COVID-19 et le marché de la traduction

Par Marie Fiquet, étudiante M1 TSM

Je vous retrouve aujourd’hui pour vous parler d’un fléau qui touche le monde entier depuis plusieurs mois, qui répond au doux nom de coronavirus ou COVID-19. Ce virus a émergé dans la ville de Wuhan en décembre 2019, il s’est d’abord propagé dans les pays d’Asie puis progressivement vers l’Europe pour enfin être qualifié de pandémie le 11 mars 2020 par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), ce qui a résulté sur de nombreux dispositifs de confinement au sein de différents pays du monde, notamment en France le 17 mars 2020 à 12 h 00. Et là, c’est la douche froide pour de nombreux Français : télétravail, chômage partiel, mesures de distanciation sociale, fermeture des parcs, cinémas, restaurants, discothèques, centres commerciaux et surtout déplacements interdits sans la fameuse attestation…Pour ne pas brusquer la population, le Président nous parle de quinze jours puis en rajoute quinze autres pour enfin fixer la date du déconfinement (avec respect des gestes barrières) au 11 mai 2020.

À ce jour, on dénombre 5 404 512 cas confirmés de COVID-19 (145 555 en France) et 343 514 décès (28 530 en France).

Hop hop hop, je vois venir vos critiques « On sait déjà tout cela ! » « Oh non un énième article sur le sujet ! » « Ras le bol, on en a mangé pendant des mois et des mois ! » Rassurez-vous, il s’agit d’une simple entrée en matière. L’article traite du COVID-19, certes, mais principalement de l’effet qu’il a eu et a encore à ce jour sur le monde de la traduction et ses différents protagonistes.

Nous savons tous que cette pandémie, loin d’être encore endiguée, a et aura des effets durables sur l’économie française mais également mondiale. Et pour cause, lors de ces deux mois de confinement et encore aujourd’hui, le système s’est retrouvé à l’arrêt : fermeture administrative des lieux recevant du public et non-indispensables à la vie du pays, des salariés au chômage technique, en arrêt de travail pour garde d’enfants ou en incapacité à télétravailler… Les petites entreprises comme les grands groupes français sont impactés.

Je me suis donc posée les questions suivantes : qu’en est-il du secteur de la traduction, pour les indépendants et les agences ? Y-aura-t-il un réel impact sur le marché ?

Pour ce faire, j’ai élaboré plusieurs questionnaires que j’ai dirigés à l’encontre de traducteurs indépendants et également d’agences pour récolter les différentes opinions et ressentis durant ce confinement. C’est un travail qui a également été réalisé à plus grande échelle par différents organismes (EUATC, FIT Europe, Commission européenne, Elia, EMT, GALA) qui mènent chaque année une enquête appelée « European Language Industry Survey » à destination des freelances (traducteurs et interprètes). Celui-ci analyse l’état de l’industrie des langues à travers les différentes tendances, façons de faire, opinions pour permettre d’expliquer et prévoir les changements actuels ou même futurs. Mais cette année, la pandémie a complètement bousculé les résultats, les organismes ont donc dû adapter leur démarche et ont quelque peu redirigé l’étude vers celle-ci. Deux enquêtes ont été menées, la première réalisée durant la semaine du 27/03/2020 au 03/04/2020 à laquelle 1 036 professionnels indépendants de 29 différents pays européens et 18 autres ont participé et la seconde réalisée durant la semaine du 17/04 au 24/04 avec 400 participants de plus et 7 nouveaux pays européens.

Leurs questionnaires tout comme les miens ont abordé différentes questions :

Le COVID-19 a-t-il impacté l’activité ? Le chiffre d’affaires ?

Les traducteurs freelances que j’ai interrogés, déclarent qu’il y a eu une baisse notamment dans leur chiffre d’affaires. Certains accusent une baisse allant jusqu’à 67 % pour le mois d’avril. D’autres déclarent que la chute n’est pas très importante ou qu’ils ne voient pas encore d’impact notamment par la nature des projets qu’ils traitent.

Les agences, elles aussi, ont connu une baisse parfois de l’ordre de 30 %.

Selon la 1ère enquête des organismes :

Figure 1 Résultats de la première enquête

La 2de, elle, annonce :

Figure 2 Résultats de la seconde enquête

Et pour cause, les répondants déclarent qu’ils reçoivent beaucoup moins de demandes.

D’autres impacts se font sentir sur le marché : de nombreux retards, des traductions centrées sur les mêmes thèmes…

Quels sont les secteurs les plus touchés ?

Ayant été à l’arrêt ou parfois ralenties, les différentes industries accusent d’un impact plus ou moins important selon les secteurs.

Parmi les secteurs fortement touchés, on retrouve le tourisme, la production, l’aviation, les arts, la mode, la vente… Quant aux secteurs moyennement touchés, il s’agit du juridique et de la finance.

Certains ont plutôt été privilégiés lors de cette crise et, sans grande surprise, nous retrouvons le médical (brevets, sur le COVID-19), les télécommunications, la consommation, le marketing (habitudes d’achat pendant le confinement), le streaming, l’informatique, les jeux vidéo, la communication de crise…

Comment les différents acteurs du secteur se sont-ils adaptés pour faire face à cette crise ?

Toute crise implique une perte, et donc, la nécessité de s’adapter. Je me suis demandé quelle allait être la réponse des clients, des agences ou encore des traducteurs concernant les prix et les services qu’ils proposent pour combler le manque à gagner.

J’ai reçu diverses réponses à ce sujet, en général les traducteurs indépendants ont décidé de baisser les prix pour de nouveaux clients, faire des remises à certaines agences, élargir leur domaine de spécialité ou encore accepter des contrats qu’ils n’auraient acceptés en temps normal.

Passons du côté des agences, certaines ont parfois baissé les prix de 15 % pour de nombreux clients, d’autres que très légèrement car il s’agit de contrat à tarifs fixés.

La SFT a communiqué sur le sujet en rappelant que les « prestataires n’étaient pas des variables d’ajustement » car certaines grandes entreprises ont fait pression sur les traducteurs pour baisser leur prix.

Qu’en est-il de la relation avec les clients, les traducteurs ou encore les agences ?

Cette situation s’accompagne évidemment d’incertitude et de stress, on peut alors s’interroger sur la relation humaine entretenue entre les divers acteurs.

Dans la deuxième enquête, 73,3 % des indépendants déclaraient avoir eu contact avec leurs clients contre 26,7 % qui ne l’ont pas été. Ces échanges concernaient principalement les projets et les factures. Les clients ont également partagé pour rassurer les indépendants et prendre de leur nouvelle.

Il a été noté que le nombre de clients « exigeant » une baisse des tarifs a diminué (de 16,2 % à 7,6 %) bien que cela persiste. Une tout autre approche a été observée, qui entre plus dans une renégociation des prix et une modification des conditions de paiement. De plus, quelques répondants ont ajouté que quelques-uns de leurs clients retardaient les paiements ou ne répondaient pas aux appels ou e-mails sur le sujet.

Du côté de mes questionnaires, les traducteurs et agences ont parfois remarqué un environnement plus tendu et inquiet, des délais de réponses un peu plus longs, davantage de messages d’absences et également, sur une note plus positive, une bonne entraide et une compréhension vis-à-vis de chacun.

Qu’en est-il des aides apportées par l’État ?

Les États des pays européens ont promis aux professions indépendantes et aux entreprises différentes aides. En France, il en existe plusieurs :

– indemnités journalières pour garde d’enfant ;
– délais de paiement d’échéances sociales et fiscales ;
– report de paiement des loyers et certaines factures pour les entreprises ;
– un fonds de solidarité (de 2 volets) ;
– prêt garanti par l’État ;
– médiateur des entreprises ;
– prise en charge des cotisations de retraite complémentaire.

Mais qu’en est-il réellement ?

À la date de la première enquête, seulement 18,1 % des participants avaient déclaré avoir fait appel à certaines aides contre 62 % qui attendaient de voir.

Lors de la seconde enquête, 34,4 % en avaient fait la demande, 31,5 % non et enfin 34,3 % attendaient également de voir s’ils en auraient besoin.

Lorsque je recoupe les différentes réponses de mes questionnaires, la majorité des freelances ne bénéficient pas d’aides (beaucoup trop de conditions à remplir) mais quelques-uns oui pour la garde d’enfant.

Quel avenir pour le secteur de la traduction ?

La question est : les acteurs du secteur appréhendent-ils le « retour à la normale » ou craignent-ils pour leur activité ?

Les personnes interrogées ont conscience d’un possible ralentissement ou de quelques impacts concernant les prix car moins de budget sera consacré aux traductions. Mais pour l’heure, rien n’est fixé, la situation sera décisive dans les mois à venir. Voici un avis qui illustre bien ces propos :

 « J’ai quelques craintes, on attend de voir ce qui peut se passer. Les 2-3 mois qui vont suivre seront déterminants même si l’arrivée de l’été ne permet pas de juger dans les meilleures conditions. Septembre est économiquement encore loin. Le marché est assez fluctuant aussi, on peut être très débordé puis c’est le calme. Tout le monde s’accorde à dire que c’est un marché qui fonctionne par vagues. »

Pour conclure sur une note plus positive, la majorité des répondants n’ont qu’une hâte : c’est de reprendre une activité, un rythme normal et ne craignent pas l’avenir pour le moment.

Toute cette situation pourrait ouvrir la réflexion sur la nécessité de bureaux physiques pour les petites et moyennes agences. Cette crise n’a pu que démontrer l’efficacité du travail à distance.

Je remercie Agathe Legros, Aurélie Bretel, Céline Thorin, Kévin Bacquet, TWIS LTD et autres traducteurs freelances et agences qui ont eu la gentillesse de participer à mes différents questionnaires.
Un grand merci à toutes les personnes qui ont fait front dès le début de cette pandémie.

Sources :

« 2020 European Language Industry Survey Launched ». 2020. EUATC (blog). 23 janvier 2020. https://euatc.org/industry-surveys/2020-language-industry-survey-launched/.

« 2020 European Language Industry Survey launched – EUATC ». s. d. https://euatc.org/industry-surveys/2020-language-industry-survey-launched/.

« COVID-19 Impact on Independent T&I Professionals | FIT Europe ». 2020. http://fit-europe-rc.org/en/how-covid-19-is-impacting-independent-translation-and-interpreting-professionals/.

EUROPEAN LANGUAGE INDUSTRY SURVEY 2020 – Before &After COVID-19. 2020. https://euatc.org/industry-surveys/eurpoean-language-industry-before-and-after-cv19-webinar-recording/.

FranceTransactions.com. s. d. « COVID-19 : aide financière exceptionnelle pour les indépendants (URSSAF/CPSTI) ». Guide Epargne. https://www.francetransactions.com/actus/actualites-socio-economiques/covid-19-aide-financiere-exceptionnelle-pour-les-independants-urssaf-cpsti.html.

« Further Findings from Take 2 COViD-19 Survey | FIT Europe ». 2020. http://fit-europe-rc.org/en/further-findings-from-the-take-2-covid-19-survey/.

« Maladie Covid-19 (nouveau coronavirus) ». 2020. Institut Pasteur. 21 janvier 2020. https://www.pasteur.fr/fr/centre-medical/fiches-maladies/maladie-covid-19-nouveau-coronavirus.

« SFT – Actualités ». 2020a. https://www.sft.fr/fo/public/menu/archives_news/news_fiche&newsId=2578.

« SFT – Actualités ». 2020b.https://www.sft.fr/fo/public/menu/archives_news/news_fiche&newsId=2575.

« Take 2 Survey | FIT Europe ». 2020. http://fit-europe-rc.org/en/initial-results-from-fit-europes-covid-19-take-2-survey/.

Wordbee. 2020. The impact of COVID-19 on gaming, travel and translation.

Netflix et la traduction

Par Célia Wisniewski, étudiante M2 TSM

NetflixTraduction

 

Avec les réseaux sociaux et les autres moyens de communication, il est assez courant de reporter la moindre erreur, et malheureusement pour Netflix, ils n’ont pas échappé à cette nouvelle réalité. Les erreurs de traduction se sont multipliées, donnant parfois des résultats frôlant le ridicule. Un hashtag TraduisCommeNetflix, un classement Topito ou encore une page Tumblr ont vu le jour. Cette mauvaise publicité a vite fait prendre conscience à Netflix de la faiblesse de son processus de traduction. Quelles étaient les failles de ce processus ? Quelles améliorations ont été apportées ? C’est à ces questions que nous allons répondre. Netflix et la traduction, une histoire au passif mitigé, mais en voie d’amélioration.

En 1997, Netflix voit le jour. En 2010, la plateforme connaît un développement fulgurant grâce à l’accélération du débit internet rendant possible le visionnement en streaming de contenu vidéo. Aujourd’hui, Netflix est présent dans 190 pays pour un chiffre d’affaires de 12 milliards d’euros (2017) pour 158,33 millions de clients (2019). C’est un des leaders incontestés du marché. Ces performances s’expliquent avant tout grâce à la disponibilité de son contenu dans de nombreuses langues (sous-titres et/ou bande audio). Pour exemple, la série « Stranger Things », l’un des contenus originaux phares de Netflix propose 6 bandes audio différentes et 5 langues sont disponibles en sous-titre. Au total, cela permet de toucher sept langues différentes. Ces langues représentent la majeure partie de la cible Netflix (allemand, anglais, espagnol, français, portugais et arabe). Cela démontre bien que la croissance de Netflix est étroitement liée à sa capacité de traduction.

Dans un environnement concurrentiel comme celui du streaming vidéo où seule l’exclusivité de contenu permet de tirer son épingle du jeu, Netflix a fait le choix de produire et/ou de financer son propre contenu. En effet, le nombre de programmes originaux Netflix ne cesse de croître (Orange is the new black, 13 Reasons Why, Narcos, BoJack Horseman, etc.). Mais qui dit production vidéo dit également traduction. La variété de langues sources (anglais, français, coréen, portugais, espagnol, allemand, italien, etc.) et  le nombre de langues cibles rendaient les projets de traduction compliqués et avait comme conséquence finale un coût de traduction important.

Pour y remédier, Netflix a revu son processus de traduction et a lancé en 2017 une plateforme dédiée nommée Hermes. Pour être répertorié sur cette plateforme en tant que traducteur, il faut passer un QCM de 2 heures qui prend en compte la compréhension de l’anglais, mais surtout la rapidité. Ceux qui réussissent le test peuvent ensuite traduire les contenus que Neflix publie au fur et à mesure. Bien sûr, la cohérence entre les épisodes n’est pas respectée puisque les épisodes sortent petit à petit, et les traducteurs changent d’un épisode à un autre. Le salaire proposé est un salaire à la minute de contenu, et non à la minute traduite comme c’est souvent le cas pour la traduction de contenu audiovisuel. Cela signifie donc que le salaire touché peut passer du simple au double voire au triple en fonction du nombre de dialogues dans le film.

Mais les critiques ne se font pas attendre. En effet, contrairement au milieu professionnel de la traduction, les traducteurs Netflix ne sont pas des traducteurs reconnus. Le métier de la traduction admet aujourd’hui une diversité de formations et donc une diversité des profils. De ce fait, les contrats moins rémunérés à l’image de ceux de Netflix, sont choisis par des traducteurs n’ayant pas forcément les capacités de traduction nécessaires. Il en résulte donc une qualité de traduction discutable, surtout lorsque le contexte de la série n’est pas connu lors de la traduction. On trouve souvent dans ces sous-titres des abréviations, des fautes d’orthographe ou même des contresens. Netflix ferme finalement cette plateforme en 2018, prétendument à cause d’une base de données suffisamment étoffée.

Toutes ces problématiques ont contraint Netflix à abandonner cette plateforme afin de revenir à un processus plus traditionnel. Aujourd’hui, Netflix externalise sa fonction de traduction grâce à l’utilisation des partenaires locaux (appelés « Vendor »). Ces partenaires sont ensuite responsables de la qualité des traductions fournies et donc du choix des traducteurs. Côté traducteurs, le travail reste le même avec une méthode de paiement similaire. À titre d’exemple, une traduction de l’anglais vers le français est aujourd’hui rémunérée 7,2$ la minute (soit environ 6 euros) qu’importe le type de contenu traduit (le nombre de mots n’a aucune incidence). Cette traduction est toujours réalisée sur une plateforme développée par Netflix sur laquelle tous les traducteurs employés par Netflix travaillent. Cette plateforme fait également l’objet de vives critiques : chronométrage du temps de traduction, impossibilité d’enregistrer son travail, ou encore, envoi direct au partenaire Netflix sans vérification possible. La critique la plus dénoncée concerne la relecture des traductions. En effet, une relecture est censée être réalisée par une personne tierce physique et non un programme. C’est sur ce point que de nombreux doutes émergent. En effet, même si ce processus permet de réduire le nombre d’erreurs sur les traductions, les erreurs restantes pourraient être évitées par une relecture.

Il y a 5 ans, Netflix était le leader incontesté du streaming vidéo sur le marché. Depuis deux ans, le nombre d’acteurs s’est démultiplié (Amazon Prime, HBO, Canal +, etc.) et les politiques commerciales appliquées par ces derniers sont des plus agressives. De nombreuses séries sont retirées d’une plateforme pour repartir sur une autre et de ce fait, des contenus sont subitement supprimés de Netflix. Ce dernier point est l’autre problème de Netflix. Mais la remise en question de cette industrie pourrait avoir des conséquences sur la totalité des acteurs ayant un rôle à y jouer. Le rôle du traducteur est donc remis en cause. Il est donc normal de se demander si ce changement aura des conséquences sur la traduction de contenu multimédia.

 

Sources :

https://www.alltradis.com/sous-titrages-netflix/

http://www.slate.fr/story/169668/netflix-sous-titrage-traduction-recrutement-remuneration

https://www.assimil.com/blog/que-peut-on-dire-des-sous-titrages-des-programmes-netflix/

https://www.lesechos.fr/2017/04/netflix-a-la-recherche-de-traducteurs-pour-ameliorer-ses-sous-titres-165550

http://www.premiere.fr/Cinema/News-Cinema/Les-mauvais-sous-titres-de-Netflix-enervent-les-professionnels

https://www.lepoint.fr/pop-culture/series/pourquoi-les-sous-titres-de-netflix-frisent-l-amateurisme-06-05-2019-2310985_2957.php

http://www.topito.com/top-traduction-netflix

https://slator.com/demand-drivers/why-netflix-shut-down-its-translation-portal-hermes/

https://beta.ataa.fr/blog/article/le-sous-titrage-francais-de-roma

L’insertion professionnelle dans le monde de la traduction : expectations vs reality

Par Maximilien Dusautois, étudiant M2 TSM

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Si vous arrivez sur ce billet de blog, les chances sont grandes pour que vous soyez impliqué dans le monde de la traduction, que vous soyez professionnel, étudiant ou simple quidam intéressé par la question. Ce monde merveilleux où il peut parfois sembler compliqué de s’insérer professionnellement (« quoi, t’es étudiant en traduction ? Mais ça sert à rien, y a Google Trad maintenant non ? »). Ce monde merveilleux où, lorsque vous êtes parfaitement bilingue français-suédois, on vous propose un poste où l’allemand est requis (« ben quoi, c’est pas la même chose ? »). En tant qu’étudiant de deuxième année de master, presque diplômé et futur entrant sur le marché du travail, il me semblait utile et nécessaire de poser la question qui fâche : comment se passe réellement l’insertion professionnelle sur le marché après des études de traduction?

Si l’on regarde les chiffres et uniquement les chiffres, le monde de la traduction est un monde merveilleux où l’on s’insère sans souci et où l’argent coule à flots. Des milliards et des milliards de dollars sont brassés chaque année et le marché est en croissance exponentielle[i]. Les différentes formations de traduction offrent des chiffres d’insertion professionnelle mirobolants qui feraient baisser la courbe du chômage à eux tout seul. Par exemple, l’ISIT parle de 93% des diplômés qui trouvent un emploi 3 mois après le diplôme, dont 62% avant d’être sortis de l’ISIT[ii] ; les chiffres d’insertion professionnelle du master TSM sont également très prometteurs (94% en 2011, 98% en 2012, 95% en 2013, 93% en 2014, 100% en 2015…)[iii], tout comme ceux de l’ESIT à Paris (87% d’insertion professionnelle)[iv].

Mais les chiffres restent des chiffres. Il convient d’exercer son esprit critique : on peut leur faire dire ce que l’on veut, surtout lorsque ceux-ci deviennent des arguments de vente pour une formation. On ne peut également, en 2019, se baser uniquement sur une analyse quantitative : la qualité du travail et le bien-être dans l’exercice de son activité professionnelle sont des valeurs importantes à prendre en compte.

J’ai donc décidé de mener ma propre enquête*, et j’ai recueilli pour cela les avis de 23 étudiants en traduction spécialisée et de 30 professionnels. Cela m’a permis de comparer les attentes des étudiants à quelques mois de leur diplôme avec la réalité du marché. Les attentes des étudiants sont-elles en adéquation avec ce que le marché a à leur offrir ?

Les rémunérations : ce qui est attendu vs les réalités du terrain

Commençons par le nerf de la guerre et le grand tabou français : les rémunérations ! Je me suis intéressé à la rémunération que souhaiteraient avoir les étudiants après leur diplôme. Après tout, on nous promet monts et merveilles et l’industrie n’est pas en difficulté. Qu’en est-il dès lors des prétentions salariales ?

Sur 23 étudiants, 65% ont répondu espérer toucher entre 25 000 et 31 999€ nets par an, soit une rémunération mensuelle comprise entre 2000€ et 2600€ par mois. Moins nombreux (39%) étaient ceux qui répondaient espérer toucher une rémunération légèrement inférieure, entre 18 000 et 24 999€ par an (soit entre 1500 et 1999€ par mois). 13% ont répondu vouloir ou espérer toucher au-delà de 32 000€ nets par an. (Merci de noter que plusieurs réponses étaient possibles pour cette question. Certains étudiants ont choisi une fourchette plus large en cochant plusieurs réponses, notamment dans les catégories les plus fréquemment choisies. Cela explique le chiffre total supérieur à 100%).

Maintenant, qu’en est-il des réalités du marché ? Sur les 30 répondants, 56,7% ont indiqué toucher une rémunération comprise entre 18 000 et 32 000€ (dans le détail, 36,7% entre 18 000 et 24 999€ et 20% entre 25 000 et 31 999€), ce qui correspond assez bien à ce que souhaitent les étudiants. Une seule personne (3,3% des sondés) a répondu toucher une rémunération supérieure à 38 000€ annuels. Les réponses tendent donc à prouver que les attentes salariales et les rémunérations effectives se situent bel et bien dans la même fourchette, ce qui ne manquera pas de rassurer les étudiants. Ce qui pourrait en revanche inquiéter à la fois étudiants et professionnels, c’est que le salaire moyen des diplômés bac +5 en France s’établit en moyenne à 46 050€[v] par an… Le delta est important, mais il est raisonnable de penser que le grand nombre de jeunes diplômés ayant répondu au sondage (la majorité des répondants ayant entre 25 et 27 ans) fausse le résultat à la baisse. En tout cas, le marché semble répondre aux attentes des futurs professionnels du point de vue salarial.

L’adéquation entre aspirations professionnelles et opportunités offertes par le marché

Un autre aspect intéressant à prendre en compte dans l’insertion professionnelle était pour moi le métier souhaité à la fin des études, et la façon de trouver un emploi.

Sur la première question, une majorité écrasante d’étudiants (82,6%) déclarent déjà savoir le métier qu’ils souhaitent exercer à l’issue de leurs études : traducteur indépendant, gestionnaire de projet, vendor manager… Et la deuxième bonne nouvelle de ce billet, c’est que 96,7% des professionnels sondés ont déclaré avoir exercé, dès la fin de leurs études, le métier qu’ils souhaitaient. Il semble donc possible, voire aisé, de trouver chaussure à son pied sur ce vaste marché.

Ensuite, en ce qui concerne la manière de trouver un emploi, les étudiants semblent assez bien informés de la meilleure manière de procéder. Environ la moitié d’entre eux estiment que le meilleur moyen de trouver un emploi reste le stage ; et un peu moins d’un sur cinq estime que le meilleur moyen est de créer sa propre activité. Des chiffres confirmés par les jeunes professionnels, qui sont 56% à déclarer avoir trouvé leur emploi grâce à leur stage, et 25% en créant leur activité. Les étudiants semblent cependant surestimer la capacité des canaux « classiques » tels que Pôle emploi ou des réseaux sociaux professionnels : s’ils sont 26% à estimer que ceux-ci peuvent leur permettre de trouver un emploi, dans les faits, seuls 10% des professionnels déclarent avoir trouvé un emploi de cette manière. Certains professionnels sont même plutôt critiques des institutions publiques, déclarant que le travail de traducteur est peu ou pas reconnu par les autorités et que les conseillers ne connaissent pas vraiment les spécificités de la branche.

Il m’a également semblé intéressant de demander l’avis des étudiants et des professionnels sur l’auto-entrepreneuriat. Malgré tout le bien qui en est dit lors des études, 71% (hors abstention) des étudiants se sentent freinés dans leur volonté de se lancer par la lourdeur administrative que ce statut implique. Cette proportion s’inverse totalement pour les professionnels de la traduction qui envisagent une reconversion (9 sondés), qui semblent peu effrayés par l’auto-entrepreneuriat (22% se sentent freinés contre 78% non).

Le bien-être au travail

Maintenant, intéressons-nous au bien-être au travail, grand débat du 21e siècle et qui se hisse en tête des priorités des étudiants en traduction dans la recherche d’un emploi (65,2%, contre 26,1% pour la sécurité financière et 8,7% pour l’absence de hiérarchie). Encore une fois, les étudiants peuvent se rassurer grâce aux réponses fournies par leurs aînés diplômés : 63,3% déclarent que leur bien-être au travail est élevé ou très élevé. 33,3% déclarent leur bien-être « moyen » (3 sur une échelle de 5), et seule une personne sondée se déclare peu heureuse au travail. À l’heure de l’explosion des burn-out et de la prise de conscience de la nécessité du soft-management[vi], ces chiffres sont de bon augure.

Le type de contrat signé est également une mesure intéressante du bien-être au travail. Plusieurs études tendent à montrer que l’emploi en CDI reste un marqueur important du bien-être au travail[vii] (pour plusieurs raisons : stabilité, reconnaissance sur le long terme, management inscrit dans la durée, peu de turn-over…). Et là encore, les étudiants peuvent se rassurer : 36,6% des primo-entrants sur le marché du travail ont trouvé tout de suite un emploi en CDI, contre seulement 16,7% en CDD. 46,7% ont créé leur propre activité, ce qui semble confirmer le peu d’aversion pour les jeunes professionnels pour cette forme d’emploi.

Peurs et difficultés d’insertion

Enfin, j’ai interrogé les étudiants sur leurs peurs et leurs doutes quant à leur insertion professionnelle. Ce qui revient le plus fréquemment (13 mentions parmi les 23 réponses), c’est la peur de la concurrence, que d’aucuns qualifieraient de déloyale, des autres traducteurs pratiquant des tarifs très bas, et des salaires qui en découlent et qui peuvent paraître bas pour un niveau bac +5. Vient ensuite la peur d’un démarrage difficile pour ceux qui souhaiteraient s’établir comme indépendants (5 mentions), puis des doutes sur les capacités à l’issue du master (4 mentions). Quelques autres peurs sont mentionnées une fois seulement : l’avenir du métier avec la traduction automatique, l’absence d’emploi à l’issue du stage, l’épanouissement personnel ou entre le statut à adopter. Une seule réponse ne mentionne aucune peur.

Les réponses des professionnels se montrent en partie rassurantes puisque 23 sur 30 ont répondu n’avoir éprouvé aucune difficulté à s’insérer sur le marché du travail. Pour les 7 professionnels ayant éprouvé des difficultés, 6 ont admis avoir eu des difficultés à se constituer un portefeuille client suffisant pour en vivre. Un autre problème rencontré par 2 professionnels a été l’impossibilité de trouver un emploi dans leur branche et dans leur région. Un seul répondant a déclaré que sa formation ne lui avait pas permis de prétendre à l’emploi qu’il souhaitait obtenir.

Au regard de ces résultats, la peur des étudiants concernant le portefeuille client semble être une réalité dans le métier ; cependant, il convient de rappeler que tous les professionnels interrogés semblent avoir surmonté cette difficulté puisqu’ils continuent d’exercer et de percevoir des salaires. La peur concernant les capacités à l’issue du master ne semble pas contre pas confirmée, puisqu’une seule personne n’a pu décrocher d’emploi à cause de cela.

Enfin, achevons de rassurer les étudiants sur leur employabilité : 63,3% des répondants ont déclaré avoir trouvé un emploi dans le mois suivant l’obtention de leur diplôme, 16,7% dans les 3 mois et 16,7% dans les 6 mois. Seuls 3,3% (un répondant !) ont déclaré avoir attendu plus d’un an avant d’obtenir un emploi.

 

Je dois moi-même avouer que les résultats de cette enquête m’ont surpris. Dans le contexte économique actuel, des résultats contraires ne m’auraient pas étonné plus que cela, mais le marché de la traduction semble bel et bien être un marché robuste qui permet à chacun de s’y insérer à l’issue de ses études. Les chiffres communiqués par les différentes formations semblent être conformes à la réalité, et la quantité de travail semble rejoindre dans la majorité de cas une certaine qualité du travail.  J’espère que ce billet de blog rassurera les étudiants bientôt diplômés et convaincra les indécis de se lancer dans le monde de la traduction professionnelle !

 

Un grand merci aux étudiants du master TSM de Lille et à tous les professionnels de la traduction qui ont pris le temps de répondre à mon enquête.

 

*Enquête composée de deux questionnaires anonymisés, un destiné aux étudiants du master TSM de Lille (23 répondants) et un autre aux professionnels de la traduction, tous métiers confondus (30 répondants). Vous pouvez demander un accès aux résultats complets de l’enquête en me contactant par mail (maximilien.dusautois.etu@univ-lille.fr).

 

[i] Source : https://www.tradutec.com/a-propos-de-tradutec/actualites/311-les-chiffres-de-la-traduction-professionnelle-en-2017.html

[ii] Source : https://www.isit-paris.fr/carriere-entreprises/insertion-professionnelle/

[iii] Chiffres communiqués par Rudy Loock, responsable du Master TSM au sein de l’Université de Lille, et issus des enquêtes de l’Observatoire de la Direction des Formations, qui sonde les diplômés 30 mois après l’obtention de leur diplôme, conformément aux demandes du ministère.

[iv] Source : http://www.univ-paris3.fr/medias/fichier/m2p-traduction-editoriale-economique-technique_1546955232570.pdf

[v] Source : https://start.lesechos.fr/emploi-stages/reseau-carriere/bac-2-vs-bac-5-le-match-des-salaires-11581.php

[vi] Définition et explication : https://www.expert-activ.com/soft-management-indispensable-entreprise/

[vii] Pour en savoir plus : https://start.lesechos.fr/emploi-stages/vie-en-entreprise/pour-ou-contre-etre-en-cdi-8904.php

Être traducteur en Allemagne : et pourquoi pas ?

Par Jordan Raoul, étudiant M1 TSM

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Fer de lance de l’Union européenne et industrie de pointe, l’Allemagne est le premier partenaire économique de la France. C’est donc une destination privilégiée pour les courageux, entre autres, qui se sont orientés vers l’apprentissage de l’allemand à partir du collège. Je suis moi-même, très intéressé par ce pays. La langue ainsi que les rencontres et les voyages que j’y ai faits m’ont poussé à envisager de m’y installer. N’étant pas encore traducteur, je n’ai pas la prétention d’être capable de comparer les deux pays. Néanmoins, j’ai pu, au cours des mois passés, interroger des traducteurs installés en Allemagne et recueillir des informations sur le marché allemand et la carrière que les traducteurs y mènent. Également en période de stage à Hamburg (pardonnez mon goût pour la non-traduction des noms de villes et de régions allemandes), j’ai l’occasion d’observer quotidiennement les relations entre les traducteurs, les clients et les gestionnaires de projets qui font le lien entre les deux.

 

Commençons par une petite présentation de nos protagonistes :

Charles Minnick est un traducteur américain installé à Brauschweig, dans le centre de l’Allemagne, depuis plus de 10 ans. Il travaille pour l’Établissement fédéral de technique physique (Physikalisch-Technische Bundesanstlat) où il fait principalement de la révision de textes traduits vers l’anglais.

Stephanie James vient d’intégrer le marché de la traduction. Elle vient de Nouvelle-Zélande mais son goût pour l’allemand l’a poussée à s’installer à Karlsruhe. Elle a été gestionnaire de projet pendant plusieurs mois avant de devenir traductrice à part entière. Bien que fraichement débarquée, son activité rencontre déjà beaucoup de succès.

Jess Schewel est une traductrice britannique installée, comme Charles, à Braunschweig. Après une formation qui s’apparente à la formation TSM et deux stages en Allemagne, elle a réalisé qu’elle était faite pour y rester. Elle traduit depuis 10 ans, elle est indépendante et travaille tant avec des agences qu’avec des clients directs.

Max Grauert GmbH est l’agence de traduction dans laquelle je suis actuellement stagiaire. Elle est située à Reinbek, près de Hamburg. Elle regroupe une petite équipe d’une quinzaine de personnes constituée essentiellement des gestionnaires de projets, mais emploie également des traducteurs à travers le monde, à distance, afin d’assurer le plus grand nombre de combinaisons de langues possible.

 

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Charles Minnick (à gauche), traducteur-réviseur à l’Établissement fédéral de technique-physique. Photo : Yuzhe Jia

 

« Alles, was einen Stempel hat, ist wertvoll ». En français, « Tout ce qui a un cachet officiel est précieux ». Ces paroles, que j’ai entendues plusieurs fois de la part d’acteurs du monde de la traduction allemand, font avant tout référence à une certification dont Charles me parlait déjà en novembre dernier. Il s’agit d’une sorte de diplôme d’État visant à faire certifier ses capacités de traducteurs et / ou d’interprète. Il s’agit d’un équivalent, si l’on veut, des certifications de niveau de langue, en cela qu’il n’est pas nécessaire de l’obtenir pour être traducteur en Allemagne. Charles Minnick ne l’a obtenue que récemment, Stephanie James compte s’y essayer à la prochaine session, tandis que d’autres se sont jetés dessus, comme les employés britanniques de l’agence de traduction Max Grauert GmbH, peut-être par crainte du Brexit. L’Allemagne étant un pays fédéral, chaque Land propose ses sessions et ne certifie pas nécessairement dans les mêmes langues que son voisin. Le Hessen certifie par exemple dans 30 langues, tandis que Bremen ne propose que le français, l’anglais et l’espagnol. Les épreuves ne sont pas non plus égales. Celle que souhaite passer Stephanie James est constituée de traductions de textes juridiques, tandis qu’une employée de Max Grauert GmbH n’a eu qu’à se rendre à un séminaire durant un après-midi pour obtenir sa certification.

À présent, que vous soyez ou pas en possession de cette certification, il vous faut être dans la légalité pour travailler. Beaucoup de traducteurs travaillent en tant qu’indépendants, même lorsqu’ils travaillent uniquement pour une seule et même agence de traduction. Cela leur permet d’être libres de vivre et de travailler à leur manière. Si Charles est salarié d’un institut, Stephanie et Jess sont, quant à elles, traductrices freelance. Le régime que l’on appelle Kleinunternehmer, s’apparente à celui des micro-entrepreneurs en France. La procédure est généralement simplifiée, mais elle nécessite un compte en Allemagne. Être Kleinunternehmer vous permettra d’obtenir ce que l’on appelle un Steur-ID et un Steuernummer, qui vous permettront d’établir vos factures. Dans le cas de Jess, ce régime lui a permis d’être exemptée de TVA durant ses deux premières années.

En tant que traducteur indépendant, plus particulièrement, il est important de pouvoir se faire connaître sur les réseaux sociaux. À ce sujet, ce qui est vrai en France reste vrai en Allemagne. Toutefois, il existe un réseau social bien allemand, Xing, qui se veut être le LinkedIn du marché germanophone (et donc suisse, autrichien et liechtensteinois, également). Il est important de savoir gérer son e-réputation tant sur Xing que sur LinkedIn, car tous deux représentent une grande part des échanges entre traducteurs et clients.

Et puisque je vous parlais à l’instant de marché germanophone, sachez qu’être traducteur francophone en Allemagne vous rapproche de clients autrichiens et suisses. Les Suisses ont d’importants besoins de traduction vers le français. Il ne faut pas avoir peur de ne pas être capable de maîtriser les variantes suisses du français et de l’allemand, car les textes à traduire sont souvent techniques et le vocabulaire est davantage influencé par la terminologie propre au domaine que par quelque dialecte qui soit. Il vous faudra toutefois apprendre à connaître les sources institutionnelles suisses, car on peut facilement confondre une source suisse avec une source française ou allemande.

Bien que l’Allemagne soit connue pour être un pays où règnent la rigueur et le professionnalisme, vous ne serez jamais à l’abri de tomber sur des clients peu organisés, louches, voire de mauvaise foi. Selon Stephanie James, qui a déjà fait de mauvaises rencontres, il faut éviter les agences de traductions qui transmettent des documents sans avoir pris vraiment contact ou qui ne font pas signer de clause de confidentialité. Jess Schewel brosse ainsi le portrait d’un client comme on en trouve beaucoup en Allemagne : « Certains clients préfèrent s’entretenir au téléphone et discuter du projet avant de le transmettre. La communication avec les Allemands est davantage formelle au début, mais, après quelques projets satisfaisants, devient décontractée (« vous » se transforme en « tu » et l’emploi du prénom se généralise, par exemple). Les réponses rapides sont de rigueur, surtout lorsqu’il s’agit d’une agence. ». Elle poursuit ensuite sur la question des salaires. Ses clients payent généralement au mot et le salaire varie entre 0,10 € et 0,20 € par unité. Certains clients, plus particulièrement les Suisses, préfèrent payer au segment. Ce type de paiement est quelque chose que j’ai observé personnellement lors de mon stage. J’ai questionné Stephanie James à ce sujet et sa réponse fut plutôt intéressante : « As-tu vu combien les mots allemands sont plus longs que ceux de beaucoup d’autres langues ? ». Cela fait sens : quand ce qui est en français une phrase devient en allemand un mot…

 

Ainsi, en vous parlant du marché allemand de la traduction, j’espère vous avoir présenté un marché qui, certes, ne se distingue pas radicalement du marché français, mais qui aura su vous rendre curieux et qui vous invitera à vous informer davantage sur ce beau pays et ses perspectives en matière de traduction.

 

Quelques sources et liens utiles :

https://bdue.de/de/der-beruf/wege-zum-beruf/staatliche-pruefung/

https://www.steuererklaerung.de/ratgeber-steuern/steuer-id-steuernummer

https://scheweltranslation.de/

https://www.linkedin.com/in/stephanie-james-0794b6142/

https://www.linkedin.com/in/jordan-raoul-a94a36175/

Seuls, exploités et mal payés : les traducteurs en voie d’extinction

Article original en italien Soli, sfruttati e malpagati: i traduttori sono in via d’estinzione, rédigé par Andrea Coccia le 6 Décembre 2017.

Traduction française d’Émilie Dot, étudiante M1.

 

Cet article fait le point de la situation des traducteurs littéraires en Italie, toujours plus en difficulté dans le marché de la traduction.

Ils font partie des catégories les moins défendues et les plus faibles du monde du travail : rémunérations qui, en Italie, sont quatre fois inférieures par rapport aux autres pays européens, aucune protection en matière de retraite ou de sécurité sociale et un futur qui, si la roue ne tourne pas, deviendra toujours plus sombre.

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Le métier de traducteur est l’une de ces professions qui se pratiquent dans l’ombre, presque toujours dans la solitude, freelance par excellence depuis toujours. Leur présence est tellement prise pour acquis par nous, lecteurs, que peu d’entre nous se souviennent que quelqu’un s’est mis entre l’auteur et le lecteur afin d’interpréter le texte original, d’en comprendre le fonctionnement pour le retranscrire dans une autre langue.

Et pourtant le travail de traduction est un travail d’auteur qui est tout à fait nécessaire. Un métier qui n’a pas de règles précises, mais qui n’est pas du tout automatique et requiert des années d’expérience, de technique, de créativité et un dur, très dur labeur. Cette profession fait également partie de celles qui ont rencontré le plus de difficultés ces dernières années de crise.

Dans un tel contexte, certains travailleurs du secteur se sont unis et, depuis le printemps 2016, ont créé la section des traducteurs éditoriaux « Strade » au sein du Slc-Cgil. L’objectif principal est clair : la « sauvegarde et la promotion du travail de tous les traducteurs qui travaillent, de manière exclusive ou partielle, en régime de droit d’auteur ». Mais il y a tant à faire, entre droits reniés et rémunérations trop basses qui risquent d’étouffer la catégorie, les condamnant ainsi pour la plupart à un futur dont l’unique certitude est de n’avoir pas de couverture retraite.

Strade mène deux batailles depuis des années : d’une part, l’établissement d’un fond qui aide les éditeurs à faire face aux dépenses liées à la traduction, d’autre part la diffusion d’un « vademecum » qui puisse résoudre l’un des plus grands problèmes du secteur, à savoir le manque de connaissance des droits des traducteurs éditoriaux.

« Traduire n’est pas simplement remplacer des mots par d’autres », explique Marina Pugliano, traductrice littéraire depuis maintenant 17 ans qui fait également partie des personnalités les plus actives sur le front syndical du secteur. « Tout dépend du talent du traducteur. Il existe mille et une manières de traduire une expression : imaginez pour traduire un livre. Il n’existe pas de mauvaises ou de bonnes façons de le faire, tout dépend de la clé d’interprétation. Traduire est un travail continu fait de choix incessants ».

Quelles initiatives menez-vous ?

Le vademecum est une initiative que nous menons depuis quelques années. Nous la présenterons à Rome à Più libri più liberi : c’est un instrument très utile, puisque la traduction est enseignée depuis des dizaines d’années contrairement à avant, quand tous se formaient en autodidacte, en lisant et en commençant à traduire. Au contraire maintenant, l’offre est telle que l’Italie est l’un des pays où l’on fait le plus de formation au monde…

Mais paradoxalement, c’est l’un des pays où la situation reste la plus difficile, c’est  bien cela ?

Oui, exactement. Nous sommes sur la dernière marche en ce qui concerne les rémunérations et les conditions contractuelles, surtout si on fait la comparaison avec l’Europe septentrionale (pour ne pas parler des États-Unis) où les traducteurs sont reconnus en tant que professionnels et ont des salaires tout à fait suffisants pour vivre de leur métier.

Quelle est la principale difficulté que vous rencontrez ?

Très certainement économique. Nous sommes des auteurs de seconde main, mais tout de même des auteurs. Bien évidemment, certains sont plus connus que d’autres, mais aucun n’atteint des revenus vertigineux. Personne n’est jamais devenu riche en traduisant. Et pourtant, c’est un travail qui demande une telle technique et une maîtrise de l’écriture égale à celle d’un écrivain. Dans toutes les écoles où grandissent de nouveaux traducteurs, tous ces aspects de protection légale de notre travail (puisqu’il existe la loi 633 qui régule notre profession et la définit comme profession d’auteur) ne sont pas mentionnés.

Quel est votre objectif ?

Faire savoir à nos collègues leurs droits d’auteur afin d’éviter lors de la signature de contrats avec les éditeurs qu’ils acceptent également des clauses suspectes ou que l’on ne reconnaisse pas les droits d’auteur, étant donné que très souvent, dans le cas des traductions littéraires notamment, les éditeurs proposent des contrats similaires à ceux des traductions techniques comme traduction de service, sans la partie « morale ».

Combien gagne un traducteur en moyenne ?

Il faut tenir compte du dernier sondage que nous avons effectué au sein de notre catégorie : une catégorie qui, mieux vaut le préciser, est tellement désagrégée que nous ne connaissons même pas le nombre exact de traducteurs en Italie. Un chiffre vraiment alarmant : un traducteur avec 10 ans de carrière derrière lui qui vit à 85 % de ses traductions (presque personne n’arrive à être traducteur à temps plein) peut gagner en moyenne 15 000 euros brut en un an, en travaillant 5 jours par semaine tout au long de l’année.

Dans ce cas, comment faites-vous pour arriver à la fin du mois ?

Beaucoup suivent des formations, d’autres ont une autre occupation et font de la traduction en second emploi. Il faut s’arranger, mais c’est très difficile et ça le sera encore dans le futur, étant donné que nous n’avons pas de caisse de retraite. Nous ne pouvons tout de même pas nous mettre à travailler 18 heures par jour : même si on le voulait, après quelques heures notre cerveau fatigue et il est nécessaire de faire des pauses. Le vrai risque est de se surcharger de travail et de ne pas réussir à travailler avec lucidité.

Pendant combien de temps réussit à travailler un traducteur par jour ?

Nous sommes toujours payés à la tâche. Notre salaire se base sur le nombre de touches frappées sur le clavier. Mais le problème d’un travail comme celui-ci est que le rapport entre le travail et le temps n’est pas quantifiable : ça dépendra toujours du livre à traduire. Même en parlant avec les syndicats, des difficultés de compréhension sont apparues à ce propos : quand on me demande combien de temps je mets à traduire une page, je ne sais jamais quoi répondre. Ça dépend de tellement de choses qu’il est impossible de calculer.

Combien est payé en moyenne un feuillet en Italie ?

Tout dépend de la langue. Une traduction effectuée depuis le chinois sera beaucoup plus coûteuse qu’une traduction faite depuis l’espagnol, le français, l’anglais ou encore l’allemand : ces dernières sont considérées comme des langues véhiculaires, plus diffusées et connues. Toujours sur la base de l’enquête dont je parlais tout à l’heure, les rémunérations par feuillet (environ 1300 à 1500 mots) depuis ces langues varient de 0 euros (comme dans le cas des universitaires menant des recherches par exemple) à 20-22 euros par feuillet. Mais attention : on propose parfois aux jeunes diplômés qui commencent à traduire et qui sont prêts à tout pour entrer dans le marché de la traduction 5 ou 6 euros par feuillet, alors que les éditeurs considèrent qu’une somme partant de 12 euros (brut, bien entendu) est décente, même si payés 90 jours après la livraison.

Et à l’étranger ?

En France, par exemple, les traducteurs sont payés de 30 à 33 euros en moyenne et ils ont une couverture sociale. En Allemagne, où le système de sécurité sociale est différent du nôtre, ils sont payés environ 20 euros par feuillet. Disons que le chiffre français est celui que nous devons viser pour espérer avoir un minimum de couverture retraite dans le futur.

Selon les données de l’AIE (Associazione Italiana Editori), les traductions littéraires représentaient environ 11 % en 2016, la moitié du chiffre atteint dix ans plus tôt. De plus, la majeure partie de ce pourcentage est liée aux incitations à la traduction de la part des états étrangers ou des centres culturels, aidant ainsi les éditeurs qui réussissent à utiliser ces fonds pour les traductions, ce qui pour eux est un coût à perdre étant donné qu’ils ne peuvent pas en revendre les droits. Si nous continuons de ce pas, d’ici 10 ans nous, traducteurs, risquons de disparaître.

 

La Fédération de Russie : richesse linguistique et marché de la traduction

Par Brandon Dauvé, étudiant M1 TSM

Dans un contexte de Coupe du Monde de football en Russie, il est d’actualité de parler du plus vaste pays de la planète. Avec une population estimée à 146,88 millions d’habitants au 1er janvier 2018, la Fédération de Russie a un statut à part en termes de subdivisions et de langues. En effet, cet état regorge d’ethnies et de peuples différents qui, en plus du russe, parlent une autre langue qui descend de leurs origines ou de leur emplacement. Cette diversité est la source de la richesse culturelle et linguistique de la Fédération de Russie, qui doit réussir à gérer les contrastes ainsi que cette forme de multilinguisme. Ces différentes langues ont-elles un impact sur le marché de la traduction en Russie ?

La Fédération de Russie

La Russie est constituée de 85 sujets :
– 22 Républiques autonomes
– 9 kraïs
– 46 oblasts
– 3 villes d’importance fédérale (Moscou, St Pétersbourg et Sébastopol)
– 1 oblast autonome
– 4 districts autonomes

Chacun de ces sujets dispose d’un pouvoir exécutif, législatif et judiciaire avec des degrés d’autonomie variables.

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[Source]

Lorsque l’on parle de l’état russe et de ses citoyens, il est important de parler de « Fédération de Russie » car cet état regroupe une multitude de peuples différents. En français, nous utilisons le mot « russe » pour désigner les individus qui vivent dans cet État alors qu’en russe, on fait la distinction entre « русский » [russkiy] (russe de langue et d’ethnicité) et « российский » [rossiyskiy] (russe de citoyenneté, en faisant abstraction des ethnies et peuples de Russie).

Ici, les sujets qui nous intéressent sont les Républiques autonomes puisqu’elles possèdent un statut particulier en matière de langues officielles.

Les Républiques autonomes de Russie

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1. Adyguée, 2. Altaï, 3. Bachkirie, 4. Bouriatie, 5. Kalmoukie, 6. Carélie, 7 Daghestan, 8. Ingouchie, 9. Kabardino-Balkarie, 10. Karatchaïévo-Tcherkessie, 11. Khakassie, 12. République des Komis, 13. République des Maris, 14. Mordovie, 15. Ossétie-du-Nord-Alanie, 16. République de Sakha, 17. Tatarstan, 18. Touva, 19. Tchétchénie, 20. Tchouvachie, 21. Oudmourtie (+ Crimée absente sur la carte). [Source]

Ces sujets ont obtenu ce statut particulier grâce aux revendications indépendantistes de la plupart des ethnies et peuples de Russie au moment de la dislocation de l’URSS. La Fédération de Russie a préféré leur accorder une plus grande autonomie afin de garder ces peuples au sein de l’État russe.

Les 22 Républiques autonomes de Russie possèdent leur propre Constitution, leur permettant notamment d’établir leurs langues officielles (langue d’État) sous certaines conditions, dont 2 importantes : la langue doit être écrite et utiliser l’alphabet cyrillique.
Par exemple, ces règles empêchent la Carélie (République autonome à la frontière finlandaise) d’attribuer le statut de langue officielle au carélien, car cette langue s’écrit avec l’alphabet latin.

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Graphique réalisé par mes soins en calquant les données de ce graphique

La reconnaissance d’une langue en tant que langue officielle au même niveau que la langue russe est un signe de reconnaissance de la culture d’un peuple et va au-delà de la simple pratique linguistique, c’est un véritable acte de nationalisme ethnique.

Près de 80 % des citoyens de Russie sont des Russes et 98 % s’expriment en russe. Avec plus de 100 langues et dialectes parlés en Russie, la richesse culturelle disparaît petit à petit au profit de la langue russe qui est enseignée uniquement ou principalement à 97 % dans les écoles publiques de Russie. Le statut de langue officielle permet donc aux Républiques autonomes de préserver leur patrimoine culturel et linguistique afin d’éviter une disparition plus ou moins lente.

La population urbaine parle majoritairement le russe en ayant une certaine connaissance plus ou moins développée de la langue du peuple autochtone, tandis que la population rurale parle plus souvent la langue du groupe ethnique avec, parfois, une connaissance du russe limitée. Cette situation devient de plus en plus rare car l’apprentissage du russe est obligatoire dans tout le pays. Malgré certaines lois au Bachkortostan, au Tatarstan et en Yakoutie qui obligent les élèves et étudiants de ces Républiques autonomes à étudier, en plus du russe, respectivement le bachkir, le tatar et le yakut au cours de leur scolarité, les langues et dialectes de Russie sont en danger et certains sont en voie de disparition.

Certaines Républiques autonomes soutiennent davantage la pratique de la langue régionale que certaines autres Républiques. En général, cette implication est corrélée avec les envies d’indépendance d’un peuple ou les données démographiques.

Le cas du tatar

Après les Russes, les Tatars représentent le deuxième groupe ethnique de Russie avec plus de 5,3 millions d’individus (environ 4 % de la population de la Fédération de Russie). Cette ethnie, qui peuple majoritairement le Tatarstan, parle le tatar (langue reconnue comme langue d’État au même titre que le russe au Tatarstan).

Par ailleurs, le tatar est la deuxième langue en matière de tirages de journaux dans la Fédération de Russie : 7,6 millions de tirages en russe par jour contre 65 090 tirages en tatar par jour. En 2010, 99 % des livres et journaux ont été imprimés en langue russe. Le fossé est immense et représente bien l’écart entre la langue officielle de l’État et celle de la République autonome.

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Alphabet tatare cyrillique [Source]

Cette langue appartenant au groupe des langues turques s’écrivait avec un alphabet arabe mais l’URSS avait imposé l’écriture cyrillique en 1939. Cette transformation a nécessité l’ajout de nouvelles lettres dans l’alphabet cyrillique afin de transcrire la prononciation de certains phonèmes employés dans la langue tatare.

Le marché de la traduction en Russie

À l’image de la pratique en baisse des langues et dialectes de Russie, les langues officielles des Républiques autonomes de Russie ne font pas l’objet d’une demande importante. En effet, la quasi-totalité des citoyens de Russie parlent le russe et la traduction dans les langues des groupes ethniques n’est pas si nécessaire. Même si certaines Républiques, comme la Tchouvachie, tiennent à ce que les sites officiels des infrastructures parlementaires et gouvernementales soient disponibles en russe et dans leur langue officielle.

N’ayant pas trouvé de données sur le statut de ces langues sur le marché de la traduction, j’ai décidé de rechercher des traducteurs qui proposaient les langues officielles sur ProZ et TranslatorsCafé. La recherche n’est pas représentative, mais donne déjà un aperçu de la place de ces langues sur le marché mondial de la traduction. Et le résultat est sans appel :
Parmi les 29 langues d’État en Russie, seules 9 langues ont donné des résultats. La langue la plus proposée est le tatar (avec 22 résultats cumulés) et le tchétchène arrive en deuxième place avec seulement 6 résultats cumulés.

En me renseignant un peu plus sur les profils de ces traducteurs, je me suis rendu compte d’un fait : toutes les traductrices et tous les traducteurs proposent les paires de langues suivantes : langue d’État <> russe. Ce constat, bien que peu représentatif, nous permet d’établir une tendance en termes de traduction. En effet, nous pouvons imaginer que le but d’une traduction du russe vers le bashkir sera utile à la Bachkirie, voire à la Russie, mais certainement pas au reste du monde. A contrario, un client qui souhaite faire traduire un texte afin de cibler une certaine tranche de population de Russie ne va pas chercher à payer plus cher pour avoir une traduction dans une langue spécifique à une infime part de la Russie et va donc demander une traduction en russe que la grande majorité des citoyens comprend dans la Fédération de Russie.

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Pourcentage de russes par subdivision [Source]

En réalité, ce constat suit la tendance du marché de la traduction en Russie qui n’est pas assez mature à cause du manque de reconnaissance du métier de traducteur dans le domaine professionnel. Depuis peu, les universités russes ouvrent des formations de traducteur avec un diplôme valable et reconnu, alors que quelques années plus tôt, des spécialistes pouvaient recevoir des diplômes de traducteur au titre de « bonus » à leur formation principale.

De plus, l’absence de réglementation des services de traduction a pour conséquence le fait que bon nombre d’agences russes ne porte aucune responsabilité juridique sur la qualité du travail fourni. En alliant mauvaise qualité et manque de connaissance, nous obtenons des prix 3 voire 4 fois moins chers qu’en Europe occidentale.

C’est pourquoi les agences russes cherchent à se rattacher au marché européen en proposant des traductions à partir des langues occidentales ou en ouvrant des agences en Europe ou en Extrême-Orient, au détriment des langues de Russie.

L’intérêt porté au marché de la traduction russe est très limité. Très peu d’agences étrangères viennent s’installer en Russie. La plupart d’entre elles préfèrent sous-traiter les traductions russes à des agences russes ou sollicitent des traducteurs freelances russophones en Europe de l’Est.

En 2016, seuls 7 500 LSPs (Language Service Providers, en français : prestataires de services linguistiques) russes avaient le statut d’auto-entrepreneur pour 140 millions d’habitants. À titre de comparaison, la France compte 18 000 auto-entrepreneurs dans le secteur de la traduction pour 66 millions d’habitants. La plupart des grandes agences de traduction russes comptent beaucoup de traducteurs employés (50 à 100 employés, voire plus), et cela demande un paiement de différentes charges, dont les charges patronales, alors que travailler avec un traducteur qui n’a pas ce statut peut faire monter le coût final de prestation de service à 130 % du prix de base. Les mentalités sont différentes et, par conséquent, la croissance du marché de la traduction russe est ralentie.

Finalement, la Russie est un pays qui regorge de richesses et merveilles culturelles et linguistiques, mais dont le marché de la traduction n’est pas assez développé et cherche à s’orienter vers l’Europe, et qui n’accorde ainsi pas une place importante aux langues et dialectes de cet État.

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[Source]

 

Sources :

https://www.memsource.com/blog/2016/07/12/russian-translation-market-2016/

https://www.ideatranslate.ru/en/about/inrussia

http://www.axl.cefan.ulaval.ca/europe/russie-2demo.htm

https://ru.wikipedia.org/wiki/Языковая_политика_в_России

https://ru.wikipedia.org/wiki/Государственные_и_официальные_языки_в_субъектах_Российской_Федерации

Comment choisir vos domaines de spécialité ?

 

Article original en anglais Choosing your translation specializations rédigé par Corinne McKay, traductrice américaine du français vers l’anglais.

Traduction en français réalisée par Alvina Veillon, étudiante en M1, Master TSM à l’Université de Lille

 

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Il y a environ 11 ans, j’ai passé mon premier entretien avec une agence de traduction. La première question de la gestionnaire de projet, « quelles sont vos langues de travail ? », était une question à laquelle je m’attendais. Sa deuxième question, en revanche, m’a vraiment prise au dépourvu : « quels sont vos domaines de spécialisation ? ». Des domaines de spécialisation ? Parler une autre langue n’est-il pas suffisant ? Eh bien, il s’avère qu’avoir simplement des compétences linguistiques ne suffit pas pour réussir une carrière de traducteur. Voici quelques conseils pour identifier des domaines de traduction et savoir dans lesquels se spécialiser.

Premièrement, voici un conseil du traducteur vétéran Jill Sommer (en anglais) : choisissez un domaine dans lequel vous aimez faire des recherches. Vous allez beaucoup vous documenter sur votre domaine de spécialisation ; soyez donc sûr qu’il vous intéresse. Assurez-vous également que la spécialité que vous ciblez vous permettra d’avoir assez de travail pour que votre activité soit viable. Beaucoup débutent en se concentrant sur leurs centres d’intérêt : le tissage, la lutherie, etc. Il y a sans doute du travail dans ces domaines, mais probablement pas assez pour travailler à temps plein, ou pas assez bien rémunéré. Si vous souhaitez travailler avec des clients directs, il y a du travail dans à peu près tous les domaines imaginables. Si vous souhaitez travailler avec des agences, il vous faut vraiment cibler un de leurs principaux secteurs : la finance, le médical, le juridique, le pharmaceutique, l’informatique, les brevets, etc. Il peut aussi vous être utile d’identifier vos « domaines de non-spécialisation », c’est-à-dire les domaines dans lesquels vous ne voulez surtout pas traduire.

J’ai l’impression que dans certains domaines, il y a un nombre croissant de traducteurs qui ont une expérience professionnelle significative dans le secteur de leur spécialité. Aux États-Unis, par exemple, je rencontre de plus en plus d’avocats qui, détestant l’exercice de leur profession ou n’arrivant pas à trouver un emploi épanouissant, se sont tournés vers la traduction, qui s’est présentée comme une alternative. Dans le cas des textes médicaux complexes, il vous faut des connaissances solides en médecine pour produire une bonne traduction. Toutefois, de nombreux traducteurs sont autodidactes dans leurs domaines de spécialisation : ils choisissent un domaine qui leur semble intéressant, commencent avec des textes qui ne sont pas très techniques, puis apprennent au fur et à mesure.

Dans un sens, il est aussi dans votre intérêt de vous diriger là où c’est plus rémunérateur. Je dis à tous mes étudiants en traduction qu’il y a quelque part un juste milieu entre ce que vous voulez traduire et ce pour quoi les clients sont prêts à mettre le prix. Si vous êtes amateur d’art, traduire pour des musées qui prêtent et empruntent des œuvres à l’international peut s’avérer être une niche rémunératrice. Si vous êtes passionné de tissage, vous pouvez peut-être travailler pour des compagnies de textile qui veulent exporter leurs produits. D’un côté, il est judicieux de se focaliser sur un secteur (juridique, pharmaceutique) dans lequel les clients ont besoin de traductions pour leurs affaires. Mais d’un autre côté, il est intéressant de se concentrer sur une industrie (communication d’entreprise, hôtellerie) dans laquelle les clients espèrent qu’une très bonne traduction contribuera au succès de leurs affaires.

Enfin, si vous désirez travailler avec des clients directs, n’ayez pas peur des marchés de niche. Comme vous le dira Karen Tkaczyk, traductrice du français vers l’anglais spécialisée en chimie (en anglais), tout ce dont vous avez besoin est assez de travail pour une seule personne ! J’ai rencontré des traducteurs spécialisés dans l’équitation, la philatélie, la pêche, ou encore le recyclage, et qui s’en sortent très bien. Et si vous voulez approfondir vos connaissances dans votre domaine de spécialisation, une plateforme de MOOC telle que Coursera peut être une bonne piste pour commencer. Vous pouvez en savoir plus sur mon expérience d’un cours d’épidémiologie sur Coursera ici (en anglais).

 

Le métier de traducteur à l’heure de l’uberisation de l’économie

Par Alexandre Moreau, étudiant M1 TSM

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L’évolution de l’économie conduit à une organisation du monde du travail, qui s’appuie largement sur de nouveaux outils numériques comme support au cadre de travail. Dans ce contexte, si Uber n’est ni la première, ni la seule des entreprises de ce genre, elle est représentative d’une transformation du monde du travail qui s’appuie sur la dématérialisation comme médium entre clients et prestataires. Au point que le néologisme « uberisation » est devenu un onomastisme désignant aujourd’hui toute une organisation du travail où l’intermédiaire est un acteur immatériel et les professionnels des concurrents anonymisés. L’objectif d’une telle organisation est de créer une flexibilité, profitable pour le client, synonyme d’une économie d’échelle considérable en regroupant tous les collaborateurs via une application misant sur l’hyper-concurrence.

Notre secteur n’échappe pas à ce nouveau paradigme économique, en effet, de nouveaux outils et de nouvelles plateformes sont devenues des éléments indissociables de l’activité de traduction. Depuis, l’utilisation de dispositifs automatisant la traduction et la mise en commun de bases de données au profit de la productivité conduit, comme dans de nombreuses professions d’indépendants, à une flexibilité structurelle externalisante du milieu. Autrement dit, tout le travail s’organise autour de la capacité de l’employé.e ou de l’indépendant.e à fournir la rentabilité requise face à tel ou tel « concurrent », au prix d’un formatage systématique de la production.

Par ailleurs, le métier de traducteur est déjà empreint par l’usage des nouvelles technologies, et ouvert à l’indépendance, c’est donc logiquement que des entreprises se sont lancées dans l’uberisation de la profession.

A titre d’exemples représentatifs, penchons-nous sur plusieurs sociétés aux fonctionnements variés qui illustrent le fonctionnement de ce genre d’organisation.

Upwork (ex Elance) est une plateforme de mise en relation entre clients et professionnels de divers secteurs. Elle existe depuis 2000 et, de manière prévisible, a d’abord été utilisée majoritairement dans les milieux déjà familiers avec la dématérialisation, comme la programmation et le développement web, qui représentent toujours la part la plus importante de son activité. Elle s’est ensuite vite étendue à des domaines variés, notamment aux métiers d’indépendants, le nôtre n’y échappant conséquemment pas.

Dessus, des milliers de freelancers de toutes nationalités, en concurrence entre eux, peuvent postuler à un certain nombre d’offres proposées par de nombreux clients, qu’ils soient professionnels ou particuliers. Une fois les deux parties mises en relation, elles signent un contrat, s’entendent sur le délai et les modalités de livraison, et procèdent ensuite au paiement via Paypal.
Il est même possible pour les fournisseurs de payer Upwork pour acquérir un compte « premium », permettant de postuler à un plus grand nombre d’offres simultanément.
Les profils des indépendants ressemblent sur Upwork à des pages de comparateurs de restaurants ou de chambres d’hôtel : pour chaque collaboration, le client peut leur décerner jusqu’à cinq étoiles sur plusieurs critères différents (« coût », « délai de livraison », « qualité » ou « professionnalisme » etc…), qui apparaitront sur le profil, afin d’indiquer sa « compétence » à d’éventuels futur clients.

Stepes est quant à elle une application mobile, très récente, et entièrement dédiée à la traduction. Elle permet aux « traducteurs » de « traduire », directement depuis leur smartphone, ou tout autre appareil connecté, les fichiers déposés par des entreprises. Ils seront payés entre 4 et 12 centimes de dollars maximum le mot. L’application mise ainsi sur l’emploi de toute personne multilingue non forcément qualifiée dans le but de pratiquer des tarifs inférieurs à la moyenne du marché. En outre la startup chinoise n’offre aucune garantie quant à la relecture et à la fiabilité des travaux livrés, participant de ce fait à la fragilisation de la qualité des traductions fournies.

Suivant un schéma analogue, Netflix, le célèbre site de streaming de séries, a également lancé sa propre plateforme de recrutement de traducteurs, dans le but d’uniformiser la traduction de ses sous-titres en se basant sur un test conçu par la firme, et destiné à n’importe quel particulier. HERMES, c’est le nom de cette plateforme, permet à l’entreprise américaine de faire une double économie, en se passant d’intermédiaires et en imposant ses prix et normes à ses traducteurs.

Toutes ces méthodes menant vers un travail toujours plus mondialisé, morcelé et ultra-flexible.

Qui sont les principaux utilisateurs de ces services ?

Pour les clients nécessitant une traduction, c’est bien entendu et en premier lieu le coût moindre qui est le plus intéressant. C’est d’ailleurs l’argument de base de ces intermédiaires. De plus, au vu du grand choix de prestataires, la rapidité du service, si elle est nécessaire, peut être facilement assurée.
Enfin, on remarque beaucoup que parmi les entreprises faisant appel à ces services, leurs besoins de traductions sont souvent destinés à un usage interne et/ou réduit. Par conséquent, elles n’ont pas nécessairement besoin d’un résultat exemplaire et/ou destiné au grand public.

 
Ce sont des évidences, mais c’est pour les traducteurs professionnels que ces mutations sont les plus sensibles.

Celles-ci encouragent des profils jusqu’alors peu conventionnels. En effet, elles permettent à des individus peu ou pas qualifié, des jeunes diplômés, ou à des multilingues à la recherche d’un revenu complémentaire d’exercer la même activité qu’un professionnel de la traduction.

Pour ces derniers, cette étape est tout de même de plus en plus incontournable, leur permettant une flexibilité accrue, de choisir des missions adaptées en terme de spécialisation ou de durée, et de favoriser leur délocalisation, étant donné que le salaire est mondialisé et normalisé, contrairement à la différence de niveau de vie et de pouvoir d’achat entre chaque région du monde.

C’est aussi et surtout, une opportunité de se faire connaître et reconnaître sur le marché.

Remarquons que le réseautage et la reconnaissance des pairs forment une part importante de notre branche. Aussi, les travaux ainsi effectués contribueront à forger une bonne réputation au sein du milieu et de galvaniser ses qualités en se focalisant sur ses qualités.

Cela participe, dans un secteur déjà de plus en plus ultra-concurrentiel, délocalisé, automatisé, et demandant une productivité toujours plus élevée, au détriment parfois de la qualité, à la précarisation du métier, symptomatique de l’uberisation du travail. Cette voie mène à la création d’une concurrence qualifiée/non qualifiée, et à une amplification de l’instabilité professionnelle.

Mais comme nous le savons bien, être multilingue ne suffit pas à être un bon traducteur. Et espérons qu’il en reste ainsi !

Traductrice ET gestionnaire de projets : entre opposition et complémentarité

Par Marie Hidot, ancienne étudiante TSM

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Le marché de la traduction est en effervescence perpétuelle. Il s’agit là d’un fait dont je mesure chaque jour un peu plus la pertinence depuis ma première année de master, et ce, encore après presque 2 ans de travail en tant que freelance. Constamment en mouvement, il ne cesse de se transformer obligeant ses différents acteurs à faire de même et à s’adapter en permanence tels de véritables caméléons. Ainsi, il n’est pas rare de devoir acquérir rapidement et parfois dans l’urgence de nouvelles compétences pour satisfaire une demande particulière ou décrocher de nouveaux clients/comptes. Face à ce dynamisme permanent et ayant été formée de manière à avoir un regard qui soit le plus large possible, c’est tout naturellement que j’ai fait le choix d’orienter mon activité à la fois vers la traduction pure, mais également vers la gestion de projets, deux dimensions si différentes et complémentaires à la fois. Endosser tour à tour chacune de ces casquettes n’est pas toujours chose facile, et cela peut très rapidement vous sortir de votre zone de confort. Pourtant, une fois maîtrisé, cet exercice de jonglerie peut être une véritable opportunité d’élargir ses connaissances de façon quotidienne en se glissant tantôt dans la peau d’un chef de projet, tantôt dans celle d’un traducteur.

Dans mon cas, cette configuration a présenté et présente toujours les avantages suivants :

La polyvalence. Soyons clairs, à moins d’être ultra spécialisé dans un domaine, nous sommes tous amenés à faire preuve d’ouverture d’esprit et à accepter de varier les plaisirs. Toutefois, il s’agit ici d’aller plus loin que de passer simplement d’une tâche linguistique (voire technique) à une autre ou de gérer des comptes dont les processus, etc. diffèrent en tous points. Aussi intéressante soit-elle, cette approche présente malgré tout certains risques et implique entre autres de faire appel à sa pleine conscience à chaque instant, le passage d’un rôle à l’autre n’étant bien évidemment pas réglé comme du papier à musique. L’une des difficultés majeures consiste d’ailleurs à réussir à compartimenter les différentes tâches et à gérer les priorités en fonction des requêtes et urgences qui peuvent survenir tout au long de la journée. Si les traductions, révisions et autres tâches linguistiques sont plus ou moins prévisibles et peuvent être modulées en fonction des délais, ce n’est évidemment pas le cas de la gestion de projet, qui présente toujours son lot de surprises et péripéties en tout genre. D’autre part, on soulignera ici plus qu’ailleurs, le caractère indispensable d’une « To Do list » bien organisée.

Une connaissance approfondie des comptes grâce à l’intervention à la fois en tant que ressource et gestionnaire de projets. À condition de mettre en place les moyens nécessaires pour rendre la communication la plus fluide possible, le fait d’être en première ligne des échanges avec les clients permet de connaître parfaitement leurs attentes et d’avoir pleinement conscience des enjeux liés à tel ou tel compte ; données qui ne sont pas forcément accessibles aux collaborateurs linguistiques purs. À l’inverse, avoir la possibilité de se frotter véritablement au contenu à traduire, plutôt que d’en faire une analyse standard constitue un atout certain à l’heure d’apporter des réponses, de présenter des arguments pertinents aux clients qui contribueront au bon déroulement d’un projet ou de résoudre certains problèmes rencontrés par les autres collaborateurs impliqués sur ce même compte, etc. Les échanges ressources / PM / Linguistic Lead n’en sont alors qu’améliorés, chaque acteur étant à même de mieux cerner le travail de chacun, ce qui a bien évidemment un impact positif sur la qualité finale du travail livré.

Notons toutefois que la limitation du nombre d’intervenants peut, de manière tout à fait paradoxale, être à la fois synonyme de gage de qualité, de par l’amélioration de la cohérence, la connaissance approfondie du client sur plusieurs niveaux, mais également d’une prise de risque supplémentaire. En effet, tout comme il doit connaître les points forts et faiblesses de ses collaborateurs, le PM-traducteur doit être capable de poser des limites claires quant à ses compétences et à ce qu’il est ou non en mesure d’assumer.

La maitrise d’une large palette d’outils. Tout comme je l’avais déjà souligné dans mon rapport de stage à l’époque où j’étais encore étudiante, le marché de la traduction s’articule sur plusieurs niveaux, tous dépendants les uns des autres. Et si ce sont bel et bien les grosses agences internationales qui donnent le tempo, c’est véritablement aux plus petits, PME et freelances, de maintenir la cadence et de s’adapter en conséquence. La variété des interlocuteurs, les améliorations techniques et la concurrence nous obligent à nous former continuellement à de nouveaux outils, passant inlassablement d’un logiciel ou d’une application à une autre avec les avantages et désavantages qui en résultent. Ces allers-retours constants sont autant d’occasions de déterminer les points forts et les points faibles de chaque outil, en fonction de l’utilité qui leur est associée et du rôle endossé au moment d’y avoir recours. Au-delà de la connaissance approfondie des diverses fonctionnalités offertes, et donc de la fluidification de son propre travail, être confronté à ces outils en tant que linguiste et gestionnaire de projets peut devenir une source d’inspiration non négligeable au moment d’établir des processus complets qui nécessiteront de choisir tel outil plutôt qu’un autre, d’allier plusieurs programmes pour une optimisation totale ou de proposer aux clients des solutions qui se démarquent réellement.

Bien que risqué et impliquant une grande flexibilité dans l’organisation de son travail et de la gestion du temps, le choix de la polyvalence (lorsque cela est possible) reste néanmoins une méthode de choix si l’on souhaite continuer à se former dans des domaines complémentaires qui fonctionnent à l’image de vases communicants et permettent donc de gagner en autonomie dans ce marché en constante évolution.

Cette diversité m’amène d’ailleurs à la conclusion qu’il doit très probablement exister autant de manières de travailler que de linguistes, gestionnaires de projets, techniciens de la traduction, etc., chacun étant confronté à une réalité, des attentes, des clients et un quotidien différents. Et s’il est certain que nous sommes tous interconnectés, il est tout aussi évident que nos connaissances, aussi poussées soient-elles, ne représentent que la partie émergée de l’iceberg. Il va de soi que la dynamique et la complexité de ce domaine rendent difficile, pour ne pas dire impossible, la mise en place d’une représentation claire des pratiques de chacun, à moins bien sûr de créer un échantillon suffisamment représentatif de ces acteurs, d’aller à leur rencontre et d’apprendre de leur expérience…