La traduction, proie facile de l’ubérisation ?

Par Guillaume Deneufbourg (traducteur, intervenant au sein de la formation)

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Popularisé en 2014, le terme est aujourd’hui bien ancré dans notre vocabulaire. Désignant une forme d’optimisation des relations entre l’offre et la demande sous l’influence des nouvelles technologies, l’« ubérisation » recouvre plusieurs réalités et connotations, tantôt positives, tantôt négatives, et déchaîne les passions.

Les chantres de l’économie 2.0 saluent l’apparition de ce qu’ils voient comme un changement paradigmatique de nos sociétés, un renouveau économique pour le meilleur, une transformation dans l’intérêt des usagers. Une rupture, en somme.

À ce titre, l’ubérisation est souvent associée à un autre néologisme : le fameux « disruption » et ses savoureux dérivés disruptif, disrupter, disrupteur. Joli, non ? Pour des cruciverbistes, peut-être, mais sans doute moins pour les professionnels de la langue, qui auront noté avec consternation l’emprunt éhonté du français à l’anglais. La langue de Molière échouerait-elle à produire un équivalent à la connotation aussi positive ? Je le crains. Car en anglais, le mot disruption n’a rien de dérangeant ni de perturbateur : il désigne tout simplement une invention créative, innovante, positive, révolutionnaire[i].

Ainsi assiste-t-on depuis des années à l’apparition de jeunes entreprises (les fameuses start-up) qui, grâce aux outils numériques qu’elles mettent au point, transforment certains marchés et proposent des services innovants, cassant des systèmes qui paraissaient jusque-là immuables. Depuis, tout entrepreneur qui se respecte cherche l’idée « disruptive » qui, faisant table rase du passé, transformera tel ou tel marché à son profit.

Bien évidemment, tout le monde n’apprécie pas les prétendus bienfaits de ce changement de modèle économique, à commencer par les acteurs du modèle classique. Demandez donc à votre chauffeur de taxi ce qu’il en pense ! Concurrence déloyale, opérateurs sous-qualifiés et non déclarés, précarisation des métiers, sans parler du manque à gagner pour les finances de l’État et toutes les répercussions sur le « système ».

Cela étant, nul besoin de vous exposer au courroux d’un chauffeur de taxi. Interrogez simplement vos collègues. Car, en effet, l’ubérisation n’épargne pas le secteur de la traduction.

Rappelons tout d’abord que la profession de traducteur n’est pas protégée. Chacun peut s’autoproclamer traducteur ou interprète du jour au lendemain. Cette situation favorise l’arrivée sur le marché de prestataires insuffisamment qualifiés, avec toutes les conséquences qui en découlent pour la qualité des textes traduits, l’image de la profession, et les prix[ii]. Ajoutez-y ensuite la pression, pour ne pas dire la menace, de l’évolution technologique, que j’ai déjà tant de fois évoquée et sur laquelle je ne reviendrai pas ici. Enfin, la multiplication de ces plateformes « ubérisantes », qui entendent mettre en contact les clients finaux avec de petits opérateurs indépendants désireux de mettre du beurre dans les épinards (Les exemples sont légion : Zingword, upwork et même Proz.com).

D’autres adeptes de l’ubérisation ont cru trouver dans ce concept un moyen ingénieux de réduire leurs coûts de production, par le biais du crowdsourcing, également appelé production participative[iii]. Cible privilégiée : la traduction audiovisuelle. L’exemple le plus connu en est sans nul doute celui de Netflix, que dénoncent notamment nos confrères de l’Association française des traducteurs et adaptateurs de l’audiovisuel (ATAA), à propos du sous-titrage catastrophique du film Roma. Mais le cas est loin d’être isolé, comme le démontre l’article publié par une étudiante en traduction sur ce même blog. Avec un enthousiasme ingénu, elle vante les mérites du travail bénévole (si, si) pour TED Conferences LLC, une structure dont le chiffre d’affaires 2015 dépasse quand même les 66 millions de dollars[iv]. Vous avez dit « se tirer une balle dans le pied » ? Mais passons. Parmi les autres exemples connus, notons Facebook, Twitter et autres Coursera.

Alors, que faire face à cette déferlante ? Faut-il lutter contre l’ubérisation ? Je n’en suis pas convaincu. N’y voyez aucun fatalisme, même si le phénomène peut paraître inéluctable, voire angoissant. L’approche que je préconiserais aux (futurs) traducteurs est double.

Premièrement, intéressez-vous à ces phénomènes pour pouvoir ensuite mieux informer vos clients et vos partenaires commerciaux. Tâchez de mieux comprendre les rouages de la netflixisation pour mieux défendre votre propre valeur ajoutée. Je ne suis pas amateur des théories de l’art de la guerre, mais il reste utile de connaître l’ennemi pour mieux le vaincre.

Deuxièmement, adoptez en toutes circonstances une approche qualitative. Affinez votre qualité d’écriture. Travaillez votre style. Participez à des ateliers de traduction. N’hésitez pas à travailler en binôme avec un collègue. Faites-vous relire. Trouvez-vous un mentor. C’est en pratiquant une certaine forme d’humilité sur son propre travail que l’on peut progresser. Affûtez votre pratique comme un faucheur affûterait sa faux : systématiquement, patiemment, longuement.

Troisièmement, ne restez pas cloitrés dans votre bureau. Pourquoi ne pas aller chercher ces clients – oui, ça existe – qui désespèrent de trouver de bons traducteurs et de bonnes traductrices ? Prouvez-leur que vous valez mieux que cet agglutinat invisible de dilettantes. Continuez à vous former, à défendre les vertus du travail bien fait.

En quatre mots : faites valoir votre professionnalisme.

 

 

 

[i] Et force est de reconnaître que la tentative de l’Académie française d’imposer le complément du nom « de rupture » (innovation de rupture, p.e.) n’est pas très… heureuse !

[ii] Voir à ce sujet ma carte blanche publiée en 2017 dans le journal Le Soir à l’occasion de la Saint-Jérôme.

[iii] À lire à ce sujet, cet article publié sur termcoord.eu.

[iv] https://fortune.com/2017/04/24/ted-talks-conference-corporate-sponsorship/

#JMT2018 : Retour sur la Journée mondiale de la traduction à l’Université de Lille

Par Rudy Loock, responsable de la formation TSM

 

Depuis 1953, à l’initiative de la Fédération internationale des traducteurs (FIT), nous célébrons chaque 30 septembre la Journée mondiale de la traduction (JMT), journée reconnue officiellement par l’ONU depuis l’an dernier. Pourquoi le 30 septembre ? Nous célébrons ce jour-là saint Jérôme, saint patron des traducteurs et des bibliothécaires.

À cette occasion, de nombreux événements visant à promouvoir les métiers de la traduction sont organisés un peu partout dans le monde. En France, la Société Française des Traducteurs (SFT) et un certain nombre de formations universitaires en traduction (voir par exemple les formations membres de l’Association française des formations universitaires aux métiers de la traduction), parfois en collaboration, ont proposé cette année toute une série de manifestations entre fin septembre et mi-octobre (voir ici le calendrier des manifestations SFT).

À l’Université de Lille, c’est le vendredi 28 septembre qu’a été célébrée la JMT2018 sur le site de Villeneuve d’Ascq, en collaboration avec la SFT et en présence des étudiants en traduction de l’université (parcours MéLexTra et TSM), de membres de la SFT, ainsi que de traducteurs et traductrices de la région.

Le matin, la SFT a animé une table ronde très intéressante sur une question cruciale pour les étudiants s’apprêtant à s’installer comme travailleurs indépendants : Comment travailler avec les agences de traduction ? Avec Dominique Durand-Fleischer en modératrice, Charles Eddy, Jackie McCorquodale, Sophie Dzhygir et Christèle Blin ont proposé une réflexion sur les enjeux et parfois les difficultés d’une telle collaboration : comment être recruté, entretenir de bonnes relations professionnelles, bien comprendre le fonctionnement des agences, négocier les tarifs… soit tout un ensemble de questions très importantes lorsque l’on sait que 50% des traducteurs/traductrices travaillent régulièrement avec des agences (source : enquête SFT 2015 sur les pratiques professionnelles en traduction). La table ronde a ensuite laissé place à un déjeuner, où traducteurs/traductrices et étudiants ont pu échanger en toute convivialité.

 

L’après-midi a été consacré à la traduction culinaire. Dans le cadre d’une « Carte blanche », deux traductrices spécialisées dans ce domaine, Rachel Doux et Marion Richaud, ont expliqué leur façon de travailler et les enjeux d’une telle spécialisation, qui les poussent parfois à passer en cuisine afin de tester les recettes qu’elles traduisent ! Les deux traductrices ont ensuite été rejointes par Kilien Stengel, auteur gastronomique et chercheur en sciences de l’information et de la communication, pour des exposés plus formels sur les questionnements autour de ce type de traduction spécialisée. Comment en effet gérer l’instabilité sémantique de termes apparemment aussi simples que « sucré » ou « salé », dont le sens change en fonction des époques, mais aussi des cultures ? Comment gérer l’absence d’équivalences entre la langue source et la langue cible ? Faut-il traduire par exemple « Mac & Cheese » par « gratin de pâtes » ? La traduction culinaire amène par ailleurs à prendre en compte des phénomènes parfois très subtils : tout jambon espagnol n’est pas ibérique, « pâte d’amande » peut se traduire différemment en fonction du taux de sucre, certains morceaux de viande n’ont aucun équivalent comme le « porterhouse steak » en français.

En la matière, l’objectif est donc selon les intervenants le pragmatisme : il convient de traduire en imaginant les lecteurs en train de préparer les plats en question, ce qui nécessite parfois de recourir à la visualisation des ingrédients ou des ustensiles sur internet afin de traduire au plus près tout en effectuant des adaptations qui permettront aux lecteurs en langue cible d’effectivement réaliser les recettes. La traduction peut alors aller jusqu’à une transformation complète de la recette de départ, illustrations comprises, voire jusqu’à la suppression complète d’une recette donnée lorsque celle-ci ne peut être réalisée !

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La JMT2018 à l’Université de Lille fut donc placée sous le signe de la professionnalisation et de la sensibilisation à des questions très importantes comme la spécialisation, les différences interculturelles, ou encore le travail en collaboration avec les agences de traduction. À l’année prochaine pour la JMT2019 !

 

 

L’innovation sur les bancs de la fac !

Par Céline Gherbi, étudiante M1 TSM

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Si vous pensez ne pouvoir suivre que des cours théoriques sur les bancs de la fac, vous vous trompez. La révolution digitale a apporté son lot de changements dans notre quotidien pourtant en matière d’enseignement, nous avons encore tendance à nous tourner vers d’anciens modèles d’apprentissage. Il est vrai que l’innovation inquiète parfois, car elle comporte une prise de risque et les changements qu’elle implique demandent un effort d’adaptation et souvent beaucoup de travail. Pourtant, cette année les étudiants du Master TSM, dont je fais partie, ont découvert une façon originale de s’exercer à leur futur métier. En effet, les enseignants se sont engagés dans une nouvelle forme d’apprentissage pour permettre à leurs étudiants de se confronter au monde du travail et de mettre en pratique leurs récents acquis en matière de traduction, d’outils informatiques et de gestion de projet au sein d’un cadre pédagogique sécurisant. L’idée, à la fois simple et complexe, qu’ils ont menée à bien, est celle de créer une agence virtuelle de traduction entièrement gérée par les étudiants et nommée Skills Lab.

 

Afin de mieux comprendre les tenants et aboutissants d’un tel projet, M. Loock, responsable du parcours de master, a accepté de répondre à mes questions.

 

Pourquoi avoir intégré le Skills Lab au programme du Master TSM ? Quelles étaient vos attentes ?

L’objectif global était de placer les étudiants dans une situation de simulation vis-à-vis de projets de traductions réels à réceptionner et à livrer, le tout en quasi autonomie. Ceci relevait de la politique globale de la formation, qui met l’accent sur la professionnalisation en préparant les étudiants le plus possible à la vie professionnelle qui les attend.

Mais il y avait d’autres objectifs, comme la volonté de décloisonner les enseignements et de sortir du cadre des cours traditionnels. Les étudiants de master, notamment en M1, ont encore une vision des études qui est celle du secondaire et parfois de la licence en France : les enseignements sont considérés de façon individuelle, avec des évaluations distinctes, qu’il convient de valider. Avec le Skills Lab, il s’agit de mobiliser les compétences acquises lors de différents enseignements (gestion de projets, terminologie, traduction, TAO, outils de corpus, etc.) au service d’un ensemble de tâches, à savoir la gestion d’une série de projets de traduction réels. Un autre objectif était d’amener les étudiants de M1 et de M2 à travailler ensemble, ce qui jusqu’alors ne se faisait pas. Enfin, en plaçant les étudiants en autonomie, l’objectif était aussi de les amener à prendre du recul vis-à-vis de leur travail et de leurs compétences : par définition lorsque l’on est placé en autonomie, on commet des erreurs, mais c’est justement en commettant ces erreurs et en les corrigeant que l’on apprend, et surtout que l’on prend confiance en soi.

Avez-vous hésité avec d’autres formes d’apprentissage ?

Si l’on souhaite que les étudiants soient rapidement en lien direct avec le monde professionnel, il existe bien entendu les stages, qui ont été mis en place dès la création du master en 2004, mais il existe d’autres possibilités, comme par exemple le master en alternance, qui implique que chaque étudiant doive en début d’année universitaire trouver une agence/entreprise susceptible de les accueillir pour l’année. En traduction, ceci peut être difficile pour les étudiants, surtout s’il s’agit de trouver une agence/entreprise de la région, et cette possibilité n’est donc pas envisageable. En plus des stages, le cours « Projet de Traduction », où les étudiants travaillent sous la supervision de traducteurs professionnels, permet également ce lien avec le monde professionnel, mais le Skills Lab permet d’aller plus loin. Une autre possibilité, compatible avec le Skills Lab d’ailleurs, est la création d’une Junior Entreprise, mais la charge administrative pour la gestion d’une telle structure est lourde, et sa mise en place longue ; le passage de relais entre les étudiants, qui ne sont présents qu’entre mi-septembre et mars sur le campus, pourrait d’ailleurs être problématique.  A l’inverse, la mise en place d’un Skills Lab peut se faire d’une année sur l’autre, en réaménageant la structure des enseignements. C’est le choix qui a été fait pour compléter la mise en situation lors des stages obligatoires et dans le cadre des cours « Projet de Traduction ».

Avez-vous rencontré des obstacles lors de la mise en place ou l’aboutissement de ce projet ? Si oui, quelles ont été les solutions ?

Quel que soit le projet, il y a toujours des obstacles. Il a d’abord fallu convaincre les professionnels en charge des cours « Projet de Traduction » qu’une réorganisation permettant la mise en place d’un Skills Lab était nécessaire. Ceci redéfinit nécessairement le rôle des formateurs, qui doivent trouver une nouvelle place afin d’accompagner et d’évaluer les étudiants.

Il a également fallu trouver les « clients », ce qui a suscité des inquiétudes au départ, mais en fait cela ne fut pas si difficile malgré un calendrier compliqué pour eux (envoi des documents à traduire en novembre, pour une livraison en mai-juin, après évaluation). De même, l’organisation logistique n’a pas véritablement posé de problèmes : le calendrier universitaire a été réorganisé afin de libérer une semaine de tous les enseignements TSM. L’UFR LEA, qui soutient toujours les projets proposés, a facilité l’organisation matérielle : réservation de salles à la semaine, mise à disposition d’un badge, etc.

Enfin, l’éternelle question des moyens. Il s’agissait de mettre en place un nouveau dispositif à coût constant, même si pour la première année, nous avons bénéficié d’une petite enveloppe budgétaire puisque le dispositif a été reconnu projet pédagogique innovant par l’université. Il a donc fallu réorganiser les heures consacrées au cours « Projet de traduction » afin de maintenir le projet individuel tout en instaurant le projet collaboratif au sein du Skills Lab. Il a également fallu s’assurer de la présence volontaire des professionnels pour les simulations d’entretien qui ont eu lieu en décembre et ont été visiblement très appréciés des étudiants.

Êtes-vous satisfait de cette première édition ?

Oui, tout à fait. Les étudiants ont rempli leur contrat et se sont montrés globalement très enthousiastes. La lecture des rapports rédigés après le Skills Lab montre qu’ils en retirent beaucoup de choses positives, même si certaines difficultés sont apparues. Les projets de traduction ont été livrés et apportent satisfaction aux clients, ce qui est une très bonne chose. Les enseignants ayant supervisé le projet trouvent également que le dispositif a permis aux étudiants de gagner en autonomie et de prendre conscience de leurs compétences professionnelles. Les étudiants de M2 en particulier ont pu mesurer le chemin parcouru depuis le M1 et se sont montrés particulièrement habiles dans leur gestion des choses : les conseils qu’ils ont pu donner aux M1 pour la révision des textes étaient généralement très bien vus.

Bien entendu, il y a eu quelques difficultés : s’agissant d’une première édition, le dispositif était expérimental. Notamment, les étudiants de M1, qui pour la plupart n’avaient jamais effectué de stage en agence/entreprise, ont eu un peu de mal à trouver leur place au sein du dispositif. Il conviendra de mieux les guider l’an prochain, mais ils bénéficieront déjà de l’expérience des M2 qui en M1 auront connu le Skills Lab contrairement aux étudiants de cette année et seront donc plus à même de les guider et de créer les conditions propices à une collaboration rapprochée. Également, le rôle des préparateurs de ressources n’avait pas été suffisamment bien pensé (ils n’étaient notamment pas suffisamment nombreux), ce qui a posé des difficultés pour la traduction, et par ricochet, pour la révision. Le dispositif sera donc adapté.

Dans le cadre du Skills Lab et de l’INSTB dont le Master TSM fait partie, une étude scientifique de l’influence de tels dispositifs sur la façon dont les étudiants perçoivent leurs compétences est en cours. Les premiers résultats, qui ont été présentés au mois de juin à un colloque sur la didactique de la traduction à Barcelone (didtrad2018), montrent en effet une évolution (présentation disponible ici). Les 268 étudiants inscrits dans les formations européennes membres de l’INSTB ont répondu au même questionnaire avant et après le travail collaboratif au sein d’un Skills Lab ou d’un bureau virtuel de traduction, et les résultats, concernant pour le moment 4 universités dont l’Université de Lille, montrent que les étudiants estiment avoir davantage de compétences à l’issue d’un tel travail collaboratif, qu’il s’agisse de compétences techniques, liées à la gestion du temps, ou encore au travail en équipe (les fameuses soft skills). Ces résultats encourageants feront l’objet d’une publication scientifique.

Avez-vous décidé d’apporter des modifications à la seconde édition ?

Oui, puisque toute première édition est nécessairement expérimentale. La lecture des rapports rédigés à l’issue du Skills Lab a permis de comprendre certaines des difficultés rencontrées par les M1 notamment, mais aussi certains problèmes d’organisation relatifs à la préparation des ressources. Pour l’édition 2019, où les autres langues de travail seront intégrées, il y aura davantage de gestionnaires de projets et de préparateurs de ressources, et les étudiants de M1 ne seront plus limités à la traduction. Beaucoup d’étudiants pourront assurer deux rôles distincts, par exemple traduction/préparation de ressources ou encore révision/préparation de ressources. Un debriefing après le Skills Lab sera également programmé dès le vendredi soir, dernier jour du dispositif, car les étudiants de cette année auraient aimé que ce soit le cas. La facturation des projets pourrait également faire l’objet d’une attention accrue, même si celle-ci est fictive, les projets ne faisant pas l’objet d’une vraie rémunération.

En revanche, bien que cela soit une demande des étudiants, nous ne pouvons malheureusement pas étendre le Skills Lab et proposer une durée de deux semaines : les étudiants de M2 partent en stage très tôt et ont beaucoup de projets à remettre avant leur départ. Le Skills Lab 2019 sera en revanche légèrement décalé afin que les étudiants de M2 n’aient pas comme cette année à gérer de front tous ces projets et le Skills Lab, qui sera placé la toute dernière semaine avant leur départ, l’ensemble des autres projets ayant été rendus en amont.

Avez-vous quelque chose à ajouter pour conclure ?

Des « clients » se sont déjà manifestés pour la prochaine édition, ce qui est bon signe !

 

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Ci-dessus les premiers clients de notre agence.

 

En tant qu’étudiante, j’ai pour ma part beaucoup apprécié le Skills Lab pour ce qu’il m’a apporté en matière de compétences, mais au-delà de ça, j’ai beaucoup aimé participer à ce projet parce qu’il ne s’agissait plus d’étudier avec pour seule finalité l’obtention d’une note, cette fois, mon travail allait être utile à d’autres.

Je vous invite donc à cliquer ici pour lire le billet de blog d’Alessandro Circo qui vous emmènera au cœur de notre petite entreprise et ici afin d’en apprendre davantage sur notre formation et venir nous rejoindre.

 

Combien gagnent les traducteurs indépendants ? Est-ce suffisant ?

Article original en anglais How much do freelance translators earn? Is it enough? rédigé par Corinne McKay, traductrice américaine du français vers l’anglais.

Traduction française de Rémy Proye, étudiant en M1 TSM à l’Université de Lille.

NB : L’article original date de 2011 ; les choses ont naturellement évolué depuis.

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Les traducteurs indépendants débutants veulent souvent savoir (ce qui est compréhensible) combien ils peuvent espérer gagner sur notre marché. Les traducteurs indépendants expérimentés, quant à eux, veulent souvent savoir (ce qui est compréhensible) s’ils touchent assez d’argent par rapport aux efforts qu’ils consacrent à leur travail. Alors, combien gagnent les traducteurs indépendants ?

 

  • L’American Translators Association (ATA) effectue une enquête sur les revenus tous les deux ou trois ans : vous pouvez acheter le rapport complet ici ou lire le résumé opérationnel gratuitement (liens en anglais). Les dates ici sont un peu confuses : les tableaux de données dans le résumé indiquent qu’ils datent de 2006, le fichier lui-même est nommé 2007 et le résumé opérationnel a paru dans l’ATA Chronicle en février 2008. Selon cette enquête, le traducteur indépendant moyen à temps plein touche un peu plus de 60 000 dollars ; mais les répondants américains ont fait état d’une grande disparité de revenus selon qu’ils sont ou non certifiés ATA (revenu moyen de 72 000 dollars pour les traducteurs agréés contre 53 000 dollars pour les non agréés).
  • Le Bureau of Labor Statistics (BLS) possède également des informations, et elles sont encore plus disparates. Le BLS rapporte qu’en mai 2008, le salaire moyen des traducteurs et interprètes était d’environ 38 000 dollars (brrr !), les 10 % les plus élevés percevant plus de 69 000 dollars et le spécialiste linguistique moyen du gouvernement fédéral touchant en moyenne 79 000 dollars.
  • PayScale.com (en anglais) possède quelques brèves informations sur les traducteurs et les interprètes, organisées par années d’expérience.

Je pense que le problème avec la plupart de ces enquêtes, c’est qu’elles ne sont pas assez spécifiques aux cas individuels. Par exemple, une personne qui travaille 35 heures par semaine et prend 6 semaines de vacances est-elle à temps plein ou à temps partiel ? Est-ce que quelqu’un qui travaille au bureau d’un client 2 jours par semaines et pour des clients indépendants 3 jours par semaine est à son compte ou à l’interne ? Faut-il tenir compte du volume de traduction ? Si vous avez touché 130 000 dollars l’an passé, mais que vous avez travaillé 70 heures par semaine sans vacances, votre revenu devrait-il être calculé au prorata à 40 heures par semaine de travail avec 4 semaines de congé ? Vous voyez le tableau !

Pour la petite anecdote, je pense que la plupart des enquêtes mentionnées ci-dessus sont orientées vers le bas de gamme du marché. En 2008, j’ai écrit un billet de blog sur Les secrets des traducteurs à six chiffres (en anglais), et depuis, j’ai parlé à de nombreux autres traducteurs indépendants qui ont déclaré ou fait savoir qu’ils touchent plus de 100 000 dollars par an. Je pense que si vous êtes très bon dans ce que vous faites et que vous vous vendez de manière plutôt convaincante, il y a suffisamment de travail pour gagner au moins 75 000 dollars par an en tant que traducteur freelance, même si vous travaillez en conjuguant agences et clients directs. Je dirais qu’à ce stade, tous les traducteurs que je connais, et qui travaillent exclusivement avec des clients directs, perçoivent au moins 100 000 dollars par an.

Mais la vraie question, lorsqu’il s’agit de revenu, est : est-ce suffisant ? Ce « est-ce suffisant » implique beaucoup de facteurs subjectifs, parce qu’il est lié à la question subsidiaire de savoir si vous feriez mieux si vous aviez un emploi différent. C’est là qu’intervient la subjectivité. Par exemple, dans mon cas :

  • Je suis plutôt satisfaite de mes revenus par rapport à la quantité de travail que je fournis. Je gagne plus que la moyenne de l’ATA et j’ai l’impression de travailler moins (peut-être même beaucoup moins) que la plupart des indépendants, en partie à cause de mes engagements familiaux et non professionnels et en partie parce que je pense être plus productive en travaillant une trentaine d’heures par semaine. Cependant, lorsque je regarde comment s’additionnent les avantages du travail à l’interne de mon mari (régime de retraite financé par l’entreprise, assurance, vacances payées, et ainsi de suite), c’est un rappel à la réalité. Si je déduis 15,3 % d’impôt sur le travail indépendant (que je ne paie que sur environ la moitié de mon revenu depuis que j’ai le statut de corporation S[1]), 4 à 6 semaines de vacances non payées et mon régime de retraite autofinancé par mes revenus, le résultat net est incontestablement différent.
  • Mais il y a également les facteurs subjectifs. J’adore l’endroit où nous vivons, et il y a très, très peu d’emplois à l’interne dans notre région pour ce que je fais. La seule option raisonnable, travailler pour un organisme gouvernemental, nécessiterait de conduire plus d’une heure à l’aller comme au retour, et impliquerait un emploi du temps relativement rigide. Il est très important pour moi d’avoir des horaires de travail qui s’harmonisent avec les horaires scolaires de ma fille, au moins jusqu’à ce qu’elle soit assez grande pour rester seule à la maison. En réalité, si je voulais un emploi en interne à proximité de chez moi et qui offrirait un niveau de flexibilité similaire à celui d’un freelance, je chercherais probablement à gagner moins de la moitié de ce que je perçois aujourd’hui.

« Assez » dépend également de l’endroit où vous vivez et de la façon dont vous vivez. 75 000 dollars, c’est une somme décente, mais si vous n’avez pas le statut de corporation et que vous payez donc des impôts sur ce montant total, si vous vivez dans un bel appartement dans une grande ville, si vous avez un prêt-auto, un prêt étudiant ou un paiement de carte de crédit et si vous financez votre propre assurance maladie et votre retraite, ce montant diminue rapidement. En revanche, si vous habitez dans une région assez rurale, que vous n’avez pas ou peu de dettes et que vous pratiquez la frugalité freelance (en anglais), vous pourriez probablement économiser 50 % de votre salaire net si vous touchez un salaire brut de 75 000 dollars ou plus.

Chers lecteurs, la parole est à vous. Quel est votre avis sur la question du salaire ?

[1] La corporation S, ou S-corp, est en fait une corporation générale qui obtient ensuite un statut fiscal spécial de l’Internal Revenue Service (IRS). https://www.corpomax.com/creation-societe-usa/types-societes-usa.php

Ce qu’un bon restaurant peut enseigner à un traducteur

Article original en espagnol Lo que un buen restaurante puede enseñarle a un traductor rédigé par Pablo Muñoz et publié sur le blog de l’auteur Algo más que traducir.

Traduction en français réalisée par Chloé Cantet, étudiante en M1, Master TSM à l’Université de Lille.

 

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Je ne sais plus exactement où j’ai lu l’autre jour que le secret pour offrir un bon service est de se mettre à la place du client. Même si cela semble évident, ce n’est pas si facile qu’il n’y paraît. Je pense cependant que cela peut réellement aider. Après tout, combien de fois nous plaignons-nous de la façon dont nous sommes traités dans un magasin ? Combien de restaurants se trouvent sur notre liste noire à cause de leurs pratiques « douteuses » ? Contrairement à ce que l’on pourrait penser, bien souvent la traduction n’est pas juste le fait de traduire, mais inclut également la relation envers le client.

Comme j’aime beaucoup la nourriture, j’ai décidé de dresser une petite liste des choses qui nous plaisent en tant que client et que l’on pourrait appliquer à notre travail de traducteur autonome.

Ce que l’on apprécie dans un restaurant appliqué à la traduction

On adore être bien reçus. Mais que peut-on faire pour choyer nos clients ? Voyons ce qui nous plait au restaurant en tant que client.

  • Que l’on s’occupe de nous rapidement. Il n’y a rien de pire que d’attendre 5 voire 10 minutes avant que quelqu’un ne vienne s’occuper de nous. Je suis d’ailleurs déjà parti plusieurs fois pour cette raison. Il y a une leçon à tirer de cela : Établissez des priorités et répondez rapidement à un client lorsqu’il vous contacte.
  • Que l’on s’occupe correctement de nous. Personnellement, j’aime que le serveur soit agréable et qu’il me suggère un plat en particulier même si j’ai déjà fait mon choix. Cela ne vaut pas seulement pour la prise de commande, un sourire est toujours agréable, à tout moment. La morale : essayez de toujours être agréable et ne répondez pas comme un robot à votre client. Mettez-vous à sa place et n’hésitez pas à lui demander si tout va bien ou s’il a besoin d’autre chose.
  • Que la nourriture soit délicieuse. La façon dont on est traités peut rendre la nourriture meilleure ou peut permettre de pardonner une baisse de qualité ponctuelle si nous sommes des clients réguliers, mais dès le premier jour il faut évidemment montrer que nos plats sont succulents. Dans ce cas, en tant que traducteur, nous n’avons pas le choix : il faut se consacrer au client et réaliser un excellent travail pour qu’il soit satisfait.
  • Que l’on nous offre un digestif (valeur ajoutée). Ce que j’apprécie toujours c’est qu’au moment de payer, et sans le demander, on m’offre un digestif. C’est un petit détail très peu coûteux auquel on ne pense pas toujours et qui, je le pense, permet de fidéliser le client. Que faire en tant que traducteur ? Très souvent il y aura une erreur dans le document original ou il y aura des commentaires à faire si vous traduisez l’actualisation d’un logiciel (« Je sais que vous ne me l’avez pas demandé mais je me suis aperçu qu’il manque un accent sur ce mot, je vous en fais part tout de même. »). En définitive, c’est une valeur ajoutée.
  • Que le prix soit ferme et qu’il n’y ait pas de mauvaises surprises. Il n’y a rien de pire que lorsqu’on vous ajoute 10 % de TVA. Voyons, vous m’indiquez un prix rond et ensuite vous me rajoutez 10 euros ? Dans un restaurant, je ne cherche pas les clauses en petits caractères, ce que je vois c’est ce que je paye. C’est pourquoi, en tant que traducteur, établissez un devis ferme dans la mesure du possible et ne faites pas de mauvaises surprises à votre client (et si vous avez réellement besoin de plus de temps, prévenez avant et non pas après).
  • Que l’on vous propose une solution rapide en cas de problème. C’est inévitable, tout ne se passe pas toujours comme prévu. Si c’est la première fois que vous vous rendez dans ce restaurant, vous ne reviendrez probablement jamais, mais qui sait. Des plats froids ou qui ne correspondent pas à la commande, du retard… Bref, expliquez ça aux chefs Joël Robuchon ou Gordon Ramsay. À ce moment-là, en plus de réparer votre erreur, vous pouvez avoir la gentillesse de ne pas facturer ce plat, même si cela représente une perte financière. La même chose s’applique par exemple à une traduction qui n’est pas de la qualité attendue. Il faudra bien sûr faire au cas par cas mais, même si ne pas facturer cette traduction paraît insensé, cela peut être une façon de sauver votre réputation. Il n’y a rien de pire qu’un client colporte qu’on ne peut pas vous faire confiance.

 

Et vous, vous pensez à autre chose concernant les bons restaurants qui puisse s’appliquer à la traduction ? 🙂

Retour sur la visite de la Direction générale de la traduction

Par Margaux Bochent, étudiante M1

 

Jeudi 8 mars 2018 avait lieu la visite annuelle de la Direction générale de la traduction (DGT) à Bruxelles. Cette journée s’articulait autour d’une série d’interventions au cours desquelles les étudiants de M1 du Master TSM, et les étudiants de M2 du Master MéLexTra, ont pu découvrir le service traduction de la Commission européenne : quel est son but, comment fonctionne-t-il, comment travaillent les traducteurs ou encore comment intégrer la DGT ? La visite a également été ponctuée de temps d’échange avec les traducteurs, moment précieux pour les étudiants qui ont pu poser toutes les questions qu’ils souhaitaient.

 

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La DGT en quelques mots

La journée a commencé par la présentation d’Emmanuel JACQUIN, chef d’unité au département de langue française, qui nous a donné quelques informations clés. La DG Traduction est chargée de traduire des documents pour la Commission européenne dans et vers les 24 langues officielles de l’Union européenne. Elle ne compte pas moins de 4 200 traducteurs, en interne et en externe, qui produisent 2 millions de pages par an. Les textes traduits sont variés : principalement des textes législatifs, mais également des communiqués, des rapports ou des documents adressés à la Commission.

Par la suite, Benjamin HEYDEN, traducteur-terminologue, a pris la parole pour nous présenter les outils d’aide à la traduction utilisés par les traducteurs de la Commission européenne. Les documents sources sont majoritairement rédigés en anglais (84 %) et doivent donc être traduits dans toutes les langues de l’UE. Dans le cadre de ces projets multilingues, un forum est créé automatiquement afin de permettre aux traducteurs d’échanger et de travailler en équipe. Cet outil représente un gain de temps considérable : une même question n’est jamais posée plusieurs fois et chaque information parvient rapidement aux traducteurs travaillant sur un même projet. Mémoires de traduction et bases de données sont également indispensables aux traducteurs, qui utilisent notamment SDL Studio et des bases terminologiques internes comme Euramis et IATE.

Les traducteurs indépendants

Parmi les 4 200 traducteurs de la DGT, certains sont des traducteurs freelances. Plus de 30 % des documents sont traités par le service de traduction en externe : soit environ 624 000 pages en 2017. Andrea TOZZI, traducteur indépendant, nous explique que la DG Traduction fonctionne avec un système de liste et de notation : le traducteur en haut de la liste est celui auquel on a recours en premier, s’il n’est pas disponible, on contacte le deuxième, et ainsi de suite. Lorsqu’une tâche de traduction est confiée à un traducteur freelance, celui-ci reçoit par la suite une note sur 10. Seules les notes supérieures à 8/10 permettent aux traducteurs de rester en haut de la liste. Il est donc dans l’intérêt de chacun de produire une traduction irréprochable afin d’avoir le plus d’opportunités de travail possible.

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Échanges avec les traducteurs

Après une intervention d’Ekaterina NAOS et de Bruno STAT, qui ont donné de nombreux conseils concernant le recrutement et les stages, la parole a été donnée aux étudiants qui ont pu poser des questions aux professionnels présents. Au cours de cette session questions-réponses, nous en avons appris davantage sur le quotidien des traducteurs, sur la fierté qu’ils ressentent à travailler pour une grande institution européenne ou encore sur la façon dont ils gèrent les logiciels de traduction automatique. Cet échange s’est poursuivi de façon plus informelle au cours du déjeuner.

 

La traduction web : quelques astuces

L’intervention suivante portait sur la traduction web. Pour produire une bonne traduction, il est indispensable de savoir pour qui l’on traduit et dans quel but. Ainsi, la traduction de pages internet nécessite des techniques bien particulières. Karine CHAVE est intervenue pour nous en parler et nous donner de précieux conseils. Elle a abordé le concept du « F-pattern » : sur internet, le lecteur aurait tendance à « scanner » la page, de haut en bas du côté gauche, et rapidement de gauche à droite. Le traducteur web doit donc, en plus de privilégier des phrases courtes et simples, s’assurer que les informations les plus importantes figurent sur la gauche de l’écran. La traductrice déconseille également l’utilisation de jargon et de terminologie technique : il est nécessaire de choisir le vocabulaire que le lecteur utilise lorsqu’il fait ses recherches.

 

Terminologie et qualité linguistique

La journée s’est achevée avec les interventions de Sandrine SENANEUCH, terminologue, et de Kate HEALY, qui a abordé le sujet de la qualité linguistique. Les terminologues de la DGT ont un rôle d’aide d’urgence : les traducteurs font appel à eux lorsqu’ils ne parviennent pas à trouver d’équivalents pour un terme. Le terminologue se consacre alors aux recherches et, si aucune traduction n’existe, se charge de trouver le terme le plus approprié possible. Les terminologues s’occupent également de l’entretien de la base terminologique IATE qui regroupe les bases terminologiques de toutes les institutions européennes : un gros travail de tri est donc nécessaire.

Kate HEALY a ensuite pris la parole et nous a expliqué que les textes traduits ne faisaient pas systématiquement l’objet d’une révision. Quand une révision est cependant nécessaire, c’est un traducteur qui s’en charge : à la DG Traduction, traducteurs et réviseurs sont confondus. Le rôle du service linguistique porterait plutôt sur l’amélioration du texte source dans le but de faciliter la tâche du traducteur.

 

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Merci à la Direction générale de la traduction de nous avoir reçus, et merci aux professionnels pour leurs interventions. Le Master TSM se déplace annuellement à Bruxelles pour cette visite, n’hésitez donc pas à lire également l’article de Cassandre Sikorski.

 

Comment choisir vos domaines de spécialité ?

 

Article original en anglais Choosing your translation specializations rédigé par Corinne McKay, traductrice américaine du français vers l’anglais.

Traduction en français réalisée par Alvina Veillon, étudiante en M1, Master TSM à l’Université de Lille

 

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Il y a environ 11 ans, j’ai passé mon premier entretien avec une agence de traduction. La première question de la gestionnaire de projet, « quelles sont vos langues de travail ? », était une question à laquelle je m’attendais. Sa deuxième question, en revanche, m’a vraiment prise au dépourvu : « quels sont vos domaines de spécialisation ? ». Des domaines de spécialisation ? Parler une autre langue n’est-il pas suffisant ? Eh bien, il s’avère qu’avoir simplement des compétences linguistiques ne suffit pas pour réussir une carrière de traducteur. Voici quelques conseils pour identifier des domaines de traduction et savoir dans lesquels se spécialiser.

Premièrement, voici un conseil du traducteur vétéran Jill Sommer (en anglais) : choisissez un domaine dans lequel vous aimez faire des recherches. Vous allez beaucoup vous documenter sur votre domaine de spécialisation ; soyez donc sûr qu’il vous intéresse. Assurez-vous également que la spécialité que vous ciblez vous permettra d’avoir assez de travail pour que votre activité soit viable. Beaucoup débutent en se concentrant sur leurs centres d’intérêt : le tissage, la lutherie, etc. Il y a sans doute du travail dans ces domaines, mais probablement pas assez pour travailler à temps plein, ou pas assez bien rémunéré. Si vous souhaitez travailler avec des clients directs, il y a du travail dans à peu près tous les domaines imaginables. Si vous souhaitez travailler avec des agences, il vous faut vraiment cibler un de leurs principaux secteurs : la finance, le médical, le juridique, le pharmaceutique, l’informatique, les brevets, etc. Il peut aussi vous être utile d’identifier vos « domaines de non-spécialisation », c’est-à-dire les domaines dans lesquels vous ne voulez surtout pas traduire.

J’ai l’impression que dans certains domaines, il y a un nombre croissant de traducteurs qui ont une expérience professionnelle significative dans le secteur de leur spécialité. Aux États-Unis, par exemple, je rencontre de plus en plus d’avocats qui, détestant l’exercice de leur profession ou n’arrivant pas à trouver un emploi épanouissant, se sont tournés vers la traduction, qui s’est présentée comme une alternative. Dans le cas des textes médicaux complexes, il vous faut des connaissances solides en médecine pour produire une bonne traduction. Toutefois, de nombreux traducteurs sont autodidactes dans leurs domaines de spécialisation : ils choisissent un domaine qui leur semble intéressant, commencent avec des textes qui ne sont pas très techniques, puis apprennent au fur et à mesure.

Dans un sens, il est aussi dans votre intérêt de vous diriger là où c’est plus rémunérateur. Je dis à tous mes étudiants en traduction qu’il y a quelque part un juste milieu entre ce que vous voulez traduire et ce pour quoi les clients sont prêts à mettre le prix. Si vous êtes amateur d’art, traduire pour des musées qui prêtent et empruntent des œuvres à l’international peut s’avérer être une niche rémunératrice. Si vous êtes passionné de tissage, vous pouvez peut-être travailler pour des compagnies de textile qui veulent exporter leurs produits. D’un côté, il est judicieux de se focaliser sur un secteur (juridique, pharmaceutique) dans lequel les clients ont besoin de traductions pour leurs affaires. Mais d’un autre côté, il est intéressant de se concentrer sur une industrie (communication d’entreprise, hôtellerie) dans laquelle les clients espèrent qu’une très bonne traduction contribuera au succès de leurs affaires.

Enfin, si vous désirez travailler avec des clients directs, n’ayez pas peur des marchés de niche. Comme vous le dira Karen Tkaczyk, traductrice du français vers l’anglais spécialisée en chimie (en anglais), tout ce dont vous avez besoin est assez de travail pour une seule personne ! J’ai rencontré des traducteurs spécialisés dans l’équitation, la philatélie, la pêche, ou encore le recyclage, et qui s’en sortent très bien. Et si vous voulez approfondir vos connaissances dans votre domaine de spécialisation, une plateforme de MOOC telle que Coursera peut être une bonne piste pour commencer. Vous pouvez en savoir plus sur mon expérience d’un cours d’épidémiologie sur Coursera ici (en anglais).

 

Retour sur le TSM Skills Lab 2018

Par Alessandro Circo, étudiant M1 TSM

 

La semaine du Skills Lab vient de s’achever il y a quelques jours, les livraisons sont effectuées et l’heure est venue de prendre un peu de recul, non seulement sur cette semaine mais aussi sur le dispositif Skills Lab dans sa globalité.

Skills Lab, le point de départ

Le Skills Lab est un dispositif imaginé dans le cadre d’une collaboration entre plusieurs universités rassemblées au sein du réseau INSTB (International Network of Simulated Translation Bureaus), même s’il existe sous d’autres formes dans d’autres universités. Son objectif est de proposer aux étudiants du domaine de la traduction une expérience unique : celle d’une agence virtuelle de traduction composée uniquement des étudiants de la formation. Dans notre cas, le Master TSM.

Skills Lab, façon TSM

1 - Logo

Cette année est celle de la première participation de l’Université de Lille. Depuis le mois de septembre les étudiants du Master TSM sont prévenus, le Skills Lab fera partie des Unités d’Enseignement sur lesquels ils seront évalués pour l’obtention du Master.

Pour gagner sa place au sein de cette agence virtuelle, il n’est pas question de tirage au sort ou de répartition effectuée par les responsables du Master. Chaque étudiant devra répondre aux offres d’emploi mises en ligne en envoyant CV et lettre de motivation, tout comme il l’aurait fait pour décrocher un emploi dans une véritable agence. L’analogie ne s’arrête pas là, ils devront aussi participer à des entretiens d’embauche face à un responsable pédagogique et un professionnel du monde de la traduction. Ces entretiens passés, chaque participant obtient son affectation et les équipes prennent forme. Les regards se portent maintenant vers le lancement de la semaine du Skills Lab, le lundi 5 février 2018.

TSM Skills Lab, c’est parti !

2 - Clients

Nous voilà au début de cette semaine de simulation. Les gestionnaires de projet sont les premiers à faire leur entrée et reçoivent dès 9h ce lundi les documents, les instructions et les exigences de la part des quatre clients dont les textes couvrent des domaines variés que nous avons déjà eu l’occasion de vous présenter. Après avoir découvert les textes, mesuré les volumes et découpé les documents, la priorité est donnée à la mise en place du planning et à la gestion des ressources humaines.

3 - Planning

La traduction devra donc commencer dès le lendemain, mais avant cette étape il est nécessaire de parcourir les textes pour traquer les difficultés lexicales et terminologiques qu’ils présentent dans le but d’améliorer la productivité des traducteurs. Ce travail est celui des préparateurs de fichiers. Pour les aider dans cette exploration, ils disposent de logiciels d’extraction terminologique et de la vaste étendue de ressources disponibles sur le web… ou à la bibliothèque. Après plusieurs heures passées à sonder les documents ils élaborent des glossaires et compilent des corpus qui passeront entre les mains des gestionnaires de projet pour terminer leur course sur les écrans des traducteurs.

4 - Capture d'écran

Mardi, 9h, briefing des traducteurs et distribution des documents à traduire puis des ressources associées via la plateforme Slack. Après une rapide résolution des problèmes de format ou de nom de fichiers l’équipe de traducteurs se lance. Elle dispose d’une journée et demie, malgré quelques remarques concernant la richesse des ressources préparées la veille, le travail avance vite et la majorité des traductions sont livrées avant la fin d’après-midi.

Le lendemain matin, alors que quelques traducteurs valident les derniers segments à traduire, les premiers réviseurs s’installent dans les salles réservées au Skills Lab. Au cours de la journée, ils réalisent que la révision risque de prendre plus de temps que prévu car les corrections à effectuer sont trop nombreuses et impliquent parfois de traduire à nouveau le segment. Peut-être que les ressources auraient dû être plus fournies, peut-être que les recherches pendant la traduction auraient dû être plus conséquentes, ou peut-être encore que la précipitation ou le manque d’expérience dans des domaines complexes sont à prendre en compte… Bref, l’objectif ici n’est pas de savoir à qui imputer la faute, mais plutôt de trouver comment surmonter ce genre de problème qui est loin d’être une première dans le monde de la traduction. Rappelons que le Skills Lab est censé préparer les étudiants comme aucun cours ne pourra jamais le faire. Quoi de mieux, donc, qu’un petit contretemps pour tester leurs capacités d’adaptation ? Comme par exemple l’envoi par un des clients d’un document supplémentaire à inclure dans le projet de traduction… Un défi relevé dans les règles de l’art !

5 - Jeudi

Finalement, les efforts fournis par les réviseurs et quelques heures supplémentaires ont permis de rattraper le temps perdu. Les traducteurs ont pu revenir comme prévu le jeudi pour corriger leurs traductions en tenant compte des commentaires laissés pendant la révision. Lors de cette avant-dernière journée et depuis le début de la semaine, les gestionnaires de projet ont dû assurer en permanence la communication avec les clients afin de répondre au plus vite et le plus précisément possible aux questions soulevées par les différents textes à traduire : typographie, mise en page, utilisation de l’écriture inclusive … La liste est loin d’être exhaustive, les gestionnaires de projet gardent un œil sur chaque problème et sont souvent à l’origine de sa solution. Ils ont d’ailleurs décidé, en réaction aux problèmes évoqués plus haut, de rajouter une étape de QA technique afin d’assurer une qualité qui ne trahira pas les exigences de formation du Master TSM.

TSM Skills Lab, le bilan

Très rapidement la fin de cette semaine est arrivée, au moment où je termine ce billet une partie des traductions a déjà été livrée et l’étape de QA suit son cours. Les préparateurs de fichiers sont revenus pour rassembler les mémoires de traduction par client et les mettre à jour. Les gestionnaires de projet ont ajouté à leur liste des tâches la DTP.

Au cours de cette semaine, les étudiants du Master TSM ont eu la chance de participer à la première édition lilloise de ce dispositif. Pour certains d’entre eux c’était un premier contact avec le fonctionnement d’une agence et pour d’autres c’était un moyen de se perfectionner, de questionner et de prendre ses marques avant la fin toute proche de plusieurs années d’études et le début d’une carrière professionnelle dans le monde de la traduction. Je conclurai de manière opportuniste avec cette phrase qui vient d’être prononcée par un de nos gestionnaires de projet, « le Skills Lab est une expérience ».

6 - Fin

 

Rendez-vous l’année prochaine, pour une nouvelle édition qui s’étendra à l’ensemble des langues B proposées dans le master.

 

La déontologie du traducteur : quelques règles de bonne conduite

Par Anja Ries, étudiante M2

 

Contrairement à d’autres pays comme l’Allemagne ou le Canada, il n’existe pas en France de cadre législatif pour régir le métier de traducteur. Ni le titre, ni l’exercice professionnel ne sont protégés par la loi, ce qui signifie que n’importe qui peut s’improviser traducteur du jour au lendemain à partir du moment où il ou elle juge ses compétences linguistiques suffisantes. Cela tient au fait que la traduction est encore trop souvent perçue comme une tâche pas si difficile, à la portée de quiconque maîtrise plus ou moins bien une langue étrangère. Or nous savons que la traduction fait appel à des compétences multiples, qui vont d’une bonne culture générale au maniement d’outils informatiques spécifiques en passant, naturellement, par d’excellentes connaissances des langues source et cible. Bien que la plupart des formations en traduction soient de haut niveau et sanctionnées par un diplôme bac + 5, la technicité acquise et la polyvalence dont doit faire preuve tout traducteur souffrent encore d’un manque de reconnaissance, aussi bien par le législateur que par le grand public. Aucun Ordre, aucun Conseil ne définit les contours de la profession et n’intervient en cas de problème d’éthique ou de qualité.

 

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L’absence de cadre réglementaire peut avoir des conséquences fâcheuses, non seulement pour le client final, qui n’obtient pas forcément le travail de qualité auquel il s’était attendu, mais aussi pour le traducteur lui-même puisque des pratiques déloyales menacent le travail sérieux et peuvent entacher la réputation de la profession toute entière. Le marché de la traduction est très concurrentiel et fragmenté, caractérisé par une pression permanente sur les prix et des conditions de travail parfois difficiles (délais serrés, évolution rapide des innovations technologiques qui nécessitent une adaptation des connaissances, solitude du traducteur, etc.). Si la mondialisation de l’économie, par son effet d’ouverture sur de nouveaux marchés, a stimulé le besoin de communiquer en d’autres langues et ainsi offert au secteur de la traduction une forte croissance, elle intensifie aussi la concurrence et augmente le risque de dumping linguistique. En ces temps modernes marqués par des changements accélérés, où il faut produire toujours plus vite et à moindre coût, on peut être tenté d’accepter des conditions d’exercice qui potentiellement nuisent à la qualité du travail rendu.

C’est pourquoi il est important que tout traducteur professionnel, qu’il soit au début de sa carrière ou aguerri par des années d’expérience, se conforme à quelques règles de base, pour protéger son travail et ceux qui font appel à lui, préserver l’image de la profession et, last but not least, se protéger lui-même. Un certain nombre d’associations professionnelles et d’organisations internationales ont édité des codes de pratique professionnelle qui définissent des valeurs et des repères communs, même s’ils ne constituent pas des dispositions réglementaires.

Dans ce billet, je propose un bref récapitulatif de ces textes et de leurs critères principaux.

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Commençons par la Société française des traducteurs (SFT) qui, en 2009, a sorti le Code de déontologie générale des adhérents de la SFT. Celui-ci définit les principes, devoirs et usages de la profession et fournit ainsi un cadre de références à tous les traducteurs, quel que soit leur statut, indépendant ou salarié. Le respect de ces principes est une obligation pour tous les traducteurs adhérents de la SFT.

 

Le code retient trois principes généraux :

  • Probité et intégrité, qui garantissent le respect du donneur d’ouvrage et de la mission du traducteur ainsi que la réputation de la profession
  • Fidélité, qui renvoie à la restitution correcte du texte source
  • Respect du secret professionnel

 

À ces principes généraux s’ajoute le respect par le traducteur de la législation de l’État dans lequel il exerce sa profession, notamment en matière de régime social et fiscal. Cet article du code vise à alerter sur la nécessité de déclarer son activité, afin de pouvoir exercer en toute légalité et ainsi contrer les pratiques de travail dissimulé, ou au noir, source de concurrence déloyale. L’argumentation de la SFT ainsi qu’un rappel des sanctions encourues en cas de non-respect de cette obligation sont consultables ici. Le traducteur se doit également de respecter le donneur d’ouvrage en s’interdisant de faire sous-traiter tout ou partie du travail qui lui a été confié. Il ne doit pas se prévaloir de diplômes qu’il ne possède pas. Le traducteur doit refuser toute mission qu’il ne se sent pas capable de réaliser, ainsi que tout délai qu’il juge incompatible avec un travail de qualité.

Enfin, la SFT rappelle la nécessité d’entretenir des relations loyales et confraternelles avec les autres collègues traducteurs. Ceci implique le droit à une juste rémunération de ses prestations rendues, mais aussi le devoir de ne pas accepter de rabais ou de rétributions qui se feraient au détriment d’autrui.

 

Le code de déontologie de la SFT s’appuie sur la Recommandation de Nairobi, adoptée par l’UNESCO en 1976. La traduction, qu’elle soit littéraire, scientifique ou technique, y est reconnue comme activité qui favorise la communication et les échanges d’idées entre les peuples. L’UNESCO attribue à la traduction un rôle extrêmement important dans la coopération entre les nations et les échanges internationaux. Le traducteur est reconnu dans son aptitude à créer des liens au service de la culture et du développement. À ce titre, il est indispensable que lui-même et son travail soient protégés.

Parmi les dispositions adoptées, on peut citer notamment :

  • La recommandation faite aux États membres d’accorder aux traducteurs un droit d’auteur tel qu’il est défini par les conventions internationales. Le traducteur a le droit de voir son nom figurer dans tous les exemplaires publiés de la traduction.
  • La proposition que toute transaction entre un traducteur et un utilisateur se base sur un contrat écrit qui prévoit une rémunération équitable du travail fourni
  • Le renforcement du rôle des organisations et associations professionnelles de traducteurs, dans le but de défendre les intérêts moraux et matériels des traducteurs, par la mise en place de normes régissant la profession et de procédures destinées à faciliter le règlement d’éventuels différends liés à la qualité des traductions
  • L’élaboration et le développement de programmes spéciaux de formation de traducteurs. La traduction doit être reconnue comme une formation spécialisée, distincte de l’enseignement exclusivement linguistique.
  • La garantie que les traducteurs bénéficient d’un régime social et fiscal adapté à leur situation

 

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La recommandation de l’UNESCO marque une avancée importante dans l’histoire de la profession de traducteur. Elle est citée comme référence non seulement par la SFT, mais également par la Fédération internationale des traducteurs (FIT) qui s’en est inspirée pour réviser sa Charte du traducteur lors de son congrès à Oslo en 1994. Créée sous les auspices de l’UNESCO en 1953, la FIT est un groupement international d’associations de traducteurs, d’interprètes et de terminologues. Elle compte actuellement plus de cent associations professionnelles répertoriées, représentant plus de 80 000 traducteurs dans 55 pays. Elle est reconnue par l’UNESCO comme organisation non-gouvernementale de catégorie A, ce qui lui assure d’être consultée sur toute question ayant trait à la traduction discutée par les autorités de l’UNESCO.

La Charte du traducteur de la FIT précise les droits et les devoirs du traducteur. De par la variété des conditions dans lesquelles elle est exercée, la traduction mérite d’être considérée comme une discipline spécifique et autonome. Afin d’assurer cette reconnaissance à la profession, le traducteur s’engage à suivre certaines lignes de conduite qui devraient non seulement le guider dans l’exercice de sa mission, mais également aider à améliorer les conditions économiques et sociales dans lesquelles il travaille. La charte pose ainsi les bases d’un véritable code moral des traducteurs.

 

On retrouve parmi ces lignes de conduite des propositions déjà citées précédemment dans le code de déontologie des adhérents de la SFT et la recommandation de l’UNESCO : un haut niveau de compétences linguistiques et une bonne culture générale, qui sont à entretenir par des actions de formation continue, la loyauté vis-à-vis des collègues, une estimation juste de ses capacités à réaliser la mission qui lui est confiée, le respect du secret professionnel, la fidélité de la traduction au document source.

Précisons que la FIT insiste sur la nécessaire marge de créativité qui doit être laissée à tout traducteur, puisqu’elle distingue entre une traduction littérale et une traduction fidèle, adaptée au public de la langue cible. Dans tous les cas, le traducteur reste maître de sa traduction et doit, à ce titre, bénéficier des mêmes droits et niveaux de protection qui sont accordés à l’auteur de l’œuvre originale.

 

À côté de ces trois codes de pratique professionnelle, qui s’adressent aux traducteurs de tous horizons et incluent souvent les interprètes, il existe des codes spécifiques pour la traduction littéraire ainsi que pour les traducteurs juridiques. Pour les premiers, on peut citer le code établi par l’Association des traducteurs littéraires de France (ATLF) et, au niveau européen, celui du Conseil européen des associations de traducteurs littéraires (CEATL), consultable ici. En ce qui concerne les traducteurs et interprètes près des tribunaux, ils suivent les règles de l’Association européenne des traducteurs et interprètes juridiques (EULITA).

 

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À travers ces quelques exemples, j’ai voulu montrer que le caractère flou qui entoure notre profession n’est pas une fatalité. Si le métier de traducteur est encore loin d’être aussi codifié que la déontologie médicale, des efforts sont faits depuis longtemps pour l’inscrire dans un cadre de références solide, basé sur des valeurs partagées et la volonté commune de produire un travail de qualité, gage de sérieux et de rigueur scientifique. Bien qu’ils n’aient pas de validité sur le plan juridique, ces différents codes de bonnes pratiques donnent des repères et des orientations aux traducteurs, les aident à évoluer dans l’exercice de leur métier, leur fournissent un sentiment de protection en cas de doute et contribuent ainsi à améliorer non seulement la qualité des prestations rendues, mais également l’image d’une profession encore trop souvent malmenée.

 

 

Sites consultés :

http://www.fit-ift.org/?lang=fr
https://www.sft.fr/
http://www.atlf.org/
https://ottiaq.org/
http://www.tradulex.com/articles/JEF4.pdf
https://www.ceatl.eu/fr/

 

 

Traduction et traducteur : entre mythe et réalité

Par Emmanuelle Dutreuil, étudiante M2 TSM

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L’idée de cet article m’est venue en me baladant sur Facebook il y a quelques jours. Je suis tombée sur le post d’une connaissance qui disait vouloir se lancer dans un Master de traduction. Un de ses amis lui a très gentiment demandé pourquoi elle voulait faire ça, en lui envoyant un lien menant au site de notre très cher Google Traduction. Voici donc huit des mythes les plus répandus sur les traducteurs et le monde de la traduction.

 

  1. La traduction machine remplace (ou va remplacer) les biotraducteurs

On a tous déjà entendu cette phrase : « Mais, pourquoi tu es traducteur ? Il y a Google Traduction, non ? »… Alors oui, il y a Google Traduction, mais est-ce vous avez déjà essayé d’y mettre un texte créatif (comme Pénélope) ? Une phrase dont la structure est très complexe ? Ou encore traduire d’une langue comme l’anglais, qui n’a pas de déclinaison, au finnois qui comprend 15 cas (oui oui, quinze…) ? En effet, ça peut poser problème.

Certes, la traduction machine est de plus en plus performante, mais remplace-t-elle les traducteurs humains ? Bien sûr que non. La machine n’est pas capable de prendre en compte certains paramètres qui sont cruciaux lors de la traduction comme les expressions idiomatiques, le public visé ou encore une limite de caractères. Il y aura toujours besoin d’un humain pour relire ou post-éditer le résultat de la traduction machine.

 

  1. N’importe quelle personne bilingue peut être traducteur 

Selon moi, il faut être bilingue (ou du moins, avoir une excellente maîtrise de deux langues) pour pouvoir traduire. Mais toutes les personnes bilingues peuvent-elles traduire ? C’est déjà moins sûr. Si c’était le cas, les programmes universitaires en traduction ou les différentes écoles enseignant cette matière n’existeraient pas. Les personnes bilingues n’ayant jamais étudié la traduction pourraient traduire un texte, mais quelle serait la qualité de celui-ci ? Pour moi, la traduction demande une très bonne compréhension de la langue source et de ses subtilités, mais aussi (et surtout) une qualité rédactionnelle excellente dans la langue cible. Si le traducteur ne fait pas preuve de créativité, ne reformule pas et se contente du grammaticalement correct, la qualité finale de sa traduction laissera probablement à désirer et son texte sentira la traduction (ce que tous les traducteurs veulent absolument éviter).

 

  1. Un bon traducteur peut tout traduire

Oui oui, certaines personnes pensent que les traducteurs peuvent tout traduire, indépendamment de leur domaine de spécialisation. C’est bien connu que la description de produits et la greffe pulmonaire, c’est la même chose !

Un traducteur n’est pas obligé de se spécialiser, mais la plupart le font. En effet, se spécialiser signifie traduire plus de textes dans le même domaine et donc, un gain d’expérience, de précision et de productivité. Plus (ou presque plus) besoin de passer des heures à faire des recherches terminologiques. Prenons l’exemple d’un traducteur indépendant spécialisé dans la chirurgie cérébrale travaillant avec une agence. Les gestionnaires de projet feront bien évidemment appel à lui pour un projet de ce type plutôt qu’à un traducteur n’ayant pas de domaine de spécialisation ou simplement spécialisé dans le médical.

 

  1. Un traducteur peut traduire vers et depuis sa langue maternelle 

Même si certains le font, traduire dans les deux sens est déconseillé et risqué. Comment peut-on attendre un texte fluide, naturel et qui ne « sent » pas la traduction lorsque le traducteur ne traduit pas vers sa langue maternelle ? Peu importe le nombre d’années d’apprentissage, notre seconde langue ne sera jamais au même niveau que notre langue maternelle (sauf peut-être pour les personnes ayant grandi dans une famille bilingue). En effet, notre vocabulaire est bien plus vaste, nos compétences linguistiques bien plus approfondies. Une des caractéristiques les plus importantes pour une traduction, c’est qu’elle puisse passer pour un texte écrit en langue originale et qu’il n’y ait pas de collocation étrange ou de structure douteuse. Or, cela ne s’apprend pas dans les livres de grammaire. Lucie a d’ailleurs écrit un article à ce sujet, n’hésitez pas à y jeter un coup d’œil !

 

  1. Texte source, texte cible : même longueur

Je vois déjà les traducteurs professionnels lever les yeux au ciel. Les personnes étrangères au monde de la traduction ne sont peut-être pas au courant que toutes les langues n’ont pas la même structure ou longueur. Prenons par exemple la langue de nos voisins, l’allemand. Comment peut-on s’attendre à une traduction de même taille quand on sait que la langue allemande comprend des mots comme Lebensmittelgeschäft (20 lettres tout de même), qui se traduit en anglais par « food shop » ?

Si l’on en croit media lingo, les traductions EN > FR seraient de 15 à 20 % plus longues que l’original. Pour l’allemand, la différence est encore plus importante, les textes traduits seraient de 10 à 35 % plus longs.

Au contraire, certaines langues sont bien plus courtes, comme les langues scandinaves ou les langues asiatiques comme le coréen ou le japonais.

La longueur des langues est un critère à prendre en compte lors de la traduction de sites web ou applications, de la localisation de logiciels ou encore lors du DTP, car si l’on traduit depuis l’anglais, il est fort possible que les traductions soient bien plus longues (ou bien plus courtes).

 

  1. Tu es traducteur ? Donc tu es aussi interprète, non ?

Alors non. Ce sont en réalité deux métiers complètement différents qui ne demandent pas les mêmes compétences. Alors oui, pour être interprète ou traducteur, il faut bien évidemment parler deux langues et transmettre un message de l’une à l’autre. Mais la similarité s’arrête là. L’interprète travaille à l’oral et se concentre davantage sur la transmission du message et beaucoup moins sur la forme. Sa priorité n’est pas de faire de jolies phrases mais plutôt de reformuler le message de la façon la plus claire et complète possible, sans oublier aucune information. Il n’a pas le temps de vérifier les mots inconnus et doit produire une traduction orale sans attendre.

Au contraire, le traducteur travaille à l’écrit et accorde autant d’importance au message qu’à la forme. Aucune faute n’est admise, que ce soit une faute de grammaire, de conjugaison, de syntaxe, de sens, etc. Tout a son importance.

 

  1. Un traducteur EN > FR (CA) pour du FR (FR), pourquoi pas ?

Certaines personnes non francophones ne savent peut-être pas qu’il existe bel et bien une différence entre le français de France et celui parlé au Canada. Personnellement, si on me dit « tire-toi une bûche », moi pas comprendre. Si vous ne comprenez pas non plus, je vous invite à visiter cette page. Si vous êtes un client et souhaitez viser un public ou une région bien précise, vous avez tout intérêt à choisir la bonne variante de la langue. Ne prenez pas n’importe quel francophone, vous pourriez avoir des surprises (et pas que des bonnes).

C’est également le cas pour d’autres langues comme l’allemand d’Allemagne et l’allemand d’Autriche ou encore pour l’espagnol d’Espagne et celui d’Amérique latine. Et même au sein de ce continent, un seul mot peut avoir plusieurs sens. Par exemple, boludo a plusieurs significations selon le pays :

– stupide (Argentine)

– immature (Costa Rica)

– paresseux (Guatemala)

Il faut donc bien faire attention à qui s’adressent vos traductions.

 

  1. Non, je suis désolée, je ne peux pas traduire 10 000 mots pour demain 8 heures

Oui, certains pensent qu’il est possible de traduire énormément de mots dans un délai très réduit. Mais ils ne se rendent pas compte du temps que prend la traduction et que les traducteurs ne sont pas des machines qui travaillent 24 heures par jour. Mais en plus de la traduction, la plupart des agences offrent des services supplémentaires étroitement liés à la celle-ci. Quand on envoie un texte à une agence, il sera non seulement traduit mais également révisé. D’autres tâches peuvent venir s’ajouter comme l’assurance qualité ou la mise en page, par exemple. Donc, la traduction prend du temps mais il faut garder à l’esprit toutes les tâches qui viennent s’y ajouter.

 

 

Ces mythes me sont apparus comme étant les plus communs, mais il en existe bien d’autres.

Et vous, avez-vous déjà eu ce genre de commentaire ? Peut-être en avez-vous entendu d’autres encore plus surprenants ?

N’hésitez pas à les partager en commentaire !

 

Sources

http://www.media-lingo.com/gb/faqs/will-the-translated-version-be-longer-or-shorter-than-the-original-document

https://www.authentikcanada.com/blog/top-10-des-expressions-quebecoises

https://www.taringa.net/posts/offtopic/19543502/Diferentes-significados-de-Boludo-en-Latinoamerica.html