Réussir son installation en tant que traducteur indépendant

Par Antoine Deruy, étudiant M2 TSM

Après l’obtention de leur diplôme, il faut en moyenne trois à quatre mois aux jeunes traducteurs rejoignant le marché pour terminer leur installation en tant qu’indépendant. Ces chiffres varient énormément, certains s’installant en moins d’un mois, et d’autres obtenant leur premier client après plusieurs mois de préparation.

Ce billet de blog est destiné principalement aux étudiants en traduction, mais également aux personnes en reconversion professionnelle souhaitant créer leur entreprise de traduction. Du haut de ma 5e année d’études post-baccalauréat, et trépignant d’impatience à l’idée de démarrer enfin mon activité professionnelle, c’est tout naturellement que j’ai mené quelques recherches afin de savoir comment réussir du mieux que possible son installation en tant qu’indépendant, pour pouvoir travailler le plus rapidement possible après l’obtention de mon diplôme.

Je vous propose donc aujourd’hui de vous faire part de mes découvertes.

Se renseigner sur la création d’entreprise

En premier lieu, il est important de prendre le temps de vous renseigner sur les différents types de statuts disponibles pour les traducteurs. Choisissez celui qui vous conviendra le plus. Par la suite, n’hésitez pas à vous intéresser à toutes les procédures à remplir pour pouvoir obtenir ledit statut. En général, la plupart des traducteurs indépendants optent pour une microentreprise.

Il s’agit d’une entreprise individuelle bénéficiant d’une régime micro-social simplifié. Pour ne citer que certaines de ses caractéristiques, elle permet de réaliser jusqu’à un maximum de 72 600 € de chiffre d’affaires hors taxes par an. Dans le cas de l’activité de traduction, les bénéfices issus de la prestation de services seront d’ailleurs considérés comme des bénéfices non commerciaux (BNC), et devront donner lieu à des charges sociales à hauteur de 22% du chiffre d’affaires.

L’avantage de ces charges sociales est qu’elles ne s’appliquent qu’en cas de chiffre d’affaires non nul. Pour faire simple, si vous ne faites pas de recettes, vous n’aurez pas à payer de charges sociales.

Il reste ensuite à choisir si vous souhaitez opter pour une imposition « classique », calculé par tranches, ou si vous préférez opter pour le versement libératoire de l’impôt sur le revenu à hauteur de 2,2% du chiffre d’affaires. Ce versement libératoire est plus intéressant à mesure que le chiffre d’affaires augmente, alors qu’il est plus intéressant d’opter pour le régime d’imposition par tranches dans le cas d’un faible chiffre d’affaires.

Cela dit, bien qu’il soit important de s’intéresser à la création de son entreprise dès maintenant, il vaut mieux éviter de la créer sans utilité directe : en effet, il existe un dispositif appelé aide à la création et à la reprise d’entreprise (ACRE) permettant d’être exonéré de ses cotisations sociales pendant les 12 premiers mois suivant la création de son entreprise, en fonction de ses revenus. Autant dire qu’il vaut mieux attendre d’avoir son premier client, ou au moins de se lancer sur le marché pour créer son entreprise, pour en bénéficier de manière optimale.

Il existe encore de nombreuses subtilités, avantages et inconvénients propres à la microentreprise que je ne listerai pas ici, ce n’est pas le but de cet article. De très bons billets existent déjà à ce sujet (comme celui de tradupreneurs). Je vous invite donc vivement à vous renseigner plus en détails sur ce sujet.

Mettre au point une stratégie

Il est important de commencer dès maintenant à mettre au point une stratégie. De nombreux traducteurs commencent par se lancer en tant qu’indépendant, et se posent toutes les questions ensuite.

Définir au préalable quelle approche marketing utiliser pour se faire connaître et ainsi obtenir des clients directs et/ou entrer dans les bases de données des agences de traduction est essentiel. Ainsi, il est primordial de se demander pour quel genre de clients nous souhaitons travailler, et de commencer à répertorier des noms d’entreprises à contacter dès le lancement de l’activité indépendante. De la même manière, il peut être judicieux de préparer une liste des agences avec qui l’on souhaite travailler, afin de pouvoir les démarcher directement après l’installation. Pour ce faire, on peut déjà préparer des CV dans nos principales langues de travail, pour parer à toute éventualité. Cette préparation en amont permet de maximiser sa rentabilité et de minimiser le temps de période creuse suivant généralement le lancement d’une activité indépendant.

Faire le point sur soi-même

Je vous propose ensuite une petite activité d’introspection. Afin d’aborder sereinement le lancement de votre activité, vous devez avoir une très bonne connaissance de vos points forts et de vos faiblesses. Cet exercice vous permettra non seulement de mieux vous connaître, mais également de définir ce que vous souhaitez faire avec votre entreprise. Avez-vous des compétences particulières en PAO (publication assistée par ordinateur) ? Dans ce cas, vous pouvez envisager de proposer à vos clients des services de mise en page. Avez-vous une formation particulière en sous-titrage ou en transcription ? N’hésitez pas à vous en servir. Un bon traducteur doit briller par son adaptabilité et sa polyvalence. N’ayez pas peur de faire feu de tout bois. Établissez une liste de vos connaissances et compétences et analysez celles dont vous pouvez vous servir pour votre activité professionnelle.

Réfléchir à une éventuelle spécialisation

Commencez également au plus vite à réfléchir à une ou plusieurs spécialisations éventuelles, et commencez pourquoi pas à vous former en amont ! C’est bien connu, on recommande à tous les traducteurs de se spécialiser, pour éviter de rester trop généraliste et ainsi n’avoir aucun profil de client cible à privilégier. En vous spécialisant, vous pourrez viser un marché plus précis, et vous démarquer des autres traducteurs en étant l’un des meilleurs sur un domaine de niche. Une fois de plus, n’hésitez pas à faire feu de tout bois ! On ne choisit pas une spécialisation par hasard. Si vous avez des connaissances spécifiques sur un domaine particulier, n’hésitez pas à en tirer parti ! De même, n’hésitez pas à vous spécialiser dans un domaine qui vous intéresse : Vous avez toujours aimé l’informatique, et connaissez les composants de votre ordinateur sur le bout des doigts ? Devenez traducteur spécialisé en informatique ! Il n’y a aucun mal à joindre l’utile à l’agréable, alors autant traduire des textes qui nous intéressent ! Enfin, vous pouvez également tirer parti des connaissances de votre entourage pour votre choix de spécialisation : si vos deux parents sont avocats, vous pourrez plus facilement vous spécialiser dans la traduction juridique.

Même s’il n’est pas essentiel de choisir une spécialisation lors de la création de son entreprise, en avoir déjà au moins une petite idée est un plus, puisque cela vous permettra de voir clairement où vous souhaitez vous diriger.

L’importance d’avoir un site web pour son activité de traduction professionnelle

À des fins de prospection, créer son site web pour son activité de traduction pendant sa dernière année d’études est selon moi une très bonne idée. Cela permet non seulement d’économiser un temps précieux au moment de l’installation, ou plus tard pendant sa carrière, mais également de gagner en visibilité. A la manière du vin, il faut longtemps aux sites internet pour gagner en maturité et donc en « réputation ». Un site web tout juste lancé ne sera pas bien référencé, il faut l’entretenir petit à petit et jouer de SEO (Search Engine Optimization, un processus visant à améliorer le référencement d’un site via des étapes techniques) pour avoir une chance d’apparaître en haut du classement des moteurs de recherche. Autrement dit, au plus tôt un site web est lancé, au plus tôt on peut en espérer en tirer parti. C’est pourquoi je vous recommande d’en créer un le plus rapidement possible.

De nos jours, créer un site web est vraiment bien plus simple qu’avant ! Nombreux sont ceux qui pensent qu’il faut maitriser sur le bout des doigts plusieurs langages complexes de programmation pour être en mesure de créer son site web. Si ce mythe était réalité il y a une dizaine d’années, il n’est plus du tout d’actualité aujourd’hui. Avec l’essor des CMS (Content Management System, ou système de gestion de contenu en français), plus besoin d’être un expert en informatique ! Ces plateformes telles que WordPress, dont je suis prêt à parier que vous avez déjà entendu parler avant aujourd’hui simplifient énormément la création d’un site web. Pour faire simple, elles vous permettent grâce à un affichage WYSIWYG (what you see is what you get) de « coder » votre site web à partir de thèmes et d’éléments assez visuels. Autrement dit, vous pouvez directement modifier votre site web visuellement, sans passer par des lignes de code barbantes.

Aujourd’hui, 42% des sites internet (comme ce blog par exemple) fonctionnent grâce à WordPress, et ce n’est pas pour rien !

De plus, ce CMS étant particulièrement populaire auprès de ses utilisateurs du fait de sa facilité à prendre en main, de nombreux tutos et autres cours sont disponibles sur le web, permettant à tous de se former intégralement.

Enfin, il faut savoir qu’un site web doit être hébergé sur un serveur pour pouvoir être maintenu en ligne. De nombreux hébergeurs sont prêts à héberger votre site en échange d’une contrepartie financière (sous la forme d’un abonnement mensuel). Cependant, si vous souhaitez commencer à vous former et à construire votre propre site web, je vous recommande le logiciel Local. Cet outil vous permet d’héberger vos propres sites en local (sur votre ordinateur), afin de pouvoir tester certaines fonctionnalités, de vous faire à l’architecture WordPress et de construire votre site à votre propre rythme. Une fois votre site prêt à être lancé, vous n’avez qu’à effectuer une copie de votre site grâce à un plugin, et à déposer cette copie chez l’hébergeur de votre choix.

Disposer d’un site web en tant que traducteur indépendant offre plusieurs avantages :

  • Il peut permettre d’obtenir de nouveaux clients
  • Au-delà du point de vue commercial, un site web vitrine peut faire office de carte de visite ou de CV en ligne. Cela peut vous permettre de gagner beaucoup de points et de paraître plus professionnel auprès d’agences par exemple.
  • Une fois créé et selon la stratégie choisie, un site web demande un investissement plus ou moins passif.

Justement, venons-en à cette notion de stratégie. Vous pouvez en effet créer votre site web à différentes fins, qui vous demanderont un investissement plus ou moins conséquent. Si vous souhaitez créer un site vitrine uniquement, et que le référencement ne vous intéresse pas, alors vous n’aurez plus grand-chose à faire une fois le site lancé. Cependant, si vous voulez vous faire repérer via votre site, obtenir un bon référencement est essentiel. Pour ce faire, vous aurez besoin d’opter pour une stratégie SEO : vous pouvez par exemple publier du nouveau contenu régulièrement, ou mettre à jour votre site en permanence afin qu’il soit le plus optimisé possible (Google adore les sites qui chargent rapidement). Cependant, le monde du référencement est un monde sans pitié, et se faire sa place est maintenant devenu très compliqué, même en étant le meilleur référenceur du monde ! Vous voilà maintenant prévenus. Si vous souhaitez tout de même vous lancer dans cette guerre sans pitié, sachez que de nombreuses ressources pour se former gratuitement sont trouvables sur internet.

Enquête menée auprès de traducteurs indépendants

Afin de pouvoir mesurer plus précisément l’impact que pouvait avoir un site web pour les indépendants, j’ai décidé en août 2021 de mener une petite enquête. J’ai donc posé certaines questions à un échantillon d’indépendants (que je remercie encore une fois de s’être prêtés au jeu) sur LinkedIn. J’ai pu recueillir un total de 35 témoignages, que je vous partage aujourd’hui.

Depuis combien de temps travaillez-vous en tant qu’indépendant ? (35 réponses)

J’ai commencé par sonder les répondants, pour connaître leur expérience et leur ancienneté en tant que traducteurs indépendants. J’ai eu la chance d’avoir un échantillon plutôt homogène, même si l’on remarque qu’environ 50% des répondants sont des « jeunes » traducteurs (travaillant depuis moins de 5 ans).

Avez-vous un site web pour votre activité de traduction ? (35 réponses)

Le constat ici est frappant. Malgré la mixité des répondants, plus de 70% d’entre eux possèdent un site web dédié à leur activité de traduction.

J’ai ensuite décidé de questionner ceux qui avaient fait le choix de ne pas avoir de sites web.

Si non, pour quelle(s) raison(s) ? (10 réponses)

Ces données prouvent une fois de plus que certaines personnes sont encore convaincues que créer un site web est plus compliqué que de gravir le mont Everest. Même si certains des répondants n’ont tout simplement pas de temps à consacrer à un site web, beaucoup d’autres évoquent un manque de connaissance les freinant dans ce processus. Ces données montrent bien que même si des CMS comme WordPress ou d’autres sont venus révolutionner le marché, ils ne sont peut-être pas encore assez connus du grand public. Mais revenons maintenant aux indépendants ayant fait le choix d’avoir un site web, et intéressons-nous au moment qu’ils ont choisi pour le mettre en place.

Si oui, au bout de combien de temps l’avez-vous créé après votre installation en tant qu’indépendant ? (25 réponses)

Une fois de plus, le constat est plutôt frappant : 64% des répondants ont créé leur site web soit avant même leur installation (par anticipation), soit dans les 6 premiers mois de leur activité. On voit donc qu’il s’agit d’une priorité absolue pour la plupart des indépendants.

Si oui, l’alimentez-vous régulièrement (mises à jour du contenu, blog, SEO) ? (25 réponses)

J’ai ici choisi de les questionner quant à la stratégie qu’ils avaient adoptée pour leur site web. C’était à prévoir, la plupart des indépendants se servent de leur site web uniquement comme une vitrine, c’est-à-dire qu’ils n’ont pas spécialement d’intérêt à mettre en place des stratégies SEO supplémentaires, ou de temps à investir. Il semblerait donc qu’un site vitrine soit l’option préférée des indépendants.

Si vous avez un site web, considérez-vous qu’il vous permette d’obtenir de nouveaux clients ? (26 réponses)

Voici enfin la question que vous attendez-tous ! Cet « investissement » peut-il être rentable ? Je vous laisse regarder les chiffres par vous-même :

On peut constater qu’une assez grosse partie des traducteurs ne considère pas que leur site web leur permette d’obtenir de nouveaux clients. Ces chiffres, bien que décevants, peuvent en partie être expliqués par la question précédente. En effet, il est assez simple de déduire que les traducteurs ne trouvant pas que leur site leur rapporte des clients sont les mêmes que ceux qui ne font pas grand-chose pour rendre leur site « compétitif ». Ainsi, les 30% des traducteurs parvenant à obtenir des clients grâce à leur site sont certainement ceux qui y consacrent le plus de temps, à travers une stratégie plus compétitive. Intéressons-nous désormais à la proportion de « clients » que les traducteurs estiment obtenir grâce à leur site web

Si oui, quel pourcentage de votre clientèle ? (10 réponses)

Une fois n’est pas coutume, les réponses sont loin d’être unanimes. Cependant, on peut rapidement constater que 60% des traducteurs considérant que leur site web leur rapporte des clients pensent que ceux-ci ne représentent pas plus de 25% de leur clientèle, ce qui est plutôt peu.

Nous l’avons bien compris, il ne faut pas se créer un site web en espérant obtenir en un claquement de doigts une clientèle régulière et complète. Même si l’on peut espérer en tirer certains clients, il est un peu dangereux de tout miser dessus, surtout sans stratégie SEO solide. Il faut plutôt voir son site web comme un plus, un outil qui une fois mis en ligne peut nous rapporter quelques clients « bonus » de manière irrégulière. Afin de ne pas tomber de haut, il peut être intéressant de créer son site web avec pour objectif d’en faire une carte de visite professionnelle, plutôt que d’en espérer quoi que ce soit (en tous cas à court terme).

Tirer le plein parti de ses enseignements et des stages

Enfin, en tant que futur professionnel de la traduction, je pense qu’il vous faut tirer le plein parti de vos enseignements et de vos stages, quels qu’ils soient : même si une expérience ou un stage peut s’avérer rébarbative, il y aura toujours quelque chose à apprendre, même si ce n’est pas ce qu’on aurait préféré découvrir. Il faut profiter de toutes ces expériences pour accumuler un maximum de connaissances, car on ne sait jamais à l’avance ce que l’avenir nous réserve, et un thème que l’on ne trouvait pas intéressant peut en fait devenir notre spécialisation cinq ans plus tard.

Bibliographie

« Aide à la création ou à la reprise d’une entreprise (Acre) ». https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F11677.

Gagné, Gaëlle. « Créer un site web pour votre entreprise de traduction ». Tradupreneurs (blog), 17 décembre 2019. https://www.tradupreneurs.fr/creer-un-site-web-pour-votre-entreprise-de-traduction/.

Gagné, Gaëlle. « Devenir traducteur indépendant en microentreprise ». Tradupreneurs (blog), 18 août 2020. https://www.tradupreneurs.fr/devenir-traducteur-independant-en-microentreprise/.

« Imposition du micro-entrepreneur (régime micro-fiscal et social) ». https://www.service-public.fr/professionnels-entreprises/vosdroits/F23267.

Wisniewski, Anaïs. « Jeunes traducteurs indépendants : entre attentes et réalité » MasterTSM@Lille (blog), 31 janvier 2021. https://mastertsmlille.wordpress.com/2021/01/31/jeunes-traducteurs-independants-entre-attentes-et-realite/.

Deneufbourg, Guillaume | Translatologic. « La Traduction Spécialisée En Sept Questions », 13 juillet 2021. https://translatologic.com/2021/07/13/la-traduction-specialisee-en-sept-questions/.

« L’essentiel du statut – Autoentrepreneur.urssaf.fr ». https://www.autoentrepreneur.urssaf.fr/portail/accueil/sinformer-sur-le-statut/lessentiel-du-statut.html.

Rioux, Chantal. « Créer un site WordPress de développement en local ». La Plume WordPress (blog), 21 septembre 2018. https://laplumewordpress.com/creer-un-site-wordpress-de-developpement-en-local/.

« Statut Auto-Entrepreneur 2021 – Tout savoir en 1 seul clic ». https://www.portail-autoentrepreneur.fr/statut-auto-entrepreneur.

Jeunes traducteurs indépendants : entre attentes et réalité

Par Anaïs Wisniewski, étudiante M2 TSM

S’installer en auto-entrepreneur (ou micro-entrepreneur, les deux intitulés désignent la même chose) est vu comme un risque important à prendre, pourtant, sur le marché de la traduction, il n’y a rien de plus banal.

Cependant, banal ou non, il est normal de s’inquiéter concernant notre avenir. J’ai donc décidé de me renseigner et de mener ma petite enquête pour aller chercher des réponses, à la source, chez des traducteurs indépendants récemment installés. Je n’ai interrogé que des traducteurs auto-entrepreneurs, leur statut étant le plus courant pour des traducteurs indépendants en début de carrière. Je leur ai posé tout un tas de questions pour qu’ils nous racontent leurs vécus et leurs impressions, mais aussi pour qu’ils nous donnent leurs précieux conseils. Et voici un résumé de leurs témoignages, c’est parti !

Les débuts

Les traducteurs interrogés se sont installés récemment (entre 6 mois et deux ans d’installation). Lorsque je les ai questionnés sur les raisons les ayant poussés à devenir indépendants, deux réponses m’ont été apportées :

  • Une opportunité qui s’est présentée de pouvoir travailler en indépendant, et qui a été saisie au vol. Le Covid-19 ayant fait baisser le nombre d’offres d’emploi, la traduction en auto-entrepreneuriat s’est imposée comme une aubaine.
  • La liberté que procure le statut : concernant les horaires, le choix des clients ou encore l’organisation. Le traducteur indépendant se réserve le droit de refuser des projets ne correspondant pas à ses valeurs.  En effet, il n’a aucun compte à rendre, n’a pas de supérieur, mais surtout profite de la possibilité de travailler où il le souhaite, et de gagner plus (ou moins) selon ses choix, en travaillant davantage le week-end ou non.

Quelles sont les démarches ? Sont-elles compliquées ? Pas tant que ça en fait, tous s’accordent sur leur simplicité : il faut s’inscrire sur le site de l’Urssaf (organisme qui gère les cotisations pour financer le système de sécurité sociale) dans l’espace auto-entrepreneur, afin de déclarer son activité. C’est gratuit, rapide, le site est bien conçu, « c’était fait en 10 minutes », nous confie une traductrice. Vous pouvez tout de même vous aider du guide officiel de l’auto-entrepreneur disponible ici. Le statut d’auto-entrepreneur ne nécessite, de plus, pas de compte bancaire professionnel si votre chiffre d’affaires est inférieur à 10 000 euros par an.

Tous ont expliqué que l’inscription était facile mis à part deux ou trois éléments, comme comprendre la terminologie spécifique, ou savoir quelles sont les obligations légales de l’auto-entrepreneur : il faut déclarer son chiffre d’affaires (tous les trimestres ou tous les mois, au choix), se renseigner sur les mentions obligatoires à mettre sur les factures, et obtenir le numéro de TVA intracommunautaire pour travailler avec des clients étrangers.

Les jeunes entrepreneurs ont aussi compté sur le fait qu’en général, les étudiants se mettent en auto-entrepreneuriat à la même période et peuvent donc s’entraider. En outre, des formations sont organisées au sein du master TSM pour se renseigner sur l’installation.

L’installation s’est globalement plutôt bien passée pour tous, même si ce n’est pas de tout repos. Trouver des clients directs reste tout de même un exercice particulier.

  • « J’ai d’abord commencé par travailler pour la boîte de mon premier stage, donc pendant ma seconde année de master. Je travaillais le soir, les week-ends. Ensuite, à l’issue de mon second stage, j’ai rejoint l’équipe de gestion de projets de cette entreprise, et je travaille depuis mon domicile. »
  • « Un petit bureau aménagé dans un coin de ma chambre. Très vite, j’ai compris que si je voulais vraiment m’installer, il me faudrait : a) une bonne chaise de bureau pour les cervicales et dorsales (je conseille les sièges gaming pour le rapport qualité/confort/prix) ; b) un bureau suffisamment haut et grand ; c) un ordinateur avec suffisamment de puissance (parfois, ça rame) ; d) une bonne connexion internet (entre internet qui rame et internet qui coupe pendant plusieurs heures, habiter à la campagne, c’est pas l’idéal pour travailler en tant qu’indépendant) ; e) souris et clavier filaires/Bluetooth (pour limiter les efforts musculaires traumatisants). »
  • « Pour moi, l’installation en elle-même est la partie la plus compliquée. Il faut se fixer des objectifs et, avant ça, déterminer des objectifs. Il faut savoir faire face aux critiques et aux inquiétudes de l’entourage, en plus de sa propre inquiétude. Ça a été épuisant moralement, car je me sentais beaucoup sous pression. »

Les réponses divergent quant au délai de l’installation : pour certains, il était question d’un mois, pour d’autres qui travaillent avec l’entreprise de leur stage, cela s’est fait du jour au lendemain. En moyenne, la réponse est de 3 ou 4 mois, voire une année pour être vraiment bien installé, car tout le monde n’a pas la même vision de l’installation de l’auto-entrepreneur :

 « Je ne me considèrerai probablement jamais comme installée. C’est le challenge du micro-entrepreneur, créer son revenu tous les mois. Et c’est ça qui est génial, rien n’est acquis, du coup on développe une force intérieure et une certaine proactivité. »

Pour se considérer comme réellement installés, nos jeunes traducteurs disent surtout devoir développer leur communication, par exemple créer un site internet ou encore démarcher d’autres agences ou clients. Certains ont aussi décidé d’avoir un travail à mi-temps à côté afin de percevoir un salaire fixe, mais qui rallonge le temps d’installation.

Et l’assurance alors ?

La majeure partie n’a pas d’assurance. En effet beaucoup travaillent avec des agences qui elles-mêmes ont des assurances qui couvrent les traducteurs. D’autres me confient que les assurances sont utiles seulement lorsque l’on travaille avec les États-Unis, ou alors dans certains domaines, en particulier le domaine juridique, financier et même culinaire. Ceux qui ont souscrit une assurance nous rassurent : les prix sont raisonnables, entre 15 et 20euros par mois, alors certes c’est un budget pour un auto-entrepreneur qui débute, mais cela permet d’avoir l’esprit tranquille. Des « packs » assurance responsabilité civile + auto-entrepreneur sont disponibles et les membres de la SFT (Société française des traducteurs) bénéficient de tarifs préférentiels.

L’organisation

Combien d’heures par semaine passent-ils à travailler ?

Les cas diffèrent selon les traducteurs, une bonne moitié ne travaille pas à temps plein, soit par choix, soit parce qu’ils ont une activité salariale à côté. Ils travaillent à temps plein seulement lorsqu’il y a beaucoup de travail.

L’autre moitié travaille à temps plein, et entre 40 et 45 heures par semaine quand il y a beaucoup de travail. Certains travaillent aussi en plus sur la création de leur site internet. Peu importe le temps de travail, tous s’accordent à dire que les charges de travail varient beaucoup au fil du temps et qu’il faut savoir s’adapter à ces changements.

Tous m’ont rapporté ne pas avoir de planning précis, sauf un traducteur qui est « obligé » du fait de son activité salariale. Ils travaillent tous au jour le jour selon la quantité de traduction à faire, sauf pour les tâches administratives. Certains se fixent des limites, par exemple pas de travail après 19 heures ou 20 heures.

La bonne nouvelle en ce qui concerne les tâches administratives, c’est que cela prend très peu de temps : environ 1 à 2 heures par mois. Ils m’ont même donné des petits conseils : réaliser des modèles de facture génériques pour gagner du temps, être organisé et régulier pour faire le suivi des PO, factures, virements, etc.

 Et les vacances dans tout ça, la déconnexion c’est possible ?

Dans la globalité, oui, s’accorder des vacances est possible, même si en tant que traducteurs débutants, beaucoup préfèrent ne pas en prendre tout de suite :

  • « Personnellement, je n’ai eu aucun complexe à refuser certains projets qui m’auraient demandé de travailler tard dans la soirée/une bonne partie du week-end. Nota Bene il existe une certaine pression temps/productivité dans le secteur de la localisation. Il serait bon que les clients et gestionnaires de projets prennent en considération le fait que les traducteurs (indépendants) ne sont pas une soupape de pression. »
  • « Le temps, oui. Les moyens, non. Je trouve que notre rémunération ne correspond pas du tout au travail fourni et à l’engagement dont on fait preuve (pas de congés payés, profession relativement précaire, car insécurité : les tarifs devraient tenir compte de cela). C’est un peu décourageant surtout que notre métier est vraiment dévalorisé. Tout le monde pense que maîtriser deux langues est suffisant pour traduire. On a toujours le travail en tête, mais il ne tient qu’à nous de mettre des limites. […] Aussi, être perpétuellement « en veille », c’est être passionné. Mais il faut faire attention à ne pas trop en faire, au risque de devoir prendre des jours off pour récupérer. »
  • « Pour l’instant je n’ai pas les moyens pour prendre des vacances. Je suis partie une semaine en « vacances » cet été tout en travaillant sur place. C’est à la fois un avantage et un inconvénient. Je pense pouvoir faire la coupure sans trop de difficulté lorsque ça m’arrivera, car c’est ce que je fais déjà le week-end lorsque je n’ai pas de contrats urgents, ça ne me pèse pas spécialement et j’arrive à penser à/faire autre chose. »

La traduction

L’ensemble des traducteurs interrogés ont deux langues de travail voire trois, mais 95 % du temps, ils ne travaillent qu’avec de l’anglais.

La moitié n’a pas vraiment encore de spécialisation, mais plutôt des domaines dans lesquels il y a beaucoup de travail comme les fiches techniques ou la communication des entreprises.

Ceux qui ont déjà des domaines de spécialisation travaillent dans le milieu juridique mais aussi dans le domaine agricole, de l’informatique, et de la traduction marketing ou créative.

Leurs conseils pour se spécialiser : faire des formations courtes, des validations d’acquis ou même des formations de quelques mois. Il faut garder à l’esprit que les compétences dont nous avons besoin sont avant tout terminologiques. De plus, les spécialisations s’apprennent tout de même en grande partie sur le tas.

La part de post-édition globale dans leur travail est très importante, environ 50 % ; ceux qui n’en ont pas (beaucoup) font aussi beaucoup de révision, de QA ou de LSO.

Concernant les logiciels les plus utilisés, on retrouve de grands classiques dans le top du classement : SDL Trados Studio, XTM, Across, Antidote, memoQ, Xbench, et même Microsoft Word et Excel. Voici également un petit florilège de sites internet les plus populaires : DeepL pour la traduction automatique, Reverso Context, Linguee, Sketch Engine et CRISCO pour diversifier le vocabulaire.

Les clients

Pour l’instant tous m’ont confié travailler avec des agences, même si un tiers a déjà travaillé au moins une fois avec un client direct.  Deux tiers d’entre eux travaillent avec une seule agence, le reste oscille entre 3 et 5 selon la régularité du travail donné.

Les clients directs ont été trouvés soit grâce au bouche-à-oreille, soit car ce sont d’anciens organismes de stage.

Les difficultés

Ce qui m’a frappée quand j’ai recueilli tous ces témoignages, c’est que les difficultés ne sont pas du tout les mêmes pour tout le monde, alors voici celles que l’on m’a citées :

– Se mettre dans le bain après avoir fait une longue pause
– La solitude toute la journée
– Les plantages informatiques
– Les domaines très techniques
– Devoir travailler vite
– La qualité des fichiers sources
– Les clients qui ne sont pas bienveillants du tout
– Ne pas avoir une grande vision sur l’avenir en tant qu’auto-entrepreneur
– La compréhension des règles à respecter de l’auto-entrepreneur, comment payer les cotisations, taxes à payer ou non

Ils ont également rencontré des difficultés auxquelles ils ne s’attendaient pas. En voici quelques-unes :

  • « La solitude (sortez les violons). Je croyais que ça allait être cool, mais en fait on a vite fait le tour ! » 
  • « La sacro-sainte TM doit toujours être respectée, même lorsque ses traductions juridiques (plutôt FR-CA) ne sont pas (vraiment) adaptées au FR-FR juridique. »
  • « Parfois plusieurs jours passaient sans que je ne reçoive de travail et c’était inquiétant »
  • « Je ne m’attendais pas à ce que l’on dispose parfois de si peu de références pour traduire. »
  • « Je n’avais juste pas imaginé que ça serait aussi difficile moralement au début. Peut-être que ça n’est pas le cas pour tout le monde, et le contexte actuel a peut-être rajouté une pression supplémentaire. »

Des difficultés ressenties à cause du Covid-19 ?

Étant donné que beaucoup d’entre eux ont commencé à travailler au moment où la pandémie est arrivée, ils ne peuvent pas vraiment comparer avec la période avant le Covid-19. Mais dans la globalité, ils ne ressentent pas de difficultés particulières : « il y a beaucoup, beaucoup de travail dans le secteur. Il suffit de le trouver ! »

Rémunération

Parlons peu, parlons bien, parlons tarifs. Pour deux tiers d’entre eux, le tarif est en moyenne de 0,06 euro du mot et de 0,07 pour les autres. Pour ce qui est de la relecture, le prix est de 0,02 euro et environ 0,035 euros pour de la post-édition.

Quand je leur ai demandé si ces tarifs correspondaient à leurs attentes, les réactions étaient mitigées :

  • « Relecture, oui, traduction, oui et non (débat théorie vs. réalité du marché) »
  • « Pas du tout. On nous avait parlé de 0,08 minimum et je visais 0,12 en début de carrière, car certains enseignants nous avaient indiqué que cela était courant. »
  • « Oui, je n’ai pas été surprise à ce niveau. »
  • « Ni à mes attentes ni à ce qu’on nous avait annoncé dans ma formation ! C’est plus faible. Mais j’imagine que c’est parce que le marché évolue, haha. »

La bonne nouvelle c’est que l’ensemble de traducteurs dit avoir un revenu relativement stable, même s’il va sûrement augmenter, car ils n’ont pas encore atteint leur revenu « définitif ».

Bilan

Quand je leur ai demandé s’ils étaient satisfaits de leur situation, la réponse globale était plutôt positive : « Pour mes 6 premiers mois, je suis satisfaite oui, je m’attendais à ce que tout soit beaucoup plus difficile. »

Aucun d’entre eux ne regrette d’être devenu traducteur indépendant. Voici ce qu’ils préfèrent dans leur métier et statut :

– Gérer ses propres horaires, la quantité de travail et travailler quand on veut (« Travailler en pyjama avec mon chien, c’est pour ça que je voulais être indépendant »)

– Travailler chez soi ou où l’on veut avec juste un PC
– Refuser les projets « tout pourris » ou urgents et accepter ceux qui ont des domaines intéressants.

Et voici ce qu’ils aiment le moins :

  • La solitude (très pesante pendant la crise sanitaire pour beaucoup de traducteurs)
  • Devoir consulter ses mails à intervalles réguliers
  • L’incertitude de l’avenir, le manque de « protection »
  • L’impossibilité de pouvoir défalquer certaines charges (les logiciels achetés par exemple)

Conseils pour les futurs traducteurs indépendants

Le starter pack du traducteur indépendant

Voici selon eux, un classement des logiciels à avoir absolument quand on commence :

  1. Licence Microsoft Office, primordiale
  2. Antidote (quasiment toutes les agences le demandent)
  3. SDL Trados Studio (à voir avec les agences avant de l’acheter, car beaucoup ont des plateformes spéciales ou fournissent des logiciels et des licences ; SDL est définitivement une valeur sûre voire un indispensable pour certaines)
  4. Xbench
  5. Si vous n’êtes pas en mesure d’acheter SDL Trados Studio : memoQ ou alors Memsource
  6. Si vous avez les moyens et l’utilisation : Suite Adobe
  7. Abonnement Deezer/Spotify, la cerise sur le gâteau

Et l’équipement :

– Un bon PC assez puissant (faire des repérages selon ce que l’on veut et attendre le Black Friday est une bonne option quand on n’a pas encore les moyens)
– Si possible deux écrans (beaucoup plus ergonomique)
– Une bonne chaise de bureau (vous allez y passer pas mal de temps)

Les conseils :

Pour finir, je leur ai demandé s’ils avaient des conseils pour les futurs traducteurs indépendants. Tous m’ont répondu en premier lieu de ne pas avoir peur de se lancer, ils m’ont également conseillé de trouver des secteurs où l’on trouve aisément des clients directs si c’est ce que l’on cherche. Pour le reste, je les laisse dire ce qu’ils ont sur le cœur :

  • « Je leur dirais de se lancer et de voir ce que ça donne pour eux. Il ne faut pas avoir peur de se lancer, c’est vibrant de vivre au jour le jour et de pouvoir recréer sa vie chaque jour, ça permet d’accroître le sens des responsabilités et de laisser libre cours à sa créativité. Un conseil : ne prenez jamais personnellement les remarques de votre client. Prenez ces remarques comme un avis, une consigne à suivre pour vos prochains projets. Ne faites pas cas du reste. Faites simplement et sincèrement de votre mieux et n’hésitez pas à partager vos doutes/questions. Cela vous couvre en cas de problème. »
  • « Ne vous précipitez pas ; achetez une bonne chaise de bureau et le nécessaire pour vos cervicales et dorsales ; si vous lisez les success stories sur les réseaux sociaux professionnels, ne les laissez pas vous monter à la tête, vivez à votre rythme, apprenez à votre rythme, faites-vous des clients à votre rythme »
  • « De ne pas avoir peur des démarches, mais de bien se renseigner avant pour partir avec toutes les cartes en main, de ne pas se dévaloriser et d’avoir confiance en ses capacités ! »
  • « Si travailler en indépendant vous tente, alors lancez-vous ! Si on m’avait proposé un CDI à la fin de mes études, je pense que j’aurais accepté, car j’aurais eu trop peur de me lancer, même si ça n’aurait probablement pas été l’option la plus adaptée à mon caractère. La situation actuelle m’a un peu poussé, et heureusement, car même si je n’ai pas encore atteint tous mes objectifs, je sens que je fais un travail qui me correspond bien plus que celui que j’aurais pu faire en entreprise. Si vous avez un cours dans votre cursus qui parle de la création d’entreprise, écoutez bien et prenez des notes, car vous serez contents de les avoir au moment voulu ! »

Sources :

Sondage réalisé sur six traducteurs indépendants.

« Accueil – Autoentrepreneur.urssaf.fr ». https://www.autoentrepreneur.urssaf.fr/portail/accueil.html.

Source image : Franceinfo. « Les nombreuses fraudes au statut d’auto-entrepreneur ». https://www.francetvinfo.fr/replay-radio/c-est-mon-boulot/les-nombreuses-fraudes-au-statut-d-auto-entrepreneur_1775277.html

J’ai lu pour vous : Marketing Cookbook for Translators

Par Tom Grimaud, étudiant M1 TSM

 

J’ai lu pour vous Marketing Cookbook for Translators: Foolproof Recipes for a Thriving Freelance Career, de Tess Whitty.

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Durant les mois de mai et juin 2016, j’ai eu l’opportunité de faire un stage en traduction avec Maéva Orsi, traductrice depuis 2010 et diplômée du Master TSM de l’Université de Lille 3. Si j’ai beaucoup appris à ses côtés, j’ai également eu la chance de recevoir un beau cadeau de sa part, le livre Marketing Cookbook for Translators: Foolproof Recipes for a Thriving Freelance Career.

Une fois le master en poche, nombreux sont les étudiants à vouloir sauter le pas et se lancer en tant que traducteur freelance. C’est la raison pour laquelle il m’a paru important d’axer mon billet sur cet ouvrage, au vu de l’aide qu’il peut apporter si l’on choisit de devenir indépendant. Le but n’est bien évidemment pas de vous en faire un résumé chapitre par chapitre, d’abord parce que cela serait beaucoup trop long et que mes propos ne vaudront jamais ceux de l’auteure (no spoil please!). L’objectif étant plutôt de savoir pourquoi j’en conseille la lecture et de répondre à la question suivante : en quoi ce livre est-il intéressant pour les traducteurs indépendants ?

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Au fur et à mesure de ma lecture j’en suis venu à la conclusion suivante : cet ouvrage est un outil indispensable pour chaque personne qui souhaite exercer le métier de traducteur freelance. Ce livre est une véritable pépite, avec tout ce qu’il y a à savoir pour devenir un traducteur indépendant totalement optimal. Tout au long de l’ouvrage, il donne des techniques intéressantes et délivre une réflexion très approfondie. L’avantage étant qu’il guide pas à pas du tout début (comme si l’on débutait l’apprentissage d’une langue) jusqu’à la fin, dans les moindres détails (à l’instar de cette langue totalement maîtrisée). D’autre part, il ne s’agit pas d’un livre fastidieux, devenant de plus en plus compliqué au fil de la lecture, au point de vouloir lâcher prise… pas du tout ! Tess Whitty sait très bien comment s’adresser à ses lecteurs, car elle fut dans la même situation qu’eux au départ. En effet, elle n’était pas destinée à faire carrière dans la traduction, ayant suivi des études de marketing. Ainsi, elle est parvenue à mettre ses compétences de marketing en tant qu’experte à profit, à son travail de traductrice indépendante. Traductrice, écrivain et maman comme elle aime le préciser sur son compte Twitter impressionnant, cette Suédoise possède plus d’une corde à son arc et est devenue au fil du temps une grande figure du monde de la traduction, à l’instar de Corinne McKay. Quoi de mieux donc que de suivre les conseils d’une personne qui sait parfaitement ce par quoi vous êtes en train de passer ?

 

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“My hope is that you are able to benefit from this knowledge and apply these simple marketing recipes to your own life and business.”

 

Afin de ne pas rendre cette lecture monotone, elle se sert d’une seule et même métaphore présente tout au long de son œuvre : la « cuisine ». Du garde-manger à l’entrée, en passant par l’accompagnement, pour finir au dessert. Tout ceci dans le but de faire le parallèle entre les outils essentiels pour mener une carrière florissante, en passant par un panorama des différents réseaux sociaux, pour finir sur comment construire son réseau et parvenir à une situation stable. C’est une très bonne méthode, car une œuvre bien structurée permettra toujours de garder l’attention du lecteur et de toujours vouloir poursuivre la lecture.

À propos de la lecture en soit, il ne s’agit pas d’un ouvrage très compliqué. Il contient les termes techniques relatifs au domaine du marketing qui, une fois assimilés, rendent la lecture aisée. De plus, si l’on peut souvent avoir l’impression que Tess se répète, ce n’est pas le cas. En effet, elle prend son temps lorsqu’il s’agit d’expliquer, en rentrant toujours plus dans les détails, nous délivrant le plus d’informations possible sur un même thème. Par exemple, faire un CV : ce qu’il faut y mettre, ce qu’il y a à éviter, les étapes, les conseils, la partie « pour aller plus loin » (en l’occurrence ici, il s’agit de savoir comment protéger son CV une fois ce dernier constitué) et enfin, la webographie afin de se renseigner davantage si besoin est. En effet, à chaque fin de partie, Tess mettra toujours à disposition les ressources et liens qu’elle a utilisée afin de rédiger son contenu : un bon moyen de toujours vouloir en savoir plus. C’est bien la preuve d’une œuvre maîtrisée de bout en bout, et que rien n’est laissé de côté.

 

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En résumé, la tâche ne s’annonce pas facile. Le processus est très long à se mettre en place si l’on veut voler de ses propres ailes et nombreux sont les obstacles à franchir si l’on veut réussir à devenir un traducteur freelance totalement optimal. Nombreux peuvent être les doutes et les craintes lorsque l’on se lance dans un tel projet : combien de temps met-on à avoir ses premiers clients ? À partir de quand notre situation devient-elle stable ? Suis-je capable de me lancer dans une telle aventure ? Toutes ces questions paraissent normales, puisqu’il faut être capable de se débrouiller en parfait autonomie : les résultats dépendront uniquement de votre investissement, car vous êtes le chef de votre propre restaurant. Mais comme le dit si bien Tess : si l’envie et la passion sont bel et bien présentes, alors rien ne pourra entraver votre objectif. Car si le livre met en garde et nous avertit de ne pas faire l’impasse sur telle ou telle partie, il rassure tout même beaucoup et donne toutes les cartes en main pour que son lecteur mène une carrière florissante.

“Good luck with cooking up the career and lifestyle you want as a freelance translator!”

 

 

Je tiens à remercier Maéva Orsi pour toute sa confiance et pour l’envoi de cet ouvrage.

Référence :
Marketing Cookbook for Translators: Foolproof Recipes for a Thriving Freelance Career, Tess Whitty, CreateSpace Independent Publishing Platform, 27 novembre 2014, 280 pages.

Etre traducteur·trice indépendant·e ou salarié·e : avantages et inconvénients

Par Tanelle Derambourg, étudiante M2

 

Une fois notre diplôme en poche, les futur·e·s diplômé·e·s que nous sommes auront bientôt un choix à faire concernant notre environnement de travail : travailler en tant que traducteur·ice indépendant·e ou en tant que salarié·e dans une entreprise ou agence de traduction ?

Certain·e·s d’entre nous ont déjà fait leur choix : celleux qui préfèrent avoir un cadre délimité afin d’être productif chercheront un emploi dans une entreprise ou agence de traduction, alors que d’autres ne jurent que par le statut d’indépendant, qui leur permettra de conserver la liberté d’organiser leur journée comme ils le souhaitent.

J’ai choisi d’écrire cet article pour une troisième catégorie de personnes : celleux qui (comme moi je l’avoue) hésitent encore. J’évoquerai dans cet article les principales différences entre ces deux statuts, en essayant de peser le pour et le contre de chacune d’entre elles.

 

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L’attrait principal du statut d’indépendant est bien sûr la possibilité d’organiser ses journées à sa convenance. Là où le travail en entreprise vous imposera des horaires fixes ainsi qu’un certain rythme de travail, travailler à votre compte vous laissera décider du planning de votre journée : libre à vous d’être plus du soir ou du matin. Si vous travaillez à domicile, il vous faudra très vite cerner vos points faibles et vous débarrasser des distractions. Celleux qui sont sujet à la procrastination préfèreront donc peut-être aller travailler (littéralement). Si vous faites partie de cette catégorie de personnes mais que vous tenez au statut d’indépendant·e, le principe du co-working vous intéressera peut-être.

L’installation en tant que traducteur·ice indépendant·e est souvent suivie d’une période plus ou moins difficile et plus ou moins longue pendant laquelle le travail est parfois rare et les revenus espérés ne sont pas aux rendez-vous. Cette période finit toujours par prendre fin, mais un poste de salarié vous garantit dès le début de votre carrière une quantité de travail constante et un salaire fixe, ce qui est de loin une situation plus rassurante.

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S’installer à son compte justement, c’est tout de même de gérer sa propre entreprise et tout le monde, pour une multitude de raisons, ne s’en sent pas forcément capable. Si vous avez déjà pensé à travailler comme traducteur·ice indépendant·e, il y a de nombreuses questions que vous vous êtes certainement déjà posées : Comment démarcher des clients directs ? Comment imposer ses prix ? Comment gérer la communication avec les clients et/ou les agences ? C’est quoi des cotisations ?

L’aspect administratif nous a souvent l’air d’être un obstacle infranchissable. Heureusement, la formation « Réussir son installation et se constituer une clientèle » de la SFT que nous avons eu la chance de suivre en décembre dernier nous a beaucoup éclairé sur tous les différents aspects du métier de traducteur·ice indépendant·e (voir l’article d’Ombeline Pavy à ce sujet).

À noter qu’il est bien sûr possible de passer de l’un à l’autre. Il s’agit après tout d’un choix très personnel et il est parfaitement possible que ce qui vous correspondait très bien en début de carrière ne vous convienne plus après quelque temps, à moins que vous n’ayez tout simplement envie de changement. La meilleure façon de se décider est certainement de bien se connaître et de définir clairement ce à quoi vous accordez le plus d’importance.