Portrait de Jenny Ollars : traductrice au Parlement européen

Par Mathilde Motte, étudiante M2 TSM

Peux-tu nous parler un peu de toi et de ton parcours, aussi bien universitaire que professionnel ?

Je m’appelle Jenny Ollars, j’ai 36 ans, je suis suédoise et je vis à l’étranger depuis 2007. J’ai vécu en Irlande, en France et au Luxembourg. En Suède, j’ai fait des études d’histoire contemporaine et de français. J’ai travaillé quelques années dans des domaines plutôt administratifs et linguistiques.

Je me suis intéressée à la traduction assez tôt. Ayant déjà fait des études de langues, je voulais trouver un domaine qui me permettrait d’exploiter ces connaissances linguistiques.

En 2012, j’ai eu l’occasion, lorsque j’habitais à Lyon, de postuler pour un stage au Parlement européen. À l’époque, je travaillais comme relectrice en anglais, j’ai donc pris un congé sans solde pour faire ce stage de 3 mois qui m’a beaucoup plu. Tout devenait plus concret, je me suis rendu compte que c’était une chose de bien connaître les langues mais c’en était une autre de savoir traduire et d’avoir une approche plus structurée.

J’ai donc quitté mon travail de relectrice, puis, par le hasard des choses, j’ai déménagé en Alsace, où j’ai postulé pour un Master de traduction à Strasbourg, mais la formation ne s’est pas ouverte, faute d’étudiants en suédois. Je me suis donc rabattue sur un Master de relations internationales et gestion de projets de l’Union européenne. J’ai toujours été un peu intéressée par tout ce qui était en rapport avec les institutions européennes. Cela m’a également permis de continuer mon apprentissage de l’allemand, et de commencer une autre langue : le polonais, seule autre langue européenne disponible.

Lorsque j’étais relectrice, j’avais déjà la possibilité de suivre des cours de langue. J’ai travaillé à Interpol pendant 3 ans et l’une des langues officielles était l’espagnol. Ainsi, j’ai pu cumuler les langues petit à petit.

Après ce Master, je me suis retrouvée à Lille, j’ai donc cherché du travail à Lille et à Bruxelles.
Pendant que je cherchais du travail, j’ai également postulé pour une formation à distance en traduction, à Linnéuniversitetet à Växjö. Mon but était de renforcer mes connaissances techniques avant de postuler dans des institutions européennes dans le domaine de la traduction. En parallèle de cette formation, j’ai travaillé au secrétariat de l’unité de traduction suédoise de la Commission européenne à Bruxelles pendant 4 mois, puis j’ai enseigné le suédois à l’Université de Lille pendant 1 an. C’était vraiment pas mal car je pouvais finir ma formation de traduction à distance en parallèle.

Après cela, j’ai fait de la traduction en freelance pendant 6 mois, la plupart du temps pour des agences, mais je n’ai pas vraiment eu le temps de me constituer un vrai réseau.

Pendant cette période, j’ai tenté quelques concours de l’Union européenne. J’ai réussi un concours pour être contractuelle, ce que l’on appelle aujourd’hui « CAST Permanent », soit la procédure de sélection d’agents contractuels. J’étais donc sur une sorte de liste à partir de laquelle on pouvait être recruté. Après avoir fini mes formations, j’ai contacté tou·te·s les chef·fe·s des unités suédoises dans les institutions européennes. Un chef d’unité du Parlement m’a recontactée un mois plus tard pour me proposer un poste de contractuelle. Après de nombreuses étapes, j’ai pu commencer à travailler quatre mois plus tard.

Voilà maintenant 2 ans et demi que je travaille au sein de la Direction générale de la traduction. Depuis cet été, je suis dans une unité appelée « Citizens’ language » (Langage des citoyens) dont le but est de s’adresser plus particulièrement aux citoyens européens. L’idée est de séparer les textes législatifs du contenu plus créatif et destiné à la communication. Les textes sont ainsi plus faciles à lire et à comprendre pour un citoyen lambda.

Si je comprends bien, cela s’inscrit dans cette volonté qu’a le Parlement européen de rendre les informations plus accessibles pour les citoyens européens ?

Le Parlement européen est l’institution européenne qui représente les citoyens. Si les citoyens ne comprennent pas ce qu’il s’y passe, il y a manifestement un problème. C’est donc effectivement l’idée de ces nouvelles unités.

À titre d’exemple, cette année, les services du Parlement européen sont chargés de sous-titrer les films nommés pour le prix Lux (lumière en latin) discerné tous les ans, c’est un projet pilote.
On sous-titre donc les trois films qui seront ensuite diffusés dans les « Europa cinemas », réseau de cinémas d’art et essai en Europe.

C’est donc un projet totalement différent de ce que tu fais habituellement ?

C’est effectivement une approche et une logique totalement différentes. D’habitude, pour les textes du Parlement, on traduit tout. Mais lorsque l’on fait du sous-titrage, il faut comprimer un maximum. On a forcément eu besoin d’une formation pour ce type de projet, avec des formateurs internes et externes au Parlement européen, mais aussi des formations pour chaque langue.
La préparation a donc été assez conséquente et on a vraiment hâte de voir le résultat de tous ces efforts.

Utilisez-vous une langue pivot pour un projet d’une telle envergure ?

Étant donné qu’il y a 23 traductions à produire pour que le film soit accessible dans toutes les langues européennes et que toutes les combinaisons linguistiques ne sont pas disponibles, un modèle a été préparé en anglais. On a donc accès au scénario dans la langue source mais aussi à une traduction anglaise très fidèle à l’original de manière à ce que tout le monde puisse exploiter son contenu.

As-tu souvent dû faire de nouvelles formations au fur et à mesure des nouveaux types de projets que propose le Parlement ?

Avec la création de ces nouvelles unités, qui nous demandent de beaucoup nous diversifier, ça arrive de plus en plus. Nous avons eu des cours sur comment utiliser notre voix quand on enregistre divers podcasts ou encore des « flash news », soit de petits enregistrements journaliers sur ce que fait le Parlement européen. Le but reste de faciliter l’accès aux informations. Nous avons aussi des formations pour apprendre à mieux écrire un texte qui sera écouté, ou encore des formations sur le sous-titrage…

Avais-tu des craintes/appréhensions avant de commencer à travailler au Parlement européen ?

Pas vraiment, j’avais déjà fait un stage donc je savais un peu où je mettais les pieds. Je dirais quand même qu’il faut un peu de temps pour avoir vraiment confiance en soi dans ce que l’on fait, surtout lorsqu’on est amené à traduire des types de textes très variés. La maîtrise vient petit à petit et on apprend continuellement. Mais lorsqu’on est bien accompagné, dans une bonne ambiance et avec beaucoup de soutien de la part des autres collègues, ce qui a été mon cas, on se sent vite à l’aise.

Tu traduis donc vers le suédois, mais de quelles langues traduis-tu ?

80 % des textes que je traduis sont depuis l’anglais, il y a quand même pas mal de contenu en français malgré tout. J’ai parfois de l’espagnol, notamment des amendements que les députés écrivent dans leurs langues maternelles.
Il m’est également arrivé de traduire quelques textes bien spécifiques du polonais vers le suédois.

Continues-tu à apprendre d’autres langues ?

Oui, je continue mon apprentissage du polonais. Le Parlement européen a un système de 12 niveaux, on passe un niveau par semestre et il est possible de prendre des cours intensifs pendant l’été. Sinon, une demi-journée de cours de langue par semaine est prévue. Depuis l’automne 2019, je fais du polonais au Parlement. Je suis arrivée au niveau 7, et à partir du niveau 6 (B1), on peut partir à l’étranger pour assister à un cours de langue intensif, financé en partie par le Parlement.
Normalement, on commence à traduire depuis la langue en question à partir du niveau 7.
Donc, officiellement, j’ai le droit de traduire depuis le polonais.

Peux-tu nous en dire plus sur l’organisation et la gestion des projets ?

Dans mon ancienne unité de traduction suédoise, un·e chef·fe d’unité distribue le travail et on peut également récupérer des projets, en fonction de nos disponibilités et de nos envies, sur une plateforme en self-service.

Concernant l’organisation de la nouvelle entité dans laquelle je travaille, il y a 4 unités avec un·e chef·fe d’unité pour 6 langues. Le suédois se trouve dans la même unité que le polonais, le portugais, le roumain, le slovène et le slovaque, constituant ainsi une petite communauté plurilingue. On a un peu plus de contact avec les collègues des autres langues que dans un service où il y a 40 personnes.
Dans les nouvelles unités, c’est une équipe restreinte de deux traducteur·rice·s par langue et un·e relecteur·rice. Il est donc beaucoup plus facile de se mettre d’accord entre nous. On reçoit les demandes de traduction et on s’arrange directement, l’organisation est très simplifiée.

Vous vous révisez donc entre vous ?

Généralement, oui. Notre collègue relectrice effectue les vérifications finales et envoie les fichiers finis. Elle peut aussi revenir vers nous en cas de doutes, mais ce sont les traducteur·rice·s qui choisissent d’accepter ou non la modification suggérée. Un vrai travail d’équipe donc.

À quoi ressemble une journée type pour toi ?

Tout d’abord, on se met d’accord sur ce que l’on va faire pendant la journée. On a aussi régulièrement des réunions avec notre unité, aussi bien pour l’aspect pratique que pour le côté convivial et pour s’assurer que tout va bien en télétravail.

En ce qui concerne les types de documents à traiter, c’est très varié. En ce moment, je sous-titre une petite vidéo d’information. C’est une vidéo produite par le service de recherches documentaires. Il peut également y avoir des textes plus longs, comme ceux prévus pour les expositions ou pour les campagnes d’information. Par exemple, pendant la pandémie, nous avons eu des textes sur la façon dont les pays européens géraient la crise, mais aussi sur les initiatives citoyennes d’entraide. On peut également avoir des affiches, de petits articles et du contenu pour les réseaux sociaux. Ce sont généralement des textes assez courts, mais certains contenus sont beaucoup plus longs, comme les communiqués de presse, plutôt destinés aux journalistes.

Utilises-tu toujours le même logiciel ?

Oui, on utilise Trados Studio. Et pour le sous-titrage on utilise le logiciel Plint, qui est développé en Suède, à Göteborg.


Utilises-tu parfois un outil de traduction automatique entraîné avec les mémoires de traduction du Parlement ?

C’est une bonne question. On a toujours des mémoires de traduction classiques, souvent préparées par une unité en charge des « pré-traductions ». Cette équipe prépare quels documents doivent faire partie des mémoires de traduction pour que les résultats soient vraiment optimaux. On peut également chercher dans la base de données linguistiques regroupant tous les documents ou presque.
Il nous est également possible d’activer ou non l’outil de traduction automatique.
Je trouve cet outil très utile, car il propose des formulations complètes, surtout pour les textes très procéduriers : il prévoit presque tout ce que l’on doit écrire. Mais pour d’autres types de texte, les résultats ne sont pas très intéressants, notamment pour les textes plus créatifs. Tout dépend du type de texte, mais cet outil nous permet souvent de gagner du temps.

L’outil de traduction automatique exploite donc les documents du Parlement européen ?

Oui, l’algorithme est entraîné sur le corpus du Parlement européen. Les résultats sont généralement très intéressants. Mais il y a évidemment des pièges : si le temps presse et que l’on souhaite gagner du temps avec cet outil, il faut rester très vigilant car les erreurs de traduction tiennent parfois à peu de choses.

Quels sont, selon toi, les profils/parcours intéressants pour le Parlement européen ?

Je dirais que, dans l’absolu, toute personne ayant une licence et de bonnes connaissances dans deux langues européennes en plus de sa langue maternelle peut postuler pour un stage en traduction dans une institution européenne. Un domaine d’expertise différent, comme un cursus en droit ou en économie, sera forcément un plus, car beaucoup de personnes sont « linguistes classiques ».
Tout dépend aussi des générations, les plus ancien·ne·s dans l’équipe de suédois n’ont pas eu l’occasion d’avoir une formation en traduction, il·elle·s ont donc appris sur le tas. Mais la plupart des plus jeunes ont une formation en traduction. Il est surtout très important de maîtriser parfaitement sa langue maternelle. On peut très bien cumuler une multitude de langues, mais si nos connaissances ne sont pas assez solides dans notre langue maternelle, cela ne suffit pas. Il est également toujours utile d’avoir une bonne culture générale, de s’intéresser à ce qu’il se passe dans le monde, de lire beaucoup et de s’intéresser aux institutions.

Aurais-tu des conseils à donner aux personnes intéressées par un stage en traduction au Parlement européen ?

Tout d’abord, postuler. Il faut également se renseigner sur les périodes de recrutement. Généralement, les périodes sont fixes dans l’année, il ne faut donc pas les rater. La lettre de motivation doit évidemment être soignée, très réfléchie et personnalisée. Il faut exprimer clairement ses motivations et peut-être montrer que l’on s’est renseigné sur le Parlement et les autres institutions.

Mon stage au Parlement était, en quelque sorte, mon vrai Erasmus. Lorsque j’ai fait mon premier échange Erasmus en France, je voulais parler français à tout prix. Mais pendant ce stage, j’ai pu parler à beaucoup de personnes venues de toute l’Europe. Les gens étaient très ouverts.
Un programme de formation et des ateliers sont prévus pour les stagiaires : on noue des contacts très précieux pour l’avenir. Peu importe si l’on veut travailler dans ces institutions plus tard, cette expérience reste très enrichissante car il n’existe pas de service de traduction aussi massif ailleurs, avec 24 langues dans un même bâtiment, des milliers de gens qui travaillent dans ces unités, et des informaticiens qui développent de nouveaux outils. Il s’agit là d’une coopération supranationale : on produit beaucoup de textes qui impactent directement la vie des citoyens européens. Pour toutes ces raisons, rien que pour l’expérience, c’est très intéressant. Faire un stage dans une infrastructure aussi bien doté en moyen est extrêmement formateur.

Transcription d’une entrevue d’une heure. Je remercie chaleureusement Jenny Ollars d’avoir pris le temps de répondre à toutes ces questions.

Portrait de Nikki Graham : parcours, évolution et conseils d’une traductrice de plus de 20 ans de métier

Par Fanny Buffel, étudiante M2 TSM

21 ans de carrière, 6895 abonnés sur Twitter, auteure du blog à succès My Words for a change créé en 2013, ISO 17100:2015 Qualified, membre de l’ITI (Institute of Translation and Interpreting) depuis 2015, membre de la MET (Mediterranean Editors and Translators) et de ProCopywriters, 10 publications de livres à son actif et bien plus d’articles : oui, nous parlons bien ici de Nikki Graham, traductrice, réviseuse et éditrice de l’espagnol vers l’anglais, spécialisée dans la traduction de documents dans le secteur des loisirs et du tourisme, des documents universitaires, de l’environnement, de la nature et de la conservation, et la localisation de l’anglais américain à l’anglais britannique. La traductrice avait déjà été remarquée par d’autres étudiants les années précédentes, qui avaient traduit en français certains de ses articles comme « Nouveau cap pour le secteur de la traduction : la post-édition » ou « La révision : un sac à nœuds ? ». Je voulais donc me pencher aujourd’hui sur cette traductrice dont on entend souvent parler sans pour autant savoir exactement qui elle est.

Vous avez été enseignante pendant 13 ans, d’où vous est venue l’envie de devenir traductrice ?

C’est une bonne question car lorsque j’étudiais les langues à l’université, je n’aimais pas vraiment la partie sur la traduction et je n’étais pas particulièrement douée dans cette matière. Je me suis tournée vers la traduction car l’enseignement de l’anglais en tant que langue étrangère commençait à m’ennuyer mais aussi car j’avais besoin d’argent. Ce sont mes étudiants et des amies qui m’ont permis d’obtenir mes premiers projets de traduction. Je me suis rendu compte que j’aimais bien ça car c’était intellectuellement stimulant et ça me permettait d’en tirer un revenu décent.

D’où vient votre devise « Words are my business and I want to make them work for you » et votre nom « Tranix Translation and Editing Services » ?

C’est ma devise depuis si longtemps que je ne me souviens plus vraiment d’où elle vient. Au départ, c’était juste « words are my business », que j’utilisais d’ailleurs sur les réseaux sociaux avant de créer mon site. C’est par la suite que j’ai ajouté « and I want to make them work for you » afin de me démarquer des autres personnes utilisant « words are my business » pour faire connaître leurs services. « Tranix » est un mélange du diminutif de mon nom (Nix) et les premières lettres de « translation ».

Utilisez-vous des outils spécifiques (outils de TAO ou autre) ?

Oui, j’utilise memoQ, que j’aime bien. Je pense aussi que son prix est raisonnable et l’assistance est plutôt compétente. J’ai également utilisé Dragon Naturally Speaking pour dicter mes traductions et j’utilise Perfectlt pour faire des dernières vérifications dans Word.

À quoi ressemble une de vos journées types ?

D’habitude, je me lève assez tôt pour travailler pendant une heure ou deux avant de préparer le petit-déjeuner de ma fille et l’emmener à l’école. En général, je retourne à mon bureau vers 8 h 30, sauf si je décide d’aller courir au parc, si je n’ai pas de traduction urgente à rendre. Ensuite, je travaille jusqu’à 15 h 30 puis je vais chercher ma fille à l’école. Il m’arrive de travailler quelques heures supplémentaires avant d’aller préparer le dîner.

Vos domaines de spécialité sont le tourisme et les loisirs, les documents universitaires, l’environnement, la nature et la conservation, ainsi que la localisation de l’anglais américain vers l’anglais britannique. Comment avez-vous réussi à vous spécialiser dans ces domaines ? Qu’est-ce qui vous a conduit à vous spécialiser dans ces domaines ? Avez-vous des conseils sur la manière de se spécialiser ?

Lorsque j’ai commencé à traduire pour des agences en Espagne, il y a 20 ans de ça, la plupart d’entre elles s’attendaient à ce que vous puissiez tout traduire, ce qui peut bien évidemment vous causer de nombreux problèmes si vous faites mal les choses en plus de ne pas être très épanouissant. Au fur et à mesure des années, je suis devenue plus exigeante et j’ai appris à dire « non », souvent malgré la pression des gestionnaires de projet vous suppliant d’accepter le texte qu’ils vous proposent. À un moment donné, je me suis spécialisée dans la traduction technique, notamment la construction, mais je me suis rapidement rendu compte que la terminologie était bien trop compliquée pour moi, je me suis donc remise en question. C’est à ce moment-là que je me suis tournée vers les loisirs et le tourisme puis que je me suis concentrée sur mon style d’écriture en suivant des cours.

 Je traduis des documents universitaires depuis quasiment le début mais au fur et à mesure des années, je me suis concentrée sur les domaines des sciences humaines et sociales en particulier.

En ce qui concerne l’environnement, la nature et la conservation, ils découlent d’un intérêt personnel pour ces sujets puisque je suis une écolo végan qui croit que le changement climatique, la dégradation environnementale et l’extinction des espèces représentent la plus grosse menace que l’humain ait jamais affronté.

Je pense qu’il est essentiel de se spécialiser aujourd’hui. Il serait bien entendu fantastique de se spécialiser dans un domaine qui vous intéresse mais s’il n’y a pas assez de travail, ça risque de ne pas être rentable. Certains de mes collègues se sont spécialisés dans des domaines qui payent bien et/ou qui regorgent de travail, deux raisons valides. D’autres se spécialisent dans le domaine dans lequel ils travaillaient avant de devenir traducteur ou obtiennent un nouveau diplôme pour devenir spécialiste du sujet. Le domaine dans lequel vous vous spécialisez va donc dépendre de plusieurs facteurs. Je pense qu’il est également important de garder à l’esprit que vous serez peut-être obligé de changer de spécialisation s’il n’y a plus de travail disponible ou si vous vous en lassez.

Le marché de la traduction a évolué depuis que vous avez commencé, comment avez-vous réussi à rester à jour ?

Lorsque j’ai commencé à traduire, Internet était quelque chose de relativement nouveau et ne contenait pas autant d’informations qu’aujourd’hui. Je recevais quelques traductions par fax. J’ai été obligée d’apprendre à utiliser de nombreux outils et logiciels. Je me rappelle être plutôt opposée aux outils de TAO au départ mais je ne pourrais évidemment pas travailler sans aujourd’hui ! En plus de lire les magazines, les billets de blog de certaines associations, de participer à des conférences et des webinars, etc., je pense que le meilleur moyen de savoir ce qu’il se passe dans notre profession et en savoir plus sur les nouveaux outils est de parler avec d’autres personnes. C’est l’aspect qui manque dans les conférences virtuelles : l’interaction avec des collègues.

Qu’est-ce que ça fait d’être traductrice pendant la crise de la Covid-19 ?

Étant donné que 50 % de mon travail avant l’arrivée de la Covid-19 était de la traduction touristique, j’ai constaté une forte baisse de mes revenus, ce qui m’a plutôt inquiétée. Heureusement, la situation s’améliorera d’ici le printemps quand il sera possible de se faire vacciner.

Autre grande différence : tout devient virtuel. Dans un sens, ça m’a arrangée puisque avant la pandémie, je ne pouvais, la plupart du temps, pas me rendre à des conférences ou des ateliers pour des raisons de garde d’enfant. J’ai donc été en mesure d’assister à certains évènements auxquels je n’aurais pas pu assister en personne.

Ça nous a également donné l’occasion et une bonne excuse pour organiser des pauses-cafés virtuelles deux fois par semaine afin de se soutenir mutuellement via des groupes de chat de traduction.

Vous êtes membre qualifiée de l’Institute of Translation and Interpreting, recommandez-vous de rejoindre un syndicat professionnel ? Pourquoi ?

Oui, je pense que tout le monde devrait devenir membre d’un syndicat de traducteurs car ils donnent de nombreux conseils utiles, apportent leur soutien et organisent des évènements intéressants, grâce auxquels vous pouvez rester au courant de ce qu’il se passe.

J’ai décidé de devenir membre qualifiée car je n’avais pas fait de master en traduction et je voulais obtenir une qualification qui permettrait à mes collègues et mes clients de me prendre plus au sérieux.

Parlons maintenant de votre blog : vous rédigez et partagez de nombreux conseils et articles sur votre blog, quand et pourquoi avez-vous décidé de commencer ?

J’ai commencé mon premier blog sur la plateforme Blogger il y a sept ans (octobre 2013). À cette époque, de nombreux collègues nous vantaient les avantages d’avoir un blog (beaucoup disent le contraire aujourd’hui). C’était assez stressant de se lancer et mon premier billet de blog était une critique de la première conférence de traduction à laquelle j’ai assisté.

Où trouvez-vous votre inspiration ?

Il est assez facile de trouver de l’inspiration, le plus difficile est de trouver le temps d’écrire tous les billets de blog auxquels je pense. J’écris sur mon expérience, les outils de TAO, les livres que j’ai lus, les évènements auxquels j’ai assisté et je développe certains points de grammaire et de style qui peuvent ne pas être clairs. J’ai créé la section « Links & Tips for New Translators » lorsqu’on m’a demandé des conseils. Je me suis dit qu’il serait judicieux de mettre ma réponse sur mon site pour aider d’autres personnes, la section ne cesse de grossir.

Mettez-vous souvent à jour vos listes ? (livres, mots, abréviations)

Oui, et ça me prend du temps. Généralement, dès que je découvre quelque chose de nouveau, je l’ajoute à la liste. La plupart de ces pages permanentes indiquent quand elles ont été mises à jour pour la dernière fois.

Votre blog est une mine d’or, combien de temps est-ce que ça vous a pris pour publier tout ce contenu ?

Merci ! Je suis contente que vous l’appréciez. Ça fait maintenant sept ans que je tiens mon blog. Je suis passée de Blogger à WordPress en 2015 et j’ai décidé de toute republier sur WordPress afin que l’ensemble de mes billets de blog et pages soient à la même place. Ça m’a pris du temps, mais ça valait le coup finalement. Je n’ai pas de créneau horaire réservé à la publication de billets/pages, j’écris lorsque j’ai le temps et que j’en ai envie.

Avez-vous des conseils généraux à donner aux futurs traducteurs freelances ? Un mot pour la fin ?

On peut trouver beaucoup de conseils à destination des traducteurs en herbe et certains d’entre eux sont contradictoires. Je pense que le plus important en tant que traducteur est de se connaître, savoir ce que l’on veut et être fidèle à soi-même. Vous ne devriez pas vous forcer à faire n’importe quoi ou être quelqu’un que vous n’êtes pas. Vous n’êtes pas obligé d’avoir un blog, par exemple. Vous n’êtes même pas obligé d’avoir un site. Vous n’êtes pas obligé de travailler avec des clients directs si vous préférez laisser les agences trouver des clients et échanger avec eux. Chaque personne et chaque situation est différente. Trouvez ce qui vous convient le mieux, ce qui vous rend heureux et ne vous sentez pas obligé de faire quelque chose qui ne vous convienne pas.

Un grand merci à Nikki Graham d’avoir pris le temps de répondre à mes questions et d’avoir accepté de partager son expérience et ses conseils.

Se spécialiser en tant que traducteur indépendant : Certains domaines de spécialisation requièrent-ils plus que d’autres une expérience préalable ?

Par Charlotte Goubet, étudiante M2 TSM

Voici une question qui me taraude depuis mon arrivée dans le Master TSM.

Pourtant, sauf erreur de ma part, c’est précisément pour cela que je suis ici : apprendre à faire comme si j’étais une spécialiste de tel ou tel domaine, sans avoir forcément d’expérience dans ledit domaine.

Oui mais… Lors de mes premiers pas dans le monde de la traduction, j’ai pu rencontrer un certain nombre de traducteurs spécialistes d’un domaine dans lequel ils avaient précisément travaillé pendant des années.

Qu’en est-il alors de la plus-value réelle d’un tel parcours ?

S’il est difficile de revendiquer, en deuxième année de Master, des domaines de « spécialisation », il est plus juste de parler de domaines de « prédilection », ou de « centres d’intérêts ».

Mais alors, en tant que traducteur indépendant débutant, comment se lancer dans un domaine qui nous intéresse, dans l’idée d’en faire un domaine de spécialisation, sans n’y avoir aucune expérience ?

Personnellement intéressée par le monde de l’agriculture, j’ai souhaité me pencher sur ce domaine-ci. J’ai eu l’idée (brillante) de taper dans un moteur de recherche quelconque « traducteur + indépendant + agriculture ». Et là, bingo. J’ai trouvé mon homme.

Ce dernier se nomme Toby Belither. Se présentant lui-même comme un « ancien agriculteur reconverti en traducteur indépendant », Toby Belither a étudié à la Royal Agricultural University de Cirencester (anciennement Royal Agricultural College), en Angleterre. Il a par la suite accumulé une trentaine d’années d’expérience, au Royaume-Uni et en France, en travaillant dans différentes exploitations agricoles.

Vous l’aurez compris, la langue maternelle de Toby Belither est l’anglais. Il effectue uniquement des traductions dans la combinaison de langues FR>EN, dans le domaine de l’agriculture mais également dans d’autres domaines au besoin.

Quel est son avis sur la question ? Je vous laisse le découvrir.

Bonjour M. Belither ! Bien que j’aie déjà résumé votre parcours, pourriez-vous nous expliquer comment vous êtes passé de la casquette d’agriculteur à celle de traducteur indépendant ?

Un jour, j’ai été contacté par un ancien collègue, formateur en management pour le service après-vente à l’international d’un fabriquant de tracteurs. Ce dernier a fait appel à mes services en tant qu’anglophone. Il avait besoin de quelqu’un pour traduire des formations à l’intention de concessionnaires du français vers l’anglais et il n’avait jusque-là trouvé personne qui puisse effectuer ce travail.

J’ai hésité au départ, car je n’ai jamais vraiment eu l’habitude de travailler sur un ordinateur et qu’il m’est difficile de rédiger efficacement sur un clavier.

J’ai finalement accepté, et je me suis adapté au mieux pour le travail demandé. J’ai d’abord téléchargé le logiciel de reconnaissance vocale « Dragon NaturallySpeaking » (page en anglais). Ce dernier, avec lequel je travaille toujours aujourd’hui, me permet de dicter au fur et à mesure ma traduction anglaise à mon ordinateur.

Bien sûr, ce logiciel ne produit pas de résultat « parfait » et il nécessite une post-édition, notamment au niveau de la ponctuation. Mais il est tout de même efficace car il apprend au fur et à mesure les mots que l’on lui dicte.

Avec les connaissances que je possédais dans le domaine de l’agriculture, ce travail ne m’a pas paru excessivement difficile. J’ai débuté en 2012. J’étais alors toujours agriculteur. Je traduisais le soir et les week-ends.

Plus tard, des soucis de santé m’ont amené à stopper mon activité agricole.

Avez-vous effectué une formation à la traduction ?

Non, je n’ai pas souhaité effectuer de formation en traduction. Les demandes de traduction que je recevais pour le domaine agricole étaient très aléatoires. Financièrement, je n’ai pas jugé rentable d’investir dans une formation alors que mes revenus n’étaient pas stables. Mes plus grandes rentrées d’argent provenaient de la traduction de sites internet, et les demandes de ce genre n’étaient pas assez fréquentes.

De plus, je n’avais pas vraiment de temps pour me former car je travaillais toujours en tant qu’agriculteur.

Que conseilleriez-vous à un jeune traducteur ou une jeune traductrice indépendant.e qui souhaiterait faire ses débuts dans le domaine de l’agriculture ?

Si la formation est de toute façon un plus, je pense que le problème peut résider dans l’absence de connaissances agricoles. J’effectue ce travail car je possède des connaissances solides dans ce domaine d’une part en anglais, car j’ai étudié à la Royal Agricultural University de Cirencester, et d’autre part en français, car j’ai travaillé dans des exploitations agricoles pendant vingt-et-un ans.

Et encore une fois, le domaine agricole est très exigeant. Dans mon cas par exemple (traduction du français vers l’anglais), l’anglais américain et l’anglais du Royaume-Uni sont bien sûr différents, mais le vocabulaire varie même d’un état à un autre aux Etats-Unis. Il m’arrive parfois de refuser du travail pour ces raisons-là.

Quels sont les interlocuteurs avec lesquels vous travaillez aujourd’hui ? Sont-ils tous spécialisés dans le domaine agricole ? Y ont-ils tous travaillé à un moment donné ?

Je ne travaille qu’avec des clients directs, donc des sociétés spécialisées dans le domaine, et je ne connais personne qui fasse la même chose que moi. C’est un domaine vraiment pointu.

Soit je démarche moi-même les clients, soit ils prennent contact avec moi via mon site internet.

De quelle manière traitez-vous les demandes de traduction qui vous sont soumises dans des domaines autres que celui de l’agriculture ?

De façon générale, les autres projets que je traite se rapprochent du domaine agricole. Il m’arrive de travailler par exemple dans le domaine de la pisciculture, et le vocabulaire de ce dernier est assez proche de celui du domaine agricole. Je trouve ces projets plutôt faciles à comprendre.

Quand je ne me sens pas capable de traduire dans un certain domaine, je préfère toujours refuser le projet pour éviter de produire une mauvaise traduction.

Selon vous, est-il mieux voire indispensable de disposer d’une expérience dans le domaine de l’agriculture pour s’y spécialiser en tant que traducteur ?

Quels sont selon vous les avantages ou inconvénients à effectuer une formation en traduction ?

Pour ce qui est du domaine agricole, je pense que l’expérience est indispensable, car c’est un domaine très exigeant. Néanmoins, les formations universitaires sont intéressantes du point de vue de la formation aux outils qu’elles offrent, notamment les logiciels de traduction assistée par ordinateur.

Je ne me suis personnellement pas plié à toutes les exigences du marché. En effet, si j’ai souhaité à un moment donné traduire davantage et travailler pour des agences, je n’ai pas poursuivi dans cette voie.

Les conditions sont trop nombreuses (certains logiciels sont obligatoires pour travailler avec telle ou telle agence) et les pénalités en cas de corrections à apporter ou de débit considéré comme trop lent sont trop importantes.

Je travaille donc uniquement avec des clients directs que je démarche moi-même. Je possède désormais quelques clients réguliers pour lesquels je travaille depuis cinq ou six ans.

La traduction représente pour moi un complément de revenu.

Quels outils utilisez-vous en tant que traducteur ?

Je n’utilise pas réellement d’outils en dehors de « Dragon NaturallySpeaking ».

Je travaille directement dans les fichiers sources que je reçois (en gardant toujours une copie) par écrasement des données.

Il s’agit le plus souvent de fichiers Word et PDF. En ce qui concerne les documents au format PDF, j’ai investi dans une licence payante afin de pouvoir les modifier.

Des fichiers InDesign, Excel ou Powerpoint vont être plus longs à traiter et je fais varier mes tarifs en conséquence.

Effectuez-vous une seconde activité en plus de celle de traducteur indépendant ?

En effet. Mon activité principale est aujourd’hui la location de chambres d’hôtes. C’est une activité qui se « marie » bien avec celle de traducteur car je travaille depuis chez moi.

Pour le bon maintien de mon activité de traducteur, je me rends tous les ans dans des salons agricoles pour contacter de potentiels nouveaux clients. Mes clients se situent plutôt parmi des sociétés françaises de taille moyenne qui exportent à l’étranger. Il ne s’agit pas de multinationales, qui possèdent bien souvent leurs propres services de traduction.

Quelle part environ de votre revenu mensuel représente la traduction ?

Encore une fois, cela est très aléatoire selon les demandes que je reçois. Il peut arriver que la traduction représente un tiers voire la moitié de mon revenu mensuel (modifications de sites web, sortie de nouveaux engins agricoles, …).

Les années moins fastes, la traduction représente plutôt un quart de mes revenus.

Pourriez-vous indiquer une fourchette de vos tarifs ?

Je suis rémunéré au mot et il peut arriver que je varie mes tarifs selon que mes clients sont plus ou moins bons payeurs.

De façon générale, mon tarif au mot tourne autour de 11 à 14 centimes d’euros.

Pour ce qui est des sites web, je tarife aux nombre d’heure passées à traduire. Il s’agit le plus souvent de 40 euros par heure environ.

Par souci d’honnêteté, je tarife le plus souvent possible au nombre réel d’heures passées à travailler, même si le nombre évalué lors du devis était supérieur.

Au vu de mon entretien avec M. Belither, bien que la formation en traduction soit importante (voire indispensable pour qui souhaite intégrer le marché de la traduction dans son ensemble), il paraît indispensable pour un traducteur de bénéficier d’une expérience préalable dans le domaine de spécialisation dans lequel il souhaite exercer.

Et pour cause. Je me dois ici de faire allusion à la table ronde organisée par la SFT (Société française des traducteurs) en partenariat avec l’Université de Lille, le 2 octobre 2020, à l’occasion de la Journée Mondiale de la Traduction.

Lors de cette table ronde, des traductrices indépendantes aux profils très différents présentaient leur parcours aux étudiants, professeurs et professionnels de la traduction présents.

J’ai ce jour-là compris que mon questionnement n’était pas illégitime, mais mal orienté.

En effet, pour reprendre le cas de M. Belither, ce dernier n’a pas reçu de formation professionnelle en traduction et son expérience seule a dirigé sa professionnalisation.

Nombreux sont d’ailleurs sur le marché les traducteurs dans le même cas que M. Belither et ils en font partie intégrante.

Mais qu’en est-il des traducteurs qui possèdent une formation en traduction sans posséder d’expérience préalable dans l’un de leurs domaines de spécialisation ? Et quid de ceux qui possèdent et l’expérience et le diplôme de traducteur ?

Parmi les traductrices rencontrées lors de la JMT, un grand nombre d’entre elles avaient auparavant travaillé dans le domaine qui était devenu leur spécialité. Contrairement à M. Belither, certaines avaient d’ailleurs par la suite suivi une formation continue en traduction.

En confrontant ces différents profils, j’ai compris que l’expérience dans un domaine de spécialisation est certes indispensable pour un traducteur, mais que cette dernière peut avoir lieu à n’importe quel moment de son parcours.

Lorsqu’elle n’est pas préalablement acquise, l’expérience s’acquiert au quotidien.

Les langues évoluent constamment et le traducteur se doit, pour coller au mieux à ses domaines de spécialisation, de s’y former continuellement. Magazines spécialisés, conférences, salons (comme l’indiquait M. Belither), formations, toutes les opportunités sont bonnes à prendre pour se former dans le domaine qui nous plaît en tant que traducteur.

Tout domaine de spécialisation requiert donc de l’expérience, et le métier de traducteur est résolument un métier de passionné.

Un grand merci à Toby Belither pour le temps qu’il a bien voulu m’accorder, ainsi qu’aux traductrices de la SFT présentes à l’Université de Lille pour la JMT 2020.

Lien vers le site internet de M. Toby Belither, traducteur indépendant FR>EN spécialisé dans le domaine agricole : http://agri-traduction.com/

Portrait : Interview d’Émilie Tomczak, une ancienne étudiante TSM aujourd’hui chef de projets de traduction freelance

Par Mélissa Launay, étudiante M2 TSM

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J’ai rencontré et travaillé avec Émilie Tomczak lors de mon stage de Master 1 que j’ai effectué en gestion de projet, dans une agence de traduction à Bruxelles. Et oui ! Le réseau TSM est un grand réseau qui s’étend par-delà les frontières !

Depuis plusieurs mois, Émilie s’est lancée dans le monde du travail en freelance et a accepté de nous parler de son parcours au sein du Master TSM ainsi que de ses expériences professionnelles.

 

– Émilie, peux-tu nous décrire ton parcours avant le Master TSM ?

J’ai suivi une Licence LEA, parcours anglais-espagnol, à Roubaix (dans notre ancien bâtiment ! Place Bodart Timal). Au cours de la troisième année, je suis partie étudier un semestre à Manchester où je suivais notamment des cours de traduction. Ensuite, j’ai décidé de partir en assistanat dans la région de Manchester car j’avais adoré cette ville lors de mon séjour Erasmus. En revenant, en 2011, j’ai intégré la première année du Master TSM.

Tu es partie entre ta Licence et ton Master parce que tu n’étais pas sûre de vouloir intégrer notre Master ?

Non, j’avais d’ores et déjà l’intention de passer le test d’entrée de première année, mais l’occasion de repartir à Manchester s’est présentée et je n’ai pas hésité. Cela me permettait de faire un « break » avant de commencer mes deux dernières années d’études. Cette opportunité m’a permis de découvrir un domaine que je n’avais jusque-là jamais envisagé (l’éducation), tout en continuant à perfectionner mon anglais et à approfondir ma connaissance de la culture britannique.

– Pourquoi as-tu choisi ce Master ?

Il faut savoir que les différents Master TSM de France n’offrent pas forcément le même programme.

Par chance, le Master de Lille 3 est celui dont le programme m’attirait le plus, je n’ai donc pas hésité très longtemps. Ce Master, qui fait partie du réseau EMT, garantit un certain niveau de qualité de l’enseignement fourni.

Intégrer le Master TSM de Lille signifiait aussi fréquenter un environnement que je connaissais déjà, que ce soit les locaux ou l’équipe enseignante. Cet aspect-là était aussi rassurant. Vraiment, le choix du Master n’a pas été très difficile à faire !

– Tu as été diplômée en 2013, que souhaitais-tu voir améliorer pour les futurs étudiants ?

Au niveau des programmes et matières enseignés, j’aurais aimé approfondir mes connaissances des différents outils de traduction. Il y a quelques années, nous nous concentrions essentiellement sur SDL Trados Studio. Certes, cet outil couvre une majeure partie du marché de la traduction, mais d’autres outils sont aussi largement utilisés. Bien sûr, le stage est un bon moyen d’approfondir ses connaissances à ce niveau mais j’aurais aimé être mieux préparée et avoir déjà une maîtrise plus avancée de ces outils.

Nous nous sommes rencontrées dans l’entreprise où tu avais effectué ton stage de M2 et dans laquelle tu avais obtenu un poste, peux-tu nous en dire plus sur ton stage de M1 (le lieu, la durée, les tâches) ?

J’ai également effectué mon stage de première année en gestion de projet dans une agence sur Paris. C’était un stage long qui a duré 6 mois. Concernant les tâches qui m’étaient confiées, j’avais les mêmes missions qu’un chef de projet : le contact avec les clients, la préparation des fichiers et l’élaboration d’un devis dans un premier temps. Puis, lorsque le projet était lancé, je prenais contact avec les fournisseurs (c’est-à-dire le ou les traducteurs, le réviseur, le DTPiste…) afin d’établir un planning de livraison. Tout au long du projet, le gestionnaire de projet reste l’intermédiaire privilégié entre les clients et les fournisseurs. Une fois les traductions terminées, je m’occupais parfois de la relecture des traductions avant de livrer les fichiers finaux au client. J’étais également en charge du suivi post-mortem des projets et de la gestion de bases de données terminologiques.

Pour le M2, j’ai fait mon stage en gestion de projet à nouveau, à Bruxelles. Les tâches étaient sensiblement similaires. À la suite de ce stage de 6 mois, j’ai été embauchée et je suis restée à ce poste pendant près de 3 ans.

Il faut savoir que les missions confiées au gestionnaire de projet peuvent varier selon les entreprises. Par chance, j’ai effectué deux stages très complets qui m’ont permis d’aborder, en plus de la gestion de projet en elle-même, les aspects commerciaux ou techniques des projets de traduction.

– Lors de la recherche de nos stages, il nous est conseillé, d’essayer le domaine de la traduction et celui de la gestion de projet, était-ce ton choix de rester en gestion de projet ?

Lors du choix de stage de fin d’année, deux options s’offrent généralement à nous : la traduction ou la gestion de projet. J’ai remarqué qu’en première année, nous étions assez réticents à l’idée de choisir la gestion de projet, car l’enseignement de cette matière consistait en seulement quelques heures de cours par semaine ; il s’agissait d’une initiation. Nous avions donc peut-être l’impression de ne pas être assez préparés à affronter cela si tôt dans le cadre d’un stage en entreprise, même si les quelques heures de cours dispensées nous avaient déjà apporté de solides bases.

Malgré tout, j’ai voulu découvrir ce métier dès la première année et j’ai tout de suite compris que c’était ce qui me plaisait. C’est d’ailleurs pour cela qu’en deuxième année, j’ai également choisi un stage en gestion de projet. Cela m’a permis d’approfondir les connaissances acquises lors du premier stage, tout en découvrant une nouvelle entreprise et sa façon de travailler.

– Cette première expérience t’a-t-elle ensuite aidée pour les cours de gestion de projet en M2 ?

Oui, l’expérience et les connaissances acquises lors du stage de M1 m’ont clairement permis d’appréhender le programme de M2 plus sereinement, notamment dans la manière d’aborder un projet et grâce à certains automatismes acquis lors du stage.

Il nous est enseigné que la visibilité sur les réseaux professionnels est très importante, qu’en penses-tu (que ce soit en tant qu’étudiant ou jeune travailleur) ?

Je suis complètement d’accord ! Le seul réseau professionnel que j’utilise à l’heure actuelle est LinkedIn, mais j’ai longtemps été réticente à l’idée de créer un profil. Puis je me suis finalement lancée. Au fur et à mesure que mon réseau professionnel s’agrandit, je me rends compte à quel point il est important de savoir développer et entretenir son réseau professionnel et sa visibilité sur ce type de sites. La moindre activité (publication, commentaire, « like ») peut être visible par tous et cela permet parfois d’être repéré par des personnes qui sont susceptibles d’être intéressées par notre profil. Je pense que c’est grâce à cela que j’ai plusieurs fois été contactée par des chefs d’entreprise, ou des directeurs de ressources humaines, qui étaient intéressés par mon profil et me proposaient des entretiens pour des postes (en traduction ou gestion de projets).

–  Le Master TSM est aussi un réseau important, es-tu en contact avec tes camarades de Master TSM ?

En effet, le réseau du Master TSM est assez important, mais surtout très actif. Cela m’a tout d’abord été utile pour la recherche de stage. Les étudiants d’anciennes promotions n’hésitent pas à nous transmettre l’information, dès qu’un stage est proposé dans l’entreprise où ils travaillent. C’est d’ailleurs grâce aux offres postées par les anciens étudiants sur le forum TSM que j’ai trouvé mes deux stages.

Comme je le disais précédemment, il est important d’entretenir son réseau et je suis bien sûr encore en contact avec plusieurs étudiants de ma promotion. Maintenant que nous sommes dans la vie active, nous n’hésitons pas à partager nos « bons plans » professionnels. Une entreprise qui recherche un traducteur en interne, une agence qui propose un poste de gestionnaire de projet, etc., ces informations sont vite partagées. Il n’est pas rare de recroiser d’anciens étudiants ou camarades de promotion au cours de notre parcours professionnel, que ce soit lors d’entretiens ou une fois en poste !

Après 2 stages de 6 mois et plus de 2 ans à travailler en agence, tu es chef de projets de traduction freelance. Penses-tu que l’expérience en agence est primordiale ?

Personnellement, je ne me serais pas sentie capable de me lancer directement en freelance sans avoir acquis de l’expérience en agence au préalable. De mon point de vue, le travail en agence promet certes moins d’indépendance et d’autonomie, mais il impose un certain « cadre », qui, en tant que débutante, m’avait rassurée. Le fait d’avoir des collègues autour de soi permet aussi de se sentir soutenu et d’être plus confiant face aux problèmes qui pourraient survenir pendant un projet. Au fil du temps, cette façon de travailler me convenait de moins en moins, et j’ai donc pensé au travail en freelance.

– Comment t’es-tu préparée ? As-tu suivi une formation ou autre ?

Il est vrai qu’avant de me lancer en freelance, j’ai beaucoup hésité. Pour moi, « créer son entreprise » était quelque chose au-dessus de mes capacités. Finalement, l’installation en freelance s’avère beaucoup plus simple que prévue ! Je ne m’y suis pas réellement préparée et je n’ai pas suivi de formation particulière. Le métier reste fondamentalement le même, à quelques détails près. Chaque entreprise, chaque client a sa propre manière de travailler et ses spécificités en interne. C’est surtout la façon de gérer son quotidien qui est différente. À ce niveau, j’essaie de m’imposer des horaires « de bureau » mais je reste malgré tout assez libre de remplir mon emploi du temps de la journée comme je le souhaite et de m’accorder des plages de temps libre. Par exemple, contrairement au travail en agence, je ne suis pas contrainte de rester devant mon ordinateur si l’activité est réduite.

Aussi, en tant que freelance, ce qui peut paraître contraignant est l’aspect administratif. Mais au bout de quelques mois, on s’y habitue très vite…

– Les débuts en freelance peuvent s’avérer difficiles, comment t’en sors-tu ?

Cela fait 3 mois que j’ai débuté ma carrière de freelance et tout va pour le mieux. On ne cessera de répéter l’importance du réseau (professionnel, universitaire, personnel) mais c’est vraiment cela qui m’a permis de trouver rapidement mes premiers clients.  Les premiers mois d’activité en tant que freelance peuvent être difficiles (peu de clients, activité réduite) mais pour ma part, j’ai très vite trouvé mon rythme de travail. Aujourd’hui, je suis autonome dans la manière de gérer mon emploi du temps et j’ai su trouver l’équilibre entre temps de travail et temps libre.

– Pour terminer, as-tu des conseils pour ceux qui souhaitent se lancer dans l’aventure de la gestion de projet ? Quelles sont les qualités à avoir selon toi ?

Je dirais qu’il ne faut pas hésiter à tenter la gestion de projet dès le stage de M1. Même si cela peut paraître assez peu concret et flou après les quelques heures de cours dispensées à l’université, en pratique on se rend vite compte si ce métier est fait pour nous ou non. Pour beaucoup, le stage de M1, qu’il soit fait en gestion de projet ou en traduction, est un bon moyen d’orienter son choix de carrière.

Concernant les compétences d’un gestionnaire de projet, il doit être polyvalent, organisé, proactif car il doit être en mesure de gérer les imprévus. Un chef de projet doit évidemment savoir travailler sous pression :  gros volumes à traduire, délais serrés, tout gestionnaire de projet a déjà connu cela ! C’est ce qui me motive dans ce métier pour ma part ! Avoir des compétences avancées en informatique peut aussi s’avérer être un réel atout.

Il est aussi important d’être au fait de l’actualité du monde de la traduction. C’est un domaine très vaste, le marché évolue très vite et il est toujours bon de se tenir au courant de ce qui s’y passe.

– Merci beaucoup Émilie pour avoir partagé toutes ces informations sur le Master TSM et sur l’après TSM. Je tiens également à te remercier pour ton aide au cours de mon stage.