La langue des signes française, une langue enfin (re)connue ?

Par Chloë Tanguy, étudiante M1 TSM

Tandis qu’elle a reçu officiellement le statut de « langue à part entière » en 2005, la langue des signes française (ou LSF) gagne de plus en plus en visibilité, en particulier depuis le début de la crise sanitaire. La traduction des allocutions officielles en langue des signes a notamment permis une réelle prise de conscience quant au manque d’accessibilité de l’information et à la reconnaissance insuffisante de la communauté Sourde.

Ainsi, face aux diverses actions mises en place à l’échelle nationale et internationale, un certain intérêt pour cette langue s’est développé. C’est pourquoi, aujourd’hui, je vais vous présenter la langue des signes (française principalement), une langue encore trop peu (re)connue aux yeux de la société.

Un grand merci à Pénélope Houwenaghel, interprète FR/LSF et fondatrice de la SCOP Via, pour avoir pris de son temps afin de m’aider mais également pour ses précieux conseils.

Lettres L, S et F en langue des signes française


Un peu d’histoire pour commencer

Selon plusieurs études, l’origine des langues des signes (ou LS) serait aussi ancienne que l’humanité. En effet, certains estiment que les personnes qui ne pouvaient pas parler utilisaient une forme de communication gestuelle afin de s’exprimer. Au cours de l’Antiquité, les sourds alors perçus comme « simples d’esprit » étaient isolés et n’avaient pas accès à l’éducation. Ne pouvant pas développer la langue des signes telle que nous la connaissons aujourd’hui, ils ne se contentaient que d’un nombre de signes bien plus limité.

Ce n’est qu’au milieu du XVIIIe siècle, grâce à l’abbé Charles-Michel de l’Épée, que nombre d’enfants sourds ont eu un accès gratuit à l’éducation. Avant cela, seuls ceux qui étaient issus de familles riches avaient les moyens de payer un précepteur (qui, par ailleurs, ne leur enseignait pas la langue des signes mais les éduquait oralement). Après avoir inventé quelques gestes (qui n’ont rien à voir avec la LSF) auxquels il ajouta quelques notions grammaticales spécifiques à la langue française, l’abbé de l’Épée créa, à Paris, la première école accueillant des enfants sourds. C’est grâce à cet établissement que les premiers Instituts pour jeunes sourds ont été créés, permettant ainsi l’émergence de la LSF au fil des générations.

Estimant toutefois que la LSF n’est pas une « vraie langue » ou qu’elle « favoriserait le développement de tuberculoses » (puisqu’on pensait que signer empêchait de bien respirer), il fut décidé, en 1880, lors du Congrès de Milan, de privilégier la méthode orale dans l’éducation des enfants sourd. Le résultat ? La LSF a été proscrite pendant près d’un siècle, et ce, jusqu’en 1975, année durant laquelle un mouvement a été lancé : le Réveil Sourd. Ce mouvement est né d’une forte volonté de la communauté sourde de s’émanciper sur le plan social, culturel et linguistique. Ce n’est qu’après plus de 30 ans de revendications pour la reconnaissance de la LSF qu’elle devient finalement, le 11 février 2005, une langue à part entière aux yeux de la loi française. Depuis 2008, il est d’ailleurs possible de choisir la LSF comme option au Bac ou encore, depuis 2010, de passer un CAPES de LSF.

En février 2020, dans le cadre des 15 ans de la loi n° 2005-102 du 11 février 2005, s’est tenue la 5e Conférence nationale sur le handicap. Lors de cet évènement, le gouvernement français a décidé d’intensifier les campagnes de sensibilisation, mais aussi de renforcer l’accompagnement des personnes en situation de handicap sur divers points : l’accès à l’éducation, à la formation, à l’emploi, ou encore l’accès à l’information (en traduisant par exemple l’ensemble des allocutions gouvernementales en LSF).

La langue des signes, c’est quoi exactement ?

Tout d’abord, il faut savoir que l’ensemble des LS s’appuient sur plusieurs paramètres :

  • La position/configuration des doigts, ainsi que les mouvements et l’orientation des mains ;
  • Les expressions du visage : les expressions faciales (ou encore le mouvement des épaules) permettent d’accentuer les nuances du discours.

La LSF ne « traduit » pas littéralement le français parlé. Comme n’importe quelle autre langue, elle possède sa propre structure, à savoir : temps + lieu + sujet + action. Il faut savoir aussi que chaque langue des signes possède son propre lexique et, accessoirement, son alphabet dactylologique (il retranscrit gestuellement chaque lettre de l’alphabet ; cet alphabet n’est utilisé que pour épeler certains noms propres ou lieux inconnus). Selon les pays, l’alphabet s’effectue avec une main (la main droite pour les droitiers ou la gauche pour les gauchers) mais certains utilisent les deux mains (notamment en langue des signes britannique, néo-zélandaise ou encore australienne).

D’ailleurs, en parlant de prénoms, saviez-vous qu’il est courant, au sein de la communauté sourde, de donner des surnoms ? Il se compose généralement de la première lettre du prénom suivi d’un signe attribué selon une caractéristique physique ou morale, une particularité, un matricule, etc. qui distingue la personne.

En plus de ces signes dactylologiques, trois autres types de signes constituent la LSF :

  • Il existe des signes iconiques : le signeur mime un objet ou une action (comme pour les termes « manger », « boire », « maison », etc.) ;
  • À la différence des signes iconiques, certains signes sont moins concrets : ils permettent de parler d’un concept ou d’une idée plus abstraite (même s’il est possible d’utiliser un signe iconique dans une métaphore, une expression idiomatique, etc.) ;
  • On retrouve aussi des signes issus des langues vocales : le signeur utilise la première lettre dactylologique du mot suivi du reste du signe (mouvement ou position de la main/des doigts). Certains signes sont également issus des LS étrangères, tout comme on pourrait retrouver des emprunts aux langues étrangères dans les langues vocales.

Malgré ce que l’on pourrait penser, non, la langue des signes n’est pas universelle. Eh oui, les signes peuvent différer d’un pays à l’autre, voire même d’une région à une autre (on en recense près de 121 à travers le monde). Même si la base grammaticale est la même, chaque pays (ou région) possède une culture, un accent et un vocabulaire différent. Comme vous avez pu le remarquer un peu plus haut, j’évoque la LS britannique, néo-zélandaise et australienne. Ces trois langues font partie de la même « famille » du fait de leur similarité, toutefois, chacune conserve une certaine singularité. De plus, à l’instar des langues vocales, les LS ont, elles aussi, tendance à évoluer au fil du temps.

Après la Seconde Guerre mondiale, la Fédération mondiale des Sourds a tenté de créer une langue universelle : le gestuno (d’ailleurs si le sujet des langues universelles vous intéresse, je vous conseille un billet sur l’espéranto rédigé en 2020 par Gabriel Lacroix). Cependant, il existe à ce jour une langue des signes internationale (LSI également appelée Signes Internationaux) La LSI est principalement employée afin de faciliter la communication et la compréhension entre plusieurs Sourds qui ne sont pas de la même nationalité ou lors d’évènements internationaux (colloques, échanges transnationaux, etc.).

Traduction ou interprétation ?

Pour les langues orales, il ne faut pas confondre la traduction et l’interprétation et pour la langue des signes, c’est pareil ! Enfin… à quelques détails près. Vous me direz donc « Oui, mais on ne peut pas écrire la langue des signes, alors où est la différence ? ». Eh bien, la différence est que la traduction en langue des signes s’effectue d’un format écrit vers un format vidéo (que certains appellent LS-vidéos), tandis que l’interprète va transposer oralement un discours depuis ou vers la LSF, voire entre deux langues des signes.

Saviez-vous que les interprètes en LSF sont (en théorie) les seuls à transposer un discours vers une langue qui n’est pas leur langue maternelle ?

Comme on peut souvent l’entendre : « ceux qui connaissent le mieux une langue sont ceux qui la pratiquent depuis l’enfance », et cela vaut pour toutes les langues. En effet, il est plus naturel de traduire vers sa langue maternelle, parce qu’on en maîtrise bien mieux les subtilités et les nuances qu’un traducteur/interprète non-natif.

Néanmoins, cette exception qui confirme la règle se justifie à deux titres :

  • La langue des signes n’est pas la langue naturelle[1] de tous les sourds, car beaucoup d’entre eux ne l’utilisent pas (pour ceux qui le sont devenus à un grand âge, dans ce cas, les sous-titres seront privilégiés[2]). On remarque d’ailleurs qu’une grande partie des personnes qui maîtrisent la langue des signes sont entendants ;
  • L’interprétation en LSF s’effectue majoritairement depuis un discours oral, vers la langue des signes (et vice-versa).

La demande en traduction et interprétation FR/LSF est assez variée. En effet, elle peut aussi bien être effectuée pour un particulier, que pour un professionnel ou une association, et elle peut être formulée dans le cadre d’une réunion, d’une formation, voire d’un rendez-vous (médical, bancaire, judiciaire, etc.), d’un entretien professionnel ou encore, dans le cadre d’évènements : conférences, colloques, etc.

Ces dernières années, on observe également le développement de la « visio-interprétation » : l’interprète traduit à distance depuis et vers la LSF un appel téléphonique, un rendez-vous, un entretien, etc. et ce, entre au moins une personne entendante et une personne sourde.

En ce qui concerne les traductions en LSF dans le format vidéo, il sera plus approprié de faire appel à un traducteur dont la langue naturelle (ou première langue) est la LSF. Ce genre de vidéos, on peut par exemple en retrouver, depuis 2018, sur 6Play. En effet, le groupe M6 a mis en place sur sa plateforme web « le 10 minutes », un magazine d’actualité présenté de bout en bout par des traducteurs en LSF. Contrairement aux programmes d’informations quotidiens (comme le journal télévisé), son contenu est adapté à un public sourd ou malentendant. Par ailleurs, des journalistes et traducteurs sourds publiaient des articles, des reportages, des journaux télévisés etc. au format vidéo sur le site Websourd, et ce, jusqu’à sa fermeture en 2015. Websourd était une société coopérative qui avait pour activité : un service de traduction, un service de visio-interprétation, un site d’information à destination des sourds signeurs.

On remarque également un développement de l’accessibilité dans le secteur culturel. En effet, de plus en plus de musées et galeries d’art font appel à des traducteurs et interprètes afin de traduire leur contenu visuel et retranscrire les explications des guides dans le cadre des visites. Au Louvre-Lens, par exemple, des visites guidées sont proposées en LSF et un parcours en totale autonomie en LSF a été mis en place par le biais d’un Guide multimédia.

Et les nouvelles technologies dans tout ça ?

Ces dernières années, plusieurs applications et sites internet ont été mis en place afin de faciliter la compréhension, l’échange et l’intégration de la communauté sourde. De ce fait, je vais, dans cette dernière partie, vous présenter deux applications qui permettent de traduire vers la langue des signes.

La première que je souhaite mettre en avant est Elix. Créé en 2010, Elix est un dictionnaire bilingue FR/LSF. Son utilisation est assez simple : comme pour tout dictionnaire bilingue, on tape un terme dans la barre de recherche puis apparaît, non seulement la définition, mais aussi une vidéo sur laquelle un traducteur signe le terme recherché et/ou sa définition vers la LSF. Au total, ce dictionnaire recense plus de 15 000 signes et plus de 22 000 définitions traduites en LSF. Néanmoins, même si ce dictionnaire est constamment en développement, il arrive que certains signes ou définitions ne soient pas encore traduits.

La seconde application qu’il me semblait intéressant de présenter est Hand Talk. À la différence d’Elix, il s’agit ici d’un traducteur, et non pas d’un dictionnaire. Ainsi, comme sur Google Traduction ou DeepL, il est possible de traduire plusieurs phrases (à une limite de 140 caractères) qu’Hugo ou Maya, des traducteurs virtuels, transposeront vers la langue des signes. Cette application n’est toutefois pas disponible en FR/LSF mais en EN(US)/ASL ainsi qu’en PT/LSB (langue des signes brésilienne également connue sous le nom de Libras) puisque Hand Talk a été créé par Acesso para todos, une entreprise brésilienne dont l’objectif est de créer un web plus innovant et accessible à tous. En plus d’une application, Hand Talk met à la disposition des entreprises une fonction « traduction de texte et d’images ». Cette fonctionnalité permet de traduire en Libras le texte ou les images disponibles sur le site internet de l’entreprise, afin de le rendre plus accessible aux Sourds signeurs.

Pour conclure

La LSF est une langue riche culturellement et ne cesse d’évoluer. Grâce aux diverses actions nationales et internationales, nous aurons de plus en plus l’occasion de découvrir cette langue, favorisant une évolution de la demande et du nombre de traducteurs et interprètes en LSF, et facilitant ainsi l’inclusion de la communauté sourde au sein de la société.

J’espère que ce billet vous aura permis d’en savoir plus sur la langue des signes. Si ce sujet vous intéresse et que vous souhaitez en savoir plus, n’hésitez pas à consulter aussi des chaînes YouTube dédiées à la LSF (je vous conseille celles de Aymeline LSF et de MélanieDeaf qui donnent toutes les deux des conseils quant à l’apprentissage de la LSF et vous permettront d’en savoir plus sur la culture sourde).

Bibliographie

‘AFILS : Association française des interprètes et traducteurs en langue des signes’ <http://www.afils.fr/&gt;

Delaporte, Yves, ‘Des noms silencieux. Le système anthroponymique des sourds français’, Homme, 38.146 (1998), 7–45 <https://doi.org/10.3406/hom.1998.370454&gt;

Fusellier-Souza, Ivani, ‘Sémiogenèse Des Langues Des Signes. Etude de Langues de Signes Emergentes (LSE) Pratiquées Par Des Sourds Brésiliens’ (unpublished Theses, Université Paris 8 – École Doctorale ”Cognition, Langage, Interaction” (ED 224), 2004) <https://hal.archives-ouvertes.fr/tel-01701214>

‘Handicap sensoriel : déficience auditive’, Louvre-Lens <https://www.louvrelens.fr/informations-pratiques/accessibilite/handicap-auditif/>

‘HCDH | Convention Relative Aux Droits Des Personnes Handicapées’ <https://www.ohchr.org/fr/professionalinterest/pages/conventionrightspersonswithdisabilities.aspx>

‘Histoire de la langue des signes’, Signes & Formations <https://www.signesetformations.com/cours-langue-des-signes/histoire-de-la-langue-des-signes/>

Langues, Publié par Éditions Assimil | 20 Mai 2016 |, and Mondes | 0 |, ‘La langue des signes n’est pas universelle – Assimil’, 2016 <https://blog.assimil.com/non-la-langue-des-signes-nest-pas-universelle/, https://blog.assimil.com/non-la-langue-des-signes-nest-pas-universelle/>

‘Le Dico Elix – Le dictionnaire vivant en langue des signes française (LSF)’, Le Dico Elix <https://dico.elix-lsf.fr/&gt;

Leroy, Élise, Aurélia Nana Gassa Gonga, Gaëlle Eichelberger, and Alain Bacci, ‘Traduire vers la langue des signes française : plein phare sur la formation’, Traduire. Revue française de la traduction, 241, 2019, 19–30 <https://doi.org/10.4000/traduire.1812&gt;

‘Qu’est-ce que la langue des signes française ?’ <https://www.surdi.info/langue-des-signes-francaise-lsf/langue-des-signes-francaise/>

Séguillon, Didier, ‘Du langage des Signes à l’apprentissage de la parole ou l’échec d’une réforme’, Staps, no 58.2 (2002), 21–34

Todos, Acesso para, ‘Hand Talk’ <https://handtalk.me/>


[1] Pour la population sourde, il sera plus approprié d’utiliser le terme « langue naturelle » que « langue maternelle ».

[2] Toutefois, il sera plus compliqué (mais pas impossible) pour une personne sourde de naissance de lire des sous-titres puisque l’apprentissage de la lecture s’effectue par le biais de la sonorité, c’est pour cela qu’une traduction en LSF et l’ajout de sous-titres sera favorisée.

Traduction vs Interprétation !

Par Anna MAN, étudiante M1 TSM

« Ah tu fais de la traduction ? Comment tu traduirais … ? », « traducteur = bilingue, voire trilingue, voire… », « traducteur = interprète à l’ONU ». Alors non ! Bien que la traduction et l’interprétation soient intimement liées, ce sont deux métiers à part entière. En effet, ils visent tous deux à transposer un message, un texte, un document d’une langue source vers une langue cible. Cependant, traduire n’est pas interpréter et interpréter n’est pas traduire.

Avant toutes choses, commençons par poser les bases. La traduction s’effectue de manière écrite, tandis que l’interprétation se fait à l’oral. Demander à un traducteur de vous traduire en direct une phrase ou un document à l’oral sans lui laisser de contexte ni même le temps d’y réfléchir est tout bonnement inenvisageable. Dire qu’un traducteur est forcément bilingue, trilingue voire plus, n’est pas vrai non plus. Le traducteur travaille principalement à l’écrit et vers sa langue maternelle, dans notre cas, le français en l’occurrence. Un très bon traducteur n’est pas forcément bon orateur.

Voici quelques points fondamentaux à savoir sur ces deux métiers.

Le Délai

Qu’entendons-nous par délai ? Eh bien, c’est le temps accordé pour livrer une prestation au client. Dans le cas de la traduction, les traducteurs disposent de bien plus de temps pour exploiter les ressources technologiques et documents de référence en vue de produire des traductions d’excellente qualité. Les interprètes doivent, quant à eux, fournir une prestation en temps réel que ce soit en personne, par téléphone ou par visioconférence.

La Recherche Documentaire

Pour l’interprète, la recherche documentaire se fait en amont, il doit rassembler le maximum d’informations concernant les personnes avec qui il rencontrera et parlera, les contextes et situations qui se présenteront à lui, mais également la terminologie utilisée afin d’offrir la prestation la plus optimale. Le traducteur, quant à lui, peut consacrer tout le temps qu’il estime nécessaire pour ses recherches (dans la limite du raisonnable et du délai prévu). Dans les deux cas, le client peut fournir ou non des documents de références (glossaires, mémoire de traduction, etc.)

La précision

Le niveau de précision est très exigeant en traduction, mais l’est un peu moins en interprétation. Tous deux visent la perfection même si elle est difficilement atteignable. Le traducteur dispose de plus de temps pour la relecture et la correction de son texte pour s’assurer une précision optimale. Quant à l’interprète, son travail demande une recherche physique et mentale instantanée, il se peut qu’il soit amené à périphraser (ex : le roi-soleil pour Louis XIV, le septième art pour le cinéma, etc.), changer la tournure des phrases, ce qui peut donc diminuer la précision. En d’autres termes, le traducteur tape sur son clavier derrière un ordinateur et retranscrit le message ; sa traduction est fluide, compréhensible, ne doit pas sentir la traduction, elle doit être conforme aux consignes et exigences du client. Tandis que l’interprète écoute puis retranscrit le message ; son écoute est neutre (sans porter de jugement à ce qui est dit), bienveillante (il écoute tout ce qui est dit) et active (analyse de ce qu’il entend, compréhension du sens en utilisant toutes ses connaissances).

La Formation

Pour l’interprétation, il ne s’agit pas seulement de suivre une formation linguistique. Cette dernière doit se faire et être acquise en amont. L’interprétariat est un métier qui s’expertise en communication en plus de l’enrichissement linguistique. Écoute et restitution du sens de discours simples au début puis de plus en plus compliqués. Il suffit d’un cerveau et des oreilles pour interpréter. La langue maternelle est donc capitale pour faire passer le sens du message et non des mots bien que l’interprète ait besoin des mots pour le dire.

L’importance de la langue maternelle

Contrairement à l’interprète qui doit à la fois maîtriser à la perfection les langues cible et source (que ce soit sa langue maternelle ou non) mais aussi être capable de traduire instantanément dans les deux sens, le traducteur travaille généralement dans une seule langue, c’est-à-dire depuis une langue étrangère vers sa propre langue maternelle. L’importance de la langue maternelle réside dans le style rédactionnel, il doit être compréhensible, clair et fluide. Le texte traduit ne doit pas sentir la traduction.

Les voyages d’affaires

En effet, l’interprète peut être amené à offrir ses services lors de réunions, conférences, témoignages dans un tribunal ou même au cours d’entrevues entre chefs d’État et ce, dans d’autres pays. Il doit donc garantir sa disponibilité envers ses clients. Ainsi, cela lui offre l’opportunité de voyager, de visiter d’autres pays, de découvrir d’autres cultures et de goûter à la cuisine locale par la même occasion. Le traducteur, quant à lui, pratique son métier à domicile, il se peut que pour un projet de traduction par exemple, il soit amené se rendre sur place pour voir un produit ou le fonctionnement d’une machine dans le but de s’imprégner de l’atmosphère ou de la terminologie mais cela reste rare. Le métier de traducteur est davantage un métier sédentaire et casanier.

En conclusion, les métiers d’interprète et de traducteur sont très proches mais restent bien distincts. Malgré un service similaire que ce soit à l’écrit ou à l’oral, la performance reste très différente. De ce fait, voici les qualités à acquérir pour être traducteur et/ou interprète.

Qualités d’un traducteur

  • Curiosité
  • Organisation
  • Rigueur
  • Humilité
  • Maitrise des langues de travail ainsi que des outils informatiques (CAT Tools)
  • Souci du client

Qualités d’un Interprète

  • Ponctualité
  • Excellente mémoire
  • Bonne concentration
  • Bonne intuition
  • Connaissance approfondie des langues et de leur culture
  • Outils à sa disposition (ordinateur, bloc-notes…)

Sources :

Petrica.BARAGAN. « Trois Ou Quatre Choses Que Vous Ne Saviez Peut Être Pas Sur l’interprétation ». Text. Speech Repository – European Commission, 21 août 2014. https://webgate.ec.europa.eu/sr/speech/trois-ou-quatre-choses-que-vous-ne-saviez-peut-%C3%AAtre-pas-sur-linterpr%C3%A9tation

Driesen, Christiane J. « L’interprétation juridique : surmonter une apparente complexité ». Revue francaise de linguistique appliquee Vol. XXI, no 1 (1 juin 2016): 91‑110.

Gile, Daniel. La traduction. La comprendre, l’apprendre. Presses Universitaires de France, 2005. https://doi.org/10.3917/puf.gile.2005.01.

GUILLEMIN-FLESCHER, Jacqueline. « TRADUCTION ». Encyclopædia Universalis. Consulté le 16 février 2021. http://www.universalis-edu.com.ressources-electroniques.univ-lille.fr/encyclopedie/traduction/.

Lionbridge. « 5 différences clés entre interprétation et traduction ». Consulté le 13 février 2021. https://www.lionbridge.com/fr/blog/translation-localization/5-major-differences-interpretation-translation/

Oustinoff, Michaël. « Traduction et interprétation ». Que sais-je? 5e éd. (29 mai 2015): 87‑104.

Ticca, Anna Claudia, et Véronique Traverso. « Interprétation, traduction orale et formes de médiation dans les situations sociales Introduction ». Langage et societe N° 153, no 3 (7 août 2015): 7‑30.

« Traducteur – interprète : connaissez-vous la différence ? » Consulté le 13 février 2021. https://www.global-translations.ch/fr/interpretation/difference-interprete-traducteur.

Au commencement : le traducteur !

Par Gwenaël Gillis, étudiante M1 TSM

 

Au commencement, il n’y avait rien !

La terre était informe et vide et il n’y avait que des ténèbres. Et (en un très court résumé) la lumière fut ! Si vous mettez tout ça en avance rapide, à un moment, après les arbres, les poissons…, vous devriez tomber sur l’Homme. L’Homme, cette merveilleuse créature dotée d’un mécanisme si complexe et à la fois si simple, qui lui permet de marcher, de parler, de vivre… Et si vous continuez d’avancer encore un peu, vous en voyez pousser encore quelques-uns par-ci par-là. Tout un peuple d’êtres humains qui vivent ensemble, partagent, communiquent…, et tout à coup vient la tour de Babel. À partir de cet épisode, ça devient un peu le chaos. Les hommes ne se comprennent plus, ils sont dispersés un peu partout dans le monde et la communication devient assez compliquée. Lorsque soudain, le miracle se produit: le traducteur est né !

Bon, je vais vous l’avouer, tout n’est pas arrivé en un clin d’œil et j’ai fait une avance vraiment rapide sur toute cette période. C’est pourquoi, je vous invite à vous plonger aujourd’hui même avec moi dans l’histoire de la traduction. Bon voyage !

Verhaecht_babel-lille

 

Les premiers traducteurs

Qu’on ne se mente pas, l’histoire de Jules César, de Winston Churchill et de Barack Obama est très intéressante mais le traducteur, il est où dans tout ça ? Car, il faut bien l’avouer, on ne connaitrait pas grand-chose à ces personnages historiques si leurs histoires ne nous avaient pas été traduites. C’est donc le moment de remonter très loin dans l’histoire car, oui, la traduction n’est pas vraiment récente.

Si l’on veut être tout à fait exacts, on ne peut pas vraiment parler de premiers traducteurs mais plutôt de premiers interprètes. En effet, même si nous n’avons pas vraiment d’informations sur la façon dont ils ont appris d’autres langues (certains donc nous viennent tout naturellement), nous savons qu’il existait dans l’Antiquité, des personnes capables de créer un lien entre deux peuples dont la langue maternelle était totalement différente. Ces peuples avaient compris l’importance de communiquer les uns avec les autres pour des raisons politiques ou commerciales (pas très nouveau tout ça).

Avec le temps, la position de l’interprète s’est renforcée jusqu’à devenir majeure dans le fonctionnement des civilisations et l’extension des territoires car, à l’époque en effet, vous auriez pu mettre tous vos efforts à vous faire comprendre par des étrangers, mais quand ça ne fonctionne pas, ça ne fonctionne pas. Au fur et à mesure sont apparus des documents écrits qu’il fallait échanger avec d’autres peuples. C’est à cet instant précis que le rôle du traducteur entre en jeu. On commence à traduire des documents dans différentes langues et cela devient l’ancêtre du métier que nous connaissons aujourd’hui.

Évolution

Toutefois, entre les premières techniques de traduction et celles que nous connaissons aujourd’hui, il y a un fossé. En effet, comme le proverbe le dit si bien, « Rome ne s’est pas faite en un jour », et la façon de traduire actuelle non plus.

Après l’épisode de l’Antiquité, nous arrivons au Vème siècle. Le christianisme s’est répandu mais la Bible n’est disponible qu’en grec ou en hébreux. Et ça c’est un très gros problème lorsqu’on ne parle ni grec ni hébreux. Mais heureusement, le métier de traducteur a poursuivi son petit bonhomme de chemin et c’est là que l’on retrouve ce brave Jérôme de Stridon. C’est à lui que l’on fait appel pour traduire la Bible en latin, langue utilisée par les prêtres à cette époque. Après quelques réticences, sa traduction est acceptée au sein de l’Église.

Bien que Jérôme de Stridon ait fait face à quelques murs, il n’a pas connu les problèmes des traducteurs au Moyen-Âge. En effet, ceux-ci ont eu, si vous me le permettez, un peu « chaud aux fesses ». Sachant que la première traduction n’a pas tout de suite été accueillie à bras ouverts, nous pouvons bien imaginer que toucher de nouveau à des textes religieux n’a pas dû plaire à tout le monde. C’est donc ce qui s’est produit suite à la réforme luthérienne mais aussi à la traduction de la Bible par d’autres partisans de la cause. Martin Luther pensait que le peuple avait le droit de lire la Bible dans sa langue maternelle mais tout le monde n’était pas de cet avis. De nombreux traducteurs du même avis que lui l’ont bien vite remarqué. Entre bûchers et mort par strangulation, en tant que traducteurs, il ne faisait pas bon vivre à cette époque. Comme le dit si bien le traducteur Miguel Sáenz, « Si le traducteur fait son travail comme il le doit, c’est un bienfaiteur de l’humanité; sinon, un authentique ennemi public. ». C’est-ce que beaucoup ont dû penser avant d’être brûlés.

Qui a dit que le métier de traducteur était facile ?

M.Luthers übersetzt Bibel / Rad.v.König - M. Luther Translates Bible/ Etch. König - Martin Luther traduisant la Bible / Gravure de König

La traduction aujourd’hui

Bien qu’à l’époque, la traduction fût principalement utilisée pour de nobles causes, comme nous avons pu le voir précédemment, aujourd’hui, elle a surtout une fonction commerciale. Même si le partage des savoirs et des cultures reste un aspect important de cette discipline, ce n’est plus au centre des préoccupations. Il ne faut pas se voiler la face, nous vivons dans une société qui recherche le profit et la rapidité dans tout ce qu’elle fait. L’industrie du cinéma l’a très bien compris et internet aussi. Il existe une large gamme de logiciels et de dictionnaires en ligne capables de traduire en un claquement de doigts, n’importe quelle phrase, expression et autre, ce qui est, je ne le nie pas, très efficace parfois. Il existe d’ailleurs de nouveaux appareils capables de traduire instantanément et oralement une phrase que l’on vient de prononcer. En voyant cela, on ne peut qu’être admiratifs devant les progrès de la technologie. Mais, fort heureusement pour nous traducteurs et contrairement à ce que certains laissent penser, le métier de traducteur n’est pas fini ! Ces appareils pourront être améliorés autant que possible, il leur manquera toujours quelque chose : un beau et brillant cerveau.

 

Même si notre société a beaucoup évolué, la citation de Miguel Sáenz n’en reste pas moins vraie. Même en mettant tout notre cœur et nos efforts dans la traduction d’un texte, les clients pour qui nous travaillons ne seront pas toujours d’accord avec nous et il est peu probable que nous recevions des félicitations, même si le reste est plus que satisfaisant. Sachez toutefois que nous faisons un beau métier, que nous ne seront pas remplacés de sitôt et que, heureusement pour nous, les bûchers ne sont plus autorisés.

 

Sources :

https://www.decitre.fr/media/pdf/feuilletage/9/7/8/2/8/0/4/1/9782804170745.pdf

http://blog-de-traduction.trustedtranslations.com

https://www.universdelabible.net/les-traductions-de-la-bible/histoire-de-traduction

 

Ces erreurs de traduction qui ont (dé)fait l’Histoire

Par Audrey Duchesne, étudiante M1

roosevelt

Source : https://qqcitations.com/citation/137170. Droits réservés.

Rares sont ceux qui n’ont jamais commis d’erreurs de traduction. Toutefois, certaines erreurs ont plus d’impact que d’autres : alors que les unes sont anecdotiques, les autres causent la mort de plusieurs milliers de personnes ou traversent les années sans qu’on ne les corrige. J’ai choisi de traiter quelques exemples dans ce billet.

  • À la fin de la Seconde Guerre mondiale, la ville de Bastogne (Belgique) est encerclée par les Allemands. Ces derniers exigent des Américains présents sur place qu’ils se rendent. Le Général Anthony McAuliffe, qui a commandé les troupes pendant le siège de Bastogne leur répond « nuts ». La traduction littérale « des noix » effectuée par l’interprète allemand sur place a laissé les généraux de la Wehrmacht dans l’incompréhension la plus totale …
  • Vers 1830, Washington engage des discussions avec la France à propos d’une indemnité. Le ton est vif et le président des États-Unis, Andrew Jackson, propose des mesures exceptionnelles au Congrès. Le message que la France envoie à la Maison Blanche commence ainsi : « Le gouvernement français demande … ». Or, un secrétaire traduit cette phrase par « The French Government demands … » ce qui ne signifie plus « demander » mais « exiger ». La réaction du président américain est immédiate : il annonce que « si le gouvernement français ose exiger quoi que ce soit des États-Unis, il n’obtiendra rien ». Heureusement, la traduction a été corrigée et le calme est revenu.
  • La vie sur Mars a été annoncée suite à une erreur de traduction. Des astronomes italiens avaient utilisé le terme « canali » pour décrire ce qu’ils considéraient comme des sillons à la surface de la planète. Ce mot a été traduit par « canaux », ce qui a laissé penser aux personnes travaillant sur le sujet que des formes de vie intelligentes avaient créé des réseaux navigables. Des livres ont été publiés et des astronomes ont développé des théories quant à une possible forme de vie sur la planète rouge, jusqu’à ce que la technologie montre que ces « canaux » n’étaient en réalité que des jeux d’ombres et de lumière sur la surface de Mars.

Ces traductions, n’ayant « que » causé de l’incompréhension ou une vive colère, certaines autres erreurs de traduction sont bien plus graves puisqu’elles ont coûté la vie à des milliers de personnes …

  • Tout porte à croire que le bombardement d’Hiroshima serait dû à une erreur de traduction. En effet, William Craig, dans son ouvrage The Fall of Japan, écrit qu’à l’issue de la Conférence de Potsdam en 1945, les Alliés ont adressé un ultimatum au Japon. Ils demandaient la « capitulation sans conditions de toutes les forces armées japonaises » sous peine de « destruction rapide et totale ». Le conseil de guerre japonais – composé du Premier ministre, du ministre des Affaires étrangères, du ministre de la Guerre, du ministre de la Marine, du chef des Armées et du chef de la Marine – pour contenter la presse, a établi un compte-rendu de sa réunion dans lequel le Conseil de guerre suprême répond « mokusatsu » aux Alliés. Or, ce mot est polysémique et est composé des éléments « silence » et « tuer » … Il pouvait donc être traduit par « aucun commentaire » mais également par « traiter avec mépris » ou « ignorer ». C’est la deuxième option qui a été retenue par les journalistes. La réponse traduite du japonais et adressée aux Alliés a donc été la suivante « Nous rejetons catégoriquement votre ultimatum ». La traduction erronée fera la une de tous les journaux du monde, les autorités japonaises ne pouvant plus rien faire pour s’expliquer. Dix jours après cette « réponse » mal traduite, les Alliés, pensant qu’ils étaient arrivés à un point de non-retour, larguèrent la bombe meurtrière sur la ville japonaise. Ce serait donc une erreur de traduction qui aurait coûté la vie à 70 000 personnes. Les linguistes la considèrent comme l’erreur de traduction la plus grave de tous les temps.
  • En août 2008, pendant la guerre entre la Russie et la Géorgie où chacune des parties revendiquait les régions séparatistes de l’Abkhazie et de l’Ossétie du sud, la France a joué un rôle de médiateur et un accord de cessez-le-feu a été signé. Toutefois, il n’a pas été compris de la même façon par les deux pays du fait d’une nuance dans la traduction. Dans la version russe, la nuance a été interprétée par la Russie comme l’autorisation de laisser ses chars « dans » les territoires reconnus comme appartenant à la Géorgie. Le document anglais, lui, aurait précisé que les forces armées russes devaient se retirer sur leurs positions de départ. Cette erreur de traduction a prolongé la guerre d’un mois.

À présent, voici deux exemples de traductions erronées qui ont voyagé à travers le temps.

  • On sait qu’il n’y avait pas de pommiers dans les pays bibliques. Or, dans la traduction française, le fruit défendu est une pomme … Cela est dû à une erreur de traduction du mot latin « pomum » qui signifie non pas « pomme » (malum) mais « fruit » en général. Ainsi, l’arbre en question ne serait pas un pommier mais plutôt un figuier. Selon la légende de la Genèse, ce serait donc une figue qu’Adam aurait mangée et qui lui serait restée en travers de la gorge.
  • Dans le même ton, le passage de l’Évangile qui raconte qu’ « il est plus facile à un chameau de passer par un trou d’aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Royaume des Cieux » est une erreur de traduction. Le traducteur a confondu les mots grecs « kamelos » (chameau) et « kamilos » (câble). Toutefois, l’enseignement étant clair, l’erreur n’a pas été corrigée.

Heureusement, les erreurs de traduction ne mettent pas toutes le monde en danger. Toutefois, le traducteur doit se montrer très prudent et très informé lorsqu’il traduit des textes d’importance capitale, comme ici, lorsqu’une guerre ou lorsque des vies sont en jeu. Il ne faut pas oublier que l’interprétation du traducteur joue un rôle fondamental dans sa traduction. Il doit donc être certain de traduire ce qui a vraiment été voulu dire, s’informer des différences entre les langues et des différences de culture.

Sources :