Les langues à grande variabilité géographique et les difficultés qu’elles posent en traduction

Héloïse Goubin, M1 TSM

“Tu sais me passer le sel ?”

Question étrange. Une compétence rarement remise en question.

Sauf que ce n’était en rien le but le la question. C’est en revanche un bel exemple de variabilité géographique des langues. La question ne nous est pas étrangère : le français, comme l’anglais, ou toute autre langue parlée dans plusieurs pays, présente plusieurs variantes, plus ou moins différentes les unes des autres en fonction de leur éloignement géographique, du contexte culturel, historique… D’ordinaire on s’en préoccupe peu, mais en tant que traducteur.ice.s, être expert.e.s dans nos langues de travail dans toutes leurs subtilités est au cœur de notre travail. Les nombreux dialectes que la plupart de celles-ci comportent sont un élément non négligeable à prendre en compte afin d’appréhender correctement un projet de traduction, peu importe notre rôle au sein du processus.

Quelques exemples pratiques :

Exemple du portugais:

“J’ai vu que vous parliez portugais ?” m’a-t-on demandé lors de mon dernier entretien téléphonique, ce à quoi je me suis empressée de répondre “Du Brésil !”.

La majorité des lusophones de France parlant le portugais du Portugal, je prends toujours le soin de le préciser afin d’éviter toute confusion. En effet, parmi tous les dialectes que compte cette langue, celui du Brésil est probablement l’un des plus éloignés de celui que nous connaissons en Europe. Il en est même si différent que beaucoup le considèrent comme une langue à part entière. Le portugais du Brésil possède même ses propres dialectes, avec des différences d’accent, de vocabulaire, et même de grammaire, mais ceux-ci restent plus apparentés entre eux qu’ils ne le sont à la variante européenne.

La différence la plus frappante se remarque à l’oral. De manière générale, les Brésiliens tendent à élonguer leurs voyelles, tandis que les Portugais les raccourcissent, et selon la région, les lettres “s”, “t”, “d” et “r” seront prononcées très différemment.

En termes de vocabulaire, le portugais du Brésil se dénote par l’utilisation bien plus importante de mots empruntés à l’anglais, comme “notebook” (PC), et de verbes créés à partir de l’anglais, comme “postar” (poster une photo) ou “logar” (se connecter à un site internet), ou encore de mots issus des langues autochtones, comme “abacaxi” (ananas) ou “maracuja” (fruit de la passion).

Dernière différence notable, et non des moindres : la grammaire, et en particulier l’utilisation des pronoms et la conjugaison des verbes. En portugais européen par exemple, le pronom “tu” se traduit par “tu” et, comme en français, est suivi d’un verbe conjugué à la deuxième personne du singulier. En portugais du Brésil, “tu” se traduit généralement par “você” et est suivi d’un verbe conjugué à la troisième personne du singulier. “Tu vas” se traduirait donc par “tu vais” en portugais européen et pas “você vai” en portugais du Brésil.

En somme, lorsque l’on me parle en portugais du Portugal, je ne comprends pas grand chose.

Exemple du coréen:

Ces réflexions m’ont poussée à m’interroger sur les difficultés que je pourrais rencontrer dans la dernière langue à laquelle j’ai entrepris de me consacrer : le coréen.

Le cas du coréen m’intéressait particulièrement car, si l’évolution respective du portugais européen et du portugais du Brésil s’est faite au fil des siècles avec la colonisation Portugaise du XVe au XXe siècles, la division de la Corée en deux pays différents ne date que de 1945. Une séparation récente donc, mais plus radicale, les échanges entre les habitants des deux pays étant depuis presque impossibles, ce qui a pu engendrer là aussi un éloignement des dialectes parlés dans le Nord et dans le Sud de la péninsule.

Déjà avant la Deuxième Guerre mondiale, le coréen comportait de nombreux dialectes, principalement en raison de la géographie montagneuse du pays qui rendait les échanges difficiles entre les populations avant l’invention des moyens de transport modernes. Le Coréen Standard parlé au Sud et le Coréen Standard du Nord sont respectivement basés sur deux dialectes appartenant tous deux au dialecte Central : le dialecte de Gyeonggi-Séoul au sud et le dialecte de Hwanghae au Nord. Ils sont donc, sur le papier, largement mutuellement intelligibles.

Dans les faits, on observe de nombreuses différences, non seulement dans le vocabulaire, mais également dans la grammaire.

Un exemple frappant de ces différences se remarque dans la présence ou l’absence de mots d’origine étrangère dans les deux dialectes, principalement en ce qui concerne les mots empruntés à l’anglais. Du fait de l’influence américaine très marquée en Corée du Sud depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, le coréen parlé au Sud en comporte de nombreux, comme 케이크 (keikeu – de “cake”) ou 아파트 (apateu – de “apartment”). Ce genre d’influence étrangère a été balayée par l’ancien dirigeant Nord-coréen Kim Il-Sung, qui imposa la création de nouveaux mots coréens afin de remplacer les mots d’origine anglaise, tels que 손전화 (sonjeonhwa, smartphone), qui remplace 핸드폰 (haendeupon – pour “hand-phone”, soit smaprtphone).

Concrètement, quels problèmes cela pose-t-il en traduction ?

En tant que traducteur.ice.s, la déontologie veut que nous ne traduisons que vers notre langue maternelle. Inutile donc de maîtriser toutes les variations grammaticales possibles de nos langues de travail. Les différences de grammaire, d’orthographe ou de vocabulaire ne posent donc pas nécessairement de difficultés tant que nous parvenons à comprendre correctement notre document source. Le principal défi réside dans les nuances historiques, politiques, les références culturelles ou encore les expressions idiomatiques. Chaque choix de traduction doit prendre en compte le contexte dans lequel il a été écrit, et ce n’est donc pas tant à la grammaire d’un dialecte particulier qu’il nous faut nous adapter, mais bien à ses locuteurs eux-mêmes.

Sources

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Traduction et langues autochtones au Canada

Par Jade Kacedan, étudiante M1 TSM

Le 10 février 2022, le gouvernement du Manitoba, province canadienne, a annoncé un financement pour former des traducteurs autochtones au cours des trois prochaines années. Dans son communiqué de presse, il déclare qu’il investira 300 000 dollars « dans la prestation de programmes visant à accroître la maîtrise des langues autochtones, la littératie et la capacité de traduction ». Alors que la demande de services en langue autochtone augmente, la province souhaite pourvoir 45 postes de locuteurs et de traducteurs dans quatre des sept langues autochtones reconnues en vertu de la Loi sur la reconnaissance des langues autochtones du Manitoba.

Cette nouvelle témoigne d’un intérêt de la part des institutions canadiennes pour la traduction depuis et vers les langues autochtones du Canada.

D’abord, qu’est-ce qu’une langue autochtone ?

C’est une langue parlée par une population issue du sol où elle habite.  Le recensement de 2016, qui contient les dernières données linguistiques disponibles, comptabilise plus de 70 langues autochtones au Canada, réparties en 12 familles de langues : les langues inuites, algonquiennes, athapascanes, siouennes, salishennes, tsimshennes, wakashanes et iroquoiennes ainsi que le tligit, le haïda, le mitchif et le kutenai. Les locuteurs de ces langues sont en majorité issus des trois groupes de populations autochtones du Canada : les Métis, les Inuits et les « Premières Nations ».

Une grande partie de ces langues sont aujourd’hui en danger à cause de nombreuses politiques coloniales qui interdisaient aux Autochtones de parler leur langue maternelle. Historiquement, la traduction et l’interprétation ont servi les intérêts des colonisateurs européens dans un processus d’assimilation des populations autochtones. La traduction était un moyen pour les missionnaires d’évangéliser les populations autochtones. La culture et les langues autochtones étant considérées comme inférieures, des tentatives d’assimilation ont été menées par les missionnaires puis par l’État canadien. La Loi sur les Indiens, introduite en 1876, visait à éradiquer la culture des Premières Nations et à favoriser leur assimilation. Elle a été modifiée pour la dernière fois en 1985 afin de supprimer les articles discriminatoires. Les pensionnats canadiens, écoles religieuses financées par le gouvernement, avaient pour but d’intégrer les communautés indiennes par l’école anglophone. Ces pensionnats ont été ouverts pendant plus de 160 ans ; ce n’est qu’en 1996 que le dernier pensionnat a fermé ses portes.

Quel est le statut de ces langues ?

Ces langues ne sont pas reconnues comme langues officielles du Canada : seuls l’anglais et le français disposent de ce statut. La Loi constitutionnelle de 1982 reste floue sur les droits linguistiques des Autochtones et ne mentionne pas les langues autochtones. Chaque province ou territoire a néanmoins sa propre politique linguistique, mais seulement deux territoires fédéraux reconnaissent des langues autochtones comme langues officielles. Au Nunavut, les langues officielles sont l’anglais, le français, l’inuktitut et l’inuinnaqtun, tandis que dans les Territoires du Nord-Ouest, ce sont l’anglais, le français ainsi que 9 langues autochtones. Ainsi, la Loi sur les eaux de Nunavut et le Tribunal des droits de surface du Nunavut (2002) engage le Tribunal à fournir des services de traduction et d’interprétation aux locuteurs de l’inuktitut, mais cette loi ne concerne que le Nunavut.

Lors de ces dernières années, des efforts ont été fournis afin de préserver ces langues. La Loi sur les langues autochtones, sanctionnée le 21 juin 2019, reconnaît que « les langues autochtones font partie intégrante des cultures et des identités des peuples autochtones et de la société canadienne ». Les institutions fédérales peuvent désormais veiller à ce que les documents acheminés aux Autochtones soient traduits et à ce qu’il y ait des services d’interprétation en langues autochtones. La loi permet également la création d’un Bureau du commissaire aux langues autochtones qui devra représenter les intérêts des peuples autochtones et soutenir les initiatives concernant les langues autochtones.

Le Bureau de la traduction au Canada est l’organisme qui fournit des services de traductions dans plus d’une centaine de langues autochtones et étrangères en plus des deux langues officielles pour le Parlement, les tribunaux, les ministères et organismes fédéraux. Sur le site officiel du gouvernement du Canada, il met à disposition des dictionnaires, des lexiques ainsi que des ressources pour la rédaction en langues autochtones.

Caractéristiques de la traduction depuis et vers les langues autochtones

Il existe actuellement peu de programmes de traduction avec des combinaisons de langues autochtones, peu de productions littéraires en langue autochtone et peu de traductions vers ou depuis ces langues.

La colonisation et les politiques qui l’ont suivie expliquent la situation actuelle de la traduction de ces langues. Comment traduire les écrits autochtones dans une perspective décolonisatrice ? Certains auteurs autochtones traduisent eux-mêmes leurs œuvres. Si l’œuvre est traduite par une personne autre que l’auteur, cette personne doit avoir conscience des enjeux politiques qui s’y trouvent et doit collaborer avec des spécialistes de la langue autochtone ainsi qu’avec des détenteurs de savoirs ancestraux qui sauront éclairer les choix de traduction. Selon des études autochtones, les traducteurs allochtones (« qui n’est pas originaire du pays qu’il habite », d’après le TLFI) devraient appréhender la littérature autochtone dans une perspective particulière, car les auteurs se réclament d’une tradition littéraire qui diffère selon les peuples : la grammaire narrative, les thèmes, les motifs et les récits varient. Dans l’ouvrage Elements of Indigenous Style : Guide for Writing By and About Indigenous Peoples, Gregory Younging énonce 22 principes selon lesquels il faudrait traduire les textes d’auteurs autochtones : il faudrait, entre autres, utiliser la terminologie préférée par la nation (par exemple, utiliser le mot Innu au lieu du mot Montagnais pour désigner ce peuple autochtone), ou conserver les styles de narration issus de l’oralité (comme la répétition ou le langage familier). L’ajout de notes de bas de page par les traducteurs permet de conserver des mots dans la langue source tout en expliquant leur signification aux lecteurs qui ne connaissent pas la langue source.

Traduire vers ou depuis les langues autochtones présente de nombreuses difficultés. Ces langues sont en général agglutinantes, c’est-à-dire que les mots sont formés à partir d’une racine lexicale à laquelle se rajoutent des affixes. Ces langues peuvent parfois appartenir au groupe des langues polysynthétiques : les mots sont composés de morphèmes lexicaux, « unités minimales de signification » d’après le CNRTL, et peuvent être l’équivalent de toute une phrase. Akwiratékha’ Martin est un traducteur de kanien’kéha ou mohawk, une langue iroquoise polysynthétique et agglutinante, et s’exprime sur les difficultés et les enjeux des traductions depuis et vers cette langue de travail dans une interview (en anglais) accordée à René Lemieux. Akwiratékha’ Martin déclare qu’à cause de l’absence de dictionnaire pour son dialecte (Kahnawa’kéha), les anciens constituent ses seules ressources. Certains concepts en anglais ou en français sont compliqués à traduire : Akwiratékha’ Martin prend comme exemple le mot « développement durable ». Pour traduire ce mot, il a travaillé avec d’autres personnes. Alors que l’anglais et le français s’articulent autour du nom, sa langue est axée sur le verbe. Ainsi, le mot a dû être déconstruit et reconstruit pour donner « Tsi ní:ioht tsi eniontáthawe’ ne onhontsà:ke tánon’ ne tóhsa iaiéhsa’ahste’ nahò:ten onhóntsakon í:wa » (qui se traduit littéralement en anglais par « how to carry yourself, or support yourself, on the Earth without using up what the Earth gives you »).

La morphologie de la langue et le manque de ressources disponibles pour traduire, qu’elles soient humaines, financières ou matérielles (par exemple, des ressources terminologiques bilingues spécialisées et normalisées) sont donc des difficultés que peuvent rencontrer les traducteurs de langues autochtones. Les documents de références (grammaires, dictionnaires), lorsqu’ils existent, sont en général incomplets. Ils sont également bilingues et les entrées ne permettent pas d’appréhender tout le champ sémantique du mot. La traduction spécialisée nécessite des glossaires spécialisés qui doivent être réalisés avec l’aide de plusieurs traducteurs, de linguistes et d’experts du domaine. Un autre problème réside dans l’usage parallèle des deux systèmes de graphie utilisés pour les langues autochtones : le système d’écriture syllabique autochtone canadien et l’alphabet romain. Il faut savoir écrire la traduction que l’on a choisie.

En général, les traductions vers les langues autochtones ont comme langues sources l’anglais et le français. Les documents traduits sont, pour la plupart, des œuvres religieuses (la Bible), des publications du gouvernement (livres, affiches, etc) et des documents éducatifs. Les traductions depuis les langues autochtones vers l’anglais et le français concernent souvent des déclarations orales qu’il s’agit d’abord de transcrire.

Traduction automatique et langues autochtones

Google Traduction n’offre pas de traduction depuis ou vers le cri, langue algonquienne parlée par plus de 95 000 personnes au Canada. Joseph John, auteur de bandes dessinées, a donc lancé une pétition pour que Google Traduction ajoute le cri à ses services. L’entreprise a expliqué que le manque de ressources disponibles (pas assez de traductions écrites de documents en cri) ne permettait pas de constituer une base suffisante de données pour le système de traduction automatique de Google, mais qu’elle travaillait néanmoins à l’élaboration de nouvelles techniques de machine learning qui nécessitent moins de ressources linguistiques. Selon Andrew Cowell, professeur de linguistique à l’université du Colorado, il faudrait un apport de centaines de millions de mots pour ajouter une langue à Google Traduction. Ces données doivent également être épurées, c’est-à-dire que l’on devrait y trouver la même orthographe et les mêmes conventions grammaticales. De plus, le cri est en réalité un ensemble de dialectes qui varient selon l’emplacement géographique, ce qui complique la tâche.

Bien que la traduction automatique des langues autochtones ne soit pas encore très répandue, on observe quelques évolutions. Grâce aux données linguistiques fournies par le gouvernement du Nunavut et grâce au travail bénévole de plusieurs personnes, la traduction depuis et vers l’inuktitut, dialecte principal de l’inuktut et parlé par environ 40 000 Inuits, est possible depuis janvier 2021 dans les applications Microsoft Traducteur, Office et Traducteur pour Bing. L’ajout de l’inuktitut dans ces applications s’inscrit dans la voie de la revitalisation des langues autochtones.

Enjeux de la traduction depuis et vers les langues autochtones

De nombreuses langues autochtones au Canada sont de moins en moins parlées et beaucoup d’entre elles n’ont plus aucun locuteur. Bien qu’il reste peu d’unilingues en langues autochtones, la présence de traducteurs autochtones reste importante, notamment pour les personnes qui souhaitent apprendre ces langues. En 2021, grâce à l’aide de neuf traducteurs et traductrices, Cameron Adams a créé une application gratuite, « nēhinawēwin », qui permet d’apprendre le cri.

Traducteurs, terminologues et interprètes contribuent à la revitalisation des langues autochtones. Ils jouent un rôle essentiel dans la promotion et la protection des langues autochtones. Ils font connaître les récits et savoirs des cultures autochtones, entre autres. De plus, la traduction depuis et vers les langues autochtones permet aux locuteurs d’avoir accès à l’information et aux services de base (santé, éducation et justice) ainsi que de participer à la vie culturelle et politique de la société canadienne. L’Assemblée générale des Nations Unies a reconnu en 2017 l’importance de la traduction professionnelle « dans le rapprochement des nations et la promotion de la paix, de la compréhension et du développement » (traduction du titre de la résolution 1/RES/71/288 sur https://www.fit-ift.org/fr/international-translation-day/itdjmt2019/).

Conclusion

Il existe peu de ressources matérielles, financières et humaines pour la traduction depuis et vers les langues autochtones au Canada, qui reste une activité marginale. Cependant, depuis quelques années, on peut constater un intérêt pour la sauvegarde des langues autochtones, qui se traduit par des initiatives politiques, par des études universitaires et par des projets qui s’intéressent à la traduction des langues autochtones. La traduction a son rôle à jouer dans la préservation de ces langues, et c’est pourquoi l’existence et la mise en place de ressources financières, humaines et matérielles sont primordiales.

Sources

« Canadian Flag » by Open Grid Scheduler / Grid Engine is marked with CC0 1.0.

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« Politique linguistique au Canada | l’Encyclopédie Canadienne ». [s.l.] : [s.n.], 2021c. Disponible sur : < https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/politique-linguistique > (consulté le 7 avril 2022)

« Province du Manitoba | Communiqués | La Province offre un financement visant à augmenter le nombre de traducteurs en langues autochtones ». In : Province of Manitoba [En ligne]. [s.l.] : [s.n.], 2022d. Disponible sur : < https://news.gov.mb.ca/news/index.fr.html?item=53300&posted=2022-02-10 > (consulté le 21 mars 2022)

Le gaélique irlandais, 24e langue officielle de l’Union européenne

Par Eloïse Girard, étudiante M1 TSM

Ce jeudi 17 mars, la Saint-Patrick, fête nationale populaire d’Irlande a été célébrée comme il se doit dans tout le pays. Cependant, en ce début d’année 2022, ce n’est pas la seule célébration des Irlandais. En effet, depuis le 1er janvier 2022, le gaélique irlandais est devenu la 24e langue officielle de l’Union européenne. Cette langue qui fait la fierté des Irlandais n’est pas forcément connue des étrangers, qui ont tendance à penser que l’anglais est la seule langue principale du pays. Dans ce billet, je vais donc m’atteler à vous expliquer l’histoire de cette langue ainsi que ce qui en a fait une langue officielle de l’UE.

Chronologie du gaélique irlandais au sein de l’UE

1973 : l’Irlande rejoint l’UE, alors appelée Communauté économique européenne (CEE). Cependant, il est décidé que seuls les traités seraient traduits en irlandais.

2005 : le gouvernement irlandais a demandé que l’irlandais devienne une langue de travail à part entière.

1er janvier 2007 : l’irlandais est devenu langue officielle. Cependant, une dérogation a été mise en place. En effet, dû au manque de ressources (pas assez de traducteurs et interprètes vers l’irlandais, mais aussi de ressources informatiques), tous les documents européens ne peuvent être traduits en irlandais.

2015 : l’Irlande a demandé de progressivement réduire sa dérogation pour retrouver son statut de langue officielle d’ici 2022.

Avril 2021 : les institutions ont triplé le volume de traductions vers l’irlandais depuis 2016.

1er janvier 2022 : l’irlandais est reconnu comme langue officielle, sans dérogation. À partir de cette date, tous les documents de l’UE seront traduits en irlandais. Ceci devrait augmenter la demande en traduction vers l’irlandais au sein de la commission de 40 %.

Avant de passer au cœur du sujet et d’expliquer les raisons de cette officialisation définitive, revenons sur l’histoire de cette langue gaélique.

Brève histoire

Cette langue indo-européenne fait partie du groupe des langues celtiques insulaires, et du sous-groupe des langues gaéliques, comprenant le mannois de l’île de Man (quasiment éteint), le gaélique d’Irlande ainsi que le gaélique d’Écosse.

Remarque : les langues celtiques insulaires possèdent d’autres sous-groupes connus tels que le brittonique, qui regroupe le breton, le gallois et le cornique ou le gaulois.

Le gaélique irlandais serait apparu au VIIIsiècle avant notre ère. Selon les manuscrits des moines, les seuls écrits trouvés relatant de cette époque, les derniers envahisseurs, appelés les Goidels, auraient donné leur nom au gaélique, alors la langue la plus parlée sur l’île.

Cependant, suite aux raids vikings du IXe siècle et de l’invasion des Anglo-Normands au XIe jusqu’à l’avènement du protestantisme au XVIsiècle, le gaélique irlandais a progressivement diminué au profit de l’anglais.

Au XIXe siècle, synonyme de pauvreté, le gaélique a même failli disparaître, avant de regagner de l’intérêt auprès des élites. Ainsi, Douglas Hyde, futur président de l’Eire, a fondé la Ligue gaélique en 1893 afin de conserver et de défendre la langue gaélique.

La Constitution de 1937, qui donne le nom d’Eire à l’Irlande, déclare le gaélique irlandais comme première langue officielle et met en place un programme d’enseignement obligatoire de l’irlandais dans les écoles du pays.

En 1938, une fois devenu président, Douglas Hyde va continuer de défendre sa langue maternelle en créant des régions où le gaélique est la langue principale des habitants, appelées Gaeltachtaí, notamment les régions de Galway, Kerry et d’Irlande du Nord (voir image ci-dessus).

Il convient de noter que l’Irlande du Nord, considère toujours l’irlandais comme une langue régionale.

Et aujourd’hui ? Quelques statistiques

D’après le recensement de la population irlandaise de 2016, 39,8 % de la population parle le gaélique irlandais couramment. Dans les régions du Gaeltachtaí, 66,3 % des Irlandais parlent le gaélique. Ces chiffres sont en légère baisse par rapport à ceux du recensement de 2011, en grande partie due à l’arrivée de population étrangère (en premier lieu, Polonais et Anglais), qui vient s’installer en Irlande.

Aujourd’hui, l’irlandais est toujours une matière obligatoire dans toutes les écoles de la République d’Irlande, ce qui fait qu’environ 1,8 million d’Irlandais ont des connaissances approximatives de la langue. Des médias ont également développé des programmes entièrement en gaélique et sous-titrés en anglais : la télévision (TG4), des stations de radio (RTÉ Raidió na Gaeltachta, Raidió na Life). Afin d’entretenir le bilinguisme, les institutions irlandaises ainsi que les panneaux routiers sont en anglais et gaélique.

Même si ces chiffres se stabilisent, le gouvernement irlandais souhaite promouvoir la langue à l’international, en prenant des initiatives pour que l’irlandais redevienne langue officielle au sein de l’UE.

Initiatives du gouvernement pour développer la langue irlandaise

L’objectif premier du gouvernement est d’assurer la transmission de la langue vers les générations futures. Pour cela, le ministère irlandais du Tourisme, de la Culture, des Arts, de la Gaeltacht, du Sport et des médias (Department of Tourism, Culture, Arts, Gaeltacht, Sport and Media) et les institutions de l’UE ont travaillé ensemble pour que l’irlandais redevienne une langue officielle. Selon Thomas Byrne, ministre des Affaires européennes, le volume global des traductions vers l’irlandais a été multiplié par 6 depuis 2016, passant de 8 000 à 46 000.

Au niveau de la Commission européenne, il a triplé et s’est diversifié avec la traduction vers l’irlandais de législation européenne, de contenu web, de documents politiques, de communication ainsi que des rapports. Les effectifs pour l’irlandais ont également doublé entre fin 2015 et avril 2021, en passant de 58 à 138 membres du personnel, beaucoup d’entre eux en emploi temporaire. Mais l’objectif est d’atteindre les 200 employés permanents d’ici 2022. Des appels d’offres sont également mis en place afin de travailler avec des traducteurs, réviseurs et interprètes freelance.

Enfin, le gouvernement irlandais s’est associé à l’UE afin d’augmenter les ressources disponibles en irlandais. Ainsi, une machine neuronale de l’anglais vers l’irlandais a été créée en 2018 et s’utilise de plus en plus par les services de langue de l’UE. De plus, la base terminologique de l’UE, IATE ainsi qu’Euramis, la mémoire de traduction institutionnelle de l’UE sont de plus en plus alimentées en contenu irlandais : Euramis est ainsi passée de 3,5 millions de segments en 2016 à 9 millions en 2021 et IATE de 56 860 entrées à 70 266 en 2021.

Quelques mots à connaître

Pour vos prochains voyages en Irlande, faites plaisir aux Irlandais avec ces quelques mots de vocabulaire :

Bienvenu : Fáilte (faultcha)

Bonjour : Dia duit (djia ditch)

Au revoir : Slán agat (slone agueute)

S’il vous plaît : Le do thoil (yeu djau houill)

Merci : Go raibh maith agat (go rêve ma agueute)

Oui : Tá (teu)

Non : Ní :

Gaeltacht : ensemble des personnes qui parlent le gaélique irlandais

Si vous souhaitez approfondir votre connaissance de la langue irlandaise, c’est par ici !

Une ouverture de la langue au monde

Pour conclure, la volonté du gouvernement irlandais de faire rayonner leur langue à l’international, et notamment au sein de l’Union européenne n’a pas seulement permis de développer des outils et des ressources propres à la langue, mais également de faire connaître le gaélique irlandais à son peuple, afin que cette langue perdure et se transmette de génération en génération.

Références

Archive eu2013.ie, [sans date]. La langue irlandaise [en ligne]. Disponible à l’adresse : http://eu2013.ie/fr/l-irlande-et-la-presidence/a-propos-de-lirlande/lavieenirlande/lalangueirlandaise/

BALLARD, Michel, 1998. Europe et traduction. Presses de l’Université d’Ottawa. ISBN : 978-2-7603-0471-0.

Commission européenne, [sans date].Irish in the EU: on track to reach full status by 2022 [en ligne]. Disponible à l’adresse : https://ec.europa.eu/info/sites/default/files/irish_report_2021_factsheet_en.pdf

CSO, Central Statistics Office, [sans date]. Census of Population 2016 – Profile 10 Education, Skills and the Irish Language [en ligne]. Disponible à l’adresse : https://www.cso.ie/en/releasesandpublications/ep/p-cp10esil/p10esil/ilg/

Guide Irlande.com, [sans date]. L’Irlande [en ligne]. Disponible à l’adresse : https://www.guide-irlande.com/

GUIFFAN, Jean, FALC’HER-POYROUX, Erick, 2009. L’Irlande. Le Cavalier Bleu éditions. ISBN : 978-2-84670-238-6.

Ó HIFEARNÁIN, Tadhg, 2015. La pratique de l’irlandais et la minorité irlandophone. La Bretagne Linguistique. 1 juin 2015. N° 19, pp. 81‑97. DOI 10.4000/lbl.1052.

Ó RIAIN, Seán, 2010. Irish and Translation – the EU Context. Études irlandaises. 30 décembre 2010. N° 35‑2, pp. 65‑80. DOI 10.4000/etudesirlandaises.1958.

The Irish government, 2021. The Irish language gains full official and working status in the European Union [en ligne]. Disponible à l’adresse : https://www.gov.ie/en/press-release/e3150-the-irish-language-gains-full-official-and-working-status-in-the-european-union/

Traduction : Que faire de toutes ces langues que vous parlez ?

Par Matilda Gascon Delqueux, étudiante M2 TSM

Nombre d’entre nous connaissons d’autres langues que celles étudiées en master de traduction. Voyons ensemble comment les intégrer à notre pratique.

Se lancer dans la traduction requiert généralement d’être titulaire d’un master, au cours duquel on apprend à traduire depuis deux langues de travail vers sa langue maternelle. Cependant, il n’est pas rare de pratiquer plus de deux langues étrangères — dès lors, comment travailler depuis d’autres langues que celles figurant sur son diplôme ? Qu’il s’agisse de véritable maîtrise ou de simples notions, voici quelques conseils tirés d’échanges avec des professionnel·le·s et de ma propre expérience.

Ajouter des langues de travail à son arc

En traduction, une langue de travail est une langue étrangère que l’on maîtrise à un niveau avancé. Bien qu’il soit ardu, voire impossible d’atteindre le niveau d’une personne native, nous possédons une compréhension étendue et fine de nos langues de travail, car nous nous devons d’en rendre tout le sens dans notre langue maternelle.

La majorité d’entre nous avons suivi une formation en master avec deux langues de travail, l’une d’elles étant souvent l’anglais. Mais parfois, nous parlons d’autres langues à un niveau avancé : apprises dans un cadre familial, au cours de nos études, après le master en allant vivre dans un autre pays… Les situations sont aussi variées qu’il existe de traducteurs et traductrices. Si vous vous retrouvez dans cette description, vous n’avez probablement pas envie de laisser tomber ces langues — après tout, vous avez passé du temps à les apprendre et elles font partie de vous. Alors, comment s’y prendre ?

Avant toute chose, je tiens à répondre à la question suivante : faut-il un diplôme dans la langue que l’on souhaite ajouter à sa pratique ? Pour prétendre travailler avec des agences, l’important est d’être titulaire d’un diplôme de traduction. Peu importe si vous proposez des services dans des langues autres que celles figurant sur l’intitulé de votre formation ; le test de traduction qu’on vous fera probablement passer en dira bien plus sur votre niveau. Néanmoins, si vous en ressentez l’envie, vous pouvez suivre des cours en plus de votre activité professionnelle et préparer une certification. Celle-ci pourra vous être utile dans les rares cas où une preuve de votre maîtrise linguistique vous sera demandée, et servira surtout à vous rassurer sur votre légitimité à offrir des services de traduction dans d’autres langues que celles suivies en master.

Mais alors, s’il n’est pas nécessaire d’avoir un diplôme, comment se lancer ?

L’approche la plus conseillée consiste à travailler en interne dans une agence offrant la combinaison linguistique que vous aimeriez développer. Vous pouvez commencer par demander à réviser des traductions depuis la langue qui vous intéresse, puis proposer de traduire. Le contact sera plus facile, il est moins intimidant de faire cette demande en tant que membre d’une équipe en interne, et le retour sur votre travail est immédiat — ce qui ne vous empêche en aucun cas de tenter comme indépendant·e ! Si vous souhaitez créer votre propre entreprise par la suite, cette agence sera susceptible de figurer parmi vos clients principaux, y compris dans cette nouvelle combinaison, car elle connaît déjà la qualité de votre travail. Aussi, si vous devez ou pouvez effectuer un stage dans le cadre de votre master, je vous conseille fortement de vous tourner vers une agence proposant la combinaison linguistique que vous aimeriez intégrer à votre pratique.

Vous pouvez également vous tourner vers un binôme de confiance : un camarade de master diplômé dans l’une des langues de travail que vous souhaitez ajouter à votre CV, ou bien une traductrice de bon conseil, rencontrée au hasard de votre vie professionnelle… Demandez-lui de vous confier un petit projet qui correspond à vos spécialités pour vous faire la main. Il ou elle pourra vous réviser et vous donner les retours constructifs qui permettront de vous améliorer. Contrairement à l’image que l’on peut se faire en entrant dans le monde de la traduction, notre communauté fait preuve de beaucoup d’entraide et de bienveillance. N’ayez pas peur de vous lancer !

Le mentorat est une autre solution très enrichissante : certains organismes proposent de mettre en relation mentor et mentoré·e afin de développer ses compétences et prendre confiance en soi en tant que néophyte sur le marché de la traduction. Parmi les programmes de mentorat, on retrouve plusieurs associations et syndicats de traduction, comme la SFT avec le programme Boussole. Vous pouvez aussi vous tourner vers ceux de Translation Commons, ProZ.com et bien plus encore.

Enfin, quelle que soit votre démarche, n’oubliez pas de vous présenter professionnellement comme traduisant depuis la ou les langues que vous souhaitez développer. Si le monde n’est pas au courant que vous les maîtrisez, on ne vous proposera pas de projets dans ces combinaisons !

Mettre à profit vos langues « mineures »

Nous avons passé en revue quelques pistes pour ajouter des langues de travail à votre pratique de traducteur ou traductrice. Cependant, les professionnel·le·s du secteur ne font pas que traduire : le contrôle qualité, la mise à jour terminologique ou encore le testing de logiciels peuvent faire partie des services que vous proposez. Au cours de mon stage de Master 1, j’ai réalisé que toute connaissance linguistique peut s’avérer très utile sur les tâches techniques, même si votre niveau n’est pas avancé. J’ai notamment eu l’occasion d’effectuer plusieurs contrôles qualité techniques multilingues (cross-language QAs), d’alimenter un glossaire en allemand et de faire remonter les incohérences entre le glossaire et la mémoire de traduction d’un client depuis le japonais — tout cela en ne comprenant que très peu les deux langues mentionnées. Voici les quatre niveaux de connaissance non avancée d’une langue qui, selon moi, peuvent apporter une valeur ajoutée à votre profil et vous permettre de varier vos projets au quotidien.

Niveau intermédiaire

Il s’agit d’une langue que vous comprenez, savez utiliser pour les interactions les plus simples et dont vous connaissez les bases grammaticales. En bref, vous vous « débrouillez », et votre niveau correspond au A2 ou B1 du CECRL. Cette connaissance peut largement suffire, et même s’avérer très précieuse. Par exemple, si vous devez effectuer du testing dans cette langue, vous saurez reconnaître des fautes d’accord et des troncatures sur l’interface logicielle. Pour ma part, j’ai eu l’occasion de contrôler la qualité de textes rédigés en italien, langue que j’ai étudiée trois ans en licence, et ai su repérer quelques mots manquants et fautes d’inattention, ce qui n’aurait pas été possible dans une langue que je ne comprends absolument pas. Ainsi, si vous avez suivi des cours de LV3 au lycée ou en licence, ou avez quelque peu pratiqué une langue grâce à votre entourage, bonne nouvelle : vous pouvez mettre ces acquis à profit dans votre vie professionnelle.

Niveau « faux débutant »

À ce stade de compréhension, si on vous catapultait dans un pays parlant cette langue, vous survivriez grâce à des bribes de vocabulaire, une conjugaison douteuse… et beaucoup de communication non verbale. Eh bien, das ist mon cas en allemand ! Pourtant, le simple fait de m’être intéressée à la langue de Goethe étant plus jeune m’a servi durant les QA techniques et l’alimentation d’un glossaire, pour lequel je devais retrouver les équivalents allemands de termes anglais traduits dans des documents de plusieurs pages. Alors vous aussi, utilisez vos réminiscences de polonais appris en famille ou vos centaines d’heures de visionnage d’Arte pour remplir des glossaires (dépaysement garanti) !

Niveau « peut-on appeler cela un niveau ? »

À la question « Comprends-tu le japonais ? », ma réponse sera malheureusement non. Néanmoins, cette langue m’a toujours attirée, ce qui m’a amenée à reconnaître ses différents systèmes d’écriture et certains de leurs caractères. Au cours de mon stage du printemps dernier, ce maigre bagage m’a suffi pour vérifier plus de 3000 entrées de glossaire anglais – japonais et leur adéquation avec les segments sauvegardés dans la mémoire de traduction du client. Cet exemple est la preuve que, même si vous avez l’impression que vos connaissances dans une langue ne sont pas suffisantes pour être exploitées, elles peuvent rendre de grands services aux équipes avec lesquelles vous travaillez. Tout en restant bien sûr réaliste et honnête, ne sous-estimez donc pas vos compétences.

Niveau « je sais que cette langue existe »

Enfin, sachez que pouvoir repérer des problèmes d’affichage de ponctuation dans un texte en hébreu ou être au courant que les grands nombres ne se « découpent » pas de la même façon dans les différentes langues asiatiques m’a permis d’aider mes collègues sur certains projets. Je ne parle ni ne lis un mot d’hébreu ou de mandarin. Moralité : être curieux·se de toute information qui s’offre à vous peut toujours servir, même des années plus tard !

Pour conclure

Travailler dans le domaine de la traduction vous garantit une vie professionnelle riche et en constante évolution. Les langues que vous avez étudiées en master ne seront peut-être pas celles depuis lesquelles vous traduirez le plus au quotidien : l’important, c’est de faire ce pour quoi vous êtes doué·e et ce qui vous plaît.

Un grand merci à David Braye et Justine Six, qui ont pris le temps de répondre à mes questions dans le cadre de la rédaction de ce billet, et ont ainsi nourri ma réflexion professionnelle.

Mes remerciements à toute l’équipe de Nancy Matis SRL, qui m’a accueillie en stage de Master 1 et m’a fait prendre conscience de l’utilité de l’ensemble de mes compétences linguistiques.

Sources

DEMICHELIS, Veronika and SÁNCHEZ ZAMPAULO, Madalena, 2020. Smart Habits for Maintaining Your Language Skills With Eve Bodeux. Disponible à l’adresse : https://smarthabitsfortranslators.com/podcast-episodes/30

GASCON, Matilda, 2021. Rapport de stage, Master 1 Traduction Spécialisée Multilingue, Université de Lille.

http://nancymatis.com/

https://fr.jsix-translations.be/

https://translationcommons.org

https://www.proz.com/guidance-center/mentoring-program

https://www.sft.fr/fr/commission-boussole

S’exprimer de manière universelle

Par Hadjar Boukhelifa, étudiante M2 TSM

Connaitre plusieurs langues vous parait inaccessible ? Vous vous tuez à la tâche afin de maitriser une panoplie de langues ? Jongler entre une langue hispanique et scandinave vous semble aussi facile que de comprendre le fonctionnement de la traduction automatique neuronale ? Et pourtant, savez-vous que l’on retrouve des mots qui outrepassent les obstacles de la langue ? Une bonne nouvelle pour ce monde dont les frontières sont de plus en plus floues face à la mondialisation.

Cette semaine, je vais vous présenter des mots universels qui peuvent être utilisés à peu près partout dans le monde et qui auront la même signification. La seule chose qui pourrait changer est la prononciation, mais à part cela vous devriez être en mesure de vous faire comprendre, peu importe où vous êtes.

Maman — Le mot « mama » est le même dans un nombre étonnamment élevé de langues, ou du moins très similaire, comme eomma en coréen ou mommy en anglais. (Les mots équivalents pour les pères sont également similaires, mais varient plus largement.) Ce terme cohérent pour « mère » peut vous faire penser que ce mot était si fort, si intégral, qu’il puise son origine aux débuts de l’humanité et s’est ensuite mondialement répandu. La véritable histoire est tout autre. Le mot « maman » est apparu indépendamment dans de nombreuses langues différentes. Les recherches suggèrent que cela a tout à voir avec le développement précoce de la parole. Le babillage d’un bébé ne serait pas une série de bruits aléatoires, mais suivrait un certain schéma. Dans l’expérimentation vocale, les nouveau-nés émettent souvent le son « ah » en premier. C’est l’un des sons les plus faciles à produire, car il ne nécessite pas beaucoup d’effort avec la bouche. Fermer les lèvres pour créer un « mmm » vient aussi tout naturellement. Ces deux sons combinés créent un premier mot commun : « mama ». Et dans le monde, on retrouve les mêmes sons, la même interprétation et le même mot.

Hein — C’est peut-être le mot universel par excellence. En effet, une étude de 2013 (lien en anglais) a démontré qu’on le retrouve sous différente forme dans 31 langues parlées. Même s’il ne sonne pas exactement de la même manière, il respecte néanmoins un ensemble de paramètres étroits. Les mots équivalents sont toujours monosyllabiques, ont une intonation interrogative et ont tous des voyelles et des consonnes similaires. Il s’agit d’un son qui doit être acquis et non un son que nous produisons naturellement (contrairement à la plupart des bruits que nous faisons lorsque nous éternuons qui, eux, le sont).
Interjection qui représente l’interrogation, l’incompréhension ou l’ignorance, le mot « hein », est différent des autres mots interrogatifs. En effet, il s’agit toujours d’une seule syllabe, constituée d’une courte voyelle parfois précédée d’une consonne glottale (en français, celle-ci sera plus ou moins accentuée selon la région). Ces caractéristiques ont leur importance, car autrement, le terme « hein », serait simplement considéré comme un son naturel, tel qu’un grognement ou un cri. L’étude de 2013, menée par des chercheurs aux Pays-Bas, a suggéré que la fonction du « hein » été bien spécifique. Ce mot suffira pour faire entendre à votre interlocuteur qu’il devra répéter ces dires, sans trop perturber la conversation. Avec autant de similarité, c’est un mot qui peut transcender les barrières linguistiques. On le retrouve sous différentes formes comme « huh » en anglais, « 허 » (heo) en coréen. Ce mot est des plus utile, car parler à quelqu’un qui ne parle pas votre langue va entraîner tout un tas de « hein ? ». Attention toutefois à ne pas en abuser, car la patiente est vertueuse.

Haha — « Haha » est le son que nous utilisons pour décrire le rire. On retrouve déjà l’expression « ha ha » en 1386 dans les écrits de Geoffrey Chaucer. D’autres variations onomatopéiques, comme « hé hé », « hihi » ou même « ho ho », ne peuvent pas rivaliser. Et si l’on regarde la façon dont d’autres cultures écrivent le rire sur un clavier, il semble que cela se reflète dans une grande partie du monde. Chaque langue, bien sûr, a des façons différentes d’exprimer et de taper ce son « haha ». Par exemple, l’espagnol sera « jaja ». En Thaïlande, le chiffre 5 se prononce « ha », et il est donc fréquent que les gens expriment leur rire au clavier en tapant « 55555 » ! Et en arabe « ها ها ها ها » (hahahaha).

OK — Souvent cité comme l’un des mots les plus connus au monde, « OK » est un mot court qui désigne l’approbation, l’acceptation, l’accord, l’assentiment, la reconnaissance ou même le signe d’une indifférence. Ce mot est d’autant plus utile, car un « oui » ou même un hochement de tête ne sera pas suffisant pour faire comprendre à votre interlocuteur étranger que vous l’avez compris. L’origine derrière cet anglicisme reste floue, l’histoire la plus répandue est que les journaux américains des années 1830 se délectaient des abréviations. Le mot « OK » serait donc une blague. L’abréviation « OK » aurait été utilisée pour signifier « orl korrekt », une faute d’orthographe intentionnelle de « all correct » (tout bon en anglais) qui était probablement hystérique dans les années 1830. OK, il y a d’autres théories. Certains prétendent qu’il s’agirait du rapport journalier du nombre de morts durant la guerre de Sécession, « 0 killed » (0 tué), qui serait retranscrit en « OK ». Ou peut-être que cela viendrait du grec ola kala, ou même de l’expression écossaise « och aye » qui signifient « c’est bon ». Quelle que soit son origine, le mot s’est rapidement répandu pour être utilisé et compris dans presque tous les pays pour signifier que tout va bien. Une dernière théorie est que les sons « o », « k » et « é » existent dans la plupart des langues.

Thé/ Cha — C’est de la Chine que nous vient cette plante avec laquelle nous faisons la boisson du même nom. Le thé a été exporté dans le monde entier, aussi bien le produit que le mot qui le désigne. Ou plutôt deux mots différents ont été exportés. Le « thé » se prononçait « tcha » dans la plupart des dialectes chinois, et cette prononciation s’est répandue sur la route de la soie en persan, puis en ourdou, en arabe, en russe, pour finir dans des langues d’Afrique de l’Est comme le swahili. Cependant, un dialecte particulier prononçant « cha » comme « té » était justement parlé dans deux ports importants pour le commerce néerlandais : la province côtière Fujian et l’île de Taïwan. Grâce au néerlandais, le mot s’est répandu en Europe ainsi que sur la côte ouest de l’Afrique et a influencé un grand nombre de langues à partir de là. On trouve ces deux termes chinois dans près de 200 langues différentes. Les dérivés du Cha sont cependant plus courants et constituent souvent un nom pour un type de thé dans les langues qui n’en utilisent pas. Le thé Chai, par exemple, est un thé indien désormais populaire dans une grande partie du monde. Armé de ces deux variantes, vous pouvez demander une tasse de thé presque partout dans le monde.

Café — « Kof-i », « kahvé », « kava ». À l’aide de ces trois sons, on peut réussir à dire « café » dans la plupart des langues du monde. Cela en est ainsi, car la plupart des langues ont emprunté le mot turc « kahve », qui, à son tour, était basé sur le mot arabe plus ancien « qahoua », et aucune ne s’en éloigne trop. Étonnamment, l’anglais utilise l’une des formes les moins reconnaissables. Une grande partie de l’Europe a changé le « v » en « f » (comme le café français), mais les Néerlandais ont également changé le « a » en « o », rassemblant les langues comme l’anglais, l’allemand et l’afrikaans autour du son « kofi ». La popularité de cette boisson s’est rapidement répandue dans le monde entier, et son mot avec.

Pyjama —Le pyjama, de l’hindi et de l’ourdou, fait référence à un pantalon ample noué autour de la taille, une mode populaire qui vient de l’Inde. Avec la colonisation, les Britanniques ont importé les vêtements et, avec le temps, le style et le mot se sont répandus, en peu de temps, au-delà du territoire indien. On peut maintenant trouver un dérivé du mot pyjama dans presque toutes les langues parlées. Qu’il s’agisse de bijama en arabe ou de pizsama en hongrois. Le mot « pyjama » apparaît même dans des langues comme le basque et l’irlandais, sans compter que beaucoup de ces langues devaient auparavant avoir un terme pour désigner les vêtements de nuit. Le concept n’est pas une nouveauté, car les termes précédents, qui suffisaient amplement, étaient de simples mots composés (tels que « chemise de nuit »). Il est en effet plutôt inhabituel pour un si grand nombre de langues, d’intégrer un nouveau terme et de l’utiliser à grande échelle.

Guitare — Le mot « guitare » est compliqué à retracer, car il s’est appliqué à différents instruments à cordes au cours de l’histoire. Ce n’est qu’au XIXe siècle qu’un instrument à six cordes, qui ressemble le plus à la guitare que nous connaissons aujourd’hui, a été conçu. Cette guitare moderne est dérivée de l’Espagne et d’un instrument médiéval connu sous le nom de guitarra latina. Une grande partie de l’Europe s’est inspirée de cet instrument. On peut remonter un peu plus loin, où ce terme espagnol a des racines du grec kithara et dans l’arabe gitara. toutefois le mot ainsi que l’instrument en lui-même remontent encore bien plus loin que cela. Tar est un mot hindi qui signifie « corde », dérivé du persan et du sanskrit plus anciens. Cette longue évolution qui a traversé les continents a créé un mot commun pour l’instrument dans de nombreuses cultures, pour finalement s’intégrer dans un vaste éventail de langues.

En conclusion, il existe encore de nombreux mots qui sont répandus plus ou moins universellement. En Europe, on retrouve plusieurs mots qui ont une prononciation commune ou que l’on est capable de comprendre dans tout le continent selon les régions, et ce malgré les origines des langues.

L’universalité des mots vient, en général, de la nourriture qui se mondialise et qui représente une seule sorte d’aliment (sushis, curry, pizza). Les autres mots qui pourraient être considérés comme universels seraient les noms de marques pour désigner des objets (Ferrari, iPhone, Coca Cola).

Sources :

« Chapter 3.(H05).pdf ». https://www.uio.no/studier/emner/hf/ikos/EXFAC03-AAS/h05/larestoff/linguistics/Chapter%203.(H05).pdf.

Dingemanse, Mark, Francisco Torreira, et N. J. Enfield. « Is “Huh?” A Universal Word? Conversational Infrastructure and the Convergent Evolution of Linguistic Items ». PLOS ONE 8, no 11 (8 novembre 2013): e78273. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0078273.

« Educación: La única palabra que entienden todas las personas del planeta ». https://www.elconfidencial.com/alma-corazon-vida/2015-01-02/la-unica-palabra-que-entienden-todas-las-personas-del-planeta_614510/.

« El significado de las palabras esconde una estructura universal ».  https://www.agenciasinc.es/Noticias/El-significado-de-las-palabras-esconde-una-estructura-universal.

« Do You Know How to Say Chocolate in Different Languages? »  https://www.indifferentlanguages.com/words/chocolate.

« 55555, or, How to Laugh Online in Other Languages – The Atlantic ». https://www.theatlantic.com/technology/archive/2012/12/55555-or-how-to-laugh-online-in-other-languages/266175/.

« Des cartes captivantes qui racontent l’origine de mots qu’on utilise tous les jours… – Le blog de latraduction.fr — Jacquier-Calbet Associés ». http://blogjca.canalblog.com/archives/2014/01/13/28943992.html.

Listverse. « 10 Words That Are Connected Around The World », 2 juillet 2019. https://listverse.com/2019/07/02/10-words-that-are-connected-around-the-world/.

Khazan, Olga. « <em>Huh</Em> Means the Same Thing in Every Language ». The Atlantic, 12 novembre 2013. https://www.theatlantic.com/health/archive/2013/11/-em-huh-em-means-the-same-thing-in-every-language/281359/.

« Linguistic study proves more than 6,000 languages use similar sounds for common words – ABC News ». https://www.abc.net.au/news/2016-09-13/linguists-discover-humans-have-universal-language/7841134.

« L’origine du mot thé ». https://www.le-monde-du-the.fr/article-origine-mot-the.html.

L’espéranto : communauté, culture et traduction

Par Gabriel Lacroix, étudiant M1 TSM

L’espéranto est une langue morte, parlée par des moines anachorètes du siècle précédent. C’est l’image que beaucoup ont lorsqu’ils entendent le mot espéranto. Éloignons-nous de ces clichés et dépoussiérons tout cela.

L’espéranto, kio estas tio ?

esperanto

L’espéranto est ce que l’on appelle une langue artificielle ou construite. Elle a été créée par un seul homme à la fin du 19e siècle, le polonais Ludwik Zamenhof. Sa ville natale, Białystok, est partagée par quatre communautés de cultures, religions et surtout de langues différentes (le russe, le polonais, l’allemand et le yiddish). Ces communautés n’arrivent pas à communiquer entre elles et cela entraîne des discordes. C’est dans un but de compréhension universelle à travers une même langue que le jeune Zamenhof décide de créer sa langue : l’espéranto (celui qui espère).

Une langue vivante possède des règles complexes qui se sont formées au fils des siècles et bien des aspects ne sont pas logiques. Lors de la création de sa langue Zamenhof pioche dans de nombreuses langues pour la rendre familière au plus grand nombre. La langue se base sur 16 règles fondamentales, très simples que l’on peut lire et intégrer en quelques leçons seulement (langue phonétique, chiffres invariables, agglutination de morphèmes pour créer de nouveaux mots, pas de masculin/féminin, les substantifs se terminent en o, les adjectifs en a etc.). L’objectif est de rendre cette langue la plus simple possible à apprendre pour créer de l’engouement. Tel le mythe de la tour de Babel, l’idée de Zamenhof est que si on est tous capable de se comprendre, alors les conflits cesseront.

Sans rentrer dans toute l’histoire de cette langue, le projet du Polonais a en parti réussi puisque l’espéranto est devenu une langue vivante. Même s’il est difficile d’en dénombrer ses locuteurs les chiffres vont de 100 000 à 10 millions à travers le monde. Une fourchette énorme mais il n’existe pas de chiffres officiels. L’espéranto n’est la langue officielle d’aucun pays et ses locuteurs forment une diaspora répartie dans la plupart des pays du monde.

Renkontiĝo, interŝanĝo kaj vojaĝo

Selon l’institut international d’espéranto (internacia esperanto instituto, IEL) : « l’espéranto est une langue basée sur l’idée que, d’une part, toutes les langues et cultures sont égales, et, d’autre part, que dans notre monde, la diversité culturelle est essentielle pour un développement durable ». C’est sur cette double affirmation que repose cette langue. L’espéranto est donc la langue de personne et de tout le monde à la fois, cela place les gens sur un pied d’égalité lorsqu’ils se rencontrent.

Pour œuvrer au développement durable de la paix par la diversité culturelle, de nombreuses rencontres se tiennent chaque année, la plus connue étant l’annuelle UK, universala kongreso (le congrès universel). Il se tient dans un pays différent chaque année et attire plusieurs milliers de participants. Le but premier est de se rencontrer entre espérantistes mais surtout de partager. Tout au long de ces rencontres sont organisées diverses présentations sur des sujets aussi variés que les participants. Lors de l’un de ces congrès j’ai pu assister à une démonstration de cuisine polonaise, aux explications d’un informaticien sur un logiciel de gestion, un récapitulatif de l’histoire des Han, des présentations linguistiques, des concerts, des stand-ups, etc. Tout cela en espéranto. Les gens prennent part à ces congrès pour diffuser leur culture et en apprendre plus sur les autres. Toutes les cultures sont l’égale l’une de l’autre et l’espéranto est ce qui fait le lien entre elles.

Outre ces rencontres, les espérantistes sont regroupés en associations dans diverses villes. C’est l’occasion pour les espérantistes de se rencontrer, d’échanger sur la langue et de partager un moment. Ces groupes voyagent souvent dans différents pays et sont accueillis par les associations locales pour les loger, leur parler de leur culture, les faire visiter, etc.  Il existe même un pasporta servo (« service de passeport ») qui recense les personnes prêtent à accueillir d’autres espérantistes chez eux un peu comme un couchsurfing de l’espéranto. Cela permet de pratiquer la langue et d’être, le plus souvent, avec des natifs du pays. C’est ainsi que j’ai pu passer une semaine à Copenhague chez un ami espérantiste rencontré lors de ces grands congrès.

Comme vous l’aurez compris, le but de l’espéranto est donc de permettre aux gens de cultures et langues différentes d’en apprendre plus les uns sur les autres sans passer par l’anglais. En effet cette langue présente de nombreuses irrégularités, tant sur la phonétique que la grammaire, ce qui augmente la difficulté de l’apprentissage en comparaison à l’espéranto.  De plus, la domination de l’anglais met en avant des peuples et cultures particulières et les places au-dessus des autres.

Kulturo

Comme toute langue vivante, l’espéranto s’est doté d’une culture au fur et à mesure des décennies. La langue étant très malléable et par sa construction (agglutinante), il est facile de jouer avec elle. De nombreuses œuvres sont directement créées en espéranto. Comme mentionné précédemment, il existe de nombreux musiciens et groupes (parfois mondialement connus au sein de la communauté) qui montent sur scène lors de congrès et créaient de la musique disponible sur différentes plateformes. Il existe même une plateforme dédiée à l’achat de musique espérantophone (vinilkosmo). Tous les styles sont représentés, rap, hiphop, métal, variété, reggae etc (allez écouter Johnny M « Dankon » pour vous faire une idée). Il y a également de nombreuses radios qui traitent de divers sujets par exemple scientifique (Radio Scienco), des podcasts (Podkasto) ou encore Muzaiko, la radio qui diffuse musique et émissions 24h/24.

Le second grand pilier de la culture espérantiste est la littérature. Il existe une grande variété d’œuvres traduites en espéranto, auxquelles nous reviendrons plus tard, mais aussi une pléthore d’œuvres rédigées directement en espéranto. D’ailleurs, l’auteur britannique William Auld a été nommé trois fois pour le prix Nobel de la littérature. Pour se procurer des livres en espéranto on peut les acheter en ligne (même le géant Amazon en vend), les trouver en ligne (l’institut propose de nombreux ouvrages) ou bien les échanger entre espérantistes. De plus, les associations possèdent pour la plupart des bibliothèques auprès desquels on peut emprunter différents livres.

Enfin on retrouve les journaux en espéranto. Locaux comme internationaux, en version papier ou en ligne, ils existent sous toutes les formes. Souvent maintenus par des groupes locaux, ils informent des évènements passés et à venir de la région.

L’espéranto possède sa propre culture mais il est également vecteur des autres cultures par ses nombreuses traductions.

Traduko

La traduction est importante pour l’espéranto puisque celui-ci a pour objectif de transmettre connaissances et cultures. Cela se voit tout particulièrement lorsqu’on regarde vikipedio (la partie espéranto de wikipédia) fondée en 2001. L’espéranto se situe à la 34e place sur 299 en termes de nombres de pages par langue avec plus de 278 000 articles (devant le danois, l’estonien ou le grec pour vous donner une échelle). Vikipedio est la première encyclopédie en espéranto qui traite d’autant de sujets. Bon nombre de pages sont bien sûr traduites à partir d’autres langues.

L’espéranto a également fait son entrée chez Google puisque depuis 2012 cette langue est disponible dans son célèbre outil de traduction automatique. L’entreprise indique cependant qu’il « existe des méthodes de traduction et d’apprentissage assez inégales de cette langue et que, de fait, sa traduction automatique diffère selon la langue choisie ».

Mais la traduction de l’espéranto ne s’arrête pas là ! Ils sont peu nombreux encore mais certains jeux, dont le célèbre Minecraft, ont été entièrement traduit en espéranto. Par ailleurs, les logiciels qui permettent l’utilisation de caractères espéranto (ŝ, ĵ, ĥ, ĝ, par exemple) sont de plus en plus présents.

La littérature traduite en espéranto représente également une vraie mine d’or. On y retrouve des classiques comme la Bible, Harry Potter (gratuitement disponible en ligne car les droits n’ont pas pu être obtenus) ou encore quatre albums de Tintin. L’attachement des espérantistes pour leur langue est tel que les traducteurs en espéranto le font bien souvent gratuitement et sur leur temps libre pour promouvoir la langue et faire grandir son rayonnement. Certains auteurs comme Anna Löwenstein traduisent leur propre œuvre (The Stone City qui devient La Ŝtona urbo). Ces traductions permettent également à la langue de vivre et de montrer son plein potentiel. Une langue capable de traduire Shakespeare, le théâtre de Molière ou bien Astérix n’est-elle pas une langue fonctionnelle ?

Konkludo

L’espéranto est victime de sa réputation. Il est vrai qu’une partie de ses locuteurs est âgée mais avec internet on observe une recrudescence de l’intérêt chez les jeunes. Il n’a jamais été aussi facile d’apprendre cette langue qu’aujourd’hui avec toutes les ressources à portées de clavier.
S’il n’y a qu’une chose à retenir de cet article c’est que l’espéranto est loin d’être une langue morte comme beaucoup le pense. Il a tout d’une langue vivante : une communauté, une culture, un usage quotidien.

 

AMIKARO, SAT. « Zamenhof, l’homme qui continue de défier Babel ». SAT AMIKARO, 18 avril 2020. https://www.sat-amikaro.org/zamenhof-l-homme-qui-continue-de-defier-babel.

« Bienvenue sur VINILKOSMO *Esperanto-Muzik-Prod.* ». Consulté le 18 avril 2020. https://www.vinilkosmo-mp3.com/fr/.

« Librejo kaj arĥivo – Internacia Esperanto-Instituto ». Consulté le 18 avril 2020. https://www.iei.nl/librejo-kaj-arhivo/.

« Muzaiko ». Consulté le 18 avril 2020. http://muzaiko.info/.

Oeillet, Audrey. « Google Traduction prend en charge l’espéranto ». Clubic.com, 23 février 2012. https://www.clubic.com/internet/google/actualite-477534-google-traduction-prend-charge-esperanto.html.

« Pri Esperanto – Internacia Esperanto-Instituto ». Consulté le 18 avril 2020. https://www.iei.nl/pri-esperanto/.

« Trovu loĝejon | Pasporta Servo ». Consulté le 18 avril 2020. https://www.pasportaservo.org/.

« Universala Esperanto-Asocio: Kiel funkcias UK? » Consulté le 18 avril 2020. https://uea.org/kongresoj/kiel_funkcias.

« Urboj de EsperaMondo.net — Minecraft-servilo en Esperanto ». Consulté le 18 avril 2020. https://medium.com/@Vanege/grandaj-urboj-de-esperamondo-net-minecraft-servilo-en-esperanto-b037e7e4ae40.

« Vikipedio:Ĉefpaĝo ». In Wikipedia, the free encyclopedia, 11 novembre 2016. https://eo.wikipedia.org/w/index.php?title=Vikipedio:%C4%88efpa%C4%9Do&oldid=6054901.

« William Auld », 21 septembre 2006, sect. News. https://www.telegraph.co.uk/news/obituaries/1529478/William-Auld.html.

VF ou VOST : entre confort audiovisuel et fidélité artistique

Par Matthieu Lozay, étudiant M1 TSM

 

Les débats houleux entre défenseurs et détracteurs de la version française dans le domaine de l’audiovisuel ne datent pas d’hier. Ils sont néanmoins toujours très présents, notamment dans la sphère linguistique. L’objectif de ce billet n’est pas de dire quel « camp » a raison ou tort, mais d’analyser les deux argumentaires et d’établir une conclusion la plus objective possible. Mais alors, d’où vient cette divergence ? La version française est-elle le côté obscur comme certains le prétendent ? Quelles sont les différences entre la traduction de doublage et de sous-titrage ? Here we go! / C’est parti !

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Au temps du noir et blanc

Le dilemme entre doublage et sous-titrage est apparu dès les débuts du cinéma parlant (ou plus précisément sonore), avec The Jazz Singer en 1927. Malgré ses quelque 300 mots, ce film a dès lors posé les bases du problème qui nous intéresse aujourd’hui : comment rendre accessible une œuvre audiovisuelle à un public qui ne parle pas (ou peu) la langue d’origine de celle-ci ? Les pratiques du doublage et du sous-titrage se sont rapidement distinguées. Il a toutefois été question de tourner chaque scène d’un film en différentes langues, mais l’idée n’a pas fait long feu : cela rendait le tournage beaucoup trop long et difficile à mettre en œuvre, et incombait aux acteurs et actrices de parler (ou d’imiter au mieux) un grand nombre de langues étrangères.

À l’époque, le doublage était complexe à réaliser sur le plan technique et matériel. La synchronisation labiale était bien souvent maladroite. C’est toutefois cette méthode qui a été rapidement privilégiée en France, au grand désarroi d’une majeure partie de la communauté cinéphile qui défendait le recours au sous-titrage. L’utilisation du doublage a même été favorisée par des lois nationales au cours des années 40, au détriment des versions sous-titrées. Cela explique (en partie) d’où vient cette préférence française pour le doublage.

La traduction de doublage et de sous-titrage : deux exercices diamétralement opposés

La tâche de traduction dans le cadre du doublage et du sous-titrage relève de contraintes très diverses et variées. La différence fondamentale tient à l’essence même de l’objectif du texte alors traduit : pour un doublage, le texte sera écouté par le public ; pour le sous-titrage, le texte sera lu par celui-ci. Cela suppose donc de faire des choix dans le processus de traduction vis-à-vis de ces contraintes imposées.

La principale contrainte du doublage est son caractère oral. Les mots devront donc être fluides et les tournures adaptées en conséquence. Le traducteur partira donc du principe que le texte sera lu par un comédien de doublage, et que la sonorité de la traduction entre particulièrement en jeu à cet égard. En outre, l’autre défi principal est la synchronisation labiale (mentionnée précédemment). Pour que le « trucage » que représente le doublage fonctionne sur le public qui visionne l’œuvre, les mots doivent être crédibles par rapport à l’image à l’écran. Une synchronisation ratée ou des dialogues qui ne semblent pas fluides lorsque joués par le ou la comédien.ne peuvent faire sortir le spectateur du film. Toutes ces contraintes font de la traduction destinée au doublage une tâche très complexe, et requiert une adaptabilité et une créativité permanentes pour que le subterfuge du doublage soit le plus invisible possible aux yeux et aux oreilles du spectateur.

Concernant la traduction destinée au sous-titrage, les contraintes sont très différentes. Le traducteur doit synthétiser au mieux les dialogues afin de ne pas rendre indigeste la lecture des sous-titres pour le spectateur, mais tout en conservant au mieux le sens et l’intention de l’œuvre originale. Il existe un nombre maximum de caractères défini au préalable notamment en fonction du support (télévision ou cinéma) dans lequel le texte doit être inséré. Cela contraint le traducteur à faire en permanence des choix, et l’oblige parfois à ôter une idée jugée moins pertinente à l’histoire si les restrictions de caractères l’exigent. Tout comme pour le cas du doublage, les sous-titres ne doivent pas être trop invasifs, au risque de sortir le spectateur de l’œuvre. En effet, l’un des défauts du sous-titrage (et nous y reviendrons plus tard dans ce billet) est de détourner le regard du spectateur, aussi brièvement que cela soit, de la mise en scène en elle-même. Il faut donc « résumer » au mieux les propos de l’œuvre source.

Mais alors, quels sont les principaux avantages et défauts des deux pratiques ? Le sous-titrage est-il si parfait ? Faut-il interdire le doublage (comme le proposent certaines pétitions) ?

Le sous-titrage, ou le souhait de respecter au mieux l’authenticité de l’œuvre originale

Le principal argument des défenseurs de la VOST est de mettre en avant l’aspect artistique de l’œuvre originale. Ainsi, le doublage « dénaturerait » la voix des comédien.ne.s d’origine. La réflexion est la suivante : si le réalisateur a choisi tel.le ou tel.le acteur ou actrice, c’est en partie pour sa voix (qui fait partie intégrante de son jeu d’acteur). Le processus de doublage nuirait donc à cette intention.

D’autre part, le principe même de synchronisation labiale dérange les partisans du sous-titrage. Il est en effet très rare, selon eux, que les mouvements de lèvres d’un anglophone, par exemple, correspondent sémantiquement et visuellement à la traduction jouée par un.e comédien.ne de doublage de manière crédible. Cela aurait pour conséquence de sortir indéniablement le spectateur du film.

Par ailleurs, il existe de nombreux cas d’œuvres où le fait que tous les personnages parlent français pose problème à la compréhension scénaristique. L’un des exemples les plus connus est celui de la version française de Inglourious Basterds de Quentin Tarantino. Dans ce film, de nombreuses langues sont utilisées, ainsi que divers accents très prononcés. En outre, certains personnages parlent déjà français dans le film original. Il était donc complexe de retransmettre ce jeu entre les différents langages dans la version doublée, problème qui ne se pose pas dans la version sous-titrée.

Enfin, il va de soi qu’écouter davantage d’œuvres audiovisuelles dans leurs langues originales (pas seulement l’anglais) aide à la maîtrise de la langue, notamment à la compréhension orale, mais aussi au vocabulaire, à la prononciation des mots, aux accents, etc. Toutefois, face à (presque) la totalité des autres arguments cités précédemment, les défenseurs de la version française ont un avis à faire valoir.

Le doublage, ou le choix du confort et d’une suspension d’incrédulité accrue

Face au premier argument des détracteurs du doublage, qui met en avant le caractère artistique d’une œuvre, les partisans de la version française avancent bien souvent une idée : là où le doublage d’un.e comédien.ne d’origine dénaturerait intrinsèquement sa voix originale et son jeu d’acteur, l’apparition à l’écran de textes de sous-titrage, qui ne sont pas (non plus) prévus initialement par le réalisateur, nuirait également à l’intention visuelle de celui-ci. Il s’agit là de répercussions soit sur le son et la voix (avec le doublage), soit sur l’image et la scénographie d’une œuvre (avec le sous-titrage). Et à ce jeu-là, difficile d’objectivement dire laquelle des deux méthodes est la moins invasive.

Par ailleurs, il n’est pas rare que des scènes d’un film ou d’une série soient elles-mêmes redoublées par la suite en studio, afin d’obtenir une prise son d’une qualité parfaite : c’est la post-synchronisation. Les émotions ne sont donc techniquement pas les mêmes entre la prise vidéo et l’audio qui y sera associé dans le produit final.

Bien qu’une grande majorité de la communauté cinéphile défende le sous-titrage, il existe quelques voix qui s’élèvent et argumentent en faveur du doublage. Ainsi, le réalisateur Alfred Hitchcock estimait que « quand un film circule dans le monde, il perd 15 % de sa force s’il est sous-titré et seulement 10 % s’il est bien doublé ». Son avis était donc que le visuel et la mise en scène d’une œuvre prennent une place plus importante que la voix originale (ou non) des acteurs et actrices. Cette prise de position est loin de faire l’unanimité ; Stanley Kubrick s’y opposait fermement par exemple.

Par ailleurs, le caractère restreint des sous-titres oblige parfois à omettre certains détails qui sont plus facilement transposables dans le processus de doublage. Georges Sadoul, critique et historien de cinéma du siècle dernier, déclarait que les sous-titres ne contiendraient « tout au plus que 60 % du texte dit par les acteurs ». Par ailleurs, il arrive que l’on se « gâche » un dialogue en finissant de lire les sous-titres avant que la chute ne se produise (les points de suspension en fin de sous-titres sont souvent synonymes de scène interrompue, cela pouvant indiquer au spectateur à l’avance que quelque chose va se passer à la fin de la ligne dialogue). Chose qui ne se produit pas avec le doublage.

En outre, un public très néophyte qui ne se tiendrait qu’aux sous-titres pourrait avoir des difficultés à comprendre certaines subtilités linguistiques, comme les accents ou certaines intentions (ironie, etc.). Le doublage lui permettrait de mieux comprendre ces effets. Aussi, pour les personnes malvoyantes, dyslexiques ou ayant des difficultés à lire des sous-titres parfois trop petits à leurs yeux (mais aussi les enfants et les adultes qui ne savent pas forcément lire), le doublage est une manière d’accéder tout de même à une œuvre dans une langue étrangère d’origine.

L’appréciation du doublage ne dépendra en réalité que d’une chose (outre la qualité de celui-ci) : la suspension d’incrédulité, c’est-à-dire la capacité à faire « comme si » les voix que l’on entend dans l’œuvre sont celles des comédien.ne.s d’origine (même si on sait pertinemment que ce n’est pas le cas). Le doublage est l’un des nombreux trucages de cinéma qui requièrent cette suspension d’incrédulité. Les doublages sont bien souvent qualitatifs de nos jours (surtout en France), et même s’il existe de nombreux exemples où la version française est ratée (voire pire…), il y a également des cas où la version doublée est aussi bien, sinon meilleure, que la version d’origine (Retour vers le futur est souvent cité en exemple à cet égard.). Mais alors, quelles conclusions pouvons-nous tirer de tout cela ?

Des modes de consommation différents

Comme précisé dans l’introduction de ce billet, l’objectif n’était pas de mettre en avant l’une ou l’autre de ces pratiques, mais plutôt de plaider une forme d’ouverture, de recul et d’esprit critique. Aucune méthode n’est parfaite, aucune méthode n’est à interdire. Toute la question réside dans la manière dont nous souhaitons consommer une œuvre audiovisuelle. Il en faut pour tout le monde, pour tous les publics.

Il ne faut toutefois pas nier le fait que les séances sous-titrées ne sont que trop rares dans la plupart des cinémas. Néanmoins, avec l’essor des plateformes de streaming (dont la mise à disposition des sous-titres est quasi-systématique), les pratiques évoluent et la version originale sous-titrée est de plus en plus convoitée, notamment par les jeunes. Peut-être que la divergence réside en fait davantage dans une question de générations. Les versions sous-titrées étant beaucoup moins accessibles par le passé, les générations précédentes n’ont majoritairement connu que la version française. De nombreuses personnes ont par la suite continué de suivre ce mode de consommation.

 

Sources :

https://doi.org/10.4000/decadrages.701

https://doi.org/10.4000/decadrages.695

https://doi.org/10.21992/T9GW8M

https://www.20minutes.fr/culture/1821263-20160505-profession-danger-veut-peau-doubleurs-francais

https://www-erudit-org.ressources-electroniques.univ-lille.fr/fr/revues/meta/2009-v54-n3-meta3474/038311ar/

https://beta.ataa.fr/revue/numéro-3/georges-sadoul-le-doublage-et-le-sous-titrage/la-traduction-des-films-sous-titrage-ou-doublage-les-lettres-françaises-n-1072-18-mars-1965

https://www-cairn-info.ressources-electroniques.univ-lille.fr/revue-vacarme-1999-4-page-42.htm

http://larevuedesmedias.ina.fr/pourquoi-le-doublage-suscite-le-trouble

https://www.erudit.org/fr/revues/cb/1989-v9-n1-cb1130779/34257ac/

La Fédération de Russie : richesse linguistique et marché de la traduction

Par Brandon Dauvé, étudiant M1 TSM

Dans un contexte de Coupe du Monde de football en Russie, il est d’actualité de parler du plus vaste pays de la planète. Avec une population estimée à 146,88 millions d’habitants au 1er janvier 2018, la Fédération de Russie a un statut à part en termes de subdivisions et de langues. En effet, cet état regorge d’ethnies et de peuples différents qui, en plus du russe, parlent une autre langue qui descend de leurs origines ou de leur emplacement. Cette diversité est la source de la richesse culturelle et linguistique de la Fédération de Russie, qui doit réussir à gérer les contrastes ainsi que cette forme de multilinguisme. Ces différentes langues ont-elles un impact sur le marché de la traduction en Russie ?

La Fédération de Russie

La Russie est constituée de 85 sujets :
– 22 Républiques autonomes
– 9 kraïs
– 46 oblasts
– 3 villes d’importance fédérale (Moscou, St Pétersbourg et Sébastopol)
– 1 oblast autonome
– 4 districts autonomes

Chacun de ces sujets dispose d’un pouvoir exécutif, législatif et judiciaire avec des degrés d’autonomie variables.

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[Source]

Lorsque l’on parle de l’état russe et de ses citoyens, il est important de parler de « Fédération de Russie » car cet état regroupe une multitude de peuples différents. En français, nous utilisons le mot « russe » pour désigner les individus qui vivent dans cet État alors qu’en russe, on fait la distinction entre « русский » [russkiy] (russe de langue et d’ethnicité) et « российский » [rossiyskiy] (russe de citoyenneté, en faisant abstraction des ethnies et peuples de Russie).

Ici, les sujets qui nous intéressent sont les Républiques autonomes puisqu’elles possèdent un statut particulier en matière de langues officielles.

Les Républiques autonomes de Russie

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1. Adyguée, 2. Altaï, 3. Bachkirie, 4. Bouriatie, 5. Kalmoukie, 6. Carélie, 7 Daghestan, 8. Ingouchie, 9. Kabardino-Balkarie, 10. Karatchaïévo-Tcherkessie, 11. Khakassie, 12. République des Komis, 13. République des Maris, 14. Mordovie, 15. Ossétie-du-Nord-Alanie, 16. République de Sakha, 17. Tatarstan, 18. Touva, 19. Tchétchénie, 20. Tchouvachie, 21. Oudmourtie (+ Crimée absente sur la carte). [Source]

Ces sujets ont obtenu ce statut particulier grâce aux revendications indépendantistes de la plupart des ethnies et peuples de Russie au moment de la dislocation de l’URSS. La Fédération de Russie a préféré leur accorder une plus grande autonomie afin de garder ces peuples au sein de l’État russe.

Les 22 Républiques autonomes de Russie possèdent leur propre Constitution, leur permettant notamment d’établir leurs langues officielles (langue d’État) sous certaines conditions, dont 2 importantes : la langue doit être écrite et utiliser l’alphabet cyrillique.
Par exemple, ces règles empêchent la Carélie (République autonome à la frontière finlandaise) d’attribuer le statut de langue officielle au carélien, car cette langue s’écrit avec l’alphabet latin.

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Graphique réalisé par mes soins en calquant les données de ce graphique

La reconnaissance d’une langue en tant que langue officielle au même niveau que la langue russe est un signe de reconnaissance de la culture d’un peuple et va au-delà de la simple pratique linguistique, c’est un véritable acte de nationalisme ethnique.

Près de 80 % des citoyens de Russie sont des Russes et 98 % s’expriment en russe. Avec plus de 100 langues et dialectes parlés en Russie, la richesse culturelle disparaît petit à petit au profit de la langue russe qui est enseignée uniquement ou principalement à 97 % dans les écoles publiques de Russie. Le statut de langue officielle permet donc aux Républiques autonomes de préserver leur patrimoine culturel et linguistique afin d’éviter une disparition plus ou moins lente.

La population urbaine parle majoritairement le russe en ayant une certaine connaissance plus ou moins développée de la langue du peuple autochtone, tandis que la population rurale parle plus souvent la langue du groupe ethnique avec, parfois, une connaissance du russe limitée. Cette situation devient de plus en plus rare car l’apprentissage du russe est obligatoire dans tout le pays. Malgré certaines lois au Bachkortostan, au Tatarstan et en Yakoutie qui obligent les élèves et étudiants de ces Républiques autonomes à étudier, en plus du russe, respectivement le bachkir, le tatar et le yakut au cours de leur scolarité, les langues et dialectes de Russie sont en danger et certains sont en voie de disparition.

Certaines Républiques autonomes soutiennent davantage la pratique de la langue régionale que certaines autres Républiques. En général, cette implication est corrélée avec les envies d’indépendance d’un peuple ou les données démographiques.

Le cas du tatar

Après les Russes, les Tatars représentent le deuxième groupe ethnique de Russie avec plus de 5,3 millions d’individus (environ 4 % de la population de la Fédération de Russie). Cette ethnie, qui peuple majoritairement le Tatarstan, parle le tatar (langue reconnue comme langue d’État au même titre que le russe au Tatarstan).

Par ailleurs, le tatar est la deuxième langue en matière de tirages de journaux dans la Fédération de Russie : 7,6 millions de tirages en russe par jour contre 65 090 tirages en tatar par jour. En 2010, 99 % des livres et journaux ont été imprimés en langue russe. Le fossé est immense et représente bien l’écart entre la langue officielle de l’État et celle de la République autonome.

Татар
Alphabet tatare cyrillique [Source]

Cette langue appartenant au groupe des langues turques s’écrivait avec un alphabet arabe mais l’URSS avait imposé l’écriture cyrillique en 1939. Cette transformation a nécessité l’ajout de nouvelles lettres dans l’alphabet cyrillique afin de transcrire la prononciation de certains phonèmes employés dans la langue tatare.

Le marché de la traduction en Russie

À l’image de la pratique en baisse des langues et dialectes de Russie, les langues officielles des Républiques autonomes de Russie ne font pas l’objet d’une demande importante. En effet, la quasi-totalité des citoyens de Russie parlent le russe et la traduction dans les langues des groupes ethniques n’est pas si nécessaire. Même si certaines Républiques, comme la Tchouvachie, tiennent à ce que les sites officiels des infrastructures parlementaires et gouvernementales soient disponibles en russe et dans leur langue officielle.

N’ayant pas trouvé de données sur le statut de ces langues sur le marché de la traduction, j’ai décidé de rechercher des traducteurs qui proposaient les langues officielles sur ProZ et TranslatorsCafé. La recherche n’est pas représentative, mais donne déjà un aperçu de la place de ces langues sur le marché mondial de la traduction. Et le résultat est sans appel :
Parmi les 29 langues d’État en Russie, seules 9 langues ont donné des résultats. La langue la plus proposée est le tatar (avec 22 résultats cumulés) et le tchétchène arrive en deuxième place avec seulement 6 résultats cumulés.

En me renseignant un peu plus sur les profils de ces traducteurs, je me suis rendu compte d’un fait : toutes les traductrices et tous les traducteurs proposent les paires de langues suivantes : langue d’État <> russe. Ce constat, bien que peu représentatif, nous permet d’établir une tendance en termes de traduction. En effet, nous pouvons imaginer que le but d’une traduction du russe vers le bashkir sera utile à la Bachkirie, voire à la Russie, mais certainement pas au reste du monde. A contrario, un client qui souhaite faire traduire un texte afin de cibler une certaine tranche de population de Russie ne va pas chercher à payer plus cher pour avoir une traduction dans une langue spécifique à une infime part de la Russie et va donc demander une traduction en russe que la grande majorité des citoyens comprend dans la Fédération de Russie.

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Pourcentage de russes par subdivision [Source]

En réalité, ce constat suit la tendance du marché de la traduction en Russie qui n’est pas assez mature à cause du manque de reconnaissance du métier de traducteur dans le domaine professionnel. Depuis peu, les universités russes ouvrent des formations de traducteur avec un diplôme valable et reconnu, alors que quelques années plus tôt, des spécialistes pouvaient recevoir des diplômes de traducteur au titre de « bonus » à leur formation principale.

De plus, l’absence de réglementation des services de traduction a pour conséquence le fait que bon nombre d’agences russes ne porte aucune responsabilité juridique sur la qualité du travail fourni. En alliant mauvaise qualité et manque de connaissance, nous obtenons des prix 3 voire 4 fois moins chers qu’en Europe occidentale.

C’est pourquoi les agences russes cherchent à se rattacher au marché européen en proposant des traductions à partir des langues occidentales ou en ouvrant des agences en Europe ou en Extrême-Orient, au détriment des langues de Russie.

L’intérêt porté au marché de la traduction russe est très limité. Très peu d’agences étrangères viennent s’installer en Russie. La plupart d’entre elles préfèrent sous-traiter les traductions russes à des agences russes ou sollicitent des traducteurs freelances russophones en Europe de l’Est.

En 2016, seuls 7 500 LSPs (Language Service Providers, en français : prestataires de services linguistiques) russes avaient le statut d’auto-entrepreneur pour 140 millions d’habitants. À titre de comparaison, la France compte 18 000 auto-entrepreneurs dans le secteur de la traduction pour 66 millions d’habitants. La plupart des grandes agences de traduction russes comptent beaucoup de traducteurs employés (50 à 100 employés, voire plus), et cela demande un paiement de différentes charges, dont les charges patronales, alors que travailler avec un traducteur qui n’a pas ce statut peut faire monter le coût final de prestation de service à 130 % du prix de base. Les mentalités sont différentes et, par conséquent, la croissance du marché de la traduction russe est ralentie.

Finalement, la Russie est un pays qui regorge de richesses et merveilles culturelles et linguistiques, mais dont le marché de la traduction n’est pas assez développé et cherche à s’orienter vers l’Europe, et qui n’accorde ainsi pas une place importante aux langues et dialectes de cet État.

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[Source]

 

Sources :

https://www.memsource.com/blog/2016/07/12/russian-translation-market-2016/

https://www.ideatranslate.ru/en/about/inrussia

http://www.axl.cefan.ulaval.ca/europe/russie-2demo.htm

https://ru.wikipedia.org/wiki/Языковая_политика_в_России

https://ru.wikipedia.org/wiki/Государственные_и_официальные_языки_в_субъектах_Российской_Федерации