Seuls, exploités et mal payés : les traducteurs en voie d’extinction

Article original en italien Soli, sfruttati e malpagati: i traduttori sono in via d’estinzione, rédigé par Andrea Coccia le 6 Décembre 2017.

Traduction française d’Émilie Dot, étudiante M1.

 

Cet article fait le point de la situation des traducteurs littéraires en Italie, toujours plus en difficulté dans le marché de la traduction.

Ils font partie des catégories les moins défendues et les plus faibles du monde du travail : rémunérations qui, en Italie, sont quatre fois inférieures par rapport aux autres pays européens, aucune protection en matière de retraite ou de sécurité sociale et un futur qui, si la roue ne tourne pas, deviendra toujours plus sombre.

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Le métier de traducteur est l’une de ces professions qui se pratiquent dans l’ombre, presque toujours dans la solitude, freelance par excellence depuis toujours. Leur présence est tellement prise pour acquis par nous, lecteurs, que peu d’entre nous se souviennent que quelqu’un s’est mis entre l’auteur et le lecteur afin d’interpréter le texte original, d’en comprendre le fonctionnement pour le retranscrire dans une autre langue.

Et pourtant le travail de traduction est un travail d’auteur qui est tout à fait nécessaire. Un métier qui n’a pas de règles précises, mais qui n’est pas du tout automatique et requiert des années d’expérience, de technique, de créativité et un dur, très dur labeur. Cette profession fait également partie de celles qui ont rencontré le plus de difficultés ces dernières années de crise.

Dans un tel contexte, certains travailleurs du secteur se sont unis et, depuis le printemps 2016, ont créé la section des traducteurs éditoriaux « Strade » au sein du Slc-Cgil. L’objectif principal est clair : la « sauvegarde et la promotion du travail de tous les traducteurs qui travaillent, de manière exclusive ou partielle, en régime de droit d’auteur ». Mais il y a tant à faire, entre droits reniés et rémunérations trop basses qui risquent d’étouffer la catégorie, les condamnant ainsi pour la plupart à un futur dont l’unique certitude est de n’avoir pas de couverture retraite.

Strade mène deux batailles depuis des années : d’une part, l’établissement d’un fond qui aide les éditeurs à faire face aux dépenses liées à la traduction, d’autre part la diffusion d’un « vademecum » qui puisse résoudre l’un des plus grands problèmes du secteur, à savoir le manque de connaissance des droits des traducteurs éditoriaux.

« Traduire n’est pas simplement remplacer des mots par d’autres », explique Marina Pugliano, traductrice littéraire depuis maintenant 17 ans qui fait également partie des personnalités les plus actives sur le front syndical du secteur. « Tout dépend du talent du traducteur. Il existe mille et une manières de traduire une expression : imaginez pour traduire un livre. Il n’existe pas de mauvaises ou de bonnes façons de le faire, tout dépend de la clé d’interprétation. Traduire est un travail continu fait de choix incessants ».

Quelles initiatives menez-vous ?

Le vademecum est une initiative que nous menons depuis quelques années. Nous la présenterons à Rome à Più libri più liberi : c’est un instrument très utile, puisque la traduction est enseignée depuis des dizaines d’années contrairement à avant, quand tous se formaient en autodidacte, en lisant et en commençant à traduire. Au contraire maintenant, l’offre est telle que l’Italie est l’un des pays où l’on fait le plus de formation au monde…

Mais paradoxalement, c’est l’un des pays où la situation reste la plus difficile, c’est  bien cela ?

Oui, exactement. Nous sommes sur la dernière marche en ce qui concerne les rémunérations et les conditions contractuelles, surtout si on fait la comparaison avec l’Europe septentrionale (pour ne pas parler des États-Unis) où les traducteurs sont reconnus en tant que professionnels et ont des salaires tout à fait suffisants pour vivre de leur métier.

Quelle est la principale difficulté que vous rencontrez ?

Très certainement économique. Nous sommes des auteurs de seconde main, mais tout de même des auteurs. Bien évidemment, certains sont plus connus que d’autres, mais aucun n’atteint des revenus vertigineux. Personne n’est jamais devenu riche en traduisant. Et pourtant, c’est un travail qui demande une telle technique et une maîtrise de l’écriture égale à celle d’un écrivain. Dans toutes les écoles où grandissent de nouveaux traducteurs, tous ces aspects de protection légale de notre travail (puisqu’il existe la loi 633 qui régule notre profession et la définit comme profession d’auteur) ne sont pas mentionnés.

Quel est votre objectif ?

Faire savoir à nos collègues leurs droits d’auteur afin d’éviter lors de la signature de contrats avec les éditeurs qu’ils acceptent également des clauses suspectes ou que l’on ne reconnaisse pas les droits d’auteur, étant donné que très souvent, dans le cas des traductions littéraires notamment, les éditeurs proposent des contrats similaires à ceux des traductions techniques comme traduction de service, sans la partie « morale ».

Combien gagne un traducteur en moyenne ?

Il faut tenir compte du dernier sondage que nous avons effectué au sein de notre catégorie : une catégorie qui, mieux vaut le préciser, est tellement désagrégée que nous ne connaissons même pas le nombre exact de traducteurs en Italie. Un chiffre vraiment alarmant : un traducteur avec 10 ans de carrière derrière lui qui vit à 85 % de ses traductions (presque personne n’arrive à être traducteur à temps plein) peut gagner en moyenne 15 000 euros brut en un an, en travaillant 5 jours par semaine tout au long de l’année.

Dans ce cas, comment faites-vous pour arriver à la fin du mois ?

Beaucoup suivent des formations, d’autres ont une autre occupation et font de la traduction en second emploi. Il faut s’arranger, mais c’est très difficile et ça le sera encore dans le futur, étant donné que nous n’avons pas de caisse de retraite. Nous ne pouvons tout de même pas nous mettre à travailler 18 heures par jour : même si on le voulait, après quelques heures notre cerveau fatigue et il est nécessaire de faire des pauses. Le vrai risque est de se surcharger de travail et de ne pas réussir à travailler avec lucidité.

Pendant combien de temps réussit à travailler un traducteur par jour ?

Nous sommes toujours payés à la tâche. Notre salaire se base sur le nombre de touches frappées sur le clavier. Mais le problème d’un travail comme celui-ci est que le rapport entre le travail et le temps n’est pas quantifiable : ça dépendra toujours du livre à traduire. Même en parlant avec les syndicats, des difficultés de compréhension sont apparues à ce propos : quand on me demande combien de temps je mets à traduire une page, je ne sais jamais quoi répondre. Ça dépend de tellement de choses qu’il est impossible de calculer.

Combien est payé en moyenne un feuillet en Italie ?

Tout dépend de la langue. Une traduction effectuée depuis le chinois sera beaucoup plus coûteuse qu’une traduction faite depuis l’espagnol, le français, l’anglais ou encore l’allemand : ces dernières sont considérées comme des langues véhiculaires, plus diffusées et connues. Toujours sur la base de l’enquête dont je parlais tout à l’heure, les rémunérations par feuillet (environ 1300 à 1500 mots) depuis ces langues varient de 0 euros (comme dans le cas des universitaires menant des recherches par exemple) à 20-22 euros par feuillet. Mais attention : on propose parfois aux jeunes diplômés qui commencent à traduire et qui sont prêts à tout pour entrer dans le marché de la traduction 5 ou 6 euros par feuillet, alors que les éditeurs considèrent qu’une somme partant de 12 euros (brut, bien entendu) est décente, même si payés 90 jours après la livraison.

Et à l’étranger ?

En France, par exemple, les traducteurs sont payés de 30 à 33 euros en moyenne et ils ont une couverture sociale. En Allemagne, où le système de sécurité sociale est différent du nôtre, ils sont payés environ 20 euros par feuillet. Disons que le chiffre français est celui que nous devons viser pour espérer avoir un minimum de couverture retraite dans le futur.

Selon les données de l’AIE (Associazione Italiana Editori), les traductions littéraires représentaient environ 11 % en 2016, la moitié du chiffre atteint dix ans plus tôt. De plus, la majeure partie de ce pourcentage est liée aux incitations à la traduction de la part des états étrangers ou des centres culturels, aidant ainsi les éditeurs qui réussissent à utiliser ces fonds pour les traductions, ce qui pour eux est un coût à perdre étant donné qu’ils ne peuvent pas en revendre les droits. Si nous continuons de ce pas, d’ici 10 ans nous, traducteurs, risquons de disparaître.

 

Combien gagnent les traducteurs indépendants ? Est-ce suffisant ?

Article original en anglais How much do freelance translators earn? Is it enough? rédigé par Corinne McKay, traductrice américaine du français vers l’anglais.

Traduction française de Rémy Proye, étudiant en M1 TSM à l’Université de Lille.

NB : L’article original date de 2011 ; les choses ont naturellement évolué depuis.

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Les traducteurs indépendants débutants veulent souvent savoir (ce qui est compréhensible) combien ils peuvent espérer gagner sur notre marché. Les traducteurs indépendants expérimentés, quant à eux, veulent souvent savoir (ce qui est compréhensible) s’ils touchent assez d’argent par rapport aux efforts qu’ils consacrent à leur travail. Alors, combien gagnent les traducteurs indépendants ?

 

  • L’American Translators Association (ATA) effectue une enquête sur les revenus tous les deux ou trois ans : vous pouvez acheter le rapport complet ici ou lire le résumé opérationnel gratuitement (liens en anglais). Les dates ici sont un peu confuses : les tableaux de données dans le résumé indiquent qu’ils datent de 2006, le fichier lui-même est nommé 2007 et le résumé opérationnel a paru dans l’ATA Chronicle en février 2008. Selon cette enquête, le traducteur indépendant moyen à temps plein touche un peu plus de 60 000 dollars ; mais les répondants américains ont fait état d’une grande disparité de revenus selon qu’ils sont ou non certifiés ATA (revenu moyen de 72 000 dollars pour les traducteurs agréés contre 53 000 dollars pour les non agréés).
  • Le Bureau of Labor Statistics (BLS) possède également des informations, et elles sont encore plus disparates. Le BLS rapporte qu’en mai 2008, le salaire moyen des traducteurs et interprètes était d’environ 38 000 dollars (brrr !), les 10 % les plus élevés percevant plus de 69 000 dollars et le spécialiste linguistique moyen du gouvernement fédéral touchant en moyenne 79 000 dollars.
  • PayScale.com (en anglais) possède quelques brèves informations sur les traducteurs et les interprètes, organisées par années d’expérience.

Je pense que le problème avec la plupart de ces enquêtes, c’est qu’elles ne sont pas assez spécifiques aux cas individuels. Par exemple, une personne qui travaille 35 heures par semaine et prend 6 semaines de vacances est-elle à temps plein ou à temps partiel ? Est-ce que quelqu’un qui travaille au bureau d’un client 2 jours par semaines et pour des clients indépendants 3 jours par semaine est à son compte ou à l’interne ? Faut-il tenir compte du volume de traduction ? Si vous avez touché 130 000 dollars l’an passé, mais que vous avez travaillé 70 heures par semaine sans vacances, votre revenu devrait-il être calculé au prorata à 40 heures par semaine de travail avec 4 semaines de congé ? Vous voyez le tableau !

Pour la petite anecdote, je pense que la plupart des enquêtes mentionnées ci-dessus sont orientées vers le bas de gamme du marché. En 2008, j’ai écrit un billet de blog sur Les secrets des traducteurs à six chiffres (en anglais), et depuis, j’ai parlé à de nombreux autres traducteurs indépendants qui ont déclaré ou fait savoir qu’ils touchent plus de 100 000 dollars par an. Je pense que si vous êtes très bon dans ce que vous faites et que vous vous vendez de manière plutôt convaincante, il y a suffisamment de travail pour gagner au moins 75 000 dollars par an en tant que traducteur freelance, même si vous travaillez en conjuguant agences et clients directs. Je dirais qu’à ce stade, tous les traducteurs que je connais, et qui travaillent exclusivement avec des clients directs, perçoivent au moins 100 000 dollars par an.

Mais la vraie question, lorsqu’il s’agit de revenu, est : est-ce suffisant ? Ce « est-ce suffisant » implique beaucoup de facteurs subjectifs, parce qu’il est lié à la question subsidiaire de savoir si vous feriez mieux si vous aviez un emploi différent. C’est là qu’intervient la subjectivité. Par exemple, dans mon cas :

  • Je suis plutôt satisfaite de mes revenus par rapport à la quantité de travail que je fournis. Je gagne plus que la moyenne de l’ATA et j’ai l’impression de travailler moins (peut-être même beaucoup moins) que la plupart des indépendants, en partie à cause de mes engagements familiaux et non professionnels et en partie parce que je pense être plus productive en travaillant une trentaine d’heures par semaine. Cependant, lorsque je regarde comment s’additionnent les avantages du travail à l’interne de mon mari (régime de retraite financé par l’entreprise, assurance, vacances payées, et ainsi de suite), c’est un rappel à la réalité. Si je déduis 15,3 % d’impôt sur le travail indépendant (que je ne paie que sur environ la moitié de mon revenu depuis que j’ai le statut de corporation S[1]), 4 à 6 semaines de vacances non payées et mon régime de retraite autofinancé par mes revenus, le résultat net est incontestablement différent.
  • Mais il y a également les facteurs subjectifs. J’adore l’endroit où nous vivons, et il y a très, très peu d’emplois à l’interne dans notre région pour ce que je fais. La seule option raisonnable, travailler pour un organisme gouvernemental, nécessiterait de conduire plus d’une heure à l’aller comme au retour, et impliquerait un emploi du temps relativement rigide. Il est très important pour moi d’avoir des horaires de travail qui s’harmonisent avec les horaires scolaires de ma fille, au moins jusqu’à ce qu’elle soit assez grande pour rester seule à la maison. En réalité, si je voulais un emploi en interne à proximité de chez moi et qui offrirait un niveau de flexibilité similaire à celui d’un freelance, je chercherais probablement à gagner moins de la moitié de ce que je perçois aujourd’hui.

« Assez » dépend également de l’endroit où vous vivez et de la façon dont vous vivez. 75 000 dollars, c’est une somme décente, mais si vous n’avez pas le statut de corporation et que vous payez donc des impôts sur ce montant total, si vous vivez dans un bel appartement dans une grande ville, si vous avez un prêt-auto, un prêt étudiant ou un paiement de carte de crédit et si vous financez votre propre assurance maladie et votre retraite, ce montant diminue rapidement. En revanche, si vous habitez dans une région assez rurale, que vous n’avez pas ou peu de dettes et que vous pratiquez la frugalité freelance (en anglais), vous pourriez probablement économiser 50 % de votre salaire net si vous touchez un salaire brut de 75 000 dollars ou plus.

Chers lecteurs, la parole est à vous. Quel est votre avis sur la question du salaire ?

[1] La corporation S, ou S-corp, est en fait une corporation générale qui obtient ensuite un statut fiscal spécial de l’Internal Revenue Service (IRS). https://www.corpomax.com/creation-societe-usa/types-societes-usa.php

22 nouvelles raisons pour lesquelles une agence peut cesser de faire appel à vous

Article original en anglais 22 more reasons why an agency might stop working with you rédigé par Nikki Graham et publié sur le blog de l’auteur My Words for a Change.

Traduction en français réalisée par Clothilde Radisson, étudiante en M2, Master TSM à l’Université Lille3

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Ce billet a été récompensé dans le cadre des 2017 ProZ.com community choice awards.

 

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En octobre 2014, j’avais publié sur mon ancien blog un billet concernant les raisons pour lesquelles une agence pourrait décider de mettre fin à sa collaboration avec vous. Le billet original ainsi que sa version republiée sur ce blog WordPress « My Words for a Change » ayant suscité beaucoup d’intérêt et de commentaires, j’ai décidé d’énumérer ci-dessous quelques raisons supplémentaires pour lesquelles une agence pourrait tout à coup cesser de vous contacter par e-mail ou par téléphone. Ces raisons sont fondées sur votre feedback et sur quelques-unes de mes propres observations.

Bien que cet article et le précédent concernent principalement vos collaborations avec des agences, certains des points abordés s’appliquent également à vos collaborations avec des clients directs. J’espère qu’ils vous seront utiles.

Un grand merci à toutes les personnes qui ont pris le temps de répondre au billet original et de partager leurs expériences (Allison Klein Krüter, Allison Wright, Rose Newell, BJ Translation Ltd., Claire Cox, Galina Green, Igor Vesler, Alison Penfold et tous les autres qui n’ont pas donné leur nom complet ou leur vrai nom). Ce deuxième billet n’existerait pas sans vous.

Raison n° 1. Vous exigez un paiement sous 7 ou 14 jours alors que l’agence, elle, reçoit son paiement sous 30 jours. Je sais que les traducteurs peuvent établir leurs propres conditions, mais exiger un paiement plus tôt que les 30 jours habituels peut engendrer des problèmes de trésorerie, en particulier pour les petites agences et lorsque des sommes importantes sont concernées. Il s’agit vraiment d’une condition que les traducteurs doivent mentionner et faire approuver avant d’accepter un projet, plutôt que de bondir sur le client au moment de la facturation.

Raisons n° 2 et 3. L’agence décide de focaliser son activité sur une combinaison de langues et/ou une spécialisation différente. Cela peut signifier qu’elle se tourne vers un marché haut de gamme et que vos compétences ne correspondent plus à leurs besoins. Ou alors que leurs besoins diminuent dans votre champ de spécialité et qu’ils préfèrent favoriser d’autres fournisseurs avec lesquels ils travaillent depuis plus longtemps, ce qui explique pourquoi ils ne vous contactent plus.

Si vous avez l’habitude de recevoir beaucoup de travail de la part d’une agence et que cela cesse soudainement, cela vaut la peine de leur envoyer un mot ou de les appeler pour en connaître la raison.

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Raisons n° 4 et 5. Vous laissez trop de problèmes de terminologie que le réviseur doit ensuite corriger. Nous travaillons tous principalement avec des délais serrés. Livrer une traduction avec de nombreuses questions sur des termes et/ou sur la structure ou le sens d’une phrase peut semer la pagaille et causer énormément de stress au réviseur et au PM. Si vous trouvez un texte difficile, peut-être parce que l’auteur n’a pas été très clair en premier lieu, et avez besoin d’aide concernant le vocabulaire, il est préférable d’en informer l’agence avant la livraison afin d’avoir plus de temps pour résoudre les problèmes.

Toutefois, il est également important de ne pas poser trop de questions qui feraient perdre du temps au PM, en particulier si la plupart des réponses se trouvent dans les instructions que vous avez reçues (et que vous n’avez visiblement pas lues correctement).

Raisons n° 6 et 7. Autre chose à éviter : ne jamais répondre au PM pour accuser bonne réception des fichiers, des instructions, des délais, des prix, etc. Pas besoin d’écrire un roman, une simple confirmation suffit, mais vous devez répondre et le plus rapidement possible.

Pour les agences, les réponses rapides sont particulièrement importantes lorsque vous ne pouvez pas prendre en charge un projet, afin qu’elles puissent trouver quelqu’un d’autre. Si vous mettez des siècles à répondre, votre nom va certainement chuter dans leur liste de contacts.

Raison n° 8. Malentendus. Assurez-vous de vous exprimer de façon claire et de vous expliquer correctement. Avec un peu de chance, l’agence aura fait de même, mais si vous avez des doutes et que vous le pouvez, prenez votre téléphone ou appelez votre client sur Skype pour vous assurer que tout est clair d’entrée de jeu. Étant donné que les PM peuvent généralement choisir dans une grande base de données de fournisseurs, vous ne voulez pas que votre nom en soit supprimé pour une raison qui aurait facilement pu être évitée.

Raison n° 9. En matière de communication, assurez-vous d’adopter une approche professionnelle. Les réponses contenant un seul mot peuvent être considérées comme impolies. De la même manière, inclure des détails de votre vie personnelle peut paraître inapproprié si vous n’avez pas encore bâti de relation avec le PM.

Raisons n° 10 et 11. L’agence vous demande de recommander des collègues afin de former une équipe pour un gros projet. Lorsque tout est terminé, le PM se rend compte qu’il possède les noms de traducteurs indépendants ayant fait leurs preuves et qui proposent un tarif plus bas que le vôtre. Pour éviter cette situation, il est préférable de communiquer votre tarif aux collègues que vous recommandez et de leur demander au minimum de s’adapter à votre tarif. (Franchement les gars ! Casser les tarifs de vos collègues de cette façon, en particulier quand ceux-ci vous ont recommandés, ça ne se fait pas. Et sur le long terme, ça n’apportera rien de bon ni à vous ni à la profession.)

La situation mentionnée ci-dessus n’est pas la seule qui puisse mener à la fin de votre collaboration avec une agence, puisque celles-ci sont sans cesse bombardées de CV et d’e-mails de la part de nouveaux fournisseurs potentiels qui cherchent à se faire une place sur le marché. Si les PM testent un nouveau traducteur, ils peuvent se rendre compte qu’ils sont plus intéressants que vous, en particulier si la qualité de leurs traductions et leurs tarifs sont plus avantageux que les vôtres.

Raison n° 12. En ce qui concerne les tarifs, si les vôtres sont plutôt élevés pour l’agence en question, le niveau de votre travail doit, de leur point de vue, correspondre au montant qu’ils payent. De nombreuses agences seront prêtes à débourser plus pour des textes compliqués, mais vous devez vous assurer de livrer la qualité nécessaire et requise.

Raison n° 13. Vous refusez de revoir votre tarif et de négocier. C’est de bonne guerre. Après tout, nous sommes des traducteurs indépendants et nous pouvons établir nos propres conditions. Mais une agence lance parfois un projet avec un budget serré et doit vous demander de baisser un peu votre tarif ou de renoncer à votre tarif minimal dans ce cas particulier. Avec un peu de chance, ce type de situation ne se produira pas trop souvent, mais si cela arrive, l’agence saura se souvenir des traducteurs qui ont apporté leur aide et les récompensera avec plus de travail. Et ceux qui n’ont pas apporté leur aide seront peut-être rayés définitivement de sa liste de contacts.

Raison n° 14. Vous quittez le pays dans lequel l’agence se trouve et une clause de sa politique stipule qu’elle ne travaille qu’avec des traducteurs vivant dans le même pays. Il y a quelques années, lorsque je suis retournée en Angleterre après avoir travaillé en Espagne, certaines de mes agences clientes étaient réticentes à l’idée de poursuivre notre collaboration.

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Raison n° 15. Vous partez en congé maternité et découvrez que vos services ne sont plus requis quand vous en revenez. Lorsque ma fille est née, peu de temps avant mon retour ici, je n’ai pas arrêté de travailler complètement très longtemps, seulement trois mois environ. Après ça, j’ai travaillé quelques heures chaque jour, ce qui m’a permis de conserver les clients que je souhaitais le plus garder. Bien sûr, chaque bébé est différent, mais je me suis rendue compte que je pouvais tout à fait m’asseoir à mon bureau et réaliser quelques traductions pendant qu’elle dormait.

Raisons n° 16 et 17. L’agence décide que tous leurs fournisseurs doivent utiliser un outil de TAO spécifique (Trados, MemoQ, etc.), au mépris de toute compatibilité avec celui que vous possédez, et se sépare de vous si vous n’achetez pas ledit outil de TAO.

De la même manière, l’agence peut décider de commencer à utiliser un outil de TAO basé sur le cloud et, si vous refusez d’alimenter leurs mémoires de traduction plutôt que les vôtres, vous serez bien rapidement jeté aux oubliettes.

Raison n° 18. L’agence décide qu’il est temps de se tourner vers un marché plus bas de gamme et emprunte le chemin de la traduction machine, et vous refusez d’effectuer des tâches de post-édition.

Raison n° 19. Vous ne soignez pas suffisamment votre propre marketing, et l’agence oublie tout simplement votre existence. Si certaines agences ne vous proposent que quelques projets par an dans vos combinaisons de langues et domaines de spécialisation, il est important de leur rappeler que vous êtes toujours disponible en leur envoyant régulièrement des messages, en particulier si vous vous trouvez dans une période creuse et que vous avez du temps.

Raison n° 20. Vous n’avez pas de police d’assurance. S’il s’agit là d’une condition obligatoire, elle est généralement précisée dans le contrat ou dans l’accord de confidentialité que l’on vous demande de signer au début de la collaboration.

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Raison n° 21. Votre traduction comporte une erreur que vous ne remarquez qu’après l’avoir livrée, donc vous la livrez à nouveau. Et vous la renvoyez peut-être encore une fois après avoir remarqué une autre erreur. Ce n’est pas comme ça que l’agence aura confiance en vos aptitudes. Et s’ils n’ont pas révisé votre travail et l’ont déjà envoyé au client final, ils pourraient se retrouver dans une situation compromettante, à devoir expliquer pourquoi ils fournissent une nouvelle version de la traduction au client.

Raison n° 22. Vous tenez publiquement sur les réseaux sociaux des propos qu’ils n’apprécient pas. Même si cela n’a pas forcément de rapport avec eux ou la traduction, ils peuvent s’indigner de vos opinions concernant la politique, la religion mais aussi, dans mon cas, le réchauffement climatique, les questions environnementales, la défense des animaux… C’est pourquoi nombreux sont les collègues qui refusent d’alimenter leurs profils publics sur les réseaux sociaux avec des publications controversées et hors-sujet, ce qui paraît être une décision sage et justifiée.

Cependant, vous devez également faire attention à ce que vous dîtes dans le cadre de groupes fermés, tels que Things Translators Never Say et Watercooler sur Facebook (le groupe The League of Extraordinary Translators est public). Vous ne pouvez jamais savoir qui va lire vos plaintes au sujet d’une agence et l’en informer. Bien sûr,  nous avons tous besoin de relâcher la pression de temps en temps, et la plupart d’entre nous n’ont pas l’occasion de râler au bar avec les collègues en fin de journée : c’est pourquoi nous le faisons en ligne. Mais, s’il vous plaît, faites de votre mieux pour vous assurer que les personnes dont vous parlez ne soient pas reconnaissables si vous souhaitez garder votre client.

Faut-il traduire uniquement vers sa langue maternelle ?

Par Lucie Lhuillier, étudiante M1 TSM

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Les langues de travail représentent un élément essentiel pour le traducteur. La SFT recommande aux personnes ayant besoin d’une traduction de s’adresser à des traducteurs qui traduisent vers leur langue maternelle. En outre, d’après son code déontologique, les traducteurs adhérents s’engagent à traduire vers leur langue maternelle. Pourquoi ? Et est-ce toujours le cas ?

 

Pourquoi traduire vers sa langue maternelle ?

La plupart des personnes pense que traduire consiste uniquement à transposer un texte écrit d’une langue à une autre. Or, il s’agit d’un processus beaucoup plus complexe. En effet, connaître une langue et la parler n’est pas suffisant pour traduire correctement. La déontologie en matière de traduction veut que le traducteur traduise vers une seule langue, en l’occurrence, sa langue maternelle. La Société française des traducteurs en fait d’ailleurs part elle-même : « Un traducteur qui déroge à cette règle de base a toutes les chances de négliger d’autres critères essentiels à la qualité de la traduction. Si vous voulez donner une image internationale, l’approximation est interdite. Sachez que dans de nombreuses cultures, les gens n’apprécient guère que l’on déforme leur langue. Faites appel à un traducteur dont la langue maternelle correspond à la langue d’arrivée désirée. Il en maîtrise les subtilités culturelles et linguistiques et ne faillira pas aux règles typographiques. L’accumulation de coquilles devient vite un repoussoir pour un lecteur étranger ! »

A moins d’être bilingue et d’avoir grandi avec deux langues, nous ne connaissons vraiment qu’une seule langue : notre langue maternelle. C’est la langue avec laquelle nous avons grandi et évolué au cours de notre vie, c’est donc celle que nous connaissons le mieux. Un traducteur dont la langue cible est la langue maternelle fournira, en règle générale, une traduction plus naturelle et plus fluide qu’un non-natif. Un natif aura la possibilité de puiser dans la richesse de sa langue afin de rendre au mieux le message véhiculé dans le texte de départ. Maitriser parfaitement la langue cible et en connaitre toutes les nuances et les subtilités est essentiel pour produire une traduction exacte. Une traduction effectuée par un traducteur qui a pour langue maternelle la langue cible, est supposée ne comporter aucune faute autant sur le plan linguistique que sur le plan grammatical. Un traducteur natif est capable de manier parfaitement sa langue maternelle, il en connait la grammaire, la syntaxe, l’orthographe, le style, la culture mais également la typographie qui diffère selon les langues. Il possède, en outre, un vocabulaire plus vaste. Par ailleurs, il doit être en mesure de rédiger de manière correcte dans la langue cible, la maîtrise rédactionnelle étant un critère très important. Tous ces éléments permettent d’assurer la qualité de la traduction, à condition bien évidemment, d’être compétent dans la ou les langues sources que nous traduisons.

 

Maîtriser sa langue maternelle mais pas que…

Toutefois, il est évident que la seule maîtrise de sa langue maternelle ne suffit pas. D’autres facteurs entrent en compte lors d’une traduction, notamment la compréhension du texte source. En effet, il est également nécessaire de connaître la langue source afin de comprendre correctement le texte source. Qu’il traduise ou non vers une autre langue que la sienne, le traducteur se doit d’être compétent dans toutes ses langues de travail. Car, même si un traducteur maîtrise parfaitement sa langue maternelle mais que son niveau de compétences en langues étrangères est peu élevé, il ne sera pas en mesure de produire une traduction de qualité. Sans les connaissances linguistiques et culturelles requises en langue source, le message de départ ne pourra en aucun cas être transmis correctement dans la langue cible. De plus, le traducteur risque de mal interpréter le texte source et de commettre de nombreuses erreurs dans sa traduction, ce qui pourrait engendrer d’importants problèmes. C’est pourquoi, il est essentiel de connaitre la ou les langues sources à partir desquelles nous travaillons et de ne pas négliger ce critère.

 

Et dans la réalité ?

Cependant, ce n’est pas toujours le cas dans la réalité. Il arrive qu’un traducteur soit amené à traduire vers plusieurs langues pour diverses raisons (souvent pour des raisons économiques ou tout simplement parce qu’il l’a choisi). Car, en effet, le choix de traduire uniquement vers sa langue maternelle ou vers sa ou ses autres langues de travail appartient finalement au traducteur. C’est à lui de déterminer sa façon de travailler selon sa vision du métier, ses compétences, ses points forts et ses points faibles ainsi que son expérience professionnelle et personnelle. S’il choisit de traduire vers plusieurs langues et non vers sa langue maternelle uniquement, il doit être apte à restituer fidèlement le message du texte source dans la langue cible tout en fournissant un travail de qualité à ses clients.

 

 

Sources :

https://karenrueckert.wordpress.com/2016/09/20/translating-in-one-direction-or-both-your-choice-to-make/

https://karenrueckert.wordpress.com/2013/10/17/should-i-only-translate-into-my-native-language/

http://pcollustraductions.com/pourquoi-le-traducteur-traduit-il-vers-sa-langue-maternelle/

http://www.traduction-pro.eu/blog/2012/06/10/pourquoi-traduire-vers-sa-langue-maternelle/