Gestion de projets de traduction et gestion du stress : dans la tête de trois project managers

Par Audrey Thiébault, étudiante M1 TSM

Devis, plannings, clients, ressources humaines, problèmes techniques, imprévus… Vous êtes-vous déjà demandé comment les project managers parvenaient à rester zen ? Moi oui. J’ai donc interviewé trois personnes aux profils bien différents afin de découvrir et comprendre le stress qui plane au-dessus de ces magiciens de la gestion de projets de traduction.



Je vous laisse découvrir dans un premier temps, mon entretien avec Nancy Matis, femme d’affaire à la tête de sa propre société, professeure et auteure de « Comment gérer vos projets de traduction ».

J’ai commencé par demander à Nancy quelles étaient pour elle les principales sources de stress dans la gestion de projets de traduction. Elle nous explique de suite les problèmes du temps et de l’inconnu.

Nancy :  On me demande parfois pourquoi je ne laisse pas tomber certaines de mes activités afin d’arrêter de courir après le temps. Il est vrai qu’en parallèle du travail au sein de ma société, je donne cours dans plusieurs universités, j’ai écrit un livre et plusieurs articles sur la gestion de projets de traduction, je gère un site web sur ce sujet et je suis par moment très active sur les réseaux sociaux.  Ces derniers m’ont d’ailleurs permis d’accéder à un monde que je ne connaissais pas très bien et mon problème étant que je suis toujours très enthousiaste face aux nouveautés, j’ai fini par y passer beaucoup de temps ! Je me suis en outre engagée dans une association bénévole (TranslationCommons), j’ai donné des formations pour Traducteurs sans Frontière, et j’ai participé à diverses activités sur ProZ.com. J’ai en effet l’impression que les opportunités qui s’offrent à moi sont toujours tellement incroyables que je ne peux pas les refuser. Mais tout cela entraîne aussi pas mal de stress, principalement lié au manque de temps.

Heureusement, pour les tâches du quotidien, je suis épaulée par une excellente équipe. Néanmoins, sa gestion entraine aussi quelques challenges. Par exemple, deux cheffes de projet seront bientôt en congé de maternité, trois nouvelles personnes viennent de commencer, une stagiaire nous a rejoint, une autre arrivera dans quelques semaines… L’ajout de nouvelles personnes entraîne toujours un stress supplémentaire car nul ne sait comment se passera leur intégration. 

Au niveau des sources de stress, il y a également l’inconnu. Recevoir un type de projet dont nous n’avons pas l’habitude peut être par exemple un facteur de stress important. Il faut donc trouver les personnes adéquates pour y participer, ce qui éliminera déjà 80 % du problème. Ainsi, certains chefs de projets ne ressentent quasiment aucun stress car ils sont dans la continuité de ce qu’ils ont l’habitude de faire, ils travaillent toujours pour les mêmes clients, avec la même équipe et restent donc en terrain connu.

Elle mentionne également d’autres facteurs de stress tels que l’imprévu (qu’elle met en lien avec la question du temps) et le côté humain de ce métier qui n’est pas si simple.

Nancy : Le temps que nous prévoyons pour nos propres tâches est trop souvent insuffisant. Des imprévus viennent sans cesse s’ajouter au planning. À titre de comparaison, un traducteur spécialisé connaît le nombre de mots qu’il peut traduire en une journée, et peut prévoir le temps nécessaire pour les projets qu’il accepte. Un chef de projets, lui, ne peut jamais vraiment en être certain. Les clients et leurs demandes peuvent être imprévisibles : volume plus important qu’annoncé initialement, projet sortant de la zone de confort, mises à jour multiples, etc. En outre la gestion de l’aspect « humain » complexifie la gestion des projets, tant du côté des clients que des fournisseurs. Par exemple, de nouveaux clients requièrent parfois énormément de temps car il s’agit de leur expliquer comment fonctionne un monde qu’ils ne connaissent pas toujours et dont ils ne mesurent pas la complexité Par ailleurs, les ressources humaines ne sont pas des robots. Les gens tombent parfois malades, ont des problèmes personnels, font face à des contretemps qui affectent le déroulement d’un projet et augmentent le stress de celui qui le gère. Tous ces imprévus, purement liés au côté « humain », constituent, à mon sens, les sources de stress les plus importantes pour les project managers.

Lorsque je pense aux chefs de projets je les imagine comme des éponges à stress. C’est-à-dire qu’ils doivent gérer leur propre stress mais également celui des clients et des ressources humaines. Ressentez-vous parfois une certaine transmission du stress entre les différents acteurs d’un projet ?

Nancy :  C’est exact, et à cela s’ajoute le stress des collègues. Lorsqu’une personne en charge d’un projet commence à stresser, l’impact sur le reste de l’équipe est immédiat. C’est pour cette raison que j’apprécie tout particulièrement de travailler depuis chez moi, le stress se transmet bien moins facilement par e-mail !

Aviez-vous conscience de toutes ces difficultés lorsque vous avez commencé dans la gestion de projets ?

Nancy : À vrai dire, non. Lorsque je suis entrée dans la vie professionnelle je ne savais pas ce qu’était la gestion de projets de traduction. J’ai tout d’abord travaillé en production, en linguistique et au fur et à mesure, j’ai acquis de nombreuses compétences techniques. Par la suite, j’ai eu l’opportunité de diriger une petite équipe de traducteurs, puis de gérer des projets de plus en plus complexes de A à Z. Je n’ai pas bénéficié d’une formation en gestion de projets à proprement parler, j’ai appris le métier « sur le tas ». Je ne m’étais donc jamais réellement demandé à l’époque ce qui pouvait constituer ou non un facteur de stress pour un gestionnaire de projets.

Parvenez-vous à laisser ce stress au travail ou impacte-il votre vie personnelle ?

Nancy : Il m’arrive parfois de laisser le stress professionnel impacter ma vie personnelle par exemple lorsque je me sens « agressée » par une personne. J’éprouve aussi des difficultés à laisser au bureau les potentielles tensions qui surviennent dans l’équipe, elles restent souvent dans un coin de ma tête une fois la journée terminée. Cependant, mes centres de préoccupations ont changé au fur et à mesure de mon évolution professionnelle. En outre, avant d’avoir une vie de famille, je ne dissociais quasiment pas ma vie professionnelle de ma vie personnelle. Désormais, je n’ai plus le choix. Et depuis que je suis maman, je comprends vraiment ce que signifie être stressée !

Dans certaines entreprises employant des salariés, il est de plus en plus commun d’organiser des sortes de séminaires pour améliorer la cohésion entre les employés ainsi que la gestion du stress. Pensez-vous que ce concept peut être adapté dans un domaine tel que celui de la traduction/gestion de projets ?

Nancy : Notre métier ne nous permet pas d’avoir beaucoup de contact. Nous n’échangeons presque exclusivement par écrans interposés. Toutefois, depuis la création de ma société j’organise au moins une fois par an ce que j’appelle « le souper de société » où chefs de projets, traducteurs, responsables techniques, etc. se réunissent pour passer du temps ensemble sans évoquer le travail. En parallèle, une à deux fois par an, l’équipe de project managers et moi-même nous rencontrons en live pour discuter des clients et des divers challenges. Malheureusement, avec la crise sanitaire que nous traversons nous avons dû nous adapter… Outre les réunions de travail virtuelles, nous mettons en place des « apéro time » sur Zoom de temps à autres lors desquels nous pouvons discuter et plaisanter pendant des heures, en évitant au maximum de parler du boulot !

Autour de tout ce stress négatif, cette pression, ressentez-vous parfois du bon stress ?

Nancy : Bien sûr ! L’inconnu dont nous parlions tout à l’heure peut tout à fait être synonyme de bon stress. Le fait de commencer un projet qui sort de notre zone de confort devient alors excitant. Nous découvrons et apprenons de nombreuses choses et l’envie de bien faire, de donner notre maximum sans réellement savoir ce qu’il va bien pouvoir se passer nous motive. On pourrait comparer cela au trac d’un comédien avant de monter sur scène. Contrairement au stress « négatif », ce stress-ci, cette adrénaline, nous donne de l’énergie plutôt qu’il nous en prend !

Pour résumé voici les quelques « mots de la fin » de Nancy, quelques conseils :

Nancy : Il est essentiel d’être maître de son stress. Il faut savoir le reconnaître, l’accepter et le contrôler. Relativiser le problème qui vous stresse est, selon moi, primordial. Vous pouvez éventuellement parler de ce problème à une tierce personne car trop souvent, rester seul focalisé sur un problème nous empêche d’y voir clair et de le résoudre.

Une personne très sage, rencontrée au début de ma carrière m’a dit un jour que si un problème ne pouvait vraiment pas être résolu, il est préférable de le laisser tomber, car cela ne valait pas la peine de stresser outre mesure pour celui-ci ; mais, qu’au contraire, si on parvenait à le résoudre, ce problème disparaissait en nous aidant à évoluer.

J’ai ensuite interrogé Céline Lemaire, cheffe de projets depuis six ans, formée par Nancy Matis lors d’un stage en 2015 et particulièrement sujette au stress.

Aviez-vous conscience des difficultés et des responsabilités qu’engendre le métier de gestionnaire de projets avant de commencer ?

Céline : Je ne m’attendais pas à tous les aspects auxquels j’ai été confrontée. Avant d’effectuer mon stage je n’avais qu’une vague idée de ce qu’était la gestion de projets. Quand on sort juste des études, on ne sait pas trop où on va mettre les pieds, tout est une découverte et c’est parfois le cas encore aujourd’hui. 

Comment appréhendiez-vous vos premiers projets ? Et maintenant ?

Céline : En principe, nous travaillons en binôme. Le mien était rodé et selon moi, il avait tout mis en place pour que les choses se passent au mieux. Alors quand je suis arrivée je me suis dit que les équipes savaient ce qu’elles avaient à faire, les clients savent comment nous fonctionnons, il suffit que je suive les instructions tout se passera bien ! Et c’est relativement ainsi que ce sont déroulés mes premiers projets. L’ensemble de ce que je faisais était revérifié par mon binôme et par Nancy donc j’avais ce filet de sécurité qui m’aidait beaucoup. À mes débuts je trouvais ça presque facile ! J’analysais correctement le projet, je faisais le devis, le planning etc. puis j’attendais l’approbation du client, je lançais le projet et au final le client était toujours content du travail fourni. Cependant, un jour où mon binôme n’était pas là j’ai commis une belle erreur dans la préparation de mes fichiers (heureusement elle s’est avérée être en faveur du client). J’ai dû me débrouiller pour réparer cette erreur correctement et rapidement. C’est ce jour-là que j’ai compris qu’il fallait que je sois mon propre filet de sécurité. 

Maintenant c’est différent, je gère des projets un peu plus compliqués avec plusieurs langues, des fichiers complexes, avec une équipe à l’international et des projets très différents. Mais il m’arrive encore d’être surprise par certains projets car le monde de la traduction évolue énormément, surtout ces dernières années avec la machine translation par exemple. Je pense que le principal à l’heure actuelle est de réfléchir à la meilleure manière d’optimiser tout ce qui est déjà en place. 

Pensez-vous que ce besoin constant d’adaptation à l’évolution du secteur est un facteur de stress ?

Céline : Cela peut devenir une source de stress en fonction du temps dont on dispose. En fait, je pense que le plus stressant dans la gestion de projets ce sont les délais. Tout devient stressant si nous n’avons pas le temps d’appliquer tel ou tel changement ou lorsque certaines étapes doivent être effectuées en un claquement de doigts. C’est d’ailleurs pour cela qu’il est essentiel de faire comprendre la réalité de notre métier aux clients.

Pour vous le temps est-il la principale source de stress dans ce métier ?

Céline : Oui en effet, notamment en ce qui concerne les ressources humaines. Je pense principalement aux disponibilités des traducteurs, réviseurs etc. J’adorerais pouvoir être en possession des agendas de tous les acteurs d’un projet, cela me faciliterait grandement la vie ! Je repense à un projet que j’ai géré il y a peu où tous les traducteurs ne pouvaient pas commencer au même moment, ni faire le même nombre de mots par jour et n’étaient plus disponibles après telle date et donc ne pourraient rattraper le retard s’il y en avait. J’ai dû mettre en place un planning millimétré qui aurait pu fonctionner ! Mais un des traducteurs avait eu des soucis de santé et n’avait pas pu travailler pendant plusieurs jours, et surtout, il n’avait pas pu prévenir. J’étais totalement angoissée pendant ces quelques jours. Je comprenais tout à fait la situation du traducteur, il n’y avait aucun problème, mais le planning tout entier était chamboulé provocant un stress terrible chez moi. 

Lorsque je pense aux chefs de projets je les imagine comme des éponges à stress. C’est-à-dire qu’ils doivent gérer leur propre stress mais également celui des clients et des ressources humaines. Ressentez-vous parfois une certaine transmission du stress entre les différents acteurs d’un projet ?

Céline : Je n’avais jamais réfléchi comme cela mais je suis tout à fait d’accord ! Plusieurs fois je suis arrivée à remettre en question mon choix de carrière à cause de ce stress. Je suis quelqu’un de très perfectionniste donc je me rajoute une certaine pression moi-même ce qui n’aide généralement pas… Et c’est vrai que je suis déjà une éponge à stress dans la vie de tous les jours, je le ressens d’autant plus dans mon métier. Je pense qu’il est très important d’expliquer les choses [aux clients] et de soutenir nos équipes pour éviter de stresser et/ou de se transmettre notre stress. 

Dans vos réponses, j’ai l’impression que le stress est davantage contrôlé voire minimisé grâce à la communication ?

Céline : Exactement. Pour moi, la communication est la clé de tout dans ce métier. Cette communication serait d’autant plus simple et efficace si l’on ne travaillait pas de manière virtuelle… Nous pourrions nous entraider beaucoup plus facilement et ainsi éviter des moments de stress conséquents. D’ailleurs, un de mes collègues et moi-même avons décidé de passer nos journées de travail sur Skype afin de faciliter la communication entre nous. 

Parvenez-vous à laisser ce stress au travail ou impacte-il votre vie personnelle ?

Céline : Ça impacte très clairement ma vie personnelle ! C’est également pour cette raison que j’ai arrêté de travailler depuis chez moi, je ne pouvais plus être cette boule de nerfs dans mon lieu de vie. 

Autour de tout ce stress négatif, cette pression, ressentez-vous parfois du bon stress ?

Céline : Oui bien sûr ! En réalité, je pense que la majorité de mon stress est positif. Ce bon stress c’est en fait tous ces challenges que nous entreprenons et que nous sommes particulièrement fiers de relever. 

J’ai conclu ces entrevues avec Karine Cortiana, cheffe de projets pour Nancy Matis depuis maintenant douze ans et qui, quant à elle, ne ressent plus de stress dans son métier.

Aviez-vous conscience des difficultés et des responsabilités qu’engendre le métier de gestionnaire de projets avant de commencer ?

Karine : Non pas vraiment. Ma formation a été très théorique, tout au long de mon cursus je n’avais pas forcément idée de l’ampleur du travail que représentait ce métier. Une fois qu’on se retrouve dans la vie « réelle » on se rend vite compte que tout peut arriver et là on se pose vraiment beaucoup de questions. 

Comment appréhendiez-vous vos premiers projets ? Et maintenant ?

Karine : Je suis rentrée progressivement dans le métier de cheffe de projets grâce à Nancy, c’est-à-dire que j’étais majoritairement spectatrice des projets à mes débuts. J’étais, dans un premier temps, en copie de tous les mails afin de prendre conscience de la communication nécessaire. Ensuite, petit à petit, j’ai commencé à gérer des projets uniquement avec les équipes et j’ai fini par être en contact direct avec les clients. Je pense que cette manière progressive de procéder m’a réellement permis d’éviter de commettre de grosses erreurs, surtout face aux clients, et donc d’éviter un certain stress également. Aujourd’hui je gère tout seule sans problème. Je n’ai plus besoin que Nancy soit toujours au courant de tout et soit derrière moi, s’il y a un problème je sais le régler moi-même et sans stress.

Quelles sont d’après vous les principales sources de stress dans la gestion de projets ?

Karine : La principale source de stress que j’ai connu au début était surtout l’inconnu. J’avais peur de devoir gérer des projets complexes dont je n’avais pas l’habitude, avec des fichiers dont le format m’était inconnu et que je n’étais pas certaine de savoir analyser correctement etc. Et ce stress pouvait impacter tout mon projet, que ce soit l’analyse, le devis, le planning… C’était vraiment ma hantise. 

Lorsque je pense aux chefs de projets je les imagine comme des éponges à stress. C’est-à-dire qu’ils doivent gérer leur propre stress mais également celui des clients et des ressources humaines. Ressentez-vous parfois une certaine transmission du stress entre les différents acteurs d’un projet ?

Karine : À vrai dire, ça ne m’atteint plus. Mon expérience mais aussi ma vie personnelle, qui fait que je place mes priorités ailleurs, font qu’en réalité, lorsque j’arrive à mon bureau et que je commence à travailler, c’est mon moment « zen » de la journée. Je pense qu’une fois qu’on a compris que les clients, comme les ressources humaines, sont tout simplement des êtres humains avec des incapacités, des vies à gérer, une bonne partie du stress s’envole. J’essaie vraiment de relativiser en me disant que « ce n’est qu’un travail ». Des humains qui vendent un service à d’autres humains et peuvent tout à fait comprendre qu’il y ait un peu de retard sur un projet ou qu’une demande ne soit pas réalisable, mais il faut tout de même proposer et trouver une solution. Je ne ressens vraiment plus de stress personnellement, donc celui des autres ne m’impacte pas du tout. 

Parvenez-vous à séparer vie professionnelle et vie personnelle ou l’une impacte-elle l’autre ?

Karine : C’est vrai que ce n’est pas évident du tout ! Travailler à la maison fait que nous sommes toujours tentés de travailler un peu plus, à des heures qui ne sont plus raisonnables disons. Par exemple, j’ai tendance à lire mes mails le soir pour savoir à quoi m’attendre le lendemain matin, ça m’aide justement à ne pas stresser. Toutefois, je fais particulièrement attention à ne pas amener le professionnel dans le personnel. Chez moi, je dispose de ma pièce à moi pour travailler où personne n’a le droit d’entrer et, à l’inverse il est hors de question que je travaille hors de cette pièce. Mais il est certain qu’avoir une vie de famille me fait totalement relativiser en ce qui concerne le travail, et c’est en partie pour ça que je ne suis plus stressée, c’est parce que tout mon stress réside dans ma vie de ma famille ! Mes priorités ont changé et même si je me donne toujours au maximum dans les projets de traduction que je gère, je me dis que rien n’est grave, ce n’est « qu’un » projet de traduction, je pourrais presque dire que ce n’est pas la vraie vie. 

Si vous ne ressentez plus ce stress négatif, ressentez-vous à l’inverse du bon stress, un stress positif ?

Karine : Oui évidemment ! J’adore lancer des petits challenges avec l’équipe d’un projet. Par exemple, travailler très dur pour essayer de rendre un projet en avance, c’est stressant mais c’est vraiment un bon stress qui nous motive complètement et c’est une satisfaction immense lorsque nous y parvenons. Cette petite pression, cette adrénaline nous permet notamment d’éviter de travailler dans une routine qui peut vite devenir lassante. 

Un grand merci à Nancy, Céline et Karine pour le temps qu’elles m’ont accordé, leurs réponses et les discussions particulièrement intéressantes qu’elles ont entraînées.

Ce billet est une transcription d’entrevues orales.

Retrouvez-moi sur LinkedIn et Twitter !

Portrait de Sarah Van der Vorst : une femme d’affaires à la triple casquette !

Par Marie Fiquet, étudiante M2 TSM

Bien souvent, nous retrouvons des portraits et des points de vue de traducteurs ou encore de gestionnaires de projets, mais qu’en est-il des fondateurs d’agence ? J’ai interviewé pour vous Sarah Van der Vorst, à la fois professeure de Traduction Automatique pour le Master TSM à l’Université de Lille, fondatrice de TransFigure8 et Operation Manager pour TWIS LTD. Une femme aux multiples casquettes.

Peux-tu te présenter pour nos lecteurs notamment ton parcours scolaire puis professionnel ?

« À la base, je n’étais pas censée étudier les langues, j’ai fait l’équivalent en Belgique d’un baccalauréat scientifique. J’ai ensuite fait mon post-bac à l’ISTI (école de traduction et d’interprétation à Bruxelles) en anglais et italien. À l’époque, le cursus était de 4 ans et non de 5 ans, comme aujourd’hui. Je me suis lancée dans la spécialisation qui s’appelait « Industrie de la langue », l’équivalent du Master TSM. Je me destinais à une carrière de traductrice, jusqu’au jour où j’ai croisé la route de Nancy Matis[1] qui était ma professeure en TAO et en Localisation gestion de projets. Arrivée en DESS, j’avais déjà en tête ce projet d’ouvrir une agence et de me diriger vers ce marché. Dans le cadre de mes études, j’ai effectué un stage à mi-temps de deux mois chez Nancy Matis et chez Valérie Étienne[2]. Selon moi, j’ai eu les meilleures mentors qu’on puisse avoir. Un stage de deux mois était pour moi bien trop court, ce qui a été très frustrant. J’ai terminé assez rapidement mon DESS en passant mes examens, toutefois sans rendre mon travail de fin d’études, car je m’étais engagée chez LionBridge anciennement Bowne Global Solution, et je n’ai pas eu le temps de terminer mon année de manière effective parce que j’étais très impatiente d’entrer dans le monde du travail. Je suis restée environ 8 semaines chez eux, bien que cela se soit avéré être une expérience très formatrice, je suis rendu compte qu’être employée n’était pas fait pour moi et que le format ne me correspondait pas.

Je me suis installée en tant qu’indépendante en octobre 2005, et j’ai beaucoup traduit notamment dans le domaine technique allant de la traduction d’un cahier des charges pour la construction d’une usine de vaccin en Algérie, à des traductions techniques pour la SNCB traitants de petites pièces, de rails jusqu’à de l’ingénierie civile. Je n’étais pas du tout une traductrice marketing. Puis, j’ai commencé la gestion de projets et la mise en page trois ou quatre mois après, et j’ai complètement mordu à l’hameçon.

Au fur et à mesure du temps, je n’ai fait que de la gestion de projets. Mon ancien partenaire et moi avons créé l’agence en 2011.

En 2013 ou 2014, j’ai commencé à enseigner à l’Université de Lille dans le cours de Traduction Automatique pour le Master TSM et je me suis rendu compte que j’adorais transmettre mon savoir. Cependant, je n’étais pas « rassasiée » avec ces cours donc j’ai décidé de prendre des élèves en stage pour continuer à transmettre ce que j’avais appris. C’est dans l’enseignement que je m’épanouis le plus. J’ai beaucoup reçu de mes mentors, cette continuité, elle est là, on m’a beaucoup transmis, je transmets aussi. »

Qu’est-ce qui t’a attiré dans le monde de la traduction ?

« À la base, je voulais faire un master en chimie/physique, mais mon papa m’a dit : « Il est hors de question que tu fasses ce que j’ai fait » (rires). Au-delà de cela, au lycée, j’ai eu une professeure d’anglais extraordinaire qui n’enseignait pas comme les autres. Ses méthodes font d’ailleurs partie de ma manière d’enseigner, je pioche chez les personnes qui m’ont appris et c’est parti de cette personne-là. Elle avait un côté très linguiste et pas seulement professeure. Je pense que c’est ça qui a fait que je me suis dirigée vers les langues, j’avais plusieurs choix qui s’offraient à moi et j’ai choisi celui où on m’avait le plus inspiré. »

Que préfères-tu dans ton métier ?

« Former les gens. Et un aspect du métier qui est totalement fortement négligé à l’heure actuelle, c’est le contact client. C’est les deux pans du métier, les plus agréables pour moi. »

Présente-nous ton agence. Comment fonctionne-t-elle ? Quel est ton business plan ?

« Mon agence, il ne faut pas la voir comme telle, ce que j’ai créé, c’est un réseau. Il y a le réseau que j’avais d’avant, celui qu’on a créé en prenant contact avec d’autres personnes et le réseau qui vient du master TSM. Il faut le voir comme une immense toile d’araignée avec la core team composée de Baptiste, Oriane, Angel, Chloé, Nicolas, Marine, Quentin, Célia, Céline, Marie (anciens TSM) et moi au milieu, mais je ne me mets pas totalement au centre. Il est vrai que je tire certaines ficelles, puisqu’on a besoin d’une personne qui « dirige » et qui a une vue d’ensemble de tout ce qu’il se passe. Cependant, même ceux qui entrent sur le réseau et qui sont au bout de la toile, si ça vibre au milieu, ils le sentent aussi.

J’ai monté un partenariat avec Jonathan Denys (fondateur et general manager de TWIS LDT), qui a fait ses études avec moi. Ensemble, nous avons monté ce réseau. TWIS (chez qui je suis operation manager également) et Transfigure8 sont deux sociétés qui fonctionnent en partenariat très étroit, la différence entre nos deux sociétés est faible même si chacun a ses propres clients.

L’idée, c’était d’être certaine que dans ce réseau, personne ne manquerait de travail, c’est ça mon business plan à moi, c’est avoir un réseau étendu où tout le monde est épanoui, fait ce qui lui plaît et est en mesure de se développer dans ce qu’il aime. Je ne suis basée que sur l’humain, alors la société et donc le réseau évoluent en fonction des personnes qui le composent. Au départ, je n’ai jamais rien chiffré car je n’ai pas été formée comme cela, mes mentors étaient fortement ancrées dans l’humain et ça fait totalement partie de ma personnalité. Le but est que chacun prenne la charge de travail dont il a envie / besoin. Par exemple, j’ai des traductrices qui n’ont pas besoin de travailler 50 ou 60 heures par semaine et qui travaillent 15 heures par semaine parce qu’elles sont en pause-carrière, elles ont des enfants ou autres. J’en ai d’autres qui doivent travailler 80 heures par semaine, car elles en ont besoin. Nous avons des profils très différents. Par exemple, lors de la crise de la Covid-19, nous avons récupéré différents traducteurs qui n’avaient plus de travail pendant le confinement et maintenant, nous travaillons toujours avec eux. C’est cette idée-là de l’humain que j’ai et je n’en ai aucune autre notion, car sinon on ne gère que des fichiers et des mots et ça, ça ne m’intéresse pas. Mon rôle c’est de gérer le côté client, de développer suffisamment pour que tout le réseau ait du travail. Si quelqu’un entre dans le réseau et est passionné par la cosmétique alors on va essayer d’avoir des projets en cosmétique. On a développé le réseau comme cela. »

Dans quoi est spécialisé ton réseau ? Que proposez-vous comme services ?

« Il y a différents piliers, en tant que TransFigure8, je propose de la gestion de portefeuilles clients, des agences de traduction me confient leur portefeuille et nous les gérons. D’un autre côté, nous avons des équipes de traduction en place donc si on nous confie des portefeuilles de client, on monte cela et on fait grossir les comptes, etc. On traduit principalement de l’anglais vers le français et français canadien. Après, il y a le côté avec les clients directs et là, on traduira plus vers le néerlandais et vers l’anglais. Mais si un client a besoin d’une autre langue, on peut l’avoir, mais ça n’est pas la base de notre business. La société propose également de la mise en page, du créatif si besoin. En raison de l’étendue de notre réseau, il y a des choses que nous savons faire puisqu’on fait appel aux bonnes personnes.

À quel point la traduction automatique est-elle intégrée dans ton réseau ? Quelle moyenne pour les projets ?

« Ça ne fait qu’augmenter, la traduction machine fait partie intégrante de la vie du traducteur, c’est comme les CAT tools. Tout dépend, si tu fais de la haute couture et du sur mesure, les clients dans le domaine du luxe, du haut de gamme ne veulent pas forcément en entendre parler et il n’est pas question de l’utiliser. Pour le reste, on est à 90 % des projets où on parle de traduction machine, mais ce n’est pas pour cela qu’on l’appliquera nécessairement. C’est à la personne en charge, de faire un travail d’analyse et de savoir si oui, non ou peut-être il est envisageable de l’utiliser. C’est un métier à part entière, il faut que les gens s’y mettent, car ils n’ont plus le choix.

En tant que jeune femme dans une société fortement dominée par les hommes, n’as-tu pas eu des craintes quant à la création de ta société, de ton réseau ?

« Quand tu as les mentors que j’ai eues, tu n’as pas de craintes concernant ce genre de choses. J’ai eu cette grande chance de croiser leur route et j’ai longtemps été chapeautée. J’avais une sécurité de travail en tant qu’indépendante grâce à ce qu’on me donnait chez les clients que j’avais décrochés, et grâce à Nancy Matis et Valérie Étienne qui faisaient, elles aussi, partie de mes clientes. Elles m’ont laissé développer ce que j’avais envie de développer à côté. Ce réseau s’est développé très naturellement. Une fois que tu as le savoir, à chaque fois qu’il y a de nouvelles demandes, tu lances tes campagnes de recrutement et tout va assez vite. 

Si tu n’as pas peur, ça se passe plutôt bien. »

Quelles principales difficultés as-tu rencontrées lors de ta carrière ?

« Le plus dur est de faire la part des choses entre sa vie professionnelle et personnelle, car on ne compte pas forcément les heures de travail ».

Quels conseils donnerais-tu à quelqu’un qui veut se lancer dans la création d’une agence ou d’un réseau ? Quelle est la clé de la réussite selon toi ?

« Comme je vous le dis souvent en cours, il faut avoir du culot, et en France plus qu’ailleurs, car j’ai appris à connaître ce pays, il faut de la persévérance et je pense que le reste vient avec la maturité. Si on est jeune et qu’on a du culot et de la persévérance, il est possible d’aller très loin. »

Tu es à la fois à la tête de ta société, tu es Operation manager chez TWIS et enfin tu enseignes des cours de traduction automatique pour le master TSM à l’Université de Lille, n’est-il pas difficile de jongler entre tout cela ?

« Pour moi, TWIS et TF8 c’est le même métier, je n’ai pas besoin de jongler. Enseigner, c’est mon hobby, donc je m’y plais beaucoup. Mais jongler ça s’apprend, et oui, en toute honnêteté, il y a des moments où on est dépassé, mais d’une manière générale, c’est un peu le « woman power » qui prend le dessus et le tempérament que tu as. »

Pourrais-tu me décrire une journée type dans ta vie ?

« Dans ma famille, nous nous levons assez tôt, entre 6h et 7h, week-ends inclus car mon mari est agriculteur. Dès 9h, j’ai déjà traité quelques mails et géré quelques situations. Une fois les enfants déposées, je commence à travailler. J’ai quelques projets où je fais encore de la gestion de projets, mais sinon, je gère mes équipes, mes PMs, je regarde ce qu’il se passe et je traite les situations par priorité. Ici, à midi, tout le monde s’arrête, de midi à 14h, il n’y a pas d’écrans. Ce temps est réservé à la famille et à mon couple, c’est un temps pour se poser et discuter. Ensuite, je me remets au travail un peu avant 14h, et cela jusqu’à 18h en général, mais bien évidemment quand il faut se reconnecter le soir après le coucher des enfants, je me reconnecte au besoin. »

D’autres projets pour l’avenir ?

« J’en ai eu beaucoup, mais à l’heure actuelle, je m’éclate énormément dans ce que je fais.

Mais dans le métier, j’ai des projets de développement, j’ai envie de développer le réseau différemment, et de prendre peut-être des directions un peu différentes. On verra comment ça se passe et on s’adaptera à la situation mondiale, à l’actualité, la demande du marché, c’est délicat de prédire dans quel sens ça va aller. Je ne partirai pas dans quelque chose de totalement différent de mon métier actuel, j’aime trop ce que je fais pour faire autre chose. »

Transcription d’une entrevue.
Un grand merci à Sarah Van der Vorst d’avoir pris le temps de répondre à mes différentes questions.


[1] Professeure de gestion de projet à KU Leuven, à l’ULB et pour le master TSM à l’Université de Lille. Elle possède également sa société de localisation « Nancy Matis SPRL ». Auteure de différents articles traitants de la gestion de projet et d’un livre intitulé : « How to manage your translation projects »

[2] Professeure de localisation pour le Master TSM à l’Université de Lille et directrice de Sanloo SPRL.

Le management de projets de traduction en bref : compétences, outils, conseils

Par Medge Allouchery, étudiante M2 TSM

Comme dans mon précédent billet, pour l’expérience, la forme féminine sera employée par défaut. Je souhaite que cela puisse contribuer à sensibiliser à la nécessité d’une écriture plus inclusive.

gestion projet

Bien savoir gérer des projets est fondamental pour de nombreuses raisons : assurer la qualité, garantir une livraison dans les délais, satisfaire et fidéliser les clientes, ne pas subir les effets d’une mauvaise organisation, fédérer une équipe et la garder motivée tout en préservant son bien-être, être plus efficace et performante, etc. Dans ce billet, j’ai eu envie de me pencher sur ce personnage central de chef de projets de traduction, et les ingrédients nécessaires pour l’incarner.

Dans son article (en anglais ) traitant des compétences clés des chefs de projets, Nancy Matis, gérante de société de traduction, enseignante et formatrice en gestion de projets de traduction, propose la sélection suivante : organisation, responsabilité, indépendance, compétences informatiques, capacités d’organisation et de communication, flexibilité, leadership, gestion du stress, et quelques connaissances comptables de base, pour savoir établir un devis par exemple. Nancy Matis préconise également d’avoir suivi une formation en traduction ou d’avoir travaillé dans le domaine, afin d’être capable de comprendre les enjeux de ces projets.

Je me propose de rassembler ces compétences fondamentales en trois grands axes, la planification, la responsabilité et la communication, que je ponctuerai de conseils de spécialistes. Enfin, je vous ferai découvrir sept outils issus du management, qui vous aideront à optimiser la performance de votre équipe.

 

Penser à tout

Planifier, c’est LA compétence clé de la chef de projet. Bien planifier, c’est avant tout savoir analyser le projet que l’on gère, et estimer le temps que prendra chaque tâche, tout en prévoyant toujours une marge de sécurité (Matis, s.d-a). Il faudra aussi penser à adapter le planning aux caractéristiques du projet, et par exemple, garder en tête que l’on traduit rarement un contenu ultraspécialisé et sensible aussi rapidement qu’un document plus général (contrat vs. brochure destinée au grand public). Par ailleurs, une bonne analyse évitera quelques mauvaises surprises en cours de projet, et vous épargnera donc bien des situations stressantes (Matis, 2015).

Dans le planning, le chevauchement des tâches et leur répartition entre plusieurs intervenantes permettront de raccourcir les délais de livraison et faciliteront la régression (retour aux tâches antérieures) en cas de problème (Matis, s.d-a). Attention à ne pas oublier de prendre en compte les disponibilités de toutes les intervenantes, notamment les jours fériés de leurs pays respectifs (Matis, s.d-a) ! Enfin, il sera crucial d’avoir conscience de l’interdépendance entre les diverses tâches d’un projet, pour éviter, par exemple, de prévoir la réalisation de captures d’écran d’un logiciel à insérer dans une documentation, avant la traduction de celui-ci (Matis, 2019).

La chef de projet est à la croisée des chemins entre toutes les actrices d’un projet. Elle doit donc rester alerte, avoir l’œil sur tout et donner les bonnes informations au bon moment. Selon Sabine Allouchery (entretien du 15/01/2020), consultante depuis 20 ans en management, en gestion de projets et en leadership, c’est la chef de projet qui a la responsabilité de rythmer le projet, et notamment de gérer les risques relatifs à la qualité et au planning (voire au budget [Nancy Matis, communication du 17/01/2020]). Pour gérer tout cela de façon efficace, se constituer des to-do lists et créer des notifications de rappel sur son agenda lui seront d’une aide précieuse.

Vous l’aurez compris, sans une bonne structure, le projet de traduction s’effondrera comme un château de cartes. Maintenant que nous avons abordé l’aspect « pratique » des choses, découvrons les secrets de la « posture » de chef de projets, et du fameux « leadership ».

 

Avoir le sens des responsabilités

Bien manager, c’est aussi savoir porter un projet en s’appuyant sur les compétences de chacune (Allouchery, 2020), tout en assumant, devant la cliente, la responsabilité de sa qualité et de son déroulement, et ce, du premier contact à la livraison. Cela implique d’être autonome, proactive dans la recherche de solutions, mais aussi d’utiliser l’intelligence collective pour responsabiliser les différentes actrices (Allouchery, 2020). Il faudra également faire preuve de « leadership ». Mais alors, concrètement, qu’est-ce que ce « leadership » dont on entend si souvent parler ? Pour Sabine Allouchery, il s’agit de donner confiance, de savoir guider, d’être à l’écoute de l’équipe, de ne pas avoir peur de prendre des décisions et de les assumer. La posture de la chef de projet est un savant équilibre entre exigence, fermeté, flexibilité et ouverture (Allouchery, 2020). Sabine Allouchery précise que : « Le leadership de la chef de projet se révèlera d’autant plus qu’elle aura valorisé le savoir-faire de l’équipe. »

Enfin, être responsable d’un projet nécessite de tout mettre en œuvre pour qu’il se déroule dans les meilleures conditions. Cela demande d’être flexible, de savoir rebondir et faire face aux obstacles. En somme, être une bonne manager, c’est s’adapter aux conditions externes (client et marché) et aux conditions internes (l’équipe projet) (Allouchery, 2020).

 

Jouer le rôle de la moutarde dans la mayonnaise

En lisant ce titre, vous avez sûrement dû vous demander si vous n’aviez pas été redirigée par erreur sur la page d’une recette de cuisine. Rassurez-vous, on parle toujours de gestion de projets. Eh oui, la chef de projet est au projet ce que la moutarde est à la mayonnaise : elle lie les ingrédients (ou les intervenantes) entre eux. Selon Sabine Allouchery, incarner ce liant consiste à mettre en place une communication fluide entre toutes les actrices du projet, et à communiquer les éléments nécessaires pour satisfaire l’exigence qualité, tout en prenant soin de ne pas noyer l’équipe sous trop d’informations. Elle explique que grâce à une bonne communication, on pourra non seulement responsabiliser et motiver le collectif, mais aussi maintenir l’engagement de l’équipe jusqu’à la livraison du projet, ou encore rectifier le tir en cas de « dérive » du projet. Pour développer une bonne communication, il convient de choisir quoi communiquer, quand et à qui, de savoir pourquoi et pour quoi on le communique, mais surtout de soigner la forme, et de montrer sa confiance et son respect des personnes et de leur savoir-faire (Allouchery, 2020). Dans son article (en anglais) sur la gestion des questions dans les projets de traduction, Nancy Matis recommande également de poser des questions fermées, claires et concises à la cliente, et de vérifier les questions posées par les intervenantes, voire de les réécrire si besoin, mais aussi de s’assurer que la cliente n’y a pas déjà répondu.

Pour terminer ce tour d’horizon des ingrédients d’une gestion de projets réussie, je vous propose de découvrir les sept outils que Sabine Allouchery identifie comme les facteurs clés de la performance d’une équipe :

Benchmarking : il s’agit ici d’utiliser des indicateurs de comparaison avec la concurrence ou des collègues, pour évaluer sa propre performance ou pour identifier de nouvelles bonnes pratiques et se les approprier.

Débriefing : il est important de « débriefer », soit de s’informer des difficultés et des avancées, et ce, à toutes les étapes du projet. En fin de projet, c’est aussi l’objectif du post-mortem. On débriefe alors sur ce qui a fonctionné et ce qui a été plus difficile, pour être encore plus performante la prochaine fois.

Outils de pilotage : les outils de pilotage sont essentiels à la mise en place d’une communication efficace. Aujourd’hui, le pilotage se voit optimisé grâce à l’utilisation des nouvelles technologies (WhatsApp, Slack, etc.). Parmi les outils de pilotage, on peut citer, entre autres, les fichiers de suivi, qui facilitent le suivi du projet et de son avancée à tout moment, et peuvent être partagés, mais également les rapports de suivi, qui permettent de tenir la cliente informée tout au long du projet, et ainsi d’établir une relation de confiance avec elle.

Communication : la chef de projet devra, au-delà du soin apporté à sa communication, mettre en place un réel process en la matière, établir ce qui doit être dit et à quelle fréquence, mais aussi savoir demander et recevoir du feedback, et ce, sans tomber dans la justification.

Encadrement du projet : la chef de projet doit absolument questionner les actrices du projet et leur donner la parole pour s’assurer qu’elles ont bien compris ses enjeux et ses objectifs. Il ne suffit pas de dire les choses, il faut veiller à ce qu’elles soient comprises. En pratiquant l’écoute active, la chef de projet va donc poser des questions ouvertes à ses équipes, par exemple : « Quelles difficultés penses-tu rencontrer ? »

Simulation : il est crucial que l’équipe puisse s’entraîner grâce à des simulations. Plus on s’entraîne, plus on sera performante, parce que l’on va réaliser les tâches de façon plus automatique. C’est d’ailleurs ce que nous faisons dans le cadre du master TSM, avec une agence de traduction virtuelle, des projets de traductions fictifs et un exercice de simulation de gestion de projet.

Répartition modérée : un trop grand nombre de personnes impliquées dans le projet entraînera un souci d’homogénéité, et donc une baisse des performances, car il faudra tout réharmoniser. Ne multiplions pas de façon infinie les intervenantes, mais faisons appel à assez de ressources pour pouvoir proposer une date de livraison raisonnable.

 

J’espère que ce billet vous aura donné envie de vous renseigner plus en profondeur sur ce domaine passionnant. Vous trouverez davantage d’informations en consultant les sources ci-dessous 😊 !

 

Sources

Allouchery, S. https://www.therapie-id.com/

Matis, N. (2015). Translation project managers and translators share many skills. [article en ligne]. Disponible sur le lien http://www.translation-project-management.com/en/articles/translation-project-managers-translators-share-many-skills

Matis, N. (s.d-a). Scheduling translation projects [article en ligne]. Disponible sur le lien https://www.ata-chronicle.online/featured/scheduling-translation-projects/#sthash.mxND96Bf.wzHv0iLZ.dpbs

Matis, N. (s.d-b). How to deal with questions during a translation project?. [article en ligne]. Disponible sur le lien https://www.ata-chronicle.org/featured/how-to-deal-with-questions-during-a-translation-project/#sthash.mJQMAC93.YbCthiiV.dpbs

 

La NMT vue par une agence de traduction

Par Jimmy Gabreau, étudiant M1 TSM

 

Translate

 

Ces dernières années, la traduction neuronale (NMT) a peu à peu pris le pas sur la traduction statistique (SMT) grâce à l’obtention de résultats largement considérés comme bien plus convaincants, ayant conduit à sa démocratisation. Il me parait donc intéressant de voir comment cela est pris en compte par les acteurs du secteur. Afin de rassembler quelques éléments de réponse, je vous propose un entretien avec Liesbet Steyaert et Madeleine Barois, de l’agence de traduction Telelingua à Paris, qui œuvrent toutes deux à l’implémentation de cette technologie au sein de l’entreprise.

 

Tout d’abord, pouvez-vous vous présenter, ainsi que votre parcours ?

LS : Moi c’est Liesbet, je travaille depuis plus de dix ans chez Telelingua en tant que chef de projet, j’ai fait deux ans en ingénierie linguistique, dans les années 2000, l’époque où la traduction automatique s’appuyait encore sur des règles grammaticales (rule-based machine translation). Depuis les choses ont pas mal évolué. Depuis quelques mois, je coordonne la mise en place d’une solution de traduction automatique dans l’entreprise. Pour cela, je suis surtout aidée par Madeleine. Pour l’instant, nous sommes encore en phase de test. L’idée est de ne pas fermer les yeux devant la traduction automatique mais d’examiner comment cette technologie peut nous aider. Cela peut par exemple être utile face à des clients qui ont des budgets très réduits et/ou qui ne cherchent pas une qualité optimale pour certains projets. La MT peut aussi utile pour gérer des traductions très urgentes et volumineuses. Nous voulons donc explorer si cette technologie peut accélérer le processus de traduction et/ou réduire les coûts.

MB : Je m’appelle Madeleine, je suis chez Telelingua depuis septembre 2017, je suis apprentie dans l’équipe process pour assister les gestionnaires de projets dans la préparation de fichiers, la traduction, la localisation en assistant à l’optimisation des outils destinés à l’automatisation des processus. J’ai effectué une formation en linguistique au Canada et je suis actuellement en alternance dans un Master orienté sur le développement de sites internet multilingues. Je suis, en quelque sorte, l’assistante de Liesbet pour tout ce qui relève de l’entrainement de moteurs de traduction et de la rédaction des guides d’utilisation des outils de traduction automatique. Nous mettons en place des tests, bien que nous ne proposions pas encore officiellement de service de traduction automatique, afin de voir comment cela se déroule au sein de vrais projets et ainsi déterminer si cela sera rentable.

 

Jusqu’à présent, quel usage aviez-vous de la traduction statistique ?

LS : Nous ne l’avons utilisée que pendant quelques mois, l’outil MT que nous utilisons ne fournira plus de support SMT à partir de septembre, cela nous donne donc davantage de raisons pour passer à la traduction neuronale, et c’est ce que nous sommes actuellement en train de faire.

 

Dans quels types de projets allez-vous utiliser la traduction neuronale ?

LS : Nous avons créé des moteurs de traduction par domaine ainsi que par client, cela concerne évidemment davantage la traduction technique et s’adresse aux clients les plus sensibles au niveau du prix mais qui nous envoient un volume important à traduire. Pour le moment, nous avons élaboré des moteurs destinés à la traduction de texte dans des domaines tels que l’industrie, les arts graphiques, l’énergie ainsi que le juridique. Cela peut paraître étonnant, mais cela marche plutôt bien vu que le langage est assez standardisé. Évidemment, nous utilisons la NMT pour aider le traducteur en pré-traduisant d’abord le texte à l’aide d’une mémoire de traduction, la NMT intervient uniquement sur les « no matches », les segments qui n’ont pas de remontées de nos mémoires de traduction. C’est une façon hybride de travailler, cela ne change pas les habitudes du traducteur, il aura simplement des suggestions de traduction issues de la NMT sur chaque « no match » à post-éditer. Cela n’empêche pas qu’une révision sera effectuée suite à la traduction afin d’obtenir le même niveau de qualité que celui que nous avons actuellement.

MB : Afin mesurer le gain de productivité des traducteurs apporté par la NMT, nous leur envoyons un formulaire d’évaluation de la NMT pour qu’ils nous rapportent les erreurs qu’ils ont trouvées dans les traductions proposées. C’est assez compliqué de juger et de formaliser, c’est pourquoi nous essayons de mettre en place un système qui le ferait de manière automatique, quantifiable, qui pourrait comparer un segment issu de la MT avec celui issu de la post-édition du traducteur et ainsi voir les changements effectués pour obtenir une traduction de qualité. Nous développons un outil de mesure de « distance de post-édition », qui nous permettra de connaître les efforts fournis par le traducteur, mais aussi de savoir quels moteurs auraient le plus besoin de post-édition et devraient donc être davantage entraînés.
Pour le moment, le feedback se base sur le ressenti du traducteur, nous aimerions avoir quelque chose de plus précis et standardisé, ce qui est, je pense, le défi auquel sont confrontées toutes les entreprises de traduction en ce moment. Il existe déjà des outils, des plug-ins Studio pour cela, mais ils ne sont pas tout à fait adaptés à nos besoins.

 

Voyez-vous des inconvénients à l’utilisation de la NMT ?

LS : La SMT découpe et traite les phrases par petits groupes de mots, c’est un système qui gère difficilement la grammaire d’une phrase entière. Ceci peut mener à des résultats peu convaincants, en fonction de la qualité des corpus utilisés pour entraîner les moteurs, la NMT parvient à remédier à ce problème grâce à l’utilisation d’une intelligence artificielle capable de donner des traductions plus naturelles. Mais une phrase pourrait être mal traduite et ne plus du tout correspondre à la phrase source, tout en étant parfaitement formée au niveau grammatical. C’est donc un problème potentiellement trompeur dont les traducteurs doivent être conscients. C’est une aide, mais ils ne doivent pas considérer leur travail comme étant une simple relecture des résultats du moteur. C’est sur ce point que nous ne sommes pas certains du gain de temps que cela peut nous apporter, d’où l’importance d’un bon entraînement des moteurs.

 

Les traducteurs sont-ils réticents à l’utilisation de la NMT ?

LS : Il faut souligner que, dans l’esprit des traducteurs, cela a pas mal évolué puisqu’on entend beaucoup parler de la traduction automatique, et de ses progrès, grâce à l’introduction de l’intelligence artificielle et donc la solution neuronale. Je pense qu’ils sont donc un peu plus ouverts qu’il y a quelques années. Les universités ou écoles de formation linguistiques forment aujourd’hui leurs étudiants à la gestion ou à l’utilisation de traduction automatique. Les traducteurs doivent surtout comprendre qu’on aura toujours besoin d’eux. Cela fait des décennies que l’on pense être tout proche de la solution pour les remplacer, mais nous en sommes probablement encore loin car la NMT n’est pas encore assez fiable pour obtenir la même qualité qu’une traduction humaine. Par contre, l’introduction de la traduction automatique dans le processus de traduction peut jouer sur la productivité des traducteurs et sur leur valeur ajoutée. Certains contenus ne se prêtent pas à la traduction automatique. Les nuances, figures de style restent l’apanage de l’intelligence humaine, donc des traducteurs. Il risque d’y avoir des agences qui appliqueraient des prix beaucoup plus bas, sans prêter attention aux résultats donnés par les moteurs de traduction automatique et qui paieraient les traducteurs bien en dessous des efforts fournis. C’est un fait, mais le monde de la traduction ne va pas migrer intégralement vers la traduction automatique. Certains types de contenus, oui, d’autres non.

MB : Le système de tarification est une question importante, il faut que les agences prennent en compte que différents projets, différents moteurs, différents types de texte source, engendrerons différents efforts de post-édition, nous estimons donc qu’il serait plus pertinent d’appliquer des tarifs en fonction du travail réellement effectué par le traducteur, c’est pourquoi nous créons cet outil de « mesure de similarité. ».

 

Je tiens à remercier Liesbet et Madeleine d’avoir pris le temps de répondre à ces questions et de m’avoir donné quelques clés pour mieux comprendre les changements en cours dans le secteur de la traduction et mieux les anticiper.

La révision : un sac de nœuds ?

Article original en anglais Revision: a Can of Worms? rédigé par Nikki Graham et publié sur le blog de l’auteur My Words for a Change.

Traduction en français réalisée par Élisa Marcel, étudiante en M2, Master TSM à l’Université de Lille

Quand est-ce qu’une révision va trop loin ?

Quand est-ce qu’une traduction n’en est pas une ?

sac-de-noeuds

 

La révision est un sujet très épineux, comme je l’ai déjà mentionné dans mon premier billet sur le sujet. Elle peut engendrer beaucoup de sentiments négatifs si vous pensez que les changements apportés à votre travail n’étaient pas utiles et si l’opinion du réviseur pourrait vous faire perdre un client.

Mais et si le réviseur criait « c’est trop littéral ! » à tout bout de champ et modifiait vos phrases de façon si drastique que, d’une part, elles n’auraient plus rien à voir avec la traduction originale, et d’autre part, ne refléteraient plus les idées de l’auteur ?

C’est ce qui m’est arrivé récemment. L’auteur avait un style légèrement poétique et faisait apparaître des images dans les esprits pour brosser un tableau d’un lieu ou d’un évènement, ce que j’ai vraiment trouvé attrayant pour une fois, et c’est pour cette raison que j’ai conservé toutes ses idées originales. L’espagnol peut parfois se révéler terriblement fleuri et il faut supprimer beaucoup de fioritures avant de publier des textes qu’une audience anglophone soit capable de digérer. Mais dans ce cas, j’ai compris de quoi l’auteur parlait et j’ai pensé que ses mots parlaient d’eux-mêmes. Il n’était pas nécessaire de les changer, il fallait juste les formuler dans des phrases qui sonnaient anglaises et je pensais avoir assez bien réussi ce travail.

Le réviseur a piétiné ma traduction avec ses bottes cloutées

Toutefois, le réviseur a piétiné ma traduction avec ses bottes cloutées et a modifié absolument toutes ces images. Il a même changé une idée négative en idée positive, ce qui m’a horrifiée, consternée et totalement stupéfiée. Les mots de l’auteur avaient été retouchés pour créer une scène bien plus fade et paraphrasée en banalités qu’on peut trouver partout sur Internet. Je ne peux qu’assumer que cet autre traducteur a révisé le texte à la hâte, n’a pas beaucoup consulté la source, n’a pas vraiment compris le sujet du texte faute de recherches et manquait sérieusement d’imagination.

La collaboration est fondamentale pour arriver à un résultat satisfaisant et obtenir la meilleure traduction possible du texte source

Quand on m’a renvoyé le texte, il avait été modifié presque au point d’être méconnaissable, plusieurs erreurs graves avaient été introduites et il avait déjà été publié. Parce-que personne n’a pensé à me demander mon avis. Le client final avait manifestement décidé de faire confiance au réviseur de façon implicite et moi pas du tout. Et comme je l’ai mentionné dans mon billet précédent, je pense que c’est une énorme erreur en général. La collaboration est fondamentale pour arriver à un résultat satisfaisant et obtenir la meilleure traduction possible du texte source.

Je considère ma version comme étant fidèle à l’original et la version modifiée n’est selon moi pas vraiment une traduction. En effet, j’ai conservé les métaphores et les analogies de l’auteur étant donné que dans ce cas, je pensais qu’elles fonctionnaient bien en anglais. Bien sûr, le réviseur n’avait pas fait cela et ne le pensait pas. Bien entendu, si c’était ce que le client voulait (pas l’auteur dans ce cas), qui suis-je pour contester ? Mais comme c’était un article signé par un auteur, j’estimais qu’il était important de faire entendre sa voix, qu’il n’était pas convenable que le traducteur ou le réviseur arrivent et apposent leur tampon dessus en pensant qu’ils sont plus avisés.

Quand est-ce qu’une révision va trop loin ? Quand les réviseurs font trop de zèle et, dans leur arrogance, croient que leur opinion est la seule qui compte. Quand ils montrent un manque total de respect pour le style de l’auteur et du traducteur. Quand tout ce qu’ils veulent faire, c’est couvrir une révision de rouge pour prouver qu’ils méritent leur prix et pour s’assurer que le client viendra vers eux la prochaine fois pour traduire ses textes.

Je me suis rendu compte que tout ceci est un vrai sac de nœuds. D’autres fois, je me suis fait taper les doigts par des auteurs parce-que je m’étais trop éloignée de leurs mots, parce-qu’en essayant de rendre leurs textes plus fluides en anglais, j’ai modifié des expressions et des structures de phrases d’une façon qu’ils n’appréciaient pas. Ce qui me ramène à l’autre question que j’ai posée au début de ce billet : Quand est-ce qu’une traduction n’en est pas une ? C’est un problème auquel je réfléchis lorsque je travaille. Devrais-je traduire ce que l’auteur a dit ou devrais-je l’améliorer quand c’est possible ? Et si en améliorant le texte, ce n’est plus une traduction à proprement dire, est-ce que c’est vraiment important tant que celui qui paye est content ?

 

Il y a une discussion sur ce billet et les questions qu’il soulève dans le forum Proz.com sur LinkedIn, que vous pouvez trouver ici. Et si vous souhaitez en lire davantage à ce sujet, vous pouvez accéder à une liste d’autres articles depuis la page Revisions.

 

Ce billet a initialement été publié sur le blog de Nikki Graham le 06/03/2016.

À la découverte de la localisation de logiciel

Par Benoit Julliard, étudiant M2 TSM

Image Titre

Comme nous l’a expliqué Elise Guilbert dans son dernier billet, la localisation est une étape importante pour les entreprises qui veulent réussir à l’international. Et s’il s’agit d’un défi économique pour les entreprises, pour les traducteurs, la localisation représente plutôt un défi technique et linguistique. Dans ce billet, je vous propose donc quelques pistes, trucs et astuces pour mieux appréhender cet exercice.

Tout ne se traduit pas

Les fichiers à localiser pour les logiciels peuvent se présenter sous différents formats, et ceux-ci sont en principe visualisables grâce à un éditeur de texte, comme Notepad++. En ouvrant un fichier à localiser, on remarque qu’il n’y a pas que du langage humain. Il y en a même assez peu. La première mission du localisateur sera alors de retrouver les éléments à traduire dans un tel document.

Image 1

 

L’avantage d’utiliser Notepad++ est qu’il est capable de comprendre le langage de la machine, et ainsi différencier des éléments avec des couleurs. Dans l’exemple ci-dessus, on remarque du texte grisé, entre guillemets, qui ressemble à du langage humain, que l’on devra traduire.

En effet, lors de notre cours de localisation en M2, nous avons pu apprendre une règle de base simple : « Ce qui est à traduire est généralement entre guillemets ».

C’est un bon point de départ pour y voir plus clair dans un fichier à localiser, mais attention, car tout ce qui est entre guillemets ne doit pas nécessairement être traduit. Là encore, généralement, ce qui ressemble à du langage machine ne doit pas être traduit, comme dans l’exemple ci-dessous :

Image 2

Voilà qui devrait vous permettre de vous y retrouver dans un fichier à localiser. Néanmoins, il est à noter qu’il est préférable pour une agence de traduction de préparer ce type de fichier, afin d’en extraire le contenu à traduire et de masquer ou verrouiller celui qui ne l’est pas. La préparation de ce type de fichier a deux avantages : éviter qu’un traducteur peu expérimenté dans le domaine traduise tout et n’importe quoi et fasse planter le logiciel ; faire gagner du temps au traducteur afin qu’il se concentre sur sa tâche principale à savoir : la traduction.

Gérer les &hotkeys

Lorsqu’on traduit un logiciel, il est possible d’avoir affaire à des raccourcis clavier, ou « hotkeys ». Les raccourcis sont des touches qui permettent d’utiliser une fonction à l’aide du clavier, sans avoir à cliquer sur un bouton.

Par exemple sur Word, lorsque vous appuyez sur Alt, les différentes « hotkeys » disponibles s’affichent à l’écran (voir l’image ci-dessous). Pour ouvrir le menu « File », il suffit ainsi d’appuyer sur la touche « F ».

Image 3

 

Dans le fichier à localiser, le caractère qui servira de hotkey est précédé par le symbole « & ». Dans l’image ci-dessous par exemple, c’est la touche « O » qui permettra d’ouvrir le menu « Options ». Ce symbole « & » ne sera pas affiché à l’écran dans le logiciel final, mais il doit être conservé dans la traduction. Cependant, il faut tenir compte du fait que les doublons sont interdits dans un même menu. Il faut donc garder cela à l’esprit en traduisant et placer le « & » correctement pour éviter ce problème. Deux solutions s’offrent à vous si un cas de doublon se présente : vous pouvez trouver un synonyme, qui vous permettra de conserver le symbole « & » devant la première lettre du mot, ou bien déplacer le symbole de la hotkey.

Le problème des variables

Lorsqu’on localise un logiciel ou un jeu vidéo, il est possible d’avoir affaire à des variables. Pour faire simple, si un texte à traduire contient des éléments qui ressemblent à du code, il s’agit probablement d’une variable. Il ne faut donc pas les modifier ni les supprimer, car elles seront remplacées à l’écran par autre chose. Par exemple, %d sera probablement remplacé par un chiffre, et %s par une chaîne de caractères Cependant, il est important de comprendre ce que signifient ces variables, pour les placer au bon endroit dans le texte traduit afin que le résultat final soit compréhensible.

Si vous souhaitez en savoir plus sur les variables, Léa Gonzalvez nous en parle plus en détail dans son billet sur la localisation de jeux vidéo.

Posez-vous les bonnes questions

Lorsqu’on localise des chaines de caractères, on manque souvent de contexte. Pour bien traduire, il faut se poser les bonnes questions, et les poser au client quand c’est nécessaire.

Masculin ou féminin

Lorsqu’on traduit certaines commandes dans un logiciel, il faut être sûr de ce à quoi on a affaire. En effet, une formulation neutre en anglais peut devenir masculine ou féminine en français. Mais il est parfois difficile de savoir quelle forme choisir. Par exemple :

« new »

S’agit-il d’un nouveau fichier, ou d’une nouvelle playlist ? Selon le type de logiciel et la nature de ce qui est « nouveau », il faudra traduire différemment. Cela est particulièrement problématique lorsqu’on travaille avec de simples fichiers texte et que l’on ne peut pas tester et visualiser le logiciel à mesure que l’on traduit. En cas de doute, il faudra donc poser la question au client.

Impératif ou indicatif

Une autre question qu’un traducteur doit se poser en traduisant un logiciel est : « s’agit-il d’une commande ou d’une description ?» En effet, si la question ne se pose pas en anglais, en français, il faut s’assurer que l’on utilise l’indicatif ou l’impératif au bon moment. Prenez par exemple :

« Save this file »

S’agit-il d’une option vous permettant d’enregistrer un fichier, ou bien d’une boite de dialogue vous demandant d’enregistrer votre fichier ?

Verbe ou nom

En anglais, les verbes et les noms s’écrivent généralement de la même façon. Lorsqu’on passe en français, il faudra choisir d’employer un nom ou un verbe.

Par exemple, l’option « print » doit-elle être traduite par « imprimer » ou « impression » ?

Dans toutes ces situations, il est important de rester cohérent, et de poser des questions au client lorsqu’on a un doute.

Si le client fourni un guide de style, n’hésitez pas à le consulter, il vous donnera de précieuses informations qui répondront peut-être à toutes ces questions.

Gérer les limites de caractères

Lorsque l’on doit localiser le contenu d’un logiciel ou d’un jeu vidéo, il n’est pas rare d’être confronté à des limites de caractères. Dans ce cas, il peut être intéressant d’insérer ses segments dans une feuille Excel, et d’utiliser une formule pour vérifier que l’on ne dépasse pas une limite. Voici quelques cas de figure dans lesquels vous pourrez utiliser la formule =NBCAR (ou son équivalent en anglais, =LEN) afin de respecter ces contraintes.

Cas no1 : vous devez traduire une description de produit ne devant pas dépasser 150 caractères.

Ici, la solution est simple. Dans une cellule vide, entrez la formule suivante :

=NBCAR(FR) (où (FR) est la cellule contenant votre traduction). Si la valeur indiquée est inférieure à 150, tout va bien ! Sinon, il est temps de se remettre au travail pour réduire la longueur de ce texte.

Cas no2 : vous ne devez pas dépasser le nombre de caractères du texte original.

Là, il ne s’agit plus d’une limite de caractères fixe. Celle-ci dépend du texte contenu dans la cellule source. Pour savoir si votre traduction respecte la limite de caractères, voici la formule à utiliser :

=NBCAR(FR)-NBCAR(EN) (où (FR) est la cellule contenant votre traduction, et (EN) la cellule contenant le texte source). Si la valeur obtenue est inférieure ou égale à zéro, c’est bon ! Sinon, il faut réduire à nouveau.

Cas no3 : votre traduction peut être jusqu’à 20 % plus longue que le texte original.

Si vous traduisez des descriptions de produits ou le contenu d’un jeu vidéo, il est possible qu’on vous impose ce genre de contrainte. S’il s’agit d’une contrainte plus souple qu’un nombre strict de caractères à respecter, l’utilisation d’une formule est indispensable pour se rendre compte de la longueur de votre traduction. Vous pouvez donc utiliser la formule suivante :

=((NBCAR(FR)*100)/NBCAR(EN))-100. Vous obtiendrez alors un nombre, probablement supérieur à zéro, et espérons-le, inférieur à 20.

Il est intéressant de constater que ces formules se mettent à jour lorsque vous modifiez le contenu d’une cellule, ce qui vous permet de voir en temps réel si vous respectez la limite imposée.

Vous l’aurez remarqué, la localisation de logiciel est un exercice qui présente des contraintes uniques pour les traducteurs. Même si cela peut être intimidant au premier abord, la localisation peut être très intéressante pour celles et ceux qui n’ont pas peur de se frotter à des domaines plus techniques. J’espère que ces conseils et astuces pourront vous aider à mieux appréhender la localisation d’un logiciel.

 

Je tiens à remercier Valérie Étienne pour son cours de localisation qui m’a aidé à rédiger ce billet.

 

La traduction et la localisation au service des entreprises

Par Elise Guilbert, étudiante M2 TSM

 

La semaine dernière était placée sous le signe de la localisation pour les M2 TSM.

La localisation, c’est le processus permettant d’adapter du contenu tel qu’un logiciel, un site Internet ou encore un jeu vidéo (si vous souhaitez en savoir plus sur la localisation de ce type de contenu, lisez cet article écrit par Léa Gonzalvez) aux spécificités linguistiques, culturelles et techniques d’un marché cible. Elle consiste à traduire du contenu en convertissant certaines données comme les adresses ou le format des heures pour que ces derniers correspondent à ceux utilisés dans le pays cible.

Dans cet article, l’accent sera plutôt mis sur les raisons pour lesquelles les entreprises décident de faire traduire et/ou de localiser leur contenu et quels en sont les bénéfices.

 

homme-daffaires-ordinateur-pc

 

Pourquoi traduire et/ou localiser du contenu ?

Aujourd’hui, avec la mondialisation, nous pourrions penser que la traduction est un passage obligé pour les entreprises. Mais ce n’est pas vraiment le cas : 57 % des sites Internet sont uniquement rédigés en anglais (alors que l’anglais est la langue maternelle de seulement 30 % des internautes) et 10 % sont traduits.

Pourtant, comme cela a été démontré dans le rapport « Can’t Read, Won’t Buy : Why language matters on Global Websites » publié en 2006 par Common Sense Advisory, localiser du contenu Internet s’avère être un atout pour les entreprises :

  • Les utilisateurs privilégient les sites Internet rédigés dans leur langue maternelle (52,7 % d’entre eux) pour effectuer des achats et s’ils ne parlent aucune des langues proposées sur le site, il y a six fois moins de chance qu’ils concrétisent leur visite par un achat.
  • Les internautes passent deux fois plus de temps sur un site rédigé dans leur langue maternelle. Plus un visiteur reste longtemps, plus il y a de chances qu’il finisse par acheter un produit ou un service et plus une entreprise propose de langues sur son site, plus son public cible sera large et ses ventes potentiellement plus importantes. 85 % des personnes interrogées indiquent même qu’elles n’achèteront pas sur un site qui n’est pas traduit dans leur langue.
  • À produit similaire, 72 % des clients choisissent celui pour lequel la description est rédigée dans leur langue maternelle. Si le produit en question est plus cher, 57 % des clients préféreront quand même acheter le produit accompagné d’une description dans leur langue.

Toujours dans ce rapport, on découvre que le potentiel économique de l’Internet s’élève à 54,9 milliards de dollars et que l’anglais représente 36,5 milliards de cette somme. Une raison de plus pour recourir à la traduction et/ou à la localisation si l’on souhaite se développer à l’étranger.

index

Localisation : quels paramètres à prendre en compte ?

Au moment de localiser du contenu, il est très important de prendre en compte les préférences culturelles du public cible en plus de sa langue maternelle.

De nombreux éléments d’un site peuvent faire l’objet d’une localisation : c’est notamment le cas pour les images. Si une entreprise souhaite vendre ses produits sur un marché asiatique, il faudra par exemple que les personnes figurant sur les photographies soient asiatiques, si elle souhaite s’adresser à un public musulman, il faudra éviter les photos de femmes habillées de façon occidentale, etc.

Selon le public cible, les couleurs, arborées par un site Internet par exemple, devront aussi être modifiées. En effet, certaines couleurs n’ont pas la même signification d’un pays à un autre et pourraient choquer l’audience : c’est notamment le cas avec le rouge qui représente le danger, voire le mal dans la région du Moyen-Orient alors qu’en Chine, cette couleur symbolise la chance et le bonheur.

Le format des heures doit aussi faire l’objet d’une localisation : c’est le cas entre le format français et celui des pays anglophones. En Grande-Bretagne ou aux États-Unis, la journée est divisée en deux fois 12 heures alors qu’en France, on utilise un format de 24 heures.

La même chose s’applique pour les dates : en France, le format utilisé est jour/mois/année, le même qu’Outre-Manche alors qu’aux États-Unis, autre pays anglophone, les dates sont présentées de la façon suivante : mois/jour/année.

Enfin, au moment d’effectuer une commande, il est important pour le client de pouvoir payer ses achats avec une carte bancaire qui fonctionne dans son pays et qu’il puisse saisir sans problème son adresse.

 

Les bénéfices de la traduction et de la localisation

Les entreprises ont recours à la traduction et la localisation de leur contenu pour plusieurs raisons : reprendre des parts de marché à un concurrent, respecter les lois en vigueur dans un pays, faciliter les partenariats économiques, ou bien tout simplement augmenter leur chiffre d’affaires.

D’après le rapport « Translation at Fortune 500 companies » de Common Sense Advisory, seul 1 % du chiffre d’affaires des 500 plus grandes entreprises internationales est dédié à la traduction. Cette part du budget est comprise entre 0,25 et 2,5 % chez les entreprises ne faisant pas partie de ce classement. Les dépenses de traduction, et par conséquent de localisation, ne représentent donc qu’une infime partie du chiffre d’affaires réalisé par les entreprises.

Toujours d’après le rapport, les entreprises peuvent considérablement réduire leur budget, comme celui dédié au service d’assistance, grâce à la localisation, notamment pour leur site Internet.

Pour vous faire une petite idée des économies en jeu, voici une liste des coûts des divers moyens mis en place par les entreprises pour les services d’assistance :

  • Assistance téléphonique = 162 dollars par client,
  • Assistance par email = 77 dollars par client,
  • Assistance via une communauté (pages d’aide ou foires aux questions) = 0,06 dollar par client.

En plus de réduire leur budget assistance, la traduction et la localisation ont un impact sur le chiffre d’affaires des entreprises. En effet, celles qui augmentent leur budget traduction ont 2,5 fois plus de chances de voir leur profit croître d’une année à l’autre.

Il est même annoncé que, pour chaque dollar investit dans la localisation, une entreprise en gagnera 25.

 

Conclusion

Même s’il est difficile de trouver des données concernant l’impact de la localisation et de la traduction sur le chiffre d’affaires des entreprises, les informations recueillies montrent bien qu’elles ont un effet positif.

Toutefois, la traduction et la localisation ne sont pas une évidence pour tous. 60 % des firmes multinationales ont une stratégie de localisation et près de la moitié de ces entreprises ne localisent que vers 5 langues maximum.

 

 

Sources non introduites en hyperlien :

http://content.lionbridge.com/infographic-language-impacts-customer-experience-bottom-line/

http://content.lionbridge.com/infographic-website-localization/

http://www.sdltrados.com/fr/solutions/software-localization/

https://www.commonsenseadvisory.com/portals/_default/knowledgebase/articleimages/060926_r_global_consumer_preview.pdf

https://www.sajan.com/cost-opportunity-increase-translation-services-return-investment/

 

Koomeo, le nouveau système de gestion de traduction collaboratif

Par Lucie Lambert, étudiante M2 TSM

Capture1

 

Lancée à l’été 2017, la plate-forme Koomeo est un outil en ligne qui permet de concevoir, de gérer et de mener à bien toutes les étapes de projets de traduction multilingues. Depuis un même espace, les différents intervenants d’un projet collaborent en utilisant les outils de TAO mis à leur disposition.

La création de Koomeo répond à un besoin particulier, à savoir la traduction d’un site Web et d’une interface d’un éditeur de programmes de téléphonie. Après des échanges avec des traducteurs, la plate-forme est née : les développeurs ont ainsi créé un outil capable de répondre à leurs besoins en collaborant avec des traducteurs externes, tout en gérant la qualité du contenu très technique de façon interne.

L’accès à la plate-forme requiert un identifiant et un mot de passe. Pour plus de sécurité, les données importées et crées sont hébergées dans un data center en France : toutes les actions effectuées sont tracées et les projets sont sauvegardés.

Compte tenu de sa récence, l’outil n’a pas encore atteint tous les objectifs de ses développeurs : des fonctionnalités sont ajoutées fréquemment et les bugs sont traités dès leur signalement.

 

Pour qui ?

La plate-forme s’adresse à plusieurs types de personnes :

  • Les professionnels de la traduction pour contrôler l’avancement de leurs projets
  • Les chefs d’entreprises pour développer leurs activités à l’international
  • Les développeurs pour traduire leurs logiciels et interfaces
  • Les étudiants et les professeurs pour réaliser des exercices pratiques. Déjà trois universités françaises ont intégré Koomeo dans le cadre des cours de traduction.

 

Comment cela fonctionne-t-il ?

La collaboration est sans doute le principal atout de cet outil : les collaborateurs peuvent accéder depuis un même espace à tous leurs projets, qu’ils soient gestionnaires, traducteurs ou réviseurs, et surtout, peu importe où ils se trouvent, seule une connexion Internet suffit ! Les développeurs ont voulu créer un espace de travail agréable, grâce à ses couleurs, et propice à l’échange.

 

Capture2

Accueil du Workshop, avec la possibilité de changer de rôle grâce au menu déroulant.

 

Chaque membre de Koomeo a accès à son propre « Workshop », où il pourra prendre le rôle qu’il souhaite à travers les différents modes qui lui sont proposés. Le profil devra alors être agrémenté, entre autres, des langues de travail afin de faire connaître ses compétences linguistiques. Les différents modes ont pour but de faciliter la collaboration et chacun d’entre eux a des tâches et des droits spécifiques.

Depuis l’accueil, les membres ont accès à différents éléments tels qu’un calendrier, une messagerie ou encore un pense-bête. Tout est fait pour accéder à toutes les fonctionnalités en un seul clic.

 

1. Mode « Chef de projet »

Le mode « Chef de projet » donne le droit de créer et de gérer des projets multilingues.

Après avoir donné un nom, indiqué des langues de travail et une date de livraison, il faut rattacher au projet un document à traduire. Celui-ci peut être un fichier Word (.doc) ou un fichier sous-titre (.srt). La prise en charge des fichiers Excel, PowerPoint, PDF et Adobe Illustrator sera bientôt disponible. Grâce à un plug-in spécifique, Koomeo permet l’intégration des projets Visual Studio afin de contrôler plus facilement la gestion des langues des interfaces de logiciel.

Une fois ces informations indiquées, il est possible d’importer ou de créer une mémoire de traduction (au format .tmx) et des lexiques (au format .xls). Des données supplémentaires peuvent être ajoutées comme des commentaires ou des « tags », c’est-à-dire des mots-clés qui permettront de retrouver plus rapidement un projet.

Le document est alors segmenté et prêt à être utilisé. Le chef de projet doit ensuite assigner le projet aux collaborateurs compétents faisant partie de son cercle. Grâce aux langues définies dans le profil de chaque collaborateur, le chef de projet peut visualiser les compétences linguistiques de chacun.

Capture3

Le chef de projet assigne le travail à ses collaborateurs avec un simple glisser/déplacer.

 

Les collaborateurs qui ont été choisis pour effectuer le travail verront le projet apparaître directement dans leur Workshop.

Le chef de projet peut vérifier l’avancement des projets grâce à des conteneurs de progression qui lui indiquent, au moyen de couleurs et de pourcentages, les étapes en cours ou terminées.

 

 2. Mode « Traducteur »

Comme son nom l’indique, le mode « Traducteur » permet d’effectuer la traduction.

L’utilisateur a le choix entre plusieurs options d’affichage des segments, selon ses préférences. Une fois le segment source sélectionné, le segment cible s’affiche : il reste à taper la traduction et à appliquer le formatage voulu à partir de la zone de texte.

Capture4

Il est également possible d’ajouter des commentaires pour communiquer avec les autres intervenants du projet. Une fois la traduction du segment terminée, il faut l’enregistrer et passer au segment suivant.

Si une mémoire de traduction a été ajoutée, les correspondances sont automatiquement copiées dans les segments de la langue cible. De plus, il est possible de configurer le pourcentage de correspondance pour une propagation personnalisée. Depuis peu, la plate-forme alerte le traducteur lorsque celui-ci n’a pas utilisé la terminologie adaptée sur la base du lexique rattaché au projet.

Lors de la traduction, sont notamment accessibles un correcteur orthographique (disponible en 13 langues) et un outil de traduction automatique.

Une fois la traduction terminée, le traducteur peut relire sa traduction sans la segmentation grâce à un mode « lecture ».

 

3. Relecture

Avec le mode « Relecture », si le relecteur veut modifier la traduction initiale, il doit proposer une nouvelle version ; le suivi de modification sera disponible très prochainement, ce qui donnera la possibilité de repérer très facilement les modifications. Il a également accès aux mêmes outils que le traducteur. Il incombera ensuite au chef de projet de valider ou non les segments.

Capture5

Une fois la révision effectuée, le chef de projet peut valider le projet, puis l’exporter à son format source.

 

Conclusion

Compte tenu de sa récente création, il faut garder à l’esprit que l’outil est toujours en développement. Le but principal est, pour le moment, de le mettre au point.

Certains trouveront cet outil trop simpliste, mais c’est justement ce qui m’a plu. En tant qu’étudiante du Master TSM, dans lequel nous manipulons des outils à vocation similaire bien plus complexes, j’ai apprécié trouver un espace de travail plus épuré, sans fonctionnalités superflues qui viennent freiner le processus de travail et l’ergonomie de l’outil.

Je pense que la plate-forme peut être utile aux traducteurs indépendants qui n’ont jamais eu l’occasion de manipuler ce type d’outil et qui ne souhaitent pas se perdre dans des fonctionnalités dont ils n’auront jamais l’utilité. La plate-forme est synonyme de simplicité et de rapidité. De plus, Koomeo facilite la prise en main grâce à des vidéos dans lesquelles certaines étapes sont expliquées.

Si vous souhaitez en savoir plus sur cet outil, sachez que la création d’un Workshop est gratuite pour tout le corps enseignant, ainsi que pour les étudiants.

 

Je tiens à remercier l’équipe de Koomeo pour leur collaboration, en particulier M. Roca pour la présentation de son outil.

Toutes les captures d’écran sont la propriété de Koomeo, utilisées avec accord.

La révision : un sujet épineux

Article original en anglais The Thorny Subject of Revisions rédigé par Nikki Graham et publié sur le blog de l’auteur My Words for a Change.

Traduction en français réalisée par Théo Dujardin, étudiant en M2, Master TSM à l’Université Lille3

Capture

 

Personne n’aime récupérer une de ses traductions truffée de modifications et de commentaires, car cela indique surtout que le client n’est pas satisfait du travail fourni. Une erreur est une erreur ; il faut l’admettre et la corriger. C’est en apprenant de ses fautes que l’on s’améliore et que l’on apprend à ne plus retomber dans les mêmes pièges. Il faut aussi croiser les doigts que les conséquences ne soient pas trop graves et que la relation avec le client ne s’en trouve pas compromise.

Lorsqu’il n’y a, en revanche, aucun problème à signaler, et que le rouge ne met en évidence que des divergences d’opinions subjectives entre traducteur et réviseur, c’est une autre histoire. L’échange qui s’ensuit peut vite se transformer en une joute verbale pour déterminer qui a raison et qui a tort. Au final, comme dans un match de tennis de table, même si l’un des deux camps finit par remporter la victoire, chacun peut tout de même marquer des points au cours de l’échange.

Depuis longtemps, la révision a été un sujet délicat. C’est pour cela que les forums grouillent de messages de traducteurs mécontents qui grincent des dents après que leurs textes ont été édités sans raison valable et auxquels on a apporté des « modifications injustifiées ». J’ai souvent été amenée à travailler d’un côté comme de l’autre, et en tant que réviseur, des « modifications injustifiées », j’en ai faites un certain nombre, car mon but a été et sera toujours de fournir au client final le meilleur rendu possible de son texte. Pour ce faire, il est parfois nécessaire de modifier quelques éléments çà et là pour que le texte soit plus fluide.

La révision devrait être appréhendée comme un travail collaboratif

Il est infiniment préférable que ces modifications aient lieu dans un esprit de coopération. L’agence devrait envoyer une copie du texte révisé au traducteur original, qui serait libre d’approuver (ou non) les modifications avant d’envoyer la traduction au client final. Or de nos jours, nombreuses sont les agences à sauter entièrement cette étape ; elles se contentent de donner au traducteur une copie révisée à titre purement informatif, ou pour justifier qu’il sera moins payé après que le texte a été livré au client final et qu’il est trop tard pour donner son avis quant aux modifications apportées.

Capture2

Je peux comprendre pourquoi certaines agences ne laissent pas le traducteur donner son opinion quant à la révision. Parfois, il n’y a malheureusement pas le temps pour que traducteur et réviseur se renvoient la balle. Dans d’autres cas, la révision n’est qu’une étape que l’on sous-traite histoire de pouvoir cocher la case « contrôle qualité » d’une check-list, sans se préoccuper véritablement du résultat final. Autre possibilité : certaines agences sont peut-être lasses d’avoir affaire à des traducteurs grognons incapables d’accepter l’idée que le fruit de leur travail puisse être amélioré et qui estiment qu’ils doivent contester la moindre modification qu’apporte le réviseur afin de prouver leur valeur. Malheureusement, ce comportement est souvent la conséquence directe du fait que certaines agences vont les payer moins si une « erreur » est repérée dans un texte. C’est un cercle vicieux.

La langue est telle qu’une seule et même personne ne peut avoir toutes les réponses

Si une agence ne donne pas de droit de regard au traducteur quant aux modifications, elles placent toute leur confiance en une seule personne. Cependant, la langue est telle qu’une seule et même personne ne peut détenir toutes les réponses. Une erreur ou une phrase un peu bancale ne signifie pas pour autant que le texte entier soit mauvais, ni que l’avis du traducteur (qui a une bien meilleure connaissance du texte après le travail de recherche qu’il a dû effectuer pour pouvoir traduire) ne compte plus.

D’une part, lorsque je mets ma casquette de réviseur, j’indique souvent aux agences que j’estime que le traducteur a fait du bon travail, quand bien même j’y ai apporté des modifications. La principale raison est que je n’ai pas envie qu’elles aient une mauvaise impression sur cette personne et ne fassent plus appel à elle à l’avenir. D’autre part, lorsque je reçois une de mes traductions révisées, j’accepte généralement tous les changements sans chercher à me plaindre, sauf dans les cas où la qualité du texte s’en est retrouvée appauvrie. La vie est trop courte, il faut accepter que chacun a son propre style, que l’on affectionne particulièrement certaines phrases et expressions tandis que l’on évite coûte que coûte d’utiliser certaines autres ; en d’autres termes, que chacun dispose de ses propres critères qui déterminent qu’un texte sonne bien ou non.

L’objectif devrait être de satisfaire le client

L’objectif commun de tous les acteurs du projet, à savoir l’agence, le PM, le traducteur, le réviseur, le deuxième éditeur (le relecteur, s’il y en a un), le département de la DTP, etc., devrait être axé sur la satisfaction du client, ce qui implique généralement de fournir la meilleure traduction possible de leur texte dans la langue source. D’après moi, c’est uniquement en travaillant de concert qu’il est possible d’atteindre cet objectif ; en d’autres termes, être une équipe plutôt que des individus qui cherchent sur qui rejeter la faute dès que quelque chose tourne mal.

 

Si vous souhaitez en lire davantage à ce sujet, vous pouvez accéder à une liste d’autres articles depuis la page Revisions

Ce billet a initialement été publié sur un blog de Nikki Graham le 14/11/2013.

 

La valeur des mots

Par Youssef Dine, étudiant M2 TSM

translate

 

Il existe de nombreuses manières de deviser un projet de traduction : le traducteur ou l’agence de traduction peut facturer au nombre de pages, de caractères et plus rarement à l’heure. Mais c’est bien entendu la facturation au mot source qui reste la plus répandue, et c’est très souvent un point de discorde entre client et fournisseur. De nombreuses questions se posent : comment déterminer le nombre de mots ? Que faire des 100 % match ? Faut-il les facturer au client ? Une agence de traduction doit-elle payer les traducteurs pour ces segments ?

Je tenterai de répondre à ces questions à travers ce billet.

 

Le décompte :

Tout d’abord, qu’est ce qu’un mot ? Cette question peut paraître étrange mais un client peut se la poser. Un nom propre est-il considéré comme un mot en traduction ? Qu’en est-t-il des chiffres ou d’un « l’ » ? Un mot composé comme « swimming pool » par exemple, est-il considéré comme 1 ou 2 mots ? Si l’on pose cette question à des traducteurs professionnels, ils répondront très certainement que tous les mots ont leur importance et devront par conséquent être comptabilisés. D’ailleurs un traducteur ne traduit pas une série de mots mais bien un texte dans sa globalité, le nombre de mots n’est qu’une manière de quantifier son travail.

Ce qui nous amène à la question suivante : comment quantifier ce travail ?

 

En général, les traducteurs et les agences travaillent avec des outils de TAO qui disposent d’un outil d’analyse permettant de décompter les mots. Bien entendu, si le document est sous format Word, le décompte de mots est également disponible. D’autres outils permettant de compter les mots existent, certains sont payants comme PractiCount ou AnyCount mais d’autres comme Word Count Tool ou Countofwords sont gratuits et ont l’avantage d’être en ligne. Mais chacun de ces outils ne dispose pas du même algorithme de comptage, et leurs résultats peuvent être très différents. À noter que pour les outils gratuits, ils ne fonctionnent qu’en copiant-collant le texte à traduire, ce qui n’est pas toujours pratique pour des documents complexes.

Pour avoir une idée, j’ai décidé de faire un test avec un texte assez long que j’ai rédigé il y a quelques années dans le cadre de mes études. Si l’on part du principe que tous les mots sont nouveaux et que le tarif du traducteur est de 0,08 €/mot, nous obtenons les résultats suivants :

tableau

Décompte de mots sur 5 outils différents pour un même document

 

On voit bien que les résultats obtenus varient selon l’outil utilisé et bien que la différence de prix ne soit pas très élevée, sur la durée et sur plusieurs projets, ce sont des centaines d’euros qui peuvent être économisés ou perdus chaque mois.

 

Si l’on se place du point de vue d’une agence de traduction, il est clair que le devis envoyé au client prendra en compte le décompte de Word étant donné qu’économiquement il lui est favorable et qu’il est peu probable que le client ait à sa disposition un outil de TAO. Mais surtout va-t-elle comptabiliser le même nombre de mots au moment de payer le traducteur ? Là encore, il est fort probable qu’elle utilise le décompte de Trados pour maximiser son profit. D’où l’obligation pour le traducteur d’effectuer sa propre analyse et d’en discuter directement avec l’agence pour se mettre d’accord sur le nombre exact de mots à traduire.

 

Autre point de discorde : les 100 % match. Sont-ils déduits des devis faits au client ? Les agences payent-elles les traducteurs pour ces segments ? Et si oui, à quel prix ?

Que faire des 100 % match ?

Il n’y a pas de réponse définitive à cette question. Comme pour n’importe quelle question relative à la gestion de projets, la réponse est : « cela dépend ». De quoi me direz-vous ? Bien entendu, cela dépend du projet, du client, de son budget, de ses connaissances en TAO mais bien sûr du traducteur, de ses tarifs et de sa relation avec les agences. Après avoir interrogé plusieurs professionnels du milieu sur cette question, je me suis rendu compte que les pratiques n’étaient pas les mêmes d’une agence à une autre. Il arrive que celles-ci ne payent pas les traducteurs pour les 100 % match et les Context match, et ce, pour plusieurs raisons :

  • le client a des connaissances en TAO, il sait ce qu’est une mémoire de traduction et ce qu’est un 100 % match. L’agence choisit de ne pas les facturer au client et ne paye donc pas le traducteur pour ces segments afin d’assurer une bonne marge au projet.
  • l’agence part du principe que ces segments ne sont pas à relire, que les projets sont similaires et qu’en général, ce sont toujours les mêmes traducteurs qui travaillent sur les mêmes types de projets, ces segments ne sont donc pas payés au traducteur.
  • pour de pures raisons économiques : en effet, si l’on fait payer des 100 % match au client qui ne connaît pas le principe d’une TM et qu’on ne les paye pas au traducteur, notre marge sur le projet sera plus grande.

 

Mais alors, dans ce cas précis, la qualité de la traduction risque d’être impactée. Comme le montre ce billet de blog publié sur le site internet de l’agence de traduction russe Velior, les 100 % match devraient toujours être relus et donc facturés. En effet, partir du principe que le fruit d’une mémoire de traduction est forcément correct est une erreur. Parfois, ces dernières sont mal segmentées ou contiennent des erreurs que le chef de projet n’aura jamais remarquées. De plus, d’un document à un autre, il est possible que le même segment puisse se traduire autrement selon le contexte. Pour toutes ces raisons, il est très important de toujours les relire.

Reste à savoir si l’agence privilégie la qualité ou la marge…

Heureusement, plusieurs agences de traduction payent les traducteurs pour les 100 % match selon leur grille de tarifs. En général, leur prix varie entre 10 et 30 % du tarif normal. Bien entendu, pour certains types de projets, ces segments seront toujours corrects et n’auront pas forcément besoin d’être relus mais ne pas y prêter attention demeure risqué. D’ailleurs, qu’il soit payé ou non, un traducteur professionnel relira forcément tout le texte et donc tous les segments (100 % match compris) afin de traduire de façon optimale. N’est-il donc pas plus juste de rémunérer ce travail de relecture, aussi minime soit-il ?

N’hésitez à me dire ce que vous en pensez en commentaire !

pricequality

 

Ainsi, nous l’avons vu, deviser un projet n’est pas aussi simple que l’on croit, plusieurs facteurs entrent en jeu et aucun projet ne ressemble exactement à celui qui le précède. C’est du cas par cas. Certaines agences choisissent l’option qui leur permet d’avoir la meilleure marge au détriment de la qualité de la traduction, ce qui n’est pas toujours le bon choix. D’autres au contraire, préfèrent jouer la carte de la transparence avec leur client et de les « éduquer » sur le monde de la traduction et les outils de TAO, quitte à faire moins de marge sur un projet.

 

Au final, le plus important est que chaque acteur y trouve son compte, que la qualité de la traduction soit au rendez-vous et que chacun soit rémunéré de la manière la plus honnête et la plus transparente possible.

 

Liens utiles :

https://www.onehourtranslation.com/translation/blog/translation-billing-word-hour-or-project

http://www.nwiglobal.com/blog/translation-pricing-how-does-it-work/

https://www.proz.com/forum/money_matters/202937-translation_memory_100_matches_and_billing.html?text=translation%20memory%20100%25%20matches%20and%20billing%20(Money%20matters