Stage en traduction : petite ou grande agence ?

Par Alvina Veillon, étudiante M2 TSM

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Le choix d’une agence pour y faire son futur stage peut s’avérer très difficile, surtout pour un tout premier stage dans le secteur de la traduction, qui est encore inconnu un étudiant.

Faire son stage dans une très petite agence ou dans une multinationale est sensiblement différent. Les deux tailles d’entreprise comportent des avantages et des inconvénients qu’il faut bien garder à l’esprit en postulant. Voici les points positifs de chacune pour vous aider dans votre choix.

 

Avantages d’une petite agence

 

La place du stagiaire au sein de l’entreprise

C’est l’une des différences majeures entre une petite entreprise et une multinationale. Pour un premier stage, une grande agence internationale peut faire peur, tandis qu’une petite agence à taille humaine peut être plus rassurante pour faire ses premières armes dans le monde de la prestation de services linguistiques. Ainsi, il y a moins cette impression de n’être qu’un « maillon de la chaîne », la pièce d’un immense puzzle. Dans le cas d’une agence internationale, des employés de bureaux nationaux différents travaillent dans la même agence, sans jamais se connaître.

Le processus de recrutement plus rapide

Trouver un stage dans une petite structure est souvent plus simple et plus rapide. La principale raison à cela est sa hiérarchie réduite, et donc plus souple qu’une grande agence. Pour cette dernière, il faut d’abord trouver LE bon interlocuteur à qui envoyer votre candidature. Ensuite, votre CV et votre lettre de motivation passeront sans doute entre les mains de plusieurs personnes dans la hiérarchie avant d’aboutir à une éventuelle réponse, ce qui ralentit fortement le processus de recrutement.

La situation géographique des clients

Une petite agence de traduction située dans une petite ville est plus à même d’attirer des clients proches, voire très proches géographiquement. C’est notamment intéressant pour le domaine du tourisme, par exemple. En faisant traduire des brochures touristiques de la ville pour de futurs visiteurs étrangers, l’agence participe, à sa manière, à la promotion du territoire local. Cette notion de proximité, perdue en traduisant pour de gros clients au sein d’une agence multinationale, peut être assez séduisante pour un stagiaire.

Un seul chef de projets dédié à un projet

Dans une petite agence, chaque projet n’est géré que par un seul chef de projets. Il y a donc un interlocuteur unique qui suit le projet de A à Z ; le suivi est ainsi plus personnalisé. Dans une grande agence, à l’inverse, la gestion des nombreux projets simultanés a plus tendance à se faire « à la chaîne », les différentes étapes du projet étant traitées par le chef de projets qui est disponible sur le moment. Dans ce cas de figure, il arrive souvent au traducteur d’interagir avec plusieurs chefs de projets différents (certains chefs de projets n’ayant pas les mêmes horaires de travail, pour des raisons de fuseaux horaires, par exemple).

 

Avantages d’une grande agence

 

Plus d’outils et de ressources

Pour des raisons de coûts, une grande agence est plus susceptible d’avoir plus de ressources : outils de TAO, plateforme de gestion de projets, logiciels de PAO… C’est bien sûr un énorme avantage pour un stagiaire. En testant plusieurs logiciels de TAO, il peut avoir une meilleure idée de ce qui est proposé sur le marché, et de ce qui est le plus utilisé par les agences et les clients. Si le stagiaire souhaite ensuite devenir traducteur indépendant, il pourra mieux choisir l’outil de TAO avec lequel il comptera travailler.

Plus de domaines couverts, et des domaines plus spécialisés

En général, un étudiant en traduction n’est pas sûr à 100 % de ses futurs domaines de spécialité, et c’est justement le stage qui va s’avérer déterminant pour ce choix. Dans une grande agence, le stagiaire pourra découvrir des secteurs beaucoup plus variés ; automobile, mode, luxe, environnement, immobilier, aéronautique… il y a l’embarras du choix !

Travailler sur de (très) gros projets, pour de (très) gros clients

Une grande agence a plus de chances de compter parmi ses clients des leaders de leur secteur, notamment parce que ces clients ont souvent des projets avec des volumes importants et/ou réguliers qu’une petite agence ne pourrait pas absorber.

Pour un traducteur en herbe qui est encore sur les bancs de la fac, travailler pour de tels clients peut faire peur, mais c’est en réalité très formateur. Être traducteur, c’est aussi savoir gérer et respecter les instructions du client, et les « gros » clients sont typiquement ceux qui ont le plus d’exigences (outil de TAO imposé, guides de style de centaines de pages, accords de non-divulgation…).

Volumes suffisants pour occuper un stagiaire à temps plein

Les volumes de traduction plus importants d’une grande agence permettent d’occuper un stagiaire à temps plein, et surtout sur de vrais projets ; les traductions du stagiaire (après relecture, bien entendu !) seront utilisées par les clients. C’est beaucoup plus gratifiant que de traduire des documents d’anciens projets juste pour s’entraîner. Et puis… quelle fierté de retrouver ses traductions sur le site d’une grande marque !

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Voilà quelques pistes pour les futurs stagiaires qui sont un peu perdus. Une dernière petite astuce, pour ceux qui hésitent encore entre petite et grande agence : il est parfois possible de trouver un stage dans le bureau local d’une très grande agence internationale. En effet, les stages ne se réalisent pas toujours au siège de l’entreprise ; travailler dans l’un des autres bureaux de taille plus réduite peut permettre de bénéficier en partie des avantages d’une petite structure (bureau à taille humaine), tout en profitant des avantages d’une multinationale (gros clients, plus d’outils à disposition).

Le stage peut s’avérer très déterminant pour une future carrière dans le domaine de la traduction ; bien le choisir est donc crucial !

Les grands commandements de la localisation de jeu vidéo

Par Léa Gonzalvez, étudiante M1 TSM

La localisation comprend comme la traduction un transfert linguistique d’une langue à une autre et doit gérer les mêmes problématiques de base (sens, grammaire, orthographe). Cependant, la localisation implique également un véritable travail d’adaptation du contenu aux normes et au marché du pays cible, qu’il s’agisse de données non textuelles (monnaies, unités de mesure, formats de date ou d’heure, etc.) ou d’éléments d’ordre culturel (références, blagues, sujets tabous, etc.). La localisation présente également des contraintes supplémentaires dues à la nature des supports (nombre de caractères limité sur certains formats, balises, variables, etc.). Enfin, elle inclut des étapes techniques comme des phases de test pour vérifier que l’intégration du contenu se fait correctement sur les supports concernés et si nécessaire des phases de réglage des bugs.

Passons donc aux Sept Commandements de la localisation, qui pourraient s’avérer utiles que vous souhaitiez vous spécialiser dans cette branche ou simplement en savoir plus.

Two players playing video games on TV at home

 

Respecter la limitation de caractères tu devras

Il s’agit d’une des grandes spécificités de la localisation de jeu vidéo.

Cette restriction peut s’expliquer de différentes manières. Cela peut venir d’une problématique d’affichage, de place à l’écran ou de résolution d’écran du support de destination (les écrans mobiles et les téléviseurs n’ont pas les mêmes contraintes par exemple).

Et même s’il n’y a pas de limitations spécifiées explicitement, il faut toujours essayer, par soucis de style, de ne pas trop dépasser la longueur de l’anglais et d’être le plus court et direct possible. Bien que la traduction de jeu vidéo demande beaucoup de rédactionnel et de créativité il ne s’agit pas non plus de traduction littéraire. Il faut des phrases courtes et percutantes !

 

Le français tu privilégieras

La traduction des contenus et de ce qui les entourent (manuels, campagne publicitaire, etc.) est devenue obligatoire depuis la loi Toubon (4 août 1994), visant à protéger la langue française.

De plus, certaines régions francophones sont particulièrement sensibles à l’usage du français. Ainsi, si vous traduisez vers le français du Canada (peu recommandable si vous n’êtes pas du coin), les anglicismes et le franglais sont à bannir absolument. Et même en France, il faut essayer de privilégier le français. Il est très facile, surtout dans des domaines comme le jeu vidéo où l’anglais est omniprésent, de tomber dans le piège et de se laisser aller à la facilité mais la langue française possède un vocabulaire suffisamment riche et varié pour qu’on puisse trouver notre bonheur en tant que traducteur.

 

Discret sur ton travail tu seras

Comme dans beaucoup de secteurs, il ne faut pas oublier que le contenu de certains documents est sensible voire absolument confidentiel.

Dans le domaine des jeux vidéo, la discrétion s’applique à plusieurs niveaux : le contenu sur lequel on travaille (nom des jeux et quelconque information relative au jeu) mais aussi le nom des clients et/ou intermédiaires. Alors bien sûr cela dépend des clients et des agences mais c’est là qu’intervient le fameux NDA (Non disclosure agreement) – accord de confidentialité – qui vous sera fait signer dès le premier jour et qu’il faut lire attentivement car il explicite très clairement ce qui est confidentiel ou non. C’est à prendre très au sérieux car des poursuites peuvent être engagées à votre encontre en cas de non respect de cet accord.

 

Aux balises et aux variables tu ne toucheras point

Il s’agit d’une autre spécificité de la localisation. Les unités de texte sont parfois composées à la fois de mots et de variables.

Si on prend un jeu de rôle par exemple, les combinaisons armes/personnages sont quasiment infinies, et s’il fallait expliciter chacune de ces possibilités le jeu serait extrêmement lourd. Le but est donc de réduire au maximum la place occupée sur le support utilisé pour y stocker le code du jeu.

Ces variables seront automatiquement remplacées par d’autres morceaux de phrases figurant dans la même base de données. Il peut s’agir de noms de personnages, d’actions, de sorts, de lieux, de quantités, etc.

Voici un exemple de phrase (inventée pour l’exemple) comprenant des variables :

« Enter %location to get %number magical item(s). »

Ici “%location” pourra être remplacé par différents noms de lieux (la caverne, la boutique, le donjon, le vaisseau, etc.) et “%number” par un nombre.

Sous aucun prétexte vous ne devez modifier ou supprimer les variables. Il en va de même pour les balises (balises de mises en forme, liens hypertextes, etc.). Il est donc primordial, notamment pour le relecteur, de vérifier que les variables et les balises sont intactes.

Cependant, ne pas modifier les variables ne veut pas dire les ignorer, car comme dit précédemment, elles sont vouées à être remplacées par du texte. Leur position dans la phrase en langue cible doit donc être cohérente avec la structure de la langue cible, et celle-ci peut être différente de celle de la langue source.

Exemple :

« Take the $colour pill »

On se doute ici que la variable sera remplacée par une couleur. En français, il faudra donc la placer après le nom qu’elle qualifie pour que la phrase soit correcte une fois la variable remplacée :

« Prendre la pilule bleue »

D’autres différences de structure entre les langues sources et cibles (genre, contraction de mots, etc.) peuvent faire des variables de véritables casse-tête pour les traducteurs. Mais je ne m’étendrais pas sur toutes les problématiques que posent les variables car cela pourrait faire l’objet d’un billet dédié.

Cohérent tu seras et la terminologie tu respecteras

Non seulement au sein d’un fichier mais aussi vis-à-vis des fichiers antérieurs.

Si c’est la première fois que le jeu est localisé et qu’il s’agit de la première édition de ce jeu (et donc pas d’une suite), il faut créer dès le début un glossaire (clair et organisé) dont la forme sera discutée avec le client. Car même avec une bonne mémoire, il est impossible de retenir tous les noms de personnages/armes/lieux et comme le temps est précieux et a tendance à manquer en traduction, mieux vaut être organisé et efficace dès le début.

Si le jeu a déjà été en partie localisé ou s’il fait partie d’une série dont les épisodes précédents ont déjà été localisés, il n’est pas nécessaire de réinventer tout l’univers du jeu (sauf demande contraire bien sûr). Il faut respecter le jeu et ses fans (sans oublier le traducteur précédent). Ce sont surtout les noms propres qui doivent rester cohérents : lieux, personnages, sorts, etc. mais il peut aussi s’agir des formulations de phrases. Si ce n’est pas cohérent, le jeu perd en qualité et en crédibilité ce qui impacte son succès auprès du public et donc ses ventes.

Il est donc impératif d’utiliser toutes les traductions déjà existantes du jeu, de se baser sur les ressources terminologiques à disposition (glossaires, mémoires de traduction, etc.) et de bien suivre les consignes du client.

De plus, il faut savoir que la terminologie à gérer se divise en plusieurs catégories, qu’il faut différencier et respecter :

– la terminologie propre à l’éditeur, au développeur, ou au support (nom des touches par exemple) ;

– la terminologie propre à la thématique ou au type de jeu (sport, guerre, science fiction, etc.) ;

– la terminologie propre au jeu (nom des personnages, lieux, etc.).

Curieux et créatif tu seras

Il est souvent demandé de trouver des traductions drôles et efficaces. Bien sûr ça dépend des jeux mais souvent il s’agit de trouver des jeux de mots ou de glisser des références à la pop culture, surtout pour les noms ou les flavor texts qui ont pour but d’être rigolos et de créer une certaine ambiance.

Le hic ? Les strings ne se suivent pas, sont souvent isolées et hors contexte (ou avec très peu de contexte). Avec le peu d’informations données, il est parfois difficile d’être sûr de ce que signifie l’anglais ou de ce qui est attendu en langue cible. Il faut savoir repérer une blague/jeu de mot ou reconnaître une référence culturelle dans la langue source et ensuite trouver un équivalent qui marche en français.

Il faut faire preuve non seulement de curiosité et d’une très bonne connaissance des cultures sources et cibles mais également d’une bonne dose créativité. La traduction littérale est en effet l’ennemi juré de la localisation de jeu vidéo. Traduire une blague est donc fortement déconseillé et même pour les références, il faut faire du cas par cas. Un élément peut être beaucoup moins ancré ou nettement moins parlant dans la culture cible. C’est la fluidité qui prime dans ce genre de traduction, le but est de faire le même effet au lecteur cible qu’au lecteur source. Il vaut donc mieux trouver une référence plus adaptée ou une tournure amusante, quitte à s’éloigner du texte.

Enfin, poser des questions tu devras

Il peut arriver à tout le monde d’avoir des doutes sur un point de terminologie ou sur des aspects qui paraissent flous. Par exemple, on ne sait pas si le verbe en anglais est une action (infinitif) ou une consigne (impératif), ou alors on n’est pas sûr de ce qu’une variable représente/signifie.

Il faut essayer de les réduire au minimum, tenter d’y répondre sans le client, penser à relire les consignes et à bien consulter tous les documents de référence avant de poser des questions.

Au niveau de la forme il n’y a pas de règle fixe, cela dépend du client. Elles peuvent être placées dans un fichier Excel dédié ou prendre la forme de commentaires dans SDL Trados Studio. Le plus important est d’être organisé et constant. Par exemple, il est déconseillé d’envoyer les questions une par une ou de changer de format en cours de route. Et bien sûr, il faut essayer d’être le plus précis et clair possible. Donc, il faut éviter les questions vagues qui font trois lignes.

Attention, chaque client a ses propres consignes et procédés et il faut les respecter. Ce n’est pas au traducteur de décider du moment où poser les questions et de la façon de le faire (sauf cas exceptionnel).

Enfin, il ne faut pas harceler le client ni attendre ses réponses pour avancer ! Car parfois il ne répondra pas ou trop tard.

 

 

Petit lexique

Context/comments :

Les éléments de contexte ou les commentaires ne sont pas obligatoires. On les trouve souvent avec la string ID sous forme de segments verrouillés. Ils permettent de donner plus d’information sur la string : type (description, texte décoratif, titre, etc.), limitation de caractères, etc.

Flavor text :

Texte « décoratif »  qui accompagne un élément du jeu et qui n’a pas d’impact sur les mécaniques du jeu ou sur les règles. On les trouve souvent dans les jeux de cartes en dessous des caractéristiques d’un personnage ou d’un lieu. Sa seule utilité est de pimenter le jeu (d’où le nom en anglais), de lui donner de la profondeur en créant une atmosphère spécifique. C’est dans ce genre de textes qu’on trouve le plus d’humour ou de jeux de mots. C’est aussi là que le traducteur peut se permettre d’être le plus créatif.

Onscreen (littéralement « à l’écran ») :

Désigne tous les textes qui sont visibles par le joueur à l’écran, donc principalement : les dialogues, l’interface du jeu et les menus, les messages d’erreur, les mentions légales, etc. L’onscreen n’est pas la seule catégorie de contenu traduite : il existe aussi l’audio (si les dialogues sont doublés) ainsi que la documentation (manuel du jeu).

String :

Nom donné à un morceau de texte du jeu. Il n’y a pas de limitation de taille : tout dépend de la fonction du texte. Il peut s’agir d’un mot (un titre de niveau ou un nom de bouton par exemple), d’une phrase (ligne de dialogue) ou même de plusieurs paragraphes (comme les spécifications techniques). S’il s’agit de plusieurs phrases, cela veut dire qu’elles vont ensemble, au même endroit du jeu et occupent le même rôle ; elles sont donc traitées comme un ensemble. Ne pas confondre string et segment. Une string peut inclure plusieurs segments.

String ID :

Code d’identification unique d’une string.

 

Bibliographie

A4TRADUCTION. « Qu’est ce que la localisation ? ». In : a4traduction.com [en ligne]. [consultée le 10/07/17] URL :https://a4traduction.com/glossaire-de-la-traduction/Localisation

AADIMATIQ. « La traducción de videojuegos, ¿traducción o localización? ». In : aadimatiq.com [en ligne]. 05/10/15 [consultée le 11/07/17] URL :http://www.aadimatiq.com/es/blog/Traducci%C3%B3n,%20audiovisual,%20videojuegos.

CHANDLER, Heather Maxwell et DEMING, Stephanie O’Malley. The Game Localization Handbook. Sudbury : Jones & Bartlett Learning, 2012. ISBN-13 : 9780763795931

DEE-PAD. « Traduction et localisation : quelle différence ? ». In : http://www.dee-pad.fr [en ligne]. Rilleux-la-Pape. [consulté le 10/07/17] URL : http://www.dee-pad.fr/fr_FR/faq.php

DUNNE, Keiran J. Perspectives on localization. Philadelphia : J. Benjamins publishing company, 2006. American Translators Association scholarlymonographseries, 13. ISBN : 90-272-3189-3

WIKIPEDIA. « Flavor text ». In : Wikipedia.org [en ligne]. 28/03/17 [consultée le 10/07/17] URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Flavor_text

J’ai lu pour vous : Marketing Cookbook for Translators

Par Tom Grimaud, étudiant M1 TSM

 

J’ai lu pour vous Marketing Cookbook for Translators: Foolproof Recipes for a Thriving Freelance Career, de Tess Whitty.

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Durant les mois de mai et juin 2016, j’ai eu l’opportunité de faire un stage en traduction avec Maéva Orsi, traductrice depuis 2010 et diplômée du Master TSM de l’Université de Lille 3. Si j’ai beaucoup appris à ses côtés, j’ai également eu la chance de recevoir un beau cadeau de sa part, le livre Marketing Cookbook for Translators: Foolproof Recipes for a Thriving Freelance Career.

Une fois le master en poche, nombreux sont les étudiants à vouloir sauter le pas et se lancer en tant que traducteur freelance. C’est la raison pour laquelle il m’a paru important d’axer mon billet sur cet ouvrage, au vu de l’aide qu’il peut apporter si l’on choisit de devenir indépendant. Le but n’est bien évidemment pas de vous en faire un résumé chapitre par chapitre, d’abord parce que cela serait beaucoup trop long et que mes propos ne vaudront jamais ceux de l’auteure (no spoil please!). L’objectif étant plutôt de savoir pourquoi j’en conseille la lecture et de répondre à la question suivante : en quoi ce livre est-il intéressant pour les traducteurs indépendants ?

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Au fur et à mesure de ma lecture j’en suis venu à la conclusion suivante : cet ouvrage est un outil indispensable pour chaque personne qui souhaite exercer le métier de traducteur freelance. Ce livre est une véritable pépite, avec tout ce qu’il y a à savoir pour devenir un traducteur indépendant totalement optimal. Tout au long de l’ouvrage, il donne des techniques intéressantes et délivre une réflexion très approfondie. L’avantage étant qu’il guide pas à pas du tout début (comme si l’on débutait l’apprentissage d’une langue) jusqu’à la fin, dans les moindres détails (à l’instar de cette langue totalement maîtrisée). D’autre part, il ne s’agit pas d’un livre fastidieux, devenant de plus en plus compliqué au fil de la lecture, au point de vouloir lâcher prise… pas du tout ! Tess Whitty sait très bien comment s’adresser à ses lecteurs, car elle fut dans la même situation qu’eux au départ. En effet, elle n’était pas destinée à faire carrière dans la traduction, ayant suivi des études de marketing. Ainsi, elle est parvenue à mettre ses compétences de marketing en tant qu’experte à profit, à son travail de traductrice indépendante. Traductrice, écrivain et maman comme elle aime le préciser sur son compte Twitter impressionnant, cette Suédoise possède plus d’une corde à son arc et est devenue au fil du temps une grande figure du monde de la traduction, à l’instar de Corinne McKay. Quoi de mieux donc que de suivre les conseils d’une personne qui sait parfaitement ce par quoi vous êtes en train de passer ?

 

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“My hope is that you are able to benefit from this knowledge and apply these simple marketing recipes to your own life and business.”

 

Afin de ne pas rendre cette lecture monotone, elle se sert d’une seule et même métaphore présente tout au long de son œuvre : la « cuisine ». Du garde-manger à l’entrée, en passant par l’accompagnement, pour finir au dessert. Tout ceci dans le but de faire le parallèle entre les outils essentiels pour mener une carrière florissante, en passant par un panorama des différents réseaux sociaux, pour finir sur comment construire son réseau et parvenir à une situation stable. C’est une très bonne méthode, car une œuvre bien structurée permettra toujours de garder l’attention du lecteur et de toujours vouloir poursuivre la lecture.

À propos de la lecture en soit, il ne s’agit pas d’un ouvrage très compliqué. Il contient les termes techniques relatifs au domaine du marketing qui, une fois assimilés, rendent la lecture aisée. De plus, si l’on peut souvent avoir l’impression que Tess se répète, ce n’est pas le cas. En effet, elle prend son temps lorsqu’il s’agit d’expliquer, en rentrant toujours plus dans les détails, nous délivrant le plus d’informations possible sur un même thème. Par exemple, faire un CV : ce qu’il faut y mettre, ce qu’il y a à éviter, les étapes, les conseils, la partie « pour aller plus loin » (en l’occurrence ici, il s’agit de savoir comment protéger son CV une fois ce dernier constitué) et enfin, la webographie afin de se renseigner davantage si besoin est. En effet, à chaque fin de partie, Tess mettra toujours à disposition les ressources et liens qu’elle a utilisée afin de rédiger son contenu : un bon moyen de toujours vouloir en savoir plus. C’est bien la preuve d’une œuvre maîtrisée de bout en bout, et que rien n’est laissé de côté.

 

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En résumé, la tâche ne s’annonce pas facile. Le processus est très long à se mettre en place si l’on veut voler de ses propres ailes et nombreux sont les obstacles à franchir si l’on veut réussir à devenir un traducteur freelance totalement optimal. Nombreux peuvent être les doutes et les craintes lorsque l’on se lance dans un tel projet : combien de temps met-on à avoir ses premiers clients ? À partir de quand notre situation devient-elle stable ? Suis-je capable de me lancer dans une telle aventure ? Toutes ces questions paraissent normales, puisqu’il faut être capable de se débrouiller en parfait autonomie : les résultats dépendront uniquement de votre investissement, car vous êtes le chef de votre propre restaurant. Mais comme le dit si bien Tess : si l’envie et la passion sont bel et bien présentes, alors rien ne pourra entraver votre objectif. Car si le livre met en garde et nous avertit de ne pas faire l’impasse sur telle ou telle partie, il rassure tout même beaucoup et donne toutes les cartes en main pour que son lecteur mène une carrière florissante.

“Good luck with cooking up the career and lifestyle you want as a freelance translator!”

 

 

Je tiens à remercier Maéva Orsi pour toute sa confiance et pour l’envoi de cet ouvrage.

Référence :
Marketing Cookbook for Translators: Foolproof Recipes for a Thriving Freelance Career, Tess Whitty, CreateSpace Independent Publishing Platform, 27 novembre 2014, 280 pages.

Le stage en agence, crucial pour l’étudiant en traduction

Par Brahim Ghoul, étudiant M2 TSM

Que vous soyez intéressé par des études de traduction ou que vous les ayez déjà débutées, il est d’une importance capitale pour vous de bien définir quels sont vos objectifs et priorités pour les stages obligatoires entrant dans votre formation (en agence ou auprès d’un traducteur indépendant).

Dans cet article, je me focaliserai sur les agences de traduction. Toutefois, je ne donnerai évidemment aucun nom d’étudiant, d’entreprise ou d’agence, car là n’est pas le but. Il s’agira plutôt de donner des pistes et des conseils de prudence que j’ai pu appliquer l’année dernière. Si les stages en entreprise en France sont très règlementés, il faut le plus souvent redoubler de vigilance en cas de stage à l’étranger.

Je me souviens de la discussion que j’ai pu avoir, il y a quelques mois, avec une étudiante de deuxième année du Master de Traduction Spécialisée Multilingue, à l’époque où j’étais étudiant de première année. Celle-ci m’avait raconté les mésaventures qu’elle avait vécues lors de sa période de stage. Elle avait effectué un stage qui s’était très mal passé, dans une agence de traduction anglaise. L’agence en question s’est révélée être une « usine à stagiaires », puisqu’on y comptait dix stagiaires pour seulement deux salariés. En outre, la convention de stage qui avait été signée était inexacte en ce qui concerne les tâches à effectuer : l’étudiante passait davantage de temps à répondre aux appels des clients qu’à traduire des documents spécialisés, alors que la traduction constituait la tâche principale inscrite sur la convention de stage ! On imagine donc que cette expérience n’a été bénéfique ni pour la stagiaire, qui n’a pas réellement amélioré les compétences visées par le Master, ni pour l’entreprise, qui a vu sa réputation en pâtir.

Quels sont les conseils que je pourrais donner aux futurs stagiaires en agence ? En me basant humblement sur mon vécu en ce qui concerne les stages de première année, trois points me paraissent importants :

  • La nature de votre stage : quelles compétences souhaitez-vous approfondir ? Ayez bien conscience que les tâches de traduction, de gestion de projet ou de localisation, bien que toutes liées au Master TSM, sont bel et bien différentes.
  • L’entreprise d’accueil : quelle est sa réputation, notamment sur les réseaux sociaux et professionnels ? Avez-vous précisément discuté des tâches à réaliser avec le recruteur ? Avec quel équipement informatique allez-vous travailler, cela concernant aussi bien les logiciels que les ordinateurs ? Combien de stagiaires l’entreprise a-t-elle l’habitude de recruter ? Selon la loi française, « Les entreprises de moins de 20 salariés peuvent accueillir 3 stagiaires maximum en même temps ».
  • La rémunération : la loi française oblige les employeurs à verser à leur stagiaire une gratification en cas de stage supérieur à deux mois. En effet, selon la loi, « Le taux horaire de la gratification est égal à 3,60 € par heure de stage». Cependant, en ce qui concerne les stages à l’étranger, la meilleure option consiste à se renseigner en amont, parce que le plus souvent il n’existe pas de règle.

 

Il est crucial pour vous de bien déterminer, à l’avance, ces trois points. Évidemment, il vous sera impossible de vous prémunir d’éventuels cas de force majeure qui pourraient impacter de manière négative votre stage, mais l’idée ici est de minimiser les risques et de permettre à l’agence de traduction comme à vous-même de sortir enrichi de cette aventure professionnelle.

Dans la capture d’écran qui suit, vous trouvez toute une liste d’informations susceptibles d’être pertinentes dans la sélection de votre stage. Le dernier encadré en rouge, dans le corps du courriel, est selon moi le plus important : dans quel sens allez-vous traduire ? Quels logiciels êtes-vous susceptible d’utiliser ? Quelles compétences allez-vous acquérir ? Pensez à éclaircir, avec le recruteur, tous ces détails.

De plus, petit aparté, n’hésitez pas à classer vos courriels en fonction des expéditeurs si vous souhaitez gagner en clarté et en organisation, dans le cadre de vos recherches de stage (voir le côté gauche de la capture d’écran).

brahimghoul

 

Malgré toutes vos précautions, votre stage reste susceptible de ne pas être à la hauteur de vos espérances, voire pire, de ne pas du tout correspondre à ce qui est exigé d’un stage en traduction spécialisée ou en gestion de projets. Dans ce cas, n’hésitez pas à agir et à rechercher toutes les solutions possibles pour rectifier le tir. Parlez-en à votre responsable de stage en entreprise ainsi qu’à votre tuteur de stage à l’Université.

Enfin, pensez à certains cas de figure peu réjouissants : et si, par exemple, l’agence dans laquelle vous effectuez un stage déposait tout simplement le bilan ? Dans ce cas, vous devrez réaliser un autre stage si vous souhaitez valider votre année. Même s’il est toujours possible d’envoyer des candidatures spontanées, n’hésitez pas, si vous devez absolument accélérer le processus, à faire jouer vos réseaux. Je pense notamment à un solide profil LinkedIn que vous alimenterez au fur et à mesure de votre progression dans le monde professionnel.

Tous ces conseils vous permettront, je l’espère, de rassembler un maximum d’informations sur votre futur stage en agence, et de gagner du temps au cas où une situation délicate se présenterait.