Traduction : bonne ou mauvaise, telle est la question ?

Par Céline Gherbi, étudiante M2 TSM

Notre époque est multilingue et multiculturelle. D’une manière ou d’une autre, à travers la radio, la télévision ou Internet, nous sommes, chaque jour, confrontés à une langue étrangère, impossible d’y échapper. Les enfants sont soumis au même régime et apprennent une deuxième langue dès la maternelle. Il y a ceux que ça dérange, ceux qui s’en moquent et ceux qui préfèrent ça. Toujours est-il que beaucoup parlent aujourd’hui plusieurs langues, ont une idée bien arrêtée de ce qu’est une bonne ou une mauvaise traduction et le font souvent savoir. Personnellement, plus j’avance dans mon apprentissage et plus cette question m’apparaît complexe et emplie de subjectivité. Quoi qu’il en soit, que vous soyez traducteur amateur ou professionnel, vous subirez les critiques de vos lecteurs et c’est bien normal. En licence, ma professeure de linguistique japonaise, Mme Takeuchi, nous avait demandé de comparer plusieurs traductions issues de divers extraits du Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry et d’indiquer quelle était la meilleure. Si l’exercice m’était apparu facile à l’époque, aujourd’hui je ne serais pas aussi catégorique.

Avant toute chose, je tiens à préciser que cet article qui s’appuiera sur la traduction franco-japonaise ne s’adresse pas spécifiquement aux professionnels ; je vais, au contraire, tenter de le rendre le plus abordable possible, nul besoin donc d’avoir des notions de japonais pour continuer votre lecture, le but étant d’avoir une réflexion générale sur ce qu’est une traduction, ses contraintes, ses limites, et les choix que l’on peut être amené à faire selon la paire de langues dans laquelle on travaille.

Pour cela, je vous propose de reprendre l’exercice proposé par ma professeure, Mme Takeuchi, et d’examiner 11 traductions d’une seule courte citation extraite du Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry : “S’il vous plaît… dessine-moi un mouton !” Vous trouverez donc à la fin de ce billet, l’ensemble des traductions et leur auteur associées à un numéro, afin de pouvoir s’y référer plus facilement.

Avant de commencer, j’aimerais que vous traduisiez vous-même cette phrase dans une langue de votre choix (ou plusieurs) afin de constater si elle est soumise aux mêmes contraintes et problématiques que celles que je vais soulever et s’il en existe d’autres, inhérentes à votre paire de langues. En ce qui me concerne, je fus tout aussi ennuyée pour traduire cette phrase que le narrateur de notre histoire pour dessiner ce fameux mouton. Voici pourquoi.

« S’il vous plaît… dessine-moi un mouton !

— Hein !
— Dessine-moi un mouton… »

Le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry, p11 chez Folio junior aux éditions Gallimard.

Voyez-vous le mouton ?
Le Petit Prince n’en voudrait pas, il a des cornes !

Le Petit Prince est une œuvre philosophique et poétique de 1943 destinée aux plus petits comme aux plus grands. L’auteur utilise un style simple, et emploie même un vocabulaire enfantin ; il utilise par exemple « grandes personnes » lorsqu’il parle des « adultes ». Toutefois, si le narrateur donne l’impression de s’adresser plus particulièrement aux enfants, il s’adresse en réalité à toutes les tranches d’âge de lecteurs. Et si en français cela ne pose pas de problème, en ce qui concerne la traduction japonaise, cela va entrainer un premier dilemme, et de la décision qui sera prise dépendra le système d’écriture à utiliser.

En effet, au Japon, les enfants commencent par apprendre le système d’écriture phonétique, puis sont introduits les kanjis au fil de leur scolarité, jusqu’au lycée et au-delà. Pour faciliter la lecture de ces caractères empruntés à la Chine, figurent parfois au-dessus ou sur le côté les furiganas qui indiquent leur prononciation. Dans notre phrase par exemple, le verbe dessiner a été traduit de la même manière par tous les traducteurs, mais on le rencontre dans trois écritures différentes : かいて()いて描いて (kaite)

Les traductions 4 et 5 ont été réalisées par le même traducteur, tout comme les traductions 8 et 9, seule change l’écriture, l’une est en kanjis, l’autre en kanjis avec furiganas. La maison d’édition aura certainement fait le choix de publier une version destinée aux adultes et une version pour adolescents. Je ne sais pas s’il en existe une essentiellement écrite avec le système phonologique pour les plus petits, mais on pourrait l’imaginer.

À présent, si vous examinez la ponctuation, vous constaterez beaucoup de différences.

Le traducteur des versions 4 et 5 a conservé une ponctuation japonaise classique. Il a choisi d’introduire le dialogue par des demi-crochets, a remplacé les points de suspension par une virgule et a préféré utiliser la particule よ (yo), manière très naturelle d’exprimer l’emphase en japonais, suggérée par le point d’exclamation en français.  

「すみません、ヒツジの()()いて」

En revanche, la troisième traduction respecte, quant à elle, la ponctuation de la version originale et de manière générale, utilise une ponctuation proche de celle des langues occidentales. Elle introduit le dialogue par un tiret long, conserve les points de suspension ainsi que le point d’exclamation. C’est la version qui me semble la plus originale, les tirets étant très rares en japonais, les points d’exclamation sont plus courants, mais ne sont pas non plus la norme dans la littérature classique japonaise et moins encore dans la littérature du milieu du 20e siècle dont l’œuvre date.

___すみませんけど……ヒツジの絵、かいて!

Ainsi, on pourrait penser que tout oppose les traductions 3 et 4, pourtant elles ont un point commun, elles sont écrites dans le sens horizontal. Traditionnellement, les œuvres littéraires sont publiées dans le sens vertical. Le sens horizontal est surtout utilisé pour les magazines, les manuels scolaires, les publications scientifiques, et de manière générale, lorsqu’elles contiennent des mots étrangers ou des formules mathématiques par exemple, qu’il est plus difficile, voire impossible de retranscrire à la verticale.

Toujours est-il que ces traducteurs ont fait des choix bien différents, certainement poussés par le désir de coller au plus près du texte source ou au contraire de respecter au mieux le naturel de la langue d’arrivée afin d’être le plus invisible possible. Faire en sorte que l’œuvre semble avoir été écrite dans la langue traduite est souvent ce qui est exigé aujourd’hui, mais ça n’est pas toujours le cas et quoiqu’il en soit, cela reste un choix. Lorsque le Japon a commencé à s’ouvrir au monde et que la nécessité de traduire des ouvrages s’est fait ressentir, deux écoles se sont opposées, avec à leur tête deux grands maîtres : Sugita Seikei et Ogata Kôan. Le premier recommandait de rester très proche du texte original et avait un style très recherché, choisissant les kanjis et les expressions avec soin. Le second, au contraire, une fois le livre lu, ne l’ouvrait plus, et écrivait sa propre interprétation dans un style simple, car selon lui l’utilisation de caractères compliqués amenait le lecteur à ouvrir l’originale pour comprendre la traduction ce qui était ridicule.

Bien entendu, il existe tout un monde de possibilités entre ces deux extrêmes. Dans notre exemple, les traducteurs 6 et 8 ont choisi d’employer à la fois la particule et le point d’exclamation et d’autres ont remplacé ce dernier par un point (7) ou l’ont tout simplement omis (4).

Les possibilités sont d’autant plus nombreuses dans la traduction franco-japonaise que les langues sont très éloignées, à tel point qu’il peut même sembler difficile de coller au style de l’auteur tout en respectant la façon naturelle dans laquelle un Japonais va exprimer ses idées. Par exemple, alors que j’étais en cours de grammaire, je demandais à mon professeur s’il pouvait allumer les lumières, car on ne voyait pas bien le tableau, il me répondit, qu’une Japonaise lui aurait certainement dit qu’il faisait bien sombre ici. Dans la traduction de notre phrase, on retrouve également une différence de construction selon les traducteurs.

La traduction 6 est la plus proche du texte source. Seule celle-ci indique la personne pour qui le narrateur doit dessiner le mouton et le nombre de moutons à dessiner, les autres traducteurs ont fait abstraction de ces informations, certainement parce que cela leur paraissait évident. En effet, si le Petit Prince avait voulu plus d’un mouton, tous les traducteurs auraient précisé le nombre, et s’il en avait voulu beaucoup, peut-être auraient-ils fait mention d’un troupeau de moutons par exemple.

ぼくに (boku ni) = Pour moi
羊を一匹 (hitsuji wo ippiki)= 1 mouton
描いて (kaite)= dessiner
ぼくに羊を一匹描(ぴきか)いて= dessine un mouton pour moi ou dessine-moi un mouton.

De plus, hormis le traducteur de la version 6, tous ont également préféré le groupe nominal “dessin de mouton” plutôt que le terme “mouton” seul.

(ひつじ)() ou écrit avec le système phonologique ヒツジの絵 (hitsuji no e) = dessin de mouton.

Ce qui donne :

ヒツジの()()いて = dessine dessin de mouton.

Préciser le nombre de moutons et à qui est destiné le dessin peut sembler un peu insistant aux yeux d’un Japonais, mais ce n’est peut-être pas mal venu puisque le Petit Prince est lui-même très insistant dans la version française.

Enfin, le traducteur 10 va jusqu’à transformer l’injonction faite au narrateur en requête sous forme de question.

ヒツジの絵、描いてくれない? (hitsuji no e kaitekurenai) = dessin de mouton, tu ne veux pas dessiner ?

Il vient également ponctuer la fin de sa phrase par un point d’interrogation, alors qu’il aurait pu choisir la particule (ka) qui sert à indiquer une question en japonais (ヒツジの絵、描いてくれない = hitsuji no e kaitekurenai ka).       

 Ainsi, le style du traducteur va s’exprimer à travers ses choix, et ce, même si son objectif est d’être le plus invisible possible. Ses décisions, ses préférences vont définir sa marque de fabrique, elles seront l’expression de sa créativité, mais aussi de son interprétation. Tout auteur sait qu’une fois écrite, l’œuvre ne lui appartient plus, le lecteur s’en empare, la transforme et l’interprète selon son vécu, ses valeurs, ou même ses envies ou son humeur et le traducteur ne fait pas exception. Revenons par exemple à notre histoire. Le narrateur était en train de dormir lorsque le Petit Prince l’a réveillé avec ce : “S’il vous plaît…”

Comment avez-vous donc traduit cette locution ? Nos traducteurs japonais n’ont, eux, pas tous compris la même chose. En effet si vous concentrez votre attention sur le début de la phrase, vous trouverez différentes traductions :  (ne : 1-11) ; ねえ (nee :6) ;もしもし (moshimoshi :10) ; すみません (sumimasen :2-3-4) ; お願い ou おねがい (onegai :7-8).

Les traducteurs 1, 11, 6 et 10 ont interprété ce « s’il vous plaît » comme une locution interjective, elle aurait donc une fonction phatique, et dans ce cas précis, celle d’établir le contact avec l’interlocuteur.

ね (ne) (1-11) ou ねえ (nee) (6) est une interjection, sorte d’onomatopée qui sert à interpeller une personne et qui pourrait par exemple se traduire par “hé” ou “héé”.

もしもし (moshimoshi) (10) est un mot aujourd’hui tombé en désuétude pour ce qui est d’interpeller une personne, mais qui est toujours utilisé pour répondre au téléphone, c’est leur “allô” à eux. Dans notre phrase, c’est comme si le Petit Prince disait : “Dis… dessine-moi un mouton.”

Pour les traducteurs 2, 3 et 4, il s’agit à la fois d’une locution interjective et d’un terme de politesse introduisant une requête, car oui, le Petit Prince est un garçon poli.

すみません (sumimasen) est souvent traduit par excusez-moi. Il s’utilise comme en français pour interpeller quelqu’un ou pour s’excuser, cependant il peut aussi être employé pour remercier une personne. Dans ce cas, il aura le sens de “merci pour le dérangement” ou “merci de vous être donné cette peine”.

Enfin, les traducteurs 7 et 8 n’ont pris en compte que la notion de politesse.

お願い ou おねがい (onegai) est une locution comprenant une particule de politesse  (o) et un mot qui introduit une requête ねがい (negai) et qui signifie “demande”. Cette locution est souvent traduite par “s’il vous plaît” et n’a pas de valeur interjective.

 Qu’en pensez-vous ? Quel est l’objectif de ce “s’il vous plaît” ? Est-il là pour établir un contact, une communication, faire une demande polie, ou les deux à la fois ?

 Loin d’être déjà simples pour un japonais, les choses vont se compliquer encore un peu puisque le Petit Prince va commettre une faute de concordance, il commence par vouvoyer le narrateur, puis dans la suite de sa phrase, le tutoie. En effet, il emploie “s’il vous plaît” comme s’il s’agissait là d’un seul mot, d’une expression figée, erreur que commettent les tout petits. Comment donc retranscrire cette faute habituelle chez les enfants ?

En japonais, il existe non pas deux niveaux de langue comme en français, mais plusieurs. Les traducteurs qui ont utilisé une interjection (1-11-6 et 10) n’ont pas exploité cette différence de niveaux ni l’erreur commise, cependant ils ont respecté le registre de l’enfant.

En ce qui concerne すみません (sumimasen) (2-3-4), le traducteur 3 a ajouté à cette formulation けど (kedo) qui rend la demande plus polie, l’interjection moins abrupte. Malgré tout, l’une ou l’autre proposition reste moins courante chez les jeunes enfants et la différence de niveau avec le reste de la phrase n’est pas flagrante, il n’y a pas d’erreur de concordance.

Enfin, おねがい (onegai) (7) est moins poli que おねがいします (onegaishimasu) (8) et dans ce cas de figure le contraste avec la fin de la phrase est plus net, c’est certainement la traduction qui reflète le mieux la version française, cependant c’est surement la formulation la moins naturelle chez les petits. Ce n’est pourtant toujours pas la plus élevée en matière de politesse. Pour contraster et marquer l’erreur encore plus, on aurait aussi pu avoir (ねが)いがあります (onegaigaarimasu) ou encore (ねが)いがあるんですが (onegaigaarundesuga) qui sont des formulations encore plus polies et que l’on pourrait traduire par “j’ai une faveur à vous demander”.

Mais qu’en est-il donc de votre traduction à vous ? Avez-vous réussi à lui donner un air enfantin tout en introduisant deux niveaux de langue ? Respecte-t-elle les intonations exprimées par la ponctuation, et comment ? Collez-vous au style de l’auteur tout en restant invisible ? Avez-vous dû faire des concessions ? Existe-t-il d’autres problématiques liées à votre paire de langues ? Avez-vous changé votre traduction au fil de votre lecture ? Cette courte phrase, au vocabulaire simple, vous a-t-elle donné du fil à retordre ? Elle aura eu le mérite de montrer à quel point la traduction peut être multiple et subjective. On aurait tout aussi bien pu comparer différentes traductions d’une œuvre de Shakespeare. L’une d’entre elles vous aurait certainement paru meilleure, non pas parce qu’elle l’aurait été, mais parce qu’elle aurait mieux répondu à vos attentes et à vos goûts. Ainsi, bonne ou mauvaise telle est donc vraiment la question ?

Toutes ces interrogations que j’ai soulevées, d’autres l’ont déjà fait mieux que moi. Ils ont su mettre des mots sur des concepts, créer des courants de pensée, lister les possibles solutions et leurs implications. Les élèves de première année de master qui lisent ce billet n’auront d’ailleurs pas manqué de faire le lien avec ces hommes et ces femmes qui nourrissent leurs cours de traductologie et qui m’ont permis de comprendre mes choix, d’identifier mes préférences et de savoir les défendre, mais également de faire preuve de tolérance et d’humilité. En tant que professionnel il est important de respecter les décisions et les impératifs de ses clients, mais si vous êtes libre de vos choix, puisqu’une traduction ne peut faire l’unanimité, n’hésitez pas, faites-vous plaisir, libérez votre imagination et innovez !

 

Traductions

1.「ね……ヒツジの絵をかいて!」
Interjection : Hé…  dessin de mouton – dessine ! point d’exclamation pour exprimer l’emphase
「え?」
「ヒツジの絵をかいて……」(Traducteur :内藤、1953年)
2.「すみません……。ヒツジの絵、かいてよ」
Interjection + mot de politesse à la forme neutre : excuse-moi – double ponctuation – dessin de mouton – , introduction d’une virgule – dessine – hein particule pour exprimer l’emphase 
「ええっ?」
「ヒツジの絵、かいてよ……」(Traducteur :稲垣、2005年)
3. Horizontal
___すみませんけど……ヒツジの絵、かいて!
Ponctuation à l’occidentale – interjection + mot de politesse à la forme polie : excusez-moi… – dessin de mouton – , introduction d’une virgule – dessine ! point d’exclamation pour exprimer l’emphase
___え?
___ヒツジの絵、かいて…… (Traducteur :石井、2005年)
4. Horizontal
「すみません、ヒツジの絵を描いて」
Interjection + mot de politesse à la forme neutre : excuse-moi – virgule à la place des points de suspensions – dessin de mouton – dessine – pas d’emphase
「え、なに?」
「ヒツジの絵を描いて」(Traducteur :池澤、2005年a)
5. Furiganas + Horizontal
「すみません、ヒツジの()()いて」
Interjection + mot de politesse à la forme neutre : excuse-moi – virgule à la place des points de suspensions – dessin de mouton – dessine – pas d’emphase
「え、なに?」
「ヒツジの()()いて」(Traducteur :池澤、2005年b)
6. Furiganas
「ねえ、ぼくに羊を一匹描(ぴきか)いてよ!」
Interjection : Héé – virgule à la place des points de suspensions –  pour moi – 1 – mouton – dessine – hein ! double emphase : particule + ponctuation
ええ⁉
「羊を一匹描(ぴきか)いてよ!」(Traducteur :谷川、2006年)
7. Furiganas
「お願い……。ヒツジの()()いて。」
Mot de politesse à la forme neutre : s’il te plaît – double ponctuation – dessin de mouton – dessine – pas d’emphase, mais un point
「なんだって?」
「ヒツジの()()いて。」(Traducteur :三田、2006年)
8.「おねがいします……羊の絵を描いてよ!」
Mot de politesse à la forme polie : s’il vous plaît… – dessin de mouton – dessine – hein ! double emphase : particule + ponctuation
「えっ?」
「羊の絵を描いてくれってば……」(Traducteur :管、2011年a)
9. Furiganas
「おねがいします……(ひつじ)()()いてよ!」
Mot de politesse à la forme polie : s’il vous plaît… – dessin de mouton – dessine – hein ! double emphase : particule + ponctuation
「えっ?」
(ひつじ)()()いてくれってば……」(Traducteur :管、2011年b)
10.「もしもし……ヒツジの絵、()いてくれない?」
Locution interjective : Dis…– ordre changé en requête à la forme neutre – dessin de mouton – , introduction d’une virgule – tu ne veux pas dessiner ? ponctuation occidentale indiquant une question
「えっ?」
「ヒツジの絵、描いて……」(Traducteur :奥本、2007年)
11.「ね、ヒツジの絵を描いてよ」
Ponctuation japonaise - Interjection : Hé – virgule à la place des points de suspensions – dessin de mouton – dessine – hein particule pour exprimer l’emphase
(Traducteur :永嶋、2013年)

Traducteur/titre/maison d’édition – collection/année de parution/sens d’écriture (verticale ou horizontale)

1内藤濯訳、 『星の王子さま』、岩波少年文庫、岩波書店、1953年、縦書き

2稲垣直樹訳、 『星の王子さま』、平凡社、2005年、縦書き

3石井洋二郎訳、 『星の王子さま』、ちくま文庫、2005年、横書き(Horizontal)

4池澤夏樹訳、 『星の王子さま』、集英社文庫、2005年、横書き(Horizontal)

5池澤夏樹訳、 『星の王子さま』、集英社、2005年、横書き(Horizontal)

6谷川かおる訳、 『星の王子さま』、ポプラ社、2006年、縦書き

7三田誠広訳、 『星の王子さま』、青い鳥文庫、講談社、2006年、縦書き

8管啓次郎訳、 『星の王子さま』、角川文庫、角川書店、2011年、縦書き

9管啓次郎訳、 『星の王子さま』、角川つばさ文庫(西原理恵子絵)、角川書店、2011年、縦書き

10奥本大三朗訳、 『星の王子さま』白泉社2007年、縦書き、省略多し

11永嶋恵子訳、 『星の王子さま』KKロングセラーズ(中村みつえ絵)、2013年、縦書き、省略多し

Certifications ISO dans le domaine de la traduction

Par Xavier Giuliani, étudiant M1 TSM

Que ce soit dans les secteurs de l’industrie, de l’agriculture, du commerce ou encore de la santé, vous avez sans doute déjà au moins une fois entendu parler des normes ISO. Elles sont présentes quasiment partout et permettent d’assurer la qualité et la sécurité d’un produit ou d’un service. Mais alors qu’est-ce que l’ISO exactement ? Et surtout, quelles sont les différentes normes en application dans le domaine de la traduction ?

Avant d’aborder les spécificités relatives au domaine de la traduction, je vous propose tout d’abord un bref récapitulatif sur le fonctionnement de l’ISO afin de mieux comprendre les tenants et les aboutissants liés à l’élaboration de ses normes.

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L’ISO, Qu’est-ce que c’est ?

Depuis son entrée en activité le 23 février 1947, l’Organisation internationale de normalisation (plus connue sous l’acronyme ISO) vise à élaborer des normes « fondées sur une expertise mondiale » et « répondant à un besoin du marché » En d’autres termes, l’ISO ne décide pas elle-même d’élaborer des normes à appliquer mais consulte les différentes parties prenantes (entreprises, associations de consommateurs, ONG, etc.) afin de définir des spécifications et des lignes directrices conformes au besoin du marché. À cet effet, l’ISO compte parmi ses membres un réseau mondial de 164 organismes nationaux de normalisation dont l’AFNOR pour la France.

À ce jour, ce sont plus de 23 090 normes qui ont été élaborées tout domaine confondu. Vous pouvez consulter l’ensemble des normes de l’ISO en vigueur dans l’ISO Store. Plus précisément, les normes sont établies par des groupes d’experts réunis par domaine en Comités techniques (TC). Le Comité technique qui s’occupe exclusivement des enjeux relatifs au domaine de la traduction est le Comité technique 37, sous-comité 5 (ISO/TC 37/SC 5) : « Traduction, interprétation et technologies apparentées ».

À présent, je vous propose d’entrer dans le vif du sujet avec les principales normes en application dans le secteur.

ISO 9001:2015 – Systèmes de management de la qualité

Selon le mode d’emploi officiel de l’Organisation internationale de normalisation, l’ISO 9001:2015 « est une norme qui établit les exigences relatives à un système de management de la qualité » (SMQ) afin d’aider les entreprises « à gagner en efficacité et à accroître la satisfaction de leurs clients ». Bien que cette norme généraliste soit applicable à l’ensemble des entreprises du secteur tertiaire, elle est fermement établie dans bon nombre d’agences de traduction.

Le management de la qualité repose sur sept principes, le plus important étant « l’orientation client » qui vise à satisfaire voire à dépasser les demandes du client. Le SMQ passe également par un « leadership » fort, c’est-à-dire par la définition d’une vision claire et par l’assignation d’objectifs à atteindre compris par tous. Le troisième pilier est « L’implication du personnel » à tous les échelons qui permet d’augmenter la productivité au sein d’une entreprise. Ce principe facilite l’organisation ainsi que l’optimisation des ressources notamment lorsqu’une « approche processus », c’est-à-dire la conception au sein de l’entreprise d’une chaîne d’activités dépendantes les unes des autres, est également mise en place. Par ailleurs, cette norme insiste sur l’importance de « l’amélioration » continue des processus ainsi que sur la « prise de décision objective fondée sur des preuves » car elles permettent de réduire le niveau d’incertitude. Enfin, « le management des relations avec les parties intéressées » est un fondement qui a été intégré dans le management de la qualité car il aide à concevoir les relations entre les partenaires sur le long terme afin de mieux optimiser les ressources en fonction des besoins.

En ce qui concerne la reconduction de la certification, la norme ISO 9001:2015 doit être renouvelée tous les trois ans par le biais d’un audit externe avec des audits intermédiaires de suivi tous les six mois.

ISO 17100:2015 – Exigences relatives aux services de traduction

Selon l’Organisation internationale de normalisation, la norme ISO 17100:2015 « spécifie les exigences relatives à tous les aspects du processus de traduction ayant une incidence directe sur la qualité et la prestation de services de traduction ». Cependant, le traitement de la traduction automatique, qui est devenu monnaie courante au sein des agences, ne relève pas de ce standard.

Dans ce document, l’ISO structure les trois étapes du processus de traduction (préproduction, production et postproduction) et ce pour des agences de traduction de toute taille. Une plus grande priorité est accordée à la traçabilité, à la révision, aux supports et outils technologiques ainsi qu’aux fonctions et responsabilités des différents professionnels concernés (chefs de projets, traducteurs, réviseurs, relecteurs-experts, correcteurs d’épreuves, etc.). En outre, la traduction doit être effectuée vers la langue maternelle du traducteur afin de fournir un produit final de qualité.

Les compétences professionnelles revêtent une importance capitale car, pour obtenir la norme ISO 17100:2015, les agences de traductions doivent obligatoirement travailler avec des traducteurs et des réviseurs qualifiés titulaires d’un diplôme d’études supérieures en traduction reconnu par l’État en plus d’accumuler au moins cinq ans d’expérience professionnelle dans le domaine.

Cette norme fixe également les principes de collaboration entre les prestataires de services linguistiques (PSL), les prestataires de services de traduction (PST) et les clients (encore appelés donneurs d’ouvrage). Le PST doit par exemple initier au préalable un processus dédié à la gestion des retours d’informations vis-à-vis de ses clients. La distinction entre PSL et PST est mince car le PSL peut être considéré comme un PST si celui-ci fournit des services de traduction. Toutefois, Le PSL est plus généralement défini selon cette norme comme étant une « personne ou une organisation fournissant des services en relation avec les langues ». À titre d’exemple, la société SDL Trados est considérée comme un PSL car elle fournit des solutions logicielles de TAO.

La norme ISO 17100:2015 fait également la distinction entre l’« auto-vérification », et plusieurs types de révisions : la « révision », la « relecture-expertise », la « correction d’épreuves » ainsi que la « révision finale ». Le travail d’auto-vérification est d’abord effectué par le traducteur qui est par la suite complété par la phase de révision obligatoirement réalisée par une tierce personne. La révision consiste à réaliser une comparaison bilingue entre la langue source et la langue cible. Cette étape peut éventuellement être accompagnée d’une relecture-expertise monolingue de la langue cible par un professionnel qui n’est pas nécessairement traducteur. Vient ensuite la phase obligatoire de correction d’épreuves avant impression. Pour terminer, la révision finale est opérée par le chef de projet afin de vérifier que les instructions du guide de style ont bien été suivies.

En ce qui concerne la reconduction de la certification, la norme ISO 17100:2015 doit être renouvelée tous les six ans par le biais d’un audit externe avec des audits intermédiaires de suivi tous les deux ans.

ISO 18587:2017 – Exigences relatives à la post édition d’un texte résultant d’une traduction automatique

Selon l’Organisation internationale de normalisation, la norme ISO 18587:2017 « spécifie les exigences relatives au processus de post-édition humaine complète d’un texte résultant d’une traduction automatique et aux compétences des post-éditeurs ». Les mesures qui y sont présentées définissent le cadre d’intervention du post-éditeur à partir de l’obtention des résultats issus de la machine. En d’autres termes, cette norme ne vise pas à réglementer les systèmes de traduction automatique (TA) à proprement parler car ces technologies sont en évolution constante.

Dans le cadre de cette norme, les PST sont dans l’obligation d’assurer une équivalence entre le texte source et le texte cible et de garantir la compréhension des résultats obtenus par le système de traduction automatique neuronale (TAN).

Par ailleurs, la norme ISO 18587:2017 distingue deux types de post-édition (PE) : la « post-édition complète » et la « post-édition superficielle ». La PE complète vise à obtenir un résultat équivalent à celui issu d’une traduction humaine. En revanche, la PE superficielle (également dénommée post-édition légère) permet d’obtenir un « produit qui soit simplement compréhensible sans tenter de parvenir à un produit comparable à celui obtenu par traduction humaine ».

Cela implique que le post-éditeur doit être formé à la reconnaissance des résultats provenant d’un système de TA mais également être capable d’apporter des modifications stylistiques, terminologiques et typographiques en plus de respecter les exigences du guide de style du client (notamment dans le cadre d’une PE complète). Ainsi, il doit être en mesure d’accéder aux ressources de références et d’estimer la difficulté ainsi que la durée de la tâche de post-édition à réaliser.

Une norme pour la traduction juridique et judiciaire prévue pour avril 2020

La norme ISO 20771 « relative aux exigences de la traduction juridique et judiciaire » sera prochainement disponible à partir d’avril 2020. Actuellement en cours de publication depuis la validation du « Final Draft International Standard » (FDIS) fin février dernier, ce standard spécifie les exigences concernant les compétences et les qualifications des professionnels de la traduction juridique en plus de définir l’ensemble des processus et des ressources liées à ce type de tâche affectant directement la qualité des prestataires de traduction spécialisés dans le domaine juridique.

Pour finir, je voudrais mettre à disposition quelques informations pratiques pour celles et ceux qui envisagent éventuellement d’obtenir une certification ISO. L’Organisation internationale de normalisation n’est pas un organisme de certification. Elle recommande sur son site de comparer différents organismes d’accréditation et de vérifier si elles appliquent les « normes appropriées » du Comité pour l’évaluation de la conformité (CASCO). Il vous est possible, entre autres, de vous renseigner sur les organismes de certifications accrédités auprès de l’International Accreditation Forum (site en anglais) ou bien auprès du Comité français d’accréditation (COFRAC).

 

Sources :

http://www.telelingua.com/uploaded/pdfs/telelingua_iso_standards_2018-09_-_fr_lrs_plano.pdf

https://blog.m21global.fr/quest-ce-la-nouvelle-norme-iso-171002015/

https://blog.supertext.ch/fr/2020/02/meme-la-post-edition-devient-super-supertext-est-certifiee-iso-18587/

https://infostore.saiglobal.com/en-au/standards/iso-fdis-20771-2020-1173180_saig_iso_iso_2795867/

https://norminfo.afnor.org/norme/PR%20NF%20ISO%2020771/traduction-juridique-et-judiciaire-exigences/112685

https://www.afnor.org/le-groupe/qui-sommes-nous/

https://www.cofrac.fr/qui-sommes-nous/

https://www.cpsl.com/fr/pourquoi-travailler-avec-des-fournisseurs-de-services-linguistiques-certifies/

https://www.inter-contact.de/fr/blog/traductions-certifiees-iso-17100

https://www.iso.org/files/live/sites/isoorg/files/store/fr/PUB100373_fr.pdf

https://www.iso.org/fr/casco.html

https://www.iso.org/fr/certification.html

https://www.iso.org/fr/committee/654486.html

https://www.iso.org/fr/developing-standards.html

https://www.iso.org/fr/standard/69032.html?browse=tc

https://www.iso.org/fr/standards-catalogue/browse-by-ics.html

https://www.iso.org/obp/ui/#iso:std:iso:17100:ed-1:v1:fr

https://www.iso.org/obp/ui/#iso:std:iso:18587:ed-1:v1:fr

https://www.tradonline.fr/blog/quest-ce-que-la-nouvelle-norme-de-traduction-iso-17100/

BLEU, un algorithme qui calcule la qualité des traductions machine

Par Loréna Abate, étudiante M2 TSM

De nos jours, la traduction machine occupe une place très importante sur le marché de la traduction, et fait couler beaucoup d’encre. Si vous êtes intéressés par le secteur de la traduction machine, il se peut même que vous ayez déjà entendu parler des métriques d’évaluation permettant d’évaluer la qualité des traductions machine. Classer les différents systèmes ou métriques d’évaluation peut donc s’avérer pertinent. Alors, qu’en est-il de ces systèmes d’évaluation ? Eh bien, il en existe une multitude. En effet, on trouve sur le marché les métriques BLEU, ROUGE, METEOR, NIST, WER, etc.

Pour ne pas finir par rédiger un mémoire de 120 pages, il fallait donc faire un choix. Dans ce billet, nous ferons un focus sur l’algorithme BLEU. Pourquoi BLEU, me direz-vous ? Car cette métrique, élaborée et développée en 2002 par Kishore Papineni pour la société IBM, est aujourd’hui l’une des métriques automatisées les plus populaires et les moins coûteuses.

BLEU permet d’attribuer un score à une traduction machine grâce à un système de mesure reposant sur des morceaux de phrases. Ces parties sont appelées « N-grammes », et leur fréquence est également évaluée à l’aide d’une comparaison entre un texte source et un texte cible. Je vous ai perdus ? Accrochez-vous, la suite de l’article arrive.

A background of rippled and folded deep royal blue fabric material.

Pas évident de dénicher une image agréable à regarder sur un sujet si théorique… Vous vous contenterez donc de ce joli bleu roi.

Dis-moi Jamy, qu’est-ce que BLEU ?

BLEU, acronyme pour Bilingual Evaluation Understudy, est en fait une mesure des différences entre une traduction machine et une ou plusieurs traductions de référence créées par l’humain pour une même phrase source. BLEU part donc du postulat que plus une traduction machine se rapprochera d’une traduction humaine et professionnelle, plus elle sera qualitative.

Une fois ces comparaisons réalisées, un score est attribué pour chaque phrase traduite. Puis, une moyenne est calculée sur l’ensemble du corpus afin d’estimer la qualité globale du texte traduit.

Le score BLEU se définit par un nombre compris entre 0 et 1 qui indique la similitude du texte dit « candidat » par rapport aux textes de « référence ». Tout se joue au niveau du nombre de correspondances. En effet, plus le score se rapproche de 1, plus les textes sont similaires. Une valeur égale à 0 indiquerait que la traduction automatique ne correspond en rien à la traduction de référence et serait donc de mauvaise qualité, tandis qu’un score égal à 1 signalerait une correspondance parfaite avec les traductions de référence et serait ainsi de bonne qualité.

Intéressant comme outil, comment ça fonctionne ?

Formation littéraire oblige, nous n’avons pas revu les exponentielles depuis le lycée (et j’en fais encore des cauchemars…) je vous épargne donc les explications de sa formule mathématique qui n’est pas des plus simples :

123

… vous voyez, l’image bleue du début n’était pas si mal.

 

Bref, voici quelques éléments nécessaires à la génération d’un score BLEU :

  • Une ou plusieurs traductions de référence humaine, qui devraient être inconnues du développeur du système de TA
  • Un texte d’au moins 1 000 phrases dans le but d’obtenir une mesure plus pertinente,
  • Si le texte candidat est jugé trop court par rapport à la référence, une pénalité de concision est appliquée sur la traduction,
  • La correspondance de « n-grammes », qui consiste à compter le nombre d’unigrammes (mot unique), de bigrammes (paire de mots), de trigrammes et de quadrigrammes (i = 1,…, 4) qui correspondent à leur équivalent de n-grammes au sein des traductions de référence. Les unigrammes permettent de calculer l’exactitude, tandis que les n-grammes plus longs rendent compte de la fluidité de la traduction.

En pratique, il est impossible d’obtenir un score parfait de 1, et ce, même pour un traducteur humain (à moins d’avoir une traduction mot pour mot identique à la traduction de référence). À titre d’exemple, sur un corpus d’environ 500 phrases, un traducteur humain a obtenu une note de 0,346 8 contre quatre références et de 0,257 1 contre deux références.

Un exemple, peut-être ?

Si l’on prend cette phrase simple : « Le renard brun et rapide sauta sur le chien paresseux », comment l’auriez-vous traduite ?

  1. The quick brown fox jumped over the lazy dog
  2. The fast brown fox jumped over the lazy dog
  3. The fast brown fox jumped over the sleepy dog

Si je vous dis que la traduction de référence est « The quick brown fox jumped over the lazy dog », voyons voir votre score BLEU :

  1. On obtient alors un score de… ? Oui, c’est bien ça, 1,0. Vous voyez, ce n’est pas si compliqué !
  2. En remplaçant le mot « quick » par le mot « fast », votre score chute alors à 0,750.
  3. Cette fois-ci, deux mots sont différents… Désolée, mais vous n’obtenez que 0,48.

Avec cet exemple simple, vous avez d’ores et déjà un aperçu du système de notation. Voici un deuxième cas de figure :

  • Si tous les mots sont différents sur le texte candidat, on obtient le pire score possible: 0,0.
  • Si le texte candidat comporte moins de mots que le texte de référence, mais que les mots sont tous corrects, le score est alors très semblable au score obtenu avec un seul mot différent, à savoir : 0,751.
  • Et avec deux mots de plus que le texte de référence ? À nouveau, nous pouvons voir que notre intuition était la bonne et que le score est équivalent à celui qui comporte deux mots erronés, à savoir: 0,786.
  • Enfin, prenons l’exemple d’une phrase qui serait trop courte en comportant seulement deux mots. L’exécution de cet exemple entraînerait d’abord l’apparition d’un message d’avertissement indiquant que l’évaluation portant sur les trigrammes et quadrigrammes ne peut pas être effectuée, puisque nous n’avons que les bigrammes avec lesquels travailler pour le candidat. Au-delà de cela, nous risquerions d’obtenir un score très bas : 0,030.

Est-ce pour autant suffisant pour évaluer la qualité ?

« Most of us would agree that competent human evaluation is the best way to understand the output quality implications of different MT systems. However, human evaluation is generally slower, less objective and more expensive, and thus may not be viable in many production use scenarios, where multiple comparisons need to be made on a constant and ongoing basis. » (Kirti Vashee, 2019, Understanding MT Quality)

La traduction automatique est un défi particulièrement difficile pour l’IA. Les ordinateurs sont amateurs de résultats binaires. Vous savez tout autant que moi que la traduction, c’est tout l’inverse. Quel choix de traduction serait plus correct qu’un autre ? Difficile à dire. En effet, il peut y avoir autant de traductions correctes qu’il y a de traducteurs et, par conséquent, l’utilisation d’une seule référence humaine pour mesurer la qualité d’une solution de traduction automatisée pose problème.

Vous l’aurez compris, on en revient au même problème que pour la traduction neuronale, mais ici cela devient encore plus complexe, car c’est une machine qui juge une machine. Une vraie machineception.

Le problème avec BLEU…

Les scores BLEU ne reflètent en effet que les performances d’un système sur un ensemble spécifique de phrases sources et les traductions de référence sélectionnées pour l’évaluation. Puisque le texte de référence pour chaque segment n’est évidemment pas la seule traduction correcte et « de qualité », il arrive fréquemment de mal noter (« scorer ») de bonnes traductions. On peut donc dire que ces scores ne reflètent pas systématiquement le rendement potentiel réel d’un système.

Bien que l’objectif de BLEU soit de mesurer la qualité globale de la traduction, le résultat que l’on obtient est plutôt une mesure de la similitude entre deux chaînes de caractères dans un texte. Considérée par certains comme une mesure fiable de la qualité, la majeure partie des experts considèrent que les scores BLEU seraient plus précis si les comparaisons étaient faites au niveau du corpus entier plutôt qu’à chaque phrase. Ainsi, on remet en question la performance de cet outil qui n’a en réalité aucune « intelligence » linguistique qui lui permettrait d’évaluer la qualité d’une traduction machine.

Un système critiqué, et pour cause !

BLEU ne prend pas en compte le sens

Texte original : J’ai mangé la pomme.

Traduction de référence : I ate the apple.

Si l’on en croit BLEU, les trois traductions suivantes, ayant obtenu le même score, seraient aussi mauvaises les unes que les autres :

  1. I consumed the apple.
  2. I ate an apple.
  3. I ate the potato.

Pourtant, la troisième traduction n’a rien à voir avec le sens du texte original, à savoir J’ai mangé la pomme.

BLEU ne prend pas en compte la structure des phrases

Une phrase complètement absurde, avec des mots « corrects », mais simplement placés dans un ordre aléatoire est susceptible d’obtenir un score élevé !

BLEU gère mal les langues « riches » morphologiquement

La métrique BLEU ne fait pas la distinction entre le contenu et les mots-outils. Par exemple, la pénalité liée à l’omission d’un mot-outil tel que « un » est identique à la pénalité appliquée en cas de remplacement du terme « NASA » par « ESA ».

BLEU ne correspond finalement pas tant à une évaluation humaine

Avant le calcul du score BLEU, les traductions de référence et les traductions automatiques doivent être normalisées et « tokenisées », ce qui affecte considérablement le score BLEU final.

En bref…

Le score BLEU, quoiqu’imparfait, offre certains avantages : rapide et peu coûteux à calculer, facile à comprendre *hum hum*, indépendant de la langue, très proche d’une évaluation humaine, cette métrique a largement été adoptée ces vingt dernières années.

Malgré ses imperfections, BLEU est un outil utile et prometteur, et demeure encore aujourd’hui une mesure de référence pour tous les développeurs de traduction automatique. Pour preuve, dans son concours annuel des outils de TA, le NIST (National Institute of Standards & Technology) a choisi d’utiliser BLEU comme indicateur approximatif de la qualité.

Le BLEU « idéal » serait un système dans lequel seraient prises en considération toutes les propriétés linguistiques fondamentales, telles que la structure de la langue, la cohérence, le style d’écriture, le contenu, l’organisation, l’exactitude des propos… À l’heure actuelle, le seul moyen d’obtenir d’excellents résultats est d’associer les métriques automatiques à une évaluation humaine et unilingue.

Sources

Sources en anglais

Sources en français

Parce que cet article vous a passionné…

L’anglais comme langue pivot

Par Angelina Fresnaye, étudiante M2 TSM

 

pivot language

En traduction, une langue pivot est une langue, artificielle ou naturelle, utilisée pour faire l’intermédiaire entre deux langues. Ainsi, pour traduire d’une langue A vers une langue B, on aura une première traduction de A vers la langue pivot, puis une seconde traduction de la langue pivot vers la langue B[1]. Comme il n’est pas toujours évident de trouver des traducteurs/trices pour toutes les combinaisons de langues possibles, cette technique peut permettre de pallier ce problème. La plupart du temps, de par son statut actuel, l’anglais est le choix de langue pivot le plus courant.

Au cours de mon stage, j’ai principalement travaillé avec ce procédé. L’agence, située en Flandre-Occidentale (Belgique), reçoit en grande partie des demandes de traduction du néerlandais vers d’autres langues, dont l’anglais et le français. C’est pourquoi l’on faisait d’abord traduire le document du néerlandais vers l’anglais, puis je me chargeais de traduire vers le français à partir de la traduction en anglais. Au fil des tâches qui m’ont été confiées, j’ai pu remarquer quelques problèmes récurrents avec ce passage par une langue pivot.

Dans quels cas passer par une langue pivot et quels sont les avantages ?

La traduction automatique statistique, basée sur des corpus bilingues, doit parfois faire appel à l’anglais comme langue pivot pour fournir ses résultats. En effet, puisque le nombre de ressources disponibles n’est pas égal d’une langue à l’autre (il se peut même qu’il n’existe pas de corpus parallèle pour certaines combinaisons), passer par une langue pivot permet de faire le lien entre deux langues qui ne possèdent pas encore, ou très peu, de corpus.

Par ailleurs, des organisations internationales telles que l’Union européenne ont également recours au système de langue pivot. En raison du grand nombre de langues à gérer, les combinaisons linguistiques se font excessivement nombreuses (552 pour l’Union européenne par exemple). Traduire à partir de toutes les langues sources vers toutes les langues cibles serait alors trop compliqué, car il faudrait faire appel à des traducteurs/trices pour chaque combinaison, ce qui n’est pas toujours possible. C’est pourquoi, depuis 2004, le Parlement européen a recours à ce système et choisit d’utiliser comme langue pivot l’anglais, le français ou encore l’allemand.

bilingual dictionaries

 

Dans le cas de traductions entre langues trop éloignées d’un point de vue linguistique (des langues qui ne feraient pas partie de la même famille, entre autres), l’utilisation d’une langue pivot peut s’avérer d’autant plus avantageuse : par exemple, une étude a démontré que pour une traduction de l’arabe vers le chinois, l’utilisation de l’anglais comme langue pivot donnait en réalité un meilleur résultat qu’une traduction dite « directe ». En effet, s’agissant de deux langues aux systèmes radicalement différents, l’anglais correspondrait à un « juste milieu » entre les deux, rendant le travail de traduction moins ardu.

Enfin, les ressources disponibles ne sont pas égales selon la combinaison de langues. Comme l’expliquait Oriane dans son billet de blog il y a quelques mois, les traducteurs/trices de langues moins communes doivent trouver des stratégies afin de résoudre leurs problèmes terminologiques, et cela peut passer par le choix d’une langue pivot, en général l’anglais. Par ailleurs, cette approche peut être utilisée pour constituer ou nourrir des mémoires de traduction ou des bases terminologiques pour ces langues qui manquent de ressources, voire n’en possèdent pas encore. De plus, pour certaines combinaisons linguistiques rares, il peut être particulièrement difficile de trouver des traducteurs/trices.

 

Quels sont les risques ?

Passer par une langue pivot a ses avantages, mais c’est également un procédé risqué. En effet, on estime souvent que la traduction est un « troisième code », à savoir une variété de langue différente de la langue standard. De ce fait, la langue traduite possède des caractéristiques qui lui sont propres et qui la distinguent de la langue originale.

Risques de pertes

Les références culturelles et expressions idiomatiques posent particulièrement problème aux traducteurs/trices, et ont donc plus de risques d’être omises lors du passage par la langue pivot. Par conséquent, s’il n’y a pas de relecture à partir du texte original, ces dernières seront perdues au moment de la traduction vers la langue cible.

ambiguities

 

Risques d’erreurs ou d’ambiguïtés

Le principal inconvénient du passage par une langue pivot relève de son potentiel impact sur la qualité de la traduction finale. En effet, le risque de faire des erreurs de traduction est d’autant plus élevé car une erreur ou une ambiguïté peut être retranscrite d’une combinaison de langues à l’autre par le biais de la langue pivot. Sans accès au texte original, le/la traducteur/trice risque alors de copier des erreurs ou des mauvaises interprétations qui auraient pu se glisser lors de la première phase de traduction. De même, en cas d’incohérence, il convient de se demander si l’erreur provient du texte source ou de la traduction pivot afin de savoir à qui s’adresser pour tenter de résoudre le problème : le client ou le/la traducteur/trice de la langue A vers la langue pivot.

Comment éviter ces problèmes ?

Dans la plupart des cas, les désavantages liés à l’utilisation d’une langue pivot pourraient en partie être évités grâce à l’accès au texte source, que le/la traducteur/trice comprenne la langue en question ou non. En effet, de manière générale, il reste possible de retrouver, entre autres, les noms propres ; et ce même si la langue source nous est totalement inconnue (pourvu que l’alphabet utilisé nous soit familier). Et si le/la traducteur/trice possède de vagues notions, il/elle peut parfois parvenir à discerner de potentielles erreurs. Enfin, l’idéal serait de faire appel à un·e réviseur/se qui comprend la langue source afin de vérifier qu’aucun glissement de sens n’a eu lieu lors du passage par la langue pivot.

 

Bibliographie

« Les traducteurs du Parlement européen » Parlement européen, http://www.europarl.europa.eu/about-parliament/files/organisation-and-rules/multilingualism/fr-ep_translators.pdf.

“Pivot Language.” Wikipedia, Wikimedia Foundation, 23 Jan. 2019, www.en.wikipedia.org/wiki/Pivot_language.

Briand, Oriane. « Ressources linguistiques : comment faire lorsqu’elles n’existent pas. » MasterTSM@Lille, 8 Apr. 2019, www.mastertsmlille.wordpress.com/2019/04/08/ressources-linguistiques-comment-faire-lorsquelles-nexistent-pas/.

Gammelgaard Woldersgaard, Casper. In search of the third code – A corpus-based study of the Motion category in natural and translated texts in Danish and Spanish. Aarhus University. Web. http://pure.au.dk/portal/files/85464275/Thesis_Proposal_Final_Casper_Woldersga.

Langfocus. “Why Did English Become the International Language?” Online video clip. Youtube. Youtube, 1 Oct. 2017. Web, https://www.youtube.com/watch?v=iqDFPU9YeQM.

Samiotou, Anna,. “Is the Pivot Language Approach Ever a Good Option? – Part I.” TAUS, 25 Aug. 2015, https://blog.taus.net/is-the-pivot-language-approach-ever-a-good-option-part-i.

Samiotou, Anna. “Is the Pivot Language Approach Ever a Good Option? – Part II.” TAUS, 2 Sept. 2015, https://blog.taus.net/is-the-pivot-language-approach-ever-a-good-option-part-ii.

Vermeulen, Anna. The impact of pivot translation on the quality of subtitling. Faculty of Translation Studies, Ghent (Belgium). Web.  https://biblio.ugent.be/publication/4211129/file/6843891.pdf;The.

[1] https://en.wikipedia.org/wiki/Pivot_language

La traduction : de l’importance de maîtriser son solfège

Par Medge Allouchery, étudiante M2 TSM

traductionsolfege

 

Pour l’expérience, la forme féminine sera employée par défaut dans ce billet. Je souhaite que cela puisse contribuer à sensibiliser à la nécessité d’une écriture plus inclusive.

Donnons le La !

La langue est à la traductrice ce que le violon est à la violoniste, autrement dit, son moyen d’expression, son instrument. Cependant, la traductrice a l’avantage d’être en mesure de polir son instrument de ses propres mains, à tout moment. Profitons-en, soyons notre propre luthière et traduisons de façon plus efficace, éclairée, éthique et libre, car toujours mieux maîtriser notre langue maternelle est la clé vers des choix de traduction conscients plutôt que contraints par nos propres limites linguistiques. Il est essentiel pour nous, traductrices, de tendre systématiquement vers une plus grande conscientisation des règles, structures et usages de notre langue maternelle, comme s’il s’agissait d’une langue étrangère. C’est une garantie de qualité, mais aussi un gage d’honnêteté et d’éthique envers la profession de traductrice et les clientes avec qui nous sommes amenées à travailler. Ne tirons toutefois pas sur le pianiste, il ne s’agit pas d’être parfaite mais plutôt de constamment chercher à s’améliorer dans l’optique de produire des textes cibles clairs, précis, de haute qualité linguistique et adaptés au public cible. Alors comment faire ? Eh bien, c’est comme les gammes, ça se travaille !

Dans son article « Conception d’exercices de style dans l’optique de la traduction », Jacqueline Bossé-Andrieu, professeure de l’université d’Ottawa, dresse un aperçu des exercices qu’elle propose aux étudiantes en traduction dans le but de les aider à « améliorer leur style » (pour plus d’informations, vous pouvez consulter l’article disponible sur le site Erudit). Dans cet article, le « style » ne s’entend pas dans son sens littéraire, soit une façon personnelle de s’exprimer, que la spécialiste considère comme un talent. Il est plutôt question d’amener les étudiantes à faire usage d’une langue soignée et à explorer les divers moyens d’expression à leur disposition lorsqu’elles traduisent. Ainsi, elles peuvent faire des choix de traduction dictés par leurs intentions et non par le manque de possibilités.  Jacqueline Bossé-Andrieu, dans son article, opère une distinction entre ce qu’elle appelle les « fautes de style », c’est-à-dire les fautes de grammaire, de syntaxe ainsi que les usages impropres, et le style en traduction. Celui-ci est l’art de reformuler les idées du texte source et de « restructurer » le texte pour qu’il ne « sente » pas la traduction. Ayant trouvé cet article passionnant, j’ai souhaité vous proposer quelques idées pour développer ces deux aspects de la maîtrise de la langue maternelle.

La grammaire, le vocabulaire : la note fondamentale de l’accord

Tout d’abord, mettons l’accent sur nos petites fausses notes, ces maladresses grammaticales ou orthographiques qui nous échappent. Le Projet Voltaire est un outil en ligne qui saura parfaitement répondre à ce besoin de « rafraîchir ses connaissances » et de réaccorder son violon. Même les virtuoses ne savent pas tout ! Le niveau « Excellence » saura repaître les plus affamées de subtilités de la langue française. Afin d’attester de votre niveau en français, vous pouvez aussi passer le Certificat Voltaire. Pour vous voir décerner le niveau « Expert », attendu chez les traductrices, il faudra obtenir plus de 900 points. Prêtes pour le challenge ?

Sur une note plus grammaticale, Le Bon usage de Grevisse, en version électronique ou papier, sera votre ami le plus fidèle et dissipera vos moindres doutes. Pour assimiler davantage ces structures et ces règles, pourquoi ne pas relire les classiques de la littérature ? Bien entendu, n’allons pas plus vite que la musique : il s’agit de lire « activement », d’observer les tournures et constructions utilisées, et de noter celles que l’on n’emploierait pas spontanément. Ceci sonnera comme une lapalissade, mais se replonger dans ses classiques peut également s’avérer bien utile pour l’enrichissement du vocabulaire, et deviendra vite votre violon d’Ingres !

D’ailleurs, le vocabulaire, parlons-en ! Si, comme moi, vous êtes obnubilées par l’envie de trouver « le mot juste », vous pouvez vous tourner vers des applications mobiles (par exemple « Mot du jour ») proposant d’apprendre ou de redécouvrir un mot « rare » chaque jour. S’entraîner ensuite à employer ces mots çà et là dans les conversations les fera passer dans la partie « active » du vocabulaire. Dans le même esprit, le « Petit dictionnaire de mots rares » de Thierry Prellier est un ouvrage qui me fait, et vous fera, je l’espère, régulièrement découvrir de petites perles oubliées. Par exemple, saviez-vous que le mot « lantiponner » signifiait « discourir inutilement en importun » ?

Faisons nos gammes

Suivons les conseils de l’ESIT : pour mettre tout cela en pratique, rien de tel qu’écrire, qu’il s’agisse d’expression personnelle (lettres, billets de blog, nouvelles, discours…) ou d’une traduction. S’entraîner, en outre, à résumer ou à reformuler (même simplement à l’oral) ce que l’on entend ou lit, en en restituant l’articulation logique, aura de nombreux bienfaits, car il me semble que traduire, c’est un peu reformuler dans une langue cible ce que l’on comprend d’un écrit en langue source. Ainsi, « traduire » de notre langue maternelle vers notre langue maternelle nous conduira à acquérir certains automatismes. Durant un cours du master TSM, nous avons dû rédiger le même texte dans les trois registres principaux (familier, courant, soutenu), jouer avec les tonalités, les couleurs de la langue. J’ai trouvé cet exercice particulièrement formateur, parce qu’il nous entraîne à cette gymnastique intellectuelle que nous devons opérer dans la vie professionnelle, pour jongler entre les différents textes auxquels nous sommes confrontées. Alors, profitons de notre temps libre pour peaufiner nos productions personnelles et nos traductions, consultons les dictionnaires de synonymes (Crisco, outil de proxémie du CNRTL etc.), les dictionnaires analogiques (classement des mots par idées sur Sensagent, ou, pour le plaisir, le Dictionnaire Analogique de la langue française de Boissière) ou encore les dictionnaires de cooccurrences (sur Termium par exemple). On peut également recourir aux corpus de textes et produire des textes riches, fluides, précis et naturels. Il va de soi qu’il ne s’agit pas d’étaler sa prétendue culture en alignant immodérément des mots compliqués ornés d’un style pompeux, mais plutôt de répondre à la question : comment mieux dire ?

Le style ou l’absolue relativité

Il va de soi que le « style » n’est pas quelque chose d’absolu. Jouez une symphonie classique comme une danse baroque, rédigez un texte de loi comme vous écririez un SMS, ou encore un discours comme une entrée encyclopédique, et le style paraîtra tout à fait inadapté. Il faut se mettre au diapason ! Ce qui me semble définir un « style approprié » en traduction, c’est la prise en compte perpétuelle du public et de la finalité du texte cible, se traduisant par l’utilisation d’un registre, d’un vocabulaire et d’une phraséologie adaptés. Quels outils peuvent nous apporter leur précieux concours dans cette tâche ardue, lorsque l’on n’est pas une spécialiste du sujet traité ? Les corpus de textes écrits par les natives vous offrent ce que glossaires et dictionnaires ne pourront jamais vous apporter : des exemples « de la vie réelle » en contexte, et des collocations et une phraséologie utilisées « en direct ». Spécialisé ou général, unilingue ou bilingue, à vous de choisir le corpus adapté à votre texte cible, voire de le créer. Sur Sketchengine (pour la langue générale, entre autres) ou encore Eur-Lex (pour le domaine juridique), vous trouverez des corpus de qualité dans lesquels puiser votre inspiration. Enfin, des livres spécialisés dans la rédaction de certains types de textes auront également leur utilité pour vous renseigner plus en profondeur sur ce qui fait la particularité de tel ou tel type de texte. À titre d’exemple, le livre de M. Barbottin sur la rédaction technique et scientifique pourra être utile à celles qui se destinent aux domaines techniques et scientifiques1.

Les ténors de la traduction

Lorsque tout cela est conscientisé, je crois que le nec plus ultra du style, la petite touche qui fera toute la différence, c’est l’emploi des ultra-idiomatiques « items uniques », que j’ai découverts en cours de traductologie l’année dernière. Selon Sonja Tirkkonen-Condit, ces éléments linguistiques ne se retrouvent pas aussi fréquemment dans les textes cibles traduits que dans les textes non traduits, car ils n’ont pas d’équivalent direct dans la langue source. Ainsi, ils se manifestent rarement à l’esprit de la traductrice à cause de l’interférence linguistique qu’elle subit. Parce qu’ils sont moins présents dans les textes traduits, leur absence peut donc être un indice qui « démasquerait » la traductrice. Alors, à vos masques !

Les items uniques sont ce qui distingue parfois une expression « correcte » d’une expression « waouh ! ». Selon le contexte, remplacez « déjà » par « d’ores et déjà » ou encore « en effet » par « bel et bien », et le texte joue soudainement une mélodie aux sonorités plus « françaises ».

Une première suggestion pour entendre leur chant mélodieux serait naturellement de « laisser reposer » la traduction et de la relire comme si c’était un texte non traduit qu’il fallait améliorer.  Il ne sera pas non plus inutile de leur porter un peu plus d’attention au quotidien et de se constituer un petit « glossaire idiomatique » avec les correspondances locution correcte/locution waouh ! À force de les utiliser, nous finirons par développer certains automatismes qui aideront à pallier la fameuse interférence linguistique de la langue source sur la langue cible décrite par Toury. Enfin, déconstruire la phrase en n’en gardant que les idées clés permet parfois de « faire un peu de place » dans le cerveau pour laisser l’intuition de la native s’exprimer.

Cadence finale

Lorsque l’on n’est pas en « phase d’entraînement » et que l’on a besoin d’un petit coup de pouce, un logiciel est là pour apporter son soutien harmonique : « Antidote », le correcteur orthographique et grammatical qui ne laisse (presque) rien passer. Doté de dictionnaires de synonymes, d’antonymes, de champs lexicaux, de cooccurrences, c’est un tout-en-un qui saura répondre aux besoins d’efficacité et de rapidité des traductrices professionnelles.

En résumé, de nombreux outils en version papier et numérique sont disponibles pour nous aider dans notre quête infinie d’une expression parfaite, dont la poursuite est importante pour garantir la qualité de notre travail. Les plus motivées et celles qui ont le plus de temps pourront également s’entraîner grâce à des exercices de style bien choisis. Enfin, pour répondre aux exigences des professionnelles, Antidote et les outils de corpus constitueront des alliés de choix.

Cet article arrive maintenant à son terme. Je voulais encore vous parler de textométrie, de stylométrie, de mesure de richesse lexicale, mais l’espace me manque… J’espère que vous aurez trouvé ces quelques réflexions utiles et je vous souhaite une belle bal(l)ade parmi les mots.

[1] Barbottin, Gérard. Rédiger des textes techniques et scientifiques en français et en anglais. Paris : Insep consulting. 2003. 412 p. ([Pratiques en question], 0291-6770).

Sources

  1. Association des Amis de l’ESIT., Comment perfectionner ses connaissances linguistiques. Université de Paris III.
  2. Bossé-Andrieu J. Conception d’exercices de style dans l’optique de la traduction – Meta – Érudit [Internet]. [juin, 1988]. Disponible sur : https://www-erudit-org.ressources-electroniques.univ-lille.fr/fr/revues/meta/1988-v33-n2-meta320/002104ar/
  3. Cours de traductologie et d’outils de corpus du Master TSM dispensés par Pr. Loock [2018/2019].
  4. Sonjia Tirkkonen-Condit. « Unique items – over- or under-represented in translated language? » Translation Universals: Do They Exist?, vol. 48/148, John Benjamins Publishing Company, 2004, 224 p.
  5. Toury, Gideon. Descriptive Translation Studies And Beyond. John Benjamins, 2012, p. 275.

 

 

 

Comment améliorer son niveau en langue maternelle ?

Par Anaïs Bourbiaux, étudiante M2 TSM

Tous les étudiants en traduction ont déjà entendu au moins une fois au cours de leurs études la fameuse phrase « un bon traducteur se doit de maîtriser parfaitement ses langues de travail ». Bien sûr, comment traduire correctement un texte si on ne comprend pas la langue dans laquelle il a été rédigé ? Néanmoins, il arrive très souvent que l’on ne comprenne uniquement par « ses langues de travail » les langues étrangères à partir desquelles le traducteur traduit, excluant ainsi le travail à effectuer sur la langue maternelle.

J’ai pu remarquer au cours de mes études que, bien que la fluidité et la qualité de la langue cible (dans la plupart des cas, la langue maternelle du traducteur) soient très souvent les « fenêtres » à travers lesquelles le traducteur est jugé, nous avons tendance à nous focaliser davantage sur nos éventuelles failles en langue étrangère plutôt que sur nos lacunes en langue maternelle. J’ai donc répertorié ci-dessous quelques conseils qui m’ont été donnés tout au long de mes études, en espérant que ceux-ci puissent aider tout autant des traducteurs professionnels désireux d’améliorer leur expression, que des étudiants se destinant aux métiers du secteur de la traduction 😊

Se (re)plonger dans les classiques

Lorsque je préparais les tests d’admission en Master de traduction, l’une de mes enseignantes de licence m’a donné un conseil qui m’a paru surprenant, étant donné que je ne me destinais pas à des études de traduction littéraire, mais qui s’est avéré très utile : lire des classiques de la littérature française.

En effet, elle ne m’a pas donné ce conseil pour que je puisse me distraire avec les aventures de Candide de Voltaire, mais plutôt pour me sensibiliser aux différences de prose et de rythme, aux différentes possibilités de constructions syntaxiques qu’offre la langue française, dans le but de m’aider à enrichir mes compétences rédactionnelles. C’est ainsi que j’ai ressorti mes livres de mes années lycée et que je me suis replongée dans la littérature classique, en m’attardant sur les différentes tournures de phrase utilisées par Victor Hugo, Molière et Marivaux et sur l’enchaînement des mots.

Si j’étais quelque peu sceptique, j’ai rapidement pu constater des évolutions dans ma façon de rédiger. J’étais en effet plus audacieuse et créative dans mes choix linguistiques et je prenais réellement plaisir à écrire et à jouer avec les possibilités offertes par la langue française. Cet exercice m’a aidée à améliorer la qualité de mes productions, mes capacités de rédaction en langue française et à enrichir, de ce fait, mon expression écrite.

Lire, lire et lire

On nous le répète depuis l’école primaire : la lecture a d’énormes bénéfices sur le cerveau humain. Qu’il s’agisse d’accroître son vocabulaire, d’améliorer sa mémoire ou de se cultiver, nombreux sont les avantages qu’offre la lecture. Mais, outre ces bénéfices déjà très connus et ceux abordés dans le point précédent, quel peut être l’intérêt de la lecture pour le traducteur professionnel ? Selon moi, la réponse à cette question est très simple : une lecture régulière et variée améliore considérablement la créativité et la capacité d’adaptation du traducteur, qualités très importantes dans le secteur.

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Effectivement, la lecture régulière de différents types d’écrits ou de thèmes différents nous permet de nous familiariser avec de nouveaux concepts, de nouvelles expressions, de nouvelles idées qui apparaissent presque quotidiennement. Elle nous invite à découvrir des réalités que nous ne connaissons pas forcément et améliore ainsi notre niveau de compréhension, tout en nous permettant de nous familiariser avec de nouveaux termes ou domaines. Le traducteur peut ainsi développer ses connaissances, sa capacité d’adaptation et enrichir son vocabulaire et sa connaissance des nouveaux phénomènes linguistiques.

Écrire, écrire et écrire

Je ne vous apprends rien en vous disant qu’il est très rare qu’une personne s’exprime exactement de la même façon à l’oral et à l’écrit. En effet, la parole implique de la spontanéité et de la rapidité de la part du locuteur, qui peut recourir à des périphrases, des mimiques, des intonations différentes pour faire passer son message et contourner les difficultés d’ordre linguistique. L’écrit, toutefois, implique une réflexion plus approfondie sur l’organisation syntaxique, le vocabulaire, le registre, la logique… Par conséquent, il est parfaitement normal que l’écriture requière davantage d’efforts intellectuels. L’écriture nous permet donc de réfléchir aux diverses possibilités linguistiques qui s’offrent à nous et aux raisons qui nous incitent à choisir telle ou telle option.

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Pour vous aider à améliorer votre expression et votre capacité d’adaptation, je vous conseillerais donc de faire l’effort d’écrire régulièrement, en rédigeant des emails, des cours, des comptes-rendus… Le résumé d’articles de presse, par exemple, me semble être un exercice très efficace. Lorsque je préparais les épreuves d’entrée en Master de traduction, je me suis entraînée à rédiger des résumés d’articles de presse, en relevant dans un premier temps les informations les plus importantes du texte, en établissant une hiérarchie parmi ces informations puis en les reformulant plusieurs fois. Je jouais ainsi avec la syntaxe ou avec le vocabulaire en cherchant des synonymes des termes utilisés dans l’article, par exemple. Je faisais ensuite relire le résumé de l’article par des proches, des camarades ou des professeurs. Cet exercice m’a permis de tester plusieurs formulations possibles d’une même phrase de départ et de réfléchir à l’option qui convenait le mieux. J’ai pu, ainsi, développer mon expression et ma créativité rédactionnelle.

De même, relire les écrits de tierces personnes est un bon exercice. Dans le secteur de la traduction, la révision fait partie d’une des étapes clés d’un projet. Cette étape exige énormément de concentration de la part du réviseur, qui doit analyser des choix linguistiques qui ne sont pas les siens. Pour cette raison, je trouve qu’il s’agit d’un excellent exercice pour améliorer ses capacités d’expression : en effet, cela nous permet de nous interroger sur les différents procédés pouvant être employés et de remettre en question nos propres choix. Il m’est souvent arrivé, par exemple, de faire relire mes traductions par des collègues de Master, et le même scénario se répétait à chaque fois : nous faisons tous des choix différents, nous préférons une tournure à une autre, un terme à un autre etc. Je trouve que pouvoir discuter de nos choix de traduction avec des collègues est très enrichissant, puisque cela nous permet de porter un regard plus critique sur nos propres productions et d’améliorer ainsi nos compétences à l’écrit.

Lutter contre les interférences

Il n’est pas rare que, sans le vouloir, nous incluions parfois quelques barbarismes ou calques dus à des interférences avec la langue source dans nos traductions. Parfois, il peut même s’agir d’une technique volontaire de traduction ! Mais quand ce n’est pas le cas, le traducteur doit souvent fournir un effort plus ou moins important pour prendre de la distance par rapport à la langue source et produire ainsi un texte qui semblerait avoir été rédigé dans la langue cible.

Si vous avez déjà effectué des séjours longs à l’étranger et que vous n’avez pas eu souvent l’occasion de parler votre langue maternelle, vous avez peut-être constaté que vous commenciez à douter de telle ou telle construction syntaxique, de l’orthographe de tel ou tel mot qui auparavant ne vous posaient aucun problème, et la qualité de vos productions écrites en a peut-être fait les frais !

En effet, lorsque nous parlons ou entendons une langue étrangère tous les jours, nous nous concentrons sur notre compréhension ou sur notre expression dans ladite langue, afin de pouvoir communiquer avec les natifs. Néanmoins, ces efforts sont tels qu’il arrive parfois qu’en reparlant notre langue maternelle, que nous parlons de façon intuitive et spontanée, nous créions des mots « hybrides », sans en avoir toujours conscience, ou que nous produisions une phrase syntaxiquement incorrecte. Cela tient du fait que parler une langue étrangère nous demande davantage d’efforts et de concentration, et de ce fait, nous avons parfois tendance à « oublier » certains aspects linguistiques de notre langue maternelle, sur laquelle nous nous interrogeons et nous concentrons rarement avec une telle vigilance.

Comment faire, donc, pour contourner cette difficulté ? Selon moi, il est important de faire le même effort de vigilance lorsque nous parlons notre langue maternelle que lorsque nous parlons une langue étrangère, car le fait que parlions notre langue maternelle de façon spontanée et intuitive fait que nous ne nous attardons pas naturellement sur certains aspects linguistiques. La curiosité et la rigueur de l’expression sont donc des qualités qu’un traducteur doit avoir s’il veut maîtriser parfaitement sa langue maternelle. Il doit ainsi faire l’effort de dissocier ses langues de travail et de prendre suffisamment de recul par rapport au texte source lorsqu’il traduit pour éviter toute interférence entre les différentes langues.

Last but not least: attention à la grammaire et l’orthographe !

Chaque langue a ses propres règles grammaticales et orthographiques. Si votre langue maternelle est le français, vous savez que les règles de grammaire et d’orthographe sont loin d’être faciles à maîtriser parfaitement. Néanmoins, il est fondamental pour un traducteur d’en maîtriser le maximum possible, et d’avoir toujours à sa portée un moyen de vérifier les règles grammaticales et orthographiques.

Même si nous estimons intuitivement que nous maîtrisons notre langue maternelle, il est fort probable que certaines règles nous échappent encore et il est nécessaire d’avoir la curiosité et la rigueur de s’interroger dès le moindre doute. Il arrive par exemple que certaines tournures fréquemment utilisées dans la vie quotidienne soient grammaticalement incorrectes (« après que » + subjonctif par exemple), mais que nous n’en ayons pas toujours conscience.

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N’hésitez donc pas à vérifier une règle grammaticale dès le moindre doute, à consulter un dictionnaire, à tester votre niveau sur des sites tels que https://www.projet-voltaire.fr/ et à veiller à vérifier le moindre accord qui vous poserait problème ! Peu à peu, en faisant cet effort de vigilance, vous améliorerez votre niveau et vos productions écrites n’en seront que meilleures.

J’espère avoir pu aider de nombreux (futurs) étudiants ou professionnels de la traduction grâce à ces conseils ! 😊

 

Relire un texte sans connaître la langue source : mission impossible ?

Par Célia Jankowski, étudiante M2 TSM

 

Relire un texte, tout bon traducteur le sait, n’est pas une tâche anodine. La relecture est une étape indispensable du processus traductif, et ne doit en aucun cas être prise à la légère. Peu d’agences ou de traducteurs renvoient à leurs clients des textes non relus.

Or, imaginez cette situation : vous êtes traducteur, et on vous demande de relire un texte, afin de corriger les éventuelles erreurs et coquilles oubliées par le traducteur. Pas de problème, vous répondez. Vous recevez le document, l’ouvrez dans votre outil de TAO préféré, et là, horreur : le texte source est dans une langue que vous ne maîtrisez pas du tout ! Vous n’en comprenez pas un mot. Vous demandez confirmation auprès de celui ou celle qui vous a demandé d’effectuer cette tâche : non non, il n’y a pas d’erreur, c’est bien le bon document.

Un traducteur, confronté pour la première fois à ce genre de situation, peut être déconcerté. Est-ce normal de recevoir une telle demande ? Est-ce seulement possible ?

Pas de panique, c’est tout à fait faisable. Mais un peu différemment.

Revision1Ne vous inquiétez pas, ça va aller !

 

Lorsque vous révisez un texte, en général, le but est bien sûr de relever et corriger les fautes d’accord, de frappe, de ponctuation, ainsi qu’améliorer la syntaxe si nécessaire. Mais il faut aussi aller un peu plus loin et comparer la traduction à l’original, vérifiant ainsi que tout les éléments présents dans la source sont bien retranscrits dans la cible, et ce de manière correcte. Bien évidemment, ce dernier point est impossible sans comprendre la langue du texte source ; dans notre cas, il faudra donc faire l’impasse sur ce point. Qu’à cela ne tienne ! L’agence ou la personne qui vous a confié cette tâche fait manifestement confiance à son traducteur, il ne vous reste plus qu’à vous mettre au travail. Commencez par déterminer le skopos du texte : à qui est-il destiné ? Pourquoi a-t-il été rédigé ? N’hésitez pas à poser ces questions à celui qui vous a confié la relecture si vous ne parvenez pas à déterminer cela seul : les réponses à ces questions sont primordiales pour une bonne relecture.

Ensuite, comme dans une relecture traditionnelle, il reste à corriger les fautes de frappe, d’accord, d’orthographe éventuelles, améliorer la syntaxe si vous le jugez nécessaire… Et puis vous tombez sur un mot, une expression qui vous semble étrange et peu adaptée au contexte. Oui, mais voilà : comme expliqué précédemment, pas moyen de vérifier dans le texte source si c’est vraiment le bon terme. Et pas question de passer au traducteur automatique pour tenter de trouver une réponse vous-même ! La seule solution : marquer le mot ou expression posant problème, et le signaler lorsque vous renverrez le texte relu.

Votre relecture est terminée. N’oubliez pas de résumer les problèmes au moment de renvoyer le fruit de votre labeur, et votre rôle s’arrête (normalement) là. Ouf, ce n’était pas si compliqué au final, quoiqu’un peu fastidieux et étrange. Mais n’existe-t-il pas une meilleure façon de réaliser une telle relecture ?

Eh bien, si ! Il est possible d’effectuer ce que l’on appelle une « relecture croisée », qui fait collaborer le relecteur et le traducteur. Le relecteur relit à voix haute la traduction, pendant que le traducteur relit silencieusement l’original, en vérifiant qu’il a bien retranscrit le sens dans sa traduction. Il peut à ce moment-là demander confirmation à son relecteur, lui précisant le sens de l’expression ou du terme dont il n’est pas sûr et lui demandant si l’idée est bien retranscrite. Cela permet un véritable échange entre le traducteur et le relecteur, qui peuvent ainsi se poser des questions et se faire des remarques en direct, et modifier la traduction immédiatement, sans que le relecteur ait besoin d’annoter les termes lui posant problème, problème que parfois le traducteur ne comprend pas forcément.

Du point de vue du traducteur, cela lui permet d’économiser du temps : en effectuant les modifications nécessaires au fur et à mesure de la relecture, pas besoin de rouvrir une nouvelle fois le texte à la fin de celle-ci pour retrouver les anomalies détectées par le relecteur. Du point de vue du relecteur, cela lui permet d’en apprendre plus sur le texte source, de mieux comprendre ce qu’il relit et de poser autant de questions que nécessaire à l’auteur de la traduction, ainsi que d’être plus sûr de lui dans ses suggestions : plus besoin de tergiverser de son côté quant à l’adéquation d’un certain terme, il n’a qu’à faire part de ses doutes au traducteur.

Une telle pratique a de nombreux avantages : plus les deux acteurs travaillent ensemble, plus la relecture sera efficace : le relecteur apprend des habitudes de traductions du traducteur, et le traducteur enregistre les remarques du relecteur. Une véritable collaboration se crée, et une « équipe » naît, qui s’entraide et qui se fait confiance.

La relecture croisée peut très bien se faire avec un relecteur chevronné, mais aussi avec un relecteur novice : le traducteur lui apprend les « ficelles » du métier et lui explique au fur et à mesure les choix à faire selon les problèmes rencontrés. Inversement, un relecteur (ou traducteur, qui ici endossera le rôle de relecteur) peut très bien s’associer à un traducteur novice, pour l’aider à parfaire sa traduction et lui expliquer comment éviter certaines erreurs.

Revision2Il est toujours possible d’appeler du renfort pour des expressions particulièrement coriaces.

 

Mais pourquoi vous confier une telle tâche, me demanderez-vous ? Eh bien, vous étiez peut-être la seule personne pouvant bien relire un document spécifique, que ce soit de par votre expertise en la matière dont le texte traite, ou bien vous étiez tout simplement la seule personne disponible dont la langue maternelle est celle du texte cible ou à même d’effectuer la relecture dans les délais.

Cela a été mon cas lorsque j’ai effectué mon tout premier stage de traduction dans une agence belge. Située dans la partie néerlandophone du pays, je ne m’attendais cependant pas à devoir relire des textes dans une langue source qui m’était totalement inconnue : le néerlandais. En effet, la plupart des commandes reçues consistaient à traduire des textes néerlandais vers le français, ce que j’étais par conséquent incapable de faire. Je me suis donc vu assigner le rôle de relectrice. Cependant, une fois la surprise initiale passée, et à l’aide d’une relecture croisée quasi systématique pratiquée avec mon maître de stage, tout s’est bien déroulé !

Voilà pourquoi il ne faut pas vous laisser impressionner par cette tâche sous le prétexte que la langue source vous est inconnue. Celui qui vous a confié cette tâche avait très certainement de bonnes raisons de vous l’attribuer, et vous êtes très certainement capable de l’effectuer sans problème ! À vos claviers.

Revision3Ça va mieux ?

 

La relecture croisée vous intéresse, et vous souhaitez en savoir plus à ce sujet ? Je vous invite à lire cet article de Jean-François Allain, publié en 2010 dans la revue en ligne Traduire, numéro 223.

Comment améliorer vos traductions si vous êtes étudiant ou bien débutant

Article original en espagnol Cómo mejorar tus traducciones si eres estudiante o estás empezando, écrit par Pablo Muñoz Sánchez et publié le 12.02.2014 sur son blog.

Traduction française de Marie Castel, étudiante M1 TSM.

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Un étudiant du METAV m’a demandé quelque chose qui m’a donné une idée pour cet article : comment puis-je améliorer mes traductions en plus des corrections du professeur ? Répondre à cette question n’est pas une tâche facile, car s’il y avait une formule magique, il n’y aurait pas autant de formations dans le domaine de la traduction. Cependant, d’après mon expérience, je pense qu’il y a un certain nombre de choses que vous pouvez faire si vous êtes encore en formation et que vous avez beaucoup de motivation.

Traduisez tout ce que vous pouvez

Évidemment, plus vous traduisez, plus la traduction sera bonne. Je me souviens quand, dans mes premières traductions de mon parcours, je traduisais plus lentement qu’une tortue parce que je n’étais jamais sûr de quoi que ce soit et que je doutais de tout, tout comme je changeais une phrase encore et encore jusqu’à ce qu’elle « sonne bien ». C’est comme aller à la salle de spor: il est probablement difficile de soulever la barre sans poids au début, mais vous augmenterez au fur et à mesure la quantité de poids que vous pouvez soulever.

Ça a l’air sympa, mais dans tout cela, qui vous corrige ? Il est clair qu’un stage en traduction serait le complément parfait pour votre troisième ou quatrième année, car vous en apprendrez sur les processus, les outils et la qualité de la traduction à une vitesse incroyable. Cependant, il n’y a pas toujours des stages pour tout le monde. Que faire dans ce cas-là ?

Trouvez un partenaire pour vous corriger

Comme vous l’avez compris : trouvez un camarade de classe ou un traducteur débutant motivé grâce à Internet (sur Twitter, les groupes Facebook, etc.) qui veut vous aider en échange de la relecture de leurs traductions. Je sais que cela peut ressembler à une blague parce que certaines personnes peuvent penser que vous êtes étrange parce que vous êtes « trop motivé », mais je peux vous assurer qu’il y a des gens comme vous qui sont prêts à apprendre des autres.

Évidemment, cela ne vous amènera peut-être pas à apprendre aussi rapidement que si vous étiez sous la tutelle d’un professionnel expérimenté ou d’un enseignant, mais je suis sûr que vous en apprendrez encore. Rien qu’en traduisant, vous apprendrez une nouvelle terminologie ou encore des expressions linguistiques, donc si la correction d’un partenaire peut aider un peu plus, vous aurez déjà accompli quelque chose.

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« Motivez-vous »

Motivez-vous avec des textes qui vous plaisent

L’avantage de chercher du travail supplémentaire, c’est que vous n’avez pas à faire un manuel technique horrible que vous détestez, mais vous pouvez prendre le texte que vous aimez le plus. À l’âge de 12 ans (oui, vous avez bien lu), j’ai passé plusieurs après-midi à traduire le manuel d’un jeu vidéo de rôle que j’aimais, appelé Might and Magic II (à ne pas confondre avec les Heroes of Might and Magic, dont les personnages viennent des précédents Might and Magic). C’était quand il n’y avait pas Internet, donc ma seule aide était le dictionnaire. Plus tard, j’ai commencé à traduire des jeux vidéo classiques comme Secret of Mana ou Zelda de Super Nintendo en tant que traducteur amateur et c’est ainsi que je suis passé à l’une de mes spécialités actuelles.

Aujourd’hui, il est difficile de trouver des textes cool qui ne sont pas déjà traduits, mais cela n’a pas d’importance : essayez de regarder la version anglaise du site Web d’Apple ou les pages marketing de certains produits Google et commencez à traduire. Si vous pouvez télécharger la page actuelle et la traduire dans un programme comme Trados ou OmegaT et voir ensuite le résultat, c’est d’autant mieux. Vous pouvez également essayer des applications qui ne sont pas traduites (faites un brouillon, même s’il s’agit d’un document Word).

Cherchez même les sites Web qui ne sont pas traduits et essayez de les envoyer à leur auteur si vous êtes satisfait de votre travail. Traduisez les paroles des chansons si vous aimez la musique. Traduisez des sous-titres d’un court métrage ou un film que vous aimez beaucoup et que vous n’avez pas vu dans sa version originale. Quoi qu’il en soit, amusez-vous et traduisez ! Il est vrai que vous devrez peut-être traduire des textes plus ennuyeux plus tard, mais vous aurez beaucoup de travail à faire. D’ailleurs, si vous essayez quelque chose et que vous aimez ça, vous savez où vous devriez aller avec tous vos efforts, parce que tout le monde ne sait pas ce qu’ils veulent faire. Cela vous aide également à identifier les domaines possibles que vous n’aimez pas.

Essayez de gagner de l’expérience pour la mettre dans votre CV

C’est quelque chose dont j’ai déjà parlé dans Certaines façons d’acquérir de l’expérience en traduction : en l’absence d’expérience professionnelle à démontrer dans le CV, vous pouvez mettre en avant les documents que vous aimez traduire dans votre CV et gagner de cette expérience. Je vous assure que ce serait mieux que de simplement mettre « Diplôme de traduction et d’interprétation de l’Université». Bien sûr, vous devrez travailler dur pour obtenir quelque chose de vraiment valable qui peut être prouvé, mais chaque effort a ses récompenses. Je vous recommande également de consulter l’article du traducteur inexpérimenté du TraXmuN, car il est très détaillé.

Rappelez-vous que le temps passe, alors aujourd’hui je ne peux pas m’arrêter de recommander que vous fassiez quelque chose qui vous distinguera des autres avant que je finisse l’université. Je l’ai déjà dit dans une vidéo que j’ai préparée sur les conseils pour les étudiants en traduction : bougez-vous avant la fin de vos études !

Rappelez-vous que la vie est plus qu’une simple traduction

Vous pensez peut-être que tout cela n’est qu’un problème, puisque la vie est faite pour vous (surtout en tant qu’étudiant). Et vous avez raison, mais croyez-moi, prendre le temps de traduire ce que vous aimez revient au même que de sortir avec des amis, de faire du sport et bien d’autres activités amusantes. Regardez Fernando Rodríguez, qui a créé le groupe de traduction de jeux vidéo AELiON alors qu’il était étudiant. Ou regardez l’Association espagnole des traducteurs et interprètes en formation (AETI en espagnol) : il y a des étudiants en traduction et interprétation qui s’occupent non seulement de leur avenir, mais aussi de celui des autres. Parfois, il faut faire des sacrifices, mais je pense qu’ils en valent la peine.

Je sais que beaucoup d’étudiants ne sont peut-être pas assez motivés pour faire toutes ces choses que je propose, mais comme chacun est comme qu’il est, j’espère que cette article vous a servi pour certaines réflexions. La pratique fait l’enseignant.

La révision : un sac de nœuds ?

Article original en anglais Revision: a Can of Worms? rédigé par Nikki Graham et publié sur le blog de l’auteur My Words for a Change.

Traduction en français réalisée par Élisa Marcel, étudiante en M2, Master TSM à l’Université de Lille

Quand est-ce qu’une révision va trop loin ?

Quand est-ce qu’une traduction n’en est pas une ?

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La révision est un sujet très épineux, comme je l’ai déjà mentionné dans mon premier billet sur le sujet. Elle peut engendrer beaucoup de sentiments négatifs si vous pensez que les changements apportés à votre travail n’étaient pas utiles et si l’opinion du réviseur pourrait vous faire perdre un client.

Mais et si le réviseur criait « c’est trop littéral ! » à tout bout de champ et modifiait vos phrases de façon si drastique que, d’une part, elles n’auraient plus rien à voir avec la traduction originale, et d’autre part, ne refléteraient plus les idées de l’auteur ?

C’est ce qui m’est arrivé récemment. L’auteur avait un style légèrement poétique et faisait apparaître des images dans les esprits pour brosser un tableau d’un lieu ou d’un évènement, ce que j’ai vraiment trouvé attrayant pour une fois, et c’est pour cette raison que j’ai conservé toutes ses idées originales. L’espagnol peut parfois se révéler terriblement fleuri et il faut supprimer beaucoup de fioritures avant de publier des textes qu’une audience anglophone soit capable de digérer. Mais dans ce cas, j’ai compris de quoi l’auteur parlait et j’ai pensé que ses mots parlaient d’eux-mêmes. Il n’était pas nécessaire de les changer, il fallait juste les formuler dans des phrases qui sonnaient anglaises et je pensais avoir assez bien réussi ce travail.

Le réviseur a piétiné ma traduction avec ses bottes cloutées

Toutefois, le réviseur a piétiné ma traduction avec ses bottes cloutées et a modifié absolument toutes ces images. Il a même changé une idée négative en idée positive, ce qui m’a horrifiée, consternée et totalement stupéfiée. Les mots de l’auteur avaient été retouchés pour créer une scène bien plus fade et paraphrasée en banalités qu’on peut trouver partout sur Internet. Je ne peux qu’assumer que cet autre traducteur a révisé le texte à la hâte, n’a pas beaucoup consulté la source, n’a pas vraiment compris le sujet du texte faute de recherches et manquait sérieusement d’imagination.

La collaboration est fondamentale pour arriver à un résultat satisfaisant et obtenir la meilleure traduction possible du texte source

Quand on m’a renvoyé le texte, il avait été modifié presque au point d’être méconnaissable, plusieurs erreurs graves avaient été introduites et il avait déjà été publié. Parce-que personne n’a pensé à me demander mon avis. Le client final avait manifestement décidé de faire confiance au réviseur de façon implicite et moi pas du tout. Et comme je l’ai mentionné dans mon billet précédent, je pense que c’est une énorme erreur en général. La collaboration est fondamentale pour arriver à un résultat satisfaisant et obtenir la meilleure traduction possible du texte source.

Je considère ma version comme étant fidèle à l’original et la version modifiée n’est selon moi pas vraiment une traduction. En effet, j’ai conservé les métaphores et les analogies de l’auteur étant donné que dans ce cas, je pensais qu’elles fonctionnaient bien en anglais. Bien sûr, le réviseur n’avait pas fait cela et ne le pensait pas. Bien entendu, si c’était ce que le client voulait (pas l’auteur dans ce cas), qui suis-je pour contester ? Mais comme c’était un article signé par un auteur, j’estimais qu’il était important de faire entendre sa voix, qu’il n’était pas convenable que le traducteur ou le réviseur arrivent et apposent leur tampon dessus en pensant qu’ils sont plus avisés.

Quand est-ce qu’une révision va trop loin ? Quand les réviseurs font trop de zèle et, dans leur arrogance, croient que leur opinion est la seule qui compte. Quand ils montrent un manque total de respect pour le style de l’auteur et du traducteur. Quand tout ce qu’ils veulent faire, c’est couvrir une révision de rouge pour prouver qu’ils méritent leur prix et pour s’assurer que le client viendra vers eux la prochaine fois pour traduire ses textes.

Je me suis rendu compte que tout ceci est un vrai sac de nœuds. D’autres fois, je me suis fait taper les doigts par des auteurs parce-que je m’étais trop éloignée de leurs mots, parce-qu’en essayant de rendre leurs textes plus fluides en anglais, j’ai modifié des expressions et des structures de phrases d’une façon qu’ils n’appréciaient pas. Ce qui me ramène à l’autre question que j’ai posée au début de ce billet : Quand est-ce qu’une traduction n’en est pas une ? C’est un problème auquel je réfléchis lorsque je travaille. Devrais-je traduire ce que l’auteur a dit ou devrais-je l’améliorer quand c’est possible ? Et si en améliorant le texte, ce n’est plus une traduction à proprement dire, est-ce que c’est vraiment important tant que celui qui paye est content ?

 

Il y a une discussion sur ce billet et les questions qu’il soulève dans le forum Proz.com sur LinkedIn, que vous pouvez trouver ici. Et si vous souhaitez en lire davantage à ce sujet, vous pouvez accéder à une liste d’autres articles depuis la page Revisions.

 

Ce billet a initialement été publié sur le blog de Nikki Graham le 06/03/2016.

Nouveau cap pour le secteur de la traduction : la post-édition

Article original en anglais The Latest Trend in the Translation Industry: PEMT rédigé par Nikki Graham et publié sur le blog de l’auteur My Words for a Change.

Traduction en français réalisée par Clovis Cerri, étudiant en M2, Master TSM à l’Université Lille3

 

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Avez-vous entendu parler de la dernière tendance sur le marché de la traduction ? Il s’agit de la PEMT, acronyme anglophone signifiant post-editing machine translation. En clair, les clients font appel à un programme pour traduire leur texte, lequel est ensuite envoyé à un traducteur chargé d’y apporter la touche finale. Certains d’entre eux utilisent des services de traduction automatique plus poussés que ceux disponibles en ligne. Néanmoins, l’expérience me prouve que Google Traduction est l’outil le plus populaire, et c’est donc celui auquel les clients ont le plus souvent recours pour obtenir leur traduction au coût d’une révision, soit environ 50 % du prix.

Excellente idée en apparence, n’est-ce pas ? Qui refuserait la perspective alléchante d’économiser quelques centimes sur le prix des biens qu’il achète ? Vous venez pourtant de commettre une première erreur. La traduction n’est pas un bien, c’est un service. Le prix ne porte pas uniquement sur le produit fini. Ce que vous payez, c’est le savoir-faire qui se cache derrière les étapes amenant au produit fini : une traduction efficace et naturelle, qui n’est ni littérale ni criblée de fautes, qui correspond à vos attentes et, comme disent certains, qui sonne bien.

la traduction n’est pas un bien, c’est un service

Penchons-nous tout d’abord sur les étapes caractérisant le processus de traduction, dont la complexité échappe parfois aux personnes qui ne sont pas familiarisées avec l’exercice.

La traduction humaine

  1. L’agence ou le client envoie un texte source à la traductrice.
  2. Elle étudie le texte source en langue originale.
  3. Elle réfléchit.
  4. Elle rédige une traduction.
  5.  Elle relit son travail avec une grande précaution.
  6. Elle le renvoie à l’agence ou à un(e) collègue pour la révision.
  7. Le texte est révisé.
  8. Tous les points litigieux font l’objet de discussions et de modifications.
  9. La traductrice et/ou le réviseur produit une version finale.
  10. La traduction est envoyée au client.

La PEMT (post-édition)

  1. Une machine traduit le texte.
  2. Le texte source obtenu est envoyé à un traducteur pour être édité.
  3. Le traducteur étudie le texte source.
  4. Il étudie le texte cible.
  5. Il réalise que de nombreuses erreurs sont présentes dans la traduction.
  6. Il réfléchit, mais il s’embourbe au milieu des traits de langage erronés, et il repère des termes et des expressions qui ne collent pas du tout au contexte donné.
  7. Il effectue des va-et-vient entre texte source et texte cible pour s’assurer que les modifications qu’il apporte sont cohérentes avec l’original, ce qui peut prendre un certain temps.
  8. À l’aide de sa souris, il doit mettre en évidence les mots et les expressions qu’il faudra supprimer ou couper-coller par la suite. Encore une fois, c’est une tâche chronophage. Il n’est d’ailleurs pas impossible qu’il décide, afin de gagner du temps, de supprimer la « traduction » de certains passages pour repartir de zéro.
  9. Il retourne au point de départ pour une vérification intégrale, les modifications étant si nombreuses qu’il est nécessaire de s’assurer de la bonne cohérence et de la qualité de l’ensemble.
  10. Il remet le texte cible à l’agence ou au client. Puisqu’il s’agit d’une étape d’édition, la traduction ne subira aucune autre vérification, à moins que le client n’en ait expressément fait la demande et qu’il ne soit disposé à payer.

Le scénario présenté ci-dessus s’applique aux cas de post-édition intégrale, ce qui signifie que l’éditeur est chargé d’éliminer toutes les erreurs et de produire un texte s’apparentant à une traduction humaine plutôt qu’à une traduction automatique. En d’autres termes, il doit faire passer une vessie pour une lanterne.

Le service de post-édition se décline également en une variante dite partielle. L’éditeur ne se concentre alors que sur les erreurs pouvant altérer le sens, les nombreuses autres étant délibérément laissées telles quelles pour des raisons de coût. Oui, vous avez bien lu. La rectification des erreurs dans le texte traduit par la machine n’est pas systématique, le client préférant faire des économies de bout de chandelle, et ce en dépit de l’image inévitablement négative que le texte imparfait donnera des produits et services du client. J’espère sincèrement que vous ne faites pas partie des clients de cette espèce. J’espère sincèrement que vous ne contribuez pas au massacre de notre langue en publiant les ignominies que peuvent produire les machines.

le dialogue fait partie intégrante du processus de traduction

Je dois également faire mention de la pré-édition. Cette étape est parfois nécessaire au préalable de la traduction automatique. Elle consiste à nettoyer le texte, à supprimer le jargon propre à l’entreprise, les fautes de frappe et de grammaire et à améliorer le style, pour faciliter la compréhension du texte par la machine et l’aider à produire un résultat plus intelligible. Évidemment, un traducteur humain comprendrait votre message de lui-même et la correction des erreurs ferait partie intégrante du service proposé. Et si un doute quelconque subsistait, il vous contacterait pour se renseigner. Le dialogue est souvent un élément essentiel du processus, qui profite tant au traducteur qu’au client et qui sert de base solide à des partenariats durables et profitables.

les traducteurs sont capables de repérer une traduction machine

pemt1Vous avez très certainement compris que la post-édition est un exercice laborieux et accablant qui demande énormément de temps. À de trop nombreuses reprises, des clients souhaitant réduire leurs frais m’ont dupée et m’ont envoyé des traductions automatiques à réviser. Depuis, j’ai donc établi des conditions de vente claires. Si je m’aperçois qu’un client a fait appel à une machine, ce qui ne risque pas de m’échapper, j’interromps la révision ou l’édition et je ne reprends pas le travail avant d’avoir obtenu un accord pour facturer selon mes tarifs de traduction habituels. Il va sans dire que le temps préalablement perdu sur l’édition sera également facturé. Utilisez Google Traduction et ses semblables à vos risques et périls. La balle est dans votre camp.