que le leader mondial des technologies de la traduction, a développé un moteur PNMT (Pure Neural Machine Translation) basé sur des réseaux de neurones artificiels et du deep learning. Trois principaux composants constituent la chair de ce système PNMT à savoir le word embedding (prolongement de mots) qui se focalise sur l’apprentissage d’une représentation de mots, les réseaux de neurones récurrents dans lesquels l’information peut se propager dans les deux sens, et l’attention model (modèle d’attention) qui désigne la capacité du moteur à collecter des informations sur des mots spécifiques. Ce moteur pourra s’appliquer dans un futur proche aux correcteurs informatiques et aux chatbot (agents conversationnels). Toutefois cela soulève de nouveaux défis à relever : comment analyser et corriger une erreur ? Comment configurer un moteur pour une tâche très spécifique ? L’IA sera-t-elle capable de rivaliser avec l’être humain en termes de pertinence ?

 

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Ainsi s’achève la journée d’études qui a permis de dépoussiérer les notions de bases de la traduction automatique pour mieux cibler les tenants et la aboutissants auxquels devront faire face les traducteurs pour intégrer le marché du travail. Si la technologie ne cesse de se perfectionner, elle pose également ses limites quant à sa capacité à s’adapter. Celle-ci fait toujours l’objet de certaines critiques qui voient en elle une menace pour le biotraducteur. Cependant l’expérience et la recherche combinées des professionnels ont permis de démontrer son apport vital au sein de ce secteur. La traduction automatique neuronale constitue une nouvelle avancée qui imite les réseaux et les connections synaptiques humaines pour mieux cibler le contexte et la terminologie des mots. Cela ouvre tout un nouveau champ de possibilités qui amènera peut-être une imitation quasi-parfaite de la réflexion humaine.

 

NB : la plupart des présentations de la journée du 2 février sont disponibles en ligne sur le site de la conférence : https://tq2018.sciencesconf.org/ 

Retour sur la conférence de la SFT du samedi 10 décembre

Par Ombeline Pavy, étudiante M2

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Cette année, les étudiant.e.s de deuxième année de Master TSM ont eu l’opportunité d’assister à une formation très courue de la SFT (Société Française des Traducteurs) qui a eu lieu pour la deuxième année consécutive à Villeneuve d’Ascq, sur le domaine du Pont de Bois. Outre les étudiants, de nombreux professionnels (qu’ils soient traducteurs indépendants ou traducteurs salariés) et futurs professionnels du secteur de la traduction avaient répondu à l’appel.

Le nom de cette formation est le suivant : réussir son installation et se constituer une clientèle.

Pour aborder les différents thèmes de la journée de formation, deux intervenantes ont fait le déplacement. Nathalie Renevier, traductrice indépendante spécialisée dans la traduction médicale, scientifique et juridique, basée dans la région de Grenoble, et Chris Durban, également traductrice indépendante,  spécialisée dans la traduction financière, basée en région parisienne. Depuis plusieurs années maintenant, c’est ce duo très spécial qui se charge de cette formation très enrichissante pour les professionnels du secteur.

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Nathalie Renevier a débuté la formation. Tout au long de la matinée, cette dernière nous a fait part des différents statuts existants (notamment celui d’autoentrepreneur, et celui de profession libérale). Elle a mentionné les spécificités de ces différents statuts, mais aussi leurs points forts et leurs points faibles. Ainsi, nous avons obtenu des informations précises sur les charges sociales, les déclarations, les obligations légales et les comptes bancaires pour ne citer que quelques uns des points abordés. Ensuite, la traductrice indépendante s’est attaquée aux différents régimes fiscaux existants (et plus particulièrement au régime micro-social et au régime réel). Étant donné que le choix du statut est primordial pour un traducteur indépendant, ces informations et conseils nous ont été très bénéfiques.

En début d’après-midi, Nathalie Renevier a continué la formation pour donner des détails sur la gestion du quotidien d’un traducteur indépendant. Elle a principalement mis l’accent sur les devis, les factures et les bons de commande en faisant part des différents éléments devant obligatoirement figurer sur ces fichiers. Pour terminer son intervention, la traductrice indépendante nous a prouvé l’importance de la lecture attentive des contrats. Pour ce faire, nous avons effectué différents cas pratiques.

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Puis, c’est Chris Durban qui a poursuivi la formation. Cette dernière à tout d’abord mis l’accent sur l’importance de la spécialisation (spécialisation par domaine, et même par sous-domaine). En effet, la traductrice indépendante spécialisée dans la finance nous a rappelé qu’il valait mieux être réellement spécialisé dans quelques domaines plutôt que de se spécialiser légèrement dans de nombreux domaines. Pour se spécialiser, la traductrice nous a recommandé de trouver des associations professionnelles elles-mêmes spécialisées dans le domaine en question. Chris Durban a ensuite donné aux personnes présentes de nombreux conseils permettant de se positionner sur le marché de la meilleure des manières.

Pour terminer la journée, Chris Durban nous a donné quelques astuces qui pourraient  permettre à un traducteur indépendant de se constituer une clientèle. Elle nous a mentionné différentes tâches qu’elle même fait depuis des années dans le but de trouver de nouveaux clients. Nous avons donc retenu qu’il était important de s’intéresser, de bouger, d’aller au contact de clients potentiels, de se rendre dans des salons, de participer à des réunions de professionnels, d’assister à des conférences…). En fait, un traducteur indépendant se doit de toujours avoir une carte de visite sous la main, au cas où un échange anodin pourrait se transformer en relation de travail.  Elle n’a pas manqué de nous rappeler qu’il est important de connaître les acteurs du marché, et de comprendre le domaine dans lequel on choisit de se spécialiser.

 

Tout au long de la journée de formation, Chris Durban et Nathalie Renevier ont insisté sur le fait qu’un traducteur indépendant ne doit pas seulement aller à la rencontre de clients potentiels, il se doit également d’aller à la rencontre d’autres traducteurs indépendants.

Les échanges entre les deux intervenantes et les personnes présentes ont été nombreux lors de cette formation très vivante. Toutes les personnes présentes pouvaient poser des questions à tout moment, ce qui a rendu la discussion dynamique.

Les étudiant.e.s du Master TSM souhaitent remercier une fois encore les deux intervenantes pour leurs explications et conseils précieux, ainsi que pour leur bonne humeur.

Translating Europe Forum 2016 : j’y étais !

Par John Borel Tagne, récemment diplômé Master TSM.

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La 3e édition du forum Traduire l’Europe (Translating Europe Forum) s’est tenue les 27 et 28 octobre 2016 dans les locaux de la Commission européenne, au Bâtiment Charlemagne, 170 Rue de la loi, Bruxelles. Sous la haute direction de Rytis Markitonis, Directeur général de la DG Traduction en personne, cette édition avait pour point d’honneur les outils et technologies de la traduction et rassemblait les différents corps impliqués dans la traduction dans ses aspects professionnel, technique et surtout académique. Très sollicité, ce forum a accueilli 600 participants sur un peu plus de 800 candidats signalés au départ ; très suivi, il a comptabilisé 1628 tweets en direct, couvrant ainsi les 54 sessions de ses différents ateliers. Parmi son audience privilégiée, on comptait notamment le Master TSM de Lille 3 que j’ai eu l’honneur de représenter. Je m’en vais donc ici vous présenter les points qui m’ont marqué, selon les sessions auxquelles j’ai assisté.

 

Translation Without Borders ou lorsque la traduction sauve des vies

Le forum s’est ouvert sur une présentation assez captivante d’Andrew Bredenkamp, Président de l’organisation à but non lucratif Translators Without Borders, qui œuvre à briser les barrières linguistiques afin de faciliter l’aide humanitaire partout dans le monde. Avec près de 3500 traducteurs volontaires pour plus de 180 langues couvertes, cette organisation enregistre à son actif près de 40 millions de mots traduits de façon tout à fait bénévole et dans un but humanitaire. De son expérience, Monsieur Bredenkamp arrive à la conclusion selon laquelle le manque d’information est plus dangereux que le manque de moyens. En prenant l’exemple de certains pays où TWB est intervenu en situations de crises ou d’épidémies, il fait observer que le plus difficile n’est pas l’accès aux aides humanitaires, mais l’information relative à l’utilisation de ces aides auprès des populations aidées. C’est alors à ce niveau que TWB entre en jeu et se déploie pour faire parvenir l’information nécessaire aux populations concernées dans leurs langues et dialectes. « Quand un homme a faim, mieux vaut lui apprendre à pêcher que de lui donner un poisson », idem, dans ses actions, TWB promeut des effets à impacts sur le long terme, au lieu des solutions ad hoc.

Nécessité des outils et technologies de la traduction pour l’économie

Après la belle leçon d’humanisme, place au vif du sujet. Pour une entrée en matière, le choix fut porté vers le rôle et la nécessité des outils et technologies de la traduction pour l’activité économique de l’Europe. Si les secteurs tels que l’automobile, le tourisme, la santé, l’agriculture et la finance se portent relativement bien en Europe et sont de ce fait compétitifs, c’est en partie grâce à l’apport des outils et services linguistiques mis à leur disposition. Toutefois, le multilinguisme reste un frein au sein de l’Union, et pour Philippe Wacker, il sera difficile d’arriver à un marché unique numérique tant que les barrières linguistiques ne sont pas dissoutes. Pourtant ceci passe par une harmonisation du secteur linguistique au sein des Etats membres et surtout par un travail en commun entre les décideurs et les acteurs du secteur privé au sujet du marché de la traduction et surtout des technologies de la traduction. En outre, d’un point de vue commercial, la traduction aide à s’ouvrir au monde et à développer son activité. A l’ère de la mondialisation où on est tous appelés à penser glocal, la commercialisation des biens et services au niveau mondial a besoin des outils et technologies de la traduction comme moyen pour se réaliser.

Toutefois, même si le besoin se fait ressentir, certains domaines ne sont pas encore totalement prêts à embrasser les outils de traduction et d’aide à la diffusion multilingue. Après avoir présenté tous les avantages de ces outils pour les médias par exemple, David Mekkaoui explique que parmi les principaux obstacles à l’adoption des outils de traduction et autres technologies de diffusion multilingue se situent à deux niveaux : technologique et humain. L’obstacle technologique concerne la difficulté à lier toutes les technologies de traduction existantes entre elles et à les appliquer au secteur des médias. Sur le plan humain, la grosse difficulté reste l’attitude face aux technologies de la traduction : il faut encore du travail pour réussir à convaincre les médias à changer leurs mentalités et leurs habitudes professionnelles afin d’accueillir les outils de traduction et d’aide à la diffusion multilingue.

Quid de la formation universitaire ?

La session Developing technological competence in translation curricula – Best practices, de laquelle j’espérais recueillir des informations importantes pour la didactique et l’enseignement de la traduction et des outils de TAO, n’a pas vraiment répondu à mes attentes. On note quand même l’intervention de Jean-Marie Le Goff de Rennes 2, qui a fait une présentation sur l’importance de l’introduction des étudiants en traduction à la localisation, principalement dans ses aspects purement informatiques et techniques, dans le but de d’encourager l’agilité technique au terme de la formation. Aussi, on a eu Gys-Walt Van Egdom qui est venu promouvoir l’utilisation des skills lab dans la formation des traducteurs. En fait, les skills lab sont des espèces de sociétés de traduction réelles conçues dans un contexte académique et gérées de A à Z par les étudiants, selon la structure d’une vraie société de traduction et les tâches y afférentes. Ces sociétés reçoivent et traitent de vraies demandes de la part de clients existants et font donc face aux situations professionnelles réelles, avec des outils et des modes de fonctionnement concrets et plus ou moins efficaces. Cette approche pourrait être intéressante pour le Master TSM qui se veut professionnalisant, et pourrait voir le jour dans le cadre du cours de gestion de projets. Plus avantageux encore, ce type de skills lab peut évoluer vers une société de traduction établie avec le temps, société dont la composition et la gestion totale serait assurée par les étudiants TSM (anciens et nouveaux, selon les promotions et surtout selon la motivation de chacun, suivant l’exemple de Junior ISIT. Le projet pourrait faire l’objet d’une proposition auprès des responsables du master, pour une mise en œuvre à moyen ou long terme. A voir.

Dans une toute autre session, Maria Calzada Pérez de l’université Jaume 1 de Castellon en Espagne, a démontré comment Wikipedia, à travers sa base de données Wikimedia, peut servir d’outil didactique pour l’enseignement de la traduction. A partir du projet Wikitrans qu’elle a elle-même conduit et mené avec ses étudiants, elle ressort la méthode, les difficultés et les résultats de son étude. En mettant les étudiants au centre de la méthode d’apprentissage focalisée sur leur interaction avec leur environnement local, l’étude permet aux étudiants de réaliser des traductions EN-ES de pages Wikipedia selon les étapes suivantes : choix des textes > instructions (linguistiques et techniques) + formation technologique au fonctionnement de Wikipedia > premier jet > évaluation croisée (entre camarades) + commentaires > évaluation par des traducteurs professionnels + commentaires  > révision générale et validation finale par l’enseignant > évaluation technique (par rapport aux normes Wikipedia) > publication.

Le grand débat : l’homme et la machine

Question centrale du forum, elle a reçu un intérêt remarquable de la part des différents panélistes et de l’audience. Même si la traduction machine, comme l’a démontré Patrick Cadwell de l’université de Dublin, est plus affectée par les institutions que par les sociétés de traduction, le débat reste ouvert sur les raisons de ce phénomène. Mais l’on pourrait bien faire une observation : les traducteurs la DGT, plus qu’il s’agit d’elle dans l’étude du chercheur irlandais, ont « raison » d’être plus positifs à l’égard de la traduction automatique (TA). L’outil de TA qui y est utilisée est MT@EC, dont le contenu est plutôt bien fourni pour et par les traductions gérées par cette institution. En ajoutant à cela la très riche base terminologique IATE développée et nourrie par la même institution, on peut alors comprendre que les traducteurs de la DGT soient plutôt satisfaits de la TA. Les sociétés de traduction, pour la plupart, utilisent des outils de TA moins fiables et moins riches, même avec des licences Professionnelle ou Entreprise. Toutefois, MT@EC demeure un bon allier pour ses utilisateurs tant qu’ils sont dans ses domaines de prédilection, notamment le juridique. Comme l’a si bien souligné Stelios Piperidis sous un ton plutôt ironique, MT@EC fournit d’excellents résultats face à de grands volumes de textes (juridiques) de l’anglais vers l’allemand, mais reste nul quand il s’agit de traduire de petits textes d’amour.

Cette petite blague permet de résumer la pensée partagée par tous au terme du TEF 2016 : la traduction machine, quelle que soit son évolution, ne pourra jamais remplacer le biotraducteur. Le seul argument en faveur de cet argument est que la machine ne disposera jamais des facultés humaines qui permettent de lire et de comprendre un texte selon son contexte, malgré l’objectif très ambitieux de MateCat d’évoluer à long terme vers un outil de TA capable de comprendre, d’analyser et de traduire un texte selon son contexte. De même, la TA ne pourra jamais rendre les couleurs et les fonctions poétique et expressive d’un texte. De ce fait, le traducteur n’a donc pas de raison de s’inquiéter pour l’avenir de sa profession, étant donné que celle-ci exige de plus en plus de compétences et de savoir-faire qu’une machine ne peut malheureusement pas amasser. Ce qu’il faut faire, c’est s’adapter aux outils et à leur évolution, suivre cette évolution, et accepter ces outils qui au final, très loin d’être des concurrents, restent bien des outils et donc une aide pour le traducteur humain.

NB : Machine translation will only replace those who translate like machines (La traduction machine ne remplacera que les traducteurs machine).

Mes impressions

C’est toujours un honneur et un grand plaisir de participer à des événements aussi importants où on a la chance de voir se confronter devant nous des opinions pas toujours similaires, mais qui poursuivent le même objectif au bout du compte. Représenter le Master TSM, faire partie du panel d’étudiants à animer le débat entre étudiants EMT, néo-traducteurs et stagiaires de la DGT et donner mon point de vue sur la traduction et sur les outils et technologies de la traduction a été un privilège, et pour tout ceci, je dis un grand merci au Master TSM.

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Pour revivre l’événement : https://webcast.ec.europa.eu/fe/index.php/listpage# (pour revoir toutes les sessions) ; Twitter : #TranslatingEurope (pour consulter tous les tweets relatifs au forum).