Retour d’expérience : Translating Europe Forum 2021

Par Sophie Vandenmersch, étudiante M2 TSM

Le marché de la traduction observe une évolution considérable, notamment avec l’utilisation croissante des outils de Traduction Assistée par Ordinateur (TAO), sans oublier l’essor de la traduction automatique neuronale, technologie utilisée sur le marché qui fonctionne grâce à l’Intelligence artificielle (IA). C’était sans compter sur la crise sanitaire, pour accélérer le passage aux technologies et aux outils collaboratifs en plus de mettre au jour l’importance des services linguistiques. Face à des projets volumineux avec des délais toujours plus serrés, la collaboration se fait de plus en plus courante. C’est la raison pour laquelle le TEF, pour Translating Europe Forum, a décidé de consacrer la collaboration et automatisation comme thématique pour sa huitième édition. Cet évènement est organisé par la Commission européenne au cours duquel se déroulent une série de conférences. Mais ce n’est pas tout : il est également possible de faire du réseautage, ce point sera abordé plus loin. Selon un participant des précédentes éditions, « le TEF est devenu le rendez-vous incontournable annuel concernant la traduction et interprétation. L’atmosphère y est propice à la discussion de sujets d’actualité et au réseautage de qualité avec d’honorables collègues ».

Cette édition du Traduire l’Europe s’est déroulée, à distance, sur la plateforme d’évènements Brella. Ce que j’ai particulièrement apprécié et qui est, pour ma part, le point fort de cette édition du TEF, les possibilités d’interaction qui sont de mise. Tout d’abord, les sondages lors des conférences grâce à la plateforme dédiée Slido, facilement accessible grâce à un QR code. De plus, il était possible d’interagir avec les autres participants lors des différentes conférences grâce à un onglet de discussion instantanée en plus de celui des « Questions/Réponses ». Pour ce qui est du réseautage, il pouvait se dérouler de deux manières : soit lors de temps dédiés avec une thématique, parfois animés avec les intervenants ou alors en binôme avec un autre participant. Enfin, voici le hashtag du Translating Europe Forum #2021TEF pour communiquer sur les réseaux sociaux.

Quelques chiffres

Le forum « Traduire pour l’Europe » a eu lieu du 3 au 5 novembre. 40 intervenants experts du monde de la traduction et en technologies de l’information ont animé 12 conférences. Elles ont réuni plus de 2300 personnes de 110 nationalités dans plus de 90 pays. Un tiers des participants exercent en tant qu’indépendant. Les étudiants des formations membres du réseau des Masters européens en traduction (EMT) étaient également au rendez-vous. Mais encore, les agences de traduction, les stagiaires à la Direction générale de la traduction de l’Union européenne, les organismes nationaux et internationaux ainsi que les médias ont pris part à ces 2 jours et demi intenses.

Panorama du TEF 2021

Voici les principaux thèmes abordés :

  • l’avenir de la traduction automatique combinée avec l’Intelligence artificielle (IA) pour une utilisation plus poussée de l’IA dans l’industrie de la langue ;
  • l’implémentation de la TA dans les services publics ;
  • les secteurs d’avenir ;
  • de nouveaux outils de TAO et de gestion de projets ;
  • et d’autres…

Compte tenu de la pléthore d’informations transmises lors de ces conférences, ce billet va s’articuler en grande partie sur les tendances, de quelques bonnes pratiques lorsqu’on est étudiant en traduction et sur l’enseignement.

Tout d’abord, dans la conférence What’s the buzz?, un bilan sur l’impact de la pandémie a été réalisé : les traducteurs étaient avantagés, notamment pour la communication avec les clients par rapport à d’autres corps de métier, étant donné qu’il s’agit de professions exerçant déjà en télétravail. Cette période a pu malgré tout débloquer des opportunités pour les conférences et formations, de même que les mises en contact avec certains spécialistes. Le secteur de l’interprétation a connu une chute soudaine pour voir sa demande remonter en flèche.

Selon Chris Durban, traductrice-rédactrice indépendante, l’avenir s’annonce prometteur pour les traducteurs désireux de se spécialiser, qui témoignent d’excellentes capacités rédactionnelles et qui seront très souvent amenés à collaborer.

Les traducteurs adoptent le rôle de consultant : en effet, de plus en plus d’entreprises sont s’intéressent à la consultance, notamment pour déterminer si le recours à un outil de TA gratuit est judicieux par exemple.

De l’importance de la spécialisation

Selon la plupart des experts, il est capital de se mettre à jour ses compétences et de se former régulièrement pour rester en adéquation avec le marché, ce qui réfère à la notion d’apprentissage continu. L’idéal serait de choisir une ou plusieurs spécialisations et de définir les possibilités. Disposer d’une seule spécialisation dans un secteur de niche encourt le risque de se lasser voire d’affecter la santé mentale.

            Comment se spécialiser ?

  • Lire la presse spécialisée afin de s’informer des sujets d’actualité des secteurs en question ;
  • Identifier les entreprises du secteur et aller à leur rencontre ;
  • Se former auprès d’organismes ou d’associations de traducteurs, comme la SFT (Société française des traducteurs) par exemple.

Enfin, la spécialisation passe aussi par l’entrepreneuriat : les traducteurs doivent acquérir des notions en marketing, en gestion et en ventes afin de pouvoir se démarquer des autres.

La spécialisation présente aussi un autre intérêt, notamment pour mieux appréhender la traduction automatique et l’automatisation. Les besoins en traduction humaine résideront dans les secteurs dans lesquels les conséquences d’une mauvaise prestation peuvent se révéler très graves, comme le contenu médical ou juridique par exemple. Les contenus à caractère strictement confidentiel ou ceux nécessitant un rédactionnel élevé comme les textes culturels font l’objet d’une traduction humaine. Il est capital de mettre en lumière la plus-value du traducteur et de montrer le résultat d’une traduction automatique sans post-édition afin de présenter les éventuelles conséquences, qui peuvent se révéler très lourdes.

Voici quelques bonnes pratiques lorsqu’on est étudiant en traduction :

D’après Alexandra Krause, traductrice professeure-chercheuse et membre du comité directeur de l’EMT, la carrière professionnelle commence avant le diplôme, de même que de réfléchir aux objectifs de carrière se fait dès le début de la formation. Elle conseille également d’établir un portfolio des tâches effectuées et des compétences acquises pour convaincre les futurs mentors. Mais encore, trouver un stage à l’étranger est également une bonne opportunité à saisir.

Des nouveaux défis pour le corps enseignant

Concernant la traduction automatique, les futurs professionnels doivent être à même de :

  • définir si l’instauration d’un processus est rentable ;
  • déterminer si la qualité du texte source est adéquate ;
  • déterminer si un texte peut être post-édité ou non ;
  • déterminer si l’usage d’un outil est judicieux dans une situation particulière.

De ce fait, des modules dédiés à l’utilisation et à l’exploitabilité de la TA doivent être implémentés.

Les enseignants se positionnent en tant qu’« observateurs » du marché : ils doivent s’adapter aux évolutions qu’il entraîne, et ce rapidement. De fait, les formations en traduction se font de plus en plus exigeantes. Cela découle en une demande de formateurs qualifiés, surtout dans les langues dites à faibles ressources. D’après un sondage de 80 participants, les principales qualifications pour lesquelles les traducteurs doivent être formés à l’avenir sont : la post-édition, l’assurance et la gestion de la qualité ainsi que la gestion de projets.

Alexandra Krause explique que : « Les spécialistes de la langue sont habilités à utiliser des outils informatiques de manière sensée. Dans le cas contraire, ces derniers s’avèrent trompeurs et par conséquent inutiles. […] Nous devons former nos étudiants afin qu’ils disposent de solides bases linguistiques et culturelles pour [maîtriser tous] les outils technologiques. »

Les formations universitaires durent en général deux ans, ce qui est assez court, d’autant plus que certains cursus mêlent traduction et interprétation. De ce fait, il s’avère primordial de mentionner les possibilités de formation et de spécialisation. Par ailleurs, il existe de plus en plus de postes qui ne se destinent pas en premier lieu aux traducteurs, mais ces derniers disposent des compétences nécessaires à l’exercice de ceux-ci. Le rôle de l’université consiste à trouver un moyen pour développer ces dernières chez les étudiants.

Vient une autre mission, qui est de déconstruire les préjugés des entreprises sur le monde universitaire en mettant en valeur une formation professionnalisante, notamment avec des cours dispensés par des professionnels du secteur. Dans la conférence Collaboration on Training : Industry & Academia, d’après un sondage effectué auprès des participants, les compétences les plus demandées sont : les compétences techniques et technologiques. Viennent en deuxième position la capacité de résolution des problèmes pour enchaîner sur les soft skills, en particulier les compétences organisationnelles, de gestion de projets, d’analyse et de recherche. Selon Enrico Antonio Mion, traducteur et post-éditeur, le profil du traducteur n’a pas évolué au cours des années : maîtriser ses langues de travail et s’adapter à son environnement de travail, à savoir maîtriser les outils de TAO.

D’après Emília Perez, professeure associée à l’Université Constantin Le Philosophe de Nitra, détaille qu’il faut voir au-delà des compétences traductionnelles, comme l’atteste le référentiel EMT de la Commission européenne, pour préparer les étudiants à devenir des professionnels. Établir des partenariats entre l’université et les acteurs de l’industrie est nécessaire, car il s’agit du seul moyen pour veiller à ce que les diplômés répondent à la demande du marché.

À la question « Quelles compétences avez-vous, en tant qu’expert linguistique, l’impression de ne pas être formé ? », cette dernière a eu comme réponses le traitement des données ainsi que les logiciels de développement, d’analyses et de testing.

Une industrie en pleine expansion

Dans la conférence Expert in the loop: The language industry as a pioneer, Florian Faes, cofondateur de Slator, explique que les traducteurs sont des spécialistes indispensables à l’utilisation de l’Intelligence artificielle. Le secteur de la traduction est le premier à avoir adopté l’IA, bien en avance contrairement à autres secteurs d’activité. Plusieurs experts du marché de la traduction affirment que l’année 2020 est la première année lors de laquelle la post-édition est devenue la méthode de traduction dominante. Il ajoute que les traducteurs sont des experts dans ces dix domaines, comme le détaille cet article. Par ailleurs, le secteur connaît une demande presque exponentielle en post-édition, en localisation et en données linguistiques qui est particulièrement apprécié des investisseurs de surcroît, qui investissent dans les logiciels en tant que service (SaaS) pour un accès à de nouveaux marchés. Sans oublier les contenus Internet, le doublage ainsi que le sous-titrage. Puis viennent les contrats et les brevets afin de se conformer aux réglementations.

Ce sont les géants tels que Amazon, Google et Microsoft qui ont incité à l’utilisation de la TA.

Certes, la TA s’appliquera pour une partie du secteur mais pas dans sa globalité. D’autre part, la futurologue Shivvy Jervis explique que l’Intelligence artificielle, n’est pas près de remplacer le facteur humain. En effet, les algorithmes ne sont pas capables d’analyser le contexte et ne possèdent ni de conscience ni le sens de l’éthique. Elle ajoute que les entreprises qui ont déjà recours à l’Intelligence artificielle se sont vues croître leurs affaires. Pour finir, l’automatisation adaptative a pour seul objectif d’augmenter la productivité. Arle Lomme, analyste senior à l’Institut CSA, déclare que : « Si les prestataires linguistiques savent utiliser et intégrer ces outils dans leur pratique, il pourrait en résulter que ces derniers délèguent les segments traduisibles par la machine pour se concentrer sur le cœur de métier ».

Pour conclure, je vous propose cette citation de Chris Durban : « La technologie consiste en l’aspect facile. La vraie difficulté réside dans le fait de transmettre un message dans une langue à l’autre. »

La prochaine édition du Translating Europe Forum aura lieu du 9 au 11 novembre 2022 sous forme hybride. En attendant, vous pouvez retrouver toutes les conférences et vidéos en cliquant sur ce lien.

Bibliographie :

Slator. « 10 Areas Where Translators Are (and Will Remain) Essential Experts in the Loop », 22 octobre 2021. https://slator.com/10-areas-translators-will-remain-essential-experts-in-the-loop/.

« #2021TEF – YouTube ». https://www.youtube.com/playlist?list=PLLqIRaiVCGCQp1cLGJn-F7aqnuxGX5xPn.

Chris Durban’s blog. « About Me », 12 mars 2015. https://chrisdurbanblog.com/about/.

MasterTSM@Lille. « Comment bien se vendre pour trouver un stage dans le milieu de la traduction », 21 octobre 2018. https://mastertsmlille.wordpress.com/2018/10/21/comment-bien-se-vendre-pour-trouver-un-stage-dans-le-milieu-de-la-traduction/.

MasterTSM@Lille. « Comment gagner en expérience lorsque l’on est étudiant(e) en traduction ? », 18 juin 2017. https://mastertsmlille.wordpress.com/2017/06/18/comment-gagner-en-experience-lorsque-lon-est-etudiante-en-traduction/.

Espace actualités – European Commission. « Forum Traduire l’Europe 2021 : Automatisation et Collaboration ». Text, 11 juin 2021. https://europa.eu/newsroom/events/translating-europe-forum-2021-automation-and-collaboration_fr.

« Futurist Shivvy Jervis Covers the Most Incredible Innovations to Come ». https://www.shivvyjervis.com/.

MasterTSM@Lille. « Keep Calm : la santé mentale des traducteurs », 14 juin 2020. https://mastertsmlille.wordpress.com/2020/06/14/keep-calm-la-sante-mentale-des-traducteurs/.

« SFT : le syndicat des traducteurs, traductrices et interprètes | Société française des traducteurs : syndicat professionnel (SFT) ». https://www.sft.fr/.

Slator. « Slator ». https://slator.com/.

Traduction augmentée. « Traduction augmentée | Blog sur la post-édition ». https://fr.eamtranslations.com/blog.

MasterTSM@Lille. « Translating Europe Forum 2016 : j’y étais ! », 2 novembre 2016. https://mastertsmlille.wordpress.com/2016/11/02/translating-europe-forum-2016-jy-etais/.

European Commission – European Commission. « Translating Europe Forum 2021 ». Text. https://ec.europa.eu/info/events/2021TEF_en.

La traduction automatique, mère des activités TAL

Par Louison Douet, étudiante M1 TSM

Le lien entre la traduction et les activités du TAL, ou de l’espionnage des Russes pendant la Guerre Froide à Siri, Alexa et DeepL. Si, vraiment. J’ai sauté de nombreuses étapes mais c’est bien ça dans les grandes lignes. Laissez-moi vous présenter le TAL ou Traitement Automatique des Langues.

Les débuts de la TA – Le TAL hier

Cette discipline impliquant la linguistique, l’informatique et l’intelligence artificielle est bel et bien née des besoins de traductions pendant la Guerre Froide, et si son usage premier a été le développement de technologies de traduction automatique (TA) assez performantes pour décoder les messages des Russes, son emploi est maintenant beaucoup plus diversifié.

Mais revenons au tout début : après la naissance de l’informatique, les premiers pas dans la recherche en Traduction Automatique se font par Yehoshua Bar-Hillel au Massachussets Institute of Technology (MIT) en 1952, suivis deux ans plus tard de la première expérience du russe vers l’anglais. Le TAL vise alors le traitement automatique des conversations et n’a pour but que le déchiffrage du russe. L’engouement pour ces nouvelles disciplines est mondial, des conférences et des associations sont créées tout au long du reste de la décennie comme l’ATALA en France (Association pour l’étude et le développement de la Traduction).

Le déclin est toutefois inévitable dans les années 60 lorsque le rapport ALPAC (Automatic Language Processing Advisory Committee) constatant l’écart entre les résultats attendus et ceux obtenus entraine l’arrêt des financements et l’abandon des recherches. C’est pourtant pendant cette période que le TAL obtient l’une de ses premières victoires avec l’automate conversationnel ELIZA qui parvient à duper un humain. Des groupes ont malgré tout persisté et leur succès a porté le regain d’intérêt tout en ouvrant la voie vers l’ampleur que l’on connaît actuellement. On trouve parmi eux Systran, l’une des plus anciennes entreprises en TA, créée en 1968 par Peter Toma, en collaboration avec l’US Air Force et la NASA et bénéficiant de financement par la Communauté européenne, elle est à l’origine du premier logiciel de traduction du russe vers l’anglais.

Et maintenant ? Le TAL aujourd’hui

La démocratisation d’Internet et du web au début des années 90 marque la renaissance complète de la traduction automatique. Pour faire simple, l’accès du grand public, majoritairement non-anglophone, relance les besoins de déchiffrage d’une langue vers l’autre. Ce changement d’emploi de la TA implique également une diversification de celui des activités du TAL qui cherche maintenant à transformer les formes linguistiques en objets informatiques en créant des outils de traitement de la langue naturelle, soit l’intégration aux machines du langage humain. Et si ses domaines d’application ne sont plus simplement centrés sur la traduction, elle reste son utilisation principale et la plus connue, notamment sous la forme de moteurs en ligne tel que Google Traduction et DeepL.

Pourtant, le TAL est un domaine bien plus répandu qu’on pourrait le croire. Il concerne et s’applique à de nombreuses disciplines diverses et variées, recouvrant évidemment l’intelligence artificielle et l’informatique, mais aussi la linguistique, la communication ou les sciences sociales. Vous ne vous en doutez sûrement pas, mais ses applications sont partout dans notre quotidien moderne, car le TAL est derrière la reconnaissance vocale présente dans la plupart des appareils numériques comme les téléphones, tablettes, ordinateurs ou encore enceintes connectées. Oui, je vous l’avais annoncé, c’est bien ce qui se cache derrière Siri et Alexa. Dans ces cas-là, il permet aux appareils d’opérer la synthèse vocale pour le traitement de l’oral afin de retranscrire le parler en une requête compréhensible mais aussi de nous répondre grâce à une voix synthétique.
On le retrouve également derrière les chatbots qui assurent une assistance robotique, ainsi que dans la correction orthographique automatique ou les générateurs de textes déchiffrant l’écriture manuscrite et la dictée et ceux capables de créer des textes sur la base d’un corpus.

Le futur de ces technologies – Le TAL demain

L’amélioration constante due à la part toujours plus importante de l’informatique dans nos vies a fait de la traduction automatique un outil des plus intéressant et a permis l’augmentation des domaines d’applications du TAL. Pourtant, tous ces progrès et avancées, comme la traduction automatique neuronale, n’ont toujours pas atteint les objectifs premiers d’imitation de l’humain, si bien que l’automatisation des activités langagières « intelligentes » n’est pas pour autant gagnée. En clair, il y a encore beaucoup de chemin à faire avant que la TA et le TAL atteignent un niveau semblable à celui d’un humain. Et ce, malgré les efforts joints de nombreux professionnels spécialistes des langues, de l’informatique et de l’humain qui collaborent pour élaborer des modèles toujours plus performants.

Cette problématique et cette collaboration ont donné naissance à la post-édition, nouvelle activité dans le secteur de la traduction, qui loin de représenter une concurrence, est une véritable spécialisation nécessitant une très bonne maîtrise de la traduction ainsi que des connaissances des technologies du TAL. À l’heure actuelle, l’intervention humaine reste absolument nécessaire en préparation ou en révision afin d’obtenir un rendu à la qualité au moins égale à l’humain, et ce tout particulièrement pour la traduction automatique car bien qu’elle soit à l’origine du TAL, elle n’est toujours pas assez perfectionnée et présente encore un certain nombre de problèmes

Bibliographie

Chaumartin, François-Régis, et Pirmin Lemberger. Le traitement automatique des Langues : Comprendre les textes grâce à l’intelligence artificielle. Dunod, 2020, https://univ-scholarvox-com.ressources-electroniques.univ-lille.fr/catalog/book/88882034.

Delafosse, Lionel.Traitement Automatique des Langues. [en ligne] https://ldelafosse.pagesperso-orange.fr/Glossaire/Tal.htm. Consulté le 4 mars 2021.

Fabien, Maël. « Traitement Automatique du Langage Naturel en français (TAL / NLP) ». Stat4decision, 3 novembre 2019, [en ligne] https://www.stat4decision.com/fr/traitement-langage-naturel-francais-tal-nlp/.

Gilloux, Michel. « Traitement automatique des langues naturelles ». Annales Des Télécommunications, vol. 44, no 5, mai 1989, p. 301‑16. Springer Link, doi:10.1007/BF02995675.

Introduction au TAL – Cours_de_TAL. [en ligne] https://sites.google.com/site/coursdetal/introduction-au-tal. Consulté le 1 mars 2021.

Léon, Jacqueline. « Conceptions du “mot” et débuts de la traduction automatique ». Histoire Épistémologie Langage, vol. 23, no 1, Persée – Portail des revues scientifiques en SHS, 2001, p. 81‑106. http://www.persee.fr, doi:10.3406/hel.2001.2819.

L’Homme, Marie-Claude, et Sylvie Vandaele. Lexicographie et terminologie : Compatibilité des modèles et des méthodes. Presses de l’Université d’Ottawa, 2007, https://univ-scholarvox-com.ressources-electroniques.univ-lille.fr/book/88867985.

Moreh, Jack. Back to school – Study concept, 14 septembre 2015. [Illustration]. Back to school – Study concept – Free Stock Photo by Jack Moreh on Stockvault.net

Poibeau, Thierry. « Le traitement automatique des langues pour les sciences sociales ». Reseaux, vol. n° 188, no 6, La Découverte, 2014, p. 25‑51.

Quirion, Jean. Dans tous les sens du terme. Presses de l’Université d’Ottawa, 2013, https://univ-scholarvox-com.ressources-electroniques.univ-lille.fr/book/88820249.

« TRAITEMENT AUTOMATIQUE DES LANGUES ». Encyclopædia Universalis, [en ligne] https://www.universalis.fr/encyclopedie/traitement-automatique-des-langues/. Consulté le 27 février 2021.

Yvon, François. Une petite introduction au Traitement Automatique.pdf. https://perso.limsi.fr/anne/coursM2R/intro.pdf. Consulté le 27 février 2021.

La traduction automatique neuronale et l’avenir du traducteur

Par Benoit Julliard, étudiant M1

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Fin 2016, plusieurs grandes entreprises comme Google, Microsoft, Systran ou SDL, ont dévoilé des solutions de traduction automatique neuronale. Cette technologie récente est déjà meilleure que les modèles statistiques qui étaient utilisés jusqu’à présent, et elle promet de révolutionner le monde de la traduction automatique. Comment fonctionne cette technologie ? De quoi est-elle capable ? Quelles seront les conséquences pour le marché de la traduction professionnelle ? Nous allons tenter de répondre à ces questions.

Jusqu’à maintenant, le modèle de traduction automatique le plus fréquemment utilisé était la traduction statistique. Ce modèle repose sur l’utilisation d’un vaste corpus parallèle, découpé en unités de traduction auxquelles on attribue un score de probabilité. Lorsqu’un moteur de traduction automatique statistique analyse une phrase à traduire, celui-ci segmente également la phrase en différentes unités qui sont comparées au corpus, afin de produire une traduction ayant le plus grand score de probabilité.[i] La traduction automatique neuronale, quant à elle, bien qu’elle repose également sur un corpus, ne se contente plus de traduire des segments isolés. Au lieu de cela, elle traduit la phrase dans sa totalité, et le moteur s’améliore seul en créant des voies neuronales qui se renforcent au fil du temps, imitant ainsi le cerveau humain. Les résultats sont impressionnants, comme le montre cet article du New York Times qui décrit l’expérience menée par le professeur Jun Rekimoto sur un passage de la nouvelle d’Ernest Hemingway, Les neiges du Kilimandjaro. À part l’omission d’un article qui a trahi la machine, la traduction de ce passage est d’une qualité exceptionnelle, en particulier lorsqu’on la compare à la traduction proposée par le moteur statistique.

Les moteurs de traduction automatique neuronale promettent donc de révolutionner l’avenir du marché de la traduction, notamment ceux de Google et Microsoft, qui utilisent des bases de données très importantes. Ceux-ci posent des problèmes de confidentialité, car les données fournies aux moteurs de traduction de Google et Microsoft sont conservées par ces entreprises. C’est pourquoi Systran et SDL proposent un service qui promet de protéger les informations sensibles.

D’autre part, la machine possède encore des lacunes, notamment en matière de gestion de ce qui se passe autour de la traduction. La machine ne peut en effet pas comprendre les attentes d’un client, ni l’objet de la traduction et le public auquel elle est destinée. Elle a également encore des difficultés à traduire le langage très technique [ii]. C’est donc au niveau du service que les biotraducteurs pourront se démarquer, en étant à l’écoute de leurs clients afin de leur proposer des solutions personnalisées.

Il est certain que cette évolution de la traduction automatique va bouleverser le marché de la traduction dans les années à venir, sans pour autant qu’elle ne remplace entièrement l’humain. Certains domaines seront moins affectés par les avancées de la traduction automatique neuronale, en particulier ceux qui nécessitent un effort créatif d’adaptation, de transcréation ou de localisation, comme le marketing, les jeux vidéo ou l’audiovisuel.

Enfin on peut imaginer que l’homme et la machine seront amenés à travailler en véritable symbiose, et ou la post-édition aura un rôle de plus en plus important. C’est donc un avenir riche en nouveaux défis qui attend les traducteurs.

[i] https://interstices.info/jcms/nn_72253/la-traduction-automatique-statistique-comment-ca-marche

[ii] http://content.lionbridge.com/neural-machine-translation-artificial-intelligence-works-multilingual-communication/