Traduire un mode de vie : le véganisme

Par Alice Colar, étudiante M1 TSM

Aujourd’hui, nous allons aborder un sujet controversé mais on ne peut plus d’actualité : le véganisme. A l’instar du marché de la traduction, notre mode de vie évolue. En effet, la traduction a été révolutionnée grâce aux nouvelles technologies et à la mondialisation. Nous, étudiants en traduction, apprenons de nouveaux métiers. De nouveaux sujets font leur apparition et les projets n’ont jamais été aussi nombreux. Nous sommes formés à l’utilisation d’outils dernier cri et à l’avenir, la liste s’agrandira. En parlant d’avenir, je ne vous apprendrai pas qu’en ce moment, l’environnement est une préoccupation majeure chez les citoyens. Nombreux sont ceux qui décident d’adopter un mode de vie responsable. Comme l’explique Sarah Bonningue dans son billet sur la traduction environnementale, le secteur est en plein essor et les besoins en traduction se multiplient. Alors oui, environnement et véganisme vont de pair mais ce mot est également lié à l’industrie de la mode, du divertissement, de l’alimentation, des cosmétiques et de la santé. Peut-être vous êtes-vous déjà dit que le véganisme était partout, que le sujet était trop abordé, ou même que ce n’était qu’une mode. Alors oui, le véganisme est partout et c’est ce que souhaite partager avec vous dans ce billet et non, ce n’est pas une mode, car au vu de la dimension que le mouvement a acquise dernièrement, il est peu probable qu’il s’essouffle.

Le lien est donc fait : le marché de la traduction en plein développement face à un mode de vie qui en fait de même, un nouveau domaine de spécialisation va-t-il naître ? Car nous le savons, en traduction, il y en a pour tous les goûts et les domaines de spécialisation sont parfois très spécifiques, voire étonnants. Le but de ce billet n’est pas de vous convaincre de changer de mode de vie, mais plutôt d’informer ceux qui le souhaitent et de montrer aux convertis que travailler en accord avec ses convictions est possible.

Petit point terminologique

Avant toute chose, il me semble nécessaire de définir le terme véganisme, afin de mieux comprendre ce qui en découlera. En linguistique, le terme a été enregistré de manière officielle en 2015, dans le dictionnaire français Le Petit Robert. C’est un anglicisme, adaptation du terme anglais vegan, syncope du mot vegetarian. Le véganisme est le mode de vie d’une personne végane, « personne qui exclut de son alimentation tout produit d’origine animale et adopte un mode de vie respectueux des animaux »[1]. Cette approche « vise à combattre le spécisme sous toutes ses formes, en s’opposant aux discriminations et violences faites aux animaux (esclavage et marchandisation par l’institution humaine). Ce refus s’exprime au quotidien, autant que faire se peut, par un choix alimentaire végétalien et un mode de vie végane ». [2]

En France, le terme végétalisme intégral est recommandé par la Commission d’enrichissement de la langue française depuis 2015, mais en langage parlé, ce terme n’est quasiment jamais employé et c’est l’influence de l’anglais qui l’emporte.

L’origine de ce concept, contrairement aux idées reçues, ne date pas d’hier : Pythagore, Léonard de Vinci, Gandhi ou encore Nietzsche y faisaient déjà allusion. Au fil du temps, d’autres néologismes sont nés : végétarien, végétalien, flexitarien, pescetarien… Autant de termes spécifiques à la langue française, qui font encore débat et qui peinent parfois à être compris. En effet, ils définissent de nouvelles réalités et il faut un certain temps pour que leur intégration soit totale. Ils ont souvent été traduits de l’anglais et sont proches des termes source. À titre d’exemple, les termes carnism (idéologie qui justifie la consommation de chair animale par les hommes) et specism (croyance humaine selon laquelle une espèce est plus importante qu’une autre) ont été traduits respectivement par carnisme et spécisme et sont régulièrement utilisés. La France doit donc s’adapter aux autres pays, dans lesquels le mouvement est plus important. Ainsi, je dois préciser à mes chères lectrices et à mes chers lecteurs, que tout au long de ce billet, il se peut que le terme vegan apparaisse plus fréquemment que le terme végane, car son nombre d’occurrences est nettement plus important dans les corpus.

Un développement planétaire rapide

La portée mondiale du mouvement est impressionnante. En 2010, les alternatives vegan étaient quasi inexistantes et peu variées dans les grandes surfaces. Dix ans après, ces dernières, ainsi que les magasins biologiques et diététiques, les fast-foods, les restaurants et même les cantines proposent leur gamme, qu’elle soit large ou standard, locale ou importée. Les magasins spécialisés ne sont plus rares dans les grandes villes (Végétal&Vous à Lille, par exemple) et les pays « vegan friendly » se multiplient. Une chose est sûre, des produits naissent tous les jours, dans le monde entier, et ils sont de plus en plus étonnants. En effet, chaque aliment (chorizo, saumon, foie gras, œuf, yaourt, pâtisserie, glace, etc.) et matériau (cuir, laine, etc.) a désormais son alternative. Au vu des entreprises vegan qui naissent et des géants de l’agroalimentaire et de la grande distribution qui changent de philosophie, la demande en traduction ne peut qu’augmenter. Les importations et exportations permettent à l’offre de s’élargir. Grâce aux nouvelles avancées, il est désormais possible de décliner les produits, d’élaborer de nombreux goûts et textures qui font la joie des curieux, mais surtout des soucieux du bien-être animal, de la protection de l’environnement ou de leur propre santé.

Les traducteurs souhaitant réaliser des projets pour les clients cités ci-dessus ne seront pas déçus. Les gestionnaires de projets ne le seront pas non plus. Je vous invite donc à découvrir quelques-uns des domaines pour lesquels les traducteurs, gestionnaires de projets, post-éditeurs ou réviseurs (et j’en passe !) vegan seront susceptibles d’être appelés.

Traduction culinaire et agroalimentaire

Comme je l’ai expliqué, il existe toujours une alternative, surtout dans l’industrie agroalimentaire. Livres de recettes, émissions et blogs culinaires, menus, sites internet de cuisine, documents HACCP des restaurants (système qui identifie, évalue et contrôle les dangers essentiels pour la sécurité alimentaire), ne sont que quelques exemples de ce que vous pourrez être amenés à traduire. De plus, qui dit nourriture, dit étiquetage. Ceux qui traduiront des étiquettes alimentaires devront être très vigilants. À l’instar de l’alimentation biologique, l’alimentation sans produits d’origine animale a ses spécificités et les consommateurs sont exigeants, surtout au sujet des allergènes. Les erreurs peuvent être fatales. En effet, ces denrées sont aussi consommées par les personnes intolérantes au lactose ou par certaines personnes souffrant d’allergies. C’est pour cette raison que de nombreux labels d’origines différentes ont été créés, afin de renforcer la transparence et de faciliter l’identification des produits aussi bien locaux qu’internationaux. Bien que la législation soit encore incomplète à ce sujet, les évolutions ne sont plus rares : le Standard Végane, une norme approuvée par la Commission européenne et les associations véganes du monde entier, a été établi afin d’offrir une garantie aux consommateurs. La certification Eve Vegan®, reconnue dans le monde entier, vise à satisfaire les demandes de la grande distribution, de plus en plus tournée vers ce type de produit. Ainsi, avec l’intensification des échanges de produits entre les pays, il est très probable que les documents à traduire deviennent de plus en plus variés.

Traduction cosmétique

En ce qui concerne les cosmétiques, un nombre croissant d’industriels se tournent vers les compositions vegan et cruelty free. D’ailleurs, la plupart des nouvelles marques sur le marché prônent le zéro déchet, le bio et le clean. Les consommateurs sont sensibles aux ingrédients et souhaitent connaître les compositions et la provenance des ingrédients. Vous pourrez donc être amenés à travailler pour des clients « vegan-friendly ».

Traduction pharmaceutique

L’industrie pharmaceutique se tourne elle aussi vers les médicaments sans ingrédients d’origine animale. Bien qu’elle soit encore peu développée, une société française a récemment lancé les premiers médicaments certifiés vegan. Il faut un début à tout !

Traduction pour les associations et ONG

Les associations à but non lucratif et ONG qui ont pour but de promouvoir le véganisme et le respect de l’environnement sont nombreuses et très actives. Elles vous sont probablement familières : L214 éthique & animaux, Peta, The Vegan Society, Sea Shepherd, Greenpeace, Vegan France, Vegan Impact, SwissVeg… Leur portée est mondiale, européenne ou nationale. États-Unis, Royaume-Uni, Singapour, Italie, Bulgarie… la liste est longue. Vous vouliez du contenu ? Alors en voici, et il n’y a pas de quoi s’ennuyer : articles de presse, brochures, pétitions, rapports, guides pour novices, magazines, statistiques, études de marché, contenu web et boutiques en ligne, réseaux sociaux, etc. L’association L214 dispose même d’un site « éducation » destiné aux plus jeunes. En effet, les supports pédagogiques ne servent pas qu’aux adultes, ils sont aussi destinés aux enfants, afin de les sensibiliser dès leur plus jeune âge. Rien d’étonnant ici, les jeunes sont de plus en plus nombreux à s’engager. Les publics cibles peuvent donc être très variés, tout comme les clients. Prenons l’exemple de Climate Cardinals, une association à but non lucratif internationale, créée par Sophia Kianni, âgée de 18 ans. Cette association veille à informer sur la crise climatique dans plus de 100 langues. Pour cela, des étudiants en traduction bénévoles venant du monde entier alimentent les ressources documentaires, afin de diffuser des informations très précieuses auprès de populations souvent mal renseignées. En effet, dans les pays développés, la documentation est accessible et les citoyens sont sensibilisés aux évènements. Ils savent d’ailleurs comment agir. En revanche, dans les pays en développement, l’accès à ces informations est limité. Avec ce type de projet, chacun apporte sa pierre à l’édifice à des fins humanitaires. En tant que traducteur, notre rôle est d’informer, de diffuser du contenu et de le rendre accessible à une population donnée. Les projets bénévoles ne peuvent qu’être enrichissants. Ils peuvent aider les étudiants en traduction à développer leurs compétences, et surtout, à voir le projet sous un autre angle. Si aujourd’hui la société est plus réceptive au changement climatique, à l’écologie et à la protection de l’environnement, c’est que notre travail est utile.

Traduction marketing

Vous vous en doutez, aucun produit ou association n’existerait sans la traduction marketing, une spécialisation assez particulière qui allie transcréation, localisation et traduction. Comme expliqué ci-dessus, les étiquettes et le packaging doivent être des plus attirants et transparents, mais l’exercice reste délicat. En fonction du pays, la réglementation quant à la terminologie employée n’est pas la même et encore une fois, elle est en constante évolution. Les filières françaises de la viande et les lobbys, inquiets face à l’essor des produits vegan, ont obtenu l’adoption d’un projet de loi qui vise à interdire l’association de termes comme « steak » « bacon » ou « saucisse » à des produits qui ne sont pas composés de viande. Au niveau européen, les eurodéputés ont refusé l’amendement proposé et ont donc autorisé l’usage de ces termes, pour le moment. En effet, les États membres sont libres de prendre des mesures plus restrictives, choix effectué par la France, mais en réalité, la loi tarde à être appliquée. Ce débat et cette indécision confirment bien que la société est prête au changement mais que certains pays sont encore frileux. Pourtant, la promotion de ces produits va dans le sens de l’engagement écologique pris par la Commission européenne et par conséquent, de la France. Mais cette bataille terminologique est légitime car elle implique des éleveurs qui ont raison de protéger ce qui leur appartient. Si l’on inverse la situation, il est plus facile de comprendre les points de vue, et la communauté vegan serait également opposée à ce que leurs très chers termes soient utilisés pour de la viande ou des produits laitiers…

Alors, pour résoudre ce problème, les départements marketing du monde entier ont dû se creuser la tête : « faux-mage », « fake cheese », « fake meat », « substituts de viandes », « similis-carnés », « boisson végétale », etc. Finalement, les propositions terminologiques ne manquent pas et elles sont plutôt amusantes. Mais traduire ces termes n’est pas une mince affaire ! Voici quelques exemples concrets : l’entreprise allemande Wheaty, qui produit des alternatives végétales a traduit son produit « Vegankebab Gyros » par « Végé’poêlée à la Grecque ». L’entreprise allemande Lord Of Tofu a transformé son « Tofu-Ham » en « Alternative vegan au jambon ». On trouve aussi le « Pané « façon cordon bleu » végétalien ». Certes, les noms sont plus longs mais les solutions existent ! Il est donc impératif de travailler avec des traducteurs natifs, afin de respecter la culture et la réglementation du pays dans lequel le produit sera commercialisé.

Traduction d’applications mobiles

Comme ce billet le témoigne, les entreprises ont fait et doivent faire des prouesses. Elles doivent s’orienter vers de nouveaux consommateurs à l’aide de moyens de communication au goût du jour, comme les réseaux sociaux et les applications mobiles. Vous n’allez pas être surpris, les applications en lien avec la protection de l’environnement et le véganisme sont nombreuses : recettes, guides de restaurant, scan de produits ou d’additifs, applications anti gaspillage alimentaire, bénévolat, covoiturage, etc. Récemment, une nouvelle application conçue par le développeur Blue Pixl Ltd permet d’aider les végétaliens et végétariens à s’exprimer au restaurant lorsqu’ils sont à l’étranger, grâce à une série de phrases simples, traduites dans plus de 100 langues cibles, avec l’anglais comme langue source. Elle se nomme I Am Vegan. Les phrases expliquent les exigences alimentaires des utilisateurs en listant les produits qu’ils ne peuvent pas consommer. Il est également possible de partager des recettes et de trouver des informations sur les pays les plus « vegan-friendly » du monde. Des logos sont disponibles afin de communiquer plus facilement. J’ai analysé les traductions de mes langues de travail, l’anglais et l’espagnol, et de ma langue maternelle, le français. Pour une utilisation de ce type, elles sont très correctes. J’ai d’ailleurs pris contact avec les développeurs car j’étais curieuse de savoir s’ils avaient utilisé la traduction automatique et la post-édition ou s’ils avaient fait appel à des traducteurs humains. En réalité, ils ont eu recours à un processus hybride, un mélange de traduction automatique et humaine. Ainsi, même en localisation, les contenus sont nombreux et les besoins sont présents, qu’ils s’adressent au grand public ou aux experts !

Bilan

Vous avez désormais une idée plus claire des projets sur lesquels vous pourrez travailler en tant que traducteur soucieux du bien-être des animaux et de la planète. Faire appel à des personnes qui s’y connaissent est important. Les concepts et termes doivent être utilisés à bon escient. Aujourd’hui, les produits sont de plus en plus nombreux, et d’un point de vue logique, les projets de traduction le sont également. La traduction végane est encore peu développée mais elle fait partie d’un domaine de spécialisation plus vaste, la traduction environnementale. Le terme véganisme regroupe des valeurs et des combats aussi bien environnementaux et éthiques qu’humanitaires. Les entreprises changent de philosophie. Avec les nouvelles lois sur l’environnement (la traduction juridique est également une spécialisation liée), la transition ne sera plus une option, elle deviendra une norme. J’ai donc passé en revue certains domaines. Il y en a d’autres, mais je souhaitais montrer, à travers ce billet, que nous assistons à une multitude de changements et que certains sont liés. Il est difficile de prédire quels seront les nouveaux outils de TA et de TAO qui s’imposeront sur le marché. Tout comme il est difficile de prédire si les traducteurs, gestionnaires de projets, réviseurs, post-éditeurs « vegan » auront réussi à s’imposer d’ici dix ans. Peut-être que cette spécialisation sera une niche, car les spécialistes seront toujours peu nombreux. Mais une chose est sûre, les évènements de ces dix dernières années ne sont pas anodins. Si vous souhaitez vous informer sur le sujet, de nombreux documentaires et films expliquent très bien les choses et une plateforme les regroupe. Vous aurez donc compris que même en traduction audiovisuelle, le contenu ne manque pas.

Je tiens à remercier le développeur Blue Pixel Limited, qui m’a autorisé à utiliser les captures d’écran de l’application I Am Vegan.

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Bibliographie

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V-Label. « Présentation du V-Label ». V-Label, [En ligne], 2017, https://v-label.fr/v-label/. Consulté le 14 janvier 2021.

« Wheaty ». Wheaty, [En ligne] https://www.wheaty.fr/a-propos/. Consulté le 17 février 2021.


[1] Définition du Petit Robert

[2] Définition donnée par l’association Vegan France

How to : traduire le sport

Par Archibald Marchal, étudiant M1 TSM

traduire_sport

Avant-match

Le sport, ce truc fédérateur. Regarder un match, lire un article sur les futurs Jeux Olympiques, ou visionner le tout nouveau documentaire de Michael Jordan, nous permet à tout un chacun de prendre du plaisir, d’avoir la tête hors des problèmes et de la dure réalité. Alors pendant ces petits moments du quotidien, on n’a pas envie de froncer les sourcils car le sujet n’est pas traité par un spécialiste.

Coup d’envoi

La traduction dans le monde du sport peut s’avérer compliquée, il s’agit d’un domaine complexe où les documents officiels ne regorgent pas nécessairement des ressources les plus fiables. En effet, le sport est un domaine très populaire où c’est le grand public qui décide des usages. Le langage du sport est très vivant et peut parfois porter à confusion. De plus, des termes similaires en anglais sont traduits différemment selon les sports, par exemple « a forward » sera un attaquant pour un footballeur, mais un ailier pour un basketteur.

Par ailleurs, on aurait tendance à dire que les anglicismes sont employés par les personnes les plus aguerries dans un domaine. Des termes comme « cluster », « business plan », ou encore « software », peut-être peu connus du grand public, sont pourtant excessivement utilisés par les spécialistes. Le monde du sport a quant à lui décidé de prendre le contre pied de ce penchant. Et ce n’est pas l’absence de traduction qui nous oblige à faire des exercices linguaux, mais bien les normes.

Rien que les noms des sports nous le montrent bien, personne ne parle de pied-ballon, de panier-ballon, ou même de jeu de quilles.

Quelques exemples tirés de différents sports pour illustrer mes propos :

Sport

EN

FR

Football Corner Coup de pied de coin
Football Penalty Coup de pied de réparation
Boxe Ring Enceinte
Rugby, Golf Tee Socle
Tennis Ace Service gagnant
Athlétisme Starting block Bloc de départ
Golf Green Vert

 

Ce tableau montre que certains termes anglophones sont très largement plus utilisés que leur traduction, voire même parfois la seule façon connue de le dire. Bien évidemment, on pourrait mettre tout cela sur le fait que la plupart des sports ont été inventés dans les pays anglophones, vous n’entendrez probablement pas d’anglicismes pendant une partie de pétanque, certes.

Si la quasi-totalité des termes anglais dans le sport ont des traductions, beaucoup d’entre elles sont désuètes.

Mais alors, pourquoi utilise-t-on les mots anglais s’il existe une traduction ? La réponse la plus simple selon moi est que… ça sonne mieux. On sait tous que l’anglais est bien plus simple et direct que le français, alors ce n’est pas une réponse très scientifique, je vous l’accorde, mais imaginez juste une seconde. Mettons nous en situation, Thierry Gilardi, finale de la coupe du monde 2006, France-Italie, 6ème minute de jeu :

« Thierry Henry, la bonne tête vers Malouda, qui a devancé Cannavaro, oh coup de pied de réparation ! » C’est tout de suite moins excitant non ?

D’ailleurs, la FIFA a modifié depuis quelques années son lexique pour s’adapter aux discours des joueurs et des fans (tiens, un autre anglicisme). On retrouve donc les termes « corner » et « pénalty » là où on avait « coup de pied de coin » et « coup de pied de réparation » auparavant.

Mi temps

Aujourd’hui les sports les plus influencés par les anglicismes sont, roulement de tambours… ceux inventés aux États-Unis.

Deux facteurs l’expliquent : leur récente création, et le monopole de ces sports par les Américains.

Football américain, basketball et baseball, les trois mastodontes du sport outre atlantique auraient été inventés fin 19ème siècle, et leurs ligues professionnelles datant seulement du 20ème siècle,  ont laissé peu de temps pour s’approprier un vocabulaire. Par exemple au basketball on a le terme « lay-up » qui est généralement traduit par « double-pas ». Or, si tous les doubles-pas sont des lay-up, tous les lay-up ne sont pas des doubles-pas. Le vocabulaire original n’est pas toujours traduisible par un équivalent, ce qui explique également le fait d’utiliser le terme anglais.

Premier League (Football), NBA (Basketball), NFL (Football américain), MLB (Baseball), Wimbledon (Tennis), US Open (Golf), UFC (Arts martiaux)… les meilleurs tournois et championnats se trouvent dans des pays anglophones, qui ont longtemps été indisponibles pour un francophone, ne devant se contenter uniquement de VHS ou de magazines étrangers. Et, par un effet domino, le championnat le plus prestigieux, est également le plus suivi, et donc, par mimétisme, on adopte son langage. À force d’entendre certains mots on les réutilise et on obtient ce melting-pot. Malgré des championnats français et européens relevés, vous n’entendrez jamais un jeune basketteur français dire qu’il rêve de jouer en Jeep Elite, mais plutôt pour la grande NBA.

Mais, quel est l’impact sur l’économie ? On le sait, les traductions ont des conséquences économiques lourdes, c’est d’autant plus vrai dans le monde du sport qui brasse des sommes astronomiques. Une erreur de traduction n’aura peut-être pas un impact économique immédiat, mais à long terme, un journal ou n’importe quel média, pourrait perde ses lecteurs ou auditeurs et être discrédité. C’est ce qu’on a pu observer sur TF1 notamment avec l’éviction de Christian Jean-Pierre, commentateur des matchs de l’équipe de France de football, mais étant lui un spécialiste rugby, son manque de connaissance a fait perdre de l’audience à la chaine et l’a logiquement amené vers la sortie.

Mais il n’y a pas que le côté divertissement qui importe. Les règles du jeu, les contrats, les nouvelles dispositions, il y tant de complexités qu’un non-spécialiste ne pourrait tout simplement pas déchiffrer. Une erreur de traduction ici pourrait alors avoir de très fâcheuses conséquences.

Retour au vestiaire

N’oublions pas : le sport est un domaine avant tout de plaisir et de décontraction qu’il faut choyer afin de préserver le plaisir de regarder un évènement sportif comme on l’aime, alors laissons ce travail dans les mains des spécialistes pour s’en assurer.

 

La Traduction juridique – À la croisée des cultures juridiques et linguistiques

Par Raphaël Bourdon, étudiant M1 TSM

« L’arbre des mots […] cache la forêt des concepts »[1]

Jean-Claude Gémar, 2015

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Introduction

La traduction juridique peut se concevoir comme la transposition d’une langue juridique A vers une langue juridique B. Dans la mesure où la langue reflète la culture d’un peuple,[2] la langue juridique reflète par extension la culture juridique d’un peuple.[3] Sous ce postulat, la traduction juridique se concevrait comme la transposition d’une culture juridique A vers une culture juridique B. Néanmoins, en raison de l’assise que trouve la langue juridique dans la langue courante, cette transposition devrait également prendre en considération les cultures linguistiques des langues A et B. En conséquence, la traduction juridique se trouverait à la croisée des cultures juridiques et linguistiques. Cet article s’efforce de démontrer la véracité de cette hypothèse et d’en tirer les conséquences pour la traduction juridique. À ces égards, en raison de sa singularité, la langue juridique amplifie les problématiques d’asymétrie culturelle inhérentes à la traduction.

La singularité de la langue juridique

La singularité de la langue juridique appert de deux éléments. D’une part, la langue juridique est une langue spéciale, distincte de la langue courante. D’autre part, la langue juridique est une langue culturellement exclusive d’un système juridique.

La spécialité de la langue juridique

Nonobstant la diversité de ses réceptacles (contrats ; décisions de justice ; normes…), la langue juridique fait montre d’une structure syntaxique particulière. Toutefois, là ne réside pas la pierre angulaire de sa spécialité. La spécialité de la langue juridique appert fondamentalement de la terminologie juridique, qui se distingue de la langue courante à trois égards.

En premier lieu, la polysémie des termes juridiques implique l’existence de faux-amis. En guise d’illustration, peut être mentionné le vocable « fruit ». Le profane penserait bien raisonnablement à tout un éventail de végétaux comestibles : abricot ; banane ; poire ; pomme ; tomate… Le juriste penserait également aux loyers (fruits civils), voire au croît des animaux (fruits naturels).

En deuxième lieu, la polysémie des termes juridiques provoque parfois des ruptures de sens avec la langue courante. Si l’huissier de justice réalise des exploits en portant les grosses au tribunal, sa force physique ne fait en aucun cas l’objet d’éloges. En droit, la grosse n’est pas une personne d’un certain gabarit ; c’est la copie d’un jugement revêtue de l’exequatur. À cet égard, le vocable « exequatur » ouvre la voie vers le troisième aspect rendant la langue juridique spéciale.

En troisième lieu, la langue juridique est riche de termes étrangers à la langue courante. Certes, cela peut paraître paradoxal, car la langue juridique trouve fondamentalement son assise dans la langue courante. Toutefois, il convient de souligner que ces termes strictement juridiques sont fréquemment des concepts juridiques, id est des concepts davantage notionnels que linguistiques. Parmi ces termes juridiques étrangers à la langue courante, figurent notamment la common law, la dation en paiement, l’emphytéose, l’estoppel, l’exequatur (formule exécutoire), ou encore le pétitoire.

Somme toute, en raison des faux-amis, des ruptures de sens, ainsi que de ses termes exclusifs, la langue juridique s’avère être une langue de spécialité. Dès lors, comme tout traducteur technique, le traducteur juridique avisé fera preuve de prudence. Néanmoins, cette prudence doit être double. Car en sus d’être spéciale, la langue juridique est culturellement exclusive d’un système juridique.

L’exclusivité culturelle d’un système juridique

La langue juridique est une langue culturellement exclusive d’un système juridique. En effet, la comparaison de deux systèmes juridiques distincts, partageant toutefois une même langue courante, met en lumière des variations linguistiques d’ordre juridique. Ces variations se rencontrent à deux niveaux. En premier lieu, elles peuvent se concentrer au niveau de la dénomination. Au demeurant, ce sont les variations linguistiques d’ordre juridique les moins complexes à appréhender lors de la traduction juridique, car il suffit de connaître l’équivalent sémantique du système juridique cible pour éluder la difficulté.

En guise d’illustration, le Garde des sceaux français correspond au ministre de la Justice belge. Fondamentalement, ces expressions désignent la même entité. Toutefois, l’expression « Garde des sceaux » n’est ancrée que dans le patrimoine culturel (historique et linguistique) français, car elle provient du titre « Garde des sceaux de France » anciennement attribué au Chancelier de France sous l’Ancien Régime. Autres exemples, les « passing off » et « statement of claim » du droit anglais correspondent dorénavant, et respectivement, aux « palming off » et « complaint » du droit états-unien.[4]

En second lieu, les variations linguistiques d’ordre juridique susmentionnées peuvent impacter la substance même d’un concept juridique. Contrairement aux variations se concentrant au niveau de la dénomination, les variations au niveau de la substance du concept juridique s’avèrent particulièrement complexes à appréhender lors de la traduction juridique. Surmonter les obstacles qu’elles dressent suppose effectivement de solides connaissances sur ledit concept, tel que consacré par les systèmes juridiques à l’étude.

À titre d’exemple, le vocable « corporation » recouvre dorénavant des réalités juridiques distinctes en droit anglais et en droit nord-américain.[5] En droit anglais, le terme « corporation » se réfère désormais bien plus volontiers à des organismes publics, tels que le gouvernement britannique, tandis qu’en droit nord-américain, il continue de désigner des entreprises. A contrario, le droit anglais use dorénavant d’un autre terme pour désigner les entreprises : « company ».

En somme, la langue juridique est une langue culturellement exclusive d’un système juridique, car elle varie selon le système juridique, et ce, même lorsque les langues courantes sont, dans leur globalité, identiques. Conjuguée à la spécialité, l’exclusivité culturelle de la langue juridique dresse des obstacles pour le traducteur juridique, même lorsque la langue (courante) de départ demeure. Quid lorsque le bijuridisme s’accompagne d’un bilinguisme ? Dans cette hypothèse, les problématiques liées à l’asymétrie culturelle se voient amplifiées.

L’amplification des problématiques d’asymétrie culturelle

« Là où ils s’accompagnent, le bilinguisme et le bijuridisme portent au paroxysme la complexité »,[6] car ils amplifient le phénomène de l’asymétrie culturelle. Toutefois, bien que « complexité » rime avec « intraduisibilité », les termes ne sont pas synonymes. Il existe en effet des techniques de traduction juridique en cas d’asymétrie culturelle, même amplifiée.

Le phénomène d’amplification de l’asymétrie culturelle

L’asymétrie culturelle peut se définir comme « le fossé qui sépare culturellement deux termes et les notions qu’ils véhiculent ».[7] En raison de la spécialité et de l’exclusivité culturelle de la langue juridique, le traducteur juridique est par essence confronté à une certaine asymétrie culturelle. Toutefois, lorsque le bijuridisme et le bilinguisme entrent en jeu, cette asymétrie culturelle se voit amplifiée ; elle ne situe plus uniquement au niveau conceptuel ou linguistique, mais à ces deux niveaux concomitamment. Les concepts juridiques pouvant faire l’objet d’une traduction juridique à double niveau peuvent être regroupés en deux catégories. D’une part, les concepts juridiques existant linguistiquement, mais sous une autre forme, dans la langue cible. D’autre part, les concepts juridiques étrangers à la langue et au système juridique cibles.

En premier lieu, bien que certains concepts juridiques existent linguistiquement dans la langue cible, leur portée juridique peut varier selon le système juridique à l’étude. En guise d’illustration, en droit allemand, le concept juridique de « Sachen » implique la corporalité. En droit français, son équivalent linguistique « biens » recouvre tant la corporalité que l’incorporalité. Autre exemple, en droit anglais, existe le concept juridique de « chattels real ». L’équivalent linguistique de « chattels » est classiquement « biens meubles » en droit français.[8] Toutefois, en droit anglais, « real » suppose une nature immobilière. Traduire « chattels real » par « biens meubles immeubles » serait un non-sens mettant en lumière le fossé conceptuel entre les droits anglais et français.

En second lieu, il existe des concepts juridiques étrangers à la langue et au système juridique cibles. Ces concepts juridiques peuvent relever du droit matériel, mais également de l’ordre institutionnel. S’agissant d’une part des concepts de droit matériel, peuvent être mentionnés la « consideration » et l’« estoppel », purs produits des Pays de Common Law. Concernant d’autre part les concepts d’ordre institutionnel, l’huissier de justice français en est une très bonne illustration. En France, l’huissier de justice fait la police de l’audience. Il est également agent d’exécution, agent significateur, ou encore mandataire judiciaire. Toutes ces fonctions sont regroupées en une seule institution. Tel n’est pas le cas en droit allemand, où le « Gerichtsvollzieher » n’est qu’agent d’exécution et agent significateur.

En somme, l’asymétrie culturelle se voit potentiellement amplifiée en matière de traduction juridique, en ce qu’elle peut se situer tant au niveau linguistique qu’au niveau conceptuel. Néanmoins, il convient de souligner que malgré cette amplification de l’asymétrie culturelle, la traduction juridique n’en demeure pas moins possible. Il existe en effet des techniques de traduction juridique adaptées aux cas d’asymétrie culturelle.

 Les techniques de traduction juridique en cas d’asymétrie culturelle

Nonobstant toute asymétrie culturelle, amplifiée ou non, il existe des techniques de traduction permettant de surmonter les obstacles inhérents à la traduction juridique. Parmi celles-ci figurent l’équivalence sémantique, l’équivalence fonctionnelle, ainsi que l’emprunt. Ces techniques prennent en considération le « degré d’intraduisibilité »[9] des termes juridiques. Elles font ci-dessous l’objet d’une étude prenant relativement en compte l’impératif de fidélité au droit source.

En premier lieu, l’équivalence sémantique vise à remplacer le terme juridique à traduire par son équivalent conceptuel et linguistique. Dans cette hypothèse, l’asymétrie culturelle est relativement insignifiante. Toutefois, il convient de souligner que l’équivalence, même sémantique, ne suppose pas nécessairement une parfaite identité. En guise d’illustration d’une équivalence sémantique, peuvent être mentionnés l’« offre » en droit français, l’« offer » en droit anglais et l’« Angebot » en droit allemand.

En deuxième lieu, l’équivalence fonctionnelle vise à remplacer le terme juridique à traduire par un équivalent conceptuel et linguistique. Dans cette hypothèse, l’asymétrie culturelle étant relativement plus contraignante que dans le cadre d’une équivalence sémantique, il appartient au traducteur juridique de ruser pour éviter toute perte de sens tout en préservant le naturel de la traduction. Par exemple, en droit anglais, les « mortgages » sont des hypothèques de nature mobilière ou immobilière. En droit français, les hypothèques ne peuvent être que de nature immobilière. Dès lors, il appartient au traducteur juridique, dans l’hypothèse d’une « mortgage » mobilière, d’insérer une béquille et d’ainsi expliciter la nature de l’hypothèque : « hypothèque mobilière ».

En troisième lieu, l’emprunt consiste à reprendre verbum pro verbo l’expression étrangère consacrée. La technique de l’emprunt est fréquemment employée lorsque l’asymétrie culturelle est extrêmement importante, id est lorsque le degré d’intraduisibilité est très élevé. Common law, equity, estoppel sont des concepts juridiques systématiquement (ou presque) empruntés lorsqu’ils surviennent. Parfois, en raison d’un impératif de fidélité, il se peut que l’emprunt s’accompagne d’un descriptif du concept juridique. Cela peut s’avérer salvateur, voire indispensable, notamment dans le cadre de traductions juridiques à destination de juridictions.

Conclusion

La traduction juridique se trouve à la croisée des cultures juridiques et linguistiques. En raison de sa spécialité et de son exclusivité culturelle, la langue juridique dresse par essence des obstacles d’ordre juridique et linguistique. Si le bijuridisme se conjugue au bilinguisme, l’asymétrie culturelle est amplifiée et les obstacles à surmonter sont renforcés. Néanmoins, il existe des techniques de traduction qui permettent de vaincre les difficultés inhérentes à la traduction juridique, à savoir l’équivalence sémantique, l’équivalence fonctionnelle, ainsi que l’emprunt. Ces techniques combinent les aspects juridique et linguistique de la terminologie juridique.

Au demeurant, précisément parce que la traduction juridique se trouve à la croisée des cultures juridiques et linguistiques, il convient de se demander s’il faut être juriste pour traduire le juridique. Bien que la question fût d’ores et déjà traitée, son intérêt demeure.[10] En effet, la réponse ne peut pas être binaire. Tout dépend du skopos, id est de la fonction que remplira la traduction juridique. Si c’est une traduction juridique pour des juridictions, une grande fidélité est requise, peut-être également un descriptif du concept juridique étranger. Si c’est une traduction juridique pour un comparatiste, tant l’emprunt que l’équivalence fonctionnelle pourraient être nécessaires. Dans ces hypothèses, une solide formation juridique, a minima dans les domaines concernés par la traduction, semble requise. Si la traduction juridique ne sollicite aucun concept juridique particulier, ou des concepts présentant tous des équivalences sémantiques, une formation juridique ne paraîtrait point indispensable stricto sensu.

 

Bibliographie

Articles

Bélanger, Christiane, Sandra Douyon-de Azevedo, Nicole Michaud, et Claire Vallée. « « Faut-il être juriste ou traducteur pour traduire le droit ? » : contribution au débat ». Meta: Journal des traducteurs 49, no 2 (2004): 457. https://doi.org/10.7202/009370ar.

Gémar, Jean-Claude. « De la traduction juridique à la jurilinguistique : la quête de l’équivalence ». Meta: Journal des traducteurs 60, no 3 (2015): 476. https://doi.org/10.7202/1036139ar.

Harvey, Malcolm. « What’s so Special about Legal Translation? » Meta: Journal Des Traducteurs 47, no 2 (2002): 177. https://doi.org/10.7202/008007ar.

Lavoie, Judith. « Faut-il être juriste ou traducteur pour traduire le droit ? » Meta: Journal des traducteurs 48, no 3 (2003): 393. https://doi.org/10.7202/007599ar.

Terral, Florence. « L’empreinte culturelle des termes juridiques ». Meta: Journal des traducteurs 49, no 4 (2004): 876. https://doi.org/10.7202/009787ar.

Dictionnaires

Nicholson, Kate, Anna Stevenson, Nadia Cornuau, et Georges Pilard, éd. Harrapś Dictionnaire Juridique =: Law Dictionary ; Francais-Anglais, English-French. Paris: Dalloz, 2004.

Livres

Cao, Deborah. Translating law. Topics in translation 33. Clevedon ; Buffalo: Multilingual Matters, 2007.

Cornu, Gérard. Linguistique juridique. 3. éd. Domat droit privé. Paris: Montchrestien, 2005.

Livres – Contributions

Engberg, Jan. « Comparative Law for Translation : The Key to successful Mediation between Legal Systems ». Dans Borja Albi, Anabel, et Fernando Prieto Ramos, éd. Legal translation in context: professional issues and prospects. New trends in translation studies, volume 4, 9-25. Bern: Peter Lang, 2013.

Gémar, Jean-Claude. « Traduire le droit. Lettre, esprit et équivalence ». Dans Traduction du droit et droit de la traduction, sous la direction de Marie Cornu et Michel Moreau. Thèmes & commentaires. Actes. Paris: Dalloz, 2011.

Lois

Code civil français dans sa rédaction du 01er octobre 2018

Deutsches Bürgerliches Gesetzbuch (Code civil allemand) dans sa rédaction du 17 février 2019

Deutsche Zivilprozessordnung (Code de procédure civile allemand) dans sa rédaction du 17 février 2019

 

Notes

[1]     Jean-Claude Gémar, « De la traduction juridique à la jurilinguistique : la quête de l’équivalence », Meta: Journal des traducteurs 60, no 3 (2015) : 476, 491, https://doi.org/10.7202/1036139ar.

[2]     Jean-Claude Gémar, « Traduire le droit. Lettre, esprit et équivalence », dans Traduction du droit et droit de la traduction, sous la direction de Marie Cornu et Michel Moreau (Paris: Dalloz, 2011).

[3]     Deborah Cao, Translating law (Buffalo: Multilingual Matters, 2007), 33.

[4]     Florence Terral, « L’empreinte culturelle des termes juridiques », Meta: Journal des traducteurs 49, no 4 (2004) : 876, 880, https://doi.org/10.7202/009787ar.

[5]     Nicholas Foster, (2000) : « Company Law Theory in Comparative Perspective : England and France », The American Journal of Comparative Law, 48-4 (2000) : 573, cité dans Florence Terral, « L’empreinte culturelle des termes juridiques », Meta: Journal des traducteurs 49, no 4 (2004) : 876, https://doi.org/10.7202/009787ar.

[6]     Gérard Cornu, « Synthèse », dans O. Snow et J. Vanderlinden (dic.), Français juridique et science du droit, Bruxelles, Bruylant, 1995, 13, cité dans Jean-Claude Gémar, « Traduire le droit. Lettre, esprit et équivalence », dans Traduction du droit et droit de la traduction, sous la direction de Marie Cornu et Michel Moreau (Paris: Dalloz, 2011), 133.

[7]     Jean-Claude Gémar, « Traduire le droit. Lettre, esprit et équivalence », dans Traduction du droit et droit de la traduction, sous la direction de Marie Cornu et Michel Moreau (Paris: Dalloz, 2011), 133.

[8]     Kate Nicholson, Harrapś Dictionnaire Juridique : Law Dictionary ; Francais-Anglais, English-French, (Paris : Dalloz, 2004).

[9]     Florence Terral, « L’empreinte culturelle des termes juridiques », Meta: Journal des traducteurs 49, no 4 (2004) : 876, 883, https://doi.org/10.7202/009787ar.

[10]   Judith Lavoie, « Faut-il être juriste ou traducteur pour traduire le droit ? », Meta: Journal des traducteurs 48, no 3 (2003) : 393, https://doi.org/10.7202/007599ar ; Christiane Bélanger et al., « « Faut-il être juriste ou traducteur pour traduire le droit ? » : contribution au débat », Meta: Journal des traducteurs 49, no 2 (2004) : 457, https://doi.org/10.7202/009370ar.