Traduire les onomatopées, y aviez-vous déjà pensé ?

Par Catherine Gallo, étudiante M1 TSM

Traduire des articles, des noms , des dates on y pense souvent mais avez-vous déjà réfléchi à la bonne façon de traduire les onomatopées ?

Une onomatopée qu’est-ce que c’est ?

Les onomatopées sont des petits mots dont on se sert pour désigner des bruits, on les rencontre souvent dans les bandes dessinées et les mangas. Elles ont un rôle plus ou moins important selon les langues. En japonais par exemple, il en existe plus de 1 000, on les retrouve partout et elles sont incontournables pour qui voudrait apprendre la langue. Un paradoxe existe entre la perception des onomatopées dans différentes cultures. En France par exemple, elles sont associées à un langage enfantin et peu recherché. Au Japon au contraire, elles sont le produit d’une langue très vivante en constante évolution et même un signe de tolérance.

Se pose alors la question de la traduction, ces petits mots si simples pourraient-ils nous donner du fil à retordre ? C’est ce que nous allons découvrir maintenant.

Doit-on vraiment les traduire ?

Les bruits sont des sons universels il serait donc logique que leur retranscription le soit aussi. Mais non, nos chers créateurs de langues n’ont pas choisi la facilité et ont chacun retranscrit ces bruits à leur façon. Par exemple, un sanglot se traduit par « sob » en anglais, « yuyu (유유) » en coréen et « snif » en français. Elles doivent donc être traduites pour être comprises, si nous, français, tombions sur « yuyu » dans un texte nous ne comprendrions pas. De plus, dans certaines langues comme le japonais les onomatopées sont utilisées pour désigner des faits qui sont conceptualisés dans la langue française, on s’en sert pour exprimer une action, un état ou une émotion, par exemple, « être radin » se traduit en japonais par l’onomatopée « kechi-kechi ». Nouveau paradoxe avec notre culture, en japonais la suggestion est privilégiée aux explications et aux affirmations alors qu’ « [e]n Europe, nous aimons la clarté des propos et fuyons les équivoques ; au Japon, ces dernières appartiennent à la meilleure langue et sont très estimées » comme le disait Luis Frois dans son ouvrage Traité sur les contradictions et différences de mœurs (Préface, C. Lévi-Strauss), Paris, Éd. Chandeigne, 1998.

Un traducteur japonais doit donc transformer une phrase en onomatopée pour domestiquer le texte et le rendre plus fluide pour son lecteur. À l’inverse, un traducteur français devra s’adapter et traduire l’onomatopée japonaise par une phrase pour faire comprendre le message porté par le texte.

Dans quels cas sommes-nous confrontés à ce problème ?

Nous avons l’habitude de croiser la route de ces petits mots dans les bandes dessinées et dans les mangas, ils ajoutent une dimension supplémentaire à l’histoire et lui font prendre vie, c’est pourquoi il est très important qu’ils soient utilisés rigoureusement et traduits de la bonne façon. Par exemple, un coup de bâton traduit par « plouf » au lieu de « bam » ferait perdre tout son sens à l’action et le lecteur pourrait se poser des questions sur le professionnalisme de l’auteur.

Comme vous l’aurez compris, les mangas étant pour la plupart écrits par des auteurs (pas de chance !) japonais, leur traduction est complexe. Elles sont souvent placées en plein milieu de la planche entre les dessins et les bulles (en bande dessinée, planche est le terme utilisé pour désigner la page). Il est donc important de les traduire par des petits mots pour conserver l’harmonie de la planche. Trois possibilités se présentent donc pour les traducteurs. Dans certains cas, par souci d’authenticité, l’onomatopée japonaise est laissée telle qu’elle et est expliquée en bas de page, parfois le traducteur fait preuve d’imagination et trouve un moyen de traduire l’onomatopée en un ou deux mots et parfois, coup de chance, l’onomatopée existe déjà en français.

La traduction des onomatopées est donc un sujet bien plus complexe que l’on pourrait le croire. Comme nous avons pu le constater, leur domestication relève du presque impossible entre certaines paires de langues et c’est là qu’intervient la créativité du traducteur. Voilà donc une difficulté supplémentaire insoupçonnée du travail du traducteur.

Bibliographie

Les enjeux derrière les expressions idiomatiques

Par Antoine Deruy, étudiant M1 TSM

Ce n’est un secret pour personne, la traduction est une discipline complexe nécessitant une formation poussée et un maximum d’expérience. En effet, les traducteurs professionnels se heurtent sans cesse à des difficultés de tous types, qu’elles soient linguistiques, terminologiques, ou encore syntaxiques. Au cours de ma formation au sein du master de traduction spécialisée multilingue, j’ai été marqué par l’un de ces défis en particulier : les expressions idiomatiques. Voyons un peu de quoi il s’agit.

Les expressions idiomatiques, kézako ?

Pour dire simplement, il s’agit d’expressions particulières à une langue, généralement imagées ou métaphoriques. Elles font souvent référence à un fait culturel ou historique. Par ailleurs, elles sont généralement compliquées à traduire, car il existe très rarement des équivalents littéraux pour ces expressions. Il n’est cependant pas rare de retrouver dans deux langues différentes deux expressions renvoyant le même sens. Dans ces cas-là, on considère que les deux expressions sont équivalentes et doivent être traduites impérativement de la sorte. A mon sens, et dans un contexte de traduction, on peut distinguer plusieurs types d’expressions idiomatiques.

Les expressions idiomatiques « simples »

Ces expressions sont du pain béni pour les traducteurs. Ils n’ont même pas besoin de se rendre compte qu’ils ont affaire à une expression idiomatique, puisque leur traduction est transparente. Une traduction littérale permet d’obtenir le bon équivalent dans la langue cible. Par exemple, « put all your eggs in one basket » se traduit en français par « mettre tous les œufs dans le même panier ». Le risque de se tromper lors de la traduction est donc vraiment minime.

Les expressions idiomatiques « dont la mauvaise traduction est tolérable »

Catégorie nommée de manière assez folklorique, je vous l’accorde, j’y regroupe en fait toutes les expressions dont le meilleur équivalent dans une autre langue n’est pas une traduction littérale, mais une autre solution. Cependant, une traduction littérale de ces expressions ne s’avère jamais vraiment problématique, puisque qu’elle transmet tout de même la même idée. Si cette catégorie est encore un peu floue pour vous, je vous propose de l’illustrer avec un exemple connu de tous : l’expression en anglais « when pigs fly ». La traduction littérale de cette expression est « quand les cochons voleront ». Pourtant, en français, il existe une expression bien plus répandue renvoyant exactement la même idée. Ça y est, vous l’avez ? Et oui, en français, on utilise « quand les poules auront des dents ». Cet exemple illustre parfaitement le concept d’équivalence dynamique dont nous parlait Nida : il s’agit d’un principe de traduction visant à traduire le sens plutôt que les mots. Cette approche de la traduction est d’ailleurs devenue plus ou moins la norme aujourd’hui, remplaçant petit à petit le principe d’équivalence formelle, visant à traduire les mots plutôt que le sens.

Photo d’une poule ayant des dents

Les expressions idiomatiques « difficiles »

J’ai regroupé dans cette catégorie les expressions dont la traduction littérale change complètement le sens, et dont l’erreur de traduction constitue généralement une faute grave. En effet, un traducteur se doit d’effectuer des recherches et d’assurer l’entière qualité de sa traduction. Prenons l’exemple de l’expression « to be as thick as a brick » : elle ne doit jamais être traduite littéralement « être aussi épais qu’une brique » ! L’expression, au sens figuré en langue source, est utilisée pour constater la bêtise ou la simplicité d’esprit d’une personne. Une bonne traduction française serait « être bête comme ses pieds ».

Les expressions « impossibles »

Si jusque-là vous pensiez que traduire des expressions idiomatiques était assez compliqué, attendez de découvrir celles-ci. Pour ces expressions, que l’on rencontre tout de même assez régulièrement, il n’existe littéralement aucun équivalent pour transmettre le sens. Le traducteur doit donc s’adapter et pourquoi pas utiliser une glose (une annotation visant à expliciter une partie d’un texte, ou un terme en particulier) pour transmettre le plus fidèlement possible l’idée source. Par exemple, « c’est abusé » n’a pas d’équivalent direct en anglais. On peut cependant le traduire « that’s ridiculous », ou encore « what the hell », ou bien « come on ». L’idée est toujours de garantir une traduction la plus idiomatique possible, en utilisant au maximum les codes de la culture pour laquelle on traduit.

Comment s’améliorer et les distinguer ?

Tout d’abord, il n’y a que l’expérience et l’approfondissement de la connaissance d’une langue qui permettent de distinguer les expressions idiomatiques. Vous pouvez être aussi bon en grammaire, en conjugaison, ou en vocabulaire que vous le voulez sans pour autant connaître les expressions idiomatiques de cette langue : on ne les apprend jamais à l’école. A mon sens, le meilleur moyen d’apprendre et d’assimiler des expressions idiomatiques est de se plonger dans la culture du pays qui vous intéresse. Si vous avez l’occasion de vous rendre dans le pays, profitez-en, et discutez avec un maximum de natifs, vous apprendrez beaucoup d’expressions de ce genre de manière passive. Cependant, si vous n’avez pas la possibilité de voyager, et que vous n’avez aucun contact avec qui vous pouvez vous entrainer, vous pouvez tout aussi bien regarder vos films et vos séries en version originale : là aussi, vous entendez un paquet d’expressions ! Vous pouvez aussi choisir de lire vos livres en version originale.

Toutefois, et comme il est presque impossible de connaître toutes les expressions idiomatiques sur le bout des doigts, voici quelques astuces pour les repérer :

  • Observez la manière dont la phrase est construite : Quand vous ne connaissez pas une structure, analysez-là. Il est assez simple de repérer les expressions idiomatiques car elles se ressemblent toutes, et sont généralement très imagées.
  • Analysez le contexte : ces expressions étant très imagées, elles contrastent souvent avec le reste du texte que vous êtes en train de traduire. Leur traduction littérale doit d’ailleurs vous paraître étrange, surtout si vous ne l’avez jamais entendue.
  • Faites des recherches : au moindre doute, n’hésitez pas, et tapez au moins la structure sur internet ; dans la majeure partie des cas, vous trouverez qu’il s’agit d’une expression, et internet vous aidera à la comprendre pour que vous puissiez trouver la solution la plus adaptée. Et au pire, vous aurez perdu quoi, 10 secondes ?

Parfois, que ce soit pour des expressions idiomatiques ou même pour des mots, il arrive qu’il n’existe pas d’équivalent direct dans une autre langue (Tirkkonen-Condit), comme c’est le cas pour les expressions « impossibles » mentionnées ci-dessus. Dans ces cas-là, on parle d’items uniques. Ce concept d’item unique est extrêmement important en traduction, car même s’il peut venir poser problème lorsqu’il n’existe pas de correspondance dans votre langue cible pour un terme source, il peut également vous permettre d’améliorer la qualité de vos traductions en les rendant plus idiomatiques dans le cas contraire. Alors, lorsque vous pensez à une expression ou à un mot qui s’éloigne un peu de la traduction littérale, mais qui retransmet le même sens, n’hésitez pas à l’utiliser dans vos traductions, leur qualité et votre transparence n’en sera qu’amplifiée.

Bibliographie

Gambier, Yves, Miriam Shlesinger, et Radegundis Stolze. Doubts and Directions in Translation Studies: Selected Contributions from the EST Congress, Lisbon 2004. John Benjamins Publishing, 2007.

Hattouti, Jamila, Sandrine Gil, et Virginie Laval. « Le développement de la compréhension des expressions idiomatiques : une revue de littérature ». LAnnee psychologique Vol. 116, no 1 (2016): 105‑36.

 « Expressions françaises et leur traduction en anglais ». MosaLingua, 21 août 2019. http://www.mosalingua.com/blog/2019/08/21/expressions-francaises-et-traduction-en-anglais/.

 « Les 70 expressions idiomatiques à connaître en anglais ». Consulté le 12 mars 2021. https://www.ispeakspokespoken.com/expressions-idiomatiques-anglais/.

Tirkkonen-Condit, Sonja. « Translationese – A myth or an empirical fact?: A study into the linguistic identifiability of translated language ». Target 14 (31 décembre 2002): 207‑20. https://doi.org/10.1075/target.14.2.02tir.

 « Unique items — over- or under-represented in translated language? », 177‑84, 2004. https://doi.org/10.1075/btl.48.14tir.

« Idioms anglais à connaître pour parler de façon plus naturelle ! » MosaLingua, 28 janvier 2015. http://www.mosalingua.com/blog/2015/01/28/20-idioms-anglais-a-connaitre/.

Kenny, Dorothy, et Mali Satthachai. « Explicitation, Unique Items and the Translation of English Passives in Thai Legal Texts ». Meta : Journal Des Traducteurs / Meta: Translators’ Journal 63, no 3 (2018): 604‑26. https://doi.org/10.7202/1060165ar.

S’exprimer de manière universelle

Par Hadjar Boukhelifa, étudiante M2 TSM

Connaitre plusieurs langues vous parait inaccessible ? Vous vous tuez à la tâche afin de maitriser une panoplie de langues ? Jongler entre une langue hispanique et scandinave vous semble aussi facile que de comprendre le fonctionnement de la traduction automatique neuronale ? Et pourtant, savez-vous que l’on retrouve des mots qui outrepassent les obstacles de la langue ? Une bonne nouvelle pour ce monde dont les frontières sont de plus en plus floues face à la mondialisation.

Cette semaine, je vais vous présenter des mots universels qui peuvent être utilisés à peu près partout dans le monde et qui auront la même signification. La seule chose qui pourrait changer est la prononciation, mais à part cela vous devriez être en mesure de vous faire comprendre, peu importe où vous êtes.

Maman — Le mot « mama » est le même dans un nombre étonnamment élevé de langues, ou du moins très similaire, comme eomma en coréen ou mommy en anglais. (Les mots équivalents pour les pères sont également similaires, mais varient plus largement.) Ce terme cohérent pour « mère » peut vous faire penser que ce mot était si fort, si intégral, qu’il puise son origine aux débuts de l’humanité et s’est ensuite mondialement répandu. La véritable histoire est tout autre. Le mot « maman » est apparu indépendamment dans de nombreuses langues différentes. Les recherches suggèrent que cela a tout à voir avec le développement précoce de la parole. Le babillage d’un bébé ne serait pas une série de bruits aléatoires, mais suivrait un certain schéma. Dans l’expérimentation vocale, les nouveau-nés émettent souvent le son « ah » en premier. C’est l’un des sons les plus faciles à produire, car il ne nécessite pas beaucoup d’effort avec la bouche. Fermer les lèvres pour créer un « mmm » vient aussi tout naturellement. Ces deux sons combinés créent un premier mot commun : « mama ». Et dans le monde, on retrouve les mêmes sons, la même interprétation et le même mot.

Hein — C’est peut-être le mot universel par excellence. En effet, une étude de 2013 (lien en anglais) a démontré qu’on le retrouve sous différente forme dans 31 langues parlées. Même s’il ne sonne pas exactement de la même manière, il respecte néanmoins un ensemble de paramètres étroits. Les mots équivalents sont toujours monosyllabiques, ont une intonation interrogative et ont tous des voyelles et des consonnes similaires. Il s’agit d’un son qui doit être acquis et non un son que nous produisons naturellement (contrairement à la plupart des bruits que nous faisons lorsque nous éternuons qui, eux, le sont).
Interjection qui représente l’interrogation, l’incompréhension ou l’ignorance, le mot « hein », est différent des autres mots interrogatifs. En effet, il s’agit toujours d’une seule syllabe, constituée d’une courte voyelle parfois précédée d’une consonne glottale (en français, celle-ci sera plus ou moins accentuée selon la région). Ces caractéristiques ont leur importance, car autrement, le terme « hein », serait simplement considéré comme un son naturel, tel qu’un grognement ou un cri. L’étude de 2013, menée par des chercheurs aux Pays-Bas, a suggéré que la fonction du « hein » été bien spécifique. Ce mot suffira pour faire entendre à votre interlocuteur qu’il devra répéter ces dires, sans trop perturber la conversation. Avec autant de similarité, c’est un mot qui peut transcender les barrières linguistiques. On le retrouve sous différentes formes comme « huh » en anglais, « 허 » (heo) en coréen. Ce mot est des plus utile, car parler à quelqu’un qui ne parle pas votre langue va entraîner tout un tas de « hein ? ». Attention toutefois à ne pas en abuser, car la patiente est vertueuse.

Haha — « Haha » est le son que nous utilisons pour décrire le rire. On retrouve déjà l’expression « ha ha » en 1386 dans les écrits de Geoffrey Chaucer. D’autres variations onomatopéiques, comme « hé hé », « hihi » ou même « ho ho », ne peuvent pas rivaliser. Et si l’on regarde la façon dont d’autres cultures écrivent le rire sur un clavier, il semble que cela se reflète dans une grande partie du monde. Chaque langue, bien sûr, a des façons différentes d’exprimer et de taper ce son « haha ». Par exemple, l’espagnol sera « jaja ». En Thaïlande, le chiffre 5 se prononce « ha », et il est donc fréquent que les gens expriment leur rire au clavier en tapant « 55555 » ! Et en arabe « ها ها ها ها » (hahahaha).

OK — Souvent cité comme l’un des mots les plus connus au monde, « OK » est un mot court qui désigne l’approbation, l’acceptation, l’accord, l’assentiment, la reconnaissance ou même le signe d’une indifférence. Ce mot est d’autant plus utile, car un « oui » ou même un hochement de tête ne sera pas suffisant pour faire comprendre à votre interlocuteur étranger que vous l’avez compris. L’origine derrière cet anglicisme reste floue, l’histoire la plus répandue est que les journaux américains des années 1830 se délectaient des abréviations. Le mot « OK » serait donc une blague. L’abréviation « OK » aurait été utilisée pour signifier « orl korrekt », une faute d’orthographe intentionnelle de « all correct » (tout bon en anglais) qui était probablement hystérique dans les années 1830. OK, il y a d’autres théories. Certains prétendent qu’il s’agirait du rapport journalier du nombre de morts durant la guerre de Sécession, « 0 killed » (0 tué), qui serait retranscrit en « OK ». Ou peut-être que cela viendrait du grec ola kala, ou même de l’expression écossaise « och aye » qui signifient « c’est bon ». Quelle que soit son origine, le mot s’est rapidement répandu pour être utilisé et compris dans presque tous les pays pour signifier que tout va bien. Une dernière théorie est que les sons « o », « k » et « é » existent dans la plupart des langues.

Thé/ Cha — C’est de la Chine que nous vient cette plante avec laquelle nous faisons la boisson du même nom. Le thé a été exporté dans le monde entier, aussi bien le produit que le mot qui le désigne. Ou plutôt deux mots différents ont été exportés. Le « thé » se prononçait « tcha » dans la plupart des dialectes chinois, et cette prononciation s’est répandue sur la route de la soie en persan, puis en ourdou, en arabe, en russe, pour finir dans des langues d’Afrique de l’Est comme le swahili. Cependant, un dialecte particulier prononçant « cha » comme « té » était justement parlé dans deux ports importants pour le commerce néerlandais : la province côtière Fujian et l’île de Taïwan. Grâce au néerlandais, le mot s’est répandu en Europe ainsi que sur la côte ouest de l’Afrique et a influencé un grand nombre de langues à partir de là. On trouve ces deux termes chinois dans près de 200 langues différentes. Les dérivés du Cha sont cependant plus courants et constituent souvent un nom pour un type de thé dans les langues qui n’en utilisent pas. Le thé Chai, par exemple, est un thé indien désormais populaire dans une grande partie du monde. Armé de ces deux variantes, vous pouvez demander une tasse de thé presque partout dans le monde.

Café — « Kof-i », « kahvé », « kava ». À l’aide de ces trois sons, on peut réussir à dire « café » dans la plupart des langues du monde. Cela en est ainsi, car la plupart des langues ont emprunté le mot turc « kahve », qui, à son tour, était basé sur le mot arabe plus ancien « qahoua », et aucune ne s’en éloigne trop. Étonnamment, l’anglais utilise l’une des formes les moins reconnaissables. Une grande partie de l’Europe a changé le « v » en « f » (comme le café français), mais les Néerlandais ont également changé le « a » en « o », rassemblant les langues comme l’anglais, l’allemand et l’afrikaans autour du son « kofi ». La popularité de cette boisson s’est rapidement répandue dans le monde entier, et son mot avec.

Pyjama —Le pyjama, de l’hindi et de l’ourdou, fait référence à un pantalon ample noué autour de la taille, une mode populaire qui vient de l’Inde. Avec la colonisation, les Britanniques ont importé les vêtements et, avec le temps, le style et le mot se sont répandus, en peu de temps, au-delà du territoire indien. On peut maintenant trouver un dérivé du mot pyjama dans presque toutes les langues parlées. Qu’il s’agisse de bijama en arabe ou de pizsama en hongrois. Le mot « pyjama » apparaît même dans des langues comme le basque et l’irlandais, sans compter que beaucoup de ces langues devaient auparavant avoir un terme pour désigner les vêtements de nuit. Le concept n’est pas une nouveauté, car les termes précédents, qui suffisaient amplement, étaient de simples mots composés (tels que « chemise de nuit »). Il est en effet plutôt inhabituel pour un si grand nombre de langues, d’intégrer un nouveau terme et de l’utiliser à grande échelle.

Guitare — Le mot « guitare » est compliqué à retracer, car il s’est appliqué à différents instruments à cordes au cours de l’histoire. Ce n’est qu’au XIXe siècle qu’un instrument à six cordes, qui ressemble le plus à la guitare que nous connaissons aujourd’hui, a été conçu. Cette guitare moderne est dérivée de l’Espagne et d’un instrument médiéval connu sous le nom de guitarra latina. Une grande partie de l’Europe s’est inspirée de cet instrument. On peut remonter un peu plus loin, où ce terme espagnol a des racines du grec kithara et dans l’arabe gitara. toutefois le mot ainsi que l’instrument en lui-même remontent encore bien plus loin que cela. Tar est un mot hindi qui signifie « corde », dérivé du persan et du sanskrit plus anciens. Cette longue évolution qui a traversé les continents a créé un mot commun pour l’instrument dans de nombreuses cultures, pour finalement s’intégrer dans un vaste éventail de langues.

En conclusion, il existe encore de nombreux mots qui sont répandus plus ou moins universellement. En Europe, on retrouve plusieurs mots qui ont une prononciation commune ou que l’on est capable de comprendre dans tout le continent selon les régions, et ce malgré les origines des langues.

L’universalité des mots vient, en général, de la nourriture qui se mondialise et qui représente une seule sorte d’aliment (sushis, curry, pizza). Les autres mots qui pourraient être considérés comme universels seraient les noms de marques pour désigner des objets (Ferrari, iPhone, Coca Cola).

Sources :

« Chapter 3.(H05).pdf ». https://www.uio.no/studier/emner/hf/ikos/EXFAC03-AAS/h05/larestoff/linguistics/Chapter%203.(H05).pdf.

Dingemanse, Mark, Francisco Torreira, et N. J. Enfield. « Is “Huh?” A Universal Word? Conversational Infrastructure and the Convergent Evolution of Linguistic Items ». PLOS ONE 8, no 11 (8 novembre 2013): e78273. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0078273.

« Educación: La única palabra que entienden todas las personas del planeta ». https://www.elconfidencial.com/alma-corazon-vida/2015-01-02/la-unica-palabra-que-entienden-todas-las-personas-del-planeta_614510/.

« El significado de las palabras esconde una estructura universal ».  https://www.agenciasinc.es/Noticias/El-significado-de-las-palabras-esconde-una-estructura-universal.

« Do You Know How to Say Chocolate in Different Languages? »  https://www.indifferentlanguages.com/words/chocolate.

« 55555, or, How to Laugh Online in Other Languages – The Atlantic ». https://www.theatlantic.com/technology/archive/2012/12/55555-or-how-to-laugh-online-in-other-languages/266175/.

« Des cartes captivantes qui racontent l’origine de mots qu’on utilise tous les jours… – Le blog de latraduction.fr — Jacquier-Calbet Associés ». http://blogjca.canalblog.com/archives/2014/01/13/28943992.html.

Listverse. « 10 Words That Are Connected Around The World », 2 juillet 2019. https://listverse.com/2019/07/02/10-words-that-are-connected-around-the-world/.

Khazan, Olga. « <em>Huh</Em> Means the Same Thing in Every Language ». The Atlantic, 12 novembre 2013. https://www.theatlantic.com/health/archive/2013/11/-em-huh-em-means-the-same-thing-in-every-language/281359/.

« Linguistic study proves more than 6,000 languages use similar sounds for common words – ABC News ». https://www.abc.net.au/news/2016-09-13/linguists-discover-humans-have-universal-language/7841134.

« L’origine du mot thé ». https://www.le-monde-du-the.fr/article-origine-mot-the.html.