Au commencement : le traducteur !

Par Gwenaël Gillis, étudiante M1 TSM

 

Au commencement, il n’y avait rien !

La terre était informe et vide et il n’y avait que des ténèbres. Et (en un très court résumé) la lumière fut ! Si vous mettez tout ça en avance rapide, à un moment, après les arbres, les poissons…, vous devriez tomber sur l’Homme. L’Homme, cette merveilleuse créature dotée d’un mécanisme si complexe et à la fois si simple, qui lui permet de marcher, de parler, de vivre… Et si vous continuez d’avancer encore un peu, vous en voyez pousser encore quelques-uns par-ci par-là. Tout un peuple d’êtres humains qui vivent ensemble, partagent, communiquent…, et tout à coup vient la tour de Babel. À partir de cet épisode, ça devient un peu le chaos. Les hommes ne se comprennent plus, ils sont dispersés un peu partout dans le monde et la communication devient assez compliquée. Lorsque soudain, le miracle se produit: le traducteur est né !

Bon, je vais vous l’avouer, tout n’est pas arrivé en un clin d’œil et j’ai fait une avance vraiment rapide sur toute cette période. C’est pourquoi, je vous invite à vous plonger aujourd’hui même avec moi dans l’histoire de la traduction. Bon voyage !

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Les premiers traducteurs

Qu’on ne se mente pas, l’histoire de Jules César, de Winston Churchill et de Barack Obama est très intéressante mais le traducteur, il est où dans tout ça ? Car, il faut bien l’avouer, on ne connaitrait pas grand-chose à ces personnages historiques si leurs histoires ne nous avaient pas été traduites. C’est donc le moment de remonter très loin dans l’histoire car, oui, la traduction n’est pas vraiment récente.

Si l’on veut être tout à fait exacts, on ne peut pas vraiment parler de premiers traducteurs mais plutôt de premiers interprètes. En effet, même si nous n’avons pas vraiment d’informations sur la façon dont ils ont appris d’autres langues (certains donc nous viennent tout naturellement), nous savons qu’il existait dans l’Antiquité, des personnes capables de créer un lien entre deux peuples dont la langue maternelle était totalement différente. Ces peuples avaient compris l’importance de communiquer les uns avec les autres pour des raisons politiques ou commerciales (pas très nouveau tout ça).

Avec le temps, la position de l’interprète s’est renforcée jusqu’à devenir majeure dans le fonctionnement des civilisations et l’extension des territoires car, à l’époque en effet, vous auriez pu mettre tous vos efforts à vous faire comprendre par des étrangers, mais quand ça ne fonctionne pas, ça ne fonctionne pas. Au fur et à mesure sont apparus des documents écrits qu’il fallait échanger avec d’autres peuples. C’est à cet instant précis que le rôle du traducteur entre en jeu. On commence à traduire des documents dans différentes langues et cela devient l’ancêtre du métier que nous connaissons aujourd’hui.

Évolution

Toutefois, entre les premières techniques de traduction et celles que nous connaissons aujourd’hui, il y a un fossé. En effet, comme le proverbe le dit si bien, « Rome ne s’est pas faite en un jour », et la façon de traduire actuelle non plus.

Après l’épisode de l’Antiquité, nous arrivons au Vème siècle. Le christianisme s’est répandu mais la Bible n’est disponible qu’en grec ou en hébreux. Et ça c’est un très gros problème lorsqu’on ne parle ni grec ni hébreux. Mais heureusement, le métier de traducteur a poursuivi son petit bonhomme de chemin et c’est là que l’on retrouve ce brave Jérôme de Stridon. C’est à lui que l’on fait appel pour traduire la Bible en latin, langue utilisée par les prêtres à cette époque. Après quelques réticences, sa traduction est acceptée au sein de l’Église.

Bien que Jérôme de Stridon ait fait face à quelques murs, il n’a pas connu les problèmes des traducteurs au Moyen-Âge. En effet, ceux-ci ont eu, si vous me le permettez, un peu « chaud aux fesses ». Sachant que la première traduction n’a pas tout de suite été accueillie à bras ouverts, nous pouvons bien imaginer que toucher de nouveau à des textes religieux n’a pas dû plaire à tout le monde. C’est donc ce qui s’est produit suite à la réforme luthérienne mais aussi à la traduction de la Bible par d’autres partisans de la cause. Martin Luther pensait que le peuple avait le droit de lire la Bible dans sa langue maternelle mais tout le monde n’était pas de cet avis. De nombreux traducteurs du même avis que lui l’ont bien vite remarqué. Entre bûchers et mort par strangulation, en tant que traducteurs, il ne faisait pas bon vivre à cette époque. Comme le dit si bien le traducteur Miguel Sáenz, « Si le traducteur fait son travail comme il le doit, c’est un bienfaiteur de l’humanité; sinon, un authentique ennemi public. ». C’est-ce que beaucoup ont dû penser avant d’être brûlés.

Qui a dit que le métier de traducteur était facile ?

M.Luthers übersetzt Bibel / Rad.v.König - M. Luther Translates Bible/ Etch. König - Martin Luther traduisant la Bible / Gravure de König

La traduction aujourd’hui

Bien qu’à l’époque, la traduction fût principalement utilisée pour de nobles causes, comme nous avons pu le voir précédemment, aujourd’hui, elle a surtout une fonction commerciale. Même si le partage des savoirs et des cultures reste un aspect important de cette discipline, ce n’est plus au centre des préoccupations. Il ne faut pas se voiler la face, nous vivons dans une société qui recherche le profit et la rapidité dans tout ce qu’elle fait. L’industrie du cinéma l’a très bien compris et internet aussi. Il existe une large gamme de logiciels et de dictionnaires en ligne capables de traduire en un claquement de doigts, n’importe quelle phrase, expression et autre, ce qui est, je ne le nie pas, très efficace parfois. Il existe d’ailleurs de nouveaux appareils capables de traduire instantanément et oralement une phrase que l’on vient de prononcer. En voyant cela, on ne peut qu’être admiratifs devant les progrès de la technologie. Mais, fort heureusement pour nous traducteurs et contrairement à ce que certains laissent penser, le métier de traducteur n’est pas fini ! Ces appareils pourront être améliorés autant que possible, il leur manquera toujours quelque chose : un beau et brillant cerveau.

 

Même si notre société a beaucoup évolué, la citation de Miguel Sáenz n’en reste pas moins vraie. Même en mettant tout notre cœur et nos efforts dans la traduction d’un texte, les clients pour qui nous travaillons ne seront pas toujours d’accord avec nous et il est peu probable que nous recevions des félicitations, même si le reste est plus que satisfaisant. Sachez toutefois que nous faisons un beau métier, que nous ne seront pas remplacés de sitôt et que, heureusement pour nous, les bûchers ne sont plus autorisés.

 

Sources :

https://www.decitre.fr/media/pdf/feuilletage/9/7/8/2/8/0/4/1/9782804170745.pdf

http://blog-de-traduction.trustedtranslations.com

https://www.universdelabible.net/les-traductions-de-la-bible/histoire-de-traduction

 

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Ces erreurs de traduction qui ont (dé)fait l’Histoire

Par Audrey Duchesne, étudiante M1

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Source : https://qqcitations.com/citation/137170. Droits réservés.

Rares sont ceux qui n’ont jamais commis d’erreurs de traduction. Toutefois, certaines erreurs ont plus d’impact que d’autres : alors que les unes sont anecdotiques, les autres causent la mort de plusieurs milliers de personnes ou traversent les années sans qu’on ne les corrige. J’ai choisi de traiter quelques exemples dans ce billet.

  • À la fin de la Seconde Guerre mondiale, la ville de Bastogne (Belgique) est encerclée par les Allemands. Ces derniers exigent des Américains présents sur place qu’ils se rendent. Le Général Anthony McAuliffe, qui a commandé les troupes pendant le siège de Bastogne leur répond « nuts ». La traduction littérale « des noix » effectuée par l’interprète allemand sur place a laissé les généraux de la Wehrmacht dans l’incompréhension la plus totale …
  • Vers 1830, Washington engage des discussions avec la France à propos d’une indemnité. Le ton est vif et le président des États-Unis, Andrew Jackson, propose des mesures exceptionnelles au Congrès. Le message que la France envoie à la Maison Blanche commence ainsi : « Le gouvernement français demande … ». Or, un secrétaire traduit cette phrase par « The French Government demands … » ce qui ne signifie plus « demander » mais « exiger ». La réaction du président américain est immédiate : il annonce que « si le gouvernement français ose exiger quoi que ce soit des États-Unis, il n’obtiendra rien ». Heureusement, la traduction a été corrigée et le calme est revenu.
  • La vie sur Mars a été annoncée suite à une erreur de traduction. Des astronomes italiens avaient utilisé le terme « canali » pour décrire ce qu’ils considéraient comme des sillons à la surface de la planète. Ce mot a été traduit par « canaux », ce qui a laissé penser aux personnes travaillant sur le sujet que des formes de vie intelligentes avaient créé des réseaux navigables. Des livres ont été publiés et des astronomes ont développé des théories quant à une possible forme de vie sur la planète rouge, jusqu’à ce que la technologie montre que ces « canaux » n’étaient en réalité que des jeux d’ombres et de lumière sur la surface de Mars.

Ces traductions, n’ayant « que » causé de l’incompréhension ou une vive colère, certaines autres erreurs de traduction sont bien plus graves puisqu’elles ont coûté la vie à des milliers de personnes …

  • Tout porte à croire que le bombardement d’Hiroshima serait dû à une erreur de traduction. En effet, William Craig, dans son ouvrage The Fall of Japan, écrit qu’à l’issue de la Conférence de Potsdam en 1945, les Alliés ont adressé un ultimatum au Japon. Ils demandaient la « capitulation sans conditions de toutes les forces armées japonaises » sous peine de « destruction rapide et totale ». Le conseil de guerre japonais – composé du Premier ministre, du ministre des Affaires étrangères, du ministre de la Guerre, du ministre de la Marine, du chef des Armées et du chef de la Marine – pour contenter la presse, a établi un compte-rendu de sa réunion dans lequel le Conseil de guerre suprême répond « mokusatsu » aux Alliés. Or, ce mot est polysémique et est composé des éléments « silence » et « tuer » … Il pouvait donc être traduit par « aucun commentaire » mais également par « traiter avec mépris » ou « ignorer ». C’est la deuxième option qui a été retenue par les journalistes. La réponse traduite du japonais et adressée aux Alliés a donc été la suivante « Nous rejetons catégoriquement votre ultimatum ». La traduction erronée fera la une de tous les journaux du monde, les autorités japonaises ne pouvant plus rien faire pour s’expliquer. Dix jours après cette « réponse » mal traduite, les Alliés, pensant qu’ils étaient arrivés à un point de non-retour, larguèrent la bombe meurtrière sur la ville japonaise. Ce serait donc une erreur de traduction qui aurait coûté la vie à 70 000 personnes. Les linguistes la considèrent comme l’erreur de traduction la plus grave de tous les temps.
  • En août 2008, pendant la guerre entre la Russie et la Géorgie où chacune des parties revendiquait les régions séparatistes de l’Abkhazie et de l’Ossétie du sud, la France a joué un rôle de médiateur et un accord de cessez-le-feu a été signé. Toutefois, il n’a pas été compris de la même façon par les deux pays du fait d’une nuance dans la traduction. Dans la version russe, la nuance a été interprétée par la Russie comme l’autorisation de laisser ses chars « dans » les territoires reconnus comme appartenant à la Géorgie. Le document anglais, lui, aurait précisé que les forces armées russes devaient se retirer sur leurs positions de départ. Cette erreur de traduction a prolongé la guerre d’un mois.

À présent, voici deux exemples de traductions erronées qui ont voyagé à travers le temps.

  • On sait qu’il n’y avait pas de pommiers dans les pays bibliques. Or, dans la traduction française, le fruit défendu est une pomme … Cela est dû à une erreur de traduction du mot latin « pomum » qui signifie non pas « pomme » (malum) mais « fruit » en général. Ainsi, l’arbre en question ne serait pas un pommier mais plutôt un figuier. Selon la légende de la Genèse, ce serait donc une figue qu’Adam aurait mangée et qui lui serait restée en travers de la gorge.
  • Dans le même ton, le passage de l’Évangile qui raconte qu’ « il est plus facile à un chameau de passer par un trou d’aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Royaume des Cieux » est une erreur de traduction. Le traducteur a confondu les mots grecs « kamelos » (chameau) et « kamilos » (câble). Toutefois, l’enseignement étant clair, l’erreur n’a pas été corrigée.

Heureusement, les erreurs de traduction ne mettent pas toutes le monde en danger. Toutefois, le traducteur doit se montrer très prudent et très informé lorsqu’il traduit des textes d’importance capitale, comme ici, lorsqu’une guerre ou lorsque des vies sont en jeu. Il ne faut pas oublier que l’interprétation du traducteur joue un rôle fondamental dans sa traduction. Il doit donc être certain de traduire ce qui a vraiment été voulu dire, s’informer des différences entre les langues et des différences de culture.

Sources :